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Sherlock Holmes et les vampires de Londres (tome 1) de Sylvain Cordurié et de Laci

February 08
by Cecile 8. February 2010 17:53

Ce que j'aime avec la sortie du film sur Sherlock Holmes, c'est qu'il y a plein de livres sur lui qui sortent. C'est la fête pour moi. Ici, c'est une bande dessinnée : Sherlock Holmes avec des vampires. Si Darcy y a le droit pourquoi pas Sherlock me direz vous ? Je vous répondrais tout à fait car à mon avis c'est une réussite.

Juin 1891. Après "sa mort" dans les chutes de Reichenbach, Sherlock Holmes vit tranquillement à Paris où il a déjà résolu quelques enquêtes. Et en plus il a arrêté les substances stupéfiantes et il dit texto à Mycroft venu en visite : "Je peux toutefois te rassurer. Je me suis passé de stimulants depuis mon départ d'Angleterre. À vrai dire, j'en suis le premier surpris. Aussi désagréable que soit ma situation, elle semble avoir un effet bénéfique. Elle met mon intellect à contribution comme rarement." Il emmène ensuite son frère chez lui et là il découvre que sa logeuse (pas Mrs Hudson rassurez-vous) vient de se faire mordre par un vampire (et donc elle est morte). La première attaque échoue. Quelques jours après, une deuxième attaque plus sournoise car on l'attire dans un guet-apens en lui mettant devant les yeux le sosie d'Irène Adler, la seule femme que Sherlock Holmes ait aimé. Tout est relatif avec Sherlock Holmes car bien sûr il avait déjà tout compris et se laisse prendre au piège volontairement pour savoir ce qu'on lui veut. C'est le chef des vampires de Londres, Selymes, qui lui demande de poursuivre l'un des leurs : "Il y a quelques années, l'un de mes protégés fut touché par une maladie dégénérative. Il ne se contrôlait plus, se montrait agressif... Après qu'il ait commis pluieurs meurtres sauvages qui ne manquèrent pas d'attirer l'attention sur nous, nous avons fini par le capturer. Owen Chane,,, C'est son nom... resta enfermé un long moment à méditer sur ses crimes, jusqu'à ce qu'un imbécile le laisse s'échapper. Nous haïssant, il a décidé de s'en prendre aux gens d'influence, d'en tuer encore et encore pour détruire les relations mutuellement profitables que nous entretenons avec l'establishement. Et il y réussit. La reine Victoria elle-même nous a sommés de l'éliminer au plus vite, sous peine d'être exterminéx." S'engage une lutte à mort entre Sherlock Holmes et Owen Chanes ...

Enfin à mort je suppose parce qu'il y aura deux tomes. En tout cas le premier est vraiment très bien (et pourtant je ne suis pas particulièrement vampires). Pour ce qui est des dessins, j'ai été particulièrement convaincue par ceux représentant le Londres victorien (idem pour les couleurs. En résumé, on est dans l'ambiance). Le seul défaut des personnages, c'est que Sherlock ne ressemble pas à J. Brett mais Laci explique qu'il a pris les traits de son père. Donc, c'est pas grave !

En conclusion : quand est-ce que le deuxième tome sort ?

Références

Sherlock Holmes et les Vampires de Londres - tome 1 : L'appel du sang de Sylvain CORDURIÉ (scénario), de Vladimir KRSTIC-LACI (dessin), de Axel Gonzalbo (Couleurs) et de Jean-Sébastien ROSSBACH (couverture) (Soleil, 2010)

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BD et romans graphiques

Klosterheim de Thomas de Quincey

February 05
by Cecile 5. February 2010 21:11

Résumé

L'action se déroule à l'époque de la Guerre de Trente Ans dans les provinces de Bavière et de Souabe. On y rencontre le personnage du Landgrave, soutenu par les Suédois, qui gère la ville fortifiée de Klosterheim mais d'une main de fer (en temps de guerre c'est un peu toujours le cas mais lui un peu trop ; il est plutôt dans la dictature). Il y a aussi Maximilien, jeune homme courageux s'opposant au Landgrave et donc fervent partisan de l'Empereur. Il doit être rejoint par la "jeune et innocente Comtesse Paulina", fille naturelle de l'Empereur, qui est aussi son amoureuse.

Dans un premier temps, on suit ce voyage terrifiant à travers un pays en guerre. C'est un voyage en convoi. Celui-ci se fera attaqué, pillé à plusieurs reprise mais la Comtesse arrivera à bon port à Klosterheim et se réfugie dans une sorte d'abbaye, Sainte Agnès. En effet, à peine est elle arrivée que Maximilien doit fuir ou se cacher parce qu'il a déplu au Landgrave. Au même moment, un home masqué sème la panique dans la ville et surtout dans la tête du Landgrave qui sent son autorité menacée. Vous l'aurez compris ce masque c'est Maximilien... Après une histoire plutôt traditionnelle, il y aura une fin totalement inattendue (à moins que vous lisiez la présentation de l'éditeur).

Mon avis

J'ai trouvé l'histoire très compliquée au départ. En premier lieu, à cause des faits historiques qui ne sont pas présentés. Thomas de Quincey laisse à penser que nous devrions tout de suite comprendre qui sont les gentils et les méchants dans l'histoire rien qu'à leur nom. Cela rend le livre un petit peu difficile à suivre au départ.

Après, c'est tout simplement génial. Vous aimez les romans gothiques, l'"atmosphère de suspicion", les "troubles menaces", les "lettres d'intimidation", les "meurtres" : ne vous privez pas. Cela vos plaira sans aucun doute. C'est très bien écrit, on suit les péripéties des protagonnistes avec grand enthousiasme.

D'ailleurs Coleridge rapproche Klosterheim du Quentin Durward de Walter Scott : "la pureté de la langue et du style" qui atteint selon lui "un niveau d'excellence auquel Walter Scott ne semblait pas même prétendre". En effet, c'est plus facile à suivre que Walter Scott. De plus, le rapprochement est évident par le fait de la description de faits historiques mais c'est à mon avis différent : Walter Scott prend plaisir à décrire des personnages tandis que Thomas de Quincey prend plaisir à décrire des actions et des intrigues.

En conclusion, ne boudez pas votre plaisir !

Un autre avis

Celui d'Alcapone.

Références

Klosterheim de Thomas de QUINCEY - traduit de l'anglais et préfacé par Liliane Abensour (José Corti - collection romantique, 1997)

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Littérature anglaise

Coeur d'encre de Cornelia Funke

February 02
by Cecile 2. February 2010 19:20

Quatrième de couverture

Meggie, douze ans, vit seule avec son père, Mo. Comme lui, elle a une passion pour les livres. Mais pourquoi Mo ne lit-il plus d'histoires à voix haute ? Ses livres auraient-ils un secret ? Leurs mots auraient-ils un pouvoir ? Un soir, un étrange personnage frappe à leur porte. Alors commence pour Meggie et Mo une extraordinaire aventure, encore plus folle que celles que racontent les livres. Et leur vie va changer pour toujours...

Le premier tome d'une magnifique trilogie fantastique, par un célèbre auteur contemporrain. Lire n'a jamais été aussi fascinant - et aussi dangereux.

À partir de 11 ans.

Mon avis

Ce billet aurait pu s'intiuler : comment je suis retombée en enfance à cause de The story book girl. Surtout, je ne sais pas résister à un livre qui parle de livre. Pour vous situer un peu la chose, cela faisait douze ans que je n'avais pas mis mon nez dans un livre pour adolescents.

Franchement, je suis fascinée par les jeunes lecteurs d'aujourd'hui. Je n'ai jamais lu un livre de plus de 300 pages avant mes 15 ans et de 400 pages avant mes 20 ans. Le Da Vinci Code a été mon premier livre de plus de 600 pages (après j'ai lu Les Bienveillantes : 800 pages et c'est le plus gros à ce jour). Ce livre de poche fait quand même 650 pages (j'étais déjà épâtée par les enfants de 10 ans qui lisaient Harry Poter : je me pensais un peu attardée mentale).

Ensuite, j'ai été fascinée par la quatrième de couverture. En gros, cela vous raconte deux pages du livre (d'habitude, on vous les 100 premières pages, voire la moitié, voire la totalité du livre).

J'ai ensuite ouvert le livre (pour le lire c'est mieux me direz-vous). Pendant, les 100 premières pages, j'ai trouvé que c'était un peu long même si la description de la maison de la tante de Meggie, Elinor, me fait dire qu'il faut que j'aille vivre chez elle : sa maison est bourrée à craquer de livres sur tout avec des piles et des étagères partout. Elle dépense tout son argent dans les livres. Le seul défaut que cette femme a : c'est qu'elle n'aime que les livres.

Après cela commence à bouger un peu plus et là je me suis encore trouvée à tourner les pages bêtement pour savoir la suite. Pour vous expliquer en gros (même si cela gâche le travail de la quatrième de couverture), Mo a le pouvoir de faire sortir les objets et les personnages des livres rien qu'en les lisant à haute voix. Manque de chance, il a lu un livre Coeur d'encre avec plein de méchants dedans : Basta, Capricorne et un saltimbanque Doigt de Poussière et ils sont tous sortis du livre pendant que sa femme Thérésa rentrait dedans. Neuf ans après cette lecture, Capricorne veut que Mo, alias Langue Magique, délivre d'autres de ses amis du livre.

Si il y a des longueurs parce que l'auteur prend le temps de tout expliquer (et vraiment tout), il y a aussi de très belles tournures de phrases (très poétiques) que l'on ne trouve pas dans les livres pour adultes. Les longueurs sont à mon avis surtout le fait que c'est le premier tome d'une trilogie et qu'il faut bien installer les personnages.

Je ne dirai pas que c'est un coup de coeur mais cela m'a bien plu. J'irais même jusqu'à lire les deux autres tomes : Sang d'encre et Mort d'encre qui vient de sortir. En plus, c'est pas joli d'avoir le premier tome sans les deux autres !

Références

Coeur d'encre de Cornelia FUNKE - traduit de l'allemand par Marie-Claude Auger (Gallimard Jeuness - Folio junior, 2010)

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Littérature allemande | Littérature jeunesse

Les nouveaux mystères d'Udolpho de John Dickson Carr

January 30
by Cecile 30. January 2010 21:43

Présentation de l'éditeur

Après des années passées en Amérique, le journaliste Christopher "Kit" Farrell regagne l'Angleterre. Son ami Nigel Seagrave doit l'entretenir d'une affaire qui le préoccupe : il est persuadé que Muriel, la femme qui partage sa vie, n'est pas celle qu'il a épousée. Pour étayer sa thèse, il organise au manoir d'Udolpho un dîner au cours duquel il espère obtenir une preuve de ce qu'il avance. À la fin du repas, le maître de maison invite les convives à le rejoindre dans la splendide serre tropicale qui fait sa fièrté. Mais lorsque les hôtes y pénètrent, ils découvrent le corps de Nigel, gisant sur le sol, frappé d'une balle en pleine poitrine.

Ce n'est que le début d'une série de faits déroutants et inexplicables, que la police va s'efforcer d'élucider... avec l'aide d'un personnage réel, l'écrivain Wilkie Collins, célèbre pour ses romans d'épouvante et de mystère.

Voici l'un des derniers inédits de John Dickson Carr, l'un des auteurs les plus inventifs en matière de crime en chambre close. Associant une minutieuse reconstitution de l'époque victorienne à l'esprit du roman gothique, Les noueaux mystères d'Udolpho maintient jusqu'au bout le suspense et le défi intellectuel, sans oublier l'humour et l'érudition littéraire.

Mon avis

Il y a six mois le titre ne m'aurait même pas interpellé sur les tables d'une librairie. Le challenge English Classics est passé par là. Quand j'ai vu le titre, j'ai retourné le livre pour lire le résumé et là on me dit que Wilkie Collins enquête. J'ai su que c'était fini et qu'il fallait que je ramène ce petit livre de 400 pages à la maison.

Une fois que cela a été fait, je me suis précipitée pour le lire. La préface commence bien : "En ces temps de disette pour les amateurs d'énigmes, la sortie en français du dernier roman écrit par John Dickson Carr constitue un petit évènement. Dans le paysage littéraire actuel où le genre policier est dominé par le sadisme et la violence, le règne interminable des serail killers et les thrillers à caractère sociopolitique, ces Nouveaux Mystères d'Udolpho seront sans nul doute accueillis par les vrais amoureux de la littérature policière classique - "le délassement des grands esprits", disait-on à son âge d'or-, comme un bain de jouvence." J'étais flattée bien évidemment et je me suis dit que j'avais bien choisi. Mais après j'ai tourné la page ... où Roland Lacourbe nous explique gentiment que ce n'est pas le meilleur John Dickson Carr voire qu'il n'est pas très bon parce que l'auteur était malade et l'a écrit pendant sa chimio. Qu'il a été plutôt bien accueilli aux États-Unis mais pas en Angleterre. J'ai trouvé que c'était un peu étrange comme préface mais bon ...

Maintenant parlons du texte à proprement dit. John Dickson Carr est un des précurseurs du roman policier historique. Ici, il fait une description du Londres de l'année 1869 digne d'un auteur de l'époque à mon avis (dans la description pas dans la langue : ce qu'il faut complimenter en fait surtout c'est le travail documentaire). Par contre, sur la description du mode de vie, j'ai trouvé que les femmes de la bonne société (trois des personnages principaux) avaient des moeurs un peu légères (ce qu'aucun écrivain de l'époque n'aurait permis à mon avis) ; je me suis demandée si Carr n'avait pas plaquée le mode de vie du 20ième siècle sur celui du 19ième.

L'intrigue est plutôt bonne "dans son classissisme" mais je me suis sentie un peu flouée comme à chaque qu'il n'y a pas un meurtre dans une enquête policière. Parce que oui Nigel Seagrave n'est pas mort (avec une balle près du coeur tout de même et en plus opéré au manoir d'Udolpho par le médecin généraliste du coin : pas sûre que le mien sache faire ça). Comme quoi, l'esprit humain est prompte à s'imaginer n'importe quoi.

En conclusion, vous n'avez plus de Agatha Christie, plus de Patricia Wentworth, plus de Ngaio Marsh, plus de Anne Perry, vous pouvez lire ce roman : vous y passerez un moment de détente sympathique. Il faut cependant passer sur quelques invraissemblances et anachronismes ...

Références

Les nouveaux mystères d'Udolpho de John Dickson Carr - préface de Roland Lacourbe - traduit de l'anglais (États-Unis) par Danièle Grivel (Rivages/Noir poche, 2010)

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Littérature des Etats-Unis | Romans policiers et thrillers

Cinq heures avec Mario de Miguel Delibes

January 28
by Cecile 28. January 2010 15:00

Miguel Delibes est un auteur traduit depuis les années 1990 par les éditions Verdier : 11 titres au total. C'est cependant une toute petite partie de son oeuvre. Ici, Verdier nous offre une nouvelle traduction, établie par Dominique Blanc, de Cinq heures avec Mario. Ce livre a été publié en Espagne pour la première fois en 1971.

Deux livres me sont venus à l'esprit à la lecture de cet ouvrage : Une si longue lettre de Mariama Bâ et La mort d'Olga Maria d'Horacio Castellanos Moya. La première référence m'est venue à la lecture de la quatrième de couverture et de l'histoire de base. Carmen vient de perdre son mari Mario, mort d'une crise cardiaque ; elle reste seule avec le corps une nuit entière et ainsi peut se remémorer le passé. La seconde référence elle vient du ton de l'écriture. À part, le prologue et l'épilogue, il n'y a que Carmen qui parle et elle n'arrête pas. Si à la fin du livre, Carmen ne vous apparaît pas comme antipathique ou ne vous a pas donné mal à la tête, c'est que vous êtes un ange.

Parce qu'en plus de vous casser les oreilles (ou les yeux puisque c'est de la lecture tout de même), Carmen est désagréable : c'est une femme bourgeoise, futile, ancrée sur ses convictions et qui ne supportent pas qu'on n'ait pas les mêmes qu'elles. Comme exemple, je vous livre ce passage :

Quoi que vous en disiez, j'ai passé du bon temps pendant la guerre, écoute, je ne sais pas si je suis trop légère ou quoi, mais j'ai passé des années formidables, les meilleures de ma vie, c'est sûr, comme si tout le monde était en vacances, la rue pleine d'enfants, et tout ce remue-ménage. Même les bombardements ne me gênaient pas, tu vois un peu, je n'avais même pas peur ni rien, et il y en avait qui criait comme des folles chaque fois que les sirènes sonnaient. Mais non, ma parole, tout m'amusait, même si avec toi on ne pouvait pas discuter, ni avant ni après, parce que chaque fois que je commençais avec ça, toi : "tais-toi, s'il te plaît", motus, parce que si tu réfléchis bien, Mario, mon amour, des conservations sérieuses, ce qui s'appelle des conversations sérieuses, nous en avons eu très peu. Les vêtements, tu t'en fichais, la voiture n'en parlons pas, les fêtes encore plus, la guerre qui était une Croisade de l'avis de tout le monde, pour toi c'était une tragédie, total, comme on ne parlait pas de l'argent malin ou des structures et de toutes ces histoires, toi, silence. (p. 70)

Cette Carmen a donc épousé Mario, professeur sans prétention, idéaliste et se faisant du soucis pour le monde et pas pour son monde (faut-il avoir une voiture comme tout le monde pour être ? : that is the question), gauchisant à l'extrême. Dépressif aussi. Il peut paraître mou mais il est surtout incompris par sa femme (ils ont quand même fait cinq enfants !), par son milieu bourgeois de l'Espagne de l'après-guerre que nous dépeint ici Miguel Delibes :

Et après tout, qu'est-ce que je risquais en rappelant à Josechu que ses parents fréquentaient les miens, beaucoup moins qu'en faisant confiance à ta qualité de fonctionnaire avec famille nombreuse, parce que ces conditions, on le sait bien, Mario, ça ne date pas d'hier, on les jette aux orties quand c'est nécessaire, et je me souviens que la pauvre maman, qu'elle repose en paix, "celui qui ne pleure pas ne tête pas", rends-toi compte, mais je suis en colère contre toi, Mario, franchement, parce qu'on dirait que le monde va s'écrouler si on demande un recommendation, alors que dans la vie il n'y a que des recommendations, des uns pour les autres, depuis toujours, nous sommes faits comme ça, et je n'en peux plus d'entendre maman, "celui qui aura un parrain sera baptisé", mais avec toi il n'y a pas moyen, c'est bien connu, les conditions, "je suis fonctionnaire, avec une famille nombreuse, ils ne peuvent pas faire autrement", comme s'il suffisait de te faire confiance, mon grand, parce que vous autres, vous vous agrippez à la loi quand ça vous arrange, et vous refusez de vous rendre compte que la loi est appliquée par des hommes et que la loi ne ressent rien et ne souffre de rien, alors que ces hommes-là, il faut les ménager et leur lécher un peu les bottes, ça n'a jamais déshonoré personne, imbécile, tu passes ta vie à lancer des piques et après, parce que la loi le dit, tu crois que tout le monde va se mettre à genoux, et si on te refuse l'appartement : au tribunal, un recours, comme c'est charmant, contre les autorités, il ne manquait plus que ça, et je ne sais pas dans quel monde tu vis, mon bien-aimé, mais on dirait toujours que tu tombes des nues.  (p. 254-255)

Comme vous pouvez le lire sur les deux extraits, c'est un livre au ton très original. L'histoire déborde un peu sur l'Histoire, comme dans le deuxième extrait, mais est quand même principalement centré sur la vie du couple et leur relation avec leur environnement.

En conclusion, je tiens à redire toute mon admiration à Mario, à l'auteur et au traducteur pour avoir supporter Maria aussi longtemps ! Et surtout méfiez-vous parce qu'après cette lecture vous ne supporterez plus les gens qui sont comme ça dans votre entourage (en tout cas pour quelques temps ...)

Merci à Abeline Majorel de Chroniques de la rentrée littéraire et à Sylvain de Ulike pour cette lecture si particulière et surtout l'envoi ultra-rapide.

Pour en savoir plus sur Miguel Delibes, plusieurs liens : Ulike, Dailymotion pour l'émission Un siècle d'écrivains qui lui a été consacré.

Références

Cinq heures avec Mario de Miguel DELIBES - traduit de l'espagnol par Dominique Blanc (Verdier Poche, 2010)

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Littérature espagnole

Morella de Edgar Poe

January 26
by Cecile 26. January 2010 16:33

Autant vous le dire, c'est le deuxième billet que je fais sur cette très courte nouvelle parce que je viens de fermer accidentellement la fenêtre où j'avais écrit l'autre (bien évidemment sans enregistrer). L'idée c'était de continuer l'exploration des nouvelles de Poe par cette donc très courte nouvelle, cinq pages dans l'édition Bouquins (conseillé par une fan de Poe), intitulée Morella. Elle a été publié dans une première version aux États-Unis en 1835 et en France dans la traduction de Charles Baudelaire en 1853. Son sujet principal pourrait se résumer en la vie après la mort.

Ce prénom étrange de Morella est celui d'une feme qui a tous les savoirs. Il aurait été inspiré à l'auteur par Juliana Morella, petite fille née en 1595 en Catalogne et à l'érudition immense (je n'ai pas trouvé dans Wikipédia. Un sujet qu'ils n'ont pas traité, c'est assez exceptionnel.) Ici, Morella n'est pas une petite fille mais une femme, elle aussi pleine de savoir et qui se passionne pour les "écrits mystiques qui sont généralement considérés comme l'écume de la première littérature allemande". Notre narrateur, anonyme, devient son ami puis son mari même si

mon âme, dès notre première rencontre, brûla de feux qu'elle n'avait jamais connus ; mais ces feux n'étaient point ceux d'Éros.

Le narrateur voue en réalité une sorte d'admiration sans borne et cherche à se familiariser avec le sujet d'étude de sa femme, les écrits mystiques. Au fur et à mesure de son étude, le narrateur et Morella en viennent à discuter essentiellement de ce sujet. En même temps, il n'arrive toujours pas à comprendre le "mystère" et la "nature" de sa femme ; ils agissent sur lui comme un "charme". Le narrateur va de plus en plus abhorrer sa femme.  L'"attouchement de ses doigts pâles", "le timbre profond de sa parole musicale", "l'éclat de ses yeux mélancoliques" lui tapent sur le système ; il en vient à souhaiter la disparition de sa femme. Le pire c'est que Morella s'en rend compte. Alors, quand celle-ci meurt en donnant naissance à une petite fille, ces dernières paroles sont les suivantes :

Je répète que je vais mourir. Mais en moi est un gage de cette affection. Ah ! quelle mince affection que tu as éprouvée pour moi, Morella. Et quand mon esprit partira, l'enfant vivra, ton enfant, mon enfant à moi, Morella. Mais tes jours seront des jours plein de chagrin, de ce chagrin qui est la plus durable des impressions, comme le cyprès est le plus vivace des arbres. Car les heures de ton bonheur sont passées, et la joie ne se cueille pas deux fois dans une vie...

Le nouveau père va adorer son enfant. Cependant il va observer que de jour en jour, la petite fille va ressembler physiquement et intellectuellement de plus en plus à sa mère. Il va même jusqu'à la priver du regard des autres et surtout ne pas la nommer de peur de ce qui pourrait arriver. Parce que chez Poe, il n'y a rien de simple dans le fait qu'une fille ressemble à sa mère...

Dans l'édition Bouquins, on nous explique qu'un critique a vu dans cette nouvelle la vie de Poe. Morella serait la mère de Poe et la petite fille la femme de Poe, Virginia, dont il est tombé amoureux quand elle n'était encore qu'une enfant. Il y a des gens qui vont vraiment chercher très loin !

Mon avis pas forcément éclairé. J'ai été un peu déçue par cette nouvelle (même si la fin rattrappe le début) parce que elle m'a paru moins fouillée et plus brouillon, même si il y a tout un raisonnement qui oppose les gens qui croient en la vie après la mort et les autres, notamment Locke dont Poe détourne le raisonnement de manière habile. Je pense que j'ai eu cette impression parce que la nouvelle n'est pas situé dans l'espace ni dans le temps. Il n'y a donc pas l'impression d'horreur qui pourtant est si bonne dans d'autres de ses nouvelles.

En conclusion, il faut enregistrer ses billets au fur et à mesure.

Références

Morella (traduction de Charles Baudelaire) dans Contes-Essais-Poèmes de Edgar Allan POE (Bouquins, 1989)

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Littérature des Etats-Unis

De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts de Thomas de Quincey

January 24
by Cecile 24. January 2010 12:01

À la suite de ma lecture du livre d'Andrés Trapiello Les amis du crime parfait, j'ai pris ce livre, qui y était abondamment commenté, à la librairie (toute petite mais même pas besoin de le commander : la libraire l'avait en rayon. N'est-elle pas parfaite ?) Alors me direz vous de quoi ça parle.

Le livre est divisé en trois parties : Conférence, Mémoire supplémentaire sur l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, Post-Scriptum. Les deux premières parties ont été écrites respectivement  en 1827 et en 1839 parce que de Quincey avait besoin d'argent pour payer ses créanciers (et son dealer si j'ai bien compris l'introduction de Pierre Leyris). Ces deux premières parties correspondent au titre exactement : un homme vante les mérites de l'assassinat comme étant un art et non un truc sordide. Bien sûr c'est à prendre au second degré ... Dans la Conférence, de Quincey énumère tous les grands assassinats de l'Histoire et surtout ceux qu'il juge vraiment très forts. C'est un partie difficile à suivre même si il y a plein d'humour. En effet, il y a beaucoup de notes de bas de pages pour expliquer les meurtres car de Quincey est un Anglais du 19ième siècle qui avait une culture nettement plus impressionnante qu'une fille française du 21ième sicècle. Cela rend donc la lecture difficile à suivre. Mais il y a l'humour diabolique ! Exemple :

Fi de ces marchands de poison : ne pouvaient-ils s'en tenir au vieux procédé honnête du coupage de gorge, sans introduire ces abominables innovations d'Italie ? [...] Mais si nous écartons tout cela, il reste mainte excellente oeuvre d'art de pure style, dont nul n'aurait lieu de rougir, comme tout connaisseur sincère le reconnaîtra. Je dis sincère, notez-le bien ; car il faut faire de grandes concessions en de pareils cas ; aucun artiste ne peut jamais être sûr d'accomplir dans toute sa beauté ce qu'il a conçu. De malencontreux empêchements surgissent ; les gens n'acceptent pas qu'on leur coupe tranquillement la gorge ; ils s'enfuient ; ils se débattent, ils mordent ; et alors que le portraitiste a souvent à se plaindre d'un excès de torpeur chez son sujet, l'artiste qui nous concerne est généralement embarrassé par un excès d'animation. D'autre part, quelque désagréable qu'elle soit pour l'artiste, cette propension qu'a l'assassinat à exciter et à irriter le sujet est certainement un de ses attraits aux yeux du monde en général, et l'on ne doit pas négliger, car il favorise le développement des dons latents. Jérémie Taylor remarque avec admiration les bonds extraordinaires que l'on peut faire sous l'influence de la peur. (p. 62-63)

La deuxième partie marque à mon avis le besoin d'argent. Elle n'apporte rien par rapport à la première partie même si elle entend répondre aux critiques. De Quincey décrit un club qui s'est fondé sur cette id''e d'assassinat comme Beaux-Arts. L'humour est moins second degré et donc à mon goût moins bon. Ce qui est bien c'est que cette partie ne fait que trente pages. Il est à noter que d'après une note de traducteur de tels clubs ont existé dans l'Angleterre de de Quincey.

La troisième partie est absolument excellente. De Quincey l'a rajouté en 1854 en pensant qu'il n'avait pas assez détaillé le meurtre qu'il considéré dans la COnférence comme le must : les meurtres perpétrés des familles Mar et Williamson par Williams (dont P.D. James a parlé dans Les meurtres dans la tamise). On reconnaît là en de Quincey le chroniqueur de faits divers et de procès. Vous avez le droit à tous les détails ; vous y êtes. Je pense qu'aujourd'hui aucun auteur ne pourrait se permettre cela parce que cela serait considéré comme trop glauque et surtout les auteurs d'aujourd'hui nous demanderait de nous identifier soit à la victime soit au meurtrier mais de Quincey sait décrire tout en nous laissant à distance. C'est comme si on lisait un article du journal dans notre fauteuil. On plaint mais on se dit "heureusement, ce n'était pas moi". On retrouve aussi quelques touches du second degré de de Quincey.

En conclusion, c'est une lecture en dent de scie parce qu'à mon avis le style est excellent mais les références ont un peu vieilli. Il m'en reste l'impression que de Quincey est un écrivain original et qui sait jongler entre plusieurs types de récits. Si vous vous voulez en savoir plus, allez voir le blog d'Alcapone qui en a lu plusieurs déjà.

Références

De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts de Thomas de QUINCEY - traduit de l'anglais et préfacé par Pierre Leyris (Gallimard - L'imaginaire, 1995)

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Littérature anglaise

Les visages de Jesse Kellerman

January 22
by Cecile 22. January 2010 11:44

J'ai lu ce livre à cause d'Amanda qui nous a dit dans je ne sais plus quel billet qu'elle conseillait ce livre à des gens qu'elle ne connaissait pas dans les librairies. Je me suis dis qu'elle me le conseillerait à moi aussi du coup. Je ne la remercie pas bien évidemment parce que je ne l'ai pas lâché pendant deux jours (du coup rien d'autre n'a avancé !)

Si le nom de Kellerman vous dit quelque chose, c'est le fils de Jonathan et Faye, eux aussi auteurs de romans policiers. C'est son premier livre traduit en français mais pas son premier.

L'histoire : Ethan Muller, enfant riche d'une riche famille qui s'est construite elle-même à partir d'un immigré (c'est le mythe américain, quoi), dirige une galerie d'art. Il a rompu les ponts avec sa famille (c'est toujours le cas dans les familles riches ; il y a toujours un mouton noir). Mais parfois Tony Wexler, homme des basses besognes de son père, prend contact avec lui pour lui parler ... de son père. Un jour, il insiste au téléphone pour montrer à Ethan quelques choses de très important dans un appartement qui se situe dans des appartements à son père. Ethan accepte avec réticence. Il se retrouve dans un appartement miteux remplis de dessins très bizarres parce qu'ils sont l'oeuvre d'un génie ou d'un fou (comme un fou), de Victor Cracke. Celui-ci a disparu en laissant tout son fatras derrière lui. Comme tout est bon pour faire de l'argent et sa réputation, Ethan pique les dessins, les assemble (parce qu'ils forment une sorte de carte), les expose et les vend une fortune. Le hic, c'est qu'un jour il reçoit le coup de fil d'u ancien flic, obsédé par une affaire : le viol et le meurtre de cinq garçons d'une dizaine d'années dans les années soixante. Or, celui-ci reconnaît les cinq visages dans la carte de Victor Cracke.De là, Ethan, quittant son milieu factice de l'art, s'engage une enquête pour retrouver Victor et surtout savoir si il est coupable.

Comme je le disais, c'est un bon livre : les personnages sont bien campés, c'est bien écrit. On ne le lâche pas. Mais, si on réfléchit un peu, il y a quand même des éléments qui n'en font pas un excellent "thriller" (comme le dit la couverture). Un : vous ne frissonnez jamais, vous n'avez jamais peur, vous ne vous posez jamais de question. Pour un "thriller" je trouve ça bizarre. Deux : la construction qui au début vous paraît intellegente vous paraît bien factice ensuite. Je m'explique : à la page 50, arrive un premier interlude. L'auteur décrit le début de la saga des Muller. Quand vous l'avez fini, vous remarquez que cela n'a rien à voir avec l'histoire principale (même si c'est un chapitre très instructif : les plus grandes familles se sont toujours construites à partir de multiples secrets) et vous comprenez alors que Ethan ne sera pas le seul Muller à intervenir dans l'histoire principale (je pourrais aller plus loin dans le raisonnement mais ça dévoile un peu beaucoup l'histoire). Mais vous continuez à lire parce que vous êtes pris dans l'histoire. Mais dans l'interlude de la page 330, ce que vous vouliez savoir vous est dévoilé. Le problème c'est que le livre en fait 470 de pages. Vous avez donc une révélation de l'histoire sur 130 pages. C'est un peu long à mon avis pour un thriller.

En conclusion, c'est un bon roman pour se détendre et lire une histoire originale bien écrite mais ce n'est pas le chef d'oeuvre annoncé quand même.

D'autres avis

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Références

Les visages de Jesse KELLERMAN - traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony (Sonatine éditions, 2009)

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Littérature des Etats-Unis | Romans policiers et thrillers

Les disparus de Dublin de Benjamin Black

January 20
by Cecile 20. January 2010 20:47

L'auteur, Benjamin Black, est le pseudonyme de John Banville, celui de La mer. Personnellement, j'avais adoré ce livre, si ce n'est adulé (en simplifié pour moi c'est un chef d'oeuvre). J'ai aussi adoré ce livre mais par contre dans ma tête, il est bien clair que Les disparus de Dublin ne joue pas au même niveau. Ici, on a plutôt affaire à un très bon diverstissement.

Le personnage principal, c'est Quirke (apparemment il sera récurrent dans les livres de Benjamin Black). Il est médecin légiste à Dublin dans les années cinquante. Il est grand, bourru, alcoolique, fumeur ... Irlandais quoi (je suis une fille pleine de préjugés :) ). Niveau famille : il est orphelin, recueillie par Grant Griffin, juge de son état, qui lui-même a un fils Malachy, qui lui même a une femme Sarah. Les deux derniers ont ensemble une fille Phoebe. Quirke est veud de Delia, morte en couche, vingt ans plus tôt. Détail non négligeable c'est la soeur de Sarah.

Ces histoires amoureuses ont commencé comme ça : Quirke et Malachy sont partis aux Etats-Unis il y a vingt ans pour une année chez un grand amis de Grant : Crawford (le prénom m'échappe, désolée). Celui-ci a deux filles : Sarah et Delia. Quirke veut Sarah mais couche avec Delia (comme quoi les hommes ...)

Je pense vous avoir situé tous les personnages à part Rose, Andy et Claire et aussi les membres de l'Église irlandaise et bostonienne. Je vous en dévoilerai un peu beaucoup alors.

Pour ce qui est de l'intrigue : Quirke arrive un jour dans son bureau et trouve Malachy, gynécologue de son état, en train de falsifier un rapport de décès. Celui de Christine Falls, morte d'un embolie pulmonaire. Quirke ne dit trop rien mais s'aperçoit rapidement que cette fille est en réalité morte en accouchant d'une petite fille. La question qu'il se pose est où est la petite fille ? Est-elle morte ou vivante ? Il met alors le doigt dans une histoire glauque d'enlèvements d'enfants (de trafic en réalité avec les États-Unis) par des membres de l'Église irlandais, dont plusieurs membres de sa famille.

Comme je vous le disais, j'ai passé un excellent moment de lecture. C'est un page-turner si on reprend l'expression de la quatrième de couverture . Il y a plein d'intrigues, de rebondissements. Par contre c'est un roman noir (d'où le pseudo de l'auteur) mais pas un roman policier. Il n'y a pas d'enquête à proprement dit. Par contre, on peut reprocher au livre les défauts des premiers volumes de série ; l'auteur essaye de garder du suspense sur la vie du personnage principal et prend du temps à décrire les personnages qui seront récurrents. Par contre il faut noter le soucis du détail dans les descriptions des personnages (récurrents ou pas) que vous pouvez pratiquement visualiser. Mais là c'est l'auteur de romans et non de romans noirs qui écrit à mon avis.

Je dois cette lecture aux dames de Blog-o-book. Merci beaucoup !!!

 

Deux autres avis

Ceux de Mango (je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer les infichus) et de Madame Charlotte.

Références

Les disparus de Dublin de Benjamin BLACK - traduit de l'anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2010)

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Littérature irlandaise | Romans policiers et thrillers

Suis-je le gardien de mon frère ? de John Edgar Wideman

January 18
by Cecile 18. January 2010 19:58

Note de l'auteur

Ce livre, sa langue, ses mots, les voix qui le composent, sont nés de la tentative que j'ai faite de capter ce qui s'est amorcé entre mon frère et moi il y a quatre ans : le désir nous est venu de parler de nos vies.

Pour connaître l'histoire de mon frère Robby, je suis allé le voir en prison et j'ai écouté ce qu'il avait à dire. J'ai pris des notes - des noms, des dates, des bribes d'événements - puis, quelque temps plus tard, après avoir digéré ses paroles, mais avant qu'elles ne s'effacent, je me suis attelé à coucher sur le papier ce que j'avais appris. À chacune de mes visites, je laissais les pages de mon manuscrit à Robby qui me livrait alors son commentaire sur ce que j'avais déposé la fois d'avant. Il arrivait aussi qu'il me réponde par écrit. Ses suggestions et ses corrections portaient le plus souvent sur des faits, mais là n'était pas le plus important. Son sens de la vérité et de l'exactitude, son esprit d'analyse, sa compréhension instinctive du ton et du rythme de la narration ainsi que les précieuses citations que j'ai pu extraire de ses lettres et de ses poèmes ont largement contribué au résultat final. En tant que romancier, j'ai l'habitude de retrouver la langue parlée par le biais de l'écriture ; il m'a donc été plus facile d'utiliser les techniques narratives de la fiction que d'avoir recours au magnétophone.

J'ai lu de nombreux livres sur les prisons et les détenus, j'ai bavardé pendant de longues heures avec les nombres de ma famille - surtout avec ma mère -, j'ai étudié les minutes du procès, les coupures de presse et les rapports de police afin de m'informer et d'étayer les faits. Sans nier l'apport de ces sources, j'assume la pleine responsabilité de ce récit où se mêlent la mémoire, l'imagination, les émotions et la réalité. Reconstituer le tragique enchaînement de circonstances qui causa la mort d'un jeune homme et en jeta trois en prison pour la vie, fut une expérience déchirante. Dans l'espoir qu'il y a une leçon à tirer de cette histoire et quelque chose à sauver du chagrin et du gâchis, je me suis efforcée d'être rigoureux et honnête. Certains noms propres ont été changés afin de respecter la vie privée des personnes concernées.

Mon avis

J'ai mis trois semaines à lire ce livre. En fait, il est décomposé en trois parties et c'est la première partie qui m'a fait très peur. J'ai toujours vécu dans un monde où toutes les agressions extérieures étaient rendues moins significatives dans ma vie par rapport au calme et à la paix que l'on pouvait ressentir à la maison. La colère des gens je ne connais pas. Les disputes oui mais pas la colère au niveau de celle qu'exprime John Edgar Wideman. Cet un auteur noir-américain très connu d'après ce que j'ai pu lire sur Internet. Il a été élevé dans le ghetto noir de Pittsburgh. Il "s'en est sorti". Aujourd'hui il est professeur dans une université, vit avec sa femme blanche (c'est un détail qui nous paraît inutile aujourd'hui mais au début des années soixante dix il y avait très peu de couples mixtes : John Edgar Wideman en fait un élément de sa réussite personnelle), a deux enfants (un au moment des faits). Il reste en contact avec sa mère.

Au milieu des années soixante dix, il apprend par un coup de téléphone, il apprend que son frère Robby, de dix ans son cadet et dont il a choisi le prénom, vient de tuer un homme avec deux de ses copains et qu'il est en cavale. Trois mois plus tard, Robby arrive chez lui pour une dernière nuit de repos. Il sera arrêté le lendemain, son frère avec lui et ce même si il est professeur et très respectable. Lui sera libéré très rapidement, ce n'était qu'une garde à vue. Robby restera toute sa vie en prison. C'est ce que raconte cette première partie mais c'est surtout la colère d'un homme qui s'exprime : qu'est ce qui a fait que Robby est le seul enfant de la famille a avoir dérapé ? Est ce que c'est de sa faute à lui qui l'a tout bonnement laissé tomber pour ce construire sa vie pépère ? Est-ce que c'est e la faut de la société ? Pour nous dire cela, John Edgar ne prend pas un ton professoral mais celle d'un homme qui vient de loin et qui voit que finalement il pourra se donner tout le mal qui veut, il restera toujours le petit gars du ghetto. Et pourtant, il se rend compte qu'il a perdu le contact avec sa famille. Il n'est ni là ni ailleurs. D'où cette position ambiguë.

Après ce choc, j'ai laissé passer une semaine et attaqué la deuxième partie. Il y a alternance entre la voix de Robby qui nous décrit comment il en est arrivé là avec le langage d'un gars des rues et la voix de John Edgar Wideman qui nous livre ces reflexions sur le récit de son frère, sur la nature de la société, sur sa propre personne et sa propre vie. C'est une partie passionnante parce qu'elle décrit très bien comment les noirs-américains étaient traités dans les années soixante-soixante dix : toutes les vexations, petites ou grandes, le fait de ne pas avoir de bon travail parce qu'on ne pouvait pas faire d'études convenables, la drogue pour oublier. C'est une partie très instructive à mon avis.

La troisième partie est apaisée. On sent que les deux frères ont commencé à se comprendre, qu'il renoue des liens. C'est là où on voit, si on en avait besoin, que Robby est un gars bien. Finalement, c'est la vie qui ne lui a pas donné sa chance.

En conclusion, c'est un roman aux modes narratifs très divers. Cela peut parfois dérouter. J'ai plusieurs fois voulu abandonner parce que ce n'était pas mon monde mais je me suis accrochée et j'ai bien fait parce que c'est un livre nécessaire.

Références

Suis-je le gardien de mon frère ? de John Edgar WIDEMAN - traduit de láméricain par Marianne Guénot (Folio, 1999)

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Littérature des Etats-Unis


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