Trois livres sur la Cité interdite

C’est un billet que je veux vous faire depuis plusieurs semaines car j’ai découvert trois livres merveilleux sur la Cité interdite de Pékin, trois livres merveilleux qui m’ont fait voyager pendant quelques semaines.

CitéInterditeDesFilsDuCielDecouvertesGallimardIl y a de cela un peu de temps maintenant, je trainais dans les rayons de la bibliothèque du Trocadéro en cherchant quel livre prendre. Je me suis retrouvée dans le rayon Histoire au niveau de la Chine et j’ai vu La Cité interdite des Fils du Ciel dans la collection Découvertes Gallimard.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement c’était, quand j’étais petite, et c’est toujours une collection que j’adule. À chaque fois que je lis un livre de cette collection, je me sens un petit peu plus intelligente et j’ai toujours envie d’en savoir plus. Pour en revenir à ce jour-là, je l’ai pris en me disant « Pourquoi pas ? » puisque je ne sais absolument rien sur l’histoire de ce palais.

Cette première lecture m’a fascinée car elle m’a ouvert les portes d’un monde que je ne connaissais pas et qui en plus ne m’intéressait pas particulièrement. Le livre s’ouvre par quelques photos de la Cité sous la neige, puis des détails des toitures.

Commence alors une plongée dans l’Histoire de la dynastie des Ming (1368-1644) et de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911). Ne prenez pas peur car l’histoire chinoise est expliquée pour les débutants (ceux qui ne connaissent pas le nom des dynasties, comme moi par exemple). On apprend que la construction du palais a été lancée sous Yongle, troisième empereur de la dynastie des Ming et qu’il a été habité jusuq’au règne de Pu Yi, le dernier empereur des Qing. Habiter est un bien grand mot car finalement cela ne faisait pas plus que trois à quatre mois dans l’année.

Le livre est donc divisé en quatre chapitres, plus les témoignages et documents : « La Cité interdite, œuvre d’un empereur Ming », « Dans le plus grand palais du monde, les empereurs Qing », « Le règne de Qianlong », « Crépuscule d’une dynastie ». Rien qu’au vu des titres, vous comprenez facilement qu’il s’agit d’une plongée historique dans la Cité et non d’une visite touristique. Le règne des empereurs les plus marquants est détaillé : leur apport au niveau culturel, organisationnel, administratif, militaire. Cela donne lieu à une iconographie abondante (comme d’habitude) sur les peintures chinoises (portraits, scène de la vie de la cour), les porcelaines, les laques … Sont ainsi détaillés le rôle des missionnaires jésuites à la cour de Kangxi, la place des concubines et des eunuques … J’ai donc appris plein de choses sans jamais m’ennuyer au cours de la lecture de ces quatre chapitres.

La lecture des témoignages et documents a été plus fastidieuse car je n’ai pas trouvé que les textes apportaient grand chose par rapport au corps principal du texte. C’est la vision d’occidentaux, au cours du temps, de la Cité interdite. Sur cette partie-là, mon avis est plus mitigé.

Pour résumer, la première partie est fantastique pour se plonger dans la Chine des Ming et des Qing, ne nécessite en plus aucune connaissance préalable, la deuxième partie est d’un intérêt plus limité. De cette lecture, je suis sortie enthousiaste mais pourtant très frustrée. La description de la Cité interdite ne prend qu’une vingtaine de pages, il y a assez peu d’images d’extérieurs comme d’intérieurs (et celles qu’il y a ont mal vieilli) et les descriptions ne sont pas vivantes, dans le sens où on n’a pas l’impression d’y être.

J’ai commencé à chercher des photos sur internet. Je tombais toujours sur les mêmes bâtiments et parfois les mêmes clichés, avec peu de descriptions très intéressantes. Ma belle-sœur m’a dit que les photos étaient interdites (mais en fait non) ; mon frère m’a dit que cela coûtait moins cher de mettre toujours les mêmes clichés partout. J’étais donc toujours aussi frustrée.

DansLaCitePourpreInterditeCyrilleJavaryÀ mon avis, il existe un livre sur pratiquement sur tous les sujets, il suffit juste de le trouver et de parler la bonne langue (je ne doute pas qu’il existe ce qu’il faut en chinois mais je ne le parle pas donc cela ne m’aide pas). J’ai donc commencé à faire un peu de bibliographie et je suis tombée sur le livre de Cyrille Javary, Dans la Cité pourpre interdite. Ce livre est une perle, une pépite, un joyau. Je ne saurais que dire pour vous faire ressentir mon plaisir de lecture. Je ne suis jamais allée en Chine, je ne connais rien au pays, je ne parle pas la langue mais pourtant j’ai l’impression d’avoir été dans cette cité.

Le livre se présente comme un véritable guide touristique de la Cité interdite. Je vous le conseille si vous allez visiter ce monument. Il fait 150 pages et il faut donc prévoir plusieurs jours pour voir tout en détail. Ce livre détaille la même partie qui était décrite dans le Découvertes Gallimard, c’est-à-dire une infime partie de la Cité, mais par contre il le fait bien, et même très bien.

Les bâtiments sont traités un par un dans l’ordre de la visite. Le nom du bâtiment est expliqué, l’architecture est détaillée, l’intérieur commenté. Ce qui est important et passionnant, c’est le fait que l’auteur explique le pourquoi du comment de cette architecture, de ce choix d’agencement dans sa globalité et dans le détail. Il lie beaucoup de choses avec le Ying et le Yang, qui sont eux aussi clairement expliqués. Je vous parle de globalité et de détail, car le Ying et le Yang sont un peu comme des fractals, l’auteur parle lui d’aimants (l’analogie est meilleur car dans le Ying et le Yang, le Nord et le Sud ont leur importance). Dans un aimant, il y a un pôle nord et un pôle sud. Si vous coupez l’aimant, vous aurez deux aimants avec un pôle nord et avec un pôle sud. Le Ying et le Yang expliquent l’agencement global de la Cité mais aussi l’agencement de chaque palais pris séparément.

L’auteur insiste beaucoup aussi sur la place des nombres dans la cité, par exemple dans les clous plantés dans les portes. On se prend à observer et à compter leur nombre comme si on y était et lire ensuite la description pour voir si on a eu raison.

Car oui, ce livre de poche est illustré, non par des photos mais par de magnifiques encres de chine, beaucoup plus belles que tous les clichés que j’ai pu voir jusqu’à présent. Elles permettent de se focaliser sur le détail, de souligner ce qui est remarquable.

Je me suis régalée tout au long de ma lecture et je voulais continuer à découvrir d’autres livres de Cyrille Javary dont l’érudition m’a tellement fascinée. J’ai donc continué ma petite bibliographie et suis tombée sur La Cité interdite – Le Dedans dévoilé coécrit avec Charles Chauderlot, livre que j’ai obtenu à moitié prix en état neuf. Pour le coup dans cette lecture, j’en ai pris plein les yeux.

CiteInterditeCharlesChauderlotJ’ai appris avec cet ouvrage pourquoi c’était toujours les mêmes bâtiments qui apparaissaient dans les livres, sur les sites internet… Tout simplement, parce que c’est la seule partie (et infime partie) qui est ouverte au public. La partie la plus interdite au temps des Ming et des Qing est devenue la plus ouverte et la partie la plus ouverte au temps impérial est devenue la plus interdite.

Charles Chauderlot, qui est en fait l’auteur principal du livre, est le premier occidental à s’être vu accorder un laissez-passer pour la partie interdite (actuelle) de la Cité interdite, dans le but de réaliser des lavis des endroits de son choix. Je vous conseille de visiter son site pour vous rendre compte de son travail. Sur chaque double page, vous avez un lavis d’un endroit, d’un détail que Charles Chauderlot a trouvé intéressant, mais aussi un texte, un peu comme un journal intime, indiquant la date, la lumière, le temps, les fonctionnaires rencontrés 9la partie interdite est occupée par l’administration chinoise) et les difficultés et/ou bonheurs qu’il a eu avec eux.

J’ai trouvé cette manière de présenter les choses très intéressantes. Charles Chauderlot représente très rarement des personnages sur ses lavis, même dans les zones touristiques qu’il a aussi peint. En regardant le dessin, j’avais l’impression d’être une privilégiée en train de visiter un endroit hors du temps (déserté aussi), de pouvoir observer à ma guise sans être déranger. Je lisais ensuite le texte et j’avais toute une ambiance qui se recréait autour de moi. A chaque fois, je me figurais des gens formidablement gentils et expansifs mais aussi têtus et décidés, des gens qui vivaient dans un vieux palais mais comme des ombres, qui veillaient à ne pas déranger quelque chose de sacré. Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti cette impression et c’était le dépaysement assuré à chaque fois que je prenais le livre.

Cyrille Javary a pour ce livre écrit la préface mais aussi des pages intermédiaires qui expliquent l’histoire de la Cité interdite, de Pékin, l’importance des animaux, des éléments, des nombres dans la Cité interdite. Contrairement à ce que j’aurais pensé, Javary se renouvelle sans cesse ; il ne répète pas ce qu’il a dit dans le livre précédent. Il réexplique parfois mais toujours de manière différente. En très peu de pages, on apprend énormément de nouveau, dans des explications toujours claires et concises.

Ces deux auteurs se sont alliés pour nous offrir un excellent livre magnifiquement illustré ; il est à la fois dépaysant et instructif.

J’en ai terminé avec mon voyage dans la Cité interdite, en tout cas en ce qui concerne les genres hors romans et mémoires. J’espère que cela vous aura plu.

Références

La Cité interdite des Fils du Ciel de Gilles BÉGUIN et Dominique MOREL (Découvertes Gallimard, 2004)

Dans la Cité pourpre interdite de Cyrille JAVARY – illustrations de couverture et illustrations intérieures de Patrice SERRES (Picquier poche, 2009)

La Cité interdite – Le Dedans dévoilé de Charles CHAUDERLOT et Cyrille J.-D. JAVARY (Éditions du Rouergue, 2006)

Tag « le pourquoi du comment »

Je ne réponds jamais aux tags pour deux raisons : soit ils sont trop difficiles, soit je remets ma réponse à plus tard (ce qui en général veut dire que je ne répondrais pas parce que d’autres choses s’accumulent au-dessus).

J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de répondre le jour-même parce que c’est Lewerentz qui m’a taguée. En plus, le tag porte sur les habitudes de lecture et il est donc facile d’y répondre.

Que penses-tu des adaptations cinéma ?

Franchement, rien en général. Au cas par cas, j’aime ou je n’aime pas. Mais de manière général, je n’ai pas d’a priori. Je reprends souvent l’exemple du Livre de Dina sur le sujet. J’ai lu le livre avant de voir l’adaptation et ma mère l’a vue avant de lire le livre. Elle a adoré et je l’ai trouvée décevante par rapport au livre car il manquait tellement de choses. Je l’ai revu récemment et je l’ai vraiment beaucoup aimé. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle participe à l’imaginaire que je me construis autour de cette histoire. Bien sûr, je peux m’imaginer les personnages, les lieux mais pas les paysages. Et dans ce film, ils sont juste magnifiques. Finalement, avec le film et le livre, je me suis construite mon histoire toute seule et c’est elle qui est présente dans ma mémoire. Ce n’est ni le livre, ni le film pris séparément. Je n’ai donc pas vraiment d’avis sur l’un ou sur l’autre, ou l’un par rapport à l’autre.

C’est un peu la même chose pour les adaptations de Miss Marple. Mon imaginaire du village anglais typique est construit à partir de film, influence ma manière de lire ou relire les Miss Marple. Je ne sais pas si l’adoption est bien ou pas. Elle est, c’est tout.

Je peux quand même à dire qu’en général, je regarde plutôt les films avant de lire le livre (et en général, je le lis beaucoup plus tard mais ce n’est pas une règle stricte).

Quel marque-page utilises-tu ?

J’ai une collection de marque-pages mais je ne les utilise pas car je les aime trop (et qu’avec moi, il y a de grosses chances qu’ils finissent en torchon).YouAreHere

Récemment (depuis un an environ), j’utilise les marque-pages que je vous ai mis à côté pour les livres que je possède car ils sont pratiques. Vous pouvez noter le tire, l’auteur, le début de la lecture, la fin de la lecture (ou si vous n’avez pas terminé le livre). Au centre du marque-page, vous pouvez noter les pages où il y a des passages intéressants … Ils sont pratiques pour deux raisons. Si je ne revends pas le livre, ils me permettent d’avoir un souvenir car les post-it, c’est sympathique mais cela gonfle le livre (je n’ai pas des étagères extensibles), cela n’est pas forcément pratique pour prêter des livres (à moins que cela soit à des amies très intimes, sinon je trouve que c’est un peu trop personnel). Si je revends le livre, c’est aussi pratique car le livre est intact (moins fatiguant à décoller que les post-it et moins difficile à enlever que les traits de crayons). Cela me permet aussi de garder une trace des livres revendus (je les mets à la fin de mon carnet de lecture).

Pour les livres de bibliothèque, j’utilise des marque-pages à colorier (là aussi c’est très récent) car je trouve cela très bien à faire quand je suis trop énervée pour lire et qu’en plus, je ne veux pas abandonner le système que je viens de vous décrire.

Quel est ton coup de cœur 2015 ?

Après réflexions, j’hésite entre deux livres dont je n’ai pas parlé : Sula de Toni Morrison et Le nageur de Zsuzsa Bánk.

Comment classes-tu tes livres ?

Je ne les classe pas par manque de place ou plus exactement la hauteur de l’étagère fait le classement et ensuite, ils sont rangés par ordre de lecture. Parfois, je mets un livre à côté d’un autre (s’ils font la même taille) car il m’y a fait penser. Cette absence de classement ne me gêne pas car j’ai une bonne mémoire visuelle et rien qu’en voyant la tranche (sans même forcément lire le titre ou l’auteur), je sais de quel livre il s’agit. Cette mémoire m’aide beaucoup pour ma PAL qui n’est pas rangée non plus, et qui est partout autour de moi. Comme dirait mon chef, cela fait travailler mes facultés cognitives.

Quels sont tes blogs préférés ?

Les deux que je lis assidument sont bien sûr ceux de Niki et de Lewerentz.

Sinon, cela a changé au cours du temps car les blogs ont changé aussi. Je pioche de moins en moins d’idées de lecture dedans, même si Wodka, le blog de Kathel et Passage à l’Est! sont des références pour moi. Ce sont mes trois sources d’inspiration bloguesques pour les lectures. Pour Youtube, clairement, la chaîne HajarRead est ma référence. Je l’adore. Pour trouver des lectures, j’aime me perdre aussi dans Lecture/Écriture.

J’aime suivre un certain nombre de blogs de lecture, juste parce que j’aime bien les gens. J’aime leur personnalité, leurs avis sur les livres, leurs émerveillements, leurs déceptions, les petits-à-côtés. J’ai le sentiment de les connaître un peu et il me donne l’idée que le monde n’est pas aussi mauvais que ce que je pourrais penser. Il y en a quand même pas mal. Je vais n’en citer que quatre mais ce ne sont pas les seuls : Matilda, Cuné, Karine, Folfaerie. La lecture de cette catégorie de blogs me mets toujours de bonne humeur.

Des petites habitudes inavouables quand tu lis ?

Je fais un peu la même réponse que Lewerentz. Qu’est-ce que de petites habitudes inavouables ?!

Un auteur contemporain que tu aimerais rencontrer, et pourquoi ?

Toni Morrison. Je n’ai lu que quatre livres d’elles mais elle doit être passionnante à écouter.

Où achètes-tu tes livres (neufs et d’occasions) ?

Pour les livres neufs, j’achète sur internet (je n’ai même pas honte) et en librairies.

Les achats sur internet correspondent à des titres que j’ai envie de lire suite à une autre lecture (je passe par Amazon si c’est en stock car c’est plus rapide) ou à des titres que je ne trouve pas en librairie (je passe préférentiellement par les librairies, par exemple Mollat, Ombres blanches et Sauramps, plus rarement par Amazon). Commander sur internet me permet de gérer plus facilement mon budget car je réfléchis plus longtemps avant de cliquer que de prendre un livre en librairie. L’exception est quand je commande par internet à une librairie et que je vais chercher les livres (le plus souvent, c’est au Divan à Paris, parfois à Gibert) et là c’est dévastateur car j’achète des livres dans la librairie et en plus à la fin, je prends les livres que j’ai commandé.

Si mes idées de lectures proviennent de moins en moins des blogs, la source des librairies ne s’est jamais tarie. La librairie où je vais le plus souvent, c’est Gibert Joseph à Paris. Plusieurs raisons à cela. C’est historique d’abord : j’y achetais mes livres scolaires ; c’est donc ma librairie depuis le début de ma vie d’acheteuse de livres. Il y a beaucoup de nouveautés mises en évidence puisque le magasin est grand, et qui sont parfois présentes en occasion (mais de moins en moins). Et surtout, c’est direct, un coup de RER B et hop j’y suis.

Ensuite, c’est au Divan dans le XVième car j’adore les libraires (ils font le choix de présenter leurs lectures, pas seulement des livres récents, toujours avec passion) et le fond est extraordinaire tout simplement (en plus les libraires le font très bien vivre). Quand je travaillais dans le quartier, je passais mes pauses déjeuner là-bas et pour le coup, je ne commandais pas sur internet. Maintenant que je ne travaille plus là-bas, c’est moins pratique et j’y vais moins souvent car justement ce n’est plus direct.

Ma deuxième librairie d’amour est la librairie Compagnie. Elle est à côté de Gibert mais je n’y vais pas tout le temps car je ne m’y sens pas franchement à mon aise. Le fond en histoire, en revue et en littérature étrangère est extraordinaire. J’y ai découvert la dernière fois en me plantant devant les étagères un auteur du Kazakhstan, avec des origines coréennes, publié dans les années 2000 par les éditions Jacqueline Chambon. Quelle librairie a encore cela dans ses étagères ?! L’auteur est Anatoli Kim pour les curieux.

Il y a aussi La Procure (je ne m’y sens pas à l’aise mais j’y ai fait de très belles découvertes) et la librairie Albin Michel (les libraires sont géniaux aussi). Pour les livres de littérature étrangère que je n’arrive ni à trouver sur internet ni en librairies, je vais à la librairie de l’Harmattan (rue des écoles, tout est à côté).

Pour les occasions, je passe par Gibert Joseph le magasin (puisque je les vois et donc c’est très pratique) mais pas par le site car j’ai été plusieurs fois déçue. Sinon, par le Marketplace d’Amazon.

Pour les livres scientifiques, je vais à Eyrolles, à côté de Gibert, ou j’utilise Amazon car c’est moins cher (quand on connait le prix des livres scientifiques …) et plus rapide.

Pour les livres en langues étrangères, j’utilise aussi Amazon à cause du prix. Mais de plus en plus, je prends les livres en anglais à Gibert car finalement il n’y a pas une très grosse différence de prix.

Tout cela pour dire que la chaîne du livre ne va pas s’écrouler à cause de moi !

En ce moment, quel genre de littérature lis-tu le plus ?

En ce moment, je lis beaucoup de livres sur la Chine, des ouvrages de vulgarisation historique donc mais aussi des catalogues d’exposition et des romans d’auteurs chinois.

Car oui, je lis toujours des romans. C’est mon genre de prédilection. Cette année, j’aimerais lire d’autres choses quand même car c’est toujours un grand plaisir pour moi d’apprendre de nouvelles choses en lisant des essais ou des ouvrages d’histoire par exemple (c’est un peu comme quand je lis un magazine ; j’ai l’impression d’être moins bête et cela me fait toujours plaisir). Je lis moins de romans policiers que dans ma jeunesse mais j’aimerais m’y remettre un peu pour varier les plaisirs.

Un livre à la fois ou plusieurs ?

Plusieurs. Un en numérique pour les voyages en train, un pour ma chambre (voire plusieurs, si une lecture est particulièrement ardue) et un pour mon bureau.

Quelle est ta lecture en cours ?

Ben mes lectures en cours du coup, non ? L’armée de terre cuite : Les guerriers de la Chine ancienne de Renzo Rossi, aux éditions Eyrolles, Cataclysme de Liu Qingbang (Bleu de Chine / Gallimard), Une année particulière de Thomas Montasser et Je ris parce que je t’aime de Alexandre Sneguiriev (Éditions de l’Aube).

Sur quel site communautaire de lecture aimes-tu aller ?

LibraryThing (mais je n’utilise pas vraiment la partie communautaire) et Twitter.

Livre papier ou numérique ?

Les deux. Je ne lis pas les mêmes livres en numérique et en papier. J’achète et je lis donc les livres que je pense que je garderais ou que je revendrais très facilement (c’est-à-dire les livres dont tout le monde parle au temps t). J’achète et je lis en numérique les livres que je lis par curiosité sans être persuadée que cela va me plaire. Si le livre me plaît, je l’achète en papier ensuite.

Pour les livres que j’emprunte en bibliothèque, je prends tout simplement le format disponible.

Pour les livres scientifiques, j’aime avoir les deux. Le papier permet d’avoir un aperçu d’ensemble du domaine que l’on étudie et facilite la mémorisation. J’utilise le numérique quand j’ai lu le livre car je sais que telle information se trouve dans le livre. En général, ce n’est pas possible d’avoir les deux à cause du prix. J’ai le livre papier et j’utilise Google Books pour le numérique.

Pour les livres en langues étrangères, cela dépend tout simplement du niveau de langue. Si le livre est compliqué, je le lis en numérique à cause des dictionnaires. Sinon, j’applique la règle de dessus.

Quel est ton endroit préféré pour lire ?

Le canapé dans mon bureau, au calme.
Voilà ! Si vous voulez répondre à ces questions, n’hésitez pas. Vous pouvez même le faire en commentaires, si vous le souhaitez.

Le paumé de Fatos Kongoli

LePaumeFatosKongoliJ’ai piqué cette idée de lecture sur Passage à l’Est !, qui en parlait ici. J’avoue que pour cette première lecture albanaise je suis plutôt impressionnée. En fait, c’est ma deuxième lecture albanaise mais je n’en ai pas encore parlée mais là aussi j’ai été impressionnée … A suivre, donc ! Pour revenir au livre de Fatos Kongoli (mathématicien de formation), en 185 pages, l’auteur développe un livre très dense sur les conséquences sur la vie d’une personne de la vie sous un régime autoritaire.

On est en mars 1991, période très troublée en Albanie, puisque marquant une période transitoire après l’effondrement du régime communiste albanais. Le narrateur, comme beaucoup de ses compatriotes, veut partir vers l’Italie. Il est même sur un bateau avec un de ses plus proches amis, quand il décide soudain de ne pas partir et donc de rester en Albanie. Et pour tout dire, il n’y en a visiblement pas beaucoup qui reste. Au cours de déambulations dans la ville de Tirana, entrecoupées de beuveries, l’auteur nous raconte sa vie de son enfance à aujourd’hui, en passant par sa vie de jeune adulte. La narration se situant à cette époque de 1991 est très minoritaire dans le livre et ne sert qu’à accentuer les ressentiments sur la période passée.

Le roman commence par décrire l’enfance du narrateur, dans une banlieue peu favorisée de Tirana et l’acte fondateur qui a déclenché tous ses malheurs. Il est sous l’emprise de deux autorités, voire trois. Xhoda est un instituteur redouté car il a la main leste pour pas forcément grand chose. Le narrateur ne se rappelle d’ailleurs plus ce qui lui a valu sa première correction. Ce qu’il se rappelle, c’est que son père, pas forcément courageux, lui en a flanqué une autre pour qu’il se rappelle mieux de la leçon. Humilié, il décide de se venger sur le chien de la fille adorée de Xhoda, la fille se prénommant Vilma. C’est pour lui une seconde erreur tragique car Vilma est la chasse gardée de la petite frappe de la banlieue, Fag (même si elle ne l’aime pas du tout). De plus, tout le monde va apprendre ce qu’il a fait et il va en ressentir une sorte de honte car tout le monde lui fait sentir que s’en prendre à un petit animal innocent n’est pas forcément une bonne chose. Là-dessus s’ajoute une autre honte, celles de ses parents. Ceux-ci se plient aux quatre volontés de leur voisin du dessus, même s’ils ne le supportent pas. C’est quelque chose que le narrateur ne comprend pas car personne ne lui explique. À partir du jour où il apprend que ses parents font cela pour lui, pour lui assurer un avenir qui a été compromis par un oncle qui a fui l’Albanie (et est donc un traitre à la nation comme toute sa famille), il ressent une sorte de honte car il est détenteur d’un secret inavouable, qu’il doit cacher alors qu’il lui semble inscrit sur son front. Quand j’ai lu ce passage, j’ai tout de suite pensé que cela devait être écrasant pour un adolescent, surtout dans un pays sous dictature.

Une seconde partie se déroule quand il rentre à l’université, à Tirana, loin de sa banlieue. Il va se lier d’amitié avec le fils d’un haut dignitaire du régime qui va lui faire découvrir un autre monde. Cet autre monde n’est pour autant pas moins violent. Chacun doit faire plaisir à un personnage qui a plus de pouvoir que lui pour ne pas tomber. Son ami ne supporte cette hypocrisie et a une vision plus libre que les personnages de son monde. Sa cousine aussi d’ailleurs. Elle entamera d’ailleurs une relation amoureuse avec notre héros. Au début dans l’idée de rendre jaloux un homme qu’elle ne supporte pas mais qui l’aime. Notre héros n’a pas compris la subtilité des relations dans ce milieu ; il profite de son amour mais ne se rend pas compte qu’il vient de se faire un ennemi mortel, qui n’aura de cesse de lui créer des problèmes.

Le roman raconte la suite d’ennuis que notre héros vivra pendant la dictature albanaise, mêlant finalement très peu de personnages. Ce qui caractérisent ceux-ci, c’est la rancœur tenace et plus généralement n’oublient rien. Le temps par exemple n’influe pas sur une vengeance programmée depuis des années. Le narrateur a commis une erreur de jeunesse et est victime d’une action d’un membre de sa famille. Ces deux petites choses vont faire que sa vie soit ratée, sans aucune chance de pouvoir améliorer les choses car on le transformera toujours en victime à écraser à cause de ces deux faits.

Ce qui frappe aussi, c’est le milieu clos : on ne peut échapper à son destin dans un tel milieu. Il n’y a pas de possibilités d’avenir, d’évolution (à part à détruire l’autre). Les personnages ne se concentrent que sur l’instant présent. Finalement, on retrouve cette idée que chacun abuse du peu de pouvoir qu’il a pour brimer celui qui est en dessous. Après, la question est est-ce que c’est dû à la nature de l’homme ou à la nature du régime qui a discipliné les esprits dans cette manière de voir les choses. Et là, je n’ai pas trouvé de réponse dans le livre.

Références

Le paumé de Fatos KONGOLI – roman traduit de l’albanais par Christiane Montécot et Edmond Tupja (Rivages, 1999)

Un siècle de littérature européenne – Année 1992

Madame Zou de Zhang Yihe

MadameZouZhangYiheJ’ai eu envie de lire un livre de cette auteur suite à un conseil de la librairie epagine. Je ne l’ai pas acheté en numérique car il était disponible à la bibliothèque

Par contre, j’ai pris ce livre par défaut. Madame Zou est le troisième tome d’une trilogie (de tomes indépendants), intitulée « Femmes en prison ». Le thème principal en est l’homosexualité féminine dans un camp de travail chinois pendant la Révolution culturelle. La quatrième de couverture prévient que c’est un thème extrêmement peu courant dans la littérature chinoise (euh, en France aussi, non ?) et donne l’impression que c’est ce qui fait la valeur du livre. Je n’étais donc pas attirée par cette quatrième de couverture, un peu racoleuse. Je voulais lire le second tome de la trilogie en fait. Le problème est que lorsque j’ai voulu le prendre, je ne l’ai jamais trouvé dans les étagères, la bibliothécaire non plus … Par défaut, j’ai pris celui que je ne voulais pas lire.

Et j’ai bien eu raison. Zhang Yihe, pour écrire sa trilogie, s’est basée sur son expérience personnelle. En effet, elle est « la fille de Zhang Bojun qui fut victime de la campagne anti-droitiste de Mao à partir de 1957 » et « a connu la prison elle-même ». J’ai lu quelque part que ce troisième volume était très personnel (c’est d’ailleurs confirmé par la quatrième de couverture).

L’histoire se passe donc dans un camp de rééducation par le travail, pendant la Révolution culturelle. Zhang Yihe fait le choix d’avoir deux personnages principaux, sans pour autant faire taire les autres femmes détenues.

Les deux personnages principaux sont donc deux femmes, Zhang Yuhe, qui a été condamné pour avoir dénigré le régime devant les gens de sa compagnie de théâtre (et a donc été dénoncé). Elle est très proche de sa famille, de sa mère en particulier, médecin dans un hôpital de région. Le livre est séparé en deux parties. Dans la première partie, on lit son apprentissage de la vie dans le camp, toujours dure, dans le travail mais aussi dans les relations entre femmes. Il y a une certaine solidarité mais qui a ces limites. L’autre personnage est Zou Jintu qui a elle été condamnée à 20 ans pour rien. Elle aussi, son histoire et celle de sa famille est racontée dans la première partie, en alternance avec l’apprentissage de Zhang Yuhe. On comprend bien l’arbitraire des décisions du régime ainsi que des tribunaux. La différence avec Zhang Yuhe est que Zou Jintu n’a plus de familles pour l’aider à survivre alors qu’elle est condamnée à une peine plus longue. Si vous avez envie de lire un bon livre sur la Chine pendant la Révolution culturelle, vous pouvez lire la première partie. Elle est absolument extraordinaire.

La deuxième partie est consacrée à la vie dans le camp et la fameuse homosexualité féminine. Zou Jintu est déjà avec quelqu’un et ses préférences sexuelles sont connues de toutes mais pas du tout admis. Sauf qu’on ne l’a jamais pris sur le fait. Quand Zou Jintu tombe amoureuse de Zhang Yuhe, elle n’hésite donc pas à le faire savoir à cette dernière, de manière directe. C’est une découverte pour Zhang Yuhe mais c’est une pause pleine de tendresse dans un univers rude. Clairement, l’auteur ne nous décrit pas une histoire d’amour. Il n’y a pas de grandes déclarations, d’éléments romanesques, de grands rebondissements faisant que l’histoire soit palpitante. Dans cette deuxième partie, on continue à découvrir la vie en camp de travail, au cours des saisons, la corruption, les sanctions et violences, la maladie, la hiérarchie. À tel point que je me suis demandée comment l’auteur allait finir le livre (je vous laisse découvrir la réponse en lisant le livre).

Finalement, on doit avoir peut être cinq scènes tendres dans tout le livre (chacune de quelques pages). Le thème de l’homosexualité n’est donc pas plus omniprésent que cela. En plus, ce sont de très bonnes scènes car l’auteur est très à l’aise pour décrire l’amour entre femmes. Mes craintes initiales ne se sont donc pas du tout vérifiées et tant mieux. J’ai donc trouvé ce que je cherchais dans ce livre : une plongée dans un monde inconnu de moi dans une période importante historiquement pour l’histoire chinoise, me permettant ainsi de mieux comprendre la vie dans un pays que je ne connais pas. Cette lecture a donc été une très bonne découverte. Le seul défaut (mineur) que je donnerai est une construction légèrement bancale : l’alternance entre personnages de la première partie ne trouve pas son pendant dans la seconde partie. Cela casse le rythme que l’on a pris au début de la lecture. Ce n’est pas franchement grave. Il suffit de s’adapter.

Avez-vous lu les autres tomes de la trilogie ? J’ai bien envie de me pencher dessus mais j’aimerais savoir s’ils sont personnels comme celui-ci, plus violents … c’est-à-dire quelles sont les différences par rapport à celui-ci. Merci d’avance !

Références

Madame Zou de ZHANG Yihe – traduit du chinois par François Sastourné (Ming Books, 2015)

Le Louvre insolent de Cécile Baron et François Ferrier

LeLouvreInsolentCécileBaronFrancoisFerrierJe suis tombée sur ce livre grâce à Twitter. J’ai eu une alerte (comme celles pour les transports en commun, Twitter ne sachant pas les priorités à accorder à chaque chose) que deux comptes auxquels je suis abonnée venaient juste de s’abonner au compte des éditions Anamosa.

Je regarde qui sont ces éditions que je ne connais pas et je découvre que c’est une toute jeune maison d’éditions qui publie ses premiers titres en ce printemps. Il y avait aussi un entretien avec la directrice de la maison, qui expliquait le projet. Entre autre, cette maison n’est dédiée qu’aux essais, de commande ou non, si j’ai bien compris. Les deux premiers titres sont La paix des ménages : Histoire des violences conjugales, XIXe-XXIe siècles de Victoria Vanneau (trop intellectuel pour mon cerveau de blonde, même si le sujet est sans nul doute important  et intéressant) et Le Louvre insolent de Cécile Baron et François Ferrier. Ce dernier ouvrage est censé pouvoir être lu par des lycéens, d’après l’éditrice. J’ai décidé d’acheté ce livre quand j’ai regardé son contenu sur Amazon et où j’ai vu que les auteurs présentaient le tableau suivant :

HenriIVdrole_petitJe me suis demandée comment il pouvait y avoir au Louvre ce genre de tableau. Franchement, il a une tête trop bizarre ce Henri IV ! Puis j’ai trouvé le titre très drôle.

Je peux vous dire que je n’ai pas regretté une seule seconde mes 16,50 euros. Selon moi, ce livre peut plaire à plusieurs publics. J’en vois deux principalement.

Le premier public. Vous désespérez d’emmener vos enfants aux musées car ils préfèrent voir des choses un peu plus modernes que les vieilles peintures du Louvre pendant leurs temps libres. Lisez ce guide pour dédramatiser un peu votre visite. En effet, il présente une sélection des plus moches peintures du Louvre (avec localisation s’il vous plaît), devant lesquelles vous pourrez rire sous cape avec vos enfants tout en leur apprenant des petites choses (par exemple sur la mythologie derrière le tableau) et en guidant leurs regards pour qu’ils puissent regarder un tableau dans son ensemble et dans ses détails.

Le deuxième public. C’est les gens comme moi. Je n’y connais absolument rien en peinture. J’ai des scrupules à trouver qu’une toile est moche alors qu’elle est présentée dans les musées parisiens. À chaque fois, je me dis que je ne dois pas savoir regarder là où il faut, ou que je ne comprends pas les subtilités de la chose. Ce livre là vous déculpabilise complètement face à cela.

Chaque tableau est présenté sur au moins une double page avec la reproduction de la peinture à gauche et à droite un texte explicatif. En petit caractère, les auteurs vous donnent les informations sérieuses. Par exemple, pour le tableau Pygmalion et Galatée de Anne Louis Girodet de Roussy-Trioson, les auteurs expliquent qui sont Pygmalion et Galatée. Pour un Saint-Jérôme méditant, ils vous rappellent qui est ce saint. J’ai trouvé à chaque fois l’information courte mais pertinente ; on sait ce que l’on regarde. C’est souvent ce qui me manque dans les musées (je manque de culture générale à ce niveau-là).

Ensuite, en plus gros caractères, vous avez le commentaire de l’œuvre. Ce sont des textes extrêmement drôles qui m’ont fait éclater de rire à plusieurs reprises (ce n’est pas souvent le cas ; je souris plutôt d’habitude). Comme ce sont des tableaux plutôt moches, les auteurs inventent l’histoire du tableau, tout en faisant des commentaires que vous pourriez faire si vous étiez devant le tableau (avec des gens ayant le sens de l’humour). Avec cette manière de faire, ils font en sorte que vous portiez votre attention sur la composition du tableau, sur le décor, sur les couleurs, sur les détails, sur les personnages. Je trouve que c’est intéressant car quand vous n’avez pas l’habitude de regarder une peinture, cette démarche vous permet de comprendre ce qui vous donne l’impression que vous avez de la peinture (les sentiments que vous ressentez devant). En faisant cela de manière drôle (et sans étaler leur culture), les auteurs vous donne aussi le sentiment que cette analyse est à votre portée (même si ce n’est pas vrai au final). Cela donne envie d’aller aux musées.

Les autres rubriques sur la page sont « À voir absolument… », indiquant une autre œuvre au Louvre, beaucoup moins moches que celle qui est présentée et « Du côté des critiques » où des critiques de l’œuvre présentée sont données. C’est la rubrique où j’ai découvert que l’on peut dire que quelque chose est moche, en argumentant, car les critiques de l’époque n’y allaient souvent pas de mains mortes.

Le tout est agrémenté de biographies des peintres mais aussi d’une bibliographie et d’un index. Vous trouverez aussi à chaque début de section des plans pour localiser ces œuvres une fois que vous serez au Louvre pour voir tout cela de plus près.

Comme vous l’aurez compris, je l’espère, je suis très enthousiaste vis à vis de ce livre. J’ai appris beaucoup de choses en rigolant beaucoup. Cela m’a donné envie d’aller au Louvre pour voir s’il y a d’autres peintures du même acabit !

Références

Le Louvre insolent de Cécile BARON et François FERRIER – avec la participation de Frédéric Alliot – Préface de Jacques-Pierre Amette (Éditions Anamosa, 2016)

Ne pas déranger de Muriel Spark

NePasDerangerMurielSparkAprès quinze jours de maladie, je reviens avec un livre que je n’ai que moyennement aimé (c’est peut être la maladie qui me rend un peu grognon…). J’ai lu récemment À bonne école de Muriel Spark, livre qui m’a beaucoup plu et surtout beaucoup fait sourire. J’ai donc voulu lire d’autres livres de cette auteur écossaise extrêmement connue. J’ai choisi, entre autre, celui-ci à la bibliothèque et c’est donc une lecture très mitigée.

Un soir, le baron Klopstock, sa femme, et leur secrétaire « particulier » s’enferme dans la bibliothèque de leur château, en donnant pour ordre aux domestiques de ne les déranger sous aucun prétexte. Tout le roman est écrit du point de vue des domestiques et on comprend rapidement qu’il va se passer un drame et que les trois personnes enfermées dans la bibliothèque vont mourir dans la nuit.

On ne sait pas comment les domestiques ont réussi à anticiper la date et le déroulement des faits mais ils ont déjà vendu leurs histoires en exclusivité à certains journalistes, écrit un scénario, prévu leurs avenirs qui ne seront pas ceux de domestiques. Le personnel de la maison est extrêmement atypique et plutôt névrosé, à mon avis, à l’image de leurs maîtres. Cela donne des dialogues assez décousus et farfelus, où se mêlent humour, ordre et stress que tout se passe comme écrit. Aux domestiques s’ajoutent des visiteurs du même acabit, le prince Eugène, les amis du secrétaire particulier…

Il n’y a pas tellement de suspens dès lors qu’on a regardé quelques secondes la couverture du livre et lu entre les lignes, quelque peu. Ce n’est donc clairement pas l’intrigue qui peut faire tenir un lecteur dans ce livre. J’ai donc pensé que le roman allait être drôle mais le problème est que cette fois-ci je n’ai pas adhéré à l’humour de Muriel Spark. En y réfléchissant, je crois que le fait que le livre ne fasse parler que les domestiques a joué dans ma déception. On ne voit que les relations entre eux, avec un personnage qui domine plus que les autres. Les patrons ne sont pas du tout présents dans le livre et il n’y a pas réellement de scènes avec leurs domestiques. Les échanges auraient été plus cocasses, plus vifs aussi et j’aurais plus compris l’intérêt de cette histoire.

Muriel Spark lance plein d’idées mais ne les termine pas vraiment et n’explique pas le détail. Par exemple, le baron et la baronne sont présentés comme des obsédés sexuels, ayant de chacun de nombreux « secrétaires particuliers » et « cousins » chacun de leur côté ou en commun. Je dis OK mais pourquoi. Qu’est ce que cela apporte à l’histoire ? Bien sûr, on voit bien l’intérêt de ne pas être dérangé dans la bibliothèque mais ensuite, quoi ? Un autre exemple. Les domestiques ont tout prévu. On se doute que c’est en espionnant leurs maîtres et en connaissant parfaitement leurs habitudes mais j’aurais aimé plus de détails.

En écrivant ce billet, je me rends compte que ce roman ne correspondait tout simplement pas à ce que je m’imaginais en lisant la quatrième de couverture : une histoire décrivant de manière cocasse les relations entre maîtres et domestiques. Clairement, ce n’est pas cela. C’est plutôt une histoire farfelue où le personnel de maison est plus intelligent que les patrons et surtout gère la maison et sa destinée plus que les propriétaires.

Références

Ne pas déranger de Muriel SPARK – traduit de l’anglais par Jean-Bernard Blandenier (Folio, 1988)

Un siècle de littérature européenne – Année 1971

Poussière et sueur de Liu Xinwu

PoussiereEtSueurLinXinwuAprès être tombée sur le Découvertes Gallimard sur la Cité interdite (dont je vais vous parler bientôt normalement), il fallait « absolument » que je lise un livre d’un auteur chinois. Je suis tombée sur ce livre dans le catalogue numérique de la bibliothèque de Paris. C’est un livre court et une très bonne pioche, qui donne un bon aperçu de la vie des salariés ruraux venant travaillés à Pékin pour gagner un meilleur salaire.

L’action se déroule sur une journée, un dimanche, seul jour de repos des personnes travaillant dans le parc de Pékin et est centrée sur le personnage de Lao He, à la cinquantaine bien tassée (plus proche de la soixantaine en fait). Cet homme habite au foyer des travailleurs « immigrés », avec ses collègues. Il a laissé au village sa femme, sa fille et son gendre, qu’il a adopté car il n’a pas eu de garçons. Ses autres filles sont éparpillés dans d’autres villes chinoises, sauf une qui habite elle aussi à Pékin. Il en est très fier car elle a fait des études et a un bon métier. Elle a fait un mariage d’amour …

La journée de Lao He commence mal, après qu’il ait été réveillé par Lao Yan, qui a trop bu. En effet, celui-ci a été menacé par son chef d’être viré. Le motif étant que beaucoup de Chinois de la ville perdent leur travail et que certains postes vont leur être réservé. Dans la réalité (mais leur chef ne le reconnaîtra jamais), ces postes ne sont pas demandés par les gens de la ville car ils sont trop mal payés. Alors qu’il se demande comment il va passer sa journée de repos (initialement il voulait acheter son riz), son gendre arrive pour lui expliquer qu’il a besoin d’argent pour pouvoir aider son frère, qui est parti avec la « femme » d’un autre. Celui-ci est prêt à céder s’ils (le frère et lui) paient. Un souci en plus pour le pauvre Lao He ! Finalement, il décide de rester au foyer et de se reposer. C’est l’occasion de nous présenter sa famille, son histoire personnelle, son travail, sa vie. On en apprend beaucoup sur l’état d’esprit de ces travailleurs, de leur quotidien. Pour information, ce livre a été écrit en 2002. On voit de manière évidente que Lao He n’a qu’un souci dans la vie : sa famille et comment leur procurer une meilleur qualité de vie. En tant que patriarche, il doit aider sa femme, mais aussi ses filles, leurs maris mais aussi la famille des maris (dans une moindre part mais tout de même).

Le midi, son gendre et sa fille (celle qui a réussi) arrivent pour l’inviter à manger. Il apprend que le gendre s’est fait licencier, mais a « retrouvé  un travail en créant un trampoline sauvage, avec lequel il gagne bien sa vie. Et là, on découvre un autre quotidien, celui de la débrouille et de la corruption, aussi présente dans les campagnes. Aucun prix, aucune sanction … n’est fixe et tout se négocie.

L’après-midi est consacré à une activité plus amusante : la grande tombola organisée sur la place principale. Le but est de gagner bien évidemment, pas forcément un gros objet mais on peut ensuite faire des profits, même maigres, en le revendant. On découvre dans ce chapitre une autre Chine, puisque les classes plus aisées que nos travailleurs immigrés participent aussi à l’évènement. On voit toute l’ingéniosité d’un marchand pour gagner le gros lot, une voiture ! Là encore, plutôt pour la revendre que pour l’utiliser. Tous les coups sont permis quitte à escroquer les plus pauvres.

Le manque de solidarité (voire d’humanité) des personnages m’a beaucoup marqué. Chacun veut survivre et assurer la vie de sa famille, ceux n’en faisant pas parti ne sont pas importants. La vie des travailleurs au foyer n’est pas marqué par justement une certaine solidarité mais par un certain code de l’honneur plutôt. Le côté débrouille m’a moins étonné et est même normal.

J’ai mieux compris aussi les accusations de corruptions que l’on entend. Je ne comprenais pas qui était visé, maintenant je sais que c’est les agents des pouvoirs locaux.

Au cours des déambulations, on découvre le Pékin des Chinois pauvres, ce qui est aussi très intéressant.

Comme vous l’aurez compris, j’ai lu ce livre plutôt comme un documentaire, pour découvrir un autre Pékin que celui de la Cité interdite. Pour le coup, c’est réussi. Je voudrai cependant ajouter deux petites choses à propos de l’histoire en elle-même. Les personnages sont nombreux, divers, bien décrits et semblent assez représentatifs, au vu de mes faibles connaissances, des travailleurs migrants. L’intrigue n’est clairement pas la partie principale, mais je ne me suis pas du tout ennuyée dans ce livre.

À chaque fois, j’ai des réticences à lire des livres d’auteurs asiatiques alors qu’en fait, après lecture, c’est très souvent une bonne pioche. Celui-ci ne fait pas exception. Je vous le conseille si vous êtes curieux d’un regard chinois sur les travailleurs migrants en Chine (je vous accorde que ce n’est pas tout le monde tout de même).

Références

Poussière et sueur de LIU Xinwu – traduit du chinois et annoté par Roger Darrobers (Folio, 2012)

Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon

VictorHugoVientDeMourirJudithPerrignonJ’ai sauté sur ce livre quand je l’ai vu dans le présentoir des nouveautés à la bibliothèque. J’avais entendu tellement de choses positives sur ce livre que j’étais impatiente de le lire. Résultat, j’ai mis trois semaines pour m’y mettre mais je n’ai pas été déçue dans mes attentes.

Comme vous le savez peut-être, Judith Perrignon reconstitue les derniers jours de Victor Hugo avant sa mort ainsi que les préparatifs de ses funérailles.

Historiquement, j’ai appris beaucoup de choses, qui je pense, sont justes, sur le déroulement global de ce moment historique. Victor Hugo n’est pas mort facilement mais a eu de longs jours d’agonie. Tout au long du processus, il y avait des communiqués laconiques pour tenir au courant la population et les politiques de l’état de santé du grand homme. Paris retenait son souffle, l’inquiétude étant palpable pour la perte imminente d’un personnage ayant marqué l’histoire française récente. Après la mort, chacun se dispute pour savoir où enterrer le corps. La réponse la plus évidente pour tous, même si la famille aurait aimé un premier moment plus au calme, est de l’enterrer au Panthéon, qui doit dès lors redevenir un lieu laïc, Victor Hugo refusant tout ce qui avait rapport à la religion. Les politiques, qui pourtant n’étaient pas forcément tendre avec l’homme, font des grandes phrases, comme ils savent les faire, pour s’approprier sa filiation …

Quitte à faire oublier que le deuil est porté par toute la nation, par le petit peuple que Victor Hugo a toujours défendu, par Louise Michel dans sa prison de Saint-Lazare, par les déportés de Nouvelle-Calédonie, revenus grâce à l’intervention de l’écrivain. Dans ce « roman », on entend les voix de tous ces gens.

La police s’inquiète des débordements prévus, ceux des anciens Communards, que Victor Hugo n’avait jamais cautionnés. Elle met donc en place un défilé de l’Étoile (Victor Hugo est mort avenue Victor Hugo) au Panthéon, passant par les quartiers bourgeois de Paris, un lundi pour que les ouvriers ne puissent assister facilement au défilé.

J’ai trouvé que Judith Perrignon rendait très bien les sentiments des deux parties : la tristesse réelle de beaucoup, qui n’ont pas de voix « publiques », et la tristesse feinte et officielle. Entre les deux groupes, il y a la famille, que l’écrivain fait parler à travers une pièce rapportée, Édouard Lockroy, qui a épousé Alice Lehaene, femme de Charles Hugo, fils de l’écrivain, décédé prématurément. C’est à travers son œil que l’on voit aussi le monde politique de l’époque, puisqu’il était député. Il est forcément subjectif car il avait les mêmes opinions (peut être moins fortes) que Victor Hugo. Ses mêmes opinions l’obligent à être la voix du peuple de Paris pour organiser un « vrai » évènement national, et non une mascarade. C’est à mon avis le personnage qu’on entend le plus dans ce livre. Judith Perrignon lui donne vraiment ce côté « en retrait » de l’évènement, qui permet d’analyser un peu plus (de décrire aussi un peu plus) ce qui se passe et prendre le pouls de Paris. C’est donc un très bon choix de narrateur.

Le deuxième groupe que l’on entend le plus sont les anciens Communards. Personnellement, je n’ai pas compris tous les tenants et aboutissants de leurs prises de décision. J’ai trouvé que c’était assez complexe. La seule chose que l’on voit est qu’ils sont extrêmement surveillés par la Préfecture de Police. Le sentiment que j’ai eu est qu’ils ont un train de retard (là, je juge avec mon époque). Pour moi, le danger principal serait venu de l’émotion populaire plus que de la violence d’un groupe (que la police a d’ailleurs contrôlé aux abords du cortège). Cela m’a donné une impression de décalage entre ce qui se passait dans Paris et ce qui se passait dans les officines. Je ne sais pas si l’auteur a créé ou amplifier le phénomène mais c’est en décalage avec l’émotion du moment.

Je pense que vous avez compris que ce que j’ai adoré dans ce livre c’est le fait que l’auteur fasse renaître le Paris de l’époque, sa vie politique, sa population, ses envies et ambitions. Je n’ai pas prêté une grande attention au style de l’auteur. Pourtant, il y a deux passages que j’ai trouvé vibrant : l’enlèvement de la croix de l’église Sainte-Geneviève, par six ouvriers, tôt le matin, pour ne pas provoquer d’attroupements, et l’exposition du corps sous l’Arc de Triomphe et la description de la foule calme et fébrile, attendant de pouvoir s’approcher.

Pour finir, je dévoile la fin. Après trois ans, Victor Hugo n’avait toujours pas de place au Panthéon, son cercueil était posé dans un coin, le même depuis qu’on l’y avait amené. Comme il est dit, au Père Lachaise, près de ses enfants, il aurait eu toute sa place (le choix du Panthéon est celui de l’assemblée et non de la famille). Cela fait réfléchir sur la sincérité des évènements célébrés par nos politiques.

En gros, j’attends qu’il sorte en poche et je me l’achète.

L’avis de Nicole Grundlinger (qui propose un questionnement très intéressant) et de Delphine-Olympe.

Références

Victor Hugo vient de mourir de Judith PERRIGNON (L’iconoclaste, 2015)

La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht

TheatreComplet4BertoltBrechtIl y a quelques semaines (plus de 6 je pense), l’invitée de la Dispute sur France Culture faisait part de son admiration pour ce livre. Piquée dans ma curiosité, j’ai décidé de lire cette pièce de Bertolt Brecht, écrite entre 1938 et 1940 et je l’ai donc emprunté à la bibliothèque de l’institut Goethe. Il a fallu donc 6 semaines pour que j’ouvre le livre, juste avant de devoir le rendre. Je vous dirai heureusement car j’ai découvert une excellente pièce !

L’action se déroule dans la capitale du Se-Tchouan, « à demi européanisée », dans un quartier pauvre. Un soir débarque trois dieux à la recherche d’un logement pour la nuit. Ils sont attendus et accueillis par Wang, le marchand d’eau. Wang, dormant dans un conduit d’égout, ne peut décemment pas accueillir trois dieux et se propose de demander aux habitants le gîte de leurs parts. Tous refusent sous différents prétextes. Jusqu’à ce que Wang demande à Shen Té, la prostituée du quartier. Celle-ci accepte par amitié pour Wang (qui est désespéré après avoir tant cherché) et aussi parce que ce sont des dieux, tout de même. Elle refuse le client prévu et les accueille tous les trois pour la nuit.

Au matin, ils la remercient et lui donnent 1000 dollars d’argent, lui permettant ainsi de sortir de la prostitution. Ce n’est pas pas pur gentillesse. Ces dieux sont en fait à la recherche de bonnes âmes sur notre planète et ont beaucoup de mal à en trouver. Craignant que tout soit pourri, ils décident d’encourager Shen Té à avoir une activité plus respectable. Elle achète avec sa nouvelle fortune un petit débit de tabac (elle s’est bien sûr fait avoir sur le prix). Avant même l’ouverture, ses anciens logeurs lui demandent le gîte et le couvert (cela correspond à huit personnes), l’ancienne exploitante de la boutique lui demande de la nourrir, elle et son fils, puisque Shen Té leur a pris leur gagne-pain, la propriétaire e la boutique demande six mois de loyers d’avance, le menuisier veut un prix exorbitant pour les étagères qu’il a montée. Sur ce, un chômeur arrive. Il y a tout un lot de profiteurs ou de plus pauvres qu’elle, suivant de quel côté de la barrière on regarde, qui s’invite dans sa nouvelle vie. Pourtant, Shen Té ne se décourage pas, nourrit tout le monde … Il est facile de comprendre que cette situation ne peut pas durer. Son cousin Shui Ta arrive pour l’aider à gérer sa boutique. Il représente plutôt la justice et le bon sens (commun). Il veut aussi aider les gens mais d’une manière qui ne lui soit pas défavorable, quitte à parfois être tangent avec la morale.

On va donc pendant toute la pièce suivre la vie de ce débit de tabac et l’évolution des sentiments des « deux » personnages principaux : Shan Té et Shui Ta. C’est la dualité entre ces deux-là qui m’a énormément plu dans cette pièce. L’interrogation sur la difficulté d’être bon est permanente, tellement bien illustrée et juste ! Est-ce qu’être bon c’est s’occuper d’abord de soi pour pouvoir aider les autres ou s’occuper des autres, tout en ne pensant pas à soi ? Faire un mixte des deux versions fait-il de nous quand même quelqu’un de bon ? Est-ce que la pauvreté permet tout ? Est-ce qu’il est possible d’être bon quand l’argent est si nécessaire pour vivre ? Est-ce que l’amour prévaut sur tout ? Je me suis posée énormément de questions en lisant ce livre. Bertolt Brecht ne propose pas une situation simple mais clairement aussi complexe que la vie. Il ne peut pas conclure (sinon tout le monde aurait réglé ces interrogations depuis longtemps) et ne conclura pas, sauf sur une volonté d’espoir que les bonnes âmes existent réellement sur Terre.

Le texte de la pièce est vraiment très réussi. Il présente énormément d’actions, tout en étant clair dans son message. Les protégés de la jeune femme sont extrêmement bien décrits, dans le sens où ils ne sont pas caricaturaux ou trop présents mais suffisamment en retrait et significatifs pour jouer un rôle dans la démonstration que déroule l’auteur.

C’est une excellente découverte de Bertolt Brecht dont je suis absolument ravie. Ma prochaine étape est de découvrir les adaptations disponibles sur YouTube.

Références

La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt BRECHT – traduit par Jeanne Stern – dans Théâtre complet – Volume 4 (L’Arche, 1988)

The Creep de John Arcudi et Jonathan Case

TheCreepJohnArcudiJonathanCaseJ’ai pris cette BD à la bibliothèque par pure curiosité parce qu’il y a une étiquette sur l’exemplaire, où il est indiqué que cette BD est un coup de cœur Facebook. Je n’ai absolument aucune idée de ce que c’est, qui décerne ce label … Je n’en sais pas plus après ma lecture mais j’ai lu la BD.

La version française de The Creep est le regroupement de trois fascicules d’un comics paru aux États-Unis en 2012, 2013 et 2014 et est présenté comme un hommage de John Arcudi aux récits de privé.

L’histoire est assez intéressante dans le sens où elle est classique mais présente un dénouement que je n’aurais pas imaginé. Un garçon vient de se suicider deux mois après son meilleur ami. La mère, complètement désespérée, appelle son amour de jeunesse devenu détective privé, Oxel Kärnhus, pour enquêter car elle ne comprend pas le pourquoi de la chose. Le problème est qu’elle ne l’a pas vu depuis longtemps. Or, il est atteint d’une maladie dégénérative, l’acromégalie, qui a beaucoup altéré son physique avantageux (et sa voix entre autre). Il a honte de lui. Il accepte cependant l’enquête en ne la rencontrant pas mais en « interrogeant » la mère du premier gamin qui s’est suicidé. Il apprend que lui aussi n’avait pas de père et que c’est le grand-père, le père de l’amour de jeunesse, qui s’occupait des deux adolescents en les emmenant en week-end de pêche par exemple. Depuis la mort des deux adolescents, le grand-père déjà fragile a perdu la boule et vit à la rue. Personnellement, mes soupçons tournaient une histoire glauque de pédophilie mais en fait, pas du tout. C’est pour cela que je vous parlais un peu plus haut de dénouement inattendu (dans mon cas).

Ce n’est donc pas une histoire avec un grand mystère, où le détective montre sa puissance de déduction ou sa force (physique ou de son arme à feu) pour résoudre l’affaire. C’est plutôt un hommage au travail quotidien du détective privé, pas forcément avec des affaires grandioses, mais plutôt des enquêtes de tous les jours, glauques, tragiques et tristes. Ce qui m’a plu dans cette bande dessinée, c’est ce côté « normal » (n’y voyez pas de connotations particulières).

Le héros m’a aussi énormément plu car il est extrêmement attachant. Les auteurs en ont fait une sorte de géant maladroit, peu sûr de lui et qui essaie de faire son travail de manière correcte, tout en vivant une vie où la maladie est là. Dans la postface, les auteurs expliquent qu’ils n’ont pas pu faire de Oxel Kärnhus un monstre car il n’aurait pas pu s’y attacher. Cela a totalement répondu à une impression que j’ai eu pendant toute ma lecture. Le personnage est dessiné comme une caricature d’Américain, avec un menton proéminent et carré, un visage fort, taillé à la serpe. Je ne comprenais pas en quoi cette maladie était si handicapante physiquement (on peut se rendre compte que si en regardant des images sur internet et en lisant wikipédia). Les auteurs, dans mon idée, avaient choisi d’accentuer les gênes physiques de la maladie, sans mettre en évidence la déformation du visage. Ils montrent bien l’avant-après mais je n’ai pas vu le problème pendant ma lecture. Il y a un changement de visage du héros mais il n’était pas devenu un monstre pour autant. Dans un sens, le pari des auteurs est à moitié réussi. L’histoire est bien un hommage aux histoires de détectives privés, avec un héros attachant, mais ils ne réussissent pas à rendre réellement la maladie (son quotidien oui par contre).

C’est donc une lecture que j’ai appréciée. Par contre, visiblement, je ne pourrais pas faire partie du jury des coups de cœur Facebook.

Références

The Creep de John ARCUDI (scénario) et Jonathan CASE (dessin et couleur) – traduction de Hélène Dauniol-Remaud (Urban Comics / collection Urban Indies, 2014)