Reflets dans un œil d’or de Carson McCullers

RefletsDansUnOeilDOrCarsonMcCullersCette semaine, j’ai lu Reflets dans un œil d’or de Carson McCullers. Je l’ai pris totalement au hasard dans ma PAL car il était petit (130 pages) et que c’est ce qu’il me fallait pour aller repasser. Ce livre est un bijou, tout simplement.

Le livre est normalement dédié à Annemarie Schwarzenbach d’après ce que j’ai pu lire sur Wikipédia mais dans mon édition ce n’est pas le cas. Je ne sais pas pourquoi (et en plus, je n’ai pas pris le temps de chercher) mais si vous savez, je prends la réponse.

Le livre s’ouvre sur une préface de Jean Blanzat. J’ai trouvé que c’était une bonne préface dans le sens où, tout en étant courte, elle permettait de mettre l’accent sur les points sur lesquels on pouvait faire attention au cours de la lecture :

  • pour lui, il est tout à fait possible de lire ce roman comme un drame bourgeois ;
  • on pouvait y voir une dimension supplémentaire, caractéristique du roman américain : la capacité à généraliser

Si l’on en croit l’exemple de Reflets dans un oeil d’or, le plus récent roman américain a quelque peu changé de ton, il semble se tenir plus près de la vie banale, mais il n’a pas renoncé à son ambition essentielle. Il cherche à remonter, à travers la fiction des vies privées, aux mythes permanents du destin de l’homme.

  • faire attention à la manière dont sont décrits les personnages car chacun est décrit avec sa propre profondeur.

L’action se situe sur une base militaire américaine, dans le Sud. Les principaux personnages sont deux couples, voisins, un domestique Philippin et un soldat. Il y a aussi un cheval qui appartient à une des dames. Il paraît qu’il faut y voir un symbole de vigueur masculine mais je vais laisser cela de côté pour mon billet. Un des hommes est l’amant de la femme de son voisin. Le mari ne sait pas comment le prendre (il s’en doute mais ne veut pas trop voir) ; l’autre femme, elle, sait et ne supporte pas franchement. Elle ne pense qu’à partir mais le problème est qu’elle est malade et qu’elle doit apprendre à vivre avec la mort de sa petite fille. Elle supporte sa vie tant bien que mal grâce à l’aide son domestique philippin, Anacleto. Sur cet équilibre précaire vient se greffer un soldat qui tombe amoureux de la femme qui a déjà un amant. Voilà pour la lecture du roman en tant que drame bourgeois, un peu passionnel. Ne vous en faites pas, je ne pense pas avoir trop spoilé car l’histoire est racontée dès les premières pages.

Ce qu’on ne dit pas dans les personnages, c’est la personnalité des personnages. Rentrons plus en détail pour chacun. Il n’y en a que six après tout. Les Penderton sont le premier couple. Il y a le Capitaine et Léonore (c’est la femme qui a l’amant). Il y a donc aussi le couple formé par les Langdon, le Commandant et Alison. Le domestique philippin s’appelle donc Anacleto. Le soldat s’appelle L.G. Williams (mais pour l’armée, il s’appelle Elgé).

Léonore est une jeune femme dans la fleur de l’âge, séduisante et épanouie physiquement. Elle s’occupe en tant que femme du Capitaine de recevoir. En plus de ses occupations, elle aime monter son cheval, le fameux étalon (pas le Commandant, ne soyez pas mauvais esprit). On apprend au milieu du livre qu’elle souffre d’un défaut qu’elle nous avoue elle même. Elle est peu intelligente. Elle le sait, son mari le sait (mais d’après lui c’est normal pour une femme de moins de 40 ans), son amant le sait aussi (mais il ne l’en aime que plus). Finalement, sa description reste très superficielle. On sait juste qu’elle est séduisante vu qu’elle attire l’œil et qu’elle peut réagir de manière inappropriée par rapport à certaines situations. Alors qu’on aurait pu penser qu’elle était le personnage principale du roman, finalement non.

Le Capitaine est un personnage extrêmement complexe. Sur la base, il est chargé de l’enseignement, un métier pour lequel il est doué et respecté. Il n’aime pas monté à cheval. Il se couche tous les soirs à deux heures du matin pour travailler sur des sujets qui l’intéressent. En apparence, il est donc un homme très carré sur qui ont peut compter, peut être un peu froid. Quand on gratte un peu, c’est un cleptomane, un homme frustré et trop ambitieux. Quand on finit la lecture, on a l’impression de ne pas le connaître vraiment, ce qui est paradoxal vu que c’est un des personnages qui est le plus détaillé. Devant une situation, je n’arriverais pas à savoir ce qu’il va ou ce qu’il va penser. J’ai trouvé qu’il était attachant pour cela. Il a des réactions qui sont petites, mesquines mais c’est un humain.

En comparaison, le commandant Langdon ne m’est pas apparu comme quelqu’un de sympathique. Il trompe sa femme malade dans sa propre maison ; cela n’aide clairement pas à en avoir une bonne opinion. Pourtant, il essaie de ménager la chèvre et le chou, sa femme et sa maîtresse, d’être ami avec le mari de sa maîtresse. Il connaît tous ces hommes au contraire du Capitaine. Il n’est décrit que par ses relations aux autres, on ne peut pas s’attacher avec un tel personnage.

Sa femme, Alison, est, elle, décrite comme une sorte de femme-enfant, qu’il faut protéger après la perte de son bébé, malade qui plus est mais qui arrive à faire des plans d’avenir. Elle aussi est très paradoxale car elle a un caractère de tête, tout en étant fragile. Il faut voir comme elle tient tête à son mari, au Capitaine, comme elle juge Léonore (bien comme quelqu’un de stupide). Sa relation avec Anacleto est intéressante car il semble être son ami, sa confidente, plutôt que son domestique. C’est un personnage intelligent et sensible. On s’attache à elle ; elle ne fait pas pitié.

Elgé Williams, le soldat, est un psychopathe amoureux. Il voit une fois Léonore nue en regardant chez elle depuis la rue. Il en tombe amoureux après avoir pensé pendant des années que les femmes n’étaient qu’une même et terrible maladie pour les hommes. Il fait ensuite une fixation sur elle, quitte à observer chez elle la nuit, à rentrer chez elle la nuit malgré la présence de son mari, à braver son mari. Il est évident qu’elle ne l’aimera jamais. Pourtant, le sentiment de haine qui naît tout au long du roman entre le soldat et le Capitaine n’est pas humain. Il tire plutôt vers la maladie mentale que vers autre chose.

Je ne pense pas comme l’auteur de la préface que le livre peut se lire simplement comme un drame bourgeois. Si s’en était un, l’auteur aurait insisté sur le caractère de certains personnages, nous aurait attaché plus à l’un qu’à l’autre. Ici, ils ont des réactions étranges auxquelles on ne s’attend pas. Il y a de la froideur, et paradoxalement une certaine touffeur qui se dégage de tout cela : ils sont englués, ne réagissent pas. Je sais que le drame est ce qui se passe sur la fin mais il ne me semble pas que l’auteur en fasse un drame. Elle ne dramatise pas.

C’est exactement ce que souligne l’auteur de la préface. Ici, on parle de l’incarnation du destin de l’homme. Le dénouement est inévitable. Il n’aurait pu en être autrement. Le livre reste très moderne grâce au fait justement qu’on ne peut pas l’interpréter comme un simple drame bourgeois. Si les sentiments bons ou mauvais avaient été présents, ils auraient été trop marqués par une époque.

J’ai adoré ce livre. A partir du moment où j’ai commencé à le lire, je n’ai pas pu le lâcher. Cela fait une semaine que je l’ai fini (et oui je n’écris pas mes billets en une fois) et je n’arrête pas d’y penser. Je n’arrive pas à mettre mes mots sur ce que l’auteur de la préface appelle un « écart » par rapport à ce que l’on s’attend car je ne vois pas à quoi j’aurais pu m’attendre. Une fois que Carson McCullers a commencé son histoire, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.

Je suppose que je ne suis pas toute seule à avoir lu ce livre. Je suis intéressée par vos interprétations. J’ai acheté le DVD du film. Il me reste à le voir. L’avez-vous vu ?

Références

Reflets dans un œil d’or de Carson McCULLERS – roman traduit de l’anglais par Charles Cestre – préface de Jean Blazat (Livre de poche, 2005)

Un siècle de littérature américaine – Année 1941

Cœur de pierre de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

CoeurDePierreSeverineGauthierJeremieAlmanzaJ’ai découvert cet album jeunesse sur la chaîne YouTube de Margaud Liseuse, qui je crois me rappeler à acheter cette BD au salon de Montreuil cette année. L’occasion s’est présentée de le lire, donc je l’ai lu. C’est absolument trop mignon, très triste à la fin mais bon il faut une morale tout de même à l’histoire.

Dans cette BD, il y a trois personnages qui incarnent trois expressions utilisant le mot cœur : le cœur d’artichaut, le cœur de pierre et le cœur en or. Le cœur d’artichaut est la petite fille rousse sur la couverture. Le cœur de pierre est le petit garçon sur la couverture. Le cœur en or est un petit garçon.

La BD commence par la présentation du garçon au cœur de pierre, dans un univers très sombre, que rappelle le côté gauche de la couverture.

L’enfant au cœur de pierre était né en décembre, et tous les médecins lors de l’auscultation annoncèrent aux parents qu’ils ne pouvaient entendre les battements du cœur de leur petit garçon.

C’est ainsi que tomba l’horrible diagnostic. On leur dit que leurs fils ne sourirait jamais, qu’il n’aimerait personne et serait allergique à tous les sentiments que les autres éprouvaient ; qu’il serait tous les jours de très méchante humeur ; qu’il avait une pierre à la place du cœur !

Ces parents s’en désolent et oublient de s’occuper de leur fils malgré le terrible diagnostic. Il grandit donc seul. Comme personne n’essaie de le changer, le diagnostic se réalise. Avec son caractère, il n’a aucun ami. Pourtant la petite fille au cœur d’artichaut en tombe follement amoureuse au premier regard et lui effeuille donc son cœur, jour après jour, pour lui montrer son amour et essayer de lui faire enfin connaître l’amour. J’ai adoré que l’expression « cœur d’artichaut » soit prise au sens propre. La petite fille ouvre la porte de son cœur (même ça c’est une expression), prend une feuille de son artichaut et la donne au garçon au cœur de pierre. C’est juste magnifique et ingénieux.

Le petit garçon jette la feuille car il ne peut pas la comprendre. Le problème est que comme vous le savez tous, l’artichaut est un objet fini, il y a un nombre limité de feuille. Comment fera la petite fille quand elle n’aura plus de cœur. C’est là où intervient le garçon au cœur d’or pour tout arranger (que je vous ai mis sur la deuxième image ; vous le reconnaissez car il a des cheveux en or) car lui est amoureux de la petite fille au cœur d’artichaut.

Cœur de pierre - page 17

Cœur de pierre – page 17

Quand j’ai vu le personnage, j’ai trouvé qu’il n’était pas particulièrement moral d’introduire un trio amoureux dans un livre jeunesse mais en fait non, il vont rester 2 + 1. Comme je le disais en introduction, cela va mal se terminer pour le garçon au cœur de pierre. C’est un peu normal à mon avis mais le problème est que l’album se termine là-dessus, on en garde une impression de profonde tristesse. Cela fait pitié pour les gens qui ont un cœur de pierre et qui sont insensibles. Les cœurs en or et d’artichaut s’en sortiront toujours apparemment.

Sauf qu’il m’a fallu réfléchir pour en arriver à cette conclusion. Quand je suis tombée sur la dernière page, j’essayais compulsivement de tourner les pages avec mon doigt (j’ai lu cette BD sur la tablette) et cela ne marchait pas. J’ai vu le mot fin seulement après. Ma première pensée a été qu’il était vraiment plus difficile d’être un enfant de nos jours que de mon temps (je suis déjà vieille). Après j’ai réfléchi pour aboutir à mes conclusions.

P.S. : L’univers du dessinateur, ses dessins, ses couleurs sont une véritable splendeur. Sur papier, cela doit être beaucoup mieux qu’en numérique à mon avis. La couverture et la planche que j’ai mise en donne une bonne idée à mon avis.

Références

Cœur de pierre de Séverine GAUTHIER (scénario) et Jérémie ALMANZA (Delcourt, 2013)

Solovki – La bibliothèque perdue de Jean-Luc Bertini et Olivier Rolin

SolovkiJeanLucBertiniCette semaine, j’ai vu le documentaire d’Olivier Rolin sur la bibliothèque disparue du goulag des îles Solovki. J’ai énormément aimé son travail car il montre d’un point de vue original ce qu’était le goulag à l’époque, l’évolution de ce camp, la vie des déportés… Les images du temps présent m’ont transporté ailleurs pendant une heure. C’est donc en toute logique que j’ai voulu prolongé ce moment en lisant ce livre.

C’est un fascicule de photos prises par Jean-Luc Bertini, qui accompagnait l’équipe lors du tournage du documentaire. Les photos sont accompagnées d’un texte d’Olivier Rolin, qui reprend une partie du texte du film. C’est l’impression que cela m’a donné en tout cas après avoir enchaîné le visionnage et la lecture. Je n’ai pas vérifié exactement.

Iles-Solovki

Source : voyages.ideoz.fr

En toute logique, le livre commence donc aux îles Solovki, au milieu de la mer blanche. La première photo représente la ville qui s’est installée en partie dans des bâtiments de l’ancien camp. Quand on pense aux îles Solovki, vient tout de suite à l’esprit le camp, puis le monastère (ici on parle plutôt de monastère-forteresse – de kremlin qui est le mot russe pour désigner ce genre , qui est aujourd’hui de nouveau occupé par des religieux. C’est donc la deuxième photo du fascicule, un moine marchant, seul, dans la cour enneigée du monastère. Le tiers du livre représente la vie sur l’île principale des Solovki.

Il y a une photo qui est particulièrement magnifique. Elle représente la forêt, avec une étendue de neige au premier plan, le tout vue du monastère. L’ombre du bâtiment se projette sur la neige. La lumière est plutôt crépusculaire. Cela donne une impression d’immensité et d’éternité. Je n’ose imaginer ce que cette photo donne en grand format. En passant, je précise qu’il y aura une exposition en Suisse, à la fondation Jan Michalski, du 1er au 30 avril 2015, qui présentera ces photos.

 Si vous avez vu le documentaire, vous savez que la bibliothèque qui comptait environ 30000 ouvrages, allant de romans aux livres scientifiques, ne se trouvait plus aux îles Solovki. Le but d’Olivier Rolin était d’en trouver des traces quelque part car de si nombreux volumes n’ont pu disparaître. Dans le documentaire, il suit donc plusieurs pistes, en sachant que finalement les livres ont suivi les prisonniers qui étaient envoyés sur les grands chantiers soviétiques. Quelques volumes sont sauvegardés à Iertsevo, qui était « la capitale d’un grand complexe de camps connu comme le Kargopollag, le camp de Kargopol ».

Le photographe a donc suivi le tournage. Les deux derniers tiers du livre présentent plutôt des photos de personnes dans des gares, devant des magasins, dans la rue. Comme le dit Olivier Rolin, il s’agit d’instantané de voyage. Le photographe présente ici un portrait de la Russie actuelle, et surtout des Russes.

Il y a plusieurs types de photos :

  • des portraits, avec des personnes au regard toujours très fort ;
  • des personnes, prise seule dans des actions quotidiennes, ou dans leurs pensées ;
  • des scènes de vie. J’ai particulièrement apprécié la photo représentant deux vieilles femmes dans une gare enneigée, avec le même manteau bordeaux, se regardant mi-amusée, mi-intriguée. On a l’impression qu’elle se demande comment est-il possible qu’elles aient le même manteau. Franchement ?

J’ai adoré ce fascicule. Je n’ai pas trouvé ce que j’y cherchais mais j’y ai trouvé ce que je n’y cherchais pas. Je cherchais au départ des photos des îles Solovki, que je m’imaginais très peu peuplées, uniquement avec des vieilles personnes. Finalement, ce n’est pas du tout cela. Il y a des gens de tout âge, la vie ne s’est pas arrêtée avec la fin du camp. Le photographe s’est concentré sur les gens, plus que sur les paysages. Jean-Luc Bertini porte sur les habitants un regard attendri. Il les montre plein de gentillesse timide.

Références

Solovki – La bibliothèque perdue de Jean-Luc BERTINI (photographies) et Olivier Rolin (texte) (Éditions le bec en l’air, 2014)

Trains de légende – Tome 1 : L’Orient-Express de Richard D. Nolane et Diego Olmos Alminana

TrainsDeLegendeOrientExpressCette série de bandes dessinées est consacrée aux trains de légende. Elle compte actuellement trois tomes : le premier sur l’Orient-Express, le deuxième sur le Transcontinental et le troisième sur le Transsibérien. J’ai lu les trois volumes que j’essaierai de vous présenter au fur et à mesure. Celui-ci est mon deuxième préféré, devant le Transsibérien mais derrière le Transcontinental.

Le livre se décompose en deux parties : la BD à proprement parler, dont l’histoire est centré sur le train concerné, et un dossier historique sur ce même train. Dans les trois volumes, le dossier historique est vraiment très intéressant, complet et instructif pour une première approche (plus faible cependant pour le volume sur le Transsibérien).

Concentrons-nous sur ce premier volume. La BD est centré sur un fait réel. Le 13 septembre 1931, Sylvester Matuschka a posé une bombe sur le viaduc de Biatorbágy, près de Budapest en Hongrie, qui a explosée au passage du train, précipitant plusieurs wagons en contrebas. L’attentat a fait vingt morts. Cet attentat est resté dans les mémoires car dans ce train se trouvait Joséphine Baker qui a échappé de justesse à la mort puisqu’elle se trouvait dans le « seul wagon-lit qui n’a pas déraillé ».

L’histoire s’appuie donc sur ce fait réel, en prenant le point de vue de l’enquêteur chargé de trouver le poseur de bombes. Il se trouve face à la police secrète hongroise, qui cherche à mettre l’accident sur le dos des communistes. Pourtant il ne faillira pas et trouvera bien le responsable, tout en ne faisant pas perdre la face à la police secrète. C’est un franc tireur qui sait ménager sa monture.

C’est une histoire classique mais entraînante, avec beaucoup de rebondissements et d’intelligence (de la part de l’enquêteur), agréable à lire en tout cas. Par contre, je mettrais des bémols par rapport au projet de nous en apprendre plus sur les trains de légende. En lisant juste la BD, j’en ai plus appris sur la situation politique en Hongrie en 1931 que sur l’Orient-Express (il faut dire que je partais de loin vu que je ne connaissais ni le nom de Gömbös, ni le nom de Horthy). L’auteur ne s’est pas rattrapé sur les décors car on voit très peu de l’intérieur des wagons (et quand on le voit, c’est surtout le wagon-restaurant) et pour l’extérieur est bleu, je ne peux pas vous dire grand chose. C’est une déception de ce côté là, heureusement rattrapée par le dossier historique.

Références

Trains de légende – L’Orient-Express de Richard D. NOLANE (scénario), de Diego OLMOS ALMIÑANA (dessin), d’Hugo Sebastian FACIO GARCIA (couleurs) et de Ronan TOULHOAT (illustration de couverture) (Soleil, 2014)

P.S. : Je m’excuse pour mon absence mais les événements à Paris m’ont beaucoup travaillée (je ne sais pas si vous avez remarqué, pour ceux qui habitent à Paris, le silence dans les transports pendant une semaine, cela fait du bien mais pas dans ses circonstances là). Comme je l’ai lu sur un autre blog, j’ai un peu lu comme une zombie. J’ai d’ailleurs remis les livres que j’avais lu dans ma PAL.

Le chasseur de Viken Klag

LeChasseurVikenKlagPremière chose : je vous souhaite, à vous qui passez par ici, ainsi qu’à vos proches, une bonne année, la santé et le bonheur. Cette année est l’année où je deviendrais tatie pour la première fois (en mai normalement). Je suis donc ravie.

Deuxième chose : les vacances se terminent. Je n’ai pas comblé mes billets de retard, tant au niveau des romans que des BD. J’ai surtout scanné mes magazines pour pouvoir gagner de la place (j’en ai autant que de livres …) Je me suis remise un peu au russe. J’ai travaillé mon allemand (pas mes cours d’allemand par contre). Donc c’est cool. Ce qui m’a remotivé, c’est que j’ai commencé à lire un livre extraordinaire : Fluent forever d’un chanteur d’opéra qui prend plaisir à apprendre les langues (un peu comme Benny Lewis si vous connaissez). Je trouve que ces conseils sont très concrets et donc cela m’a donné envie d’essayer. Je pense que j’en parlerais sur le blog car il est vraiment très intéressant. L’année commence bien pour l’instant !

L’année commence bien aussi au niveau lecture car j’ai fait une bonne pioche à Gibert en me basant uniquement sur la couverture.

Le chasseur est une nouvelle de 70 pages publiée sur un très beau papier (très agréable au toucher, avec une belle couleur) et illustrée par des photographies. Le livre se termine par une explication de la vie de Viken Klag. J’avoue que les photos et la postface ne m’ont pas trop parlées. Par contre, le texte est formidable. Il a été publié pour la première fois dans le recueil Le Mystère des montagnes, en 1934 mais c’est la première traduction française.

La nouvelle commence par cette phrase qui m’a tout de suite accrochée

J’ai ouvert les yeux et le monde m’est apparu bien trop étroit.

L’auteur, dans un récit autobiographique, raconte son enfance dans le massif du Sassoun à l’est de la Turquie. Il était un enfant remuant, il pouvait détruire les récoltes de ses voisins par exemple. Il ne rêvait que d’une chose chasser, parcourir les montagnes de sa région. Rester au village en attendant le retour de son père et de ses frères ne lui allait pas. Il n’était pourtant encore qu’un enfant. Il désobéissait, se prenait des sacrés roustes mais il ne comprenait pas et continuait à n’en faire qu’à sa tête. C’est la partie de la nouvelle qui m’a le plus plu car j’ai trouvé que l’auteur arrivait parfaitement à rendre une atmosphère de paradis perdu mais surtout de liberté, de la soif de vivre du petit garçon.

La nouvelle présente ensuite son entrée dans l’âge adulte, son premier émoi amoureux, sa première chasse et surtout comment il va devenir écrivain. Cela m’a fait moins rêvé que la première partie. Pourtant, l’auteur arrive à présenter les quinze premières années de sa vie, sans aucune transition, sans ellipses artificielles (cinq ans après … ). Ce qui frappe à la lecture, j’ai trouvé, c’est la continuité dans le mode de pensée (due à une continuité dans le mode de narration). Tout se fait naturellement. Jamais le narrateur ne se plaint de ce qu’a été sa vie ou de ce qu’elle est aujourd’hui. À la lecture, je me suis dit que j’aurais aimé rencontré l’auteur pour savoir ce qu’il avait conservé de son paradis perdu.

C’est une petite nouvelle qui souffle un vent d’air frais et de liberté sur cette nouvelle année. Je vous la conseille.

Références

Le chasseur de Viken KLAG – traduit de l’arménien par Papken Sassouni – postface de Anahide Ter Minassian – photographies de Izabela Schwalbé (Collection diasporales / Éditions Parenthèses, 2014)

P.S. J’espère qu’ils vont traduire les autres nouvelles du recueil …

Ceux qui me restent de Damien Marie et Laurent Bonneau

CeuxQuiMeRestentLaurentBonneauDamienMarieLe thème principal de cette bande dessinée est la maladie d’Alzheimer et son impact pour le malade et ses proches. Les auteurs traitent ce thème avec beaucoup de sensibilité, de justesse et de talent. Ils font passer beaucoup d’idées et de sentiments.

Les personnages principaux de l’histoire sont Florent et Lilie, un père et sa fille. Celui-ci s’est retrouvé veuf à la trentaine après le suicide de sa femme, qu’il aimait tendrement mais visiblement il ne lui a pas assez montré. Il se retrouve seule avec sa fille. Il a autant de mal avec elle qu’avec sa femme. Elle le quitte le plus vite possible pour se réfugier ses grand-parents anglais. Elle le laisse seul pendant 20 ans. Mais aujourd’hui il en a 70 et a besoin d’elle.

Il la cherche partout. Le problème est qu’il a Alzheimer et quand il cherche sa fille, il la cherche dans ses souvenirs, à la maternité, quand elle avait 5 ans et qu’il l’a perdue de vue sur le bateau de retour après l’enterrement, quand elle est partie de la maison. Il s’enfuit de l’hôpital pour la retrouver mais aujourd’hui Lilie est là, sans vraiment lui avoir trop pardonner. Elle veut et va l’aider de son mieux.

Le scénario mélange toutes les époques et suit les pensées de Florent qui sont donc assez chaotiques. La grande force de ce récit est d’arriver à ne pas nous embrouiller, nous. Je pense que c’est grâce à des dessins très travaillés. Le dessinateur a vieilli son personnage, en en gardant les expressions types. Il est donc très facile à reconnaître et de comprendre les transitions dans l’histoire. Ce que j’ai aimé aussi dans les dessins, c’est le fait que la mère et la fille apparaissent sous les mêmes traits, un peu comme si elles étaient des apparitions. Cela aussi cela rend bien la confusion dans l’esprit du malade.

C’est une bande dessinée avec un bon scénario et des dessins qui le servent habilement. C’est une très bonne découverte.

Références

Ceux qui me restent de Damien Marie (scénariste) et Laurent Bonneau (dessinateur) (Grand Angle, 2014)

Œuvres vives de Linda Lê

OeuvresVivesLindaLeJ’ai entendu parler de ce livre pour la première fois dans l’émission du samedi après-midi, animée par Christophe Ono-Dit-Biot, sur France Culture. L’auteure parlait très bien de son livre. En plus, je l’avais beaucoup vu passer sur la blogosphère, sans jamais avoir découvert sa plume.

Comme je le vous disait dans un précédent billet, je suis plutôt déçue mais je pense que cela vient surtout de la manière dont j’ai découvert le livre et qui a façonné ma manière de le lire.

L’histoire est très tentante. Un journaliste, qui couvre les évènements culturels pour son journal, découvre lors de son passage au Havre un livre d’un auteur qui lui est complètement inconnu, Antoine Sorel. Il le lit dans la nuit subjugué par sa découverte et décide d’écrire un livre sur lui, lui qui n’a toujours écrit des articles. Il veut le rencontrer mais le problème est que l’auteur vient juste de se défenestrer. Le journaliste part alors à la rencontre de ses proches pour savoir qui était l’auteur en réalité.

Antoine Sorel était un homme particulier, qui buvait beaucoup, que de vivre dans la pauvreté ne dérangeait pas, écrire était son seul mode de survie. C’était donc un solitaire, mais qui a toujours gardé le contact avec ses deux frères. Il a par contre rompu les ponts avec son père, fils d’un immigré vietnamien, qui ne supportait pas les « jaunes » et dont le seul but est d’être un bon Français. Il a aimé, plusieurs fois, s’est même marié avec une femme qu’il n’aimait pas mais qui voulait le sauver de ses démons. À travers cette approche rapide de la personnalité d’Antoine Sorel, il est facile à mon avis de se rendre compte que le journaliste n’arrivera pas à saisir qui était vraiment Antoine Sorel. Secret, l’auteur a tout mis dans ses livres. Il suffit de lire et on peut savoir qui il était. Il faut juste savoir lire.

Même en faisant cela, on (le journaliste entre autre) n’arrive pas à comprendre comment l’auteur peut le toucher autant. Il croit le comprendre mais la manière dont est rédigé le livre, on sent que ce n’est pas vrai. Pour cela, le livre de Linda Lê est vraiment sublime. Elle offre un magnifique roman sur le lien entre l’auteur et son œuvre, entre le lecteur et l’œuvre et entre le lecteur et l’auteur. Elle montre tout le côté magique de l’affaire : un inconnu arrive à toucher un inconnu, même à marquer sa vie, mais cette relation entre deux hommes est toujours par l’intermédiaire du livre. Si vous cherchez un livre sur la littérature, ce livre est vraiment excellent.

J’en viens à ce qui m’a déçue maintenant. Je n’ai entendu qu’une voix, celle du journaliste. Les témoins dont ils rassemblent les souvenirs ne s’expriment qu’à travers lui, n’ont pas réellement de vie concrète pour le lecteur alors que certaines paroles sont censées être directes. On a toujours l’impression d’une retranscription. Ce qui me fait dire cela, c’est que pendant tout le livre, la narration est faite avec un style emphatique, trop joyeux ou trop déprimé, qui sonne faux la plupart du temps car il donne l’impression que le journaliste se regarde avoir des sentiments, et écrire même. C’est un journaliste parisien, mais quand même. Ce style là, je l’associe à la manière dont Christophe Ono-dit-Biot présente ses émissions de radio (quand il était chroniqueur au Bateau Livre, je ne me rappelle pas qu’il était comme cela). Il est toujours trop à mon goût. Ce qui fait que je n’ai pu m’empêcher d’entendre sa voix et pas celle de Linda Lê. Cela m’a donné l’impression de lire un roman autobiographique (en plus, lors de l’émission radio, il a dit qu’il était du Havre). J’ai eu l’impression de voir un côté fabriqué, que je n’aurais pas vu si j’avais découvert le livre autrement. En tout cas, je le pense.

Linda Lê a cité au cours de l’émission un livre de Nabokov qui m’intéresse bien, La vraie vie de Sebastian Knight, qui porterait sur le même thème.

Références

Œuvres vives de Linda LÊ (Christian Bourgois, 2014)

L’Insurrection – tome 1 : Avant l’orage de Gawron et Sowa

InsurrectionTome1deGawronSowaMon père s’est acheté une tablette grand format. J’en profite donc pour lire plus de BD (c’est quand même bien moins chère, surtout quand on regarde la reprise des occasions pour la BD). Pour l’instant, j’utilise Izneo. Si vous avez d’autres sites à me conseiller, je suis preneuse.

Cette BD est le premier tome d’une série, qui doit en comporter deux (si j’ai bien compris). On est au printemps 1944 à Varsovie, un an après l’extermination du ghetto juif.

On suit un jeune couple, Alicja et Edward, dont il est difficile de donner l’âge au vu des dessins. On saura seulement que lui est mineur. Elle souhaite se battre, dans la mesure de ses moyens, pour la liberté de son pays, encore occupé par les Allemands. Lui n’aspire qu’à la tranquillité et surtout à la liberté, non pas qu’il ne comprend pas la guerre mais elle lui gâche un peu sa jeunesse et son histoire d’amour.

Pour la première fois, Alicja emmène son amoureux dans sa famille. Il découvre une famille où le temps semble s’arrêter. Le père et la mère se dispute pour des broutilles, la sœur aînée, Krystyna, prépare son mariage dans un mois avec Roman. Les victuailles, qui ont été difficiles à rassembler, se trouvent déjà dans la cave. Pourtant, dans cette famille, le gène du combat pour la liberté est là. Le frère aîné en est mort. Roman, qui habite dans l’appartement (mais qui ne retrouve pas Krystyna le soir bien sûr), fait quelques actions de sabotage et de diffusion de tracts. Alicja y participe aussi et Edward va se laisser entraîner (et même y prendre goût comme il dit). On est à la veille de l’insurrection de Varsovie, avant l’orage comme le dit le titre.

L’action n’est clairement pas le point fort de ce tome. Il s’agit plus d’un tome d’introduction à la série, avec la présentation des personnages et des caractères. Les auteurs s’attachent à retracer la vie à Varsovie pendant la guerre, à travers le destin d’une famille mais aussi d’un immeuble. En effet, sont distillés au cours de la narration l’histoire de deux autres personnes : une femme aimant un allemand et un homme aimant une femme juive, qui, malgré le fait que tout l’immeuble était près à couvrir sa présence, s’est sentie obliger dans le ghetto pour protéger l’homme qu’elle aimait. C’est donc plus l’atmosphère que je retiendrais de ce premier tome. une atmosphère où, malgré la guerre en arrière-plan, la vie est prégnante. Une vie toute simple, où les gens essaient de continuer à vivre.

Je trouve que les dessins et couleurs, plutôt pastel et marron, donnent l’impression d’être dans un monde suranné, un monde détruit, ou plutôt qui va être détruit.

En conclusion, j’ai une plutôt bonne impression de ce premier tome, qui ne peut pas se lire seul à mon avis (on ne peut pas s’arrêter à celui-là). Je me demande comment les auteurs vont faire évoluer leurs personnages (mais aussi les dessins et les couleurs) pendant l’insurrection de Varsovie.

Références

L’insurrection – Tome 1 : Avant l’orage de Gawron (dessin) et Sowa (scénario) (Dupuis / collection Aire libre, 2014)

P.S. : Je réponds aux commentaires bientôt …

La chance que tu as de Denis Michelis

LaChanceQueTuAsDenisMichelisCela fait un mois que j’ai lu ce livre sur ma tablette. Je l’ai beaucoup aimé mais je pense que cela tient plutôt au propos qu’au roman.

Le titre fait référence à la phrase qu’on a tous déjà entendu : « tu ne te rends pas compte la chance que tu as d’avoir ce travail. Par les temps qui courent, des millions de gens voudraient avoir ta chance ». Comme je vous l’avais déjà dit dans un précédent billet, je trouve que la rentrée littéraire est très sociale, tournée vers l’analyse de notre société … et s’intéresse donc forcément au monde du travail. J’ai noté aussi Parle-moi du sous-sol de Clotilde Coquet (chez Fayard).

On suit dans ce livre un jeune homme, accompagné par deux personnes qu’ils supposent être ses parents, dans un hôtel isolé, où il doit prendre un poste de serveur. Il sera logé, blanchi, nourri. La dernière recommandation des deux adultes est de ne surtout pas oublier de signer son contrat.

Il n’en aura pas le temps. Dès qu’il arrive, il est pris à partie par sa chef d’équipe qui lui somme de commencer à travailler. Il commence à découvrir son nouvel environnement de travail. Il devra travailler beaucoup, se taire encore plus, ne pas rechigner à la tâche, loger avec ses collègues qui ont pris le pli d’obéir pour ne pas se faire mal voir de la chef d’équipe. Désespéré, le nouvel employé, dont on ne donne pas le nom, en viendra à donner des faveurs sexuelles au cuisinier pour avoir un peu de répit et surtout d’affection. Il essaie de se faire le moins remarqué possible mais bientôt il se verra mettre une muselière pour l’empêcher de parler. La fin fait très peur en ce qui concerne la condition humaine.

J’ai trouvé que ce livre faisait froid dans le dos. Il est écrit sous la forme d’un conte. On ne peut pas croire que cela se passe dans notre monde mais on ne peut pas s’empêcher de faire le rapprochement avec ce qui se passe dans notre monde. On rit jaune aux situations cocasses et on ressent un certain étouffement. Cela vient du fait que le propos du texte est seulement sous-entendu légèrement. L’auteur nous explique en long et en large ce qu’est ou ce que peut devenir prochainement le monde du travail : un monde où le travailleur est déshumanisé, robotisé et doit être (ré)éduqué s’il ne veut (ou peut) pas rentrer dans le moule, un monde où l’effet de groupe est omniprésent et où donc aucune amélioration n’est possible puisqu’il faut faire plaisir au supérieur, qui a toujours raison. Déjà, ce discours est glaçant.

J’ai trouvé que le personnage était complètement vide au niveau des sentiments ou de la réflexion (cela reste à un niveau très superficiel). Il nous est plutôt accessible par ses sensations. J’ai trouvé que le stratagème de l’auteur était démoniaque car en plus, de nous décrire un marché du travail abominable, il nous raconte notre devenir personnel. Si je voulais synthétisé, je dirais que l’homme devient une sorte de petite chose qui a toujours peur de ne pas bien faire. Cela annihile toutes ses capacités de réflexion et rébellion.

C’est donc une fable bien noire que nous dépeint Denis Michelis pour son premier roman.

Références

La chance que tu as de Denis MICHELIS (Stock / La forêt, 2014)

P.S. : Lewerentz m’a fait remarqué que cela faisait longtemps que je ne vous avais pas publié de billet. Je donne un petit peu de mes nouvelles donc. Je lis toujours et j’ai donc quelques avis en préparation. Cependant j’ai surtout lu des essais (philosophie, politique) et des ouvrages de développement personnel (si vous êtes intéressés par le mind-mapping ou la méthode GTD, je peux vous faire quand même une bibliographie sommaire).  Pour le premier type d’ouvrage, je fais rarement d’avis dessus car je trouve que la manière qu’on a de les lire est encore plus sujette à sa sensibilité politique, à son histoire personnelle, à sa culture. C’est, pour moi, des livres dont l’apport et l’interprétation sont trop dépendant de la personne qui les lit. Je ne pourrai donc en parler que sur ce que moi j’y ai vu, sans pour autant vous apporter une information intéressante. J’ai lu, en plus, beaucoup de petites lectures simplifiées en allemand (pareil, si vous voulez des avis sur la série des Patrick Reich, paru chez Cornelsen, je peux faire aussi).

Cependant, deux nouveautés pour moi. Je me suis achetée sur A little market deux très jolies pochettes pour livres (de poche et grand format). Au début, je voulais les faire mais je n’ai pas trouvé de jolis patrons sur internet (je suis WP_000111incapable d’inventer cela moi-même) donc j’ai acheté celles qui me plaisaient et comme cela, quand elles seront abîmées, je pourrais en faire moi-même puisque j’aurais les dimensions et un exemple. Hier je me suis achetée une grande liseuse (la nouvelle Inkpad de pocketbook). Je me suis fait plaisir et j’assume. Elle fait 8 pouces au lieu de 6 (je n’ai pas un physique a aimé les petits objets, je pense) et surtout elle a l’éclairage pour lire dans le noir (je l’avais sur la couverture avec le sony mais quand je l’utilisais dans le noir, je n’arrivais pas à m’endormir après car j’avais des flashs dans les yeux). J’ai testé aujourd’hui. Je me suis réveillée à 3h40. J’ai mis la musique pendant une heure je n’arrivais pas à me rendormir. Je suis montée faire un truc à l’ordinateur puis j’ai redescendu ma liseuse (que j’avais laissée en haut, bien sûr). Je l’ai allumé et j’ai commencé à lire. Je me suis détendue tout de suite. J’ai fermé le livre pour pouvoir fermer mes yeux à 5h33. Sauf que le problème est que je me lève tous les jours de semaine à 5h40. Donc cela ne m’a pas aidé à me reposer.

Sinon pour parler livres, j’ai en cours de lecture :

  1. Œuvres vives de Linda Lê (sur la tablette et la liseuse). J’ai découvert ce livre dans l’émission de Christophe Ono-dit-Biot sur France culture et c’est très étrange car maintenant, je crois que l’auteure a écrit en pensant à lui. J’entends sa voix dans ce livre; C’est une expérience de lecture très étrange.
  2. Le tabac Tresniek de Robert Seethaler (à la maison)
  3. The story life of A.J. Fikry de Gabrielle Zevin (à la maison)
  4. Sous la peau de Michel Faber (dans ma petite pochette Livre de poche, pour le RER). J’adore ce livre : il est original, prenant et très bien écrit. Je n’ai pas lu La Rose Pourpre et le Lys par contre.
  5. Tödlicher Irrtum de Volker Borbein (une aventure de Patrick Reich bien sûr, sur la tablette, pour le train)

Je regarde Game of Thrones sur la trajet du retour du RER. Tout cela pour dire que je continue à être là, mais j’ai envie de faire trop de choses. Ma vie est plus longue que le billet sur le livre …

Le nageur dans la mer secrète de William Kotzwinkle

LeNageurDansLaMerSecreteWilliamKotzwinkleCe livre est juste magnifique. Par contre il ne faut surtout ne pas le lire si vous (ou votre femme) êtes enceinte. Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur avant la semaine dernière (il a quand même écrit E.T.) et l’émission du Masque et la Plume où Arnaud Viviant vantait un livre de cet auteur qui vient de paraître chez Cambourakis. En faisant une petite recherche internet, je suis tombée sur ce texte, paru aux éditions Actes Sud, au début de l’année dans leur collection Les Inépuisables. Me rappelant mon coup de cœur pour Le chemin du serpent de Torgny Lindgren, je l’ai acheté cette semaine et lu ce samedi.

Imaginez vous en hiver, en plein milieu de la forêt américaine. Votre femme a ses premières contractions. Il vous faut conduire en pleine nuit pour rejoindre l’hôpital. Vous allez être papa dans la nuit.

C’est ce moment que raconte Le nageur dans la mer secrète. Ce court roman de 88 pages se concentre sur Johnny Laski et sur sa femme Diane qui ressent les premières contractions. On va suivre les deux personnages pendant cette nuit censée être magique, la nuit où toute leur vie va basculer définitivement.

L’accouchement est décrit en utilisant la métaphore des marées. La contraction monte puis elle redescend. Le bébé est un nageur qui se débat dans la « mer secrète ». C’est beaucoup plus beau dans le texte, rassurez-vous.

On arrive à ressentir la froideur du médecin et de l’équipe médicale, l’essai de proximité de l’infirmière, la solitude ou plutôt l’entre-deux du couple. De manière générale, tous les sentiments sont bien rendus dans ce livre dans le sens où ils semblent véridiques.

C’est la première fois que je lis un texte aussi centré sur l’accouchement et non sur la maternité, l’avant accouchement ou l’après accouchement. Je pense que c’est ce qui fait la force du texte et qui en fait un texte inoubliable. On nous raconte un moment de vie, un moment qui pourrait se produire dans la vie de chacun. L’auteur aurait poursuivi, il aurait été obligé d’inventer des péripéties, des sentiments grandiloquents. Cela aurait gâché son histoire et surtout sa narration dépouillée.

Je vous conseille ce texte (sauf si vous êtes enceinte, je répète) et je comprends pourquoi Actes Sud a décidé de le republier dans sa collection Les inépuisables (vous pouvez aussi le trouver en Babel donc vous n’avez aucune excuse).

L’avis de Sybilline

Références

Le nageur dans la mer secrète de William KOTZWINKLE – roman traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias (Actes Sud / Les inépuisables, 2014)

Un siècle de littérature américaine – Année 1975