Pour faire le tour du monde avec les livres

GlobeTerrestreJe viens de lire sur un blog américain un billet très intéressant pour tout ceux qui comme moi rêvent de lire un livre venant de chaque pays du monde. Il y a quelqu’un qui l’a déjà fait (et qui continue à le faire si j’ai bien compris).

Ann Morgan, la personne en question, tient un blog, a fait une liste d’une importance capitale et a même écrit un livre, Reading The World, sur son expérience.

Ma journée commence donc très très bien ! J’espère que pour vous aussi.

L’histoire de Foxy Moll de Carlo Gébler

LHistoireFoxyMollCarloGeblerJ’ai lu L’orangeraie de Larry Tremblay avant ce livre-ci mais je voulais absolument vous en parler avant. J’ai dans ma PAL Comment tuer un homme de Carlo Gébler (et en grand format en plus) mais j’ai quand même acheté en ebook le dernier livre du fils d’Edna O’Brien (que je n’ai pas lu non plus).

Je ne sais pas comment vous faites pour classer vos livres dans votre liseuse mais dans la mienne, c’est classé par pays sauf les nouveautés qui sont dans un même dossier (genre « rentrée littéraire janvier 2015″). Au bout d’un moment, je ne sais absolument plus de quoi parle le livre. Du coup, pour choisir j’ouvre les fichiers un par un et je lis les premières phrases. Le premier livre auquel j’accroche sera ma prochaine lecture. Je n’arrive à faire cela qu’avec les ebooks avec les livres papiers je me sens obligée de revenir à la quatrième de couverture. Et comme pour les ebooks, il y a rarement la quatrième de couverture au début et parfois il n’y a même pas la couverture… Ceci implique cela.

Tout cela pour dire que pour ce livre-ci, on est happé dès le départ.  Carlo Gébler se base sur un fait divers de 1940 pour écrire son histoire. Pour citer la quatrième de couverture,

Une femme de trente-neuf ans aux mœurs légères, Moll McCarthy, fut assassinée de deux balles en pleine tête. Aussitôt l’un de ses voisins, Harry « Badger » Gleeson, fut arrêté, jugé et condamné à mort malgré des preuves approximatives.

L’auteur explique, dans une postface, que les faits ont été décrits dans leurs réalités dans un livre de Marcus Rourke Murder at Marlhill: Was Harry Gleeson Innocent ? Lui a repris ces faits mais les a transformés, arrangés, réinventés dans un but narratif. Ce n’est donc pas une reconstitution documentaire et on ne peut savoir ce qui est vrai sans avoir lu le livre de Marcus Rourke.

L’histoire de Foxy Moll nous est raconté par son petit fils. Le livre commence donc par un prologue puis se plonge dans le passé. L’histoire en elle-même débute par celle de la mère de Foxy Moll qui était elle aussi une femme légère. Après la naissance de sa fille, elle l’a placée dans un couvent puis l’a reprise quand elle en a eu besoin pour prendre soins de ses vieux jours. C’est même elle qui l’a encouragée (et même poussée) à commencer ses « activités ». Le désavantage de Foxy Moll par rapport à sa mère est qu’elle aime être le centre des attentions d’un homme. Elle n’est pas amoureuse, mais tout comme, tandis que sa mère est froide et calculatrice, dans ses affaires et celles de sa fille.

Comme elle ne sait rien faire d’autres, Foxy Moll va continuer ses « affaires » même après la mort de sa mère. Les hommes et les bébés vont s’enchaîner à un rythme assez rapide. En fait, elle fréquente le plus souvent un homme pendant plusieurs mois. Celui-ci lui offre des présents, de la nourriture. Puis, madame mets le holà ou bien il y a grossesse, là l’homme offre un très beau cadeau et s’en va à tout jamais. Foxy Moll ne se fait pas de soucis car il y en a toujours un autre pour prendre la suite. Elle fréquente tout de même un brigadier, un membre de l’IRA, les gros fermiers du coin, un noble …

Une des seules personnes à ne jamais abuser d’elle, et qui était pourtant en âge de le faire, est Badger, celui qui sera accusée plus tard de son meurtre. En effet, Foxy Moll a très peu de soutien, on peut s’en douter. Il y a ses voisins (Badger tient leur ferme) et une demoiselle de la noblesse qui lui fournira les différentes affaires nécessaires à ses grossesses par exemple.

La force du roman ne tient pas du tout en un quelconque mystère. Les évènements de la vie de Foxy Moll sont présentés sous forme de courts chapitres et donnent l’impression d’évènements inéluctables. On voit clairement ce qu’il va se produire. On doute pourtant que cela va se produire ; on ne peut pas y croire. A mon avis, cela vient du fait que l’histoire prend partie pour Foxy Moll et ne présente pas d’alternance de point de vue. Ainsi, elle nous apparaît d’emblée comme un personnage fort sympathique et généreux, un peu facilement amoureuse. Son « métier » nous apparaît comme un métier comme un autre. Après tout, elle est mère de famille.

C’est justement cette proximité avec le personnage qui m’a fait bouillir devant tant d’hypocrisie. Chacun des enfants a un père différent (je crois qu’elle en a au moins six ou sept tout de même) et pourtant ils semblent comme nés de personne. Le curé ne veut pas les baptiser car la faute retombe sur leur mère bien évidemment. Quand Foxy Moll meurt, personne n’aide car personne ne la connaissait très bien. Puis personne n’a rien vu, ni ne sait rien. Finalement, Badger et Foxy Moll sont deux innocents broyés par l’hypocrisie d’une société. J’ai trouvé que ce roman était très démonstratif pour cela mais pas du tout donneur de leçon.

En conclusion, j’ai complètement adoré ce livre. Sachez en plus qu’il présente une très galerie de personnages, très bien campés mais surtout très réalistes. Je pense que ce livre peut convenir aux personnes ayant aimé par exemple L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale mais aussi aux personnes n’aimant pas la narration de faits divers.

Références

L’histoire de Foxy Moll de Carlo GÉBLER – traduit de l’anglais (Irlande) par Bruno Boudard (Éditions Joëlle Losfeld, 2015)

Voix de la nuit de Ulli Lust et Marcel Beyer

VoixDeLaNuitUlliLustMarcelBeyerJ’ai découvert cette BD à la bibliothèque de l’Institut Goethe de Paris, où Ulli Lust est venue faire une conférence (je n’y suis pas allée parce que je rentre trop tard mais n’empêche). Ce roman graphique est l’adaptation du roman éponyme de Marcel Beyer (paru en France, en 1997 chez Calman-Levy). Il s’écrit dans l’alternance de deux histoires : celle de Hermann Karnau, acousticien pour le IIIe Reich et Helga, la fille aînée de Magda et Joseph Goebbels (cela m’a un peu rappelé le livre Magda de Meike Ziervogel ; les deux auteurs ont choisi de s’intéresser à Helga car sa mort n’a pas exactement été celle de son frère et de ses sœurs).

On va commencer par l’histoire qui m’a le moins intéressée, même si c’est la plus originale. Ce qui est assez normal puisque Hermann Karnau est un personnage de fiction. Il commence sa carrière en faisant la sonorisation pour les meetings nazis avent et tout au début de la guerre. Ce n’est pas par convictions politiques qu’il fait se métier mais vraiment car il est passionné par les voix : où faut-il placer le micro pour placer toutes les tonalités de la voix de l’orateur ? comment capturer une ambiance ? Le premier « chapitre » est vraiment très intéressant s’il on est intéressé par cela, même si le personnage semble un peu trop monomaniaque (genre il fait des dissections d’animaux pour mieux comprendre ce qu’est la langue).

Puis la guerre éclate. Il est envoyé au front, en tant que civil, pour capter le maximum de sons des lignes ennemies. Quand il est démobilisé, il est invité à faire une communication à un congrès, où il expose une théorie digne d’un nazi : on ne connaît un homme qu’en le connaissant de l’intérieur, et le seul reflet de l’intérieur est la langue bien évidemment. De plus, si les étrangers ne peuvent pas apprendre l’allemand, c’est qu’ils ne sont pas physiologiquement fait pour cela. À partir de ses théories plus que stupides, il va commencer les expériences sur les prisonniers. Il va dès lors monter dans la hiérarchie du IIIe Reich, jusqu’à se retrouver dans le Bunker avec Hitler lors des derniers jours du mois d’avril 1945.

En parallèle, on suit donc la vie d’Helga, en commençant par sa vie de petite princesse, épargnée par la guerre (il y a des restes d’innocence au début de la narration), même si son père est de plus en plus absent et sa mère de plus en plus mal. Puis les choses se dégradent pour elle et ses frère et sœurs. Pour l’auteur, elle est lucide très tôt sur ce qui va se passer pour eux. Comme on le sait, la famille Goebbels est aussi présente les derniers jours du mois d’avril 1945 dans le bunker. Cette partie m’a plus intéressée car elle montrait une autre idée que celle du livre Magda dont je parlais plus tôt. Alors que le roman donnait à voir une jeune fille, souhait vivre intensément, ici on lit plutôt l’histoire d’une fillette innocente, puis lucide qui sait qu’elle ne vivra pas toutes les choses qu’on lui a promises.

Dans le bunker, les deux histoires se rejoignent car les enfants Goebbels sympathisent avec Karnau par l’intermédiaire du chien de celui-ci (ils se connaissaient déjà avant mais là le contact s’avère plus simple puisque les enfants ont besoin de distraction et que le chien Coco est idéal pour cela).

Dans l’ensemble, j’ai donc trouvé l’histoire intéressante mais je ne suis pas sûre d’avoir compris où l’auteur voulait en venir (il faut voir que Karnau survit au bunker et qu’il y a donc une partie, très minime, du récit qui se passe maintenant). Comme pour toutes les adaptations de romans, je me suis demandée s’il y avait beaucoup de choses de couper par rapport au roman, ou de changer carrément. Peut être que je lirais le roman un jour mais je ne pense pas maintenant par contre.

Les dessins sont plutôt du type comics. On est sur les grands traits des personnages. On reconnaît les enfants Goebbels par leurs tailles ; Goebbels lui-même par son crâne proéminent. Par contre, je n’aurais pas reconnu la mère si on ne me l’avait pas dit. Mais par exemple, Helga et les petites filles en général ont un énorme buste et des jambes de la grosseur d’allumettes. J’ai trouvé le personnage de Karnau plus travaillé au niveau des expressions du visage (et même du visage tout simplement). Les décors sont aussi très minimalistes. Par contre, j’ai beaucoup aimé le choix des couleurs pour marquer les différentes histoires et l’évolution des différents personnages (joie de l’enfance, tristesse, réussite, échec).

Soyons franc, la BD allemande a son style : on adhère ou on n’adhère pas ; à mon avis, il y aura très peu de BD du type de celles de Futuropolis, dont j’adore les très souvent magnifiques dessins, en Allemagne (je dis cela après avoir parcouru le rayon BD de l’institut ; j’ai sûrement un point de vue biaisé car le rayon est assez petit). Pour l’histoire, en général, cela va du plutôt pas mal au très bon, voire excellent. Je vous conseille donc de vous tourner vers cette BD si l’histoire vous inspire (ou vers le roman s’il est disponible dans votre bibliothèque). Les graphiques sont bons mais il ne faut pas vous attendre à un choc esthétique non plus.

Références

Voix de la nuit de Ulli LUST et Marcel BEYER – traduit de l’allemand par François Mathieu (Éditions Ça et Là, 2014)

Le garçon aux icônes de Desmond Hogan

LeGarconAuxIconesDesmondHoganMercredi, je suis aussi allée à la librairie mais pas n’importe laquelle, c’était Le Divan à Paris. Cela faisait 9-10 mois que je n’y avais pas remis les pieds. Je n’avais pas déserté les librairies mais je m’étais contentée de Gibert Joseph (car c’est la librairie la plus directe pour moi).  Gibert est top quand vous savez ce que vous cherchez (et c’est encore mieux quand ils l’ont en occasion) ou quand vous voulez avoir un panel d’à peu près toutes les nouveautés. Sauf que parfois vous pouvez louper un chef d’œuvre. Au Divan, vous n’avez peut être pas tout (et encore : ils ont beaucoup de nouveauté et un fond extraordinaire) mais sur la table des coups de cœur, vous savez que vous allez trouver une pépite à chaque fois, et souvent une pépite dont vous ignoriez l’existence. Parce que oui, alors que je suis allée à Gibert depuis le premier avril, date de sortie du livre, et que j’adore la littérature irlandaise, j’ignorais complètement l’existence de ce livre. Au Divan, il était sur la fameuse table magique pleine de pépites avec écrit dessus coup de cœur. Quand j’ai vu que c’était irlandais, je l’ai pris sans aucune hésitation.

Je l’ai commencé (j’ai lu 50 pages) puis abandonné deux jours pour finalement terminer les 200 pages restantes d’une traite. Parfois cela fait du bien de se concentrer entièrement à un livre. Après en général, je me sens coupable parce qu’il y a tellement de choses à faire dans la maison, pour le travail … que du coup je ne fais pas. Mais là, ce livre en avait besoin (et moi aussi).

 C’est un roman qui est paru une première fois en 1976. Son auteur a été acclamé par la critique mais il a préféré fuir la scène littéraire. Il a quand même continué à écrire et à publier. Ce roman est reparu en 2013 et est traduit aujourd’hui (pour la première fois je pense) en français.

On est dans le comté de Galway (patrie de Ken Bruen), à Ballinasloe exactement, en 1972. Le personnage principal est Susan O’Hallrahan, couturière, la cinquantaine, veuve, avec un fils Diarmaid, âgé de 18 ans. La vie n’a pas été facile pour Susan. Après avoir épousé George, le père de son fils, été à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, son mari l’a quitté car cette vie ne lui convenait pas. Parti, il meurt peu de temps après. Elle va donc donc vivre seul avec son fils. À l’adolescence, elle va l’inscrire dans un internat où il fera la connaissance de Derek O’Mahony, souffre-douleur de ses camarades et qui finira par se pendre à un arbre. Très marqué par la mort de son ami, Diarmaid part à Londres, puis revient, puis repart.

Tous ces évènements ne sont pas racontés comme cela, de manière linéaire dans le livre. La narration commence juste avant le retour de Diarmaid. Susan évoque son passé, sa solitude, son envie de voir son fils. Son fils arrive pour rester plusieurs mois. Elle commence à se rapprocher de lui, qui reste taciturne à faire des icônes. Chaque moment rappelle quelque chose à Susan. Au bout de quelques mois, une certaine complicité commence à renaître. Pourtant, il repart à Londres. Suite à un pressentiment, Susan part à sa suite pour le retrouver et voir s’il va bien.

Tout le roman parle de solitude et du passage du temps. C’est particulièrement vrai pour le personnage de Susan. Elle n’est pas vraiment liée au reste du village et elle n’est pas plus liée à son fils. Elle l’aime bien évidemment. Elle vit, en regardant le temps passé, dans ses souvenirs, dans une vie rêvée un peu aussi. Elle est aussi très sensible et intuitive. En allant en Angleterre, elle retrouve sa jeunesse et un peu d’envie de vivre. Elle se réalise en redevenant quelqu’un. Sans aucune prétention. C’est très intéressant de lire l’évolution de ce personnage au fil du roman car sa personnalité semble marquée autant par les évènements que par le paysage. Diarmaid évolue aussi. Au début, il reste pour le lecteur un être énigmatique, renfrogné, marqué par le suicide de son ami mais au fur et à mesure du voyage de Susan en Angleterre, on le découvre à travers le regard des autres. Par contre, je n’en dirais pas plus pour ne pas dévoiler tout le roman non plus.

L’écriture rend réellement ce livre formidable ; je pense que l’histoire seule n’aurait pas suffit. Le roman est raconté en suivant le personnage de la mère. On suit le vagabondage de ses idées. Ce n’est pas vraiment du flux de conscience mais cela y ressemble un peu. Dans le cas de notre « héroïne », un rien peu lui faire penser au passé. La narration n’est jamais monotone, la phrase change de rythme. Les idées se suivent de manière évidente ou non. C’est une manière de penser que je trouve très naturelle (en tout cas, dans mon cas). Desmond Hogan a très bien su rendre cela.

Vous aurez compris que c’est un vrai coup de cœur pour moi. Si vous le lisez, n’hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé (je signale quand même que sur LibraryThing, la majorité des gens ont mis une note de 3/5).

Références

Le garçon aux icônes de Desmond HOGAN – traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Demarty (Grasset, 2015)

Un siècle de littérature européenne – Année 1976

Sukkwan Island de Ugo Bienvenu – d’après le roman de David Vann

SukkwanIslandDavidVannBDJe tiens à m’excuser pour cette looooongue absence mais je n’avais pas assez le moral pour écrire des billets de blog. J’ai été en vacances toute cette semaine où j’ai fait de belles lectures, ce qui m’a redonné l’envie de les partager.

Je suis à la bibliothèque du Trocadéro mercredi et en regardant les nouveautés, je suis tombée sur cette BD qui est l’adaptation en roman graphique du roman de David Vann. Elle était dans ma wish-list juste par curiosité mais je n’étais pas vraiment pressée de la lire (cela m’a donc évité un achat).

Pour rappel et grosso modo, Sukkwan Island est l’histoire d’un père emmenant son fils adolescent une année sur île déserte d’Alaska pour faire de la survie dans une cabane, aventure qui va mal tournée. Je ne sais plus si j’en avais parlé ici mais je n’avais pas du tout aimé le roman de David Vann. Danièle Sallenave avait dit à la radio le fameux truc qui se passe à la page je ne sais plus combien parce que « tout le monde l’avait lu ». J’avais donc attendu un peu avant de le lire mais j’avais fini par le lire et là cela avait été la déception. Je n’avais pas vu en quoi le roman était intéressant mais surtout je n’avais pas compris la psychologie des personnages. Ce que j’avais par contre aimé, c’est la découverte de l’Alaska.

Pas rancunière, j’ai donc redonné une chance à cette histoire avec l’adaptation de Ugo Bienvenu. J’ai eu raison, sa BD se lit d’un trait ! Dans l’ensemble (je ne me rappelle plus non plus de tous les détails), l’adaptation est fidèle au roman.

Les planches de paysages sont sublimes (cela donne envie de les découper). Il est à noter que les images sont en noir et blanc contrairement à la couverture. La scène de l’incendie de la cabane est grandiose !

Ce qui m’a plu par rapport au roman, c’est que j’ai compris (et adhéré) au personnage du père. Ugo Bienvenu l’a dessiné comme un homme propre sur lui, l’homme typiquement américain dans les séries TV (celui qui a le sourire tout blanc, bien rasé … il ne faut pas oublier qu’il est dentiste tout de même). Il ne semble jamais très expressif la nuit quand il pleure sur sa vie ou le jour quand il donne des ordres, fait son fier-à-bras … Il ne rit pas ni même ne sourit, il n’a aucune complicité avec son fils. Par contre, toutes les expressions et sentiments du fils sont concentrés dans son regard : soit affolé, soit désabusé, toujours méfiant envers son père. Il a un peu toujours les mêmes yeux que sur la couverture. Il ne sait pas pourquoi il est là mais il ne le sent pas.

Grâce aux dessins, j’ai mieux compris la première partie du livre. Par contre, j’avais trouvé la deuxième partie du livre plus intéressante car plus complète (et surtout moins froide) et là j’ai trouvé le roman graphique un peu plus léger. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’il manque des évènements (mais comme je le disais je n’en suis plus sûre).

Si vous avez aimé le livre, je pense que cela peut vous plaire pour vous y replonger d’une autre manière. Si comme moi, vous n’aviez pas accroché, cela peut vous permettre de redonner une autre chance à cette histoire.

Références

Sukkwan Island de Ugo BIENVENU – d’après le roman de David Vann (Denoël Graphic, 2014)

Anatomie d’une nuit de Anna Kim

AnatomieDUneNuitAnnaKimCe livre a été écrit par une allemande, vivant maintenant en Autriche, née en Corée, et il parle du Groenland. Cela peut sembler bizarre mais en fait, non car Anna Kim a vécu plusieurs mois dans une famille là-bas et à la suite cette expérience, elle a publiée « une enquête sur les conséquences de la colonisation danoise au nord du cercle polaire ». Elle a utilisé ce séjour et un fait divers comme matière pour ce livre.

En effet, « dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2008, 11 personnes se donnèrent la mort dans une petite ville perdue du Groenland oriental ». Ce livre parle du même type de fait : le suicide en une nuit qui s’égraine tout le long du livre d’une dizaine de personnes. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer parce qui est raté à mon avis : la différentiation des personnages. L’histoire le veut mais elle parle de plus d’une vingtaine de personnages. J’ai du arriver à reconnaître facilement à peine la moitié (le SDF, les jeunes, le flic, l’adolescente amoureuse …). J’ai éprouvé des problèmes pour les autres (souvent les femmes adultes), car ils avaient tous plus ou moins la même histoire (l’abandon de l’enfant, du pays, des problèmes de famille …) J’ai pu améliorer ma mémorisation des personnages en lisant le livre plus au calme mais voilà, soit il faut prendre des notes, lire le livre religieusement, sinon on s’y perd. Je vous aurai prévenu.

Je vais quand même lever une inquiétude : les personnages ont quand même une certaine profondeur. Ils ne sont pas décrits uniquement par rapport à leurs actions durant cette nuit. Il y a des retours en arrière au moment fatidique ou avant, des liens qui s’établissent entre tous les personnages ; les évènements des jours précédents sont racontés aussi. Les personnages n’auraient pas été si difficiles à distinguer, j’aurais admirer la construction pour tout vous dire.

Maintenant, passons à ce qui m’a plu : l’impression d’immensité bridée par une impression d’étouffement. En effet, l’auteur commence souvent par décrire le paysage autour de la ville, la nuit, parfois la neige, le vent. L’auteur passe ensuite aux personnages et alors on sent une sorte de pression, de touffeur car leurs destins semblent sceller. L’immensité de la nature ne les libère pas. Il y a une sorte de fatalité qui leur tombe dessus. Ils n’arrivent pas à vivre « légèrement », à rigoler par exemple.

Une critique que j’ai lu sur internet mettait aussi le doigt sur autre chose : l’aspect anodin du suicide, pour des motifs qu’on ne comprend pas forcément. C’est la banalité de l’acte, la continuation de la vie : un moment la personne est là, puis le moment d’après elle n’est plus là. De tout le livre émane une certaine mélancolie.

On peut lire aussi ce livre avec une point de vue plutôt ethnologique car il décrit assez bien l’aspect et la vie d’une petite ville groenlandaise et parle d’un fait reconnu : l' »‘épidémie de suicide » au Groenland. Le fait que le livre soit un roman apporte à mon avis plus puisqu’il tente de nous faire comprendre le pourquoi des ces suicides et accessoirement de ces solitudes.

Références

Anatomie d’une nuit de Anna KIM – roman traduit de l’allemand par Marie-Claude Auger (Éditions Jacqueline Chambon, 2014)

Voyage en Sibérie de Charles Vapereau

VoyageEnSiberieCharlesVapereauCela n’en a pas l’air mais c’est la couverture du livre. Il a juste un format un peu inhabituel. Charles Vapereau est tout le contraire d’Alexandre Dumas, un voyageur discret, attentif à ce qui l’entoure, à apprendre et à faire une description précise pour la postérité. Il est toujours accompagné de sa femme Marie lors de ces voyages. Il en a fait plusieurs (il avait un besoin d’aventure d’après la préface) mais c’est le seul qui reste aujourd’hui pour la postérité.

Le livre présente un point de vue original car il ne démarre pas à Paris mais à Pékin où Charles Vapereau tenait la chaire de langue française au collège Tung-Wen. En 1892, lors de son dernier congé, il « obtint l’autorisation de traverser l’Extrême-Orient russe. Il part de Pékin avec sa femme Marie, son inséparable compagne de voyage, et avec Hane, son serviteur chinois. De là, il rejoint Vladivostok par la mer en passant par le Japon et la Corée puis se dirige vers Sakhaline où il visite le bagne, remonte la totalité du fleuve Amour en faisant des arrêts à Khabarovk et Blagovechtchensk. La suite du voyage le conduit par route jusqu’à Irkoutsk puis Tomsk où il prend un bateau pour descendre l’Ob. À Tioumen, il atteint le transsibérien alors en construction. » Il est écrit sous la forme d’un journal. Ce n’est donc pas un compte-rendu mais bien ce que l’auteur voit au jour le jour.

Je vais vous mettre de longs extraits pour que vous puissiez juger par vous-même des qualités descriptives de Charles Vapereau.

La plupart des forçats sont des condamnés à temps. Leur peine finie, ils sont cantonnés pendant six années dans un district qu’il leur est interdit de quitter, et où ils restent sous surveillance de la haute police. On leur donne des terres, des bestiaux, des instruments. Ils ont de plus quelques économies, car même durant leur temps de peine ils ont un assez joli salaire dont un dixième seulement leur est remis pendant qu’ils sont au bagne. Ils trouvent le reste quand leur condamnation est purgée. Au bout de six ans, ils sont libres d’aller où ils veulent dans Saghaline et souvent même de quitter l’île.

Les évasions sont très fréquentes, surtout au commencement de l’été, c’est-à-dire à peu près à l’époque où nous nous trouvons. Les moins entreprenants gagnent les forêts et y vivent misérablement de ce qu’ils peuvent y trouver jusqu’aux approches de l’hiver, époque à laquelle ils reviennent d’eux-mêmes se livrer. D’autres plus hardis, et c’est le plus grand nombre veulent revoir la patrie. Ils savent que le continent n’est pas très éloigné à l’ouest et se risquent sur les choses les plus invraisemblables pour y arriver. Ce matin même, six de ces malheureux ont réuni quelques troncs d’arbres avec des liens en bouleau et, profitant du brouillard, se sont aventurés sur la Manche de Tartarie. Nous voyons un petit vapeur partir à leur recherche.

Ceux qui parviennent à échapper, d’abord aux agents lancés à leur poursuite, puis aux flots de la mer et atteignent le continent, commencent alors une odyssée dont le récit devrait arrêter les autres forçats tentés de suivre leur exemple. Mais il n’en est rien.

Leur objectif, c’est leur village, là-bas, dans l’ouest. A combien de verstes ? Ils ne s’en doutent pas. Ils marcheront jusqu’à ce qu’ils arrivent, toujours dans la même direction, parallèlement à la route, évitant les villes et les hameaux, vivant de ce qu’ils peuvent  trouver dans les forêts. Les gens isolés, les femmes surtout, ont tout à craindre d’eux. Quelquefois ils se réunissent en bande et attaquent les tarantass. Quatre d’entre eux se précipitent à la tête des chevaux, puis de deux de chaque côté de la voiture, et deux autres montant derrière, armés de bâtons courts, assomment les infortunés voyageurs, auxquels ils coupent immédiatement la gorge, pour plus de sûreté. Presque jamais le cocher n’est tué, ni même blessé. C’est chez ces bandits un principe, car, sachant qu’il ne le lui sera pas fait de mal, le cocher se sauve sans chercher à défendre ceux qu’il est chargé de conduire.

De même dans les villages, jamais ils ne commettent de déprédations. Sur l’appui extérieur des fenêtres, les habitants placent le soir du pain, du lait, que les forçats évadés vont prendre pour réparer leurs forces. Ils comptent sur ces provisions, et c’est une sorte de redevance au moyen de laquelle les villageois achètent la sécurité dans leurs maisons. Ils n’ignorent pas qu’à la moindre déprédation tous les habitants du hameau organiseraient sur-le-champ une battue dans laquelle ils seraient infailliblement massacrés, et que si par miracle ils échappaient à cette battue, ils n’échapperaient pas à la justice sommaire de leurs compagnons, qui les égorgeraient impitoyablement pour avoir violé le pacte tacite existant entre eux et les paysans, et exposé les évadés à ne plus trouver ces provisions sans lesquelles leur long voyage ne pourrait s’effectuer.

Les tigres, les ours, les panthères, les loups, en tuent un grand nombre. D’autres meurent d’épuisement, de froid, se noient en traversant les rivières, sont assassinés par leurs confrères, tués par les villageois ou les voyageurs. Cependant quelques-parviennent à franchir les milliers de kilomètres qui séparent Saghaline de leur pays. Ils arrivent après trois ou quatre années de marche, de dangers de toutes sortes, dans leur village, où ils sont le plus généralement repris et réexpédiés à Saghaline. C’est sur eux qu’il faut avoir le plus les yeux ouverts, car ils ne pensent qu’à une chose : se sauver de nouveau.

Deuxième extrait

Les bateaux ghiliaks sont de deux sortes : les plus petits, de simples troncs d’arbres creusés, les plus grands composés de trois larges planches : une formant le fond est placée à plat ; les deux autres formant les côtés sont munies de chevilles à la partie supérieure.

Les rares, très courtes, sont des pagaies à une seule palette. Un trou placé à une certaine distance de la poignée permet de les fixer au bord du bateau, au moyen des chevilles.

À l’inverse du monde entier qui fait concorder les mouvements de gauche avec ceux de droite, afin de donner une impulsion plus vive au bateau par un effort simultané des deux bras, les Ghiliaks manœuvrent les rames alternativement, c’est-à-dire que celle de gauche sort de l’eau au moment où celle de droite y entre. Qu’il y ait un ou plusieurs rameurs, le procédé ne varie pas.

À tous les bateaux, grands et petits, s’adaptent également des voiles curieuses. Il y en a deux ; elles sont carrées et d’égale grandeur, fixées à un mât unique placé au centre. Par vent arrière, quand les voiles sont déployées, on dirait un gigantesque papillon. Ces embarcations ne m’inspirent aucune confiance, et cependant tout le monde m’affirme qu’elle sont absolument sans danger et qu’il n’arrive jamais d’accident.

Les Ghiliaks sont repoussants d’aspect. D’une saleté sans nom, habillés généralement de peaux de bêtes, et même, affirme-t-on, de peaux de poisson, ils ne sacrifient au luxe que sur un point : hommes et femmes portent jusqu’à deux ou trois paires de grandes boucles d’oreilles. L’agriculture leur est inconnue. Chasser et pêcher, ils n’ont point d’autre occupation. L’ours est leur dieux ou plutôt leur intermédiaire entre le ciel et la terre. Aussi chaque village en élève-t-il plusieurs jusqu’à un certain âge. Puis, quand arrive le jour de leur grande fête national, les Ghiliaks choisissent un de ces animaux réunissant toutes les conditions voulues de croissance et autres, le chargent de liens et le promènent de maison en maison. Tous les habitants viennent l’un après l’autre lui donner leurs commissions pour le ciel, et quand personne n’a plus aucune recommandation à lui faire, ils se précipitent sur lui, le tuent à coup de flèches, de lances et de harpons, et se partagent sa chair.

Ces cérémonies sont également pratiquées par Aïnos. J’en ai trouvé les dessins dans un ouvrage japonais que M. Collin de Plancy, qui a été chargé d’affaire au Japon, a bien voulu mettre à ma disposition.

Les Ghiliaks élèvent une grande quantité de chiens pour la traînage en hiver. On n’en voit pas moins de trente ou quarante devant chaque yourte ou hutte. Vers le soir ils se mettent à hurler comme des loups. On les nourrit avec de la truite saumonée qui, du 15 juin à la fin de juillet pénètre dans l’Amour par millions, mais jusqu’à une distance d’environ 300 kilomètres seulement de l’embouchure. Chaque yourte en fait sécher de trente à quarante mille tous les ans. Il en faut deux ou trois par jour et par chien. Seulement, comme ces truites sont simplement séchées et non pas salées, les vers s’y mettent très vite et consomment la plus grande partie de la provision.

À peine la truite a-t-elle disparu que le saumon se montre. La pêche commence dans les environs du 15 août. Elle dure un mois. C’est paraît-il, un spectacle tout à fait remarquable et qui donne à Nikolaïevsk, le grand centre de pêcheries, une animation extraordinaire.

Troisième extrait

C’est aujourd’hui dimanche. Aux escales, les gens sont encore plus propres et mieux habillés que les autres jours. Beaucoup de jeunes filles portent une jupe dont le bas est orné d’une large bande de broderie de toutes les couleurs. En somme, aucun de ces Sibériens ne paraît misérable. Tous ont un air de prospérité qui surprend, car on ne voit nulle trace d’un travail dont cette prospérité serait le fruit. On est tenté de croire plutôt que ne rien faire est la principale occupation des habitants de tous ces villages. En effet, pas la moindre culture autour des hameaux, pas le plus petit jardin autour des maisons ; le gouvernement leur fournit une certaine quantité de farine : à quoi bon cultiver la terre pour faire pousser du grain ? Et puis n’ont-ils pas ces pêches qui tiennent du miracle et qui leur donnent en quelques jours de quoi vivre le reste de l’année ? N’ont-ils pas là, sous la main, du bois pour se chauffer d’abord et pour vendre aux bateaux à vapeur, afin d’acheter de la belle toile rouge ? N’ont-ils pas des troupeaux dont ils peuvent tirer, outre leur nourriture, un certain revenu par la vente du lait, de la crème, de la viande ?

Le SIbérien, dont les besoins sont restreints, est très paresseux : cela ne fait aucun doute, mais c’est parce que la SIbérie est trop riche, étant donné son peu de population. Du reste, nous dit-on partout, « ce sont des Cosaques », or qui dit Cosaque dit tout.

Les Cosaques sont en quelque sorte des colons enrégimentés, chargés héréditairement de défendre le pays contre les attaques des voisins. On sait quels services rendirent à l’Europe, au commencement du XVIe siècle, ces colons ukrainiens et moscovites établis sur la Volga, le Dniepr et le Don, où ils menaient une existence libre, vivant de la chasse et de la pêche, en arrêtant l’invasion des Tatars et des Turcs. Les Cosaques de l’Amour, colons comme ceux du Don, se considèrent comme appelés à rendre les mêmes services et par conséquent montrent le même orgueil et la même horreur de tout travail manuel. Ce sont des guerriers. Monter à cheval ou conduire, voilà leur seul plaisir et la seule occupation à laquelle ils ne refusent jamais de se livrer. Les Cosaques de Transbaïkalie furent les premiers organisés pour faire le service à la frontière chinoise en 1815. Ceux de l’Amour ne datent que de 1859.

Ce livre est illustré par de magnifiques photos prises par Charles Vapereau lui-même dont celle d’un chamane sibérien. ChamaneSibérien Je ne sais pas à combien de personnes j’ai montré cette photo mais à beaucoup, beaucoup … Mon père et moi pensons que cela doit être difficile pour dormir ou faire la bise. Mon frère pense que cela coulisse. J’ai quelques doutes parce que cela doit faire des cicatrices tout de même. Mon chef, si je me rappelle bien, trouvait cela assez normal (je pense qu’il ne rencontre que des gens bizarres donc il est habitué). Je ne sais pas du tout en quoi consiste le chamanisme, sibérien qui plus est, mais cela donne envie d’en savoir plus (pas pour faire de même bien sûr).

Je vous conseille ce livre pour vous donner des envies de voyage.

Références

Voyage en Sibérie de Charles VAPEREAU – présentation de Patricia Chichmanova (collection Sépia / Les Éditions de l’Amateur, 2008)

Les Temps Nouveaux de Warnauts et Raives

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesCette bande dessinée est aussi un diptyque, le premier tome se passant en 1938 et le deuxième en 1944, l’entre deux ne nous étant absolument pas raconté.

L’action se situe dans les Ardennes belges, à La Goffe (je précise pour ceux qui connaissent).

Le premier tome s’ouvre avec le retour de Thomas après huit années à parcourir le monde (l’Afrique surtout). Il va prendre la gestion de l’hôtel qu’il a reçu en héritage. Le retour est un peu délicat car il est parti après avoir appris que la fille qu’il aimait et qui l’aimait allait se marier avec Charles, le sérieux de la fratrie. Entre temps Alice et Charles ont eu des jumelles mais Alice reste amoureuse de Thomas. Thomas lui a ramené Assunta, une espagnole communiste, dont il est fortement épris. Il peut aussi compter sur le soutien de Joseph, son meilleur ami, et accessoirement curé.  Pour vous situer, sur la couverture, on voit les cinq personnages : Thomas est celui avec la valise, Assunta la femme à la robe rouge, le curé est facile à reconnaître, Alice et Charles sont les deux personnages près de la voiture. Cela ressemble à une gentille histoire de famille, qui peut se régler avec le temps. Sauf qu’on est en 1938 et que la politique est partout : Thomas partage plus ou moins les idées d’Assunta avec plus ou moins de désinvolture, tandis que Charles est proche du rexisme, même s’il commence à renier ces idées pour se rapprocher des conservateurs.

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesTome2Dans le deuxième tome, les Américains arrivent et libèrent La Goffe. Le temps des règlements de compte s’ouvre. Thomas n’est pas parti à la guerre à cause du paludisme qu’il a contracté en Afrique. Il s’est occupé de l’hôtel où il a vu passer les Allemands et maintenant les Américains. Il voit débarquer un jour Alice qui vient d’être tondu après la disparition de Charles soupçonné de collaboration. Joseph est très éprouvé par ce qu’il a vu. Assunta a disparu dans un camp. C’est la situation au début de ce deuxième volume mais les apparences s’avèreront trompeuses.

J’ai trouvé que c’était un bon diptyque avec des personnages bien campés et sympathiques, une histoire intéressante. Les points qui m’ont particulièrement plu ont été :

  • de voir la manière dont la Seconde Guerre mondiale a été vécue dans un petit village belge. Finalement, cela n’a pas été très différent de ce qui s’est passé en France : l’occupation, la collaboration, la résistance, la résistance de la dernière heure, l’épuration ressemblent étrangement à ce qui s’est passé en France.
  • de voir que les Ardennes belges sont très différentes des Ardennes françaises. Je ne suis pas monté très souvent là-bas mais à chaque fois il faisait tout gris ou trop chaud. Les couleurs de l’été n’étaient pas chatoyantes et on voyait plutôt du vert partout (j’ai vu des photos de l’automne où par contre le vert des arbres devenu orange est du plus bel effet). Les Ardennes belges semblent être une sorte de paradis avec beaucoup de lumière, des fleurs, des beaux paysages dégagés, de la neige qui recouvre magnifiquement le sol. Tout cela pour dire que ce sont deux albums avec de magnifiques couleurs, de beaux paysages mais je ne suis pas très sûre que cela soit réaliste.

Apparemment, il y a une suite qui s’appelle Après-guerre, un diptyque aussi, qui se passe à Berlin cette fois-ci.

Références

Les Temps nouveaux de Éric WARNAUTS et Guy RAIVES (Le Lombard)

Tome 1 : Le retour (2011)

Tome 2 : Entre chien et loup (2012)

La Volga d’Alexandre Dumas

LaVolgaAlexandreDumasCe texte est un extrait du récit De Paris à Astrakkan (1860) où Alexandre Dumas décrit son voyage en Russie de 1858. Le livre se concentre sur la Volga et sur la découverte d’un peuple, les Kalmouks, qui avaient fait sensation lorsqu’ils étaient rentrés dans Paris à la suite du tsar en 1815, à la suite de la défaite de Napoléon.

J’avoue que je n’ai pas trop aimé ce texte car Alexandre Dumas m’a semblé voyager certes mais pas trop observer. Quand il navigue le long de la Volga, il préoccupe énormément de son confort matériel, de la manière dont on va le recevoir, de ce qu’il va manger allant même jusqu’à dire que quand on a vu un bout de rive de la Volga, on les a toutes vu. Son attention est facilement détournée par de belles femmes.

Quant aux Kalmouks, qui lui feront une réception digne d’un roi, ils ne semblent pas vraiment les voir. Alexandre Dumas semble dans une sorte d’ébahissement devant leurs actes singuliers par rapport à sa norme. Il n’entre pas réellement dans la description mais reste tourner vers lui, vers ses perceptions et vers ses sentiments.

J’attendais beaucoup de ce livre et c’est ce qui fait qu’il m’a déçu. Ce n’est ni le récit d’un aventurier ni celui d’un voyageur mais plutôt d’une star, mélange entre Gérard Depardieu et Obélix, qui cherche plus à parler de lui qu’à décrire ce qu’il a vu pour le faire partager à ses lecteurs. C’est trop auto-centré pour moi.

Références

La Volga d’Alexandre DUMAS (Magellan & Cie / Geo, 2005)

Sibérie de Attilio Micheluzzi

SiberieMicheluzziJ’ai découvert cette BD en faisant une recherche bibliographique sur la Sibérie. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais il semble avoir fait beaucoup d’album et être assez réputé. Comme d’habitude, j’ai été un peu déçue car la couverture est en couleur et les dessins à l’intérieur sont en noir et blanc (j’aime les couleurs je suis désolée). En fait à la lecture, ce n’est pas du tout gênant …

J’ai eu en main, si j’ai bien compris, la réédition de 2011 de l’album de 1989 (qui était paru dans la revue Corto Maltese). L’histoire est celle de Gabriel Kovalensky, Comte de Lazarev, professeur de mathématiques à l’Université, qui en 1897 a comploté pour assassiner le tsar. Cela a raté et le Comte s’est pris comme peine 20 ans au Goulag. Il réussit à s’évader, essaie tant bien que mal de survivre, en venant même à tuer de ces propres mains. On arriverait pratiquement à croire que c’est un phénix tellement il échappe de fois à la mort sans mourir. Il ne renoncera jamais à ses idéaux, mais attendra leurs réalisations car la Russie ne semble pas prête.

Il ne fera jamais l’erreur de revenir à Moscou et restera en Sibérie. En 1917, on le retrouve donc en Sibérie « engagé dans la révolution du côté des bolchéviks ». On se dit enfin mais comme il reste un noble, ses aventures sont loin d’être terminées.

Cette BD est un coup de cœur absolu. En 120 pages, la vie complète de Gabriel est retracée. On passe par tellement d’univers différents ! du Saint-Pétersbourg bourgeois, noble, comploteur à la Sibérie, aux Goulags, aux travaux forcés, aux sorts des évadés qui errent sans fin (on retrouve même Raspoutine, en vieux prêtre lubrique), à la Révolution Russe, au complot, à la survie, à la trappe, aux chemins de fers … L’histoire ne connaît aucun temps morts ; elle est toujours amenée de manière extrêmement logique.

Les dessins (même s’ils sont en noir et blanc) rendent extrêmement bien les différents univers. Chaque personnage est travaillé tant au niveau de l’habillement, que des expressions du visage qui sont toujours adéquates. J’ai particulièrement admiré le travail qui est fait sur le visage de Gabriel où chaque évènements le marquent (comme le passage du temps d’ailleurs).

Je pense que j’ai été claire : j’ai trouvé cette BD vraiment excellente.

Références

Sibérie de MICHELUZZI – traduction de Michel Jans – Couleur de la couverture : Greg Cruz (Mosquito, 2011)