Cecile's Blog

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Aurora Floyd de Mary Elizabeth Braddon

March 10
by Cecile 10. March 2010 10:54

Quatrième de couverture

Aurora Floyd est la fille choyée d'un richissime banquier. Une violente dispute l'oppose à son père lorsqu'elle revient d'une longue promenade à cheval avec son palefrenier. Aurora est envoyée à Paris dans un pensionnat pour faire des études. On la retrouve un an plus tard, à nouveau chez son père. Réconciliée mais distante, marquée à jamais par un drame qui a éloigné d'elle l'homme qu'elle aime ...

Comme dans tous les romans à suspense de M.E. Braddon, le lecteur pressent ce qui est à l'origine du drame sans que cela soit explicite, et il est entraîné malgré lui, et sans pouvoir s'arrêter, dans un maelström excitant qui le pousse à connaître le déroulement et la fin de l'énigme.

Mon avis

Mon deuxième Mary Elizabeth Braddon. Je l'ai trouvé mieux que Le secret de Lady Audley même si c'est la même thématique : les femmes victoriennes ont toute une double vie, c'est moi qui vous le dit ! À lire, la quatrième de couverture je pensais qu'Aurora Floyd avait eu un enfant caché avec le palefrenier. Mais ce n'est pas ça du tout parce qu'en y réfléchissant un enfant caché peut être élevé sans connaître sa mère. Donc nous voilà bien embarassé parce que le fameux mystère d'Aurora Floyd ne va pas l'empêcher d'avoir un premier soupirant : Talbot Bulstrode qui trouve Aurora bien trop agitée pour lui pour l'Anglais calme et placide qu'il est (elle aime les chevaux, les courses de chevaux et les chiens à la manière d'un homme, elle a le physique d'une déesse égyptienne avec des yeux noirs à tomber par terre). Alors quand elle lui dit qu'elle a un secret qu'elle ne pourra jamais lui révéler, il fait taire son amour irrépréssible pour elle et le dirige vite fait bien fait sur la cousine Lucy, blonde aux yeux bleus et qui aime les trucs de femmes victoriennes. Là arrive un deuxième soupirant pour Aurora : John Mellish, trente deux ans qui voue lui aussi un amour irrépréssible à Aurora et se fiche comme de l'an 40 du secret : il lui fait entièrement confiance et c'est tout.

Mais cela ne pouvait pas se terminer aussi bien parce que pour le coup on ne savait toujours pas quel était le secret ! Donc Aurora et John vont vivre dans la maison du dernier et seront rattrappés par le secret : il y  aura même meurtre à la page 330 (et 200 pages de résolution derrière).

C'est plein de rebondissements et vous tournez les pages bêtement parce que comme il est dit Mary Elizabeth sait vous raconter une histoire mieux que personne. Derrière cette toile de fond que l'on pourrait penser légère, c'est le portrait de deux femmes : une femme victorienne de son époque, bien dans les convenances et tout et tout, et d'une deuxième trop moderne pour son temps que son entourage ne peut s'empêcher d'admirer et de réprouver à la fois. C'est aussi le portrait de deux manières d'aimer : être raisonnable et avoir une vie tranquille ou bien aimer de manière inconditionnelle et toujours (ou presque) faire confiance à l'être aimé. Pour l'époque où il a été écrit je trouve que le récit est vraiment très moderne.

En conclusion, j'aime vraiment beaucoup Mary Elizabeth Braddon. Si vous voulez que le livre voyage jusqu'à chez vous (rien que pour savoir le fameux secret), n'hésitez pas !

Livre lu dans le cadre du challenge English Classics, du challenge Mary Elizabeth Braddon et surtout du The Portrait of a Lady Swap de Lou et Titine.

Références

Aurora Floyd de Mary Elizabeth BRADDON - traduit de l'anglais, revu et corrigé par Medeleine Jodel, présentation de l'auteur par Joëlle Losfeld (Éditions Joëlle Losfeld, 2006)

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Littérature anglaise

Vie de Richard Savage de Samuel Johnson

March 08
by Cecile 8. March 2010 14:14

Présentation de l'éditeur

Bâtard de sang noble poursuivi par sa mère d'une haine aussi inexpiable qu'incompréhensible, condamné à mort sauvé par une grâce royale, un jour poète crotté, le lendemain favori des salons, Richard Savage connut une existence tourmentée, qui semble plus relever du roman - ce qui frappa déjà Diderot lors de sa lecture - que de la réalité.

Fiction ou vérité, c'est bien l'ambiguïté qui pèse sur cette Vie puisque le mystère des origines de Savage, victime ou calomniateur, imposteur conscient ou mytomane, n'a pas résolu par les historiens et la critique, quand même ils inclinent au scepticisme.

Samuel Johnson, lui, ne mit pas un instant en doute la parole de celui qu'il considérait comme un ami et dont il tient la plupart des anecdotes qu'il rapporte. Curieux ascendant si l'on considère le sort contrasté que la postérité a réserver aux deux hommes : d'un côté la figure tutélaire des lettres anglaises, de l'autre un poète mineur, auteur de pièces de circonstances, retombé dans l'oubli.

Dans les interstices de sa Vie de Richard Savage, c'est peut-être un secret autoportrait de Johnson qui se dessine, portrait de l'artiste en jeune homme, si l'on veut, qu'attendent encore ses certitudes et que troublent déjà le scrupule et la noire mélancolie.

Mon avis

C'est un livre qui relève pour moi d'un grand malentendu.Il existe deux versions du manuscrit : une avec des extraits d'oeuvre de Richard Savage et une autre expurgé de ces extraits (et ce par Samuel Jonhson lui-même). C'est cette deuxième version qu'ont choisi de publier les éditions du promeneur. Finalement, pour nous, lecteurs du XXIième siècle, on ne voit plus en Richard Savage l'artiste (je défie quiconque de me citer une ligne du travail de Richard Savage sans être obligé de regarder sur Internet) mais l'homme. Et l'homme, franchement n'est pas de ceux que l'on aimerait avoir comme ami.

Il a eu un début de vie très difficile. Sa mère l'a renié, a voulu le tuer, a voulu qu'il meurt. C'est seulement à partir de la vingtaine qu'il a comencé à pouvoir vivre indépendamment de son horrible mère (c'est à dire à être reconnu pour son travail et non pas pour l'histoire de sa naissance). Mais c'était trop lui demander. Il est devenu une sorte de pilier de bar, ce qui l'a empêché de gagner sa vie puisqu'il ne pouvait plus écrire. Ses amis vont alors mettre en place une sorte de rente, et ce à plusieurs reprises (car il va perdre ces mécènes au fur et à mesure bien évidemment). Passe encore c'est une vie triste mais ça arrive. Mais non content de ça, Richard Savage est une sorte de Calimero : c'est la faute de sa mère (oui en effet) mais aussi des amis qui font en sorte qu'ils puissent vivre et même aller dans les bars (il fait même des pamphlets à leurs sujets pour les ridiculiser en public).

Quand j'ai parlé de malentendu au départ c'est à cause du ton qu'emploie Samuel Johnson. Il raconte les évènements avec tellement de pitié que je l'ai cru sarcastique (je n'avais pas lu la présentation de l'éditeur). Mais non, il a vraiment pitié de Richard Savage qui est un de ces meilleurs amis. Je n'ai compris cela qu'à la fin quand l'auteur résume la vie et l'eouvre de Richard Savage. En particulier, il parle de qualités auquelles je n'ai même pas fait attention tellement je n'ai fait attention qu'aux défauts.

En conclusion, j'espère avoir un ami tel que Samuel Johnson quand je mourrais qui ne verra que des qualités qui seront dues uniquement à ma personne, et, fera de mes défauts des traits de caractères qui seront dus à d'autres. Je vous souhaite la même chose !

P.S. : c'est l'écriture de Samuel Johnson qui a fait que j'ai lu le livre jusqu'au bout ! Elle est vraiment bien je peux vous le dire ...

Références

Vie de Richard Savage de Samuel JOHNSON - traduit de l'anglais par Lionel Leforestier (Le promeneur, 2010)

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Littérature anglaise

Mycroft's testimony de Sophie Bellocq-Poulonis

March 01
by Cecile 1. March 2010 15:54

Quatrième de couverture

Sherlock Holmes ne serait pas tout à fait l'homme décrit par son biographe et ami le Dr Watson. Il serait de ceux qui cachent leurs déviances sous le masque du génie excentrique.

C'est du moins ce que confesse son frère Mycroft dans son récit-testament, en révélant l'ampleur de la crise identitaire dont souffrit le détective durant les trois années où Watson déserta Baker Street pour épouser Mary Morstan.

C'est aussi ce que subodore le Dr Aaron Kosminsky, psychiatre et criminologue, dans l'étude psychopathologique qu'il fait du personnage et publie en 2004.

Ces trois ans, compris entre décembre 1887 et mai 1891, furent d'insoupçonnables années d'errance et d'égarement psychiques qui conduisirent Sherlock Holmes à travers les affres de la désespérance, avant que ne le délivre sa disparition dans les chutes de Reichenbach.

Dans cette période troublée, personne n'en a rien su. Pas même Watson. Comment aurait-il pu ?

Mon avis

Je vais vous faire un commentaire en deux parties. Pour ceux qui serait attirer rien que par la quatrième de couverture, sachez que c'est un bon livre, voire très bon avec des clins d'oeil à Sherlock Holmes et à la période historique dans lequel il est censé vivre, une construction en deux parties particulièrment novatrice : le récit de Mycroft est corroboré par une étude psychopathologique aussi rédigé par l'auteur. Vraiment bien pour les personnes qui aiment Sherlock Holmes (malgré les nombreuses coquilles).

Maintenant pour ceux qui ne voudraient pas le lire ou qui n'aurait pas été convaincu par la quatrième de couverture, je vais essayer d'en dire plus sans trop en raconter. Mais sachez qu'il saura possible de deviner la théorie du livre à partir de la quatrième de couverture et ce que je vais dire.

Ce que j'aime chez les Holmésiens, c'est leur imagination foisonnante surtout celle de Sophie Bellocq-Poulonis dont j'avais déjà pu lire le travail dans Le Cahier de l'escarboucle bleue. Ici, l'auteure revisite la relation entre Sherlock Holmes et Jak l'éventreur. On peut d'ailleurs noter le joli clin d'oeil entre le psychiatre de la seconde partie et une des possibles identités de Jack l'éventreur. Une courte introduction nous apprend comment l'auteur a pu se retrouver avec le testament de Mycroft. Dans la première partie, celui-ci explique comment il a fait surveiller son frère après le décès de son jumeau (qui s'appelait Arthur abrégé en Arty : je suis sûre que cela vous dis quelque chose), comment en sous-main il a provoqué la rencontre Watson - Holmes, comment le mariage du docteur a miné Holmes. Pour cette première partie, elle se base sur les différentes études visant à dater les aventures de Holmes. Dans la seconde partie, c'est l'étude psychologique. Là aussi l'auteur montre un certain talent puisqu'elle change complètement de style mais surtout dans l'étude, elle souligne que pour Aaron Kosminsky le personnage de Sherlock Holmes est fictif (c'est rare en général dans les ouvrages des holmésiens) ce qui rend le récit encore plus crédible.

Comme je le disais, à part les coquilles, c'est un ouvrage que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. J'y ai cru la preuve j'ai eté vérifié si l'étude était véridicte ! Maintenant, je vais lire Duel en Enfer de Bob Garcia (il vient de sortir en poche c'est pour ça !), qui lui aussi lie Holmes et Jack l'éventreur. C'est un livre qui a été lu par La liseuse (qui a trouvé ça plutôt pas mal malgré certains défauts) et Mathilda (qui n'a pas aimé du tout, et c'est une holmésienne convaincue). Il ne me reste plus qu'à me faire ma propre opinion.

Références

Mycroft's testimony de Sophie BELLOCQ-POULONIS (Les éditions de l'oeil du sphynx - Les manuscrits d'Edward Derby volume 11, 2009)

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Littérature française | Romans policiers et thrillers

Un billet pour fêter le retour à la normale

February 27
by Cecile 27. February 2010 21:02

Suite au virus détecté par mon antivirus mais qui ne l'a pas arrêté pour autant (ne me demandez pas à quoi il sert alors parce que je ne le sais pas), j'ai utilisé une méthode un peu brutale et mon disque dur âgé de plus de six ans n'arrivait plus à bouter windows. Mon frère est arrivé sur son cheval blanc, à sauver tout les fichiers du disque dur (passé l'antivirus dessus ...), m'a installé un disque dur deux fois plus gros avec Windows 7 alors qu'avant j'avais XP. Et donc maintenant tout ça n'est plus qu'un mauvais souvenir. Pour fêter ça je réponds au tag de MADmoiselle qui voulait savoir dans quelle position je lisais. Alors je vais répondre en vous montrant ma fameuse PAL. En montant dans mon bureau la première chose que je vois c'est ça :

Oui, vous ne rêvez pas : ce sont les livres en attente de lecture (pour ma défense les livres qui sont dans les étagères ce sont des livres de mathématiques : c'est comme ça que je me retrouve souvent à tout déplacer). Ma bibliothèque est dans ma chambre. Donc vous voyez le passage au fond, il y a un canapé avec une couverture hyper glamour caché derrière les magazines (mon père se demande comment cela fait pour ne pas s'écrouler : si faire des piles était un métier, je serais sûrement une des meilleures) et les livres :

C'est là où je lis. Il fait 1m50 ; j'en fais vingt de plus. Je lis donc sur le ventre et les jambes qui pédale au dessus de moi. Devant moi il y a cette étagère (où m'attend Bleak House) :

Voilà l'endroit où je me sens le plus en sécurité. C'est mon petit nid à moi que je vous ai fait partagé aujourd'hui. Dès le prochain billet, on reprend les lectures.

Au fait, je tague qui veut ! Et excusez-moi pour la qualité des photos c'est fait avec mon téléphone portable.

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Une vie de lectrice et de blogueuse

La traque de Muriel et Patrick Spens

February 24
by Cecile 24. February 2010 20:57

Quatrième de couverture

Pourquoi le célèbre romancier anarchiste Larsen, exilé au Mexique, n'a-t-il plus écrit de livres après 1940 ?

Pourquoi les seuls otages fusillés par le gouvernement communiste de Munich en 1919 appartenaient-ils tous à une société secrète dont les principaux membres inspirèrent ensuite son programme d'extermination à Adolf Hitler ?

Pourquoi Rudolf Hess, le dauphin d'Hitler, a-t-il gagné en avion la Grande-Bretagne au printemps 1941, avant le déclenchement de l'opération Barbarossa ?

Pourquoi Jacques Doriot, ancien communiste devenu chef du Parti populaire français collaborationniste, a-t-il été mitraillé dans sa voiture, en 1945, par des avions de chasse non identifiés, sur une route du sud de l'Allemagne ?

L'enquête menée à Paris au début de l'été 1942 par un inspecteur français à la suite d'un officier SS conduit sur la piste de quelques-uns des aspects les plus mystérieux de la Seconde Guerre mondiale.

Un thriller historique qui fait revivre, sous les traits de Larsen, l'écrivain B. Traven, l'inconnu le plus fameux des annales littéraires du XXe siècle.

Ce roman, par son intrigue aux multiples rebondissements et son intelligence rouée, nous fait toucher du doigt toute l'ambiguïté de la période de l'Occupation.

La traque est le premier roman de Muriel et Patrick Spens.

Mon avis

La traque n'est pas le premier roman inspiré du personnage de B. Traven (ce n'est donc pas une bio). Vous pouvez lire sa biographie ici. A lire sa vie, on peut voir que le livre de Muriel et Patrick est une oeuvre d'imagination (d'où le nom de l'auteur du roman B. Larsen) et même une très bonne. L'intrigue est complexe. En effet, les auteurs arrivent à mêler Première et Seconde Guerre Mondiale, l'historique de l'idéologie nazie, la collaboration française et les partis populistes. D'ailleurs, le flic qui enquête Roger Fontenoy a une histoire nonlinéaire (c'est toujours plus intéressant). Ancien membre de l'extrême droite de Doriot, il s'en est détaché car il ne support plus les dérives antisémites et collaborationistes de ses "amis". Donc comme je disais ici on mêle petite et grande histoire. La petite c'est celle de deux hommes Roger Fontenoy et de Seelendorf. Ils se sont rencontrés paendant la Guerre d'Espagne et même si ils se sont perdus de vue, leur estime réciproque fait que quand Seelendorf va se faire assassiner sur un pont de Paris, Fontenoy va tout faire pour retrouver les assassins. Quitte à remonter dans le passé proche et lointain de Seelendorf au péril de sa vie. L'intrigue est dévoilée au fur et à mesure mais il y a de nouveaux problèmes et questionnement qui arrivent. L'histoire se suit donc de manière avide.

Si autant je n'ai aucune réserve sur l'histoire, j'en ai un peu plus sur la narration. Il y a des personnages dont je n'ai pas vraiment compris l'utilité : Suzy, la petite amie de Roger Fontenoy (les auteurs finalement s'en servent comme d'une pauvre godiche qui sert à passer des messages ou faire des choses qu'elle ne comprend pas) ou bien encore le logeur de Seelendorf à Paris (il passe un message : oui, et ?). La narration éclatée aussi est parfois dérangeante. On n'a pas forcément envie d'être coupé en pleine action. En effet, le livre est divisé en deux parties qui sont rédigées de deux manières différentes. La première alterne rapport d'espionage et vie de Roger Fontenoy (on hésite souvent entre le je et le il). La deuxième alterne une sorte de testament de Seelendorf et l'enquête de Fontenoy.

Pour un premier roman, ce livre est plutôt bon même si il a ses défauts mais je lirai sûrement le deuxième pour voir ce que les auteurs auront concocté. Bon, maintenant, je vais lire les romans de B. Traven (il y a deux chapitres du livre qui sont excellents sur le sujet).

Références

La traque de Muriel et Patrick SPENS (Le cherche midi, 2010)

Je remercie l'équipe d'Ulike pour l'envoi toujours aussi ultra-rapide. Vous pourrez retrouver ce billet sur le site Chronique de la rentrée littéraire.

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Littérature française | Romans policiers et thrillers

Emma de Jane Austen

February 22
by Cecile 22. February 2010 21:43

Quatrième de couverture

Publié anonymement en 1816, Emma est l'oeuvre la plus aboutie de Jane Austen et l'un des classiques du roman anglais. Orpheline de mère, seule auprès d'un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison, s'est mis en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille pauvre qu'elle a prise sous sa protection. Ce faisant, ne s'est-elle pas attribué un rôle qui n'est pas (ou pas encore) pour elle ? Son inexpérience des coeurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu'elle ne sait guère interpréter ou traduire, lui vqudront bien des déconvenues et des découvertes. Autour d'Emma, Jane Austen dépeint avec sobriété et humour, et aussi une grande véracité psychologique, le petit monde provincial dans lequel elle a elle-même passé toute sa vie.

Mon avis

Je m'excuse pour les fautes et surtout auprès de The Story Book Girl avec qui je fais cette lecture commune (parce que j'aurais du publier le billet dans la journée et pas dans la soirée surtout que je l'ai fini il y a trois semaines ce livre). En effet, j'ai un cheval de troie sur mon portable que je n'ai pas réussi à enlever avec l'anti-virus (Bouh m'a porté la poisse) donc j'ai appelé mon expert en informatique, en la personne de mon frère, qui a pris le contrôle à distance (de chez lui) de mon PC et en échange il m'a prêté le sien, qui lui est resté à la maison, et qui est exactement le même mais avec une toute petite différence : j'ai un clavier anglais et lui un français. Alors si Jane Austen se transforme en Jqne Qusten merci de ne pas m'en tenir rigueur.

Après cette atermoiement tout personnel, passons à la lecture ! Emma est définitivement mon Jane Austen préféré juste à côté d'Orgueil et Préjugés. Et pourtant là aussi j'ai une histoire compliquée avec ce livre. En effet, c'est le premier Jane Austen que j'ai eu il y a dix ans dans la version 10/18. Et je l'avais abandonné à la page 78. Comme j'ai été plusieurs fois déçue par les traductions 10/18 (je reste persuadée que c'est pour ça que je n'ai pas aimé Mansfield Park : Angelitam et Nabokov (je vais lire le Bouquins qui vient de sortir avec ses critiques de livres anglais et russes c'est obligé) n'en pensent que le plus grand bien), je m'en suis rachetée un exemplaire au Livre de Poche dans la traduction de Pierre Nordon (en général, j'aime beaucoup son travail). Il n'y a pas photos je l'ai lu d'une traite.

Il y a particulièrement deux points qui m'ont beaucoup plu : le côté vie de village et l'histoire d'amour Emma/Mr. Knightley. En effet, la description de la vie provinciale de l'époque m'a beaucoup rappelé le roman d'Elizabeth Gaskell : Cranford. Parce que Jane Austen raconte le poids du quand-dira-t-on, de la pression des voisins, des rumeurs, du ragotage de bas étages. Même l'intrigue dans l'histoire d'amour entre Jane Fairfax et Frank Churchill (lui il m'a beaucoup fait rire parce que je l'ai trouvé godiche : le mot masculin ne me revien pas) m'a rappelé Femmes et filles d'Elizabeth Gaskell. Si ça ce n'est pas du plagiat par anticipation, Monsieur Bayard, je ne m'y connais pas !

Pour l'histoire d'amour, là aussi c'est une histoire qui n'appartient qu'à moi. Je ne connaissais pas l'histoire de Emma mais je m'attendais à l'histoire entre Emma et Mr. Knightley parce que j'ai acheté le Mr Knightley's Diary de Amanda Grange quand je suis allée à Londres. Je tournais les pages en attendant le début de l'histoire, d'une déclaration enflammée et ça ne venait pas. Finalement, c'est ce qui fait d'Emma un roman à part dans l'oeuvre de Jane Austen : l'hisoire d'amour de l'héroïne n'est que secondaire alors que la description de la société est primordiale.

Bien sûr, tout cela ait fait dans un style tout austenien qui donne cette impression d'être au coin du feu avec une tasse de thé en train d'écouter une histoire d'une dame qui vous fait vivre les personnages sans avoir besoin de les connaître (et ce grâce à des descriptions fouillées).

Maintenant, je vais aller découvrir les adaptations et regarder comment ils ont représenté la différence d'âge entre Emma, 19 ans, et, Monsieur Knightley, 37 ans ! C'est mon côté commère.

Références

Emma de Jane AUSTEN - traduit de l'anglais par Pierre Nordon (Livre de Poche, 2008) 

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Littérature anglaise

Americana de Don Delillo

February 22
by Cecile 22. February 2010 09:00

Quatrième de couverture

À vingt ans, David bell a épousé une "pin-up" de bonne famille, et entamé dans l'audiovisuel une carrière qui l'a vite propulsé au sommet. Puis, déçu par le mirage de l'american way of life, il divorce et quitte son emploi.

Il choisit alors de revivre un autre mythe américain, celui de la conquête de l'Ouest. Son errance le met en contact avec des personnages victimes d'une certaine délitescence sociale : une atiste déjantée, un alcoolique entouré d'animaux, un vétéran du Vietnam ...

De l'establishment au vagabondage, l'auteur de Chiens galeux nous plonge ici dans les arcanes d'un pays-continent et d'une société en perpétuel mouvement. Il s'impose, aux côtés d'un Paul Auster ou d'un T.C. Boyle, comme l'un des meilleurs écrivains de cette jeune génération qui a entrepris de radiographier l'Amérique d'aujourd'hui.

Mon avis

J'ai une histoire compliquée avec ce livre. Je l'ai demandé au partenariat blog-o-book du dimanche parce que je voulais découvrir Don Delillo. Parce que oui, à force de n'entendre que des commentaires positifs sur Don Delillo, je voulais savoir. Cependant, il raconte le type d'histoire qui ne me plaisent pas vraiment, de celle que l'on n'a que trop vu à la télévision : le gars qui vient de découvrir qu'il a une vie pourrie dans la grande ville et qui part sur les routes pour découvrir son moi-intérieur. Ben je n'ai pas vraiment été déçue parce que oui, je n'ai pas aimé (ce qui je précise ne veut pas dire que ce n'est pas bien).

J'ai eu déjà beaucoup de mal à le terminer et visiblement c'est aussi le cas de la personne qui a écrit la quatrième de couverture. Donc je ne suis pas seule et cela me rassure. Le livre est divisé en quatre parties. La première est la plus difficile à lire parce qu'elle raconte la vie de David Bell à New York dans les années 1970 (c'est l'aujourd'hui la quatrième de couverture) en tant que petit cadre dans une chaîne de télé. Vous avez le droit à tous les conflits de bureau, les mesquineries, les lettres anonymes ... enfin tout ce que vous vivez aujourd'hui mais en pire parce que c'était les annés 70 et qu'il y avait un peu moins de retenue. Vous apprenez ainsi que David ferme la porte de son bureau pour sortir son sexe et se promener dans le bureau, qu'il veut se faire tout ce qui a une jupe, qu'il pelote sa secrétaire. En gros, il fait tout sauf travailler. Une seule fois, il a travaillé et a conçu une émission mais elle va être arrêté. Son nouveau projet est d'aller filmer les Indiens dans leurs réserves et pour cela d'y aller dans un camping car avec un pote. Je précise David à 28 ans et couche avec son ex-femme qui habite dans le même immeuble que lui. Je n'aurais pas aimer vivre dans les années 70 à mon avis !

Tout ça est important car la deuxième partie est réservée aux 28 premières années de David. On apprend qu'il n'étais pas proche de son père, célèbre publicitaire, qu'il a deux soeurs dont une qui s'est enfui avec un tueur à gage, que l'autre est la plus normale (mariée avec plein d'enfants et un mari sympa), que sa mère est morte d'un cancer de l'utérus non diagnostiqué parce qu'elle ne voulait pas voir le gynéco qui l'avait touchée (ou violée ? je n'ai pas compris). On y voit aussi ses années de collège, de fac, son mariage avec une femme enfant (qui veut rejouer des scènes de films). Cette dernière partie est la plus facile à lire parce qu'intéressante et il y a moins de noms que dans la première. Il y a plus de diversité dans le récit.

La troisième partie c'est le voyage pour aller dans la réserve des Indiens. Comme dit dans la quatrième de couverture , il y va avec trois autres personnes : une artiste Sullivan, un alcoolique fanatique des animaux (réplique culte : qui gagne dans un combat entre un guépard et un ours polaire ? et quand on lui fait remarquer qu'il faut tenir compte de l'environnement dans lequel a lieu le combat, il ne comprend pas. Comme quoi l'abus d'alcool nuit gavement aux neurones). , un vétéran du Vietnam qui essaye d'écrire et n'y arrive pas. David s'arrête dans une toute petite ville où il tourne un film très minimaliste et abstrait pour régler ses comptes avec sa famille. En tout cas, c'est l'impression que cela donne. Il ne va jamais aller à la réserve des Indiens et c'est là qu'il va démissionner Ses trois acolytes vont finir par partir et le laisser seul.

C'est là que commence la quatrième partie où David va voir que la vie sur le mode indien n'est pas si facile que cela et il va repartir à New-York. Est-ce que son voyage lui a servi a quelque chose je n'ai toujours pas compris.

Tout cela est servi avec une montagne de détails qui ne seraient pas superflu si il n'y avait pas tous ces noms de personnes, de lieux, de rues, de bâtiments, de programmes télé. Je n'ai jamais été en Amérique ; du coup, je n'ai rien compris. En plus, c'est un livre qui je trouve a mal vieilli dans ses références ce qui le rend d'autant plus compliqué à suivre.

Finalement, je n'ai pas aimé parce qu'il s'agit d'un destin individuel qui ne radiographie pas l'Amérique. On ne s'attarde pas plus que cela sur la vie des gens de la petite ville. ils reste les marionnettes de David. C'est l'histoire d'un destin individuel plus que celui de l'Amérique auquel on pouvait s'attendre vu le titre.

Si quelqu'un est vraiment fan de Don Delillo, est-ce qu'il me donné le titre qu'il aurait particulièrement apprécié et qui me permettrait de me réconcilier avec cet auteur ?

P.S. Au Livre de poche, on fait partie de la jeune génération même très tard ! (ou très longtemps cela dépend comment on se place). Don Delillo est né en 1936. Il faut changer vos couvertures Monsieur Livre de Poche parfois (ou les rendre plus intemporelles) parce qu'il y a des gens qui ont écrit même après Don Delillo.

Références

Americana de Don Delillo - roman traduit de l'américain par Marianne Véron (Livre de Poche, 2001)

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Littérature des Etats-Unis

Victoria de Knut Hamsun

February 20
by Cecile 20. February 2010 21:36

Présentation de l'éditeur

"Avez-vous déjà, ne fût-ce qu'une seule fois, vu un homme épouser celle qu'il aurait dû ?"

Elle est la fille du châtelain ; il est le fils du meunier. Ils s'aiment et tous les sépare, leur famille comme leur statut social. Dans une Norvège petite-bourgeoise et piétiste, deux êtres s'aiment et se déchirent sous le joug de leur indomptable orgueil. Traversé de rêveries exaltantes, ce roman d'un roman impossible fut écrit en 1898. Knut Hamsun y dresse un portrait splendide et cruel d'amants romantiques dévorés par le malheur d'aimer.

Mon avis

L'objet livre en lui-même est très beau comme tous les livres de chez Gaïa, et ce même si les pages ne sont plus roses. On a toujours envie de les ouvrir. Et là c'est encore encore le cas, surtout avec cette magnifique couverture rappelant le printemps.

Cela donne l'impression que l'on va lire une histoire heureuse, une histoire d'amour entre deux jeunes gens, Victoria et Johannes, que tout aurait dû séparer. Dès le début du roman, on ne peut douter qu'il s'aime et ce depuis leur plus tendre enfance. Ils sont séparés par leurs familles (plutôt sa famille à elle), leur milieu ... Alors quand Johannes parti à la ville pour étudier se fait un nom en tant que poète, il croit qu'il va enfin pouvoir séduire le coeur de sa belle mais ce n'est pas le cas. Elle est promise à un autre qui rétablira financièrement la situation de la famille de Victoria. Johannes aura beau sauver seule une jeune fille de la noyade devant les yeux de Victoria, elle ne cillera pas. Après moult péripéties, dont le suicide de son père et la mort du fiancé, Victoria avoue son amour à Johannes mais celui-ci qui l'avait attendu jusqu'à présent vient de se fiancer le matin même avec la fille qu'il a sauvé de la noyade. La fin qui voit la mort de Victoria est jjuste bouleversante, vous ne pouvez retenir une larme, voire plusieurs.

Si vous êtes accros aux histoires d'amour qui se finissent bien, ne lisez pas ce livre. L'écriture de Knut Hamsun est évocatrice et poétique. Vous sentez au fur et à mesure que le livre avance qu'il va se passer quelque chose d'horrible. Knut Hamsun fait alors des petits intermèdes qui donne un tout autre souffle au livre, juste pour se reposer de l'histoire.

J'ai trois livres de Knut Hamsun dans ma Pile À Lire. Pourquoi je ne les ai pas lu avant, je ne sais pas mais ce sera rapidement réparé !

Il faut lire le magnifique billet de Vita Nova sur ce livre. Il vous donnera vraiment envie de lire Knut Hamsun !

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio. Je remercie Guillaume Teisseire parce que même si ce n'était pas le livre annoncé, je l'ai tout simplement dévoré. Vous me direz, il est plus facile de lire d'affilé 123 pages que les 700 de la bio de Knut Hamsun prévu à l'origine. Je remercie bien évidemment les éditions Gaïa de m'avoir envoyé le livre !

Extrait

- Quest-ce que tu t'es fait aux yeux ? Ils sont tout rouges. Tu as pleuré ?

- Non, répondit-il en éclatant de rire, j'ai tourné le regard vers mon imagination où le soleil est très fort.

Références

Victoria de Knut HAMSUN - traduit du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon (Gaïa, 2010)

Critiques et infos sur Babelio.com

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Littérature norvégienne

Noire lagune de Charlotte Bousquet

February 18
by Cecile 18. February 2010 22:12

Présentation de l'éditeur

Venise, 1579. Dans les brumes de décembre, les cloches de San Zanipolo chassent les âmes en peine. À l'aube du carnaval, la cité des Doges s'éveille sur des cris : tordu dans une affreuse posture, une salive noirâtre aux commissures des lèvres, le corps sans vie d'un imprimeur est découvert derrière un étal de marché. Ce n'est que le premier cadavre aux lèvres noircies, la peste est de retour en ville ! Peste ou complot ? Seule Flora, une jeune courtisane entrevoit la vérié. Mais qui la croira ? Veronica Franco, sa tutrice ? Galeazzo Foscarini, qu'elle aime sans espoir de retour ? Les jours passent, le fantÔme de Dandolo, le doge sanguinaire, revient semer le trouble dans les esprits. Le mal se répand, apportant son lot de violences et d'injustices pour un cortège macabre. Et tandis que les Vénitioens, terrifiés, cherchent des boucs émissaires, les vrais coupables poursuivent leur oeuvre de mort. Risquant sa vie, Flora ne pourra compter que sur son sang-froid pour noyer dans les eaux sombres de la lagune les malédictions de Venise ...

Philosophe de formation, Charlotte Bousquet est l'auteur d'une dizaine de romans pour les adultes et la jeunesse. Elle a récemment publié La Marque de la bête (Mango) et Arachnae (Mnémos), un thriller de fantasy inspiré d'une Renaissance italienne qu'elle adore. Elle a été récompensée par plusieurs prix, dont le prix Merlin pour Les Arcanes de la trahison (Nestiveqnen).

Mon avis

Je remercie ma libraire qui m'a permis de découvrir ce livre mais aussi cet éditeur (le catalogue de la collection Courants Noirs me semble vraiment très intéressant). Grande lectrice de romans policiers historiques des éditions 10/18 quand j'avais 18 - 20 ans et maintenant lectrice des romans de Jean d'Aillon et de Jean-François Parot, j'ai tout de suite pris le livre quand j'ai vu le résumé. Moins "érudits" que les romans des auteurs précédents, dans le sens où les connaissances sont distillées par petites touches, le roman n'en est que plus prenant surtout pour des jeunes lecteurs (mais aussi pour les plus vieux). On apprend entre autre tout sur une célèbre courtisane de l'époque Veronica Franco (à quand la traduction de ses poèmes je vous le demande ?) et sur la famille Venier, influente dans le Venise de l'époque et qui compta plusieurs doges. On y retrouve les quatrains de Omar Khayam dont Dominique nous avait parlé ici. Un des points positifs de ce livre est qu'il vous rend plus intelligent.

Un autre est que le suspens est présent tout au long du livre. Il y a des rebondissements auxquels on ne s'attend jamais. Cela permet de maintenir notre envie de tourner jusqu'au bout du livre. Il faut quand même souligner que la narration est déconcertante : il y a beaucoup de personnages et chacun nous raconte son point de vue en quelques pages et cela tourne comme ça tout au long du livre. On ne sait parfois plus où on en est. Mais on s'habitue au fur et à mesure que l'histoire avance et surtout au fur et à mesure que l'on s'attache à Flora, la courtisane novice de seize ans (c'est très intéressant de découvrir Venise à travers ce personnage principal : elle n'est pas naïve, n'a pas froid aux yeux, c'est son futur métier qui veux ça, mais elle a quand même encore la candeur de l'enfance).

Le seul point vraiment négatif est la fin : elle n'est pas assez fouillée, trop rapide. On en voudrait plus ! C'est à se demander si l'auteur ne se garde pas une porte ouverte pour un deuxième tome.

En conclusion, un belle découverte grâce à ma gentille libraire !

Références

Noire Lagune de Charlotte BOUSQUET (Gulf Stream éditeur - collection Courants Noirs, 2010)

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Littérature française | Littérature jeunesse

Les derniers jours de Thomas de Quincey de John Ritchie Findlay

February 17
by Cecile 17. February 2010 11:39

Présentation de l'éditeur

De Quincey se profile régulièrement derrière ses écrits, ce qui en fait une présence familière à tout lecteur attentif. Mais ce personnage exemplaire laisse naturellement échapper le singulier, ou l'irrégulier, de cette vie, ce qui lui fit propre jusqu'à l'insignifiance - ou à la fiction (cet "anecdotage" que De Quincey lui-même exploita si bien à propos de Kant).

John Ritchie Findlay accompagna les dernières années de l'écrivain. Plein de révérence et d'étonnement, il laissa de cette amitié une petite chronique jamais rééditée depuis sa publication originale. Voici donc, comme figés dans le temps, quelques éclats de cette très étrange existence. Voici un De Quincey aussi courtois, affable et serviable qu'incontrôlablement caustique, ou médisant ; perambulateur émérite et opiniâtre opiomane ; toujours en retard d'un écrit, ou d'un crédit, toujours en retard d'une dette, espérant sans cesse se reprendre. Voici, sous le regard d'un témoin fasciné, l'émouvant portrait d'un excentrique malgré lui, en proie au démon de la ratiocination, à l'opiomanie, aux affres de la pauvreté et à l'obsession du texte impossible à écrire, à achever, à envoyer.

Mon avis

Ce petit livre n'est pas un texte littéraire dans le sens où il n'a pas la construction des derniers jours d'Emmanuel Kant et que l'auteur n'est pas l'écriture de Thomas de Quincey (même si il y a parfois de très jolies phrases : ils "se mirent à diiscuter de vieux auteurs, de questions d'histoire et de littérature classique bien au delà de ma portée, si bien que je restai échoué sur le rivage avec cette marée d'éruditions et de spéculations fluant et refluant devant moi"). Il faut plutôt le voir comme une sorte de documentaire sur Thomas de Quincey et sur son "déclin". En effet, Findlay a repris la construction en deux parties des derniers jours d'Emmanuel Kant. La première partie, sous forme de journal, explique comment Findlay s'est retrouvé fasciné par de Quincey, tout ce qu'il a pu apprendre de l'auteur aussi. La deuxième partie, sous forme de note, décrit comment Findlay a essayé d'aider du mieux qu'il le pouvait Thomas de Quincey. Je crois que la différence de forme provient du fait que Findlay ne veut pas insister sur les vieux jours de l'auteur et que l'on en garde l'image d'un grand homme. Je trouve que c'est tout à son honneur (de Quincey ne l'avait pas fait pour Kant parce qu'il a un esprit "caustique" et "médisant").

C'est le mérite du livre : mieux nous faire connaître Thomas de Quincey. D'abord au niveau physique :

C'était un homme très petit (environ 1,59 ou 1,60 m) mais d'une contenance remarquable due à une séduction intellectuelle que jamais je n'ai rencontrée depuis. Quoique sans régularité, ses traits étaient empreints d'une finesse aristocratique, et un air d'éducation raffinée pénétrait son visage. Il avait un front extraordinairement large et dense. À première vue, son visage avait la fraîcheur lisse d'un jeune garçon, réchauffée d'une sorte de rougeur hectique en remarquable contraste avec ces évidents signes de l'âge que donnaient les cheveux grisonnants et les yeux pâlis. La coloration de ses joues était, j'en suis persuadé, due à son usage constant de l'opium et l'aspect apparemment lisse de la face disparaissait une fois observée de plus près.

On voit aussi que Thomas de Quincey aime parler de tout et de rien. Il ne m'en ai que plus sympathique :

Invité à revenir le voir, je faisais un saut de temps en temps ; une demi-heure de conversation avec lui était un privilège que j'estimais trop pour risquer de l'importuner fréquemment. Il était disposé à aborder n'iporte quel sujet : les nouvelles du jour, les articles du Scotsman, les livres récents, nos amis communs, toutes les questions fondamentales, car il était dans la conversation un homme du monde et non un pédant ou un rat de bibliothèque. Parfois, il badinait sur des sujets insignifiants, les traitant avec une sorte d'importance humoristique. Aussi se lança-t-il un jour dans une longue dissertation sur la difficulté de s'habiller. Se raser, en particulier, était un grand tracas. Après avoir rassemblé les meilleures informations sur la question, il avait acquis une série de rasoirs de première qualité, mais on l'avait prévenu qu'ils ne pourraient se passer d'un affilage régulier, tâche à laquelle il n'imaginait pas de se soumettre ; en outre, il fallait avoir une boîte à savon, article de nécessité qu'il abhorrait au plus au point. Quelques années plus tard, il résolut ce problème en se laissant pousser la barbe.

En conclusion, c'est un livre instructif mais il faut aimer Thomas de Quincey (ou au moins l'avoir déjà lu) pour pouvoir le lire jusqu'au bout.

Références

Les derniers jours de Thomas de Quincey de John Ritchie FINDLAY - traduit de l'anglais par Michèle Hechter (Le cabinet des lettrés - Le promeneur, 1997)

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