Tempête de J. M. G. Le Clézio

TempeteLeClezioÇa y est, je l’ai fait : 20 ans de désamour entre Le Clézio et moi se sont finis sur ce livre (lui il ne savait pas que je fuyais ces livres comme la peste et je pense que cela ne le chagrinait même pas). Premier livre que Mme De Vries, mon professeur de français de 6ième (et de 5ième), nous a fait lire : Mondo et autres histoires. Je ne me rappelle absolument pas de quoi cela parle mais juste que quand la prof nous a demandé de résumer l’histoire, personne n’a su. J’en ai été traumatisé (elle nous a aussi fait lire Poil de carotte et je déteste ce livre tellement il m’a ennuyée). Il a donc fallu toute la persuasion de mon libraire (quand il met une petite étiquette c’est trop bien parce que …, je ne résiste pas car je sais que lui sait choisir un livre en littérature française) et l’ensemble de toutes les critiques positives pour que je l’achète mais aussi mes vacances pour avoir l’esprit bien reposé et ouvert à ce genre de littérature et cela a marché !

Je laisse Le Clézio présenté son livre

En anglais, on appelle « novella » une longue nouvelle qui unit les lieux, l’action et le ton. Le modèle parfait serait Joseph Conrad. De ces deux novellas, l’une se déroule sur l’île d’Udo, dans la mer du Japon, que les Coréens nomment la mer de l’Est, la seconde à Paris, et dans quelques autres endroits. Elles sont contemporaines.

Bien sûr, ce n’est pas un entretien spécial pour mon blog mais plutôt la quatrième de couverture qu’il a rédigé lui-même.

La première « novella » s’intitule Tempête. Elle raconte l’histoire d’une relation amitié (amour pour une des parties) entre une adolescente de 13 ans et un écrivain-journaliste venu s’isoler ici pour retrouver son passé. La narration est une alternance entre ces deux voix. L’adolescente, June, a une mère célibataire que le père a abandonné avant la naissance de l’enfant (pour repartir dans son pays, peut être les États-Unis, en tout cas un pays anglophone). Pour survivre, la mère est devenue pêcheuse d’ormeaux. Métier hautement dangereux exercé par des vieilles femmes et qui attire donc forcément June. Plus exactement, leurs libertés, leurs aisances, l’océan aussi la font rêver par rapport à un monde où on se moque d’elle car elle n’a pas de père. Elle est donc très seule jusqu’au jour où elle rencontre Philip Kyo, journaliste-écrivain qui revient après 30 ans dans cette île, qu’il a quitté après le suicide de sa compagne (elle est rentrée volontairement dans la mer sans jamais en ressortir). Lui aussi porte en lui une souffrance : celle de ne pas avoir aider une femme qui était en train de se faire violer par quatre soldats pendant la guerre. Il a fait de la prison pour cela mais il revoit toujours le regard de la femme le suppliant en silence. Tempête raconte cette histoire, qui va faire grandir et évoluer les deux personnages.

La deuxième « novella » est intitulé Une femme sans identité. On suit la narratrice de son enfance à sa vie d’adulte. Elle est née en Afrique, dans la famille Badou. Plus exactement, elle vit avec son père Monsieur Badou, sa belle-mère Madame Badou et sa demi-sœur Bibi ou Abigail. Elle ne porte pas ce nom car son père ne le lui a pas donné. Elle est née d’un viol, son père l’a reconnu (parce qu’il y a été forcément par la mère de l’enfant qui du coup l’a abandonné). Elle apprend tout cela par hasard un jour en écoutant son père et sa belle-mère, qui la traite de démon (la petite fille le prend au premier degré bien évidemment). En fait, elle n’a pas de nom, pas d’identité. Tout va bien tant que les Badou sont riches : la narratrice a sa sœur qu’elle adore par dessus tout pour compagne de ses malheurs. Vient la déchéance financière et ensuite la fuite en métropole à cause de la guerre. Entre temps, les Badou se sont séparés. La narratrice va avec sa belle-mère et sa sœur. En plus du déracinement, commence alors une vie où la narratrice va sombrer et s’effacer de plus en plus, pour n’être plus personne avant de redevenir quelqu’un avec l’aide de quelques personnes.

Ce que j’aime dans la présentation de Le Clézio, il dit ce qui n’est pas important dans ses deux textes. Ces histoires se passe dans un lieu, à une époque mais typiquement cela pourrait ne pas être le cas. Par exemple, la deuxième histoire se passe à Paris et dans sa région. J’y habite et franchement cela aurait pu se passer ailleurs, je n’aurais pas vu la différence. Il écrit des noms de lieux, les décrit sommairement mais on n’y prête pas attention. Ce que l’on retient c’est surtout la sensation qu’en ont les personnages. Pour le temps, plutôt que contemporain, j’aurais choisi moderne. Cela aurait pu se passer en 1960 par exemple. C’est pour cela que ces deux novellas ressemblent plutôt à des contes ou des fables.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, ce sont les personnages des deux « héroïnes ». Ce sont toutes les deux des filles-femmes qui prennent leurs vies en main, qui sont décidées à n’être que ce qu’elles ont souhaité. Ce sont des gens forts malgré une faiblesse apparente. Toutes les deux se distinguent du reste du monde par leurs physiques qui dénotent dans leurs environnements.

Pour l’écriture de Le Clézio, j’ai été assez surprise car je pensais que c’était alambiqué avec des phrases longues et incompréhensibles. En fait, pas du tout. Les phrases sont normales, c’est très poétique, plein d’images, de rêveries et de contemplations (les personnages contemplent). Par contre, dans l’ensemble cela m’a donné l’impression d’un mouvement ressemblant à celui d’une marée montante. On s’enfonce de plus en plus loin, par à coup.

En conclusion, je retenterai volontiers Le Clézio, si mon libraire me le conseille.

Références

Tempête – Deux novellas de J. M. G. LE CLÉZIO (Gallimard, 2014)

 

J’appelle mes frères de Jonas Hassen Khemiri

JAppelleMesFreresKhemiriCe roman est initialement une pièce de théâtre et que son auteur a donc « transformé » en roman (d’après ce que j’en comprend). On retrouve de sa « première » forme le mode déclaratoire.

Là aussi, c’est un roman très court (120 pages) mais très fort. Un attentat vient d’avoir lieu à Stockholm ; une voiture vient d’exploser. Un suspect est recherché avec comme description cheveux noirs, énorme sac à dos, foulard palestinien.

Le narrateur, Amor, qui parle et qui est en fait l’homme dont on suit les pensées, qui vont devenir de plus en plus paranoïaques au fil du roman, est un jeune homme, issu de l’immigration, parfaitement intégré, qui a fait de hautes études … Le jeune homme bien sous tout rapport, quoi. Amor est bouleversé tout au long de la journée qui suit cette attentat et c’est cette journée que l’on va suivre.

Au début, il dit :

J’appelle mes frères et je dis : Ne vous faites pas remarquer pendant quelques jours. Éteignez les lumières. Fermez les portes. Orientez les persiennes de manière qu’on ne puisse pas vous voir à l’intérieur mais que vous, vous puissiez voir à l’extérieur. Débranchez la télé. Éteignez votre portable. »

Il ne veut pas sortir de chez lui mais sa cousine Alhem le force car elle a  besoin de changer un outil qu’elle a utilisé en Tunisie (je ne suis pas sûre de ce détail)  pour construire une maison pour un membre de la famille. Elle en Tunisie a chargé Amor de s’en occuper. Il a repoussé, repoussé … mais elle le force à y aller aujourd’hui même. Il y a va en appelant son ancienne petite amie Valeria (en fait, elle ne l’a jamais été ; il l’a plutôt harcelé alors que elle voulait juste rester son amie). Pendant cette errance, on le sent transpiré à grosses gouttes venant de son anxiété. Le texte continue un peu comme cela avec différents personnages.

Ce qui est intéressant dans ce texte, c’est vraiment la manière de raconter l’histoire : style déclamatoire (on voit l’acteur joué), phrases leitmotiv (J’appelle mes frères et je dis), style rapide avec des phrases courtes et marquantes, paragraphes courts avec quelques pages « entières ». Vous ne pouvez pas ne pas ressentir l’anxiété, la peur mais surtout les sentiments d’Amor : vous êtes à l’intérieur de sa tête.

Je trouve que ce texte fait ce que la littérature fait de plus beaux : nous mettre à la place de quelqu’un, ici ce n’est pas une place agréable, nous faire ressentir ce que peut penser l’autre. Ce texte parle 10 fois mieux qu’un reportage de 3 minutes de la « stigmatisation » que peuvent ressentir les jeunes (et moins jeunes) issus de l’immigration. Ce ne sera plus un vain mot pour un lecteur de ce livre.

Je vous cite le bas de la quatrième de couverture (qui pour une fois n’est pas mensongère) :

Un monologue intérieur saisissant qui soulève avec beaucoup de subtilité les questions liées aux sentiments d’exclusion et d’appartenance, servi par une voix singulière de la littérature suédoise contemporaine.

Références

J’appelle mes frères de Jonas HASSEN KHEMIRI -  roman traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy (Actes Sud, 2014)

Le Cinquième Enfant de Doris Lessing

LeCinquiemeEnfantDorisLessingComme quoi, je sors parfois des trucs de ma PAL. Je crois que je l’avais acheté à Gibert en 2008 parce que je voyais souvent Doris Lessing sur les blogs (peut être à cause de son prix Nobel et que cela m’avait rendu curieuse). Pour résumer, j’ai acheté ce livre de poche, il y a très très longtemps.

C’est vraiment une lecture extraordinaire (à moins que vous soyez enceinte). J’oserais bien dire un coup de cœur (mais comme je l’utilise très souvent).

David et Harriet se rencontre lors d’une soirée d’entreprise. Ils sont ceux qui restent à part, qui ne dansent pas car ils sont vus par les autres comme arriérés : lui défend l’idée de grande famille … et elle est toujours vierge. Ils se rencontrent donc, se plaisent tout de suite, se marient et s’installent très vite tellement ils sont persuadés d’être fait l’un pour l’autre. La vie leur sourit tellement qu’il ne peut pas et qu’il n’y aura jamais une ombre à leur bonheur. Ils ne peuvent en douter.

Très vite arrive le premier enfant, Luke, fabriqués dès le premier jour dans leur grande maison à trois étages qui ressemblent plus à un hôtel. Il arrive un peu trop vite selon leurs plans (ils l’avaient prévu dans deux ans) car le jeune couple doit payer les traites de sa maison, ne peut pas se permettre qu’Harriet arrête de travailler. Pourtant ils feront avec car on doit laisser faire la Nature, il n’y a rien de plus beaux que les enfants, la famille, le bonheur.

Rapidement, toute la famille se réunit dans cette grande maison où règne le bonheur : Molly et Frederik, la mère et le beau-père de David, James et Jessica, le père et la belle-mère de David (pièce essentielle du bonheur puisque étant riches, c’est eux qui financent le bonheur du jeune couple), Deborah, la sœur de David, Dorothy, la mère d’Harriet, les deux sœurs d’Harriet avec leurs maris et enfants, des cousins éloignés de tous les côtés. Ils arrivent à rentrer à plus de trente.

Rapidement naissent d’autres bébés : Helen, Jane et Paul. Quatre enfants en six ans ! La famille accuse Harriet et David d’inconscience car il faut élever ses enfants, puis payer leurs études (James ne sera pas forcément toujours là). De plus, ses grossesses à répétition fatigue Harriet même si sa mère l’aide beaucoup en venant passer du temps chez elle pour la relever de certaines fonctions. Là encore, Doris Lessing insiste sur le projet de vie « démodé » du couple : c’est avant qu’on faisait autant d’enfants (parce qu’on savait qu’il y en avait la moitié qui allait mourir dixit je ne sais plus qui dans le roman). Le couple promet de se retenir.

Il y a une première ombre au tableau. Une des sœurs d’Harriet ne s’entend plus avec son mari, on pourrait croire au divorce mais elle est enceinte. À la naissance, le bébé, Amy, se trouvera être trisomique. David et Harriet soupire de soulagement car ce n’est pas eux et pense que ce sont les disputes incessantes du couples qui ont provoqué ce malheur (on est dans les années 70).

Rapidement, Harriet se retrouve enceinte de son cinquième enfant. Bien sûr tout le monde la réprouve (David un peu moins bizarrement) ; elle pense même qu’on la traite comme une « criminelle ». Rapidement, elle s’aperçoit que quelque chose ne va pas : elle se sent comme manger par l’intérieur, elle considère son enfant comme un ennemi qui lui veut du mal (il lui donne des coups horribles). Enfin, vient la délivrance de l’accouchement. Ce cinquième enfant ne s’avérera pas du tout normal. Il a bien tout ce qu’il faut là où il faut mais il ressemble à un gnome, il fait plus âgé, il est violent et colérique. Il est totalement différent des quatre autres.

C’est le début de la dislocation pour cette famille heureuse et c’est ce que raconte le roman.

On raconte le combat d’Harriet qui doit lutter entre le désir de savoir ce qu’à son fils (« votre fils est normal Madame » … « j’en ai quatre autres ils ne sont pas du tout comme cela » … « c’est votre faute car vous n’aimez pas celui-ci » alors qu’en tant que mère elle sait très bien qu’il est différent), de l’élever et de l’éduquer au mieux pour qu’il puisse sans sortir mais aussi la répugnance et la peur qu’il exerce sur elle. Elle n’arrive pas à maintenir une vie de famille comme avant : David se détourne d’elle même s’il l’aide au mieux (elle est un peu coupable tout de même), ses quatre enfants ont peur et n’aime pas le nouvel arrivant (il s’appelle Ben je ne l’ai pas précisé) … Le livre parle aussi du placement en institution et ce que c’était d’avoir un enfant anormal (dont aucun mot, aucun diagnostic ne s’appliquait) dans cette société (je ne suis pas sûre que cela est beaucoup changé).

Ce livre ne cherche pas à générer de l’émotion mais est plutôt démonstratif. Pendant la lecture, je ne me suis pas dit « oh la pauvre maman », « oh la pauvre famille » ni « oh quelle mère cruelle ». Doris Lessing montre une très grande palette de situation, d’émotions contradictoires sans aucune honte ou bienpensance. Je ne savais pas quoi penser à la fin de ma lecture, j’étais juste abasourdie que quelqu’un arrive à décrire une situation avec autant de bon sens et juste faire avec.

Cela m’a donné l’impression que c’était la « vraie » vie (pas celle d’un personnage binaire, ou mauvais ou gentil). Quand l’enfant est là, on fait de son mieux et c’est tout. Les autres ne peuvent pas juger parce qu’il ne voit que l’ »extérieur du problème ». La conclusion du livre est plus triste que cela car Harriet regarde l’état de sa famille et ce qu’est devenu Ben. En tant que lectrice, j’ai juste pensé « mais tu l’as fait, tu as fait de ton mieux et ce n’est pas si mal ».

J’ai beaucoup moins adhéré à l’explication de la différence de Ben, genre réminiscence des hommes des cavernes. Si vous êtes comme moi un peu perplexe, j’ai vu ce livre dans une liste de lecture sur l’autisme. Cela semble plus « moderne » comme explication.

Le livre est très court (186 pages) mais aborde énormément de thèmes (que je n’ai pas forcément détaillé ici). Je le redis : c’est un livre à lire sans aucun doute. Il y a une suite qui a été écrite Le Monde de Ben.

Références

Le Cinquième Enfant de Doris LESSING – roman traduit de l’anglais par Marianne Véron (Livre de Poche, 2008)

Filles impertinentes de Doris Lessing

FillesImpertinentesDorisLessingC’est la première fois que je lis Doris Lessing. J’ai pourtant deux livres d’elle dans ma PAL : Le Cinquième Enfant et Le Carnet d’Or en anglais mais j’ai lu quelque part que ce livre était sûrement le mieux pour rentrer dans l’œuvre de cette auteur (d’un autre côté, les journalistes disent cela pour tous les livres, sauf le premier bien évidemment). Donc je l’ai acheté et lu et j’ai vraiment beaucoup aimé (voire adoré mais comme je le dis tout le temps vous n’allez plus y croire à force).

Filles impertinentes reprend deux textes publié pour la première fois par Granta dans le milieu des années 1980 : Impertinent Daughters et My Mother’s Life. De ce que j’ai compris, Doris Lessing avait déjà écrit sur ses parents mais d’après la quatrième de couverture, elle s’y « dévoilerait sous un jour nouveau » et mettrait « tout sa puissance de conteuse au service d’un sujet universel : les relations mère-fille ».

En effet, dans ce court texte (140 pages), Doris Lessing parle de son père, de sa mère, leur jeunesse, leur mariage, leur émigration en Perse puis en Rhodésie du Sud, leur vie de fermier, la mort du père et la fin de la mère. Elle décrit tous ces sujets en essayant de retrouver ses sentiments, ceux de sa mère et d’analyser leurs comportements à toutes les deux a posteriori.

Ainsi, sa mère est décrite comme une petite fille et une jeune femme extrêmement brillante, qui a souffert et de l’absence de sa mère et du fait que tout était destiné à son frère cadet, très peu brillant. Elle aurait voulu rentrer dans la Marine, ce qui bien sûr lui était interdit à l’époque, mais c’est son frère qu’on y destinait. Elle a du se battre pour faire des études d’infirmière car même si son père voulait l’envoyer à l’Université, c’était pour faire des études plus « convenables ». Ainsi, Doris Lessing décrit sa mère comme une jeune femme brillante, obstinée, conquérante, pleine de vie et de projets d’avenir même si elle était très marquée par son éducation : bourgeoise, ayant le sens des convenances, aimant recevoir et paraître. Je trouve que cette première partie souligne un des points les plus intéressants : l’objectivité de l’auteur, ni bienveillant, ni malveillant face à son projet.

Le père n’est décrit qu’en surface. C’est un homme brisé par la Première Guerre mondiale, où il a perdu une jambe, qui a un caractère plutôt contemplatif et est plutôt dans la réflexion. Doris Lessing souligne que la Première Guerre mondiale n’a fait qu’amplifier ce caractère déjà préexistant. Au lieu de s’attarder sur le caractère de son père, elle le décrit plutôt comme le négatif de celui de sa mère : c’est le fait que son père soit comme cela qui fait que sa mère n’a pas pu s’épanouir puisqu’elle n’a pas pu faire pour sa famille tout ce que son éducation lui a inculqué.

Elle décrit de cette manière tous les grands moments de sa vie. Pourtant, elle sait voir les bons côtés de sa mère. Par exemple, elle dit bien que sa mère était plus pédagogue et débrouillarde que n’importe quel manuel pour éduquer ses enfants. Tel que je l’écris, je me rends compte que ce n’est pas les bons côtés qu’elle voit mais plutôt qu’elle a fait ce qui a du être fait, à cause de (grâce à) son éducation. Elle s’est « sacrifiée ». Doris Lessing souligne aussi plusieurs fois l’emploi de ce mot par les femmes de cette époque car une femme ne pouvait vivre que pour sa famille (sans forcément comprendre son mari et ses enfants).

Doris Lessing parle aussi beaucoup d’un conflit de génération entre la sienne et celle de sa mère, très exacerbée car sa mère était de la génération d’avant la Première Guerre mondiale et elle de celle d’après, celle de l’Empire Britannique et celle de la Grande-Bretagne. Au moment où elle écrit le texte, elle dit bien qu’à son avis, il n’a jamais existé de fossés aussi grands entre deux générations. Cela m’amène à un dernier point qui m’a vraiment beaucoup impressionné dans ce texte : c’est la distance que l’auteur met à voir les choses. On le remarque très facilement car l’auteur ne dit pas forcément je/moi pour parler d’elle et de son comportement. Souvent elle parle de « sa fille » pour parler d’elle. J’ai trouvé que l’on pouvait le voir comme une désolidarisation entre deux « personnages » : soit la Doris Lessing d’aujourd’hui / la Doris Lesing  adolescente soit entre le personnage qu’elle était réellement et le personnage que sa mère aurait voulu qu’elle soit.

C’est un texte qui, à mon avis, est vraiment très intéressant pour les gens qui aiment Doris Lessing mais aussi pour comprendre une certaine époque du monde.

Références

Filles impertinentes de Doris LESSING – traduit de l’anglais par Philippe Giraudon (Flammarion, 2014)

Rue involontaire de Sigismund Krzyzanowski

RueInvolontaireSigismundKrzyzanowskiJ’ai profité de mon jardin les deux derniers jours pour lire des petits livres de ma PAL dont celui-ci acheté au dernier salon du livre. Je vous ai parlé de Sigismund Krzyzanowski ici et ici. C’est un livre d’une cinquantaine de pages, contenant trois textes : Rue Involontaire, La clepsydre, Le feutre gris et des extraits du carnet de l’écrivain. Le manuscrit de Rue involontaire a une histoire assez extraordinaire vu qu’il a été restitué par le FSB (ex-KGB) en 1995 mais n’est apparu qu’en 2012 sur la fiche de l’inventaire du fonds Krzyzanowski, aux archives littéraires russes. Dans la préface, la traductrice Catherine Perrel explique les raisons possibles de cette disparition de plus de 20 ans. On connaissait l’existence de ce texte car il était mentionné dans une lettre de 1933 mais il n’avait jamais été retrouvé.

La rue involontaire est une rue dans le quartier de l’Arbat (rue commerçante de Moscou) où « quelques coudes zigzaguant avaient « involontairement » formé une petite rue ». Rue Involontaire a apparemment un grand caractère autobiographique car l’auteur vivait dans le quartier et était aussi alcoolique (c’est léger à mon avis comme preuve). Le texte est composé de sept lettres écrit par un homme seul et alcoolique (donc), qui timbre ses lettres (reste des jours où on payait la vodka en timbre et non en argent) et les envoie par sa fenêtre de toi. Il ne choisit que des destinataires dont il ne connaît pas le nom : l’homme sur les timbres, le facteur, le monsieur qui a sa lumière allumée même tard le soir, le monsieur qui a le plus grand nombre de sonnerie (dans les appartements communautaires, il y avait soit plusieurs sonneries pour une même porte, soit une sonnerie avec un code en morse pour savoir à qui la visite est destinée : le destinataire de la lettre a quand même six longs coups de sonneries). Dans ses lettres, l’auteur accompagné de son « coauteur, la vodka » exprime sa solitude et parle du fait que l’alcool l’aide non pas à oublier mais à supplier. Comme c’est Krzyzanowski, c’est drôle, bien tourné et plein d’esprit. On ne peut que féliciter la traductrice que de savoir retranscrire cela. La lettre à « l’homme du timbre » débute par les mots suivants :

Je vous vois dans votre petite fenêtre de papier verte. Vos épaules dépassent au-dessus du rebord strié et votre tête redressée est couverte d’un calot de toile. Et voilà que je vous colle vous-même sur la lettre que je vous adresse. Moi qui suis incapable d’adhérer à quoi que ce soit. Ça ne colle jamais. Car je ne suis pas un type collant.

Personnellement, j’admire ce style où on peut changer complètement d’idée en 5 lignes, de parler de soi sans en avoir l’air, de jouer sur les mots. C’est juste magnifique et tout le texte est comme cela. Je vous le conseille vivement.

La clepsydre parle aussi d’alcool puisque le texte parle en trois pages exactement d’un homme qui pour mettre à profit son talent pour la boisson décide de devenir une horloge par rapport à son état au fur et à mesure de ses beuveries et ainsi de se faire employer dans un bureau. Il s’entraîne ainsi à boire à partir de l’heure de prise de service et à rouler par terre quand il est l’heure de la fin du travail. Cela marche très bien car les horloges avec une précision à la minute coûte très chère. Cette nouvelle est un chef d’œuvre de concision, d’humour noir et la chute est brillante.

Le feutre gris parle d’un chapeau qui passe de tête en tête et qui provoque, la plupart du temps, le suicide de son propriétaire car il contient le syllogisme « À quoi bon ? » (j’avoue que je n’ai pas compris en quoi c’était un syllogisme, si quelqu’un de moins bêtes pouvaient m’expliquer) provoquant soit des questionnements sans fin, soit une absence de réaction chez l’humain à cause de têtes vides (pas un pensée, rien pour résister à « À quoi bon ? »). Ce  que j’ai beaucoup aimé dans ce texte, c’est justement les commentaires du narrateur sur ses têtes vides :

Plus mort que vif, évoquant un village qui vient d’être dévasté par la peste, le cerveau du vieil homme n’était peuplé que de rares pensées-invalides et pensées-retraitées. Elles recevaient leur maigre pension en approbations, accolades amicales, « ça, c’est sûr, mon vieux », « vas-y, raconte encore », mais se déplaçaient en s’appuyant sur des béquilles logiques, clopin-clopant. Quand Àquoibon fit irruption, les invalides neuronaux allèrent tous se cacher dans leurs trous, et le cerveau fut livré à son plein pouvoir.

La conclusion du texte (« chapitre » 9) fait intervenir l’auteur, plein d’esprit, mais surtout la chute est pleine d’humour. C’est rare de trouver un auteur qui à partir d’une histoire banale peut avoir un tel recul et un tel humour.

Les extraits des carnets de l’écrivain représentent quelques pages, entre les textes, où sont notées quelques pensées (une phrase à quelques phrases) que l’auteur notait donc dans ses carnets. Ma préférée est :

Cette vision du monde ne correspond pas à mes dioptries.

J’espère que vous serez d’accord avec moi qu’il faut que vous lisiez Krzyzanowski. Ce recueil est vraiment très bien pour commencer, croyez-moi (j’espère vous avoir convaincu en tout cas).

Une critique sur La Cause littéraire.

Références

Rue Involontaire de Sigismund KRZYZANOWSKI – traduction du russe et préambule par Catherine Perrel (Verdier, 2014)

Les baladins du régent de Paul Doherty

LesBaladinsDuRegentPaulDohertyCe livre était à côté du Anne Perry à Gibert. C’est pour cela que je l’ai pris. J’ai le tome 2 de cette série, celle du frère Athelstan, dans ma PAL mais j’ai préféré commencer par le 12ième. Ce qui vous l’avouerez me donne deux bonnes de raisons de lire et de vous présenter ce livre.

Je vous livre tout de suite mon impression. Frère Athelstan n’enquête pas vraiment. Il attend que tous les suspects meurent et quand il n’en reste plus qu’un, sa sentence tombe : c’est le dernier le coupable (parce que ce n’est pas lui bien sûr).

L’histoire se passe donc à Londres en 1381. On est sous le régime de Jean de Gand, régent pour le compte de Richard II, fils de Edouard le Prince Noir (lui même fils d’Edouard III). Tout cela est expliqué au début du livre en une page : pas besoin d’avoir fait une thèse sur l’histoire de l’Angleterre pour comprendre.

Le livre s’ouvre sur une scène pouvant rappeler des choses à certains. Des hommes attendent d’autres hommes dans la campagne londonienne, toute enneigée en cette hiver rigoureux (cela fait bizarre d’écrire cela). Les premiers, Cranston chargé de justice à Londres et ses hommes, attendent les deuxièmes, des Flamands venus parler avec jean de Gand, pour les aider à rentrer sans encombre dans la ville malgré leur précieux chargement : une prisonnière masquée et donc mystérieuse. Ils se font pourtant tous attaqué par des hommes qui s’étaient camouflés (ils avaient mis des drap sur eux apparemment). Les assaillants, les Hommes Justes (qui préparent une sorte de révolution paysanne) n’arriveront pas à capturer la prisonnière mais prendront deux têtes (qui étaient déjà coupés).

D’autres Hommes Justes, dans le deuxième chapitre, tomberont dans une embuscade dressée par Maître Thibault, l’homme de confiance de Jean de Gand. Le but de l’homme est de récupérer les deux têtes mais il n’y arrivera pas. C’est seulement dans le troisième chapitre, quand Cranston et frère Athelstan se joignent au régent et à ses invités pour assister à une pièce donnée par les baladins du régent, qu’elles réapparaitront lors d’un assaut magistral. Les Hommes Justes (enfin on suppose) arriveront à tuer un homme et en blesser un autres, ainsi qu’à tuer un des baladins. Cranston et Athelstan vont être mandés par le roi pour trouver ces mystérieux assaillants. Bien sûr les investigations se portent sur ceux qui étaient présents (cela se passait dans une église de la tour de Londres, complètement gardée et hermétique). Athelstan est le maître du jeu, Cranston n’étant qu’un assistant glouton. Il reste dans le brouillard une très grosse partie du livre alors que lui-même se fait agresser et d’autres (beaucoup d’autres : il y a des meurtres et des décapitations à tout va) meurent. Il va trouver la solution dans les 50 dernières pages, une solution un peu inattendue même si nous avions nous aussi réduit nos suspects vu qu’il n’y avait pratiquement plus personne.

De Paul Doherty, j’ai déjà lu la série des Nicholas Segalla, qu’il signe Ann Dukthas. Dans la série du frère Athelstan, l’auteur privilégie l’action et la vraie aux personnages (description psychologique) ou à l’histoire.

Entendons-nous bien, il recréé bien la période dans le sens où on s’y croit mais contrairement à la série des Nicholas Segalla qui mettait en scène une sorte d’immortel qui revisitait les grands évènements de l’histoire, on n’a pas l’impression de sortir plus intelligent de cette lecture.

C’est un bon divertissement mais qui ne nous amène pas plus loin. J’ai ainsi passé un bon moment de lecture, dans ce livre entraînant (j’avais toujours envie de savoir la suite) mais l’histoire ne me restera pas forcément longtemps en tête.

Pour la description des personnages, je serais moins sévère car j’arrive au 12ième tome tout de même et donc l’auteur n’a plus de raison de décrire ses personnages principaux.

Références

Les baladins du régent de Paul DOHERTY – traduit de l’anglais par Christiane Poussier et Nelly Markovic (10/18, 2014)

Le mystère de High Street de Anne Perry

LeMystereDeHighStreetAnnePerryCela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un Anne Perry. Alors quand j’ai été à Gibert la semaine dernière, je n’ai pas résisté à ce petit volume à la couverture attrayante selon mon goût (puis la quatrième de couverture parle d’un libraire). Pour le coup, c’est une grande déception.

Il faut noter que c’est un livre de commande, écrit spécialement pour la série « Bibliomysteries ». L’éditeur a demandé un court texte. Pari réussi : le livre fait 80 pages.

Un libraire, Monty Danforth, seul un soir à la librairie, trouve dans un carton de nouvelles acquisitions un manuscrit, plus exactement un très vieux parchemin très mystérieux car il échappe à toutes les tentatives de reproduction : photocopieuse, photographie. Peu de temps après (la même nuit), un vieil homme arrive avec sa petite fille pour acquérir ce parchemin alors que personne n’est au courant. Dans les jours qui suivent, deux nouveaux acquéreurs arrivent dont un homme d’église (je pense que déjà avec cette indication vous voyez mieux la nature du parchemin, son époque et son origine). Parallèlement, le libraire s’inquiète de l’absence de son patron depuis quelques jours pour cause de maladie. Intrigué par tant de mystères, Monty demande conseil à son ami, le très cartésien Hank Savage. Anne Perry ne conclut pas sa nouvelle car elle voulait écrire une fin ouverte d’après l’interview en fin de volume.

Ce texte est un ensemble de déjà-vu : le libraire qui trouve un parchemin, le duo « le gars attiré par le fantastique – le gars qui explique tout par la science », le mystère du parchemin, les acquéreurs … Je n’ai absolument rien trouvé d’original. De plus, le livre manque quelque peu d’atmosphère brumeuse, mystérieuse (la couverture ne tient pas ses promesses pour cela). La seule idée que j’ai trouvé intéressante est celle émise par l’auteur dans l’interview, que plus une religion a d’adeptes, plus elle se simplifie pour être comprise par le plus grand nombre. Cette idée n’est pas assez développée (même pas du tout en fait).

C’est une déception dans le sens où Anne Perry voulait faire un texte versant dans l’ésotérisme mais elle n’y arrive pas car tout est déjà vu et survolé. Elle n’a pas pu développer cette thématique dans une nouvelle. Une déception que j’oublierai bien vite pour ne garder que mes bons souvenirs d’Anne Perry.

Références

Le mystère de High Street de Anne PERRY – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) (Ombres noirs, 2014)

L’Odyssée de Homère

J’ai reçu hier une très gentille petite carte de Niki me demandant si j’étais souffrante puisque je ne rédigeais plus de billets sur les livres que je lisais. Sachez que je vais bien (pour ceux que cela intéresse bien entendu). Outre que j’ai lu quelques navets, je me suis inscrite à un MOOC sur Coursera intitulé Greek and Roman Mythology.

Je me suis aussi inscrite à des MOOC scientifiques, qui occupent beaucoup mon temps mais qui me sont nécessaires pour compléter mes connaissances qui semblent insuffisantes à bien des égards. Mais le MOOC sur la mythologie, je l’ai choisi parce que j’ai toujours voulu savoir ce qui se cachait derrière la mythologie grecque et romaine, et surtout connaître des références culturelles que tout le monde cite. Je ne le fais pas à fond car normalement il y a une dissertation à rendre. Je regarde juste les vidéos et fais les quizz.

Il y a donc des lectures à faire et la première a été L’Odyssée de Homère. J’ai donc passé trois semaines dans ce livre et cela a été ma plus grande surprise depuis le début de l’année.LOdysseeHomere

Je n’ai jamais voulu me lancer là-dedans car dans ma tête, c’était une sorte de longue poésie (et je n’arrive pas avec la poésie comme vous le savez peut-être).

J’ai choisi la traduction disponible chez Babel car après avoir lu les commentaires sur Amazon, il m’a semblé que c’était la version la plus adaptée pour moi. Je l’ai donc ouvert et première surprise, cela se lit très bien. Pour une première lecture, je n’ai pas fait particulièrement attention à la forme mais plus au fond. En cela, j’ai été aidé par les vidéos du MOOC qui souligne les points essentiels de l’action et le pourquoi du comment. Par exemple, le professeur a beaucoup insisté sur la Xenia grecque mais aussi sur l’universalité de certains thèmes.

Je ne reviendrai pas sur le livre car je ne pense pas que je pourrais vous apporter dessus plus que ce que vous ne savez. Quand je l’ai fermé, j’ai eu envie de le relire (pour vous dire comme je l’ai aimé). J’ai bien sûr prévu de lire L’Iliade mais mon chef m’a dit que c’était plus compliqué donc j’attends un peu. Je me suis aussi demandée pourquoi on traduisait, en France, Odysseus par Ulysse. Je me suis sentie bête quand j’ai regardé la première semaine de vidéo. Je me suis demandée qui était cet Odysseus dont on parlait en plus de Télémaque (j’avais lu les huit premiers livres et je n’avais pas rencontré ce personnage…). Ulysse, c’est le nom romain. Pourquoi nous n’avons pas gardé le nom grec ?


Je ne savais pas si vous avez déjà suivi un MOOC mais il y a un forum où les participants discutent. Dessus, il y avait un sujet sur le livre de Margaret Atwood, L’Odyssée de Pénélope. Curieuse, je l’ai acheté puis lu et c’est aussi une très bonne surprise.

Le livre est écrit une alternance (de chapitre) entre l’histoire de l’Odyssée racontée par Pénélope et le chœur des 12 servantes assassinée par Télémaque dans l’Odyssée.

LOdysseeDePenelopeMargaretAtwoodPénélope s’exprime dans une langue moderne et parlée. Cela se justifie par le fait qu’elle nous parle du XXIième siècle, du « paradis », où elle nous observe. Elle a aussi adoptée un point de vue moderne et féministe.

Dans un premier temps, elle nous parle de son enfance à Sparte, à la cour de son père , Icare. Elle nous raconte la tentative de meurtre que celui-ci a commis celle en voulant la noyer et où elle fut sauver par des canards. Elle parle aussi de sa mère, une Naïade, qui préférait nager que de s’occuper de sa fille. Elle s’est ainsi transformé en une adolescente timide et peu sûr d’elle.

Quand elle eut quinze ans, elle a été en âge de se marier. Ulysse l’a jouée à la course à pied et l’a gagnée (on l’a plus ou moins laissé gagner) mais cela ne compte pas puisqu’il avait aussi joué pour la cousine de Pénélope, Hélène, qui avait été remportée par Ménélas provoquant ce que l’on sait. Ulysse est décrit ayant des jambes courtes et un torse de barrique. D’un point de vue moral, il est défini comme un menteur, tricheur et beau-parleur. Ce n’était donc pas le grand amour comme décrit dans L’Odyssée. Il y a une certaine complicité qui s’est faite au lit, après le mariage. Cependant, Pénélope souffre de l’attitude méprisante de sa belle-mère et de celle trop envahissante de la nourrice d’Ulysse. Puis, il part à Troie et n’en revient qu’après 20 ans.

Dans la suite du livre, Pénélope parle de ses stratagèmes pour se protéger des prétendants. Pour cela, elle les a fait espionner par ses douze plus belles servantes, celles qui seront assassinées.

Celles-ci s’expriment donc dans le livre, comme un chœur dans les tragédies grecques. Elles sont donc un groupe vengeur et menaçant envers Ulysse mais n’en veulent pas du tout à Pénélope.

Le livre est court mais est très drôle car iconoclaste, moderne tout en étant ancré dans l’histoire racontée par Homère. Je vous le conseille vivement. C’est par contre très différent des livres habituellement rédiger par Margaret Atwood.

Références

L’Odyssée de HOMÈRE – traduit du grec par Frédéric Mugler (Actes Sud / Babel, 1995)

L’Odyssée de Pénélope de Margaret ATWOOD – traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné (Flammarion, 2005)

P.S. : Il me reste une semaine de travail à tirer et après je suis en vacances pour trois semaines. Je serais plus présente alors …

Vengeance de Benjamin Black

VengeanceBenjaminBlackRassurez-vous, j’ai lu d’autres livres entre ma lecture du tome 4 et du tome 5 des aventures de Quirke, le médecin légiste. Je n’ai juste pas encore eu le temps d’en parler (ou je ne l’ai pas pris, allez savoir). Je tenais cependant à vous informer que la saison 1 de la série Quirke, inspiré des livres de Benjamin Black, sort le 9 juin alors qu’initialement c’était prévu pour fin juillet (je trépigne d’impatience, surtout qu’il y a aussi la saison 2 de Endeavour qui est sortie).

Ce volume est très très convaincant (en tout cas en anglais). Au premier chapitre, Victor Delahaye est dans un bateau avec Davy Clancy, le fils de son associé en affaire, Jack Clancy. Tout à coup, il sort une arme et se suicide devant le jeune homme de vingt-quatre ans. Il n’y a aucun doute : c’est bien un suicide. La question est surtout pourquoi ? Alors que les évènements se sont produits dans la région de Cork, la famille ayant décidé de rentrer à Dublin, les investigations seront menées par  l’inspecteur Hackett, assisté par Quirke bien évidemment. Ils auront du pain sur la planche parce qu’assurément les Clancy et Delahaye sont de drôles de famille. La famille Delahaye est constitué du père (celui qui s’est suicidé), de Mona, sa très très jeune épouse (sa première femme étant morte), de deux jumeaux James et Jonas (du premier mariage), de Maggie (la soeur de Victor) et du père de Victor, Samuel (il est cloué dans un fauteuil roulant suite à une attaque). Les Clancy sont constitués de Jack, associé de Victor et fils de Phil (qui lui même était l’associé de Samuel), de Sylvia, la femme anglais de Jack et de Davy, leur fils. Les Delahaye et les Clancy sont donc associés de longue date même si les hommes Delahaye tiennent la première place. Il y a donc des jalousies et rancunes sous le tapis. Nos deux acolytes vont chercher à les déterrer surtout après que Jack meurent noyer à bord de son bateau (enfin, pas exactement mais je ne vais pas tout raconter non plus). Il y a donc du suspens (ce n’est pas non plus un thriller) mais pour tout dire, la fin m’est apparue évidente quand je l’ai lu mais je n’avais pas du tout trouver (à moitié en fait, parce qu’à un moment il y a un indice). Donc premier bon point : une histoire consistante.

Je vous avais dit que j’allais lire la suite de cette série en anglais pour voir l’écriture de Benjamin Black (alias John Banville) dont on vante les talents. C’est une vraie réussite pour le coup. J’ai maintenant la certitude que je ne parle pas anglais, vu le nombre de mots (et surtout d’adjectifs) que j’ai cherché (et pas tous encore). Par contre, j’ai pu constaté que Benjamin Black jouait beaucoup sur les registres de langue. Par exemple, Hackett parle un anglais démodé. Je n’avais pas du tout remarqué cela en français où j’avais plutôt l’impression d’une monotonie de ton. De la même manière, j’ai trouvé Quirke, plus mordant, plus cinglant au niveau des répliques, moins désespéré aussi (peut être qu’il commence à aller mieux). Si vous pouvez, je pense qu’il est bien de lire cette série en anglais.

Concernant les personnages, peu dévolution dans les personnages par rapport au tome 4 (à part peut être Quirke donc). Phoebe, la fille de Quirke, est avec Sinclair, l’assistant de Quirke à l’hôpital, depuis un an. Ils forment un drôle de couple qui ne semble pas bien assorti mais attachés l’un à l’autre. Je n’arrive pas bien à cerner Phoebe. Elle m’échappe encore au contraire de Quirke et Hackett qui sont bien décrits physiquement, psychologiquement, suffisamment pour être incarnés à mes yeux. Phoebe (et même Sinclair) reste trop discret sur leurs sentiments.

La quatrième de couverture du sixième tome s’annonce très bien mais je vais faire un pause et lire un livre en français (et peut être trouvé le temps de vous faire les deux billets sur les autres livres que j’ai lu).

Références

Vengeance de Benjamin BLACK (Picador, 2013)

Mort en été de Benjamin Black

MortEnEteBenjaminBlackBon, ça y est, j’ai fini le tome 4 des enquêtes de Quirke et écrites par Benjamin Black (alias John Banville). J’ai beaucoup aimé ce volume car il mêle adroitement l’enquête et l’étude psychologique des personnages récurrents. Ce n’est pas seulement le dernier comme dans le précédent épisode.

Comme toujours, l’enquête de Quirke se situe dans les milieux aisés dublinois, des années 50. Il est appelé un dimanche dans la « maison » de campagne d’un homme d’affaire, possédant entre autre le journal où Jimmy Minor travaille, le Daily Clarion. Quirke est le légiste de garde, suite à la maladie du titulaire. Il retrouve là bas l’inspecteur Hackett. Tous les deux se retrouvent face au corps de l’homme d’affaire, qui à première vue, s’est suicidé se tirant une balle dans la tête (je vous passe la description du cerveau éparpillé par tout mais vous vous imaginez). Je dis bien à première vue car les deux hommes voient assez rapidement que ce n’est pas possible puisque d’après leurs expériences, il est impossible de tenir encore fermement le fusil quand on s’est tiré une balle dans la tête. Quelqu’un a voulu maquillé son crime en suicide. Ils vont l’annoncer à la famille de la victime : sa femme Françoise, française énigmatique, sa sœur Dannie, hautement perturbée psychologiquement même avant le drame, et Giselle, sa fille. Françoise oriente tout de suite les soupçons vers le rival de Dick Jewell, la victime, Carlton Sumner. En effet, tous les deux se seraient disputés car Carlton voulait récupérer de manière plus ou moins malhonnête les affaires de Dick.

Quirke et Hackett prennent bonne note mais s’intéresse aussi à Maguire et à sa femme, le couple qui entretient la maison de campagne. Ils les interroge en premier puisqu’ils étaient sur place. Ensuite ils vont interroger la famille Sumner que Quirke a connu à l’université. Hackett connaît lui le fils, Teddy, qui a déjà eu des problèmes avec la police pour violence. Au fur et à mesure de l’enquête, ils vont aussi s’intéresser de plus près à Dannie (la sœur donc) qui s’avère être une amie proche de Sinclair, l’assistant de Quirke, qui s’est rapproché de Phoebe, la fille de Quirke, à l’initiative de ce dernier. Phoebe va donc encore être mêlé aux enquêtes amateurs de son père, bien malgré elle. Quirke se charge de manière très très rapprochée des entretiens avec la veuve (au revoir Isabel) (elle n’aura tenu qu’un épisode).

Comme vous le constatez, il y a beaucoup de suspects, tous aussi plausibles les uns que les autres. C’est donc particulièrement intéressant au niveau de l’enquête (même si on devine avant la fin le dénouement). Il ne faut pas vous attendre à une action démentielle car les enquêteurs de Benjamin Black sont quand même très cérébraux. Tous se passe en entretiens, interrogatoires et réflexions. Les jeunes vont cependant particulièrement être en vedette dans cet épisode ; je veux parler de Phoebe (qui y était déjà dans les volumes précédents), Sinclair, Dannie et Teddy.

C’est ce qui m’a beaucoup étonné ; enfin, David Sinclair intervient enfin comme un personnage actif. Dans le volume précédent, il était plus ou moins vu comme le subalterne de Quirke qui cherchait à profiter de l’alcoolisme de son patron pour pouvoir prendre sa place et voyait donc son retour avec une grande déception. De plus leurs relations étaient empreintes d’une certaine froideur. Ici, Quirke prend l’initiative d’inviter Sinclair au repas hebdomadaire avec sa fille. Sinclair s’attache bien malgré lui à Phoebe. Tout s’enchaîne assez vite. Je suis assez contente du tour que prend cette histoire. De plus, dans ce volume, on abandonne complètement Malachy et on retrouve Rose seulement pour le dénouement. J’ai trouvé que c’était plutôt une bonne chose car leurs personnages commençaient à s’essouffler précédemment.

Sinclair est aussi l’occasion de mentionner une autre chose : la religion juive. En effet, Sinclair comme Jewell sont juifs et visiblement, c’est quelque chose de très particulier en Irlande, pays majoritairement catholique. Les Jewell et Sinclair sont pas ou peu pratiquants mais Benjamin Black insiste dessus. Je n’ai pas compris où il voulait en venir mais j’ai trouvé les réactions des personnages très étranges. Par exemple, Phoebe dit tout de suite à son père que Sinclair est juif, qui lui ne sait pas comment elle l’a vu. Elle ne le dit pas comme un jugement mais comme une constatation froide. Pourtant quand elle va devenir plus intime avec lui, elle va lui demander comment cela fait. Dannie a été pensionnaire dans une école religieuse catholique ; elle y a appris tout le protocole de cette religion mais elle dit que les autres savaient qu’elle était différente. L’impression que cela m’a donné est que l’auteur envisage ses personnages juifs, comme un groupe singulier et pourtant non homogène. Ils sont sources de curiosité et quelques fois d’agressivité. Dans le volume précédent, il y avait un personnage noir. J’ai l’impression que Benjamin Black veut souligner la diversité dans une société que l’on pourrait penser très homogène (surtout dans les années 50). Il veut peut être montrer que les liens qui sous-tendent la société irlandaise sont plus complexes qu’on ne pourrait le penser. C’est ce que j’ai pensé mais je ne suis pas vraiment sûre.

Ce qui m’a fait pensé cela, c’est aussi l’atmosphère très particulière qui se dégage de l’écriture de Benjamin Black dans ce volume-ci. Il utilise un narrateur omniscient, qui voit les sentiments de chacun des personnages, mais qui se place tour à tour dans le point de vue de chacun des personnages. J’ai eu cette impression que chaque personnage est isolé par rapport aux autres, qu’il voit bouger devant ses yeux comme des marionnettes incompréhensibles. Chacun est aussi obnubilés par ses sentiments, sans forcément s’intéresser à ceux des autres. C’est comme si les personnages n’avaient pas de liens entre eux ou très peu. C’est pour cela que j’ai pensé qu’il était important pour l’auteur de montrer d’une autre manière comment les personnages interagissent entre eux. Ils jugent les autres non par leurs caractères mais pas leurs appartenances à une certaine classe sociale ou à une certaine religion.

C’est donc un volume des aventures de Quirke que j’ai particulièrement apprécié, plus que les volumes 2 et 3 à mon avis. Je commence à mieux voir la manière dont Benjamin Black construit ses romans et surtout à mieux comprendre sa manière de narrer ses histoires.

Références

Mort en été de Benjamin BLACK – traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2014)