Je t’ai vu pleurer de Immanuel Mifsud

JeTAiVuPleurerImmanuelMifsudJ’ai reçu juste avant l’eurovision la newsletter de Book Depository, donnant une liste de livres dont les auteurs étaient originaires des pays favoris de l’enseigne. Il y avait et Chypre et Malte. Ne connaissant aucun pays de ces deux pays, j’ai regardé et il s’est avéré qu’un des livres, d’un auteur maltais, Immanuel Mifsud, venait juste de sortir chez Gallimard (les autres auteurs maltais étaient Clare Azzopardi, auteur de théâtre, et Oliver Friggieri). Le hasard fait bien les choses tout de même. Un passage au Divan et hop, je commence à le lire !

Le livre est très court (90 pages). C’est un récit et non un roman : Immanuel Mifsud raconte son père mais surtout l’image de la paternité et de la masculinité (repris de la quatrième de couverture) qu’il lui a transmise.

Quelques années avant la mort de son père, l’auteur a trouvé un carnet marron où son père racontait de manière très méticuleuse les années où il a servi comme soldat maltais au côté des britanniques, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’était alors promis de le publier d’une manière ou d’une autre.

Au décès de son père, il écrit ce livre où sont insérés des passages de ce fameux journal car le passé militaire de son père, ses médailles et sa baïonnette font partie intégrante de l’image qu’il s’est forgé de l’homme. Image d’un homme fort qui ne pleure pas, qui ne se plaint pas, une image d’Homme avec un très grand h, d’un patriarche. Voici un extrait de son carnet :

L’Homme devrait avoir trois Cœurs. Un Cœur de feu qui brûle d’amour pour Dieu un autre de Chair pour aimer ses proches et un Autre en Bronze pour contenir tous les désirs du Corps ; et la Famille devrait obéir à l’Autorité du Père – si l’Homme est une poule et la Femme un Coq, alors toute la Famille sera sens dessus dessous.

Ce père pouvait être extrêmement sévère vis à vis d’un fils moins inhibé vis à vis de ses émotions, d’un fils qui voulait vivre ses propres expériences. L’auteur parle de querelles fréquentes, de rebellions… Pourtant, cette image « idyllique » du père est cornée par d’autres moments, des moments où son fils se rappelle l’avoir vu pleuré, des moments où son handicap (il boite) l’a rendu plus fragile qu’il ne l’aurait voulu.

Ses souvenirs entraînent Immanuel Mifsud à réfléchir à ce que son père lui a transmis, et c’est cette image du père et de la masculinité qui lui vient à l’esprit. Lui aussi a un fils et il se demande si justement il n’est pas en train de reproduire le même schéma.

Ce récit n’est donc pas un hommage au père, comme on peut en lire régulièrement, ni un règlement de compte d’ailleurs, même si parfois on est un peu gêné par la violence du propos (sans concession), dans le sens où le livre est très personnel, voire trop personnel. Cette impression est amplifiée par l’écriture de l’auteur, souvent impérative et exclamative. Il ne s’adresse jamais à son lecteur mais bien à son père avec un tu répété très fréquemment et à lui-même par un je, répété lui aussi très fréquemment dans la seconde partie du récit. C’est un bon livre, mais si je voulais vraiment lui trouver un défaut, c’est celui-là : le récit ne permet pas de réfléchir soit même à la transmission de la féminité ou de la masculinité entre parents et enfants, justement parce qu’il est très personnel et particulier. La manière dont lui réfléchit à ce sujet est par contre très intéressante.

Un point très positif aussi pour ma première lecture maltaise : on apprend des petites choses sur l’histoire maltaise, sur des traditions du pays (tant de choses dont je suis complètement ignorante). La traductrice a fait un très bon travail tant au niveau de la traduction, que des notes de bas de page, pour éclairer le lecteur francophone.

Je lirai d’autres livres de cet auteur, peut être en anglais (s’il n’y a pas de nouvelles traductions), car j’ai apprécié l’écriture ainsi que sa manière de raconter son histoire.

Références

Je t’ai vu pleurer de Immanuel MIFSUD – récit traduit du maltais par Nadia Mifsud (Gallimard, 2016)

Le livre des secrets de l’alcôve de Hong Ying

LeLivreDesSecretsDeLAlcoveHongYingJ’ai pris ce livre à la bibliothèque, sur la foi de la quatrième de couverture. Automne 1935. Julian Bell, 27 ans, débarque à Wuhan pour donner des cours de littérature anglaise à l’Université de la ville. Ce n’est pas n’importe qui puisqu’il est le fils de Vanessa Bell, sœur de Virginia Woolf. Il a grandi entouré des membres du groupe de Bloomsbury et a fondé ses convictions, entre autre, à partir de ce qu’il a vu et qu’il a entendu dans son enfance, adolescence et âge adulte. Ainsi, il se vante d’être poète, analyste politique, hédoniste, libéral et révolutionnaire mais aussi d’avoir l’esprit ouvert face à d’autres. J’utilise le verbe vanter à dessein car ses convictions vont être mises à rude épreuve à Wuhan, surtout à cette période.

En arrivant à l’université, il fait la connaissance de la femme du doyen. C’est une intellectuelle, écrivain, proche du mouvement d’avant-garde Lune Nouvelle, comme son mari d’ailleurs. Elle n’est pour lui qu’une femme comme les autres mais rapidement ils se tournent sans que lui reconnaisse son attirance. Tout va changer à partir du moment où ils vont céder à leurs pulsions. La femme du doyen se dévoile beaucoup moins sage que prévu. Elle lui explique faire l’amour selon les principes taoïstes, enseignés par sa mère, et qui permettent de vivre une vie plus pleine et longue. Elle se propose de lui enseigner ses principes car elle se fane au contact de son mari qui ne supporte pas de telles pratiques (cela le rend littéralement malade). Elle a donc besoin d’un partenaire suffisamment vigoureux et , qu’elle voit en Julian. Lui qui se croyait aguerri, se trouve rapidement ramené au rang de débutant. De plus, il éprouve très rapidement des sentiments amoureux, qu’il n’assume pas car il n’en a jamais ressenti auparavant sauf peut être pour sa mère, avec une relation qui tient plus de l’amour platonique entre amants que celle d’une mère et d’un fils.

Voilà pour le résumé ! Je savais ce que je prenais à la bibliothèque, un livre à caractère érotique et clairement c’est un roman de belle facture sur ce sujet là en tout cas. L’auteur décrit assez pudiquement les relations sexuelles entre les deux protagonistes principaux du roman, tout en arrivant à nous faire ressentir l’attraction des corps.

Par contre, il m’a semblé que tout le reste sonnait faux. Pour une raison toute simple, l’auteur ne raconte l’histoire que du point de vue de l’occidental Julian. Aux pages 242 et 243 (pratiquement à la fin), Julian se rend compte de quelque chose que le lecteur a bien remarqué depuis les cinquante premières pages :

Julian prenait conscience qu’il n’était en fin de compte qu’un pur Anglais. La Chine, ses femmes, sa révolution et le reste demeureraient pour lui un éternel mystère. Il ne pouvait pas plus admettre sa frénésie amoureuse que la violence de sa révolution.

[…]

Il ne pouvait s’affranchir d’un certain racisme dont il avait simplement moins conscience que ses semblables. Son âme dissimulait dans ses profondeurs son mépris des Chinois, jusqu’à la femme la plus chère à son cœur. Sa décision de rupture, face à Lin et Cheng, n’était au fond qu’une arrogance d’Occidental.

Ne regarde pas en arrière, se mettait-il en garde. Lui qui se voyait en internationaliste n’avait succombé en Orient qu’à l’attrait de l’exotisme. Révolution ou aventures amoureuses, il ne pouvait trouver sa place qu’en Occident.

Julian, dès le départ, est un personnage qui n’est que caricature, n’ayant aucune complexité. Il est sûr de lui-même, de ses convictions mais aussi de ses charmes. Il n’a rien à apprendre des autres, surtout pas des Chinois. Il ne se montre pas ouvert, pas curieux (en tout cas Hong Ying ne le montre jamais). C’est un goujat (il y a un peu du « alors, chérie, cela t’a plu »), peu sensible à sa partenaire. Il juge tout sans comprendre, en particulier le mouvement Lune Nouvelle, que finalement il ne connaît pas parfaitement, et surtout il juge par rapport aux critères du groupe de Bloomsbury et non sur des critères qui seraient importants pour lui. Il ne s’intéresse pas à l’évolution de la situation politique de la Chine, qui vit pourtant une période mouvementée sous la pression des Communistes et des Japonaise. Il se prétend tout de même analyste politique ! Je crois que le pire est tout de même sa relation avec sa mère. Il lui dit tout mais vraiment absolument tout, deux fois par semaines par lettre. Il dit à plusieurs reprises que leur relation est assez inhabituelle (moi j’aurais dit malsaine).

Le roman devient rapidement ennuyeux puisqu’on a seulement le regard de cet horrible personnage pour vivre cette histoire. On ne découvre pas la Chine, l’histoire d’amour n’est pas crédible puisque Julian n’est pas capable d’éprouver ce genre de sentiment (trop centré sur lui-même pour cela). Reste le sexe mais malheureusement cela ne fait pas tout.

Comme je l’ai dit, je pense que le problème vient d’avoir choisi de raconter l’histoire uniquement du point de vue de Julian. Hong Ying précise son projet dans la postface :

En tant qu’auteur chinoise en Occident, ma plus grande difficulté est de résider en un lieu sans en saisir les réalités : réalité des hommes, réalité culturelle, réalité du pays. Au cours de mes insomnies surtout, dans le profond silence de la nuit, ce tracas peut se muer en véritable souffrance, Tout ce qui se passe ici, je ne le découvre qu’après coup, par la presse ou la télévision. Un million de personnes en liesse dans la rue, par quel mystère ai-je pu passer à côté ? Quand cinq millions de personnes assistaient à des courses hippiques, comment se fait-il que je n’en connaisse ni l’heure ni le lieu ? Non pas que je souhaite absolument y participer, mais je suis dans l’impossibilité d’en être informée. Et lorsque je demande où puiser les renseignements, on me répond par un grand rire – le simple fait de vivre ici suffit pour être tout naturellement au courant.

Tout est là : nul besoin de documents, de lectures, de relations, les choses se font spontanément, les gènes culturels sont donnés à la naissance. Confronté à ce même « mur transparent » qui m’entoure, qu’adviendrait-il d’un étranger vivant en Chine ? À quelle situation se trouverait-il réduit ? Sans doute lui non plus n’arriverait à rien.

En lisant cela, j’ai pensé que l’idée était bonne mais le résultat pas franchement. Et surtout je me suis posée les questions suivantes : est-que Julian Bell était vraiment ce type d’hommes ? est-ce que l’auteur décrit l’idée qu’elle se fait d’un occidental (et franchement cela fait peur) ou tout simplement n’a-t-elle pas réussi à rentrer dans le « mental » d’un homme occidental (et se soit du coup incapable de décrire une histoire de ce point de vue) ? J’ai pris un autre roman d’elle à la bibliothèque. Si je le lis, j’aurais la réponse à ma deuxième question mais j’aimerais bien que les spécialistes du groupe de Bloomsbury me disent si le personnage de Julian Bell s’approche de la réalité.

Références

Le livre des secrets de l’alcôve de HONG Ying – traduit du chinois par Véronique Jacquet-Woillez (éditions du Seuil, 2003)

L’extinction des coléoptères de Diego Vargas Gaete

ExtinctionDesColeopteresDiegoVargasGaeteJ’ai été samedi au Divan .. ah ! (officiellement pour aller à la bibliothèque et aussi acheter du café et un livre).

Je suis tombée sur ce livre et je l’ai pris pour plein de raisons (raisonnables bien évidemment) : j’aime beaucoup la couverture, je ne connaissais pas la maison d’éditions, je ne connaissais pas l’auteur, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre d’Amérique du Sud et le résumé était très dynamique (en tout cas la première partie) :

Le 19 décembre 1986 Olaf Krause reçut un coup de fusil en pleine jugulaire alors qu’il participait à une partie de chasse aux lapins dans la propriété des Kunz.  L’attaque mit un point final à la vie d’Olaf Krause et fut classée par la police et les médias dans les faits divers tragiques. Tania Cayupi, la compagne du citoyen allemand à cette époque, confia lors de l’enquête qu’une semaine avant de mourir, Olaf Krause lui avait fait part de son projet de révéler publiquement et à la communauté internationale les aberrations commises dans le sous-sol du collège.

Cela ne ressemble pas trop à un thriller ? En fait pas du tout. C’est un des livres les plus étranges que j’ai lu et pourtant je n’ai pas pu le lâcher !

Le livre est séparé en deux parties : la première raconte l’histoire de Sylvana Kunz, descendante d’immigrés allemands, ayant une grosse fortune, et dont le père faisait partie de la direction du Collège allemand de Temuco, où se sont passés les fameuses aberrations dont parlent le résumé ; la deuxième partie raconte principalement la vie du fils de l’agent d’entretien chargé de la surveillance du sous-sol, même si la vie du père est évoquée. On a donc deux points de vue, venant de deux communautés différentes.

Sylvana Kunz était une enfant capricieuse, qui s’est mariée à un homme, un journaliste, qui sera à l’origine du scandale sur les atrocités du sous-sol (il sera assassiné dans une chambre d’hôtel). Pourtant, l’auteur nous montre son futur qui ne sera que brillant, jusqu’à un certain point, où les apparences tant protégées éclateront. Cette partie est fascinante pour le lecteur. L’auteur nous tient par le suspens, sur le pourquoi du décès de Olaf Krause, sur la nature des pratiques du sous-sol. Pourtant, il écrit d’une manière à perdre son lecteur : il mélange les trois périodes (présent, passé, futur) de la vie de Sylvana, en exagérant pas mal sur le futur. Chaque « période » est séparée par trois petites étoiles qui indiquent le changement, mais jamais je ne me suis jamais retrouvée perdue pour savoir où j’étais temporellement. Une autre chose sur cette première partie est le fait que le lecteur ne sait pas où l’auteur veut en venir. Il semble tourner autour du suspens, de l’élément important. Quand je lisais, je regardais la deuxième partie arrivée (où j’avais bien vu que les protagonistes de la première partie, surtout Sylvana, ne revenaient pas) et je ne comprenais pas ce que l’auteur voulait montrer, ce qu’il voulait dire.

La deuxième partie est plus conventionnelle au niveau de la narration. Elle est aussi est menée en trois narrations : la vie du père, la vie pathétique du fils, devenu professeur-assistant de droit, la vie virtuelle de celui-ci. En effet, il entretient une correspondance avec une femme vivant aux États-Unis et qui vend ses charmes sur internet. Le père a une conscience qui lui dit que ce qui se passe dans le sous-sol n’est pas moral et est, et sera toujours, très gêné par cela, même s’il n’est jamais intervenu car il a baissé la tête devant son chef, tout simplement. Malgré le fait qu’il est meilleur que le père Kunz, sa vie ne sera pas meilleur et son fils ne sera pas meilleur (ni sa vie) malgré toute sa soumission (sa vie est à mettre en parallèle avec les exploits de Sylvana dans la première partie).

Cette deuxième partie m’a fait voir le livre d’une autre manière. L’auteur n’a pas du tout voulu faire un thriller, un livre glauque sur des exactions de migrants, mais bien comme le dit la deuxième partie de la quatrième de couverture (que je n’ai pas lu dans la librairie),  une histoire sur un siècle « de la région rurale du sud du Chili, modelée par la rencontre du Mapuche, du Chilien et du Colon ». Quand on lit le livre de ce point de vue, les détails auxquels on porte attention sont tout autres. C’est l’évolution des générations qui commencent à intéresser, la différence de vies mais aussi les jeux d’apparences et de pouvoirs qui mènent la petite et la grande Histoire.

Je trouve cependant que c’est un livre difficile d’accès pour un lecteur, on va dire, occidental. On peut lui faire dire n’importe quoi (ce n’est qu’ici mon interprétation, guidée par la quatrième de couverture tout de même) ou même complètement passé à côté, tant à cause de l’histoire, tant à cause de l’écriture.

Quand je vous disais que c’était un livre étrange !

L’avis de Nathalie

Références

L’extinction des coléoptères de Diego VARGAS GAETE – roman traduit de l’espagnol (Chili) par Julia Cultien (L’atelier du tilde / Tadeys, 2015)

Une vie chinoise – tome I : Le temps du père de Li Kunwu et P. Ôtié

UneVieChinoiseLiKunwuCela faisait des années que cette BD traînait dans ma PAL, je crois depuis 2010 en fait. Comme je suis dans une période chinoise, je l’en ai sorti vaillamment (c’est-à-dire sans que tout me dégringole sur la tête), pour m’instruire sur l’histoire chinoise car c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est le premier tome d’une série de trois, retraçant la vie de l’auteur Li Kunwu. Après une préface très intéressante de Pierre Haski sur la Chine d’aujourd’hui et les générations qui l’habite, mais surtout sur son évolution pendant les soixante dix dernières années , l’autobiographie de Li Kunwu commence par la rencontre de ses parents en 1950 qui aboutira sur sa naissance en 1955. Le père de Li Kunwu, 25 ans, est un révolutionnaire de la première heure, prêchant les enseignements de la révolution dans les campagnes, un an après la naissance de la République Populaire. C’est lors d’un discours dans un village de la province du Yunnan, qu’il voit sa femme pour la première fois. Xiao Tao a alors 17 ans. Après avoir convaincu le père de la jeune fille, il l’épouse et quelques années plus tard naît notre auteur.

Ce premier volume est divisé en trois chapitres et va de 1955 à la mort de Mao Zedong en 1976. Le premier chapitre est centré sur le Grand Bond en avant, le deuxième chapitre est centré sur la Révolution culturelle. À eux deux, ils couvrent l’enfance et l’adolescence du héros / auteur (217 pages sur 250). C’est une bande dessinée très intéressante pour qui ne connaît pas l’histoire récente chinoise (tout est expliqué suffisamment pour qu’aucune connaissance de base ne soit nécessaire), mais pas que. C’est en effet aussi un témoignage très lucide sur ce qu’a été cette période. En effet, l’auteur décrit un véritable endoctrinement mais aussi la force d’entraînement d’une foule ou d’un peuple, le jugement n’étant plus de mise alors. J’ai été surprise de découvrir que cela commençait très jeune, à l’école tout de même. C’était même encouragé car la jeunesse formait la force vive de la nation. Les élèves étaient mis à contribution pour toutes les opérations, dans le but d’encourager l’esprit de la Révolution. Ils pouvaient même prendre des initiatives, quitte à prendre le pas sur les adultes. Le mythe du respect des ancêtres par les Chinois en prend en tout cas. En tout cas, pour cette époque-là. L’auteur n’échappe pas à tout cela et se rend toujours compte, trop tard, que peut-être cela va trop loin et pour cela, il faut toujours que les excès le touchent de près (sa famille ou la famille de la fille qu’il aime).

Le troisième chapitre est plus court (et je ne sais pas s’il est complet ou s’il s’arrête parce que Mao est mort) et traite de la vie de l’auteur à l’armée, dans laquelle il s’est engagé à l’âge de 17 ans. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence le culte de la personnalité qui entourait Mao. On pouvait douter (pas à haute voix) de la Révolution mais pas de Mao. Il était le père de la Nation, il guidait son peuple de manière lucide … (même si vers la fin, on ne comprenait plus grands choses) Le père du titre, c’est bien lui. Au cours de ma lecture, je pensais que c’était le père de l’auteur parce que son père tient une part importante dans sa vie d’enfant et d’adolescent. La dernière image où on voit les soldats pleurer comme lors d’une fin du monde. Pour eux, c’est bien la fin d’une période et d’une nouvelle période qui est redoutée mais surtout inconnue.

C’est une bonne BD (en tout cas, ce premier tome) car elle permet de s’éloigner de l’histoire officielle mais aussi de l’histoire partisane. C’est vraiment les mémoires d’un homme lucide, sans regrets ni remords. Cela ouvre l’esprit, je trouve.

Vous pouvez trouver un article plus conséquent, avec la description des trois volumes, sur le site Lecture / Écriture. Je lirai les deux autres tomes mais pas tout de suite car ils ne sont ni dans ma PAL ni à la bibliothèque.

Références

Une vie chinoise – 1. Le temps du père de LI Kunwu et P. ÔTIÉ (Kana, 2009)

La dernière page de Gazmend Kapllani

LaDernierePageGazmendKapllaniVoilà donc le premier livre albanais que j’ai lu avant de lire Le paumé de Fatos Kongoli et qui m’a tant impressionnée. Ce livre, découvert par hasard à la bibliothèque (j’ai vu depuis que Sandrine avait mis l’auteur dans sa liste de Lire le monde), m’a donc énormément plu à cause de l’histoire, de l’écriture, de la narration, des personnages.

L’histoire s’inscrit totalement dans l’histoire de la Grèce et de l’Albanie de la deuxième moitié du XXième siècle. On va suivre en alternance l’histoire de Melsi et de son père.

Melsi, installé en Grèce, pour fuir une Albanie qu’il a énormément de mal à comprendre (et peut-être aussi pour avoir une meilleure vie), revient en Albanie lorsqu’il apprend le décès de son père à Shangai. Ayant très peu de contact avec lui, Melsi ne comprend pas du tout pourquoi celui qui lui semblait si « sage » est allé mourir là-bas. Il faudra 22 jours pour rapatrier le corps et pendant ce temps-là, notre narrateur habite dans l’appartement de son père, rencontre (et est soutenu) par la compagne de son père (sa mère étant mort) et est parfois rejoint par sa petite amie grecque (sa maîtresse nordique restant à distance raisonnable mais tient à rester présente). On voit déjà que le narrateur a une vie compliquée, une vision de la vie compliquée mais aussi une relation complexe à son enfance et à son pays. Comme expliqué dans le billet sur le livre de Fatos Kongoli, l’Albanie, pendant l’enfance du narrateur, était une dictature marchant sur la tête. Le preuve en est, s’il en est besoin, le prénom de l’auteur. L’année de naissance de Melsi, le dictateur Enver Hoxha avait décidé qu’il ne fallait plus aucun prénom d’origine religieuse (musulmane, catholique, juive …). Les parents et grand-parents de l’enfant ont dû se creuser la tête pour trouver un prénom au nouveau né et on choisit une combinaison de Marx, Engels et Staline. Dans les parties qui lui sont consacrées, on ressent un attachement-haine à son pays d’origine, tout en n’idolâtrant pas la Grèce.

Au cours de ses 22 jours dans l’appartement de son père, Melsi va découvrir un manuscrit sur l’histoire d’un crypto-juif (je ne comprends pas ce terme), commençant à Thessalonique en 1943. À cette époque, la Grèce est occupée par les Allemands, qui appliquent la même politique que partout en Europe. Les grands-parents de Melsi, juifs, vont s’enfuir vers l’Albanie, pays à majorité musulmane, accueillant encore des réfugiés. Ils changent d’identité et de religion pour passer inaperçu et le fils du couple va donc grandir en Albanie. Il suivra les traces de son père en devenant bibliothécaire. Malheureusement, il vivra un autre enfer, l’enfer de la dictature albanaise et de sa surveillance à tout-va. suite à sa liaison d’une nuit avec une collègue.

J’ai aussi aimé le livre pour son histoire car j’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire de l’Albanie et de la Grèce. De plus, il n’y a pas de temps morts. C’est pratiquement un page-turner.

D’un autre côté, le livre ne fait que 150 pages mais l’auteur mène ses deux histoires, leur entrelacement très brillamment. Elles sont toutes les deux intéressantes, très distinctes et pas seulement à cause de la police d’écriture. L’auteur décrit les deux périodes de manière différente comme s’il était deux auteurs. L’histoire du père et grand-père est linéaire ; on sent qu’elle a été romancée. Il y a un peu de dépit derrière (un peu comme dans le livre de Fatos Kongoli, d’ailleurs) ; l’auteur semble penser que son histoire est celle de toute personne vivant sous un régime autoritaire. En comparaison, les parties sur Melsi sont plus heurtées ; le personnage est aussi plus complexe. J’ai aimé suivre les variations de ses sentiments, de ses souvenirs et impressions. Par son écriture, par son choix de narration, l’auteur arrive à nous faire sentir l’absence du père, tout en nous le faisant connaître, à nous faire comprendre le fils. Cela semble d’une simplicité enfantine quand on lit le livre mais quand on réfléchit, c’est assez énorme.

Je suis assez étonnée d’avoir si peu entendu parler de cet auteur car le livre est très réussi et intéressant. C’est une lecture que je recommanderai facilement.

L’avis de Daniel Fattore

Références

La dernière page de Gazmend KAPLLANI – traduit du grec par Françoise Bienfait et Jérôme Giovendo (Éditions Intervalles, 2015)

L’Époux impatient de Grazia Livi

LEpouxImpatientGraziaLiviJe suis tombée par hasard sur ce livre à la bibliothèque. Je l’ai sorti des étagères juste parce qu’il était publié chez Actes Sud. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, ma surprise a été totale et très agréable : le livre raconte les deux jours de trajet qui vont mener Léon Tolstoï  et sa toute nouvelle femme Sofia Andreevna à Iasnaïa Poliana. Je suppose que vous vous imaginez ma joie et mon enthousiasme devant ce livre. Il se lit très rapidement mais est finalement un peu décevant.

Il faut s’imaginer dans un espace clos, avec Léon Tolstoï, écrivain déjà reconnu, et Sofia Andreevna, 18 ans, fille d’amis de l’écrivain. Elle est bien plus jeune que lui, n’est même pas l’aînée, ne comprend pas vraiment pourquoi il l’a choisie, elle. On assiste au tout début de leur relation, de leur couple, fait de tellement de sentiments contradictoires. Au fur et à mesure, l’auteur enrichit son texte avec des extraits des journaux des deux personnages mais aussi mélange les époques puisqu’elle raconte la « rencontre », la « séduction » mais aussi la vie du « vieux » couple, une fois mariés.

Ainsi, on assiste à l’évolution du « personnage » de Sofia Andreevna. De petite fille, elle devient fille, jeune femme et épouse. Elle passe de timide, peu sûre d’elle à plus confiante en elle-même. Durant le trajet, elle a des sentiments contradictoires : elle aurait du demander à sa mère comment il fallait faire, elle est honorée d’avoir été choisie par le grand homme, désire être tout pour lui, l’aider dans son grand destin mais en a aussi très peur, regrette déjà la maison de ses parents. Il faut dire que lui ne l’aide pas non plus : il passe alternativement d’un rôle de père de substitution à celui d’un amant fougueux (dans le sens où il montre son sentiment amoureux de manière très extrême, jamais dans la demi-mesure).

C’est donc une forme originale qu’a choisi l’auteur pour nous raconter l’histoire de ce couple et son idée de mettre des extraits des journaux intimes du couple est intelligente car elle rend crédible et plus palpable la réalité de ce qui nous est racontée. Pourquoi ce livre m’a-t-il un peu déçu ? Tout simplement, parce que je n’ai pas réussi à vivre avec les personnages, surtout Tolstoï ; j’ai gardé tout au long du texte une certaine distance avec le couple. J’ai un peu réfléchi à cela et je pense que cela vient de l’histoire en elle-même, tout simplement. L’auteur ne peut pas décrire une intimité du couple car au départ, durant ce fameux voyage de deux jours, il n’y en a tout simplement pas (et la première relation sexuelle n’est pas du tout la création d’une intimité quelconque dans ce cas-ci). Ce qui m’a gêné finalement, c’est ce qui est raconté : deux personnes, dans une calèche, séparés par un vide abyssal, ne sachant pas quoi se dire. L’auteur arrive très bien à mélanger les époques et donc à rendre l’histoire du couple mais est-ce que ce voyage était le plus intéressant à raconter, est-ce qu’il y a des fragments qui permettaient de le reconstruire « mieux » dans les journaux intimes ?

Je ne sais pas mais quoi qu’il en soit, le livre est bien mais il reste une note d’inachevé à mon goût.

Références

L’Époux impatient de Grazia LIVI – traduit de l’italien par Tessa Parzenczewski en collaboration avec Marguerite Pozzoli (Actes Sud, 2010)

Murder most persuasive de Tracy Kiely

MurderMostPersuasiveTracyKielyPour me changer les idées après ma lecture de 1986 de Yu Hua, j’ai choisi une lecture légère dans ma PAL : Murder most persuasive – a mystery de Tracy Kiely. C’est la troisième tome d’une série de quatre (j’ai les trois premier dans ma PAL et je commence par le troisième bien évidemment ; je suis indécrottable), mettant en scène Elizabeth Parker, grande Janéite, citant à l’envie son auteur préféré. Au vu du titre, on peut penser que Tracy Kiely est dans le même cas puisque chaque début de chapitre commence par une citation de Jane Austen et qu’elle utilise une partie de Persuasion pour construire son histoire.

Justement, rentrons plus avant dans l’intrigue. L’ouverture du livre se fait sur un enterrement (il n’est pas mort de mort suspecte, rassurez-vous). Toute la famille est réunie pour rendre un dernier homme à Oncle Marty, Martin Reynolds officiellement, grand-oncle d’Elizabeth Parker, mort d’un cancer qu’il a combattu pendant des années. Tous les membres de la famille se retrouvent au restaurant après les funérailles.

C’est là où on découvre tous les protagonistes de notre histoire, en tout cas la majorité. Il y a Elizabeth, sa mère et sa sœur Kit, enceinte e 8 mois, avec qui Elizabeth ne s’entend que très moyennement. Il y a des chamailleries, dirons-nous.

Il y a les trois filles du mort : Reggie, la sœur aînée connue pour sa beauté et son tempérament, Frances, ayant deux jumeaux et un mari, Scott, connue pour être plus carriériste pour son mari que son mari lui-même, et Ann, la gentille, qui prend soin de toute la famille sans se préoccuper de sa vie, de ses amours, de son futur (j’espère que vous voyez le clin d’œil à Persuasion, sinon il faut le relire d’urgence).

S’ajoute la femme du défunt et belle-mère des filles, Bonnie. Plus jeune que lui, elle avait été choisie pour servir de substitut de mère aux filles après la mort de leur mère dans leur enfance. Cela n’a jamais marché car c’est une cruche. Le mari s’en est désintéressé très vite. Pourtant, elle se fait remarquer en ce jour en pleurant et en soupirant « pauvre Marty, je ne m’y attendais pas » (je rappelle qu’il est mort d’un cancer) et parle même de meurtre, les autres essayant de la persuader de sa sottise. Elle est tellement éplorée qu’elle décide de partir en thalassothérapie le lendemain, laissant Ann régler les détails pour le catalogage des objets du testament.

Avant de mourir, Martin Reynolds, entrepreneur, avait vendu sa maison d’été du Maryland (ils ont une maison d’hiver dans la même ville, si j’ai bien compris) et voulait répartir cet argent entre ses trois filles mais n’ayant eu le temps de régler les détails, Bonnie demande aussi une part (cela aura une petite importance pour la suite). Tout cela pour dire que la maison d’été a changé de propriétaires et que ceux-ci sont en train de modifier la piscine. Et là, c’est le drame, on retrouve le corps de Michael, le crâne fracassé. Celui-ci n’est autre que l’ancien fiancé de Reggie, avec qui elle a rompu deux mois avant le mariage, un 4 juillet, il y a huit ans. Plus personne n’avait entendu parler de lui (et pour cause), surtout qu’il avait été ensuite découvert qu’il avait détourné 1 millions de dollars de la compagnie de son futur beau-père (il avait été choisi comme successeur en plus, maintenant c’est Scott au grand plaisir de Frances).

La police enquête bien évidemment, enquête menée par Joe, qui n’est autre que l’ex d’Ann, avec qui elle avait rompu le 4 juillet aussi, sur les conseils de Laura, meilleure amie de sa mère lorsque celle-ci était encore en vie (au prétexte qu’elle était trop jeune pour s’engager au près d’un tel homme, si vous ne voyez pas Persuasion, je désespère). Laura, elle, est mariée à Miles, ancien associé (depuis il a monté sa propre entreprise) et meilleur ami de Marty. Sur ce, Bonnie revient de sa thalassothérapie, avec une espèce de don Juan qui se prétend expert financier pour placer l’argent des riches veuves qu’il rencontre. Elizabeth Parker va aider Ann, mais aussi la police, pour cette troisième enquête dans laquelle elle se voit impliquer « de force ». Elle sera bien conseillée adroitement par Peter son petit ami et tante Winnie, sœur de Martin Reynolds, elle aussi grande janéite.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, qui a totalement remplie son office de lecture détente. L’auteur écrit une bonne histoire, en y mettant des touches d’humour, très bien placées. Le niveau d’anglais n’est pas suffisamment haut pour ouvrir son dictionnaire à chaque phrase. L’auteur décrit une galerie de personnages tout à fait crédibles, bien incarnés, un peu loufoques. L’enquête est vraiment bonne aussi. J’ai eu quelques soupçons à un moment mais l’auteur les a habilement détournés. Les clins d’œil à Jane Austen sont nombreux mais à mon avis ce n’est pas ce qui fait le charme de ce livre. C’est tout simplement un bon cozy mystery dans lequel il fait bon s’installer pour se détendre un peu.

Références

Murder most persuasive – A mystery de Tracy KIELY (Minotaur Books, 2011)

1986 de Yu Hua

1986YuHuaJ’ai Brothers dans ma PAL depuis des années, offert par ma cousine et j’ai quand même acheté ce livre-ci (c’est le mal, je sais) car il était plus court pour découvrir cet auteur dont on parle tant.

L’histoire débute en 1966, début de la Révolution Culturelle en Chine, quand un professeur d’histoire est arrêté par les gardes rouges. Il disparaît à tout jamais laissant derrière lui une petite fille et une femme. Contrairement à d’autres, elles ne sauront jamais ce qu’il est devenu, s’il est mort ou non. Au cours du texte, on apprend que ce professeur avant de se marier avait commencé des recherches sur l’histoire des tortures en Chine (on a même le droit à une liste).

Ce « détail » n’est pas anodin pour la suite. L’histoire se continue justement au printemps et à l’été 1986. La femme a retrouvé un mari, avec qui elle forme un très beau couple. D’ailleurs, la petite fille, devenue grande, le considère comme son vrai et unique père. Ce bonheur idyllique se détériore d’un coup d’un seul. La femme se met à ne plus sortir de chez elle, à laisser fermer les stores, elle devient apathique. Cela coïncide avec l’arrivée d’un fou en ville, qui se promène partout en ville en parlant de tortures, qu’il s’inflige ensuite à lui-même.

Personne ne l’écoute bien évidemment, tout le monde préfère ne pas entendre et continuer ses activités. Quand on lit ce texte, on se rend rapidement compte que Yu Hua ne parle pas que de cette histoire. Il en fait très clairement l’analogie avec le comportement général des Chinois doivent ou ont (je ne sais pas) face à la Révolution Culturelle, ce texte ayant été écrit en 1987. À partir de 1979, la Chine était en pleine mutation et les années 80 ont vu plusieurs changements. La question se posait très clairement de savoir comment considérer l’histoire récente.

Je pense que l’on peut distinguer trois groupes d’individus dans le texte : les habitants, jeunes et vieux, la femme et sa fille et le fou. J’ai choisi trois citations pour illustrer mon propos :

Ils [les jeunes] marchaient dans les rues pour marcher et entraient dans les magasins pour marcher aussi. Leurs parents avaient fait juste quelques pas avant de rentrer à la maison, mais eux voulaient marcher encore, parce qu’ils en avaient besoin. Ce n’était qu’en marchant qu’ils se sentaient en pleine jeunesse

Clairement, on voit que pour Yu Hua, les jeunes, non concernés par la Révolution Culturelle, doivent avancer ou avancent pour oublier pour ne pas perdre de temps avec le passé. Les vieux / adultes approuvent et observent mais ce n’est pas eux qui vont enclencher le changement, ou même le faire.

La femme et la fille par rapport à cela sont dans une sorte de position intermédiaire, surtout la femme. Elle est réticente à oublier mais elle ne veut pas non plus en faire sa vie entière. Elles seront toutes les deux prisent dans le mouvement, dans l’évolution. On retrouve cette idée dans la citation suivante, qui parlent de la fille et de sa copine, lors d’une fête foraine :

Elles avaient déjà perdu le contrôle de leurs mouvements. Poussées par tant de gens derrière elles, elles ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’avancer, il leur était impossible de reculer.

Sur ce, le fou bien sûr pourra faire ce qu’il veut, gesticuler, se torturer autant que possible, il ne pourra rien faire contre ce mouvement de renouveau :

Il s’aperçut qu’il était alors tout près de chez lui, mais il n’avait plus de corps, il lui était impossible de rentrer à la maison.

Le mot corps peut ici s’interpréter de deux manière car on est à la fin de l’histoire. Le fou s’étant mutilé lui-même n’a plus de corps au sens propre (il s’est amputé le nez, les jambes…) mais au sens figuré : il n’a plus corps dans l’esprit, la mémoire de sa femme et de sa fille. Et là, on voit la qualité de la traduction !

Yu Hua, en situant son histoire en début de printemps et en la faisant se terminer à l’été, justifie aussi cette interprétation d’une analogie de la transformation de la société chinoise. Le mouvement des saisons tient en effet une grande place dans le texte.

Passons maintenant au sentiment pendant la lecture. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur fasse comprendre son discours sans pour autant le dévoiler directement. Je ne sais pas si c’est dû au moment de publication du livre ou au contraire indépendant, mais cela fait du bien de lire un texte intelligent comme cela. Par contre, par moment, c’est un peu glauque quand les tortures que s’infligent le fou sont décrites par le menu. Pendant toute ma lecture, je me suis demandée si l’histoire était vraisemblable : est-ce que le fou était vraiment là ? (personne ne l’aide tout de même) est-ce qu’il s’inflige vraiment de telles souffrances ? (on meurt de telles blessures tout de même, d’hémorragies sûrement) Cela contribue à mettre dans une certaine ambiance, un peu lourde, un peu mystique, qui fait que l’on cherche forcément un sens à ce que dit l’auteur. Je n’ai pas réussi à savoir si c’était ce qui passait à ce moment-là en Chine ou si c’était ce que l’auteur aurait aimé voir.

En résumé, le livre fait 90 pages, est très dense mais aussi très marquant et significatif de la littérature chinoise contemporaine, dans le sens où il donne des indices pour comprendre la société chinoise.

Références

1986 de YU Hua – roman traduit du chinois par Jacqueline Guyvallet (Actes Sud, 2006)

Quatre nouvelles de Liu Qingbang

Liu_QingbangLiu Qingbang est un auteur que j’ai découvert par hasard à la bibliothèque du Trocadéro, à Paris. Je cherchais d’autres livres de Liu Xinwu dont je vous ai présenté précédemment Poussière et sueur et je suis tombée sur un recueil de nouvelles de Liu Qingbang, intitulé Cataclysme.

Liu Qingbang est né à 1951, dans le Henan. Après ses études secondaires, à 16 ans, il devient paysan, puis à 19 ans, il devient mineur. Pendant neuf ans, il est descendu au fond d’un puits de mine, puis il est devenu rédacteur dans le Journal des ouvriers des mines de Chine, pendant une vingtaine d’années. Cela lui a donné l’occasion de côtoyer tous les types de mines, de voir les conditions de travail dans chacune, de connaître les ouvriers aussi. Parallèlement, il a commencé à écrire et est devenu écrivain professionnel en 2001. Vous pouvez trouver des éléments biographiques et bibliographiques sur cette page franchement très intéressante.

Les thèmes de prédilection de cet auteur sont la mine mais aussi la vie à la campagne.

Pour l’instant, trois livres de Liu Qingbang sont parus en français : Le puits (Bleu de Chine, 2003), adapté au cinéma sous le titre Blind Shaft ; Cataclysme (Bleu de Chine, 2011) et La lettre (Ming Books, 2016).

Cataclysme

CataclysmeLiuQingbangCataclysme est un recueil de trois nouvelles récentes (2006 et 2007) de Liu Qingbang, et est préfacé de manière très intéressante par Françoise Naour qui en est aussi la (très bonne) traductrice.

Pour reprendre ces mots, avec ces trois nouvelles, « nous voici entre drame et comédie chez les mineurs et les paysans du fin fond de la Chine, loin du bling-bling insolent des nouveaux parvenus, loin des Expositions universelles, des Jeux olympiques ou de fantastiques prouesses économiques […] Ces trois récits emmènent le lecteur en voyage, dans le milieu de l’Empire du milliard, non chez les riches, ni chez les classes moyennes, qui représentent aujourd’hui cent cinquante à deux cent millions de Chinois, mais au sein du milliard restant, gens de peu, vivant chichement, démunis ». On apprend plus loin dans cette préface qu’aujourd’hui la mine fait entre 5000 et 6000 décès par an en Chine (chiffres de l’auteur ; les autorités parlent de 3700 morts alors que les organismes indépendants parlent eux de 20000 morts par an).

C’est dans cet univers que l’auteur nous emmène dans les trois nouvelles de ce recueil.

La première nouvelle s’intitule Nouvel An à la mine. Une femme attend avec sa petite fille son mari pour fêter le Nouvel An. Le début de la nouvelle commence par le descriptif des longs préparatifs pour cette fête traditionnelle. Le mari travaille à la mine et ne vit donc pas avec elles. Une mauvaise nouvelle. arrive. Cette année, le chef a décidé de ne pas donner de congés et le mari se voit donc obliger de prévenir (au dernier moment) qu’il ne viendra pas. Sa femme déçue qu’il loupe une fête aussi importante (c’est un peu elle qui décide comment va se dérouler l’année) décide de le rejoindre avec tous ses plats préparés, sa fille … pour lui faire une surprise. La nouvelle décrit les retrouvailles mais aussi la « fête ».

C’est une nouvelle que j’ai trouvé très triste, tout en étant joyeuse et réaliste. Je n’ai pas eu l’impression que Liu Qingbang romançait. La petite fille ne reconnaît pas son père dans le sens qu’il est plus un étranger pour elle qu’un père. Le mari est triste de ne pas pouvoir fêter la nouvelle année chez lui. Il est heureux de voir sa femme, elle fait la sévère mais elle est heureuse de la revoir. On la sent volontaire, traditionnelle. Il y a une volonté de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, de prendre la vie comme elle vient, en toute simplicité, de vivre tous les petits bonheurs qui sont donnés.

En très peu de pages, Liu Qingbang nous fait rentrer dans l’intimité de cette famille, dans une atmosphère particulière. Les personnages sont complexes et réalistes ; l’atmosphère et les détails de la vie quotidienne sont tellement bien décrits que l’on s’y croirait tout simplement.

La deuxième nouvelle est ma préférée ; c’est celle qui donne son nom au recueil. Un village est évacué car une forte inondation est attendue (une énorme vague plus exactement). Pourtant, deux hommes sont chargés de surveiller les trois greniers à grain du village qui sont plein à cette période ; on ne sait jamais le village voisin pourrait venir se servir, profitant de l’évènement. Les deux hommes ont été choisis pour des raisons particulières : l’un est celui qui plonge le plus profond du village et l’autre est celui qui est capable de nager le plus loin sous l’eau. Ces grandes capacités ont été évaluées dans une rivière et un lac. En tant que lectrice, je me suis dit qu’il fallait vraiment ne pas avoir le choix pour faire ce genre de chose (le motif en est l’argent ici) et que forcément ils allaient mourir. Je vous laisse découvrir si oui ou non.

Ce qui m’a particulièrement plus ici aussi, c’est le réalisme de la situation, de sentir la peur, l’angoisse et l’attente palpable. Là encore, je n’ai pas eu l’impression que l’auteur romançait. Je ne sais pas d’où il tire ses informations mais en tout cas, cela fait vrai.

La troisième nouvelle est la plus tragique. Elle s’intitule Automnale. Une femme attend son mari, parti aux toilettes, près de la rivière. Ne le voyant pas revenir, elle part au devant de lui mais ne trouve rien. Elle pense tout de suite à la rivière. En plus, il était légèrement alcoolisé. Pendant plusieurs jours, elle oscille entre colère, inquiétude et résignation (cela permet à l’auteur de nous raconter la vie de ce couple). Pourtant, elle demande très tôt de l’aide pour sonder la rivière et savoir enfin si le corps de son mari est au fond. Le problème est que l’aide, même de la famille, est payante. Avant toute action, il y a négociation ; la personne aidante désirant être sûre de son gain (même s’il n’y a pas de corps).

La nouvelle illustre peut-être la pauvreté des gens à la campagne mais dessine aussi une forme de société, peu solidaire, à cause de cette pauvreté. C’est pour cela que je parlais de nouvelle tragique, plutôt qu’à cause de la mort du mari.

La lettre

J’ai lu ce titre en numérique mais elle est parue, enLaLettreLiuQingbang ce début d’année, dans un coffret de nouvelles contemporaines chinoises, aux éditions Ming Books.

Dans cette nouvelle, on rentre là encore dans l’intimité d’un couple. Une femme cache une ancienne lettre au fond d’une de ses armoires. Elle la relit souvent, même si cela la met dans un certain état. Cacher est un bien grand mot car le mari sait que la lettre est là, que sa femme ne veut pas la jeter, continue à la relire même s’il désapprouve. Au cours de la nouvelle, le contenu de la lettre se dévoile, son auteur aussi, les sentiments de la femme, les tentatives désastreuses du mari pour faire oublier la lettre mais aussi l’auteur de celle-ci.

Là encore, j’ai trouvé que Liu Qingbang arrivait à rendre la situation palpable. On sent la tristesse de la femme, sa déception, son attente face à son mari ; on sent aussi la balourdise du mari, sa tendresse pour sa femme mais aussi son envie d’avoir une femme « normale », de vivre une vie où le passé ne compterait plus.

Cette nouvelle montre bien que Liu Qingbang ne peut pas être cantonné uniquement à la campagne et à la mine.

Si je voulais résumer les nouvelles de Liu Qingbang, je dirais simplicité et réalisme des situations mais aussi personnages très finement ciselés.

Références

Cataclysme de LIU Qingbang – traduit du chinois, présenté et annoté par Françoise Naour (Bleu de Chine / Gallimard, 2011)

La lettre de LIU Qingbang – traduit du chinois par Coraline Jortay (Ming books, 2016)

Trois livres sur la Cité interdite

C’est un billet que je veux vous faire depuis plusieurs semaines car j’ai découvert trois livres merveilleux sur la Cité interdite de Pékin, trois livres merveilleux qui m’ont fait voyager pendant quelques semaines.

CitéInterditeDesFilsDuCielDecouvertesGallimardIl y a de cela un peu de temps maintenant, je trainais dans les rayons de la bibliothèque du Trocadéro en cherchant quel livre prendre. Je me suis retrouvée dans le rayon Histoire au niveau de la Chine et j’ai vu La Cité interdite des Fils du Ciel dans la collection Découvertes Gallimard.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement c’était, quand j’étais petite, et c’est toujours une collection que j’adule. À chaque fois que je lis un livre de cette collection, je me sens un petit peu plus intelligente et j’ai toujours envie d’en savoir plus. Pour en revenir à ce jour-là, je l’ai pris en me disant « Pourquoi pas ? » puisque je ne sais absolument rien sur l’histoire de ce palais.

Cette première lecture m’a fascinée car elle m’a ouvert les portes d’un monde que je ne connaissais pas et qui en plus ne m’intéressait pas particulièrement. Le livre s’ouvre par quelques photos de la Cité sous la neige, puis des détails des toitures.

Commence alors une plongée dans l’Histoire de la dynastie des Ming (1368-1644) et de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911). Ne prenez pas peur car l’histoire chinoise est expliquée pour les débutants (ceux qui ne connaissent pas le nom des dynasties, comme moi par exemple). On apprend que la construction du palais a été lancée sous Yongle, troisième empereur de la dynastie des Ming et qu’il a été habité jusuq’au règne de Pu Yi, le dernier empereur des Qing. Habiter est un bien grand mot car finalement cela ne faisait pas plus que trois à quatre mois dans l’année.

Le livre est donc divisé en quatre chapitres, plus les témoignages et documents : « La Cité interdite, œuvre d’un empereur Ming », « Dans le plus grand palais du monde, les empereurs Qing », « Le règne de Qianlong », « Crépuscule d’une dynastie ». Rien qu’au vu des titres, vous comprenez facilement qu’il s’agit d’une plongée historique dans la Cité et non d’une visite touristique. Le règne des empereurs les plus marquants est détaillé : leur apport au niveau culturel, organisationnel, administratif, militaire. Cela donne lieu à une iconographie abondante (comme d’habitude) sur les peintures chinoises (portraits, scène de la vie de la cour), les porcelaines, les laques … Sont ainsi détaillés le rôle des missionnaires jésuites à la cour de Kangxi, la place des concubines et des eunuques … J’ai donc appris plein de choses sans jamais m’ennuyer au cours de la lecture de ces quatre chapitres.

La lecture des témoignages et documents a été plus fastidieuse car je n’ai pas trouvé que les textes apportaient grand chose par rapport au corps principal du texte. C’est la vision d’occidentaux, au cours du temps, de la Cité interdite. Sur cette partie-là, mon avis est plus mitigé.

Pour résumer, la première partie est fantastique pour se plonger dans la Chine des Ming et des Qing, ne nécessite en plus aucune connaissance préalable, la deuxième partie est d’un intérêt plus limité. De cette lecture, je suis sortie enthousiaste mais pourtant très frustrée. La description de la Cité interdite ne prend qu’une vingtaine de pages, il y a assez peu d’images d’extérieurs comme d’intérieurs (et celles qu’il y a ont mal vieilli) et les descriptions ne sont pas vivantes, dans le sens où on n’a pas l’impression d’y être.

J’ai commencé à chercher des photos sur internet. Je tombais toujours sur les mêmes bâtiments et parfois les mêmes clichés, avec peu de descriptions très intéressantes. Ma belle-sœur m’a dit que les photos étaient interdites (mais en fait non) ; mon frère m’a dit que cela coûtait moins cher de mettre toujours les mêmes clichés partout. J’étais donc toujours aussi frustrée.

DansLaCitePourpreInterditeCyrilleJavaryÀ mon avis, il existe un livre sur pratiquement sur tous les sujets, il suffit juste de le trouver et de parler la bonne langue (je ne doute pas qu’il existe ce qu’il faut en chinois mais je ne le parle pas donc cela ne m’aide pas). J’ai donc commencé à faire un peu de bibliographie et je suis tombée sur le livre de Cyrille Javary, Dans la Cité pourpre interdite. Ce livre est une perle, une pépite, un joyau. Je ne saurais que dire pour vous faire ressentir mon plaisir de lecture. Je ne suis jamais allée en Chine, je ne connais rien au pays, je ne parle pas la langue mais pourtant j’ai l’impression d’avoir été dans cette cité.

Le livre se présente comme un véritable guide touristique de la Cité interdite. Je vous le conseille si vous allez visiter ce monument. Il fait 150 pages et il faut donc prévoir plusieurs jours pour voir tout en détail. Ce livre détaille la même partie qui était décrite dans le Découvertes Gallimard, c’est-à-dire une infime partie de la Cité, mais par contre il le fait bien, et même très bien.

Les bâtiments sont traités un par un dans l’ordre de la visite. Le nom du bâtiment est expliqué, l’architecture est détaillée, l’intérieur commenté. Ce qui est important et passionnant, c’est le fait que l’auteur explique le pourquoi du comment de cette architecture, de ce choix d’agencement dans sa globalité et dans le détail. Il lie beaucoup de choses avec le Ying et le Yang, qui sont eux aussi clairement expliqués. Je vous parle de globalité et de détail, car le Ying et le Yang sont un peu comme des fractals, l’auteur parle lui d’aimants (l’analogie est meilleur car dans le Ying et le Yang, le Nord et le Sud ont leur importance). Dans un aimant, il y a un pôle nord et un pôle sud. Si vous coupez l’aimant, vous aurez deux aimants avec un pôle nord et avec un pôle sud. Le Ying et le Yang expliquent l’agencement global de la Cité mais aussi l’agencement de chaque palais pris séparément.

L’auteur insiste beaucoup aussi sur la place des nombres dans la cité, par exemple dans les clous plantés dans les portes. On se prend à observer et à compter leur nombre comme si on y était et lire ensuite la description pour voir si on a eu raison.

Car oui, ce livre de poche est illustré, non par des photos mais par de magnifiques encres de chine, beaucoup plus belles que tous les clichés que j’ai pu voir jusqu’à présent. Elles permettent de se focaliser sur le détail, de souligner ce qui est remarquable.

Je me suis régalée tout au long de ma lecture et je voulais continuer à découvrir d’autres livres de Cyrille Javary dont l’érudition m’a tellement fascinée. J’ai donc continué ma petite bibliographie et suis tombée sur La Cité interdite – Le Dedans dévoilé coécrit avec Charles Chauderlot, livre que j’ai obtenu à moitié prix en état neuf. Pour le coup dans cette lecture, j’en ai pris plein les yeux.

CiteInterditeCharlesChauderlotJ’ai appris avec cet ouvrage pourquoi c’était toujours les mêmes bâtiments qui apparaissaient dans les livres, sur les sites internet… Tout simplement, parce que c’est la seule partie (et infime partie) qui est ouverte au public. La partie la plus interdite au temps des Ming et des Qing est devenue la plus ouverte et la partie la plus ouverte au temps impérial est devenue la plus interdite.

Charles Chauderlot, qui est en fait l’auteur principal du livre, est le premier occidental à s’être vu accorder un laissez-passer pour la partie interdite (actuelle) de la Cité interdite, dans le but de réaliser des lavis des endroits de son choix. Je vous conseille de visiter son site pour vous rendre compte de son travail. Sur chaque double page, vous avez un lavis d’un endroit, d’un détail que Charles Chauderlot a trouvé intéressant, mais aussi un texte, un peu comme un journal intime, indiquant la date, la lumière, le temps, les fonctionnaires rencontrés 9la partie interdite est occupée par l’administration chinoise) et les difficultés et/ou bonheurs qu’il a eu avec eux.

J’ai trouvé cette manière de présenter les choses très intéressantes. Charles Chauderlot représente très rarement des personnages sur ses lavis, même dans les zones touristiques qu’il a aussi peint. En regardant le dessin, j’avais l’impression d’être une privilégiée en train de visiter un endroit hors du temps (déserté aussi), de pouvoir observer à ma guise sans être déranger. Je lisais ensuite le texte et j’avais toute une ambiance qui se recréait autour de moi. A chaque fois, je me figurais des gens formidablement gentils et expansifs mais aussi têtus et décidés, des gens qui vivaient dans un vieux palais mais comme des ombres, qui veillaient à ne pas déranger quelque chose de sacré. Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti cette impression et c’était le dépaysement assuré à chaque fois que je prenais le livre.

Cyrille Javary a pour ce livre écrit la préface mais aussi des pages intermédiaires qui expliquent l’histoire de la Cité interdite, de Pékin, l’importance des animaux, des éléments, des nombres dans la Cité interdite. Contrairement à ce que j’aurais pensé, Javary se renouvelle sans cesse ; il ne répète pas ce qu’il a dit dans le livre précédent. Il réexplique parfois mais toujours de manière différente. En très peu de pages, on apprend énormément de nouveau, dans des explications toujours claires et concises.

Ces deux auteurs se sont alliés pour nous offrir un excellent livre magnifiquement illustré ; il est à la fois dépaysant et instructif.

J’en ai terminé avec mon voyage dans la Cité interdite, en tout cas en ce qui concerne les genres hors romans et mémoires. J’espère que cela vous aura plu.

Références

La Cité interdite des Fils du Ciel de Gilles BÉGUIN et Dominique MOREL (Découvertes Gallimard, 2004)

Dans la Cité pourpre interdite de Cyrille JAVARY – illustrations de couverture et illustrations intérieures de Patrice SERRES (Picquier poche, 2009)

La Cité interdite – Le Dedans dévoilé de Charles CHAUDERLOT et Cyrille J.-D. JAVARY (Éditions du Rouergue, 2006)