Hans Fallada : Vie et mort du buveur de Jakob Hinrichs

HansFalladaVieEtMortDuBuveurJakobHinrichsTout est parti de l’envie de l’éditeur Peter Graf, en 2013, d’adapter le livre de Hans Fallada Le buveur. Il a chargé le dessinateur Jakob Hinrichs de ce projet car il lui a semblé le plus adapté pour faire ce qu’il voulait.

Je n’ai jamais lu le livre de Fallada mais ce n’est pas gênant pour la lecture de cette BD (vous pouvez vous aussi vous lancer sans problème). Le roman raconte la descente aux enfers de Erwin Sommer, homme prospère, propriétaire d’un magasin de produits agricoles, marié à une femme parfaite depuis longtemps. Ils viennent d’ailleurs d’acheter une magnifique maison. Elle est si parfaite que c’est plus ou moins elle qui fait que l’affaire fonctionne (ou fonctionnait car elle s’occupe principalement de sa nouvelle maison dorénavant), et ce grâce à son sens de l’organisation et sa méticulosité. Au début du roman graphique, cela fait un an que Erwin Sommer ne va pas bien, a relâché la pression et n’a plus envie de rien. Il vient d’ailleurs de perdre un très gros contrat, l’approvisionnement de la prison, qui faisait que son entreprise fonctionnait encore. Le banquier ne veut plus le suivre. Il commence à boire plus que de raison, se cache pour que sa femme ne s’en rende pas compte. Au final, la bouteille prend tellement d’importance qu’il n’a plus aucun scrupule.

Le dessinateur Jakob Hinrichs explique, dans une postface, qu’à la lecture du roman le personnage d’Erwin Sommer lui a paru fade, sans humanité. Il s’est alors penché sur la vie de l’auteur et sur le contexte d’écriture. Le Buveur a été écrit à l’automne 1944, à la prison Neustrelitz, par Rudolf Ditzen dit Hans Fallada alors qu’il y était emprisonné pour avoir tiré sur sa femme. Il faut voir que Le Buveur a une (petite) partie autobiographique puisque Hans Fallada avait des problèmes de dépendance à la drogue et à l’alcool. Jakob Hinrichs a trouvé dans l’histoire personnelle de l’auteur de quoi rendre plus épais le personnage de Erwin Sommer.

Au lieu d’adapter uniquement le roman, il a choisi de mélanger les vies d’Erwin Sommer et d’Hans Fallada de manière vraiment très fluide, et d’en présenter ainsi les similitudes. Par exemple, les deux montrent une certaine lucidité sur leur (la) vie : l’un sur les ravages de l’alcool et l’autre sur ce qui se passe en Allemagne à l’époque. C’est cette manière d’adapter, je pense, que j’ai le plus aimé dans cette BD : voir l’adaptation du roman et apprendre en même temps la manière et le pourquoi ce livre a été écrit. C’est tellement mieux fait que si Hinrichs avait suivi un scénario classique : montrer l’auteur en train de rédiger, puis raconter le livre et revenir à l’auteur !

Le choix des couleurs est à l’image de la couverture : psychédélique. C’est à mon avis un bon choix pour montrer le changement de perception quand on est sous alcool. L’univers de Fallada est tout de même beaucoup plus sombre puisqu’il est en sevrage forcé et en pleine dépression. Après, on n’adhère ou pas.

C’est une très bonne adaptation littéraire puisqu’elle donne envie de découvrir l’original ainsi que l’auteur, dont la plupart des écrits restent inédits en français, même s’il est de plus en plus traduits. Je pense que si j’arrive un jour à lire ce livre il me touchera peut être plus, en sachant comment il a été écrit.

Références

Hans Fallada : Vie et mort du buveur de Jakob HINRICHS – traduit de l’allemand par Laurence Courtois (Denoël Graphic, 2015)

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader

UneAutreIdeeDuSilenceRobynCadwalladerJe ne sais plus trop comment j’ai entendu parler de ce roman, peut être en feuilletant les coups de coeur de la librairie La Procure, sur leur site internet. Je l’ai ensuite emprunté sur le site de la bibliothèque numérique de Paris.

Vous ne pouvez pas vous imaginer comment j’ai adoré ce livre ! Je n’en avais jamais entendu parler. Depuis, j’ai lu d’autres avis mais il n’était pas très bon (je ne le cache pas) et les commentaires disaient de plutôt lire Du domaine des murmures de Carole Martinez sur le même thème. Donc je demande votre avis : est-ce que cela parle vraiment de la même chose ?

On est en Angleterre, au XIIIième siècle. Sarah, à peine dix-sept ans, vient de se faire enfermer à vie dans un réclusoir, un endroit où elle ne verra plus le jour directement, où elle n’aura plus de contact visuel avec des hommes, où elle doit limiter son contact avec les femmes … et se consacrer entièrement à la prière. Elle est « morte pour le monde ». Lors de la réclusion, de manière générale, on procédait plus ou moins comme un enterrement (en tout cas, pour les prières).

Cela me semble juste horrible (en tout cas, pour moi). Je ne comprenais pas comment on pouvait choisir volontairement cette vie, surtout à dix-neuf ans. Commençons par décrire sa vie d’avant. Sarah est la fille aînée d’un riche marchand d’étoffes. Sa mère est décédée quand elle était plus jeune. Sarah et sa sœur, Emma, sont devenues très proches, tout en étant opposé de caractères. Sarah est aussi discrète qu’Emma était exubérante et pleine de vie. Elle voulait profiter de la vie, avoir des bébés, un mari … Elle a eu le mari et le bébé, mais elle est morte en couche, dans les bras de sa sœur impuissante. En fait, Sarah en devenant recluse, décide plutôt de fuir la vie que de se rapprocher de Dieu. Elle fuit aussi son fiancé, fils du seigneur du manoir de la paroisse, le père étant d’ailleurs son mécène et soutien financier. On se doute que ce dernier n’a pas fait ce geste que par pur piété mais aussi pour éloigner une prétendante indigne du rang de son chérubin (comme on se doute que celui-ci n’a pas forcément bien digéré tout cela).

Pourtant, Sarah montre une exaltation féroce à devenir la plus pieuse possible, en cherchant à respecter au plus près et surtout à la lettre sa règle. Pour cela, elle dispose des modèles des deux précédentes recluses : Agnès et Isabella. Agnès est morte dans sa cellule et est reconnue pour sa très grande piété. Isabella est partie au bout de cinq ans de réclusion (on ne connaît pas les raisons au début du livre). Agnès sera le modèle de Sarah au début du livre. Clairement, cela ne la rendra pas du tout heureuse (ni plus proche de Dieu) car elle cherche à se rapprocher d’un état qu’elle ne peut pas atteindre à son âge, avec son expérience, au tout début de sa réclusion. Au fur et à mesure de sa réclusion, Sarah va de mieux en mieux comprendre Isabella. Cela fait partie de l’évolution du personnage : elle devient plus tolérante, recherche moins la perfection, est plus à l’aise avec sa règle (va même jusqu’à l’interpréter).

En cela, elle est guidé par trois personnages je dirais : le père Ranaulf, qui est son confesseur, et ses deux servantes Louise et Anna.

Les chapitres alternent entre les voix de Ranaulf et Sarah, même si c’est elle qu’on entend le plus. C’est un personnage très intéressant. C’est donc un prêtre copiste, obsédé par ses livres et très peu intéressé par les affaires du monde, qui dans un monastère ressemble surtout à des affaires d’argent et d’expansion. Pourtant, quand l’ancien confesseur de Sarah devient trop âgé pour faire le chemin jusqu’au réclusoir, c’est lui qu’on désigne pour prendre la relève. Il a une très basse estime des femmes, surtout de leur capacité à comprendre les textes sacrés sans l’aide des hommes, de leur capacité à résister au péché et comme Sarah, a une idée très stricte de ce qu’est la piété. Lui aussi va évoluer au contact de la recluse vers un petit plus de tolérance dans tout cela.

Louise et Anna sont donc les servantes de Sarah qui lui ont été affectées. La première est aussi âgée que la seconde est jeune (du même âge que Sarah à peu près). Dans le livre, l’auteur nous explique que les servantes étaient plus ou moins condamnées à avoir la même vie que la recluse. J’ai trouvé que c’était particulièrement sévère de condamner une jeune fille à assumer le choix d’une autre. Pourtant, Anna ne s’en laissera pas compter pour autant, et vivra sa vie comme elle l’entend, même si cela lui fera du tort à cause de sa naïveté et de sa joie de vivre. C’est elle qui apporte une bouffée d’air frais et de tolérance à Sarah. C’est son influence, de manière intentionnée ou non, qui la fera évoluer vers ce qu’elle souhaite. Louise jouera plus le rôle de maman ou de conseillère, possédant un grand sens pratique tout en étant très pieuse.

À ces quatre personnages se greffent tout une galerie de personnages qui permettent de donner un certain rythme au récit : les femmes et petite fille qui viennent rendre visite à Sarah et lui racontent la vie du village, les malheurs comme les ragots (alors que c’est interdit par la règle), les hommes aussi qui se réunissent dans l’église à laquelle est accolé le réclusoir et que Sarah peut entendre, les seigneurs du manoirs, les moines aussi.

Je ne vais pas vous mentir : il n’y a pas beaucoup d’actions dans ce livre. Il ne faut pas vous imaginer un dénouement de folie. Le but de Robyn Cadwallader, et elle l’explique dans plusieurs entretiens, est de rendre le ressenti physique, psychologique, moral de la recluse lors de son enfermement. Il est donc logique qu’elle est fait le choix de décrire les premières années de réclusion car c’est là où les sensations sont les plus fortes.

J’ai trouvé le point de vue physique très intéressant. L’auteur n’insiste pas trop dessus mais arrive à faire passer l’affaiblissement progressif, du au manque d’exercices, à la nourriture mais aussi au manque de lumière. Il y aussi le manque d’hygiène, la forte d’odeur, qui ne devait pas être habituel pour une fille de marchand.

Ce qui m’a aussi particulièrement plu, c’est l’évolution du personnage de Sarah. Le roman est « long »; il fait quatre cent pages et cette évolution n’a rien de réellement romanesque. Elle se fait progressivement, par petites touches, par réflexions, par influence des autres … C’est le fait que l’auteur ait choisi un temps long pour asseoir son roman et le déroule à un rythme très lent qui donne cette impression. Personnellement, j’ai beaucoup aimé car cela m’a donné l’impression de vivre avec ce village (pas avec la recluse tout de même, car cela reste un état d’esprit particulier), pratiquement de lire une histoire vraie.

C’est un très beau livre. Je repose donc ma question de départ : est-ce que cela rassemble à Du domaine des murmures de Carole Martinez ?

Références

Une autre idée du silence de Robyn CADWALLADER – roman traduit de l’anglais (Australie) par Perrine Chambon et Arnaud Baignot (Denoël, 2015)

Le criquet de fer de Salim Barakat

LeCriquetDeFerSalimBarakatJ’avais ce livre depuis six mois dans ma PAL (et du coup j’ai oublié comment j’en ai entendu parlé), quand je l’ai ressorti après avoir lu un livre d’un auteur portant le même nom (mais pas le même prénom). En fait, je cherchais l’autre livre sur LibraryThing quand il m’a aussi indiqué que je possédais ce livre. Voilà, voilà …

Le livre est court en plus. C’est le récit par Salim Barakat de son enfance en Syrie, aux débuts des années 50, en pleine guerre, le pays étant déjà instable à l’époque. Salim Barakat n’enjolive pas du tout son enfance et son « personnage » puisqu’il présente dans ce livre cinq tableaux d’une extrême violence sur ses jeux lorsqu’il était enfant. Pendant 100 pages, aucune personne de son entourage ne sera vraiment présenté, ils resteront des ombres. Le contexte n’est que sous-entendu ; il n’y a aucun récit de combat, de révoltes … sauf une fois où il est fait allusion à la manière dont les autres groupes  regardent les kurdes.

J’ai été vraiment gênée par cette lecture (dans mon confort peut être). La description des jeux d’enfants ne mènent à rien. En tout cas, c’est ce que je me suis au début. C’est violent et voilà : comment j’ai torturé des chats, comment j’ai torturé des grenouilles … cela devient vite long parce qu’on ne voit pas bien où l’auteur veut en venir. Puis, au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture, j’ai commencé à voir le style (il est franchement magnifique mais le livre est trop court et trop fort pour pouvoir l’apprécier), les phrases évocatrices des sentiments de l’enfant, d’une sorte de malaise, d’étouffement. Dans le sens où ses gestes étaient comme dictés par quelque chose de plus fort que lui. Puis, après j’ai compris. Ben c’est tout simplement cela une enfance dans un pays en guerre. Des jeux d’enfants avec des pensées et des actions copiées sur les adultes. Plus exactement, le monde des adultes rentrant dans le monde des enfants. À la fin du livre, la seule pensée que j’avais est que c’était franchement tragique. Il n’y a pas une note positive, rien. J’étais triste pour l’auteur car on ne se remet pas de ce genre d’enfance ; j’étais aussi curieuse de savoir comment il était devenu lui, tout simplement.

En conclusion, ce n’est pas le type de lecture que je recommanderai. Pourtant c’est une lecture qui montre ce qui nous est habituellement caché. Le livre rompt le silence, ne nous montre pas d’images horribles d’enfants en sang, mais donne surtout à comprendre le ressenti d’enfants qui essaient de vivre « normalement » dans un monde où c’est impossible.

Extraits

Les extraits que j’ai choisi ne rendent pas compte de l’écriture et du ton du livre. J’ai retenu les passages qui m’ont marqués et qui m’aide un peu à mieux voir ce qui se passe aujourd’hui en Syrie.

Mais notre haine du Khabour n’arrêta pas son cours. Il demeura le prince des fleuves, un prince bruyant regroupant autour de lui des villages bruyants, des villages qui se partageaient l’espace, les fruits et les coutumes, depuis celles des Assyriens jusqu’à celles des Kurdes et des Yazidis.

Les village assyriens n’avaient pas leur égal pour la culture de la vigne, tandis que les villages kurdes et yazidis leur étaient supérieurs pour la pâture et l’élevage, et pour quelques petites cultures comme le concombre et le coton. Mais tout cela n’était rien au regard de l’étrangeté des Yazidis.

En ce temps-là, nous étions des enfants. Et l’histoire qui relègue les Yazidis parmi les sectes ésotériques nous importait guère, pas plus que leurs origines ou les intrigues des anglais qui en avaient fait l’une des minorités du Moyen-Orient, se jouant de nos sociétés noyées dans leur passé jusqu’à l’étouffement ou figées dans la soumission. En ce temps-là, nous étions intrigués et étonnés à la fois par ces hommes qui tressaient leurs cheveux comme les femmes et laissaient pousser des moustaches si épaisses qu’elles cachaient leurs lèvres. Ils étaient sales, ne se baignaient pas et adoraient le roi Paon – le Grand Satan comme ils disaient.

Ce fur le début de la joie officielle et violente, et celui de la pauvreté populaire et violente. Cela sortit de l’école, gagna le marché puis la maison, pour ne plus la quitter.

Références

Le criquet de fer de Salim BARAKAT – récit traduit de l’arabe (Syrie) par François Zabbal (Babel / Actes Sud, 2012)

2084 – La fin du monde de Boualem Sansal

2084BoualemSansalQuand j’avais postulé à l’opération du Match de la rentrée littéraire, j’avais très envie de lire ce livre parce que j’avais été très marquée par Le village de l’Allemand du même auteur (parce que oui je postule pour des livres que j’ai vraiment envie de lire ou de découvrir). Je n’ai jamais reçu de mail de confirmation donc j’avais pensé ne pas avoir été retenu. Je m’étais donc acheté ce livre à la FNAC un midi. Puis quinze jours plus tard, je reçois un exemple par Chapitre.com. Je me suis dit que cela devait venir de PriceMinister car je ne reçois des livres que par cet intermédiaire ou par Masse Critique (parfois des cadeaux aussi). Cela ne fait donc pas beaucoup de possibilités de me tromper. Si vous avez postulé, vous savez qu’il fallait indiquer le réseau social sur lequel on souhaitait mettre notre chronique. J’ai donc écrit à PriceMinister par l’intermédiaire de leur interface de blog mais ils ne m’ont jamais répondu (alors qu’une personne valide les commentaires). Je me suis dit que ce n’était pas grave parce que je voulais lire le livre, de toute manière. Je l’ai lu aux vacances de décembre mais comme il ne m’a pas particulièrement plu, je ne voulais pas trop faire de billets. Mais en janvier, j’ai reçu un mail comme quoi on me rappelait  que j’avais reçu 2084 – La fin du monde à commenter sur Pinterest (ceci explique l’image à la fin du billet, qui est celle que je vais utiliser pour Pinterest donc) avant le 24 janvier (et oui c’est le dernier jour). C’est un réseau social que je n’utilise que pour les langues et les images de bibliothèque, aucun rapport donc avec les livres … Cela m’a un peu surprise, d’autant que j’utilise plus facilement Twitter pour parler de livres. Tout cela pour dire que l’année prochaine, je ne repostulerai pas parce que je n’ai pas trouvé que c’était très bien organisé, même si j’ai été ravie de recevoir un livre gratuit (que j’avais déjà acheté mais bon …)

Tout cela pour dire que j’ai été un peu déçu par ce roman. Je n’avais pratiquement entendu que des critiques positives sur lui, excepté à La Dispute de France Culture où si je me rappelle bien il avait été dit que le discours avait peut être été trop privilégié par rapport à la forme romanesque. C’est un peu mon point de vue aussi.

Je rappelle quand même l’histoire au cas où quelqu’un l’ignore. Ati est depuis deux ans absent de Qodsabad, la capitale de l’Abistan, suite à une maladie. Il a passé la première dans un sanatorium aux confins du pays et la deuxième à en revenir (j’espère que vous vous demandez aussi pourquoi l’absence n’a pas duré trois ans, car il a bien fallu y aller au sanatorium). En tout cas, ces deux années vont changer sa vie. Il va commencer à douter des enseignements et des croyances qui lui ont toujours été enseignés et qu’il a toujours appliqués, entre autre le respect absolu de Abi, prophète, délégué de Yölah sur terre. L’Abistan est en fait une sorte de « dictature », basée sur le contrôle de la pensée et du discours à l’ancienne, c’est-à-dire sans ordinateur. Le langage, les nouvelles, la surveillance des habitants, tout est contrôlé par une sorte d’administration centrale, qui est isolée du reste des habitants. Pourtant, Ati, lors de son voyage de retour, rencontre Nas, qui revient d’une mission d’un nouveau site archéologique, datant d’avant la domination de Abi sur l’Abistan (qui ne s’appelait donc pas comme cela). Ce site témoignerait que la culture précédente était plus évoluée que la culture présente, ce qui est totalement contrairement à tous les enseignements. Rentré dans sa ville, Ati reçoit un bel appartement, un bon travail mais se montre de plus en plus sceptique, alors qu’auparavant il était un des plus zélés. Il se découvre des affinités avec Koa, descendant d’un prêcheur reconnu par tous. Koa s’intéresse particulièrement au contrôle des esprits par la langue et surtout son appauvrissement. Lorsqu’on apprend la disparition de Nas et la réécriture de l’histoire du site archéologique, les deux amis se lancent dans la recherche de la vérité.

Le parallèle avec 1984 de George Orwell est évident. On retrouve dans les deux livres, par exemple, les ennemis invisibles, qui changent tout le temps pour faire la société dans une sorte de crainte du danger imminent. Boualem Sansal pointe les mêmes problèmes du contrôle des esprits, non par la surveillance comme l’auteur anglais, mais par l’abêtissement pseudo-religieux. Les deux auteurs pointent le fait que cela passe forcément par la langue, la novlangue pour Orwell et l’abilang pour Sansal. En fait, on voit à plusieurs reprises dans le roman que l’appauvrissement de la langue ne permet pas d’accéder et de comprendre réellement les textes fondateurs de la religion, de laquelle on se revendique. On voit bien aujourd’hui la portée politique de ce message aujourd’hui, même si je ne trouve pas que l’auteur, dans son livre en tout cas, s’adresse à une religion particulière. C’est un peu pourtant ce que les médias ont retenus. N’ayant pas la télévision, je ne peux cependant pas savoir comment l’auteur a vendu son livre.

L’élément qui m’a gêné est que le discours (et l’intention), certes très construit et intelligent, ont pris le pas sur le roman. Boualem Sansal ne montre rien mais dit explicitement ce qu’il faut interpréter de l’action, des faits qu’il vient de nous raconter. L’impression que j’ai eu est que rien ne sort du cerveau d’Ati mais tout est dans la plume de Boualem Sansal, l’écrivain est trop présent dans le livre à mon avis. Tout cela aboutit à un déséquilibre du roman. Au début, l’auteur a besoin de nous expliquer beaucoup de choses puisqu’il doit construire un nouveau monde. Il intervient donc beaucoup, le rythme du livre est très lent, s’accélère progressivement (on arrive même à un équilibre à un moment) pour retomber ensuite. En effet, une fois que l’auteur nous a dit tout ce qu’il avait à nous dire, il doit aussi finir le roman (c’est le livre 4 qui ne commence qu’à la page 213 sur 274). Comme cela ne l’intéresse pas franchement, Boualem Sansal nous propose une fin bien trop facile, qui n’est pas digne du reste de son livre.

Beaucoup d’éléments restent pourtant inexploités. Je pense en particulier à l’importance des familles régnantes dans la direction du pays (parce qu’Abi est mort depuis le temps, en tout cas c’est ce que j’ai compris à demi-mots). D’autres éléments sont incohérents. Les réflexions d’Ati semblent un peu nées de nulle part. J’ai du mal à comprendre qu’un homme éduqué dans un tel pays soit capable, tout de suite, sans intervention extérieure, soit capable d’employer de suite un tel vocabulaire, un tel langage pour exprimer des idées qu’il n’avait jamais eu auparavant. Le roman commence après mais je trouve qu’il aurait intéressant de savoir comment on commence à douter du monde dans lequel on vit, de la manière dont évoluent les pensées et comment elles gagnent en précision.

Pour résumer, le livre est très intéressant, est écrit par un homme érudit mais la construction pèche et dessert finalement le roman, mais pas le propos. C’est donc un avis très mitigé pour moi et une légère déception par rapport au Village de l’Allemand qui présentait les mêmes qualités sans les défauts.

Extraits

Koa, que travaillait une certaine révolte encore juvénile, tournée contre la figure oppressive du grand-père, partit ensuite s’établir comme professeur d’abilang dans une école d’une banlieue dévastée et là, comme dans un laboratoire de campagne mis à sa disposition, il put vérifier in vivo la force de la langue sacrée sur l’esprit et le corps de jeunes élèves, nés et élevés pourtant dans l’une ou l’autre langue vulgaire et clandestine de leur quartier. Alors que tout dans leur environnement les vouait à l’aphasie, à la déchéance et à l’errance dans la désunion, ils se muaient en croyants ardents, rompus à la dialectique et déjà juges unanimes de la société après un petit trimestre d’apprentissage de l’abilang. Et la couvée, criarde et vindicative, se proclamait prête à prendre les armes et à partie à l’assaut du monde. Et de fait, physiquement aussi ils n’étaient plus les mêmes, ils ressemblaient déjà à ce qu’ils seraient après deux ou trois terrifiantes Guerres saintes, trapus, bossus, couturés. Beaucoup estimaient qu’ils en savaient assez et qu’ils n’avaient pas besoin de plus de leçons. Pourtant Koa ne leur avait pas dit un traître mot de la religion et de ses visée planétaires et célestes, ni enseigné un seul verset du Gkabul, sinon la salutation courante « Yoläh est grand et Abi est son Délégué » qui n’avait après  tout, chez les gens heureux, qu’une façon un peu grandiloquente de dire bonjour. D’où venait le mystère ? Koa se posait une autre question, plus personnelle : pourquoi le mystère ne l’avait pas affecté, lui qui était dans l’abilang et le Gkabul, les connaissait intimement, et dont l’ancêtre était un virtuose de la manipulation mentale de masse ?

Si d’aucuns avaient pensé qu’avec le temps et le mûrissement des civilisations les langues s’allongeraient, gagneraient en signification et en syllabes, voilà tout le contraire : elles avaient raccourci, rapetissé, s’étaient réduites à des collections d’onomatopées et d’exclamations, au demeurant peu fournies, qui sonnaient comme cris et râles primitifs, ce qui ne permettait aucunement de développer des pensées complexes et d’accéder par ce chemin à des univers supérieurs . À la fin des fins régnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n’auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.

Références

2084 – La fin du monde de Boualem SANSAL (Gallimard, 2015)

2084 - La fin du monde de Boualem SANSAL_petitPour ceux qui se posent la question, j’ai conscience de l’ironie de donner mon avis par un dessin sur un livre dénonçant l’appauvrissement de la langue.

Comme neige de Colombe Boncenne

CommeNeigeColombeBoncenneC’est une autre de mes acquisitions de La Procure. Lui aussi est court, 115 pages, et est sorti pour cette rentrée littéraire. Il s’agit d’un premier roman d’une (jeune) femme née en 1981, qui travaille dans l’édition et dans le domaine du livre. Pourquoi ce livre ? Parce que j’ai retourné l’ouvrage à la librairie par pur hasard et que la quatrième de couverture m’a plu. C’est l’avantage de la librairie ; personne ne pourra rien faire contre cela.

Pour ce premier roman, elle a  choisi le thème des livres (j’entends ce que vous vous dites « ah, voilà pourquoi elle l’a pris » et ce n’est pas faux).

Un homme, Constantin Caillaud, est parti en week-end avec sa femme Suzanne. Ils se perdent, chacun accuse l’autre (le truc habituel, en gros) et se retrouve par le plus grand des hasards dans la ville de Crux-la-Ville alors qu’ils voulaient aller à Clamecy. À Crux-la-Ville (dans la Nièvre d’après mon ami Google), Constantin se rend à la maison de la presse pour acheter une carte (car le GPS sur le téléphone, il n’y croit plus vraiment), le journal local (car il se régale des anecdotes de ce type de journal) et fureter dans la boutique. Il tombe sur une caisse de livre en solde et commence sans grand espoir à fouiller dedans. Miracle ! Il trouve un livre d’Émilien Petit, THE auteur, mais surtout un livre qu’il ne connaissait pas, Neige noire, alors qu’il pensait avoir lu tous les ouvrages de l’auteur. Il achète le bouquin bien évidemment et le lit le soir-même à l’hôtel quand sa femme dort. La lecture faite, il est évident que le livre est bien d’Émilien Petit. Il décide de faire part de sa découverte, une fois rentré à Paris, à sa maîtresse Hélène, attaché de presse dans le milieu du livre et qu’il a rencontré lors d’une lecture du même Émilien Petit. C’est elle qui a transformé pour Constantin un auteur aimé en l’auteur révéré.

Le problème est qu’il a oublié le livre à l’hôtel (il ne lui vient même pas à l’idée de téléphoner pour savoir s’il y est encore). Hélène ne le croit qu’à moitié mais est surtout amusé de ce prétexte. Elle lui suggère d’entamer une enquête, d’autant plus difficile que l’auteur ne répond à aucune sollicitation. Il écrit à l’auteur, à l’éditeur, aux amis de l’auteur (Olivier Rolin et Antoine Volodine tout de même), relit tous les livres d’Émilien Petit pour chercher des indices (car tous les livres de l’écrivain sont liés). Constantin Caillaud, personnage pépère malgré sa maîtresse, voit sa vie bouleversée par cette découverte, qui tourne rapidement à l’obsession.

Ce livre a été une très bonne lecture, bien évidemment pour l’histoire, mais aussi pour les personnages tous très attachants et bien décrits. L’écriture est plus classique (je dis cela parce que je lis Coeur-Volant de Philippe Bordas, vendu par mon libraire qui a confiance en mes capacités littéraires) mais est très agréable. J’ai déjà parlé de l’histoire et j’espère vous avoir persuadé sur ce point que le livre vaut le coup d’être lu. Je rajouterai qu’il faut y voir un bel hommage aux éditions de minuit (à mon avis), qui sont les éditions du miroir dans le livre, et aux auteurs qui peuvent créer des mondes fascinants et si réels pour les lecteurs.

Le personnage le plus attachant est bien évidemment Constantin Caillaud. Colombe Boncenne décrit très bien un homme normal. Avant de rencontrer Suzanne, il était serveur. Leur vie a été bouleversé par la disparition de l’amoureux de Suzanne, qui était aussi le meilleur ami de Constantin. Ils se sont donc mis ensemble, ont eu deux enfants, des jumeaux. Constantin a donc choisi de changer de carrière pour être plus stable et par relation a commencé à travailler il y a une vingtaine d’années comme comptable dans une imprimerie. Hélène est le piment de sa vie et la lecture et les livres sont moyens d’évasion. Il a ce caractère d’homme passe-partout que rien ne destinait à faire ce type de découvertes. Suzanne est la femme normale d’un homme normal (rien à voir avec notre président, bien sûr). Hélène est plus atypique. Célibataire, sans attache, elle ne cherche pas à perturber la vie de notre couple mais plutôt à s’amuser avec Constantin quand elle en a envie.

Le milieu de l’édition est peuplé de gens friands de jeux littéraires, curieux, à l’écoute du lecteur. La librairie est lieu de rencontre. Cela fait un peu monde des bisounours mais cela fait du bien de lire un livre de quelqu’un qui travaille dans ce milieu et qui ne décrit pas les gens comme obnubilés par leurs relations, leur carrière et qui ont un peu perdu le livre de vue. Colombe Boncenne a gardé son enthousiasme et cela fait du bien.

En conclusion, je dirai que c’est un premier roman réussi. Ce n’est pas un livre-doudou mais un livre qui met de bonne humeur pour les personnes qui aiment quelque peu les jeux littéraires, les livres parlant de livres.

L’avis de Clara.

Références

Comme neige de Colombe BONCENNE (Buchet-Chastel / collection Qui vive, 2016)

Docteur Glas de Hjalmar Söderberg

DocteurGlasHjlamarSoderbergJ’ai été samedi à la librairie La Procure, en sortant de l’exposition Fragonard du musée du Luxembourg. Je vais rarement dans cette librairie car je ne m’y sens pas forcément très à l’aise mais les trois fois où j’y suis allée, j’ai toujours trouvé des livres dont je n’avais jamais entendu parler. Les libraires ont des coups de cœur très personnel.

Je vais donc aujourd’hui vous présenter une de mes acquisitions, lue cette semaine. Je n’ai aucun mérite car il fait seulement 112 pages.

Le livre est écrit sous forme de journal, du 12 juin au 7 octobre. L’auteur est un médecin installé à Stockholm (qui ressemble à un petit village car tout le monde a l’air de se connaître et de se croiser très souvent), célibataire, un peu comme on entre en religion, et surtout plein de grands principes sur son « devoir ». Il reçoit souvent la visite de femmes ou de jeunes femmes en « difficulté » à cause de grossesses trop fréquentes ou plus généralement non désirées. Il refuse à chaque fois d’arranger les choses, prétextant son « devoir » (je le mets entre guillemets car il le dit avec tellement d’emphase).

Un jour arrive Helga Gregorius, femme, très jeune femme du « vieux » révérend Gregorius , vient lui demander son aide pour trouver un moyen d’empêcher le révérend de lui faire accomplir son « devoir conjugal » car elle est dégoûtée et surtout a un amant qui lui convient beaucoup mieux. Il doit donc mentir et prétexter une maladie à la jeune femme (et l’annoncer au mari). Contre toute attente (la sienne et celle du lecteur), il accepte car il est attiré par cette jeune femme. Comme cela ne marche que quinze jours, il éloigne le mari en cure pour plus d’un mois et demi. Quand le révérend revient, il constate que rien n’y fera et se demande s’il ne doit pas agir autrement.

Il ne profite pas de ce laps de temps pour entreprendre la jeune femme, qui reste avec son amant mais plutôt pour réfléchir à la manière dont une jeune femme s’est fait piéger par ce mari. Il réfléchit là encore en terme de justice et de devoir. Il voit toute sa vie et celles des autres par ces prismes. Cela donne un journal très heurté, un peu noir, bouillonnant aussi, où il se défoule car à l’extérieur, il ne peut pas et ne veut pas. Il ne s’autorise pas à vivre comme ses contemporains ; j’ai conscience que l’époque entre jeu. La fin est une surprise pour le lecteur au vu du personnage.

Avec ce côté trop moralisant, je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage du docteur Glas, mais j’ai eu pitié de ceux qui le côtoie, en particulier du pasteur et de sa femme car le pasteur lui sert de bouc-émissaire et il se sert de Helga comme d’une sorte d’objet pour satisfaire sa morale et lui-même. Il en tire du plaisir de cette manière ; j’ai eu l’impression qu’il ne lui conférait pas le statut de personne mais plutôt celui d’objet. J’ai, malgré le personnage, aimé le livre (c’est une bonne lecture) car il donne à voir à travers les yeux d’un homme trop solitaire, qui justifie ses choix de vie plutôt par des principes que son histoire et les hasards de la vie.

L’écriture et le rythme sont « classiques » mais restituent très bien la manière de penser de l’homme. Plus que par la narration, on arrive très bien à se figurer le caractère du personnage. Un autre point positif est qu’en 112 pages, il n’y a rien à jeter. C’est ni trop peu, ni pas assez.

La quatrième de couverture présente ce livre comme un classique suédois. Il a donc été écrit par Hjlamar Söderberg (1869-1941), publié pour la première fois en 1905. En 2013, les éditions Viviane Hamy ont (re)publié trois de ses textes. Docteur Glas sort en ce début d’année dans le cadre de la parution du livre de Bengt Ohlsson Gregorius (Phébus, 2016) racontant les mêmes faits mais du point de vue du révérend. Je pense que je vais me pencher sur ce livre, même s’il est bien plus épais (fainéantise quand tu nous tiens …) car cela m’intéresse de savoir si cet écrivain a vu le révérend de la même manière que moi.

Références

Docteur Glas de Hjlamar SÖDERBERG – traduit en français d’après un original suédois par Marcellita de Moltke-Huitfeld et Ghislaine Lavagne (Libretto, 2016)

Un siècle de littérature européenne – Année 1905

Deux livres de Pierre Cendors

Bonne année à tous les gens qui passent par ici, et aux autres ! Je vous souhaite bien sûr une bonne santé (parce que c’est quand même le plus important), de la réussite dans vos projets personnels et professionnels et aussi de tenir vos résolutions de nouvel an (c’est le plus dur, je pense).

Je vais commencer l’année par deux billets de deux demi-déceptions. J’espère que cela sera pour mieux rebondir après.

J’ai acheté Archives du vent de Pierre Cendors dès sa sortie parce que Pierre Cendors mais comme j’étais fatiguée, je me le suis gardée pour mes vacances. Si vous suivez depuis un peu le blog, vous savez que j’ai adoré les quatre premiers livres de l’auteur non seulement pour l’écriture magnétique et hypnotisante mais aussi pour les histoires qui sont toujours fascinantes, basées sur le thème du double, de l’absence, des coïncidences et de la disparition.

Pour ce cinquième roman, il n’y a qu’un de ces deux éléments, l’histoire mais pas l’écriture, d’où ma semi-déception.

ArchivesDuVentPierreCendorsCommençons par l’histoire. Egon Storm est inventeur du Movicône, procédé cinématographique utilisant les archives pour faire jouer à un acteur un tout autre film que ceux dans lesquels il avait joués. Le réalisateur a fait trois films selon ce procédé, trois films qui semblent adulés plutôt par les connaisseurs, puis s’est retiré. C’est le directeur de salle Karl Oska, ami du cinéaste, qui a été chargé par une lettre de l’exploitation de ces trois films où il lui était expliqué qu’il les recevrait à intervalle régulier, tous les cinq ans, puis recevrait une dernière enveloppe explicative. Dans cette lettre explicative, sous forme de testament audio, puisque le réalisateur s’est définitivement retiré en Islande, Egon Storm fait mention de l’existence d’un homme Erland Solness, qui aurait influencé sa carrière. Karl Oska va chercher à en savoir plus sur cette homme, surtout qu’il reçoit un message téléphonique de cet homme et qu’il n’arrivera jamais à le rejoindre. Je ne sais pas si je suis bien claire mais en gros, un réalisateur atypique et mystérieux entretient un peu le mystère en utilisant un ancien ami et en parlant d’un ami d’enfance dont personne n’a jamais entendu parler mais qui pourtant aurait eu une influence sur son travail artistique.

Commence alors toute une série de fausses pistes entretenues par l’auteur, des intrications d’histoires vraies ou fausses pour finir par un dénouement que personne n’aurait pu deviner, surtout pas le lecteur. On passe par de fantastiques passages en Islande, en Allemagne, en Irlande. Si vous aimez être surpris, l’histoire est géniale. Le problème est que personnellement, je ne suis pas du tout cinéma, que les procédés de création un peu novateurs me laissent complètement froide. Je me suis ennuyée à chaque long passage de description des films (et pourtant il n’y en a que trois), de comment et pourquoi Egon Storm a créé ses œuvres …

De nombreux passages m’ont plu, j’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez cet auteur. D’autres m’ont totalement déplu et je me suis ennuyée. Ces passages m’ont progressivement fait perdre tout intérêt pour le livre, m’ont fait perdre le goût de l’écriture de l’auteur (j’étais beaucoup moins fasciné que pour les romans précédents). Je maintiens que l’écriture de ce roman est différente des précédents. Il n’y a pas qu’une question de thématique.

J’assume cependant le fait que le livre m’ait déçue par son thème cinématographique. Un autre lecteur, plus intéressé, trouvera sûrement son compte dans ce roman. On peut pourtant souligner l’imagination de l’auteur et le travail d’édition des éditions du Tripode pour faire coller l’objet livre au thème du roman (et puis la police et le papier sont agréables à la lecture, ce qui ne gâche rien).

En décembre, j’avais repéré qu’un autre livre de Pierre Cendors était sorti cette année, une sorte de carnet de voyage islandais. J’ai été spécialement le chercher à la librairie et j’ai même embêté le libraire pour qu’il me le trouve (et je n’aurais pas pu le trouver toute seule, vu où il était rangé). L’Invisible dehors – Carnet islandais d’un voyage intérieur est donc la chronique, inventée ou non, je ne sais pas, d’un voyage de l’auteur en Islande. Loin des sentiers touristiques bien évidemment.

LInvisibleDehorsPierreCendorsLe livre prend la forme de pensées jetées au fur et à mesure, un peu comme le livre de Ryoko Sekiguchi dont je vous ai parlé dans le dernier billet. C’est à la fois des réflexions sur la solitude, sur ce qui est important et ce qui ne l’est pas, sur ce que c’est que vraiment voir. Il y a un mélange de réel et d’imaginaire puisqu’on retrouve un personnage d’Archives du vent. J’ai lu ce livre avant le roman des éditions du Tripode et je me le suis un peu imaginé comme le voyage préparatoire au roman.

Là encore, si vous suivez le blog depuis un petit moment, vous savez que ce genre de livres me passionnent. Les réflexions de l’auteur sont intéressantes, on rentre facilement dans sa tête pour voir ce qu’il voit ou ce qu’il pense.

L’écriture est aussi totalement différente des précédents livres que j’ai pu lire de lui ; je n’aurais tout simplement pas pu imaginer que Pierre Cendors en était l’auteur. Mais là j’ai adoré.

C’était dépaysant, tout en étant intelligent. Une bouffée d’oxygène.

Deux passages de L’invisible dehors.

Magnús Morland, quatrième commentaire : Souvent c’est en faisant quelques pas inutiles qu’un homme se rejoint. Nous mutile, en ce monde, tout ce qui ne relève que de l’utile.

Que vient-on chercher au bout du monde, là, où l’homme n’est pas ?

Cette méditation, qui ouvre et clos mon dernier roman, ne m’a jamais concerné aussi directement qu’aujourd’hui. Preuve, encore une fois, d’une complicité « professionnelle » entre la fiction et la réalité.

Que vient-on chercher à Hornstrandir, là, sous le cercle polaire ? D’abord, un horizon dont le social est absent. Ensuite, une sensation du monde allégée d’autrui, le début d’un dialogue approfondi entre l’originel et la pensée personnelle, un revif corporel de l’esprit, une parole désencombrée, un silence ardent, un non-agir à l’unisson d’un agir recueilli et fervent, quelque chose comme une renaissance calme et profonde, le sacré se reconnaissant à cette invisibilité lumineuse mais dépourvue d’éclat.

Et surtout : une relation à soi et au monde, réglée sur la même clé que celle de l’Univers.

Dans le même mouvement, prendre de la distance et gagner en proximité.

Un premier billet de l’année en demi-teinte mais on ne peut pas tout aimer tout le temps.

Références

Archives du vent de Pierre CENDORS (Le Tripode, 2015)

L’Invisible dehors – Carnet islandais d’un voyage intérieur de Pierre CENDORS (Isolato, 2015)

La voix sombre de Ryoko Sekiguchi

LaVoixSombreRyokoSekiguchiJe ne connaissais pas du tout Ryoko Sekiguchi. C’est en entendant La dispute (France Culture) de la semaine dernière que j’ai eu envie de lire ce texte. C’est lui aussi un très petit livre. Le thème principal en est l’importance de la voix après la mort d’un proche. N’importe qui ayant déjà vécu cette situation sait comme on peut regretter de ne pas avoir enregistré la voix de l’être aimé. Nous avons des photos de ma mère, nous avons gardé toutes ses affaires, des extraits de son écriture. J’ai un sac où j’ai enfermé son soutien-gorge car il sentait encore son odeur, celle d’avant sa maladie (et il sent encore). La seule chose que nous n’avons pas, c’est sa voix. Mon frère a acheté une caméra quelques mois après sa mort. C’est pour vous dire comment ce texte pouvait me toucher et pourquoi j’ai eu envie de le lire.

Suite au décès de son grand-père alors qu’elle habite en France, Ryoko Sekiguchi couche ses pensées sur la voix des défunts et à l’importance qu’elle peut avoir pour les expatriés. Ses réflexions ne portent pas que sur ce cas particulier, bien sûr. Elle compare les différentes souvenirs que l’on peut garder des morts, l’importance des cassettes de répondeur pour garder la voix, la temporalité aussi. Une image, photo ou autre, renvoie au passé tandis que la voix est toujours présent. Elle s’inscrit dans le présent quand on écoute un extrait de la voix. J’ai aimé le parallèle qu’elle fait avec les voix de radio. C’est pratiquement comme les voix de proches, d’intimes. On les reconnaît tout de suite (je suis toujours un peu déçue quand je vois le visage des voix). Quand cette voix meurt, on peut l’écouter et la réécouter. Elle est dans le présent.

Il y a des réflexions que j’ai trouvées obscures, d’autres que j’ai trouvées passionnantes, d’autres très vraies. C’est un livre très personnel et intelligent.

J’ai lu ce livre en deux fois et clairement ce mode de lecture ne correspond à la structure du livre. Ce n’est pas un essai, ni un récit. Ce sont des pensées, séparées par trois petites étoiles. Mon esprit n’a pas vu les trois petites étoiles et donc cela donne une structure décousue, la pensée précédente est en encore dans l’esprit quand on lit la suivante. Cela ne va pas. J’ai fini de lire ce livre au début de la semaine. Je l’ai repris plusieurs fois pour chercher des extraits, relire des pensées. C’est de cette manière qu’il fallait lire ce livre. Se donner du temps. Lire une pensée, réfléchir dessus… reprendre le livre. Cela permet d’apprécier plus le discours, je trouve.

Extrait

Pourquoi vouloir à tout prix distinguer la voix du regard ? Le caractère de la voix est de toucher directement les tympans, c’est un fait. Le regard, lui, ne « touche » pas, si fort qu’il nous frappe; c’est aussi vrai des vivants que des morts.

À part la peau, par quoi nous pouvons toujours celle d’un autre, seule la voix, émise en forme d’ondes, peut toucher directement nos tympans, échauffer nos oreilles.

Deux territoires où le toucher peut exister.

Leur nature propre reste inchangée, même après la mort. Les seuls organes encore capables de « toucher » après le départ d’une personne, on s’y accroche comme à la dernière partie de cet être.

Références

La voix sombre de Ryoko SEKIGUCHI (P.O.L., 2015)

Soupe de Cheval de Vladimir Sorokine

SoupeDeChevalVladimirSorokineDéjà un joyeux Noël à vous tous (même si c’est la fin de la journée). Hier soir, avant de partir au repas de Noël, j’ai essayé d’emprunter un livre sur la bibliothèque numérique de Paris. Bien sûr, cela n’a pas marché mais en revenant, j’ai réussi. J’ai choisi ce titre, une courte nouvelle de Vladimir Sorokine, car il était dans ma liste d’envie numérique, tout simplement, mais surtout parce que je voulais découvrir Vladimir Sorokine de manière « simple » et rapide (malgré le fait que j’ai plusieurs romans de lui dans ma PAL).

Cette nouvelle a paru d’abord en 2001 dans un recueil, puis dans une édition illustrée en 2007. Elle raconte une drôle d’histoire qui a mon avis est remplie de symbolique.

Dans le train Simféropol – Moscou, en juillet 1980, à 12h35, Olia rentre avec son copain de l’époque et une amie dans un wagon restaurant bondé pour manger un morceau. Un homme s’assoit à leur table mais ne veut pas manger. Il a fait la queue au wagon restaurant !? Les trois amis pensent déjà qu’ils ont affaire à un homme curieux mais n’en perdent pas l’appétit pour autant, mais mange plus lentement et s’arrête souvent. L’homme, Boris Bourmistrov, raconte son histoire. Il vient d’être libérer deux mois auparavant d’un camp de trouvé, où il a été interné sept ans et où il n’a mangé que de la soupe de cheval car l’abattoir était très proche. Tout à coup, il fait une demande étrange à Olia : peut-il la regarder manger ? Il lui donnera vingt-cinq roubles en échange. Elle mange donc, poussée par ses amis et la réaction de Bourmistrov ne se fait pas attendre : il est au bord de l’orgasme. Dans le wagon restaurant. Cela gêne un peu tout le monde bien évidemment. Les trois amis partent, pensant en avoir terminer.

Mais plus tard, Bourmistrov suit Olia, pour lui proposer un drôle de marché, de se retrouver une fois par mois pour qu’il puisse la regarder manger. À chaque fois, il lui donnera 100 roubles. La nouvelle va suivre les « aventures » d’Olia durant les années 1980, puis dans les années 1990, années de destruction de l’URSS et de construction de la Russie. Au fur et à mesure des rencontres, Olia évolue, les appartements deviennent de plus en plus luxueux, Bourmistrov est de plus en plus prospère. La nourriture aussi change. C’est le dénouement qui donne de l’importance à ses détails auxquels on ne prête que peu d’attention à la lecture. C’est aussi lui qui donne la symbolique à la nouvelle.

Cette nouvelle m’a beaucoup plu car elle ressemble à l’idée que je me fais des grands romans russes. On est tout de suite dans l’histoire, une histoire un peu bizarre mais très prenante. Il y a une foultitude de détail, malgré la taille du livre. Les personnages sont campés, vifs, reconnaissables, attachants, toujours un peu fantasque. La narration, elle, est un peu chamboulée. Par exemple, lors du repas, on a les pensées et avis des trois amis, pendant l’explication de Bourmistrov. Il y a des parties que l’on ne comprend pas forcément, les rêves d’Olia par exemple. Cela donne un récit riche et tenu malgré la brièveté du texte, que l’on peut lire différemment de son voisin, dans lequel le lecteur peut s’impliquer, remplir les vides …

Je vais pouvoir les autres livres de Sorokine de ma PAL.

Références

Soupe de Cheval de Vladimir SOROKINE – traduit du russe par Bernard Kreise (Éditions de l’Olivier, 2015)

La partie de chasse de Isabel Colegate

PartieDeChasseIsabelBolegateJe lisais le numéro du Matricule des Anges de ce mois-ci (novembre-décembre 2015), où les éditions mises à l’honneur étaient les éditions Belfond pour leur collection Vintage. La personne interrogée parlait beaucoup du livre d’Isabel Colegate, La partie de chasse. Tout à coup, je me suis demandée si par hasard je ne l’aurais et en fait, oui, dans ma liseuse tout simplement. En fait, il est beaucoup plus difficile pour moi de me rappeler des livres dans ma liseuse que ceux de ma PAL, car étant plutôt visuelle, je retiens les couvertures, l’emplacement où est le livre. Je ne vois pas trop comment distinguer un fichier d’un autre dans ma mémoire (dans celle de l’ordinateur oui, mais pas dans la mienne).

Ce livre est enthousiasment dès le départ. Il y a une préface très intéressante qui renseigne sur l’auteur, le contexte d’écriture et en quoi ce livre est important. L’avertissement nous dit cependant que cette préface révèle des éléments essentiels de l’intrigue et clairement, ce n’est pas faux. On sait ce qui se passe dans la toute dernière partie. C’est toujours un peu mon dilemme : est-ce que je dois lire la préface, au risque de me faire aiguiller sur la manière dont je vais lire le livre, cherchant les éléments dont à parler le préfacier et à savoir si je suis d’accord avec ses idées ou impressions, ou ne pas lire la préface, et manquer alors de contextualisation, penser que l’histoire est banale alors qu’elle ne l’est pas forcément, et que sa richesse se situe peut être dans les petits détails. Ici, clairement, je n’ai pas regretté d’avoir lu la préface. Certes, je connaissais le dénouement avant d’avoir commencer le livre mais l’intérêt du livre ne se situe pas dans son dénouement.

L’action se situe à l’automne 1913. C’est donc le dernier automne avant la Première Guerre mondiale, avant la fin d’un monde. Le thème principal du livre est le déclin de l’aristocratie rurale anglaise. Isabel Colegate a publié son livre en 1980, ne juge pas (malgré qu’elle décrive son milieu) et en plus, réhabilite ce type de personnages dans les romans anglais (c’est ce que précise la préface). Le roman se concentre sur trois jour, trois jours de partie de chasse sur les terres d’un sir anglais, un sir de la vieille époque.

Le roman a une grande galerie de personnage se divisant en plusieurs groupes : les aristocrates, les domestiques, les extérieurs du village, les extérieurs ne venant pas du village.

Les aristocrates se connaissent tous (d’un autre côté, ils sont invités à la chasse). Il y a trois générations. L’hôte est très vieille école. Par exemple, à la chasse, il n’y a pas de compétition, c’est le tableau global qui compte. Si on ne pense pas de la même manière, on ne se conduit pas à gentleman. Lui, par contre, voit la fin d’une époque, de son époque, veut continuer à défendre son domaine rural, quitte à avoir des idées novatrices, voire révolutionnaires. Sa femme, elle, n’est que futilité, tout en ayant pourtant à cœur le respect des convenances. Leur belle-fille et leurs trois petits-enfants habitent le domaine, et marquent un peu les générations de transition vers ce déclin proche, avec des qualités modernes, tout en gardant un certain respect pour leur position dans l’empire. On n’a invité deux couples dont un car le mari est un excellent chasseur. Pour occuper sa femme un peu casse-pied, on a invité le jeune amant pour l’occuper. La femme du deuxième couple trouve son mari ridicule, pour le respect qu’il accorde aux petits détails et qui font pour lui son rang. Elle préfère discuter avec un jeune invité célibataire de grandes idées. Je pense que vous pensez un peu la même chose que moi. Tout n’est que faux semblant : les amants se retrouvent sous les yeux des partenaires officiels. Tout le monde est d’accord du moment que cela reste discret. Il y a très peu de « grandes préoccupations ». C’est à penser que l’aristocratie ne situe bien que dans les petits détails.

Dans les domestiques, il y a Dan et son père, le premier garde-chasse et les domestiques de maison. Le garde-chasse veille au bon déroulement de la chasse, pas forcément parce que celui lui plait mais plutôt par ce qu’il veut perpétuer une tradition ancestrale, un empire. Il souhaite aussi faire honneur à son maître. Après le décès de sa femme, il lui reste deux choses : son métier et Dan. Il refuse d’ailleurs de voir partir son fils, pour faire des études, principalement car il ne voit pas d’un bon œil ce changement car il ne peut qu’être heureux dans un endroit, dans une position où toutes les générations précédentes l’ont été. Dan lui hésite. C’est un peu le pendant des petits-enfants des hôtes de la partie de chasse. C’est l’incarnation du changement (ici pas du déclin en cours). Les domestiques sont plus drôles et plus vivants, essaient de vivre leur histoire d’amour. Ils n’ont pas les mêmes préoccupations. Par contre, les aides de chasse vivent la compétition de leurs maîtres comme la leur. Cela m’a mit mal à l’aise au début car pour moi, c’est un peu le syndrome d’une aliénation. En réfléchissant, je juge un petit peu avec les idées de mon époque. Ce n’est sûrement pas comme cela que c’était ressenti à l’époque.

Les extérieurs représentent un peu le changement, l’apport des nouvelles idées, sur le sort des animaux, sur la place de la femme, la signification et le droit à la chasse. Pour l’instant, ces nouvelles idées sont clairement ignorées, même pas écoutées mais plutôt considérées comme des choses négligeables. Cela va avec une remarque qui m’a un petit peu choquée. Un femme, du groupe des aristocrates, demande comment savoir s’il n’existe pas des gens d’une aussi bonne société ailleurs en Angleterre et la réponse d’un des hommes ne se fait pas entendre. Ce n’est pas possible. Tout simplement par ce qu’ils ne peuvent qu’être moins distingués qu’eux. En toute modestie, bien évidemment !

Ce n’est clairement pas un roman d’actions ou d’aventures, ce sont les personnages qui priment. L’histoire est plus ou moins racontée par petites anecdotes. On se déplace de personnage en personnage, de petit groupe en petit groupe, assistant à un dialogue, à une pensée, à une action, en tout cas à quelque chose de léger, de futile, montrant les préoccupations de chacun, hors du temps mondial. Toutes ces petites scènes contribuent, cependant, à nous faire tendre vers quelque chose. On ne sait pas quoi, mais on sait qu’il va se passer quelque chose, on sait que cela ne peut pas continuer comme cela. On sent la tension montée au cours de la lecture.

Au final, c’est un très bon roman qui décrit très bien des faits dont on se doute, sans être pour autant aristocrate. J’ai été marquée par la légèreté, la simplicité du snobisme de l’aristocratie rurale de l’époque, cette surdité face aux changements, cette incapacité à l’entrevoir et encore plus à l’anticiper mais surtout à cette certitude d’être le haut du panier, d’être ceux qui dirigent. J’ai trouvé que la démonstration qu’Isabel Colegate en faisait était magistrale. J’ai regretté par contre le fait de ne pas pouvoir m’attacher aux personnages, du fait du mode de narration choisi.

Extrait

Dan regarda son père filer en avant pour déployer ses troupes. Il était content de le voir heureux de la façon dont se déroulait la journée. Il était heureux, lui aussi, Dan ; il aimait sentir qu’il avait participé à la réussite de quelque chose, tout comme il aimait sentir qu’il participait à la vie d’un village qui n’avait pas bougé depuis une éternité, et d’un Empire dont on lui avait appris à l’école (et il n’avait eu aucune peine à le croire) que c’était le meilleur qui ait jamais existé. Mais il savait aussi qu’il n’aurait jamais des certitudes aussi tranchées que celles de son père. C’était probablement parce qu’il avait un centre d’intérêt bien précis dans la vie. La plupart des gens n’avaient pas de vrai centre d’intérêt, il leur était donc plus facile de s’identifier avec tout ce qui les entourait ; mais quand on avait un centre d’intérêt on se sentait un peu à part, un peu au-dessus de tout cela. Depuis peu, Dan en avait pris conscience, et il se demandait s’il fallait s’en réjouir ou le regretter.

L’avis d’Anne.

Références

La partie de chasse de Isabel COLEGATE – traduit de l’anglais par Élisabeth Janvier – Préface de Julien Fellowes – traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz (Belfond / Collection Vintage, 2015)