La Marche Royale de Andreas Latzko

Commençons pour ce retour par un coup de cœur, tout simplement. Je me suis offert ce livre samedi à Gibert Joseph, après avoir fini mon examen d’allemand.

C’est un texte court, soixante pages, publié en français pour la première fois en 1926 et en allemand (langue originale) en 1932. La quatrième de couverture nous donne les informations suivantes sur l’auteur : « Écrivian austro-hongrois, ami de Romain Rolland et de Stefan Zweig, admiré par Henri Barbusse, Andreas Latzko (1876-1943) est notamment l’auteur d’Hommes en guerre. »

Tant l’histoire que l’écriture sont formidables. Commençons par la première.

On est en Italie, juste après la guerre. On suit Cesare Pasquali, jeune tisserand blessé à la guerre au mont Grappa. Sa blessure pourrait sembler légère par rapport à celles d’autres soldats, moins chanceux : il a perdu deux doigts. Sauf que ces deux doigts sont justement ceux qui sont indispensables au métier de tisserand, qu’il ne peut donc par conséquent plus exercé. Il reçoit bien une petite pension d’invalidité, qui ne peut lui permettre de vivre que très difficilement. Il sombre dans l’alcool, perd au fur et à mesure tous ses biens, se voit contraint de quitter son village natal, lui qui s’était fait une joie après la guerre de retrouver les siens. Ne recevant aucune aide, lui vient l’idée folle de retourner là où il était prisonnier de guerre, dans une ferme tenue par une veuve de guerre. Il part donc sur les routes mais à peu d’expériences.

Arrivé à Gênes, il a faim et est complètement congelé par un vent extrêmement froid. C’est là où par hasard il rencontre un autre vagabond qui va le prendre sous son aile. Lui aussi est un ancien soldat, mais Autrichien. Avant la guerre, il travaillait en tant que typographe. Lui aussi a été mutilé puisqu’il a perdu un œil et lui non plus n’a pas retrouvé sa place d’avant-guerre et part retrouver une jeune Sicilienne avec qui il s’est lié en détention, en Italie. Les deux hommes vont donc fortement sympathiser pour aboutir à une véritable amitié, en oubliant qu’à un moment ils ont été ennemis. Sauf que le conflit va leur revenir en mémoire lors d’une manifestation en l’honneur du soldat inconnu.

Le thème principal du livre est (comme l’indique la quatrième de couverture) le danger de vivre ou de croire à une sorte d’identité nationale (de patriotisme ou de chauvinisme, on pourrait aussi dire), pour lequel on serait conditionné depuis notre plus jeune âge. Andreas Latzko invite par ce texte à privilégier le lien humain, la connaissance de l’autre en tant qu’être humain et pas en tant que représentant d’un ensemble plus gros. À mon sens, ce livre aborde aussi la place qui a été faite aux soldats de retour de la Première Guerre mondiale : dans les faits, on les laisse plus ou moins tomber en voulant enterrer le passé, tout en honorant l’idée générale du soldat tombé pour la nation. Plus généralement, le texte aborde aussi le regard que l’on porte sur les mendiants et la place qu’on leur accorde (le passage avec le chien m’a complètement glacé).

C’est un texte extrêmement actuel et très riche. Il est servi par une écriture extrêmement intelligente (et une traduction particulièrement réussie), à la fois légère et virevoltante par la manière de dire les choses mais surtout profonde pour le propos. J’ai admiré à de nombreuses la manière dont Andreas Latzko enchaîne les idées dans une même phrase. J’ai choisi deux extraits pour illustrer l’écriture (si je les avais tous mis, vous auriez eu tout le livre tout simplement), deux extraits un peu sur le même thème, l’importance d’avoir une place pour se sentir quelqu’un dans notre société.

À la limite, s’il avait perdu la vie et non ses doigts au mont Grappa, il serait resté un sujet de conversation, un nom gravé sur la colonne de pierre devant la mairie. Mais là, il était plus que mort : effacé, comme s’il n’avait jamais vécu.

Tout ce que chemin faisant ses yeux effleuraient, chaque arbre, chaque misérable herbe folle, s’était incrusté à un endroit bien précis en y plantant ses racines ! Le roquet glapissant qu’il avait tenu à distance d’un jet de pierre galopait en couinant vers un portail bien précis d’où il pouvait continuer à lui lancer ses aboiements ! Chaque chose avait quelque part un chez-soi, quelque part une place bien à elle. Dans un buisson, une orange pourrie qu’il avait distraitement lancé en l’air s’était écrasée avec un bruit sourd. Le moindre caillou avait un endroit où il pouvait retomber ! Avait-on le droit de jeter ainsi un homme dans le grand bazar du monde, sans but, sans le moindre refuge derrière soi ?

Pasquali [le tisserand, en train de mendier à Gênes] eut peur de lui-même tant bouillonnait dans ses veines la tentation de briser une vitrine ou d’utiliser son poing pour coller contre un mur le premier chaland qui passerait par là chargé de paquets. Quatre fois, il s’appliqua à choisir sa victime et, quatre fois, ce fut un échec. Comme s’il n’était qu’un esprit dépourvu de corps, les gens tournaient vers lui un regard vide qui ne le voyait pas. Ignoraient-ils donc tous ce que signifiait le fait de ne pas avoir de toit au-dessus de la tête quand soufflait la tempête, la nuit, en plein hiver ? C’était son estomac qu’il aurait aimé pouvoir accrocher sous leurs côtes, chauffé à blanc par l’acide incandescent qui le brûlait jusqu’au gosier! Encore une heure et les magasins fermeraient, les rues seraient dépeuplées. Au milieu de ce dédale de murs protecteurs, entouré d’hommes, de nourriture et de chaleur, devrait-il mourir de faim aussi misérablement qu’un naufrage à mille lieues de toute assistance ?

Pour la première fois de sa vie, Pasquali se trouva totalement seul face au terrible dénuement. L’indifférence des hommes se dressait autour de lui comme un mur de pierre. Au mont Grappa, il avait passé bien des nuits à croupir sous la pluie, sans la moindre bâche sous laquelle pouvoir s’abriter, mais ils étaient alors des milliers blottis les uns contre les autres, tout aussi délaissés par Dieu qu’il l’était. Ce qui lui arrivait à présent était incommensurablement dégradant ; pourquoi fallait-il qu’il n’y ait que lui, précisément lui et lui seul qui, dans des nippes complètement détrempées, les pieds écorchés par une marche de trois jours, soit condamné à vagabonder dans les rues en tête-à-têtes avec sa faim, sous les insultes de chaque fenêtre éclairée ? Des portes cochères claquèrent devant son nez, on l’enferma dehors comme un chien errant.

En conclusion, un coup de cœur que je vous conseille donc. Est-ce que quelqu’un a lu l’ouvrage paru chez Agone Hommes en guerre ?

Références

La Marche Royale de Andreas LATZKO – traduit de l’allemand par Nathalie Eberhardt (La dernière goutte, 2017)

Un siècle de littérature européenne – Année 1932

Des nouvelles

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit sur le blog. Un mois et demi, en gros. Cela s’explique par le fait que j’ai été malade pendant un mois. J’ai été deux fois chez le médecin, qui m’a diagnostiqué les deux fois une pharyngite (donc ce n’est pas grave) et donné les mêmes médicaments qui ne m’ont pas soignée … Pendant un mois, j’ai donc toussé tout ce que j’ai pu et me suis mouchée beaucoup, beaucoup. La solution est venue de ma pharmacienne et de l’ancienne collègue de ma mère qui m’ont conseillé des trucs qui m’ont presque guéri. Je tousse encore mais beaucoup, beaucoup moins.

Vous vous doutez que mon rythme de lecture en a forcément pâti. Pour cette année 2017, je me suis fixé une sorte de challenge de lecture (qui continuera tant que je ne l’ai pas lu) : lire 12 livres qui me font peur, par leur taille ou leur réputation. Mon objectif est d’avoir au moins une chose qui avance dans ma vie. Je n’ai pas eu une bonne année 2016 au niveau professionnel (et personnel, ce n’était pas lumineux non plus) mais par contre mon année de lecture a vraiment été bonne. J’ai lu le même nombre de livres que d’habitude, j’ai diversifié mes lectures, lu des essais et documents, lu en anglais et en allemand… Quand je regarde ma liste de livres lus, je ne rougis pas. Malgré cela, je n’ai toujours pas lu les livres dont j’ai honte de dire que je ne les ai pas lus, ceux qui font que j’envie tous les gens qui déclarent les avoir lus (sur YouTube ou sur les blogs), avec l’impression d’être une lectrice incomplète.

J’ai choisi ces 12 livres au hasard (il n’y a pas que 12 livres qui me font peur), dans ma PAL, en suivant une idée exposée dans le livre The Year Of Reading Dangerously de Andy Miller. Dans ce livre, l’auteur, qui travaille tout de même dans une maison d’éditions, racontait comment il ne prenait plus le temps de lire ou de relire des livres qui lui tenaient à cœur (pas forcément parce que c’était de la grande littérature). Il faisait remarquer que sa vie passait, mais que tout cela représentait un projet inachevé. Pour changer cela, il avait fait une liste de 12 livres (qui sont devenus 50) et avait pris la décision de tout simplement lire ces livres, les uns après les autres en essayant d’en lire au moins 50 pages par jour.

C’est un peu stakhanoviste comme méthode mais je me reconnais un peu là-dedans. Je suis une grande procrastinatrice devant l’éternel, et peut-être un peu perfectionniste. J’attends toujours le moment parfait, qui ne viendra jamais, pour faire quelque chose (au travail, cela se traduit par le fait qu’il faille comprendre parfaitement le sujet avant d’en parler ou d’être satisfait de ce qu’on a fait). Pour les livres, c’est un peu pareil. J’attends une sorte de moment idéal, où je serais complètement détendu, pendant lequel je pourrais me consacrer entièrement à ma lecture, qui sera alors forcément un moment merveilleux. Après avoir lu quelques livres sur le sujet (je n’ai pas pu me contenter d’un), je me rends bien compte que ce moment n’arrivera jamais et que le mieux est tout de même d’avancer, pas forcément vite mais peut-être par petites marches pour enfin arriver à quelque chose.

Dans mon cas, cela a donc donné 12 livres, que je lis en parallèle avec les autres. J’essaie de tenir un rythme de 50 pages mais je ne me force pas. Si je suis fatiguée, je ne vais pas lire autant mais au moins un chapitre. Tout cela pour dire que c’est un projet qui me tient à cœur et je l’ai donc privilégié quand j’étais malade. J’ai donc consacré une grosse partie de mon mois de janvier à Crime et Châtiment de Fiodor Dostoievski. Ce fut un très grand bonheur de lecture. Tout ce que je m’imaginais sur l’écriture (sur la difficulté ou l’illisibilité), sur l’histoire à partir de ce que j’avais entendu ou lu était totalement différent. Sauf que moi, petite lectrice, je ne vais pas faire un billet sur Crime et Châtiment (il y a un billet fascinant d’une lectrice qui fait une analyse très complète des thèmes sous-jacents au roman). Forcément, je n’avais pas assez de matière pour faire d’autres billets. Je ne lisais que ce livre-là !

Au mois de février, je lis Anna Karénine de Tolstoï. Cela avance plus lentement, mais à chaque fois que je me plonge dans ce livre, j’ai l’impression de retrouver ma famille (russe du 19ième siècle mais quand même). Là encore, je suis surprise par la narration et à l’histoire qui ne corresponde ni l’une ni l’autre à ce que j’avais lu ou entendu. Par contre, comme je suis beaucoup moins malade, je lis quand même un peu plus (il y a quand même des BD mais elles sont absolument géniales, donc j’aimerais en parler).

Ce qui explique mon silence de ce mois de février, c’est tout simplement la préparation de mon examen d’allemand qui a eu lieu samedi. J’ai donc l’esprit un peu plus léger maintenant (même si les résultats ne sont que dans trois semaines). Du coup, vous risquez aussi d’avoir au moins un billet sur deux romans policiers en allemand (que j’ai lu pour préparer la partie compréhension écrite de l’examen).

J’espère que chez vous, tout va bien.

Cécile

Un bon allemand de Horst Krüger

Il y a quelques semaines j’ai lu ce livre que j’ai retrouvé dans ma PAL alors que j’en cherchais d’autres (que je n’ai pas retrouvés). Je ne me rappelais même plus l’avoir acheté (ni qu’il existait d’ailleurs).

Ce livre est absolument excellent mais il ne faut pas se fier à ce qu’Actes Sud en raconte sur la couverture et sur la quatrième de couverture. En effet, il ne s’agit pas d’un roman mais d’un récit. Horst Krüger (1919-1999), romancier, essayiste et journaliste, raconte son troisième Reich dans ce livre datant de 1964.

L’auteur est né en Allemagne, a grandi dans une petite maison du quartier résidentiel de Eichkamp (Berlin). Il est issu des classes moyennes (son père est fonctionnaire), a une sœur. Il avait quatorze ans à la naissance du troisième Reich et vingt-six ans lors de son écroulement. Comme il le précise dans le livre, c’est un peu comme s’il n’avait connu que ce régime puisque auparavant, il était trop jeune pour comprendre la vie « politique » de son pays. Krüger a une phrase très forte pour dépeindre son caractère, sa famille mais aussi des gens de son milieu social (c’est d’ailleurs cette phrase qui m’a fait acheter le livre car on la retrouve sur la quatrième de couverture) : « Je suis un fils typique de ces Allemands inoffensifs qui n’ont jamais été nazis, mais sans qui les nazis ne seraient parvenus à leurs fins ». C’est phrase résume à peu près tout le premier chapitre. Il raconte comment ses parents se sont adaptés au nouveau régime sans vraiment avoir de cas de conscience car ils trouvaient qu’au départ il remettait de l’ordre en Allemagne, les choses allaient mieux aussi (pour eux, le pays avait de nouveau un but). Ils montrent aussi la réprobation de ses parents lorsqu’ils se rendent compte de ce qu’est le régime, mais que bon ils ne le vivent pas, peuvent s’en accommoder tant qu’on leur garantit leur niveau de vie (et pour le mari, de pouvoir remplir les ambitions de sa femme). Je vous raconte de manière un peu plus poussée la quatrième de couverte, qui ne parle en fait que du premier chapitre (faisant croire que le livre n’est que cela).

En réalité, il y a cinq autres chapitres : un dédié à sa sœur, qui s’est suicidée en 1938 en utilisant du mercure (je ne vous conseille pas, visiblement, les souffrances que cela engendre sont juste abominables), un dédié à son activité de résistant « à l’insu de son plein gré » à cause de son ami Vania, un à son arrestation et son procès suite à ses activités de résistance, un à sa « libération » par les Américains en avril 1945 contre qui il combattait à cette époque-là, un sur le procès de Francfort.

À travers ces différentes étapes, ils abordent absolument tous les thèmes qui peuvent être intéressants pour le lecteur. Le chapitre sur l’enterrement de sa sœur montre la vie dans une famille allemande (lors d’une cérémonie particulière mais quand même). On voit les différentes sensibilités politiques qui devaient se côtoyer à l’époque, la volonté de rester digne et de ne surtout pas montrer ce que l’on ressent (il s’agit uniquement de paraître en fait).

Les chapitres sur la « résistance » montrent bien que tout le monde en Allemagne n’était pas résistants ou nazis, il y avait juste pas mal de gens « normaux », qui continuaient leur vie (de la manière dont ils l’envisageaient) et s’accommodaient des nouvelles conditions de vie tant que cela ne les touchait pas. Vania lui par contre était un résistant par choix. Horst Krüger était à l’ouest (lorsqu’il y avait deux Allemagnes) et Vania lui était à l’est (et était un communiste convaincu). Après la construction du mur, les deux hommes se rencontrent et cela donne lieu à des opinions très intéressantes de Horst Krüger sur la possibilité de vivre dans deux régimes si différents à quelques années d’intervalles. L’auteur s’interroge à la volonté des populations à toujours croire en quelque chose de meilleur (même si parfois cela peut mener à des catastrophes). Le chapitre sur la guerre (qui raconte plus ou moins le réveil difficile de la famille) est moins intéressant à mon avis car il fait trop joué et écrit. On ne retrouve pas la sincérité et l’acuité du regard des autres chapitres.

Par contre, on retrouve dans le dernier chapitre le procès de Francfort, qui suit le procès de Nuremberg. La différence est que ce procès est instruit par des Allemands (contre l’opinion de la population mais aussi contre celle des Américains qui étaient encore très présents à l’époque dans le pays). On jugeait des « personnages secondaires » du système nazi. Pour l’auteur, journaliste, c’est l’occasion de revenir sur les propos du premier chapitre : la plupart des accusés ressemblent aux victimes (ils les confond même à un moment). Ce chapitre est aussi une occasion de s’interroger sur le travail (et la volonté) de mémoire qui est fait à l’époque dans le pays sur cette période.

J’ai trouvé ce livre extrêmement intéressant pour plusieurs raisons. La première tient à la sincérité et la franchise du récit. L’auteur n’essaie pas de rejouer l’époque, de réécrire son rôle ou celui de ses parents à l’époque mais raconte et interprète de manière assez froide mais aussi logique (avec la perspective des années) ce qu’il a vécu. La deuxième raison tient à la rareté d’un tel récit. On peut trouver des romans où les personnages principaux sont des nazis, des femmes de nazis, des collaborateurs. On peut lire des témoignages de victimes et des romans écrits de leurs points de vue. Je n’avais jamais lu de récit sur cette troisième voie, où on n’est ni résistant, ni collaborateur mais où en fait, on se contente de vivre avec. Je trouve que cela fait du bien de comprendre cela (et comment cela se produit aussi) car en fait, à mon avis, il s’agit du cas de la majorité des gens (une majorité trop silencieuse sûrement mais une majorité tout de même). La troisième raison tient en l’organisation du récit en événements marquants. Par ce choix, l’auteur balaie tous les thèmes importants sur le sujet. Cela lui permet d’avoir des réflexions essentielles, de faire comprendre au lecteur l’époque et ce qui s’y jouait (et la manière dont cela se jouait).

Une lecture que je recommande donc.

Références

Un bon allemand de Horst KRÜGER – récit traduit de l’allemand par Pierre Foucher (Actes Sud / Babel, 1993)

Swoosh de Lloyd Hefner

Au mois de décembre, une dame des éditions Tohu Bohu m’a contacté pour savoir si je souhaitais recevoir le livre qu’il venait de publier sur Jacques Prévert. Sauf que moi, je n’aime pas Jacques Prévert, et ce depuis l’école primaire (c’est dû à une poésie trop longue à apprendre pour mon jeune âge et surtout à un sens que je n’ai jamais compris). J’ai donc refusé de recevoir le livre mais j’ai eu le droit de choisir dans le catalogue … Il y en avait plein qui m’attirait (je vous invite à lire ce billet de Keisha sur un autre livre de cette maison d’éditions) mais j’ai choisi le roman Swoosh de Lloyd Hefner pour la promesse d’une écriture intéressante. Je peux vous dire que c’est un excellent livre (pas un coup de cœur mais presque).

On est à New York, au début des années 1990. On suit deux personnages, Sadie French et Ike Hutchison. Assez jeune, à la suite d’un événement marquant pour Sadie, ils ont quitté leur banlieue pauvre et sans perspectives, pour habiter la grande ville, New-York donc. Tous les deux sont noirs, elle peut passer pour une blanche. C’est important pour la suite car en fait, ces deux personnages ne vont pas trouver leur place dans la ville de manière « classique » (le travail, le petit appartement …) En effet, Sadie est « dealeuse de drogue indépendante » pour de riches clients, choisis sur des critères de caractère (fiable et pas exigeant comme un drogué en manque peu l’être). Elle dit elle-même que cette activité ne peut pas durer plus de deux ans car après, il y a de gros risques (statistiquement)  de se faire prendre. Cette activité lui permet de se payer des études de finance et de gestion (car en plus d’être très belle, elle est très intelligente … ahlala ces personnages de roman qui ont tout). Ike va lui devenir une sorte de monsieur muscle (des bras de 50cm de circonférence, sans graisse, qu’avec du muscles). Il acquiert ses capacités physiques de manière naturelle (au prix d’un régime alimentaire exigeant tout de même), sans utiliser de produits. Contrairement à ce que tout le monde lui dit de faire car à l’ouverture du roman, il stagne. Ces deux personnages ne sont donc pas vraiment encore dans la ville, ils essaient de s’y faire une place mais reste pour l’instant quand même en dehors. Le quotidien de nos deux personnages va être chamboulé par la mort d’un frère de Ike, soit-disant par overdose. Le problème est qu’il ne se droguait pas. Commence alors une enquête que mèneront jusqu’au bout Sadie, Ike et les deux frères de ce dernier. Elle les entraînera dans les coins sombres de la ville : d’une secte au monde de l’art contemporain.

Tout cela pour en venir à ce qui m’a littéralement soufflé dans ce livre : la capacité de l’auteur à vous faire comprendre la ville et l’époque à travers les yeux de Sadie qui est une remarquable ethnologue, comprenant parfaitement ses contemporains (je pense qu’elle doit beaucoup à son créateur). Il faut absolument lire ce qui est écrit sur le monde de l’art moderne ! C’est juste direct et vrai. D’une intelligence dans le propos et la formulation. Tout le livre est comme cela. Cela n’est pas tant une question de description ou de faire sentir la ville, c’est l’impression tout simplement de comprendre la ville, de comprendre ce qui la sous-tend, de comprendre le plan d’ensemble que personne ne voit. Tout le cliché des séries télé sur le New-York qui serait une ville qui détruit ses habitants (les plus faibles), qui les avale littéralement pour se nourrir est expliqué ici. Vous ne le vivez pas mais vous le comprenez tout simplement. Ce personnage de Sadie  et son côté observatrice extérieure sont extrêmement bien trouvés pour nous accompagner dans cette compréhension.

Qu’en est-il de l’écriture qui m’a fait vouloir lire ce livre ? Dès le départ, j’ai été happée. Le texte dégage une énergie folle. Il n’y a pas de temps morts avec des phrases rapides et précises. Merci au traducteur, Frédéric Roux, d’avoir réussi à rendre cela en français. Une citation choisie au hasard :

Le sang de Ike affleurait maintenant sur une surface qui allait en s’élargissant, le mien avait reflué vers mon cœur, je sentais mes extrémités se glacer, j’étais baignée d’une transpiration froide, comme lorsque l’on va s’évanouir.

Sauf que je me sentais très calme.

Ce que je voulais, c’était connaître la fin du spectacle. J’espérais seulement dans un coin de mon cerveau qu’elle ne coïnciderait pas avec la mienne. (p. 157)

Les deux derniers points dont je voulais parler. En premier, il y a l’omniprésence des marques dans le récit. Sadie n’apprécie pas beaucoup les gens mais par contre aime acheter de jolies choses, chères et encensées dans les magazines à la mode. Personnellement, cela ne m’a pas intéressé pas vu que je n’y connais absolument rien mais cela contribue à dresser le portrait d’une époque et surtout du personnage (elle peut être froide et impersonnelle, pour des personnes qui ne sont pas de son entourage).

Le deuxième point est le fait que quand même certains passages sont très trash. Je me sens obligée d’en parler car cela peut à mon avis déranger certains lecteurs ou certaines lectrices. Un commentaire sur Amazon pour ce livre parle aussi d’invraisemblances. C’est peut être vrai mais je crois que ce n’est pas si important pour un livre. À mon avis, l’important est surtout que ces passages servent le livre et l’histoire (ce n’est pas comme tous les films que l’on peut voir au cinéma présentaient uniquement des scènes d’une vraisemblance folle … si ?) Le même commentaire compare l’écriture à celle de Bret Easton Ellis. Je n’ai jamais lu cet auteur donc je ne peux pas comparer (mais si cela peut vous décider à lire le livre, je le précise). Cela correspond sûrement à l’époque car Swoosh a été publié aux États-Unis pour la première fois en 1993, un peu après les premiers romans de Bret Easton Ellis.

Une lecture qui sort quelque peu de ma zone de confort, pour ceux qui suivent ce blog depuis longtemps, mais que j’ai dévoré et adoré.

Références

Swoosh de Lloyd HEFNER – traduit de l’américain par Frédéric Roux (éditions Tohu Bohu, 2017)

P.S. : j’ai oublié de dire que l’objet livre est très réussi : format, papier, police, mise en page sont, je trouve, bien choisis et contribue au fait que ce livre se lit très bien (et je ne dis pas cela parce que je l’ai eu gratuitement).

L’homme qui comprenait les femmes de Leonard Merrick

Ce mois-ci, Un mois Un éditeur, opération lancée par Sandrine du blog Tête de Lecture, s’intéresse à un éditeur que j’aime particulièrement L’Arbre Vengeur. Il est très facile pour moi de participer, vu que j’en ai un certain nombre dans ma pile à lire … je tairais le nombre par décence.

Pour ma première participation, j’ai pioché ce livre, sans avoir relu la quatrième de couverture. Dans ma tête, je me dis que puisque j’ai acheté le livre il va forcément me plaire à un moment ou à un autre, il suffit donc d’attendre le bon. En général, cela me mène à essayer le livre et à le laisser tomber jusqu’à la prochaine fois si il ne me convient. Mais bon ici, j’ai tout de suite accrochée. Première surprise en ouvrant le livre (c’est mieux pour le lire) : il s’agit d’un recueil de six nouvelles. Le livre est court, 120 pages. Chacune des nouvelles ne fait que 20 pages. Deuxième surprise : l’auteur vivait dans l’Angleterre de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle et a connu en ce temps là une certain célébrité : ses œuvres ont été éditées en 15 volumes tout de même et présenté par H.G. Wells, G.K. Chesterton et J.M. Barrie. Il est aujourd’hui oublié des deux côtés de la Manche. C’est un choix de six de ses nouvelles que publie L’Arbre vengeur dans ce livre.

Les six nouvelles ont un thème commun, traité de manière différente mais toujours avec un humour (noir) et une ironie (mordante). Un personnage masculin, auteur, dramaturge ou compositeur (créateur donc souvent malheureux), rencontre dans sa vie privé différents problèmes, plus ou moins conscient, d’ordre domestique avec la gente féminine. Je vais essayer de résumer chaque nouvelle en quelques phrases pour ne pas trop en dévoiler.

L’Homme qui comprenait les femmes : Un écrivain à succès tout relatif est remarqué pour sa capacité à comprendre la psychologie féminine. Il finit par y croire malgré des expériences qui lui montrent qu’il a encore du chemin à faire.

Frankenstein II : Un dramaturge raconte à un journaliste tout ce que lui a coûté la création de sa pièce, en argent et en malheur et pourquoi il a continué malgré tout.

Avec Intention frauduleuse : Un écrivain, marié avec un enfant, malheureux en mariage et au travail, en a marre de tout et décide donc d’en finir. Il veut cependant auparavant assurer l’avenir de sa famille.

Les Violettes : Un homme quitte une femme (mariée) à regret. Elle part à Paris, lui reste à Londres. Il promet de l’attendre et de lui rester fidèle à jamais. Pour le lui prouver, il lui envoie chaque année, des violettes pour son anniversaire. Cinq ans après la séparation, ils se rencontrent par le plus grand des hasards …

Les Trois M : Un homme, compositeur de métier, est déçu de sa carrière dans la musique (pas assez de reconnaissance) et de son mariage. Découvrant que ses malheurs commencent tous par un M, il s’évite tous les problèmes commençant par cette lettre maudite jusqu’au jour où on lui apprend qu’il a une maladie en M et que celle-ci nécessite obligatoirement une opération. Ce sont les suites de celle-ci qui nous sont expliquées dans la nouvelle.

La Comédie de l’Évêque : un Évêque a écrit dans le plus grand des secrets une comédie qu’il fait lire à une comédienne célèbre dont il est épris (chastement bien sûr) et qui s’éprend à son tour de lui progressivement. Le problème est qu’il y a une femme dans l’affaire, qui est là depuis 25 ans tout de même.

Enfin, un recueil de nouvelles comme je les aime. Chacune est courte (comme je l’ai dit, 20 pages « seulement »), a un nombre de personnages plantés rapidement, un décor (une scène) souvent unique et joue sur une seule situation ou intrigue. Chacune est traitée avec ironie, possède une chute bien sentie.

Il est dit sur un des rabats du livre que Leonard Merrick s’inspirait de sa vie personnelle. Il a du être bien déçu par les femmes ce pauvre homme vu que les femmes (mariées) sont dans la plupart des textes présentés ici source de désolation, de désappointement et de malheurs. Elles aiment trop, sont étouffantes, un peu trop mièvres, un peu trop promptes à vouloir vivre comme dans un roman d’amour. L’homme lui doit supporter en silence car c’est son rôle (il prévoit l’avenir de sa famille en cas de mort par exemple). Sauf que comme je l’ai dit, tous les thèmes sont traités avec ironie. La femme se révèle le plus souvent plus terre à terre que son mari ou amant qui n’est pas aussi « aimé » qu’il aime à le croire (le mari se plaint sans penser que sa femme peut penser pareil). Ce que j’énonce là ne sont cependant pas des généralités, il y a dans chaque nouvelle un détail qui surprend, par rapport à ce qu’on peut s’imaginer sur ce que l’auteur aurait pu faire.

Les thématiques abordées sont donc très « modernes » et ne ressemblent pas franchement à ce que l’on peut lire dans des livres datant d’avant les années 1930. Cette modernité est d’autant mieux soulignée par une excellente traduction de Jules Castier qui n’est pas du tout datée ou vieillotte.

Je profite de ce premier billet de l’année pour vous souhaiter à tous une bonne année 2017 et une excellente santé !

Références

L’homme qui comprenait les femmes et autres nouvelles de Leonard MERRICK – traduit de l’anglais par Jules Castier (L’Arbre vengeur, 2013)

Deux BD d’Anneli Furmark

Enfin les vacances ! J’espèrais pouvoir rattraper mon retard sur mes billets de lecture. Pour cela, il me fallait en rédiger entre deux à trois par jour pour être de nouveau à jour. Le problème est que j’ai récu un Starter Kit Arduino pour mon Noël de la part de mon frère ; cela m’a détourné de mes bonnes résolutions. D’autant que je dois réviser mon examen d’allemand pour février … Trêve de bavardages. Commençons ce billet consacré à deux BD d’Anneli Furmark, une auteure suédoise.

La dernière fois que j’ai été à la bibliothèque, j’ai demandé à la très très gentille bibliothécaire si je pouvais avoir une BD de la réserve. Et elle a été me la chercher (en réalité je ne l’ai jamais eu à cause d’un problème d’ISBN, merci monsieur Cambourakis), sauf que c’était long donc je me suis assise à côté d’un bac à BD et j’ai commencé à regarder celles qui sont en dessous, ce que je ne fais jamais. Je suis tombée sur ce livre que je ne connaissais absolument pas. Ce qui m’a séduite : le résumé tout simplement (je le reprends plus ou moins ici car il est plutôt très bien fait et met bien en évidence le contexte qui n’est forcément connu du lecteur français).

On est en Suède, à la fin des années 1970, dans un lotissement d’immeubles. Siv est mariée, avec trois enfants et travaille dans la section jeunesse du parti social-démocrate. C’est important pour l’histoire car ce parti vient de perdre les élections, après quarante ans de pouvoir, ouvrant la voie à une période d’incertitudes politiques. Ainsi, en coulisse, s’activent plusieurs partis d’extrême gauche tant au point de vue national qu’au point de vue local, dans les entreprises et dans les rues des petites villes.

C’est dans ce contexte que Siv, ayant une vie bien rangée, tombe amoureuse d’un jeune homme, Ulrik, militant d’extrême gauche, arrivé récemment dans la petite ville pour aider à la propagation des idées de son parti dans les rues comme dans les usines.

On voit déjà que Siv et Ulrik sont totalement différents, au niveau de leurs âges, de leurs convictions, de leurs vies familiales … C’est cet amour « malgré tout cela » qui va être au centre de cette BD : est-ce qu’elle est prête à tout lâcher pour son amant (mari et enfants) ? est-ce que lui est prêt à faire le sacrifice de ses convictions pour son amour ? On pourrait répondre tout simplement, en disant que c’est une histoire et donc oui, ils peuvent le faire. Sauf que l’auteur rend la chose plus compliquée. Toute la ville est politisée (plus exactement tous les personnages). Le mari est syndicaliste dans la même usine qu’Ulrik, mais du côté socio-démocrate. Quand le mari parle d’Ulrik à la maison, il parle de ses convictions plutôt que de la personne. Cela rend la vie de Liv plus complexes puisqu’elle juge non plus son amant sur sa personne propre mais aussi sur ses idées. Du côté d’Ulrik, c’est un peu la même chose. Il habite avec un couple du même bord politique que lui (c’est un peu les chefs locaux du parti) et qui le logent en attendant autre chose. C’est aussi dans cet appartement qu’il reçoit sa maîtresse. Quand ils se font surprendre, forcément là encore, ce n’est pas la femme qui est vu mais une personne travaillant pour l’autre camp. Ulrik doit choisir, en tout cas, pour les membres de son parti, entre sa maîtresse et ses idées. Il n’est donc pas tout à fait dans la même situation que Siv mais lui aussi doit choisir.

Les choix des personnages, leurs convictions et leurs tempérament sont au oceur de cette BD. Cela donne quelque chose qui devrait être en ébullition. En fait, tout est refroidi par le choix de la colorisation, très sombre, très noir et blanc.

Forcément, après cette première lecture, j’ai voulu continuer ma découverte des albums d’Anneli Furmark et j’ai choisi le précédent album qu’elle avait publié aux éditions çà et là, en 2013. Pourquoi celui-ci ? Parce qu’il se déroule en Islande … pour être honnête, c’est aussi parce qu’il était en numérique ! L’histoire est assez simple. Une mère et son fils adolescent partent en vacances en Islande avec le nouveau compagnon de la mère. Celui-ci est le plus enthousiaste des trois, complètement grisé par le côté très minéral et ancestral du pays. La mère est beaucoup moins enchantée car elle voit du danger partout. L’adolescent est un adolescent, et donc est plutôt indifférent et/ou lassé par les paysages et concentre plutôt sa « haine » sur le nouveau compagnon de sa mère.

J’avoue avoir eu peur que l’album ne tourne qu’autour de cette situation difficile entre le beau-père et le fils, avec la mère entre les deux. Je me suis dit que j’allais vite me lasser mais à partir de ce début classique, Anneli Furmark déroule une histoire des plus tragiques (avec un retournement de situation qui laissera pendant quelques pages, dans l’expectative de la suite).

Là encore, le contraste entre l’histoire et les paysages est très utilisé : on a d’un côté l’intime, la proximité et de l’autre l’immensité, l’infini des paysages. Quand les deux se rejoignent, le lecteur ne peut qu’être soufflé.

Les dessins et la lumière de cette BD sont par contre totalement différente d’Hiver rouge. Le livre ici est baigné par la lumière. J’avoue avoir préféré cet album juste à cause des paysages islandais. Dans les deux cas, les histoires racontées par l’auteur sont vraiment très intéressantes. Deux très bonnes découvertes, dues uniquement au hasard. Parfois il fait bien les choses !

Je termine en disant que l’auteur sortira un nouvel album aux éditions ça et là le 24 janvier 2017, Un soleil entre des planètes mortes. Cet album se déroulera en Norvège et suivra un personnage qui part en pèlerinage sur les lieux d’un roman classique norvégien des années 1930, Alberte et Jacob. Autant vous dire que j’attends cet album de pied ferme.

L’avis de Lewerentz sur Le centre de la terre.

Références

Hiver rouge de Anneli FURMARK – traduit du suédois par Fanny Törnberg (Éditions çà et là, 2015)

Le centre de la terre de Anneli FURMARK – traduit du suédois par Fanny Törnberg (Éditions çà et là, 2013)

Le phare de Babel de Yannick Anché

J’ai pris ce livre à la bibliothèque pour trois raisons : il y a le mot phare dans le titre, le vert de la couverture me plaît beaucoup et je ne connaissais pas la maison d’éditions. Découvert complètement au hasard, ce livre sera pourtant une de mes meilleures lectures de l’année ! Il est juste excellentissime.

L’action du roman se situe en 1948, en Bretagne. Elle est racontée du point de vue d’Arsène, gardien du phare en pleine mer de Babel. À cette époque, les gardiens faisaient vingt jours de travail, dix jours de repos. La relève se fait tous les dix jours, donc logiquement on change de collègue aussi tous les dix jours. Arsène a un passé familial assez tragique : son père est mort, quand il avait huit ans, dans l’effondrement d’un échafaudage qui a tué de nombreux ouvriers, son frère est décédé avec son oncle et son cousin dans le naufrage de leur bateau. Il est donc seul avec sa mère depuis ce temps-là, qui n’est plus la même depuis tous ces événements (on la comprend, la pauvre femme). Arsène a quand même pu compter sur son grand-père qui lui a appris la pêche et qui lui aussi était gardien de phare. Il était donc plein de fierté quand son petit-fils a réussi le concours et a commencé à être gardien de phare. Celui-ci a appris à aimer son travail.

Quand le roman s’ouvre, cela fait 97 jours qu’il n’y a pas eu de relève à cause de la mer déchaînée en cette période :

Quatre-vingt-dix-sept jours sans relève, quatre-vingt-dix-sept nuits sans un rêve.

Le problème est qu’il est avec un collègue avec qui il ne s’entend pas bien. Après 97 jours d’enferment et de solitude, à entendre la mer frapper le phare, les deux hommes sont devenus complètement fous. Ils ne se parlent plus mais s’écrivent sur une ardoise. Après un mauvais tour, le collègue en vient à vouloir tuer Arsène, dans un jeu de cache-cache. Commence alors, dans le phare, une sorte de chasse à l’homme, impliquant méfiance et veille continue. Bien sûr, cela se terminera tragiquement.

Je ne vous ai raconté la première partie. J’étais déjà complètement accrochée par le roman. La mer, la solitude, la chasse à l’homme… Il y a une tension incroyable dans ce roman et elle ne se relâche pas dans les trois autres parties du roman. Je m’étais imaginée un certain dénouement mais en fait, je me suis complètement avoir par l’auteur. À la fin du roman, j’étais époustouflée par l’intrigue qu’avait réussi à monter l’auteur.

La réussite du roman ne tient pas que l’intrigue ou à l’ambiance haletante du roman mais aussi aux personnages et aux descriptions de la mer. Les personnages sont typiques de ce que l’imaginaire nous dit qu’un marin doit être (je ne sais pas du tout si c’est un milieu que l’auteur connaît), solitaire, taiseux, des caractères forgés par leur travail. Je ne dis pas du tout cela de manière péjorative ; les personnages ne sont pas caricaturaux du tout. Justement, pour l’histoire que l’auteur met en place, les personnages sont juste parfait, ni trop, ni pas assez.

Si vous aimez les ambiances maritimes, les phares ou tout simplement les ambiances haletantes, je vous conseille très vivement ce livre.

Il s’agit du premier roman de Yannick Anché. C’est un homme qui a plusieurs vies : il est « créateur lumière pour des spectacles de théâtre et de danse », auteur, compositeur et interprète sous le pseudonyme de Bordelune. Comme l’auteur, les éditions Moires sont bordelaises. On peut consulter leur catalogue et commander leurs livres sur leur site internet.

Et pour finir de vous convaincre, une lecture des premières pages du livre.

Références

Le phare de Babel de Yannick ANCHÉ (Les éditions Moires, 2016)

Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de Wang Xiuchu

Comme je l’ai dit il va y avoir toute une série de billets qui ne sont pas du tout dans l’ambiance de Noël. Voilà le premier.

Cela fait je ne sais combien de temps que j’ai ce livre dans ma PAL ; cela fait tellement de temps que je ne sais même plus où je l’ai acheté (et l’étiquette de prix ne me donne aucun indice). Ce n’est pas très grave puisque je l’ai lu maintenant.

Le thème du livre est le massacre de la population de Yangzhou, en 1645, pendant 10 jours, qui a eu lieu après la prise de la ville par les armées mandchoues (lors de la « transition » entre la dynastie des Ming et celle des Qing). C’est un livre d’un peu moins de 100 pages : 2/3 est consacré à une introduction et 1/3 au texte de Wang Xiuchu lui-même.

L’introduction est écrite par Pierre Kaser, maître de conférences au département des études asiatiques de l’université d’Aix-Marseille et membre de l’irAsia, Insitut de recherches asiatiques. La première partie de l’introduction est consacrée à une présentation de l’histoire de la ville et de sa place dans l’histoire chinoise (l’auteur va jusqu’à la période contemporaine). L’auteur se concentre ensuite sur la bataille de Yangzhou lors des guerres marquant la fin de la dynastie Ming. Suite à des difficultés économiques entre autre, la Chine connaît deux rebellions (à partir des années 1620-1630) : une au Nord, celle de Li Zicheng et une au Sud, celle de Zhang Xianzhong. On sait que la rébellion du Nord, avec l’aide des Mandchous, s’est imposée en avril 1644 face à la dynastie Ming (le dernier empereur se suicidant avant la prise de son palais). Cependant, conquérir Pékin n’est pas conquérir la Chine. La guerre continua donc.

Les mois suivants la chute de Pékin et la fondation par Li Zicheng d’une éphémère dynastie Shun qui s’acheva avec sa mort en mai 1645, vont ainsi révéler la détermination de Dorgon (1612-1650), à qui était revenue, après la disparition d’Abahai (1593-1643), la corégence de la nouvelle dynastie Qing dont le jeune empereur Shunzhi (1644-1661) n’était âgé que de six ans, face à la désorganisation et à l’égoïsme suicidaires des derniers fidèles de Ming. Ceux-ci s’étaient repliés en désordre à Nankin, incapables de choisir un digne successeur au défunt Fils du Ciel. Le prince Fu (1607-1646), finalement sélectionné, ne prendra jamais la mesure de sa responsabilité. Devenu l’empereur Hongguang (r. 1644-1645), il se livrait à la débauche, pendant que quelques serviteurs zélés jouaient leur vie par respect pour leur engagement jusqu’à servir jusqu’à la mort le souverain de cette dynastie des Ming du Sud (Nan Ming) quel qu’il fût (p.21).

Shi Kefa était un de ces hommes. Il défendit vaillamment la ville, mais devant l’absence de renfort et la présence en nombre de soldats mandchous à l’extérieur de la ville, il n’a rien pu faire. La ville fut prise et laisser en pâture aux soldats, après la mort de Shi Kefa. Le texte de Wang Xiuchu est le témoignage d’un des survivants. Pierre Kaser présente ensuite le devenir du texte, sa circulation, son interprétation, son oubli, sa récupération aussi. Il présente les différentes versions chinoises et en traduction (en langues occidentales). Plusieurs fois, ce texte a été supposé être un faux témoignage, c’est-à-dire ne datant pas de l’époque du massacre.  Les gens se sont basés sur l’estimation du nombre de morts que donne l’auteur à la fin de son texte (une estimation de 800 000 morts tout de même), qui ne pouvait qu’être fausse d’après eux. Visiblement les historiens ramènent le nombre de morts plutôt entre 20 000 et 30 000, certains vont jusqu’à 300 000. Pour mémoire le massacre de la population chinoise par les japonais à Nankin, en décembre 1937, soit trois siècles plus tard, a fait entre 40 000 et 300 000 victimes. Cela donne, je pense, une idée de l’ampleur du massacre de Yangzhou.

L’introduction de Pierre Kaser est extrêmement claire et bien construite. Elle présente, pour moi, un point très positif : la lecture des notes de bas de page, de taille imposante, n’est pas obligatoire. Vous pouvez vous les réserver pour une relecture, pour une envie d’approfondissement du sujet des sources utilisées. C’est tellement rare. Après pour être quand même précise, je suis contente d’avoir fait mes lectures sur la Chine, à l’été, avant de lire ce livre car je ne suis clairement pas sûre que j’aurais autant profité de cette introduction.

Passons au texte lui-même de Wang Xiuchu (on a très peu, voire pas, de traces de l’existence de cette personne). Sur trente pages, ils racontent ce qu’il a vu et entendu. Comme il le dit lui-même, il ne raconte que cela, et aucunement ce qui a pu lui être rapporté après. Le bilan de ces dix jours pour lui est le suivant :

Des huit que nous étions au début de cette triste période – mes deux frères aînés, mon jeune frère, ma belle-sœur et son fils, mon épouse, mon fils et moi – nous n’étions plus que trois, si j’omets de compter mes parents par alliance (p. 94).

Il a entendu deux de ses frères se faire assassiner à coups de sabre, il a vu son autre frère se faire blesser et agoniser très lentement. De nombreuses personnes de sa famille. Il a été plusieurs fois obligé de se séparer de sa femme (enceinte de 8 mois tout de même) et de son fils pour les protéger. Il l’a vu se faire frapper, sans pouvoir rien dire car elle lui avait dit de ne rien faire pour qu’au moins un des deux puisse rester en vie. Pendant dix jours, il a erré de cachette en cachette pour se protéger et protéger sa famille. Il a donc pu voir de lui-même l’ampleur de ce qui se passait. Il décrit des scènes abominables : des viols, des bébés à même le sol, écrabouillés par les sabots des cheveux, les meurtres, les brimades, les coups, la recherche systématique par les soldats de nouvelles victimes… Il décrit la peur et la survie surtout. En trente pages, il dit dix fois, cent fois plus que n’importe quel film, n’importe quel livre, n’importe quel reportage sur ce qu’est la guerre, sur la réalité de ce qu’est vraiment un massacre. On ne peut pas dire qu’on « aime » ce genre de texte, on peut juste se dire que oui, il faut se souvenir et faire vivre cette mémoire.

C’est encore plus vrai quand on lit la conclusion du texte :

Tout ce que j’ai noté ici en désordre sont des choses que j’ai vécues personnellement, vues personnellement ; ce ne sont, en aucun cas, des choes entendues ici ou là. Qu’elles servent d’avertissement à ceux qui, vivant dans des temps de paix et ne connaissant que la tranquilité et la joie, négligent de réfléchir sur eux-mêmes, et son incapables de maîtriser leur appétit pour le plaisir (p. 94).

et ce qu’en dit Pierre Kaser :

Wang Xiuchu achève son récit par une mise en garde qui peut passer pour un poncif, mais derrière laquelle on sent poindre la douleur éprouvée par un rescapé choqué par le peu d’attention qu’on porta, la paix installée, aux atrocités que lui et sa famille avaient traversées. On sait par Qian Chengzhi qu’un quart de siècle après la chute de Yangzhou, le souvenir du massacre s’était estompé dans l’esprit des jeunes habitants de la ville. N’en va-t-il pas de même avec celui du massacre de la place Tian’anmen pour la jeunesse chinoise actuelle, qui, dans son immense majorité, ignore tout des événements tragiques qui se sont déroulés à Pékin, le 4 juin 1989 ?

Il s’agit de ma participation à l’opération Un Mois Un Éditeur de Sandrine du blog Tête de lecture. Cette opération met en avant une « petite » maison d’édition chaque mois et ce mois-ci il s’agit des éditions Anacharsis.

Références

Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de WANG Xiuchu – traduit du chinois et présenté par Pierre Kaser (Anacharsis, 2013)

At the Reunion Buffet de Alexander McCall Smith

Bon, avant de faire tout une série de billet sur des lectures certes excellentes mais surtout déprimantes et/ou dérangeantes (il faut ce qu’il faut pour mettre l’ambiance à Noël), je voulais faire un billet un petit peu plus joyeux et en plus avec de la bonne humeur dedans. Vous savez si vous suivez ce blog depuis un peu de temps que quand j’ai ce genre d’envie, je me tourne vers Alexander McCall Smith et ma copine Isabel Dalhousie.

Sauf que j’ai lu tous les romans parus à ce jour (cela ne se voit pas sur le blog mais bon, c’est vrai). Il me reste donc uniquement les nouvelles, qui paraissent en numérique pour faire patienter la pauvre lectrice que je suis. Ici, il s’agit de la nouvelle parue en 2015 et qui se situe temporellement juste après The Novel Habits of Happiness, le tome 10 des aventures de Isabel Dalhousie (c’est ce que je suppose mais ce n’est pas  évident). Pour les curieux, le tome 11 sort en mars 2017…

Je n’ai qu’un reproche à faire. Quand on a lu tous les livres de cette série, payer 99 centimes pour cette nouvelle est un peu fort de café, vu qu’il y en a la moitié qui est consacré à un extrait du tome 10. Franchement ! Par contre, la nouvelle est absolument excellente. On retrouve les personnages mais surtout les interrogations d’Isabel mais c’est écrit de manière concise (c’est une nouvelle). Le rythme est donc plus rapide et on se concentre sur une seule histoire, sans dévier sur des choses annexes. Je suis d’accord que c’est ce qui fait le charme des romans mais je trouve que pour une nouvelle, c’est vraiment très bien fait (j’ai souvenir d’une autre nouvelle qui elle n’était pas si bonne car un peu fouili).

Je vais quand même un peu raconter l’histoire. Cela peut en intéresser certains … Au début de la nouvelle, Isabel et Jamie (son mari et le père de son fils Charlie) discutent des réunions d’anciens élèves. Jamie donne un point de vue très tranché, en disant que c’est une chose qu’il évite à tout prix car pour lui, on ne peut qu’évoluer et se détacher de ce qu’on était en tant qu’écolier. Cela entraîne qu’à ce type de réunion, on ne peut que s’ennuyer car on ne peut parler qu’à des inconnus qui nous rappellent ce que nous étions (et que nous aimerions bien oublier). Sur cet avis donc, Isabel annonce à Jamie qu’elle va accueillir le week-end prochain une partie de la réunion des anciennes élèves de son école (de quand elle avait douze ans). Je n’aurais pas aimé qu’on m’annonce cela de but en blanc mais Jamie étant Jamie dit à Isabel que c’est super et que bien sûr il fera une apparition pour que tout le monde puisse voir qu’elle a un mari beaucoup plus jeune mais surtout extrêmement beau. Sur ce, Isabel participe aux préparatifs (cela se passe chez elle tout de même) avec les deux organisatrices. En discutant avec l’une d’elles, Isabel « découvre » qu’elles n’ont pas du tout les mêmes souvenirs (les autres vivent un peu dans le passé aussi …), surtout à propos d’une fille qui martyrisait toutes les autres. Or cette fille que tout le monde ne voulait pas voir va participer à la réunion.

Dans cette nouvelle, Alexander McCall Smith aborde les thèmes temps, des souvenirs, de la mémoire, de l’identité et du pardon. Comme vous pouvez le lire, tout cela est tout de même lié par l’histoire. On retrouve ici tout le charme du bon sens d’Alexander McCall Smith, qui fait le sel des pensées d’Isabel Dalhousie. Celle-ci m’est apparue pour le coup beaucoup plus certaine de ses choix (ah, l’amour …), et un peu moins dans les questions éthiques capillotractées (je me rappellerai toujours de la fameuse question : est-ce éthique de manger du chocolat ?)

En conclusion, un très bon cru si vous êtes aussi fan que moi !

Références

At the Reunion Buffet de Alexander McCall SMITH (Abacus, 2015)

Des carpes et des muets de Édith Masson

descarpesetdesmuetsedithmassonAu début du blog, je lisais beaucoup de livres des éditions du Sonneur (beaucoup est un peut-être un bien grand mot mais en tout cas, j’en lisais), de la grande collection et de la petite collection. Après, je n’ai plus lu que la petite collection et encore après j’ai arrêté. Et je ne sais pas pourquoi. Au début de l’année, les couvertures des livres ont été changées, je n’étais pas fan de la nouvelle maquette et donc je n’étais pas motivée pour m’y remettre. Mais en fait, je ne les avais juste jamais vus en librairie. Donc cela s’appelle du préjugé, au mieux un a priori. Mais je suis abonnée à la newsletter et quand j’ai vu la couverture de celui-ci, je l’ai acheté (j’ai lu la quatrième de couverture aussi et cela correspondait bien à mes goûts. Je n’ai pas acheté seulement sur la couverture … je ne suis pas futile, non, non …) Pour ceux qui sont comme moi, sachez que l’intérieur n’a pas changé (et donc c’est parfait), le papier et la police et la mise en page, tout cela est pareil ! C’est le format et la couverture qui ont changé, seulement. C’est différent, ce n’est ni positif, ni négatif. Je vais donc pouvoir me remettre aux éditions du Sonneur. D’ailleurs, j’ai écouté récemment le livre audio des Huit enfants Schumann de Nicolas Cavaillès et je peux juste vous dire que c’est une merveille de chez merveille (je vous le conseille vraiment beaucoup). Mon frère m’a acheté le livre pour ma fête donc normalement, vous devriez bientôt entendre de nouveau parler des éditions du Sonneur. Mais assez blablater, parlons du livre, enfin !

Il s’agit du premier roman d’Édith Masson. Il fait environ 150 pages, écrites avec un style très agréable à lire. Imaginez-vous un matin, dans un petit village, devant une écluse vidée pour être curée. Au fond, vous avez des hommes, Hilaire, Clovis et Polycarpe. Le maire Boule observe d’en haut. Monsieur Phlox, le locataire de l’ancien logement de l’écluse, aussi. Un sac attire le regard de tout le monde, un sac de l’épicerie du coin avec un motif très particulier choisie par la commerçante. Ces sacs sont en circulation depuis la veille ! Des gens jettent donc des choses, en sachant qu’elles vont devoir être enlevées le lendemain. C’est ce qui fait que les regards sont attirés vers ce sac. Quand on ouvre le sac, on découvre des bouts de squelette (des os en français en fait). Sauf que vous êtes dans un petit village, donc tout le monde est en train de regarder, le fils de l’épicière Jean-Guy, les enfants … On emmène les os au bar du coin, en attendant les gendarmes. Cela donne l’occasion de boire un coup et de parler de l’événement (et accessoirement à la fille du patron de reconstituer le corps … mais il manque des bouts). En quelques pages, Édith Masson a placé l’ensemble de ses personnages. On va, dans les pages suivantes, les suivre pendant 24 heures. On ne saura donc pas le fin mot de l’histoire (on ne règle pas une affaire comme cela en si peu de temps). On assiste donc aux bouleversements dans le village mais on ne voit pas le dénouement de l’histoire. Comme de juste, de vieilles histoires remontent, mêlant le passé et le présent. Une première chose que j’ai trouvé intéressante est le fait qu’il ne s’agisse pas d’une seule histoire ancienne qui soit ressassé par chacun des personnages : chacun (ou par paire) a la sienne, son cadavre dans le placard en quelque sorte.

L’histoire est donc assez classique en elle-même. Cependant, le fait qu’on ne connaisse pas le dénouement et que cela soit assez évident en lisant la quatrième de couverture « oblige » le lecteur à adopter une autre grille de lecture, à ne pas seulement s’intéresser à l’histoire … Il lui faut donc trouver un autre point d’accroche et pour moi, cela a été les personnages, et surtout leurs liens les uns par rapport aux autres. Clairement, Édith Masson n’use pas de la caricature : ils ne sont pas taiseux ou volubiles (comme tous les personnages de romans peuvent l’être quand ils habitent dans un village). Ils sont « normaux », comme des voisins en fait. Chacun se connaît, connaît les histoires de l’un et de l’autre, mais n’en parle pas à la personne concernée : on s’observe, on se côtoie, on s’apprécie, on partage quelque chose sans en faire quelque chose de conscient et de voulu. Le village avance comme un seul corps. Le meilleur exemple en est le fait que les protagonistes oublient le passé de la même manière, ou plus exactement chacun a un vague souvenir d’un événement qu’il n’a pas interprété sur le moment et qu’il a intériorisé. On va en parler à la personne concernée, sans l’ébruiter car chacun a le droit d’avoir son passé. Le sac d’os fait que tout cela ressort mais je trouve, pas violemment. Les gens du village cherche au maximum à garder l’unité de leur communauté. Ce sont les deux points que j’ai particulièrement aimé dans ce roman : les personnages et l’étude réaliste de la vie d’une communauté bien particulière.

On m’a fait la remarque qu’on ne voyait pas assez si j’avais aimé ou pas les livres dans mes billets. Donc je vais essayer de préciser tout cela dans ma conclusion. C’est un très bon premier roman et une bonne lecture, que l’on suit avec plaisir et dont on se rappelle l’ambiance surtout (la preuve est que je fais le billet deux semaines après avoir lu le livre et que je suis capable d’écrire dessus sans vérifier tout ce que j’écris). Clairement, si un deuxième livre d’Édith Masson était publié, je le lirais sans problèmes.

Pour achever de vous convaincre, je vous renvoie à la vidéo de l’auteur, réalisée par la librairie Mollat. L’auteur y parle de manière très précise de son livre, de son projet et de son travail d’écriture.

Références

Des carpes et des muets de Édith MASSON (Les éditions du Sonneur, 2016)