Personne ne disparaît de Catherine Lacey

PersonneNeDisparaitCatherineLaceyJ’avais repéré ce livre dès sa parution car je trouvais sa couverture trop belle. Quand j’ai vu qu’il était disponible à la bibliothèque numérique de Paris, je l’ai donc emprunté. Forcément !

C’est l’histoire Elyria, une jeune femme américaine qui a tout pour elle, ou en tout cas qui semble tout avoir pour elle : un mari aimant, un super boulot (elle est scénariste pour une série télé ; et oui c’est un travail qui n’existe pas uniquement dans les séries télévisées), un appartement classieux, des amis … Pourtant, un jour, elle décide de tout plaquer pour partir en Nouvelle-Zélande, chez un écrivain solitaire, qui lui a un jour lancé une vague invitation. Le livre est l’histoire de ce voyage et du retour inéluctable.

Le présent si parfait cache un passé plus sombre : un drame familial précédé par une mère peu présente. Le mariage parfait devient est aussi moins parfait qu’il n’en a l’air. Pourtant, Catherine Lacey ne décrit pas une femme névrosée ou quelque chose comme cela, mais plutôt une femme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Pour preuve, il n’y a pas de happy end où tous les problèmes passés se résolvent dans le présent mais bien pas de fin du tout parce que dans la vie de tous les jours il n’y a pas forcément de fin après 250 pages.

De cette femme normale, qui réalise tout de même un acte extrême, on suit les pensées, des pensées bousculées, rapides, syncopées. Elle expose devant nous sa solitude, son incompréhension, ses doutes face à sa personnalité. La question qui sous-tend le livre est bien de savoir s’il est normal de faire comme si tout allait bien, tout le temps, comme si on n’avait aucun doute, à aucun moment. Le roman questionne aussi la part de normalité en tout être.

C’est un premier roman et j’ai franchement trouvé brillante la manière dont Catherine Lacey retranscrit la moindre pensée de son héroïne. J’ai aimé le rythme intense tout au long du roman, la façon dont on sent mouliner ce cerveau, parfois à vide il faut l’avouer. J’ai lu des avis sur LibraryThing qui disaient que le roman raconte la manière dont une femme devenait folle mais c’est complètement faux à mon avis. C’est plutôt la manière dont la société va traiter cette femme, cette personne, qui s’interroge sur son avenir, sur son couple et sur son bonheur.

Si on voulait vraiment trouver une faiblesse au roman, je dirais que c’est l’histoire en elle-même. Finalement, la romancière ne fait rien des éléments familiaux qu’elle introduit. Mais peut-être que si elle l’avait fait, le roman aurait été gnian-gnian et surtout déjà vu / lu.

En conclusion, une très belle découverte. Je lirai volontiers son deuxième roman !

Les avis de Cathulu et Noukette, tous les deux très enthousiastes.

Un extrait

Est-ce que tout le monde sur la planète, ou au moins tout le monde sur la planète appelée moi, n’est pas coincé entre deux impulsions : le désir de disparaître comme si rien n’était jamais arrivé et le désir d’être une bonne personne amoureuse, aimante, aimée, qui ait un sens, qui aille juste bien ? Je veux être cette personne, une portion de personne respectable mais je voudrais aussi n’avoir rien à voir avec le fait d’être une personne, parce qu’être une personne c’est être cassable, c’est savoir que tu vas casser, incessamment à tout moment, et peut-être pas simplement à tout moment, mais précisément à ce moment-ci, cette minute, un avion pourrait tomber du ciel et t’écraser, ou le bâtiment dans lequel tu te trouves pourrait simplement s’effondrer et te tuer ou tuer la personne que tu aimes …

Références

Personne ne disparaît de Catherine LACEY – roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Myriam Anderson (Actes Sud, 2016)

Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … de Lupano et Fourquemin

CommunardesNousNeDironsRienDeLeursFemellesWilfridLupanoXavierFourqueminÇa y est … je suis revenue de mes vacances. Le cours d’allemand était vraiment excellent. J’ai appris énormément en grammaire et en vocabulaire. J’étais un peu démotivée avant de partir mais là, cela m’a redonné envie d’apprendre l’allemand. Les deux petites choses qui m’ont déçues : les cours étaient l’après-midi (et je ne suis pas de l’après-midi) et je n’ai fait qu’un demi-niveau (car l’institut Goethe de Mannheim ne gère pas le temps de la même manière que celui de Paris). Par contre, dans cette région, les gens sont extrêmement gentils et la région est magnifique (le Neckar et l’Odenwald … soupirs). La Belgique est elle toujours aussi géniale : ils vous mettent de bonne humeur rien qu’en vous parlant, ils vendent toujours du bon chocolat et de bonnes BD. J’étais à Waterloo (je n’ai pas dit bonjour à Napoléon, je vous l’avoue) et là, il y a des très grands magasins de BD, mais aussi une librairie aussi grande que celle que je fréquente à Paris avec d’aussi bons conseils.

J’ai quand même un peu lu (deux romans, une nouvelle, un micro-essai et cinq BD, cela promet donc quelques billets). Je commence par les BD ! J’étais donc à BD-World à Wavre avec mon père et c’est lui qui a attiré mon attention sur cette BD Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … Il s’agit du troisième tome d’une série qui vise à décrire le rôle des femmes dans la Commune (1871), à travers des destins de femme. Chacun des volumes peut se lire indépendamment.

Ici, l’héroïne est Marie, employée de maison. L’album se divise en deux parties non égales. Une première partie se situe à Paris en 1858. Marie débute comme employée de maison, dans la maison où sa mère est cuisinière. On l’a pris à cette place car la fille de la maison, Eugénie, a le même âge qu’elle. Elles seront donc compagnes, très rapidement amies. Pour tout dire, Marie sera témoin de ses rencontres avec son amoureux, un jeune libraire idéaliste et sortira, en toute innocence, quand ce sera trop long.

On retrouve Marie en 1871, sur les barricades. Marie aidant et ravitaillant les insurgés. Elle a gagné en âge mais aussi en confiance, et en idéaux. Son travail dans cette riche maison lui a fait comprendre beaucoup de choses, que justement elle souhaite changer ! En utilisant la violence, comme un homme, si nécessaire.

J’ai adoré cet album principalement pour deux raisons : le féminisme omniprésent et la description de la Commune. La réalité de la Commune reste pour moi assez inconnue. Je connais les faits mais pas franchement comment ceux-ci se sont produits dans la vie quotidienne. Ici, dans cette BD, c’est très bien décrit (et je suppose documenté) : le soutien ou l’absence de soutien des parisiens, les règlements de compte, les blessés, l’état de Paris aussi. C’est une Commune plus « terre à terre » que celle présentée dans les livres, en général celle des meneurs de la Commune. C’est un autre point de vue, donc forcément intéressant.

Le féminisme est forcément omniprésent quand on connaît le but de cette série. Je ne sais pas ce qui est vrai ou pas mais Marie semble plus virulente que les hommes, ses comparses aussi. Elles se procurent des armes pour lutter comme des hommes tout de même. Marie est une féministe avant l’heure. Même sans « instruction » (et peut être grâce à ce manque d’insurrection ou de formatage), elle se révolte contre ce que la famille d’Eugénie fait subir à la jeune fille. Sa volonté de vengeance pour la jeune fille est très forte et surtout elle la dirige vers les bons « ennemis » : l’ami, le père, les religieuses. On comprend que déjà à cette époque, la société est figée dans ses certitudes et dans sa hiérarchie, comme s’il n’y avait plus de possibilités de la changer.

Pour la petite histoire, le titre de ce volume est une citation du discours du professeur Louis Bergeret, lors du procès de Marie (ou des Communardes en général, je n’ai pas bien compris), où il présentait les Communardes comme des quantités négligeables, voire des quantités hystériques de la Commune. Heureusement, la société a changé depuis !

Références

Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … de Wilfrid LUPANO (Scénario), Xavier Fourquemin (Dessin) et Anouk Bell (Couleurs) (Vents d’Ouest, 2016)

Vacances

HeidelbergJe pars en vacances aujourd’hui, pour deux semaines et demi. Bien sûr, je n’ai pas prévu de billets pour vous occuper pendant que je ne serais pas là mais je ne pense pas que cela soit très grave.

À mon programme, l’Allemagne et la Belgique.

J’ai gagné une bourse pour étudier l’allemand pendant deux semaines dans un institut Goethe en Allemagne. J’ai choisi Mannheim car je voulais absolument visiter Heidelberg, pour son château entre autre.

Ensuite, nous allons passer quatre jours en Belgique, pour manger du chocolat et pour visiter un peu aussi.

J’espère que ces vacances vont bien se passer et surtout que cela va me permettre de me changer les idées ! Je ne me fait pas d’illusions par contre, cela ne permettra pas de changer la météo.

Si vous partez en même temps que moi, je vous souhaite d’excellentes vacances aussi. Sinon, on se retrouve à mon retour.

Le dernier Varlamis de Thanassis Valtinos

LeDernierVarlamisThanassisValtinosJ’ai acheté ce livre à mon dernier passage à la librairie pour la quatrième de couverture. En effet, il y était dit qu’à « travers l’histoire d’une famille » (celle des Varlamis), l’auteur parcourait « l’histoire de la Grèce moderne toute entière, de sa naissance en 1821 aux épisodes scabreux de l’Occupation et de la guerre civile qui lacéra le pays après la Libération ». Ne connaissant absolument rien à l’histoire de la Grèce moderne, je me suis dit que cela serait une bonne lecture pour moi.

Ce « roman » est très court (une cinquantaine de pages) car en fait, ce n’est pas un roman mais la retranscription du discours que l’auteur a prononcé lors de son entrée à l’académie d’Athènes.

À partir d’un chant populaire, Varlamis, l’auteur invente son histoire qu’il fait passer pour réelle. La lignée commence réellement avec Grigorakis Varlamis, lorsque celui-ci s’engage dans l’armée, « pour y finir avec le grade de sous-commandant vers la fin du règne d’Othon (1863) ». On saute ensuite une génération pour passer au petit-fils Grigorios Mikhaïl Varlamis, qui sera lui capitaine dans l’armée, avant de partir avec une étoile de cabaret, alors qu’il est marié avec deux enfants (bien sûr après il sera congédié de l’armée). L’auteur se concentre sur l’histoire de ce couple et sur l’histoire de leur fils qui sera le dernier Varlamis (il mourra pendant la Seconde Guerre mondiale, victime d’un règlement de compte).

La seule chose réelle dans ce texte est le chant populaire (de cinq lignes). Pourtant, si le préfacier n’avait pas dit que toute l’histoire était inventée, je ne l’aurais pas deviné toute seule. L’auteur, en fait, ne fait pas que raconter l’histoire de la famille mais aussi l’historiographie de la famille. Ainsi, dès le début du texte, il explique les querelles de chercheur qu’il y a autour de sa famille, en inventant des noms, des références, qui sont citées comme de réelles références. Franchement, quand j’ai commencé le livre, je me suis dit que cela allait être une lecture très difficile car ces références impliquaient un rythme très difficile à suivre, n’étant pas le rythme habituel d’une narration (type roman). En plus, l’accumulation, en très peu de temps, de noms difficilement mémorisables pour une lectrice non habituée, a rendu le début de ma lecture compliquée. Pourtant, un personnage très intéressant surnage : une étudiante ayant consacré sa thèse à cette famille, en prenant le risque d’en inventer la fin ! La citation ci-dessous est d’elle. On la retrouvera d’ailleurs à la fin du texte. D’après la postface, l’utilisation d’archives, de mélange de matière réelle et de matière inventée est caractéristique de l’auteur (8 livres de cet auteur sont disponibles en français).  Un point important du texte est donc le mélange de la littérature et de l’Histoire et la manière dont elles se répondent.

Même sans connaître l’histoire de la Grèce moderne, on peut lire ce livre sans soucis car ce n’est pas forcément le but du texte. Les éditeurs ou la traductrice ont pris le parti de mettre des notes explicatives sur l’histoire de la Grèce à la fin du livre, sans qu’il y ait de report dans le texte principal. Comme je n’avais pas vu ces notes, j’ai lu le livre sans me soucier de ce que pourtant j’y cherchais ! Après avoir lu les notes (très intéressantes), j’ai vu autrement le discours de Thanassis Valtinos.

En plus de tout cela, la traductrice propose dans sa postface un autre niveau de lecture. Cela m’a assez persuadé que le discours pouvait être lu plusieurs fois, et qu’à chaque fois on y trouverait autre chose. Je pense donc que c’est un bon texte mais pas idéal pour découvrir l’auteur. Je pense que je lirai un autre livre, un roman, de lui pour mieux me rendre compte de ce qu’il peut/veut écrire. L’avantage est que ses romans sont disponibles à la bibliothèque ou à la librairie (les éditions Fario en ont d’ailleurs publié un, en même temps que ce discours).

À souligner : le livre est très bien traduit, dans le sens où la lecture est fluide malgré la difficulté de rythme du texte, très bien introduit et bien postfacé. Enfin, des gens qui ont compris qu’on ne dévoile pas le texte avant que le lecteur l’ai lu !

Une citation

La vie est en soi une narration. L’Histoire est la narration seconde de la première. Lorsque les événements perdent le frémissement de la vie et pâlissent définitivement, par force nous faisons confiance à la littérature. (p. 49)

Références

Le dernier Varlamis de Thanassis VALTINOS – traduction et postface de Lucile Arnoux-Farnoux – Préface de Gilles Ortlieb (éditions Fario, 2015)

Emma de Alexander McCall Smith

EmmaAlexanderMcCallSmithEmma de Alexander McCall SMith est le fameux gros livre en anglais qui m’a empêché d’avancer dans mes lectures. En fait, il n’est pas si gros que cela, 360 pages, mais à chaque fois que je l’ai pris, j’étais rapidement fatiguée de le porter (je ne sais pas si c’est mes doigts qui n’aiment pas être écartés ou si c’est le fait que le livre ne s’ouvre pas bien …). En tout cas, depuis 2014, date où je l’ai acheté, il est sorti en poche en anglais mais aussi en français (aux éditions Terra Nova). Emma fait partie d’une série de réécriture moderne des romans de Jane Austen par de célèbres auteurs britanniques. On peut ainsi trouver Sense and Sensibility de Joanna Trollope mais aussi de Northanger Abbey par Val McDermid.

Il y a quelques années j’avais lu le roman de Jane Austen, roman que j’avais adoré grâce à une traduction formidable. Ici, Alexander McCall Smith reprend l’histoire, les personnages … de manière générale. Il ne suit pas à la lettre le roman de Jane Austen, mais fait sienne l’histoire en la réinterprétant pour qu’elle corresponde à notre époque. J’ai beaucoup aimé ce roman, non pas pour la réécriture de Jane Austen, mais bien parce qu’on y retrouve la manière de raconter une histoire, la plume, l’humour de Alexander McCall Smith. J’ai ressenti un plaisir proche mais moindre de celui que je prends en lisant la série des Isabel Dalhousie.

Je ne vais pas reprendre l’histoire car en gros, l’auteur reprend l’histoire et les personnages du roman de Jane Austen. La modernisation est particulièrement drôle : Emma conduit une Mini Cooper, Harriet Smith est très superficielle mais très gentille : son père est un donneur de sperme anonyme, elle enseigne dans une école d’anglais pour étudiants étrangers, sa logeuse / patronne / ami prépare des cakes un peu spéciaux, Mr. Woodhouse craint énormément beaucoup de choses (d’autant qu’il est abonné à de nombreuses revues scientifiques), a fait fortune grâce à une invention scientifique, le frère de George Knightley est photographe de mode à Londres alors que lui a choisi de reprendre et faire revivre le domaine familial. J’ai trouvé que tout était mêlé avec énormément d’humour.

Par rapport à l’histoire, Alexander McCall Smith ne s’intéresse pas à la même chose que Jane Austen. Elle décrivait une communauté à un moment t et travaillait surtout sur les relations entre chacun des membres de la communauté. Lui suit l’évolution du personnage d’Emma, ce qu’il fait qu’elle est comme elle est. Elle est dépeinte comme une enfant / adolescente / femme un peu spéciale, ayant un fort caractère, pour qui chaque chose à sa place (et c’est elle qui décide la place de chaque chose, les gens sont aussi des choses malheureusement), très marquée par sa gouvernante. J’ai trouvé que l’évolution d’Emma (surtout l’affirmation de son caractère) était intéressante (un peu comme si tout s’était joué pendant l’enfance). À l’âge adulte, elle est décrite comme gentille mais très, voire trop gâtée. Les autres personnages du roman ne semblent pas réellement interagir avec elle. Elle interagit avec eux et décide pour eux. J’ai eu l’impression d’une certaine solitude du personnage d’Emma, que je n’avais pas eu en lisant le roman de Jane Austen.

Par contre, j’ai lu un commentaire sur GoodReads auquel je souscris entièrement. Comment Emma peut-elle se découvrir un sentiment amoureux pour George Knightley alors qu’elle ne le rencontre jamais ! Visiblement, les histoires d’amour ne sont pas trop la tasse de thé de l’auteur.

Si on veut comparer le roman de Jane Austen et celui d’Alexander McCall Smith, clairement, ce n’est pas la même chose ! Alexander McCall Smith prend le temps de s’intéresser à des moments que Jane Austen n’avait pas détaillés. Ainsi, on découvre l’enfance et l’adolescence d’Emma et d’Isabella, avec leur gouvernante Miss Taylor.  Par contre, d’autres moments importants pour Jane Austen ne le sont pas du tout ; le pique-nique par exemple ne prend qu’un chapitre à la toute fin du livre. Alexander McCall Smith s’intéresse aussi énormément aux personnages secondaires : Mr. Woodhouse est particulièrement savoureux ; par contre Jane Fairfax et Ms. Bates ne sont pas trop présentes. Frank Churchill et son père ont ainsi une vie propre, pas forcément intéressante pour l’histoire d’Emma, mais que pourtant l’auteur développe beaucoup. C’est pour cela que je dis que le livre est plus Alexander McCall Smith que Jane Austen. Les digressions et les remarques (plus générales) sont la marque d’Alexander McCall Smith à mon avis

En conclusion, un roman qui ravira les fans de Alexander McCall Smith, mais un peu moins ceux de Jane Austen.

Références

Emma de Alexander McCall SMITH (Borough Press, 2014)

So Long, See You Tomorrow de William Maxwell

SoLongSeeYouTomorrowMaxwellIl s’agit du roman en anglais, un peu compliqué (pour mon niveau d’anglais) dont je parlais dans le billet précédent. J’avais repéré ce roman sur un blog américain, car j’ai été intrigué par l’auteur qui semblait être un classique en tout cas aux États-Unis, et dont je ne connaissais même pas l’existence. Il a un peu trainé sur ma tablette, justement à cause du niveau de langue. Mon intérêt a été ravivé par la republication cette année d’un autre roman de cet auteur, Comme un vol d’hirondelles, en français cette fois-ci, par les éditions Cambourakis.

J’ai donc recommencé le livre et je me suis accrochée, jusqu’à terminer le livre en étant complètement scotchée à ma lecture. C’est assez magnifique et extrêmement mélancolique.

Le livre commence par le fait marquant du roman. Dans son enfance, un fermier de sa petite ville de l’Illinois a été abattu par son voisin. C’est un fait qu’il n’a jamais oublié car cette histoire concernait un ami, pas intime mais proche tout de même, puisque celui-ci était le fils du meurtrier. Ce démarrage est très prometteur. L’histoire n’est pas racontée dans les détails mais on sent une très grande nostalgie, non pas de l’histoire mais de l’époque, de son enfance. Cela nous mène au deuxième chapitre qui m’a beaucoup dérouté lors de ma première lecture. Dans ce deuxième chapitre, le narrateur ne parle plus de cette histoire de meurtre mais de son histoire personnelle, de son enfance à son adolescence, et de sa rencontre avec cet ami. Il ne détaille pas du tout sa relation avec lui, il parle un peu de leurs occupations mais sans insisté. Cela m’a donné l’impression que c’était un ami de convenance. Ils se sont retrouvés ensemble un jour et ils le sont restés ensuite car c’était pratique d’avoir quelqu’un, jusqu’au jour où ils ont été séparés. Après cette séparation, ils ne se sont plus écrits, ne se sont plus vus. Sauf une fois, par hasard, dans le couloir d’un lycée de Chicago (alors que l’histoire initiale se passe dans une petite ville de l’Illinois). Leurs regards se sont croisés, ils se sont reconnus mais n’ont pas échangés un mot. C’est le plus grand regret du narrateur et le pourquoi il écrit cette histoire.

La deuxième partie du livre est la tentative de reconstitution du meurtre. Il prévient de suite qu’il a beaucoup extrapolé par rapport qu’il a retrouvé dans le journal, mais il a besoin de cela, cinquante ans après, pour comprendre pourquoi il n’a pas parlé dans le couloir de ce lycée. Il va ainsi s’imaginer la rencontre des deux voisins, jusqu’au meurtre de l’un par l’autre.

On voit bien que les thématiques de ces deux parties sont l’inéluctabilité du temps qui passe, la mémoire et le fait qu’on ne puisse pas changer le passé mais qu’on doive s’efforcer de le comprendre. C’est pour cela que je parlais de roman mélancolique au début du billet. J’ai eu une impression d’automne finissant, de feuilles qui tombent.

Cela vient du fait que le narrateur raconte cette histoire comme s’il était vieux, comme s’il devait faire taire ou comprendre ce regret avant de mourir, mais aussi de la description des personnages. L’auteur a choisi de n’effleurer qu’assez peu les sentiments des acteurs du drame (alors que tout est histoire de passion), mais il leur donne une volonté de fer (une fois la décision prise, on la met en action), une très grande ténacité (peut être dû à une vie difficile). Je ne suis pas capable de vous dire si l’écriture contribue à ce sentiment car comme je vous l’ai dit, le niveau de langue est un peu haut pour moi et je me suis donc beaucoup axée sur le vocabulaire pour comprendre les phrases, les actions, les lieux.

Heureusement que Cambourakis a publié ce livre en français ! Cela va me faciliter la tache pour lire de nouveau cet auteur.

Références

So Long, See You Tomorrow de William MAXWELL (Vintage Classics, 2012)

Un siècle de littérature américain – Année 1980

Le septième jour de Yu Hua

LeSeptiemeJourYuHuaDésolée pour mon absence de quinze jours. Je me suis laissée enfermer dans quatre livres un peu difficile à lire pour différentes raisons : un livre en allemand (le problème est ici la langue), deux livres en anglais (là le problème est soit la langue, soit le poids du livre) et un livre en français, celui que je vais vous présenter dans ce billet : Le septième jour de Yu Hua. Cette lecture est difficile pour ce qu’elle raconte, qui est assez déprimant tout de même. Mais c’est une très très belle lecture et je vous confirme que Yu Hua est un auteur que je vais continuer à découvrir.

Le roman se déroule sur sept jours, qui forment autant de chapitre. Il s’ouvre sur la mort du narrateur, âgé d’une quarantaine d’années, dans l’explosion / le feu du restaurant, dans lequel il était en train de manger. Plus exactement, on arrive juste après sa mort, quand il est rentré chez lui et qu’il se prépare pour aller au crématorium à 9h00, sa crémation étant prévue à 9h30. Il est seul et doit donc se préparer seul, et assez rapidement en plus car il est en retard. Il ne prend le temps de mettre qu’un brassard noir pour porter son deuil. Il arrive au crématorium et on découvre une certaine vision de la mort mais surtout de l’enterrement : d’un côté il y a les très riches, assis sur de luxueux fauteuils, qui portent de très beaux habits, qui discutent le prix de leur enterrement, et de l’autre il y a les autres, les gens normaux, avec des habits normaux, qui sont assis sur des chaises en plastique. Ceux-là sont déjà heureux quand leur famille a pu leur payer une sépulture. Mais comme je l’ai dit notre narrateur est seul, personne ne lui a donc payé de sépulture. Il décide de repartir du crématorium, car son âme ne peut retrouver la paix (et surtout il ne sait pas où aller). Il va donc errer pendant sept jours, découvrir un autre monde, celui d’après.

Dans les chapitres suivants, il va se remémorer son mariage, son enfance avec son père adoptif suite à une naissance rocambolesque (qui en fait pratiquement un enfant né de nul part), la pauvreté et la misère mais l’amour tout de même. Ces sept jours sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres gens avec d’autres histoires, plus tragiques les unes que les autres et qui sont l’occasion pour l’auteur de décrire, voir dénoncer, des situations d’aujourd’hui : les mensonges d’état (parce que chez eux aussi tout va bien, parce que ce que l’on ne sait pas ne peut pas nous faire de mal), la corruption quotidienne, le pouvoir de l’argent et des marques (et la manière dont cela change une société), la destruction de maisons sans même se soucier s’il y a quelqu’un à l’intérieur, les logements de misère. Finalement, ce qui aidera notre narrateur à trouver le repos, c’est le fait d’avoir pu discuter avec son ex-femme, d’avoir eu une dernière confrontation avec elle mais surtout d’avoir pu embrasser une dernière fois son père adoptif.

Il est facile de deviner, au vu de mon résumé, que ce qui m’a énormément plu est le fait que ce roman soit un roman social mais aussi un roman qui permet de connaître un peu mieux la société chinoise (même s’il est toujours mieux d’avoir plusieurs point de vue). J’en suis sortie avec l’impression d’une société très hiérarchisée, où la dégringolade sociale peut être très rapide et sévère, mais aussi d’une société où les gens acceptent leur sort, comme s’il savait qu’il y avait autre chose de plus important (je ne sais pas quoi par contre).

Yu Hua n’écrit pas un roman désespérant. Bien au contraire, en faisant « vivre » ses personnages après leur mort, il peut envisager les deux points de vue (l’avant et l’après) et ainsi mettre une certaine solidarité entre les « morts » abandonnés, en tout cas les plus pauvres, puisque c’est eux que l’on suit dans une grande partie du roman. Cette relation entre les gens n’est que très peu mis en scène dans les moments « vivants » du roman (voire même plutôt le contraire).

L’écriture est assez dépouillée et se met entièrement au service du discours. Il n’y a pas d’effets de style, en tout cas je pense même s’il est très difficile de juger une écriture dans une langue que l’on ne connait pas. Je n’ai ainsi pas trouvé que l’on remarquait la présence de l’auteur. J’ai même eu l’impression de lire une sorte de journal intime du narrateur, comme un récit ou un témoignage. La seule faiblesse du roman (le pourquoi je ne lui ai mis que 4.5/5 sur LibraryThing), ce sont parfois les transitions, en particulier les passages entre monde des vivants et des morts. Elles semblent factices ou bien on glisse d’un monde à l’autre sans s’en rendre compte.

En conclusion, je vais continuer à découvrir Yu Hua, qui me semble pour l’instant un auteur extrêmement intéressant.

Références

Le septième jour de YU Hua – traduit du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut (Actes Sud, 2014)

Je t’ai vu pleurer de Immanuel Mifsud

JeTAiVuPleurerImmanuelMifsudJ’ai reçu juste avant l’eurovision la newsletter de Book Depository, donnant une liste de livres dont les auteurs étaient originaires des pays favoris de l’enseigne. Il y avait et Chypre et Malte. Ne connaissant aucun pays de ces deux pays, j’ai regardé et il s’est avéré qu’un des livres, d’un auteur maltais, Immanuel Mifsud, venait juste de sortir chez Gallimard (les autres auteurs maltais étaient Clare Azzopardi, auteur de théâtre, et Oliver Friggieri). Le hasard fait bien les choses tout de même. Un passage au Divan et hop, je commence à le lire !

Le livre est très court (90 pages). C’est un récit et non un roman : Immanuel Mifsud raconte son père mais surtout l’image de la paternité et de la masculinité (repris de la quatrième de couverture) qu’il lui a transmise.

Quelques années avant la mort de son père, l’auteur a trouvé un carnet marron où son père racontait de manière très méticuleuse les années où il a servi comme soldat maltais au côté des britanniques, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’était alors promis de le publier d’une manière ou d’une autre.

Au décès de son père, il écrit ce livre où sont insérés des passages de ce fameux journal car le passé militaire de son père, ses médailles et sa baïonnette font partie intégrante de l’image qu’il s’est forgé de l’homme. Image d’un homme fort qui ne pleure pas, qui ne se plaint pas, une image d’Homme avec un très grand h, d’un patriarche. Voici un extrait de son carnet :

L’Homme devrait avoir trois Cœurs. Un Cœur de feu qui brûle d’amour pour Dieu un autre de Chair pour aimer ses proches et un Autre en Bronze pour contenir tous les désirs du Corps ; et la Famille devrait obéir à l’Autorité du Père – si l’Homme est une poule et la Femme un Coq, alors toute la Famille sera sens dessus dessous.

Ce père pouvait être extrêmement sévère vis à vis d’un fils moins inhibé vis à vis de ses émotions, d’un fils qui voulait vivre ses propres expériences. L’auteur parle de querelles fréquentes, de rebellions… Pourtant, cette image « idyllique » du père est cornée par d’autres moments, des moments où son fils se rappelle l’avoir vu pleuré, des moments où son handicap (il boite) l’a rendu plus fragile qu’il ne l’aurait voulu.

Ses souvenirs entraînent Immanuel Mifsud à réfléchir à ce que son père lui a transmis, et c’est cette image du père et de la masculinité qui lui vient à l’esprit. Lui aussi a un fils et il se demande si justement il n’est pas en train de reproduire le même schéma.

Ce récit n’est donc pas un hommage au père, comme on peut en lire régulièrement, ni un règlement de compte d’ailleurs, même si parfois on est un peu gêné par la violence du propos (sans concession), dans le sens où le livre est très personnel, voire trop personnel. Cette impression est amplifiée par l’écriture de l’auteur, souvent impérative et exclamative. Il ne s’adresse jamais à son lecteur mais bien à son père avec un tu répété très fréquemment et à lui-même par un je, répété lui aussi très fréquemment dans la seconde partie du récit. C’est un bon livre, mais si je voulais vraiment lui trouver un défaut, c’est celui-là : le récit ne permet pas de réfléchir soit même à la transmission de la féminité ou de la masculinité entre parents et enfants, justement parce qu’il est très personnel et particulier. La manière dont lui réfléchit à ce sujet est par contre très intéressante.

Un point très positif aussi pour ma première lecture maltaise : on apprend des petites choses sur l’histoire maltaise, sur des traditions du pays (tant de choses dont je suis complètement ignorante). La traductrice a fait un très bon travail tant au niveau de la traduction, que des notes de bas de page, pour éclairer le lecteur francophone.

Je lirai d’autres livres de cet auteur, peut être en anglais (s’il n’y a pas de nouvelles traductions), car j’ai apprécié l’écriture ainsi que sa manière de raconter son histoire.

Références

Je t’ai vu pleurer de Immanuel MIFSUD – récit traduit du maltais par Nadia Mifsud (Gallimard, 2016)

Le livre des secrets de l’alcôve de Hong Ying

LeLivreDesSecretsDeLAlcoveHongYingJ’ai pris ce livre à la bibliothèque, sur la foi de la quatrième de couverture. Automne 1935. Julian Bell, 27 ans, débarque à Wuhan pour donner des cours de littérature anglaise à l’Université de la ville. Ce n’est pas n’importe qui puisqu’il est le fils de Vanessa Bell, sœur de Virginia Woolf. Il a grandi entouré des membres du groupe de Bloomsbury et a fondé ses convictions, entre autre, à partir de ce qu’il a vu et qu’il a entendu dans son enfance, adolescence et âge adulte. Ainsi, il se vante d’être poète, analyste politique, hédoniste, libéral et révolutionnaire mais aussi d’avoir l’esprit ouvert face à d’autres. J’utilise le verbe vanter à dessein car ses convictions vont être mises à rude épreuve à Wuhan, surtout à cette période.

En arrivant à l’université, il fait la connaissance de la femme du doyen. C’est une intellectuelle, écrivain, proche du mouvement d’avant-garde Lune Nouvelle, comme son mari d’ailleurs. Elle n’est pour lui qu’une femme comme les autres mais rapidement ils se tournent sans que lui reconnaisse son attirance. Tout va changer à partir du moment où ils vont céder à leurs pulsions. La femme du doyen se dévoile beaucoup moins sage que prévu. Elle lui explique faire l’amour selon les principes taoïstes, enseignés par sa mère, et qui permettent de vivre une vie plus pleine et longue. Elle se propose de lui enseigner ses principes car elle se fane au contact de son mari qui ne supporte pas de telles pratiques (cela le rend littéralement malade). Elle a donc besoin d’un partenaire suffisamment vigoureux et , qu’elle voit en Julian. Lui qui se croyait aguerri, se trouve rapidement ramené au rang de débutant. De plus, il éprouve très rapidement des sentiments amoureux, qu’il n’assume pas car il n’en a jamais ressenti auparavant sauf peut être pour sa mère, avec une relation qui tient plus de l’amour platonique entre amants que celle d’une mère et d’un fils.

Voilà pour le résumé ! Je savais ce que je prenais à la bibliothèque, un livre à caractère érotique et clairement c’est un roman de belle facture sur ce sujet là en tout cas. L’auteur décrit assez pudiquement les relations sexuelles entre les deux protagonistes principaux du roman, tout en arrivant à nous faire ressentir l’attraction des corps.

Par contre, il m’a semblé que tout le reste sonnait faux. Pour une raison toute simple, l’auteur ne raconte l’histoire que du point de vue de l’occidental Julian. Aux pages 242 et 243 (pratiquement à la fin), Julian se rend compte de quelque chose que le lecteur a bien remarqué depuis les cinquante premières pages :

Julian prenait conscience qu’il n’était en fin de compte qu’un pur Anglais. La Chine, ses femmes, sa révolution et le reste demeureraient pour lui un éternel mystère. Il ne pouvait pas plus admettre sa frénésie amoureuse que la violence de sa révolution.

[…]

Il ne pouvait s’affranchir d’un certain racisme dont il avait simplement moins conscience que ses semblables. Son âme dissimulait dans ses profondeurs son mépris des Chinois, jusqu’à la femme la plus chère à son cœur. Sa décision de rupture, face à Lin et Cheng, n’était au fond qu’une arrogance d’Occidental.

Ne regarde pas en arrière, se mettait-il en garde. Lui qui se voyait en internationaliste n’avait succombé en Orient qu’à l’attrait de l’exotisme. Révolution ou aventures amoureuses, il ne pouvait trouver sa place qu’en Occident.

Julian, dès le départ, est un personnage qui n’est que caricature, n’ayant aucune complexité. Il est sûr de lui-même, de ses convictions mais aussi de ses charmes. Il n’a rien à apprendre des autres, surtout pas des Chinois. Il ne se montre pas ouvert, pas curieux (en tout cas Hong Ying ne le montre jamais). C’est un goujat (il y a un peu du « alors, chérie, cela t’a plu »), peu sensible à sa partenaire. Il juge tout sans comprendre, en particulier le mouvement Lune Nouvelle, que finalement il ne connaît pas parfaitement, et surtout il juge par rapport aux critères du groupe de Bloomsbury et non sur des critères qui seraient importants pour lui. Il ne s’intéresse pas à l’évolution de la situation politique de la Chine, qui vit pourtant une période mouvementée sous la pression des Communistes et des Japonaise. Il se prétend tout de même analyste politique ! Je crois que le pire est tout de même sa relation avec sa mère. Il lui dit tout mais vraiment absolument tout, deux fois par semaines par lettre. Il dit à plusieurs reprises que leur relation est assez inhabituelle (moi j’aurais dit malsaine).

Le roman devient rapidement ennuyeux puisqu’on a seulement le regard de cet horrible personnage pour vivre cette histoire. On ne découvre pas la Chine, l’histoire d’amour n’est pas crédible puisque Julian n’est pas capable d’éprouver ce genre de sentiment (trop centré sur lui-même pour cela). Reste le sexe mais malheureusement cela ne fait pas tout.

Comme je l’ai dit, je pense que le problème vient d’avoir choisi de raconter l’histoire uniquement du point de vue de Julian. Hong Ying précise son projet dans la postface :

En tant qu’auteur chinoise en Occident, ma plus grande difficulté est de résider en un lieu sans en saisir les réalités : réalité des hommes, réalité culturelle, réalité du pays. Au cours de mes insomnies surtout, dans le profond silence de la nuit, ce tracas peut se muer en véritable souffrance, Tout ce qui se passe ici, je ne le découvre qu’après coup, par la presse ou la télévision. Un million de personnes en liesse dans la rue, par quel mystère ai-je pu passer à côté ? Quand cinq millions de personnes assistaient à des courses hippiques, comment se fait-il que je n’en connaisse ni l’heure ni le lieu ? Non pas que je souhaite absolument y participer, mais je suis dans l’impossibilité d’en être informée. Et lorsque je demande où puiser les renseignements, on me répond par un grand rire – le simple fait de vivre ici suffit pour être tout naturellement au courant.

Tout est là : nul besoin de documents, de lectures, de relations, les choses se font spontanément, les gènes culturels sont donnés à la naissance. Confronté à ce même « mur transparent » qui m’entoure, qu’adviendrait-il d’un étranger vivant en Chine ? À quelle situation se trouverait-il réduit ? Sans doute lui non plus n’arriverait à rien.

En lisant cela, j’ai pensé que l’idée était bonne mais le résultat pas franchement. Et surtout je me suis posée les questions suivantes : est-que Julian Bell était vraiment ce type d’hommes ? est-ce que l’auteur décrit l’idée qu’elle se fait d’un occidental (et franchement cela fait peur) ou tout simplement n’a-t-elle pas réussi à rentrer dans le « mental » d’un homme occidental (et se soit du coup incapable de décrire une histoire de ce point de vue) ? J’ai pris un autre roman d’elle à la bibliothèque. Si je le lis, j’aurais la réponse à ma deuxième question mais j’aimerais bien que les spécialistes du groupe de Bloomsbury me disent si le personnage de Julian Bell s’approche de la réalité.

Références

Le livre des secrets de l’alcôve de HONG Ying – traduit du chinois par Véronique Jacquet-Woillez (éditions du Seuil, 2003)

L’extinction des coléoptères de Diego Vargas Gaete

ExtinctionDesColeopteresDiegoVargasGaeteJ’ai été samedi au Divan .. ah ! (officiellement pour aller à la bibliothèque et aussi acheter du café et un livre).

Je suis tombée sur ce livre et je l’ai pris pour plein de raisons (raisonnables bien évidemment) : j’aime beaucoup la couverture, je ne connaissais pas la maison d’éditions, je ne connaissais pas l’auteur, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre d’Amérique du Sud et le résumé était très dynamique (en tout cas la première partie) :

Le 19 décembre 1986 Olaf Krause reçut un coup de fusil en pleine jugulaire alors qu’il participait à une partie de chasse aux lapins dans la propriété des Kunz.  L’attaque mit un point final à la vie d’Olaf Krause et fut classée par la police et les médias dans les faits divers tragiques. Tania Cayupi, la compagne du citoyen allemand à cette époque, confia lors de l’enquête qu’une semaine avant de mourir, Olaf Krause lui avait fait part de son projet de révéler publiquement et à la communauté internationale les aberrations commises dans le sous-sol du collège.

Cela ne ressemble pas trop à un thriller ? En fait pas du tout. C’est un des livres les plus étranges que j’ai lu et pourtant je n’ai pas pu le lâcher !

Le livre est séparé en deux parties : la première raconte l’histoire de Sylvana Kunz, descendante d’immigrés allemands, ayant une grosse fortune, et dont le père faisait partie de la direction du Collège allemand de Temuco, où se sont passés les fameuses aberrations dont parlent le résumé ; la deuxième partie raconte principalement la vie du fils de l’agent d’entretien chargé de la surveillance du sous-sol, même si la vie du père est évoquée. On a donc deux points de vue, venant de deux communautés différentes.

Sylvana Kunz était une enfant capricieuse, qui s’est mariée à un homme, un journaliste, qui sera à l’origine du scandale sur les atrocités du sous-sol (il sera assassiné dans une chambre d’hôtel). Pourtant, l’auteur nous montre son futur qui ne sera que brillant, jusqu’à un certain point, où les apparences tant protégées éclateront. Cette partie est fascinante pour le lecteur. L’auteur nous tient par le suspens, sur le pourquoi du décès de Olaf Krause, sur la nature des pratiques du sous-sol. Pourtant, il écrit d’une manière à perdre son lecteur : il mélange les trois périodes (présent, passé, futur) de la vie de Sylvana, en exagérant pas mal sur le futur. Chaque « période » est séparée par trois petites étoiles qui indiquent le changement, mais jamais je ne me suis jamais retrouvée perdue pour savoir où j’étais temporellement. Une autre chose sur cette première partie est le fait que le lecteur ne sait pas où l’auteur veut en venir. Il semble tourner autour du suspens, de l’élément important. Quand je lisais, je regardais la deuxième partie arrivée (où j’avais bien vu que les protagonistes de la première partie, surtout Sylvana, ne revenaient pas) et je ne comprenais pas ce que l’auteur voulait montrer, ce qu’il voulait dire.

La deuxième partie est plus conventionnelle au niveau de la narration. Elle est aussi est menée en trois narrations : la vie du père, la vie pathétique du fils, devenu professeur-assistant de droit, la vie virtuelle de celui-ci. En effet, il entretient une correspondance avec une femme vivant aux États-Unis et qui vend ses charmes sur internet. Le père a une conscience qui lui dit que ce qui se passe dans le sous-sol n’est pas moral et est, et sera toujours, très gêné par cela, même s’il n’est jamais intervenu car il a baissé la tête devant son chef, tout simplement. Malgré le fait qu’il est meilleur que le père Kunz, sa vie ne sera pas meilleur et son fils ne sera pas meilleur (ni sa vie) malgré toute sa soumission (sa vie est à mettre en parallèle avec les exploits de Sylvana dans la première partie).

Cette deuxième partie m’a fait voir le livre d’une autre manière. L’auteur n’a pas du tout voulu faire un thriller, un livre glauque sur des exactions de migrants, mais bien comme le dit la deuxième partie de la quatrième de couverture (que je n’ai pas lu dans la librairie),  une histoire sur un siècle « de la région rurale du sud du Chili, modelée par la rencontre du Mapuche, du Chilien et du Colon ». Quand on lit le livre de ce point de vue, les détails auxquels on porte attention sont tout autres. C’est l’évolution des générations qui commencent à intéresser, la différence de vies mais aussi les jeux d’apparences et de pouvoirs qui mènent la petite et la grande Histoire.

Je trouve cependant que c’est un livre difficile d’accès pour un lecteur, on va dire, occidental. On peut lui faire dire n’importe quoi (ce n’est qu’ici mon interprétation, guidée par la quatrième de couverture tout de même) ou même complètement passé à côté, tant à cause de l’histoire, tant à cause de l’écriture.

Quand je vous disais que c’était un livre étrange !

L’avis de Nathalie

Références

L’extinction des coléoptères de Diego VARGAS GAETE – roman traduit de l’espagnol (Chili) par Julia Cultien (L’atelier du tilde / Tadeys, 2015)