La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt

Je suis retombée dans Dürrenmatt, grâce à ma prof d’allemand, qui a vu récemment trois film et téléfilms (sur 3 SAT), adaptés des œuvres de l’auteur suisse. J’ai lu cette pièce de théâtre avant de regarder le téléfilm (en allemand, sans sous-titres et j’ai tout compris). Vous allez donc avoir mon avis sur les deux.

La Visite de la vieille dame est une pièce en trois actes, qui fait écho, à mon avis, au texte de Wijkmark dont je vous parlais dimanche dernier. Güllen est un petit village qui a connu la prospérité il y a quelques années, mais s’enfonce désormais dans la pauvreté, après la fermeture des trois industries du village. Alors quand une vieille dame extrêmement riche, Claire Zahanassian, native du village, arrive pour sa première visite, après l’avoir quitté jeune fille, tout Güllen en particulier les notables s’activent pour solliciter un don.

La vieille dame s’avère très décidée et acariâtre. La donation ne semble pas acquise. Tous les espoirs reposent sur Alfred Ill, l’amour de jeunesse de Claire. C’est donc lui qui va faire les honneurs du village à la dame. Mais, lors du repas organisé en son honneur, Claire annonce être prête à faire un don énorme, plusieurs milliards, à partager entre la ville et ses habitants, à une condition : Alfred Ill doit mourir. Bien sûr, toute la ville commence par s’offusquer et refuser la donation. La pièce décrit l’évolution de l’opinion des villageois.

Dans cette pièce, Dürrenmatt décrit le mécanisme de foule, du basculement progressif de l’opinion vers une opinion qui n’était pas la sienne initialement. Le texte pose aussi la question de la justice (vous vous doutez bien que Claire ne souhaite pas la mort d’Alfred pour rien) et de l’intérêt collectif face à l’individualité (Alfred doit-il ou non se sacrifier pour l’intérêt du village : c’est là où on retrouve les problématiques du texte de Wijkmark). J’ai retrouvé dans ce texte tout le plaisir que j’avais pris à lire La panne du même auteur. C’est intelligent, bien écrit et bien construit.

Le seul reproche que l’on peut faire est que le texte a légèrement vieilli. Un exemple. Alfred Ill est épicier, la pauvreté des villageois est marquée par le fait qu’ils ont besoin d’un crédit dans son magasin pour s’acheter du tabac, de l’alcool ou des chaussures (mais ça, c’est dans un autre magasin). Lorsque l’auteur décrit la décrépitude de la ville, on voit pratiquement une ville de western, avec le buisson qui s’envole dans les rues.

C’est là où le téléfilm est absolument brillant. Il reprend toute la thématique de la pièce de théâtre (effet de foule, justice, pauvreté, prospérité …) tout en modernisant le texte, et en améliorant les personnages.

Güllen n’est pas une ville pauvre, les gens ne vivent pas en haillon. Ils partent juste vivre ailleurs, c’est une ville désertée par manque d’emplois. Ceux qui y habitent ne sont pas pauvres, mais juste abandonnés, et sans espoir.

Dans le livre, Claire Zahanassian n’est pas du tout sympathique, on ne comprend pas vraiment comment qui que ce soit peut prendre son parti. Dans le téléfilm, elle est certes sèche et stricte, mais on la voit avoir des sentiments : il y a des scènes de remémoration de souvenirs avec Alfred Ill (joué par Michael Mendl, acteur que j’aime beaucoup), où on voit qu’elle éprouve encore des sentiments pour lui. Le film accentue aussi l’effet des journalistes sur le déroulement de l’action alors que, dans le livre, les journalistes arrivent à la fin du texte. On ne comprend pas vraiment quels rôles ils vont jouer dans le drame. Là, la journaliste (fille d’Alfred Ill tout de même) intervient dès le début pour présenter l’histoire du point de vue de Claire, avec des larmes aux yeux. On comprend facilement pourquoi l’opinion bascule du côté de la vieille dame. Alfred Ill est vendeur de voitures, plutôt qu’épicier. C’est très bien trouvé, car aujourd’hui, le prestige est souvent associé à une grosse voiture.

Je pourrais continuer pendant des heures, car je suis très enthousiaste pour le texte et pour le téléfilm ; je vous conseille d’ailleurs les deux.

Références

La Visite de la vieille dame de Friedrich DÜRRENMATT – traduction et adaptation française de Jean-Pierre Porret (Livre de Poche, 1988)

Der Besuch der alten Dame – téléfilm de Nikolaus Leytner (2008)

Un siècle de littérature européenne – Année 1956

1 commentaire

  1. je ne l’ai jamais lu ni vu ni au théâtre ni au cinéma – par contre j’ai vraiment apprécié 2 autres titres de cet auteur = la promesse et la panne – les deux ont été portés au cinéma, mais je ne les ai pas vus

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