188 mètres sous Berlin de Magdalena Parys

Magdalena Parys est née en 1971 à Gdansk. Elle a émigré avec sa famille à Berlin-Ouest, à l’âge de 13 ans. Elle vit toujours à Berlin. Elle a reçu le prix de littérature de l’Union européenne en 2015. On retrouve quelque peu de son histoire dans ce premier roman, puisque ce roman se passe à Berlin, dans les années 80, avec quelques personnages polonais. Ce n’est pas autobiographique, donc.

Berlin, 1980. Le mur sépare la ville depuis plus de vingt ans. Les familles peuvent se voir, en utilisant des permis d’une journée, et après avoir subi l’épreuve des fouilles aux checkpoint. Roman vit à Berlin-Ouest, avec sa mère, depuis 1961. Son frère, Franz, vit lui à Berlin-Est avec son père. En effet, les parents se sont séparés juste avant la construction du mur, partant chacun de leur côté avec un enfant. Vivant à Berlin-Est, sa mère a trouvé refuge chez sa mère, à Berlin-Ouest, au dernier moment. 20 ans après, les parents sont morts, mais la mère a fait promettre à Roman de ne jamais laisser tomber son frère. Il décide de faire évader son frère de Berlin-Est, mais pas de manière simple. Il veut creuser un tunnel, au même endroit où un tunnel avait déjà été construit pour une précédente évasion.

Il met en place, à l’aide de relation, une petite équipe pour faire aboutir ce projet de longue haleine, et extrêmement dangereux, où les espions et les compromissions sont partout. Dans cette équipe, il y a Peter, Roman, Klaus (tête pensante, qui avait une bonne expérience en tant que passeur), Jürgen, Thörsten et d’autres qui ne sont pas nommés dans le livre.

2000. Klaus est assassiné. Peter décide de mener l’enquête, car il est persuadé que le meurtre est dû à ce qu’il s’est passé à cette époque-là. Il nous rend compte successivement des entretiens qu’il a eus avec les différents protagonistes de l’époque. On apprend ainsi que Franz n’est pas un personnage extrêmement sympathique. Il a utilisé Magdalena, une étudiante rencontrée à l’université pour passer des messages non importants à son frère. Il s’est joué de son frère pour satisfaire son ambition. Il a rendu le projet plus dangereux que nécessaire, en ayant envie d’une évasion quelque peu romanesque. Après son « arrivée » à Berlin-Ouest, il est devenu directeur d’une école, où la plupart des protagonistes (ou des membres de la famille des protagonistes) vont travailler. On y découvre un petit personnage désireux de diriger son monde, exploitant chacun pour arriver à ses fins, n’aimant pas la contradiction. On va découvrir au fur et à mesure des entretiens de Peter que les liens unissant les protagonistes sont bien plus profonds et bien plus anciens que ce que l’on avait imaginé au départ, que le projet n’est pas du tout celui qu’on pensait.

Ce livre est un excellent roman d’un point de vue historique, romanesque. Il est aussi très bien construit, puisque le lecteur est maintenu en haleine et n’a jamais envie d’arrêter sa lecture.

J’ai trouvé la reconstitution du Berlin de l’époque, par rapport à ce que j’avais déjà lu, très intéressante et très bien faite, surtout sur les craintes du passage au checkpoint, les transports en commun, le casse-tête d’une ville coupée en deux. De même, le tunnel m’a fait penser à l’évasion très célèbre qui s’était faite par cette méthode. Cela m’a rappelé le livre de Dominique Pagnier, Le Cénotaphe de Newton.

J’ai aussi aimé le romanesque du livre. Les personnages sont tous extrêmement différents, et extrêmement crédibles. Dans la vraie, ces personnages ne pourraient pas exister ou tout du moins ne pourraient pas s’être rencontrés. On y croit à cause de l’époque, mais surtout par le fait que l’auteure va construire et raconter son histoire de telle manière que le lecteur soit embarqué. J’ai eu le sentiment d’être prise par la main par Magdalena Parys, de croire à tout, comme si je ne réfléchissais plus, et que l’on me livrait une histoire vraie. Toute volonté abolit, on suit, on lit, on approuve ! C’est formidable.

À mon avis, la construction aide beaucoup à rendre cette histoire très vivante et très incarnée. Le côté témoignage renforce l’impression de véracité. Bien sûr, les gens répètent les mêmes faits, mais pas du même point de vue. On découvre au fur et à mesure des petits détails, qui changent notre perspective, qui nous entraînent plus loin. On (re)construit l’histoire avec Peter. J’avoue avoir perdu assez rapidement de vue l’enquête sur l’assassinat, et m’être beaucoup plus intéressé à ce qu’il s’était passé en 1980.

J’ai lu des avis où les gens ont été découragés par la construction, ou par le fait qu’on ne parlait pas tant que cela de la mort violente de Klaus. Comme je le disais, ce n’est pas du tout mon avis et je vous encourage fortement à lire ce roman. Je me suis d’ailleurs acheté le deuxième livre del’auteur qui vient de paraître en janvier.

Références

188 mètres sous Berlin de Magdalena PARYS – traduit du polonais par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez (Agullo, 2017)

Passagier 23 de Sebastian Fitzek

Tout le monde lit Sebastian Fitzek, en tout cas parmi les gens dont j’écoute les avis sur YouTube, dont je lis les avis sur des blogs et surtout parmi les gens apprenant l’allemand. En tout cas, c’est l’impression que j’en ai (j’ai aussi l’impression que c’est un peu le Guillaume Musso allemand au niveau de la popularité… après je ne sais pas pour les histoires, puisque je n’ai pas lu Guillaume Musso). Du coup, à mon dernier passage à la bibliothèque, j’ai emprunté ce livre qui était mis en évidence sur une étagère au rayon livre en allemand. Et c’est une très bonne pioche. J’ai eu de la chance car apparemment, la qualité des intrigues peut être inégale pour cet auteur.

L’explication du titre est déjà toute une histoire. On appelle passager 23 sur un bateau de croisière, un passager qui disparaît pendant le voyage. En effet, chaque année dans le monde, 23 personnes disparaissent sur ces bateaux, qui sont souvent vus comme la solution parfaite pour se suicider. Sebastian Fitzek va fonder toute son histoire sur ce fait réel, qu’il a lu il y a quelques années dans un journal. Et sur un autre fait : il n’y a pas de personnel de police sur un bateau de croisière, seulement des officiers chargés de la sécurité. Si un acte illégal, comme un meurtre, se produit durant une croisière, il faut attendre la prochaine escale pour prévenir la police et les faire monter pour mener l’enquête.

Anouk, âgée d’une dizaine d’années, réapparaît soudainement sur le « Sultan des Mers », après avoir disparu, avec sa mère, Naomi, soudainement, de ce même bateau, il y a deux mois. Le propriétaire du bateau, le capitaine, une habituée (qui loue une cabine à l’année), la doctoresse … tout le monde se demande où la petite fille a bien pu se cacher pendant ces deux mois, et surtout qui l’a enlevée et retenue dans cette cachette. Bien sûr, la petite fille ne dit rien puisqu’elle est complètement traumatisée et blessée par ce qu’il s’est passé. Ne voulant pas alerter la police pour ne pas perdre de l’argent, suite à l’immobilisation du bateau, nécessaire pour l’enquête, on décide d’appeler Martin Schwartz, policier psychologue, spécialiste des infiltrations à haut risque. Pourquoi ce choix ? Schwartz a perdu il y a quelques années femme et fils sur ce même bateau. La mère aurait jeté son fils par-dessus bord après l’avoir endormi au chloroforme et avant de se suicider. Bien sûr, Martin Schwartz n’a jamais cru à cette version et n’a jamais perdu espoir de comprendre enfin ce qu’il s’est passé, d’autant qu’il s’en veut puisqu’il n’était pas là au moment de la disparition, trop occupé par sa « dernière » enquête.

Dès le début, il y a un schéma, puisque dans les deux cas, il s’agit de femmes seules, voyageant avec leur enfant, préadolescent, ayant des problèmes dans leur vie (pour Anouk, on ne saura qu’après quel problème mais on comprend rapidement qu’elle est particulière). Le fait que la fillette réapparaisse fait que l’on peut soupçonner sans beaucoup de difficultés que le coupable est à bord et qu’il était déjà là pour la famille de Martin (si on suppose que pour la famille de Martin, il y ait bien eu meurtres et que l’on a affaire à un serial killer). On a une belle enquête en huis clos (bon avec 4000 suspects, je vous l’accorde mais quand même), qu’il presse de résoudre, puisque le capitaine accueille sa filleule et sa mère, qui voyagent seules, toutes les deux, après un divorce. Or la jeune fille de quinze ans pose des problèmes depuis plusieurs mois : elle ne voit plus ses amies, a du mal à l’école, se rebelle contre sa mère … Juste avant de partir, sa mère apprend par son amant l’existence d’une vidéo où on voit la fille en prostituée faire des avances à un client. La mère craint un potentiel suicide mais… trop tard le bateau est déjà parti.

Je pense que je vous ai raconté environ 40 pages du roman ! Et il y en a 425. Ces chiffres permettent de voir que le livre a un rythme rapide, enchaîne les scènes d’action, les retournements de situation, les fausses pistes. On ne s’ennuie jamais, mais alors jamais dans ce livre. De plus, le dénouement est complètement inattendu (même s’il y a un bout que j’ai trouvé un peu exagéré). L’épilogue est amusant car il répond au prologue, sur lequel le lecteur s’appuie pour comprendre le roman et que le lecteur n’a pas (forcément) compris après le dénouement.

De plus, ce livre nous fait découvrir un environnement qu’on connaît peu, même en ayant fait des croisières : celui des bateaux de croisière (et même en ayant regardé tous les épisodes de La Croisière s’amuse). On découvre les coulisses d’un bateau tant au niveau des lieux qu’au niveau des personnes. Dans les remerciements, Sebastian Fitzek remercie d’ailleurs un capitaine qui lui a fait découvrir ce monde lors de ses recherches.

Pour ce qui est de l’écriture, je ne peux pas vraiment en parler puisque je l’ai lu en allemand. Mais pour ceux qui veulent le lire pour entretenir leur allemand, cela se lit bien. Il n’y a pas de parties entières qui soient complètement incompréhensibles, seulement des mots de vocabulaire. De plus, c’est un livre très motivant car il est fait de courts chapitres, où il se passe forcément quelque chose, permettant de fractionner sa lecture plus facilement quand on n’est pas bilingue et ainsi de ne pas se décourager.

En conclusion, comme je le disais, une bonne pioche. Et je relirai sans aucun doute Sebastian Fitzek, d’autant qu’il y en a un qui se passe dans un avion !

Références

Passagier 23 de Sebastian FITZEK (Droemer Knaur Taschenbuch, 2015)

Ce livre a paru en français en mars 2018 chez L’Archipel, sous le titre Passager 23.

Der nasse Fisch de Arne Jysch

J’ai décidé d’écrire aujourd’hui un billet sur une BD, encore … Il s’agit d’une adaptation d’un roman que j’avais lu en français il y a quelques années : Le poisson mouillé de Volker Kutscher, qui était le premier tome des enquêtes de Gereon Rath. J’en gardais un bon souvenir, mon billet m’indique que ma lecture avait été très bonne (pour ne rien cacher, j’ai le tome 2 dans ma PAL et depuis il y a d’autres tomes qui sont sortis et qu’il me plairait beaucoup de lire) et donc quand j’ai vu qu’une adaptation en bande dessinée était sortie, je me la suis offerte et elle a attendu un an dans ma PAL… Comme le titre vous l’indique peut-être, elle n’est pour l’instant disponible qu’en allemand.

Dans la BD, l’action me semble beaucoup plus resserrée que dans le livre (qui faisait tout de même plus de 500 pages alors que la BD n’en fait que 200). Je vais donc raconter l’histoire (de nouveau) mais comme elle est racontée dans la BD. Gereon Rath est envoyé à Berlin, après avoir tué lors d’une intervention un forcené qui était (aussi) le fils d’un notable de la ville. Son père, grâce à ses relations, lui retrouve une place à la police des mœurs de Berlin, ce qu’il vit comme un déclassement après avoir travaillé à la criminelle, d’autant que la police criminelle de Berlin est connue pour son taux de résolution proche de 100%. En attendant, il doit se contenter de ce qu’il a. Son supérieur Bruno l’accueil avec cordialité, l’invite à une fête où il rencontre des anciens de la Première Guerre mondiale, où il apprend une histoire à peine croyable : beaucoup de monde (des malfrats mais aussi la police) est à la recherche du trésor d’une famille russe immigrée après la Révolution russe, la famille Sorokine. Là-dessus, sa logeuse, avec qui il a une aventure dès les premiers jours de son arrivée, lui demande de retrouver son ancien locataire, un russe aussi, qui a disparu depuis deux semaines. Gereon Rath commence à enquêter, se retrouve rapidement à marcher sur les plates-bandes de pas mal de monde. Poursuivi, il en vient lui-même à tuer mais ce n’est rien, car il va y avoir bien d’autres cadavres dans cette histoire … Je rappelle qu’un poisson mouillé est une affaire criminelle non résolue. Ici, ce sera la version officielle mais pourtant le lecteur connaître toute l’histoire. Tout se passe en sous-main dans cette histoire, Gereon Rath enquête de manière officieuse, cela lui permet d’utiliser des méthodes peu conventionnelles.

Arne Jysch a choisi de concentrer son scénario sur les personnages et l’action, laissant aux dessins la reconstitution de la période. Ce choix m’a fait voir des points que je n’avais pas forcément vus à la lecture du roman. L’action est extrêmement complexe et demande beaucoup d’attention à cause du rythme soutenu, dû au resserrement justement ; il y a beaucoup de machinations, de retournements de situations et changement d’alliance entre les différents clans. C’est d’autant plus compliqué qu’ici, la transcription des noms russes est en allemand, que le lettrage ne favorise pas la reconnaissance des noms propres (surtout quand on n’est pas germanophone). Le dessin est ici cependant d’une aide précieuse car les personnages sont dessinés avec précision et sont reconnaissables au premier coup d’œil.

Pour son dessin, l’auteur a adopté les codes du roman noir des années 30 (on le voit bien sur la couverture). Les dessins, en noir et blanc, les postures, les mimiques des visages, les habits, la manière d’agir avec les femmes, la manière d’enquêter, tout est repris d’auteurs comme Raymond Chandler. La reconstitution de ces années va même jusqu’au lettrage des bulles. Le texte, hors dialogue, est écrit en police de vieille machine à écrire.

J’aime beaucoup le personnage de Gereon Rath, avec son caractère ambigu. Sûr de lui, arriviste, ambitieux, manipulateur, il est prêt à tout pour retrouver une (sa) place, quitte à lutter contre la corruption en utilisant des moyens qui ne sont pas hors de critiques. Le caractère est plus marqué par le dessin que par le scénario et le texte. Les personnages secondaires masculins sont plus crapules les uns que les autres. Entre les dealers, les malfrats russes, les policiers véreux, ceux qui vivent dans l’attente d’une prochaine guerre, le lecteur est servi. Les femmes, avec par exemple la logeuse ou la collègue enquêtrice de Gereon Rath, sont-elles extrêmement libérées.

Finalement, Arne Jysch offre une adaptation personnelle, équilibrée et efficace du roman, tant au niveau du scénario que des dessins.

Pour ce qui est du vocabulaire, j’ai compris la plupart du texte, je dirais 85% (mon niveau est en gros B2+). Et le reste, je l’ai compris en regardant les dessins. C’est donc un bon choix de lecture pour les personnes souhaitant pratiquer leur allemand, tout en apprenant du nouveau vocabulaire, sans pour autant être stoppé tous les trois mots dans la lecture.

Références

Der nasse Fisch de Arne JYSCH – nach dem Roman von Volker Kutscher (Carlsen / Graphic Novel, 2017)

La variante de Lüneburg de Paolo Maurensig

Je ne vais pas encore vous dire que j’aimerais reprendre plus régulièrement le blog … c’est bien le cas mais je n’ai pas forcément envie, et quand j’ai envie je n’ai pas forcément le temps. J’ai repris cette année une formation en plus du travail et cela me prend plus de temps que je ne l’aurais cru. Cela va mieux maintenant car j’ai terminé trois cours sur quatre. Comme je l’ai sûrement déjà dit, entre la lecture et le blog, je choisis systématiquement la lecture parce que c’est ce qui m’apporte le plus.

De plus, ma prof d’allemand m’a proposé de faire un club de lecture à deux parce que je lui disais que j’aimerais parler de mes lectures avec des gens qui aiment les mêmes livres que moi. Elle m’a proposé de lire le livre que je vais vous présenter aujourd’hui : La variante de Lüneburg de Paolo Maurensig. L’auteur est italien mais l’action se déroule sur plusieurs décennies en Allemagne et en Autriche. J’en ai lu une partie en allemand et une autre en français car ma prof, avec les beaux jours, n’a pas le temps de lire en ce moment (la Grèce, le soleil, la randonnée … je m’estime déjà heureuse d’avoir cours) Pourquoi a-t-elle choisi ce livre ? Parce qu’elle l’avait déjà lu et qu’elle en gardait le souvenir d’une bonne lecture. La première fois, elle l’avait choisi pour les échecs, qu’elle aime passionnément.

Comme vous pouvez le constater sur la couverture, le livre reprend les thématiques du Joueur d’échecs de Stefan Zweig : échecs et Nazisme. Le livre se décompose, je dirais, en trois grandes parties. La première partie se situe de nos jours. Le livre s’ouverte sur la découverte, un dimanche, du cadavre d’un homme, Dieter Frisch, dans son jardin. Tout laisse penser à un suicide par arme à feu. Pourtant, rien ne laissait présager un tel geste. Frisch était un homme d’affaires ayant très bien réussi, ayant une bien belle maison, de l’argent … Il était aussi très reconnu dans son domaine d’intérêt, les échecs. Il écrivait des commentaires de parties pour un journal spécialisé. Sa secrétaire, mais aussi sa femme de chambre, avait remarqué un changement de comportement chez cet homme à la vie si bien réglée.

Cela permet d’ouvrir la seconde partie, commençant le vendredi précédant la mort de Dieter Frisch, où l’homme a effectué son dernier voyage hebdomadaire en train avec un de ses collaborateurs. Tous les vendredis, les deux hommes jouaient seuls, dans un compartiment. Pourtant, ce vendredi-là, un jeune homme s’invite dans ce tête-à-tête, en observant les deux joueurs. À la fin, il explique aux deux hommes, il explique qu’ils auraient pu faire autrement, en jouant mieux la fameuse variante de Lüneburg. Commence alors une conversation sur les échecs. Le jeune homme en vient à expliquer comment il a acquis un excellent niveau aux échecs grâce au mentorat de son père adoptif, Tabori, qui, le lecteur l’a appris avant, était le narrateur du début de l’histoire. Le jeune homme ne fait pas l’erreur de donner le nom de Tabori pour ne pas alerter Dieter Frisch car on s’en doute, il va être l’ange vengeur de son père adoptif. On sait dès le début qu’il y a eu un problème, à un moment, entre Frisch et Tabori, qui nécessite une vengeance.

Dans la troisième partie, Tabori va reprendre la parole pour expliquer justement cette vieille histoire, remontant à la période de la Seconde Guerre mondiale.

J’ai aimé ce livre mais je ne peux pas vraiment dire que je l’ai beaucoup aimé. Je vais commencer par ce qui ne m’a pas plu : la construction en trois parties. La première et la troisième partie sont excellentes car le lecteur est en éveil pour connaître la suite de l’histoire mais la deuxième partie est trop molle. Elle endort l’attention du lecteur. En plus, elle n’apporte rien au livre, car on n’apprendra jamais comment s’est déroulé la mort de Frisch et quel a été le rôle du fils adoptif là-dedans. Cela donne l’impression que l’auteur a voulu introduire la vie de Tabori après-guerre mais n’a pas su comment faire. En tout cas, il manque des pages au livre pour garantir une certaine cohérence à la narration.

Le livre a cependant énormément de qualité. L’auteur a un véritable don pour dévoiler son histoire au fur et à mesure, sans trop en dire, pour maintenir un certain suspens. La clé de l’histoire est absolument bluffante, meilleur que Le joueur d’échecs (et ce n’est pas peu dire car c’est un de mes livres préférés). L’écriture est elle aussi excellente : elle rend réellement la parole de Tabori, un homme d’un autre temps, obsédé par une vengeance froide et maîtrisée, celle d’un joueur d’échecs. Par contre, on n’entend pas la voix du fils adoptif. Il en devient un personnage faible, qui est finalement uniquement le robot téléguidé de Tabori. Il apparaît fade entre Frisch et son père adoptif. Je pense que c’est ce qui m’a dérangé dans cette deuxième partie ; il y a un manque de tension par rapport aux deux autres parties, où il y a la rancune entre Tabori et Frisch, car ce n’est tout simplement pas l’histoire du fils adoptif.

Comme le livre est vieux, je pense que beaucoup d’entre vous l’ont lu. J’aimerais bien avoir votre point de vue sur le livre, même s’il s’agit d’un souvenir de lecture car je me demande ce que l’on garde d’un tel livre. Personnellement, j’ai l’impression que je vais plutôt garder en mémoire la clé du livre. Si vous ne l’avez pas lu, je vous le conseille uniquement si vous jouez aux échecs.

Références

La variante de Lüneburg de Paolo MAURENSIG – traduit de l’italien par François Maspero (Seuil, 1995)

Dampfnudelblues de Rita Falk

Cela ne se voit pas au niveau des billets mais j’ai lu le premier tome de cette série fin juin, et celui-ci cette semaine. Je ne suis pas en train de faire une orgie de roman policier allemand, ne vous inquiétez pas pour moi.

Le premier tome était à 50% centré sur l’enquête, à 50% centré sur l’introduction des personnages, du village … Dans ce deuxième volume, Rita Falk introduit très peu de nouveaux personnages (n’ayant pas de rapport avec l’enquête bien évidemment). L’enquête va donc gagner en profondeur.

Les personnages supplémentaires sont au nombre de deux. Il s’agit de la nouvelle femme de Leopold, une très très jeune Thaïlandaise, qu’il a ramenée de ses vacances dans ce pays, et leur petite fille, Uschi, que Franz et à sa suite le père et la grand-mère, appelle Sushi (c’est ce que j’avais lu au début et le pire est que je trouvais cela tout à fait normal comme prénom). Franz est le seul à trouver grâce aux yeux de sa nièce. Il la fait sourire, dormir, il la calme aussi. Le baby-sitter parfait en gros ! Rôle qu’il prend avec plus ou moins de plaisir, après avoir vu que cela faisait enrager son frère. Cela donne lieu à des scènes toutes mignonnes et aussi très drôles.

L’enquête commence très rapidement, après le début du roman. En effet, Franz Eberhofer a pris de l’assurance, après avoir résolu sa première enquête, même un peu trop, comme le montre un incident gênant. Mais là, il a un pressentiment. Il est appelé par le directeur d’une école, un certain monsieur Höpfl. On a peint sur le crépi de sa maison une menace de mort : Stirb, du Sau! (je vous laisse faire la traduction avec google). Franz Eberhofer craint pour la vie de Höpfl, surtout quand celui-ci disparaît peu de temps après. Tout le monde lui dit que le monsieur est adulte et qu’il est peut-être tout simplement parti sans en parler à personne. On lui demande donc de ne pas enquêter, on a d’autres priorités : Franz doit veiller sur la nouvelle star de l’équipe locale de football. Mais Franz persiste (cela donne vraiment l’impression qu’il s’ennuie depuis qu’il a (re)découvert qu’enquêter peut être passionnant) et découvre qu’une bonne partie des élèves mais aussi des professeurs ne supportaient pas le directeur. Höpfl revient une journée après mais avec de graves blessures. Pourtant, Höpfl le décourage de l’aider. Durant la soirée suivante, Eberhofer est appelé sur les lieux d’un accident : Höpfl vient de mourir écrasé par un train. L’enquête sérieuse peut enfin commencer.

J’ai beaucoup aimé ce livre mais il est assez différent du premier. J’ai ri aussi mais j’étais surtout très intéressée par l’enquête, que j’ai trouvé sehr spannend. Côté « familial », le livre se concentre sur la relation entre Franz et Sushi d’une part, et Franz et Susi d’autre part (cela va mal : elle en arrive à partir en vacances toute seule en Italie…). La relation avec la grand-mère est moins présente (et pourtant c’est vraiment un très bon personnage), le couple Franz-Rudi est moins efficace (l’enquête est plutôt assurée par Franz). Les situations sont cocasses mais moins diverses.

L’enquête est elle plus profonde et plus poussée, moins ponctuée de bourdes. Ce que j’ai apprécié, c’est la logique du déroulement de l’enquête : c’est très sensé. Le lecteur peut trouver avant ou après le fin mot de l’histoire (suivant son niveau et son entraînement) mais c’est logique, même extrêmement logique.

J’en viens à un point que je trouve assez négatif (mais ce n’est pas si important en fait) et que j’ai retrouvé dans les deux premiers volumes de cette série. J’ai l’impression que Rita Falk ne sait pas terminer ses livres. Je m’explique. Comme je le disais, on rit beaucoup à la lecture, mais le dénouement est absolument déprimant. Les deux derniers chapitres sont tellement terre à terre, sans humour. On se croirait en train de dire adieu à des vieux amis qui vont partir pour un très très long voyage en bateau. Ils vont nous quitter, alors que nous, nous restons sur place. On peut aussi assimiler cela à une phase de descente après une période intense. Cela m’a déprimé pour les deux volumes en fait.

Il me reste le troisième volume dans ma PAL et j’ai déjà hâte de le lire, je pense à la fin de ce mois ou le mois prochain.

Références

Dampfnudelblues de Rita FALK (DTV, 2011)

Winterkartoffelknödel de Rita Falk

J’ai acheté ce livre l’été dernier en Allemagne, dans une petite librairie de Michelstadt, après l’avoir vu plusieurs fois de suite sur internet. Il s’agit du premier tome de, je pense, plus ou moins, la série la plus connue de romans policiers régionaux (comme je vous l’ai déjà dit, il s’agit d’un genre très apprécié outre-Rhin ; on a vraiment le choix si on aime ce genre).

La preuve que cette série est reconnue est que ce premier tome a été traduit cette année en français et a paru aux éditions Mirobole, en mars 2017, sous le titre de Choucroute maudite. Comme cela, vous n’aurez pas l’excuse de la langue pour me dire que vous ne lirez pas ce livre.

Cette série a comme personnage principal, Franz Eberhofer, le policier d’un petit village bavarois, Niederkaltenkirchen. Il est originaire du village, où il est né il y a une quarantaine d’années. Il a quitté son village quelques années pour exercer son métier à Munich, avec Rudi Birkenberger, son ancien collègue. Ce dernier a été viré de la police après avoir émasculé un pédophile. Il a fait quelques années de prison et s’est reconverti en détective privé. Il est toujours prêt à aider Franz dans ses enquêtes, même s’il habite lui toujours Munich. À la suite de l’histoire avec Rudi, Franz Eberhofer a pété les plombs et a fait plusieurs fois usage de son arme de manière inappropriée. Sa hiérarchie a décidé de ne pas le licencier, mais de le muter dans son village, où il est le seul policier, ce qui est bien suffisant vu ce qui se passe là-bas.

De retour chez lui, Franz a choisi de retourner chez sa grand-mère et son père. Sa grand-mère est une petite femme toute sèche, complètement sourde, accro aux promotions, mais surtout une cuisinière extraordinaire. C’est très important pour Franz qui ne pense qu’à ses repas, le travail ne représentant que des pauses entre ces moments. Il adore sa grand-mère, passe son temps à l’emmener faire des courses et elle lui rend bien. Le père est plus distant avec son fils. Cela s’explique par le fait que c’est un grand fumeur d’herbe (qu’il cultive au nez de son fils, policier). Il passe son temps à écouter les Beatles à fond, même si cela dérange tout le monde (sauf la grand-mère sourde d’ailleurs). Franz a aussi un frère Leopold, libraire de profession, qu’il n’aime pas du tout parce qu’il est un peu crétin. Il se marie très rapidement et il divorce tout aussi rapidement. On découvre ici une nouvelle femme, la deuxième en date, qui sera remplacée par la troisième à la fin du roman.

Franz a un chien, Ludwig (que j’ai passé mon temps à confondre avec le frère…), avec qui il fait un tour tous les soirs, jusqu’au pub de Wolfi. Il y a rencontre son ami Flötzinger, le chauffagiste, parfois le boucher avec qui il entretient de bonnes relations (vu ce qu’il aime manger), mais aussi sa petite amie Susi. C’est une relation qui est peu suivie, elle aimerait plus, mais lui est moins attaché, en tout cas en apparence.

Je vous ai fait un portrait détaillé des personnages car j’ai l’intention de lire plusieurs romans de cette série et cela m’évitera de le recommencer plusieurs fois. Je pense aussi que cela donne une bonne impression du village. Ce sont des personnages sympathiques, voire excentriques. On n’est pas en présence du policier le plus malin de la planète (son intelligence est parfois plutôt endormie) ; c’est ce qui va faire le charme de ses enquêtes car il va enchaîner les bourdes (professionnellement mais aussi personnellement).

Jugez plutôt ! Cette première enquête se concentre sur une famille du village, la famille Neuhofer. La mère a été retrouvée pendu, dans la forêt. Le père s’est électrocuté alors qu’il était électricien. Seuls sont restés les deux fils. Ils ont décidé de faire des travaux sur le terrain. Un des frères meurt malencontreusement écrasé par une charge tombée d’une grue. Tout cela se passe en moins de deux moins. Absolument tout le monde trouve cela normal dans le village, une série de tragiques accidents. Le fils restant vend le terrain à une firme pour 50000 euros. On apprend peu de temps après que ce terrain, extrêmement bien placé, va être utilisé pour faire une station-service. À partir de là, cela intrigue tout de même un peu Franz Eberhofer. Il commence à poser quelques questions. Le problème est que sa hiérarchie ne l’encourage pas franchement à enquêter. Il décide quand même de continuer un peu.

Il est cependant distrait dans ses investigations par l’arrivée d’une nouvelle la très belle Mercedes Dechampes-Sonnleitner, qui est chargée de faire rénover la maison de ses parents. Franz et Flötzinger se disputent les faveurs de la dame, qui devient pour la Ferrari. On voit facilement que l’enquête ne peut qu’avancer lentement dans ces conditions (je n’ai pas arrêté de me dire que ce Franz était vraiment très très naïf). Heureusement que Rudi et la grand-mère sont là pour remettre les choses en place.

Clairement, ce roman est une parodie de roman policier. Il vaut surtout pour les personnages, qui forment un petit village très sympathique, et la cocasserie des situations. L’enquête ne démérite pas pour l’instant. On voit assez logiquement ce qui va se passer, mais des détails peuvent échapper.

Personnellement, ce que j’ai beaucoup aimé est que cela m’a beaucoup fait rire. Mais je préfère prévenir, cela ne marche pas avec tout le monde (j’ai peut-être fait de gros contresens aussi mais je n’ai pas honte de les afficher dans un billet de blog). J’ai lu les commentaires sur Amazon pour le livre en français et clairement il y a un avis où la personne trouve que le livre n’est pas drôle. J’ai testé sur mon père et mon frère, qui m’ont dit que c’était bizarre et/ou nul. Soit je ne sais pas raconter, soit il faut avoir un humour particulier. La seule chose que je peux dire est que c’est une lecture extrêmement prenante et plaisante, elle m’a mis d’excellente humeur.

Références

Winterkartoffelknödel de Rita FALK (DTV, 2010)

Unter Büchern – Enthüllungen eines Insiders de Sabrina Notka

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici, tout simplement parce que je n’ai pas fait de lectures extraordinaires qui justifiaient que je prenne le temps de pianoter sur mon clavier pour en parler. Mais récemment ma chance de lectrice est revenue avec quatre lectures plutôt pas mal coup sur coup.

Comme je le disais dans un précédent billet, je lis un peu en allemand pour essayer de développer mon vocabulaire. Pour trouver des idées de lecture, j’utilise un blog mais qui pour l’instant présente des livres trop compliqués pour mon niveau et les chaînes YouTube en allemand, particulièrement celle-ci. La booktubeuse a deux grands avantages pour une personne essayant de perfectionner son niveau en langue : elle parle sans accent et très distinctement. De plus, cette dame a à peu près les mêmes goûts que moi. Du coup, après avoir vu la deuxième partie de sa vidéo sur les livres au sujet des livres, j’ai décidé de me lancer dans la lecture de ce livre-ci (vu que j’avais déjà lu les deux autres livres).

C’est un petit livre, d’environ 150 pages, un hardcover avec un signet dans la reliure, avec une très belle pagination, où domine le rouge et un dégradé de marron. Il s’agit non pas d’un essai ou d’un roman mais d’un abécédaire, où chaque thème est traité sur deux-trois pages. Chacun des thèmes se termine par un petit exercice portant sur la manière de lire du lecteur qui a en main le livre. Il y a parfois des intermèdes sur des sujets précis. De plus, les thèmes sont entrecoupés de pages de citation d’auteurs célèbres.

Pour donner des exemples, on peut citer les thèmes suivants : auteur, copyright, les lieux où l’on vend des livres, les lieux où on lit, les prix littéraires. Les informations qui sont délivrées ne sont pas forcément extraordinaires ou très nouvelles, même si j’ai appris des petites choses que je ne connaissais pas, notamment sur le copyright. De plus, c’est intéressant de voir comment sont envisagés la lecture et le marché du livre outre-Rhin.

Ce qui fait que ce livre est une bonne lecture, c’est tout simplement l’humour. Tout est raconté du point d’un insider (comme le dit le livre), donc d’un livre. Visiblement l’auteur a choisi de faire un livre particulièrement facétieux et au caractère bien trempé, qui n’hésite pas à interpeller le lecteur sur des comportements contre ces objets pleins de pages. J’ai souri à de nombreuses reprises durant ma lecture, ce qui est plutôt bon signe.

Pour terminer, l’auteure Sabrina Notka est allemande mais travaille actuellement dans l’édition au Luxembourg. D’ailleurs la maison qui édite ce livre est luxembourgeoise et édite quelques livres en français d’auteurs de ce pays.

Pour terminer, une citation dont j’aimerais me rappeler mais que j’oublie souvent :

« Es wäre gut, Bücher zu kaufen, wenn man die Zeit, sie zu lesen, mitkaufen könnte, aber man verwechselt meistens den Ankauf der Bücher mit dem Aneigen ihres Inhalts »

Arthur Schopenhauer (1788-1860)

En résumé, voilà donc une bonne lecture, qui m’a changé les idées, divertit, appris des petites choses sur les livres et beaucoup fait progresser mon vocabulaire (car oui, il y a quand même beaucoup de mots que j’ai dû chercher). Que puis-je demander de plus ?

Références

Unter Bücher – Enthüllungen eines Insiders de Sabrina NOTKA (Éditions Guy Binsfeld, 2014)

Dans les glaces de Simon Schwartz

J’ai pris trois BD à la bibliothèque, deux que je voulais lire depuis longtemps et celle-ci trouvée par hasard. Finalement, c’est la seule que j’ai réussie à terminer.

Simon Schwarz est un auteur de bandes dessinées allemand. Dans les glaces est son deuxième livre paru en français, après De l’autre côté qui avait pour sujet le mur de Berlin. Cette fois-ci, l’auteur s’attaque aux explorations arctiques par le prisme de l’histoire de Matthew Henson, le grand oublié de cette époque effervescente.

Matthew Henson est un Noir-Américain qui s’engage dès l’âge de 12 ans (en 1879) sur un bateau de la marine marchande. Il voyagera ainsi en Asie, en Afrique et en Europe. Il tirera de ces expériences une très grande dextérité et débrouillardise. De plus, le capitaine du bateau, le capitaine Childs, se prend très vite d’affection pour le jeune garçon : il lui apprend à lire et à écrire, pour pouvoir vivre une vie intéressante. Après la mort de son mentor, Matthew arrête les voyages en mer et se retrouve au Nicaragua pour le projet de construction d’un canal transatlantique. Il y fera la rencontre de Robert Peary qui est connu pour avoir atteint le premier le pôle Nord, après plusieurs tentatives. On sait aujourd’hui que ce n’est sûrement pas vrai mais à l’époque et on le croyait. Mais en fait, même cette croyance n’est pas vraie.

Matthew Henson a participé à toutes les expéditions polaires de Robert Peary, qu’il a grandement aidé car visiblement Robert Peary manquait parfois de sens pratique. Par exemple, Matthew Henson, dont la profession était charpentier de marine, a construit pratiquement seul un abri au Groenland pour l’expédition. Un autre exemple : c’est lui qui a réussi à communiquer avec les Autochtones pour obtenir de l’aide et des informations. Il a été un maillon essentiel des expéditions de Robert Peary.

Lors de la tentative heureuse, Robert Peary n’était plus accompagné que de Matthew Henson et de quatre guides inuits (c’était une zone dans laquelle les Inuits n’allaient pas car d’après leurs croyances, le pôle Nord était la demeure de l’équivalent de notre diable). Peary a fait partir devant Henson et en réalité ce serait donc Henson qui serait arrivé le premier sur le site et c’est donc lui qui aurait été le premier à arriver au pôle Nord (avec un Inuit qu’on oublie souvent aussi, visiblement). Après l’événement, on ne retient finalement que deux hommes, Peary et Cook, et leur querelle. On oublie le pauvre Matthew Henson qui retombe rapidement dans l’anonymat et la pauvreté (dans le sens où il ne profite pas de la réussite de l’expédition).

La BD fait bien le parallèle entre la situation de Matthew Henson à la fin de sa vie et l’important rôle qu’il a joué dans toutes les expéditions de Peary, qui n’avait que mépris pour lui, pour mieux illustrer l’injustice de la situation.  Un autre point intéressant de cette BD est l’illustration des légendes inuites sur le pôle Nord.  N’y connaissant rien, cela m’a beaucoup intéressé. J’ai beaucoup apprécié les dessins que je situerai entre des dessins classiques et des dessins de presse. La colorisation en bleu et noir rend très bien l’atmosphère du pôle Nord.

Une chronologie très complète à la fin du livre permet de savoir ce qui était vrai et ce qui tenait des arrangements littéraires dans la BD.

En conclusion, une très bonne BD, mettant en lumière une histoire méconnue du grand public (en tout cas de moi, je fais des généralités mais bon). Apparemment, il est fait allusion à Matthew Henson dans Ultima Thulé de Jean Malaurie. C’est un livre que je souhaite lire depuis très longtemps mais j’ai peur qu’il soit trop compliqué. Si quelqu’un l’a lu, je veux bien des avis et des conseils sur la manière de l’aborder. Et qu’apporte le beau-livre des éditions du Chêne par rapport à l’édition de Terres Humaines ?

Références

Dans les glaces de Simon SCHWARZ – traduit de l’allemand par Aurélie Marquer (Sarbacane, 2013)

Das kalte Licht der fernen Sterne de Anna Galkina

Je précise que le livre dont je vais parler n’est pour l’instant disponible qu’en allemand. Je me suis fixéecomme objectif de lire régulièrement dans cette langue pendant l’année 2017. C’est un challenge pour moi car mon niveau ne me permet pas d’avoir une lecture aussi fluide que je le voudrais. C’est le troisième livre que je lis en allemand cette année, après deux romans policiers. Ce dernier genre n’est pas forcément mon genre préféré, même si pour le cas allemand, cela permet de découvrir la géographie du pays (vu le nombre de policiers régionaux) et il me tenait à cœur de lire enfin un roman. Pour me faciliter la tâche, j’ai choisi un roman d’une auteure dont l’allemand n’est pas la langue maternelle, mais est écrit dans cette langue. C’est un conseil qu’on nous a donné pour commencer à lire car souvent pour ce type de livre, la maîtrise de la langue est excellente, le vocabulaire est complexe mais la structure de la phrase n’est pas alambiquée. Cela s’est bien vérifié pour ce livre-ci.

Il s’agit du premier roman d’Anna Galkina, née en Russie dans un petit village proche de Moscou. Elle a immigré avec ses parents en Allemagne en 1996. Dans ce livre, elle s’inspire de son expérience pour raconter l’enfance et l’adolescence de Nastia (jusqu’à son départ du pays). Nastia, comme Anna Galkina, est née dans un petit village, près de Moscou. Elle habite seule, avec sa mère et sa grand-mère, dans une maison vétuste, voire délabrée. La bâtisse ne dépare pas dans le quartier et même dans la ville en fait. Dans les chapitres traitant de l’enfance (les meilleurs à mon avis), Anna Galkina insiste sur la mémoire des sensations de l’enfance (odeurs, couleurs et lumière). Elle arrive à recréer très précisément un village et sa vie au travers des yeux d’une enfant. On voit déjà l’adolescente que sera Nastia avec les tours qu’elle joue à sa grand-mère, les soucis qu’elle donne à sa mère. En y réfléchissant, je trouve fascinant qu’un auteur arrive à recréer l’enfance de cette manière car finalement, c’est la manière dont on se rappelle son enfance (pour moi c’est le cas, en tout cas) : des sensations et certains événements, et pas forcément une chronologie. Déjà dans le livre de Alai Sources lointaines (livre dont je parlais dans le billet publié avant celui-ci), l’auteur utilisait ce procédé.

Les chapitres sur l’adolescence m’ont moins convaincu parce que peut-être j’ai trouvé cela moins nostalgique. J’ai cependant admiré l’énergie de l’adolescente (voire le côté extrême de ses expériences) que retranscrit très bien l’écriture. Dans ces chapitres, Anna Galkina adopte une narration plus chronique, avec un panel de personnages plus larges et récurrents. Elle décrit une Nastia plus attentive à son environnement. Par exemple, on a des chapitres sur son amitié avec des filles qui ne peuvent qu’avoir une mauvaise influence, la queue pour le premier concert, l’arrivée de l’amoureux de la mère, les changements que cela provoque dans la famille et dans la maison, le premier amour, les fugues pour le suivre, le premier travail…

J’ai aimé ce livre pour la précision de la reconstitution de l’enfance et de l’adolescence, pour l’écriture dynamique et énergique à l’image de Nastia. D’un point de vue pratique (et dans l’optique de mes progrès en allemand), j’ai aimé le fait que les chapitres soient courts, les personnages secondaires suffisamment remarquables pour ne pas être oublié entre les chapitres (même dans le cas d’une lecture lente). Cela permet de soutenir l’attention, de motiver à continuer la lecture, même si certains passages sont difficiles à comprendre.

Comme je l’ai déjà dit, j’ai beaucoup aimé lire ce livre. J’ai tourné les pages avec plaisir, même avec entrain. Je ne me suis pas ennuyée ; mon intérêt a été maintenu jusqu’au bout. Pourtant, j’ai fermé le livre en me disant tout cela pour cela. Et finalement, je n’ai même pas envie de vous le conseiller.

C’est un avis très court, qui n’aura sûrement d’intérêt pour personne, mais cela me permet à moi de garder une trace de cette lecture (et ainsi me souvenir de mes débuts de lecture en allemand).

Références

Das kalte Licht der fernen Sterne de Anna GALKINA (Frankfurter Verlagsanstalt, 2016)

Un bon allemand de Horst Krüger

Il y a quelques semaines j’ai lu ce livre que j’ai retrouvé dans ma PAL alors que j’en cherchais d’autres (que je n’ai pas retrouvés). Je ne me rappelais même plus l’avoir acheté (ni qu’il existait d’ailleurs).

Ce livre est absolument excellent mais il ne faut pas se fier à ce qu’Actes Sud en raconte sur la couverture et sur la quatrième de couverture. En effet, il ne s’agit pas d’un roman mais d’un récit. Horst Krüger (1919-1999), romancier, essayiste et journaliste, raconte son troisième Reich dans ce livre datant de 1964.

L’auteur est né en Allemagne, a grandi dans une petite maison du quartier résidentiel de Eichkamp (Berlin). Il est issu des classes moyennes (son père est fonctionnaire), a une sœur. Il avait quatorze ans à la naissance du troisième Reich et vingt-six ans lors de son écroulement. Comme il le précise dans le livre, c’est un peu comme s’il n’avait connu que ce régime puisque auparavant, il était trop jeune pour comprendre la vie « politique » de son pays. Krüger a une phrase très forte pour dépeindre son caractère, sa famille mais aussi des gens de son milieu social (c’est d’ailleurs cette phrase qui m’a fait acheter le livre car on la retrouve sur la quatrième de couverture) : « Je suis un fils typique de ces Allemands inoffensifs qui n’ont jamais été nazis, mais sans qui les nazis ne seraient parvenus à leurs fins ». C’est phrase résume à peu près tout le premier chapitre. Il raconte comment ses parents se sont adaptés au nouveau régime sans vraiment avoir de cas de conscience car ils trouvaient qu’au départ il remettait de l’ordre en Allemagne, les choses allaient mieux aussi (pour eux, le pays avait de nouveau un but). Ils montrent aussi la réprobation de ses parents lorsqu’ils se rendent compte de ce qu’est le régime, mais que bon ils ne le vivent pas, peuvent s’en accommoder tant qu’on leur garantit leur niveau de vie (et pour le mari, de pouvoir remplir les ambitions de sa femme). Je vous raconte de manière un peu plus poussée la quatrième de couverte, qui ne parle en fait que du premier chapitre (faisant croire que le livre n’est que cela).

En réalité, il y a cinq autres chapitres : un dédié à sa sœur, qui s’est suicidée en 1938 en utilisant du mercure (je ne vous conseille pas, visiblement, les souffrances que cela engendre sont juste abominables), un dédié à son activité de résistant « à l’insu de son plein gré » à cause de son ami Vania, un à son arrestation et son procès suite à ses activités de résistance, un à sa « libération » par les Américains en avril 1945 contre qui il combattait à cette époque-là, un sur le procès de Francfort.

À travers ces différentes étapes, ils abordent absolument tous les thèmes qui peuvent être intéressants pour le lecteur. Le chapitre sur l’enterrement de sa sœur montre la vie dans une famille allemande (lors d’une cérémonie particulière mais quand même). On voit les différentes sensibilités politiques qui devaient se côtoyer à l’époque, la volonté de rester digne et de ne surtout pas montrer ce que l’on ressent (il s’agit uniquement de paraître en fait).

Les chapitres sur la « résistance » montrent bien que tout le monde en Allemagne n’était pas résistants ou nazis, il y avait juste pas mal de gens « normaux », qui continuaient leur vie (de la manière dont ils l’envisageaient) et s’accommodaient des nouvelles conditions de vie tant que cela ne les touchait pas. Vania lui par contre était un résistant par choix. Horst Krüger était à l’ouest (lorsqu’il y avait deux Allemagnes) et Vania lui était à l’est (et était un communiste convaincu). Après la construction du mur, les deux hommes se rencontrent et cela donne lieu à des opinions très intéressantes de Horst Krüger sur la possibilité de vivre dans deux régimes si différents à quelques années d’intervalles. L’auteur s’interroge à la volonté des populations à toujours croire en quelque chose de meilleur (même si parfois cela peut mener à des catastrophes). Le chapitre sur la guerre (qui raconte plus ou moins le réveil difficile de la famille) est moins intéressant à mon avis car il fait trop joué et écrit. On ne retrouve pas la sincérité et l’acuité du regard des autres chapitres.

Par contre, on retrouve dans le dernier chapitre le procès de Francfort, qui suit le procès de Nuremberg. La différence est que ce procès est instruit par des Allemands (contre l’opinion de la population mais aussi contre celle des Américains qui étaient encore très présents à l’époque dans le pays). On jugeait des « personnages secondaires » du système nazi. Pour l’auteur, journaliste, c’est l’occasion de revenir sur les propos du premier chapitre : la plupart des accusés ressemblent aux victimes (ils les confond même à un moment). Ce chapitre est aussi une occasion de s’interroger sur le travail (et la volonté) de mémoire qui est fait à l’époque dans le pays sur cette période.

J’ai trouvé ce livre extrêmement intéressant pour plusieurs raisons. La première tient à la sincérité et la franchise du récit. L’auteur n’essaie pas de rejouer l’époque, de réécrire son rôle ou celui de ses parents à l’époque mais raconte et interprète de manière assez froide mais aussi logique (avec la perspective des années) ce qu’il a vécu. La deuxième raison tient à la rareté d’un tel récit. On peut trouver des romans où les personnages principaux sont des nazis, des femmes de nazis, des collaborateurs. On peut lire des témoignages de victimes et des romans écrits de leurs points de vue. Je n’avais jamais lu de récit sur cette troisième voie, où on n’est ni résistant, ni collaborateur mais où en fait, on se contente de vivre avec. Je trouve que cela fait du bien de comprendre cela (et comment cela se produit aussi) car en fait, à mon avis, il s’agit du cas de la majorité des gens (une majorité trop silencieuse sûrement mais une majorité tout de même). La troisième raison tient en l’organisation du récit en événements marquants. Par ce choix, l’auteur balaie tous les thèmes importants sur le sujet. Cela lui permet d’avoir des réflexions essentielles, de faire comprendre au lecteur l’époque et ce qui s’y jouait (et la manière dont cela se jouait).

Une lecture que je recommande donc.

Références

Un bon allemand de Horst KRÜGER – récit traduit de l’allemand par Pierre Foucher (Actes Sud / Babel, 1993)