Munich de Robert Harris

Nous avons une histoire avec Robert Harris dans ma famille, depuis la parution de Archange chez France Loisirs, en 2000 (à peu près). En moins d’une semaine, mon frère, ma mère et moi avions lu le livre, et nous n’avions qu’un exemplaire. Après, mon frère a lu et plutôt apprécié Fatherland et Enigma (qui sont sur la Seconde Guerre mondiale). Ma mère et moi avons lu une partie de la série sur l’Empire romain. J’ai lu cette année son roman Conclave, qui se passe lors d’un conclave, comme son titre l’indique. J’ai aimé la reconstitution de l’événement, le message aussi, les péripéties malicieuses … Dans ce contexte, j’étais plutôt ravie lors de la parution d’un nouveau roman de l’auteur, l’année dernière. Je l’avais repéré dès sa sortie en anglais, l’idée étant de voir si je pouvais conseiller ce livre à mon frère, qui ne lit que des livres présélectionnés, par sa sœur ou d’autres personnes. Pour ne pas faire trop de suspens, j’ai bien aimé, cela se lit très bien, on apprend plein de choses mais ce n’est pas du même niveau que Archange par exemple.

Les romans de Robert ont pour la plupart un contexte historique. Ici, c’est la crise des Sudètes, en 1938, pendant laquelle Hitler souhaite incorporer à l’Allemagne les zones à majorité allemande de Tchécoslovaquie (et donc les Sudètes). Pour arbitrer le litige, la France, mais encore plus l’Angleterre de Chamberlain, sont en première ligne. A lieu une réunion de la dernière chance, à Munich. Seront présents : l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie de Mussolini, alliée de Hitler comme on le sait. Vous me direz : « Ne manque-t-il pas quelqu’un ? » Et oui, les diplomates tchèques n’ont pas été invités, et ont plus exactement été enfermés dans leur chambre d’hôtel, en attendant qu’on décide pour eux (en tout cas dans le roman). Cette réunion a mené aux accords de Munich, qui donne les Sudètes à l’Allemagne. J’avais un prof d’histoire en terminale, qui nous avait tout simplement expliqué que c’était une des plus grandes hontes de l’Angleterre et de la France d’avoir signé cela.

Dans le roman, Robert Harris explique pourquoi : aucun des pays, France, Angleterre, Italie ou Allemagne, n’étaient encore près à lancer une guerre, que chacun savait pourtant inéluctable. C’est donc celui qui le mieux bluffé qui a remporté la partie, et ce fut Hitler. Mais à la fin de la conférence, chacun (c’est le cas, pour Chamberlain et pour Hitler) y a vu sa propre victoire. Vous me direz, on fait un peu la même chose aujourd’hui, mais dans tous les cas, je trouve que c’st une réelle imposture et cela m’énerve.

Robert Harris n’étant pas historien, mais romancier, tout cela est donc raconté via deux personnages fictifs, qui évoluent parmi des personnages ayant réellement existé. On suit les préparations et la réunion du côté anglais, à travers le personnage de Hugh Legat, secrétaire privé de Chamberlain, et du côté allemand, via le personnage Paul Hartmann, diplomate allemand. Hugh et Paul se connaissent depuis longtemps, puisqu’ils ont fait leurs études ensemble à Oxford. Hugh a même accompagné Paul, à Munich, en 1932, pour rencontrer la petite ami de Paul et Hitler. L’histoire annexe du roman se base sur le fait que Paul veut faire passer un document aux Anglais, qui montre le danger que représente Hitler pour l’Europe. En effet, la résistance allemande au Nazisme estime que l’Angleterre n’a pas pris réellement conscience du danger Hitler. Il apparaît, selon eux, pour l’Angleterre, comme un personnage détestable, qu’il faudra à une moment éliminé mais sans plus. Alors que pour les Allemands entrés en résistance, la conférence de Munich est la dernière chance d’arrêter Hitler, avant une guerre que tout le monde voit se profiler.

Vous avez donc, dans ce Munich, une trame historique, qui sert d’arrière fond à cette histoire d' »espionnage ». Je mets espionnage entre guillemets, car ce n’est pas James Bond tout de même. Cela reste feutré, avec assez peu d’actions. Mais le principal est que cela reste crédible (la plupart du temps).

Commençons par la partie historique. Très réussie comme d’habitude chez Robert Harris. En sortant de votre lecture, vous avez l’impression de connaître le fonctionnement, et même les locaux du 10 Downing Street. Pour vous dire, avant ma lecture, je pensais que le 10 Downing Street était une porte d’une jolie maison où habitait le Premier Ministre (j’étais resté sur l’image de Cherry Blair ouvrant la porte elle-même). Il ne m’était même pas venu à l’idée que l’on pouvait travailler là-dedans. Comme je partais de très loin, j’ai appris beaucoup. Le côté allemand est un peu moins détaillé, mais tout aussi intéressant. Plus que les lieux et la manière dont ils fonctionnent, vous pouvez « voir » les personnages sans même les avoir déjà vu en photo. C’est particulièrement vrai pour Chamberlain. Robert Harris excelle pour faire un portrait en quelques mots des personnages, et en dire beaucoup sur leur caractère dans la manière dont il le fait. Donc si le contexte historique vous intéresse, je vous conseille vivement ce livre pour vous initier ou réviser les bases.

Ce qui n’a pas été dans mon cas, c’est la partie fiction avec Paul et Hugh. Le premier point est l’alternance des chapitres allemand et anglais, au début du livre, dans la phase de préparation de la conférence. Je comprends bien sûr que Robert Harris était obligé d’alterner les lieux dans cette phase du roman. Le problème est qu’ici, c’est systématique : le chapitre fait en général une quinzaine de pages, se termine sur un élément qui donne envie d’en savoir plus. Vous tournez la page et vous vous retrouvez dans l’autre pays, en étant un peu plus frustré à chaque fois.

Le deuxième point qui ne m’a pas plut, c’est les détails sur les vies personnelles de Hugh et Paul. Le fait de savoir que la femme de Hugh le rompe, que Paul couche avec une secrétaire d’un Ministère n’apporte, mais alors, absolument rien. Même l’auteur ne sait pas quoi faire de ces détails. Il aurait dû développer, bien plus que ce qu’il n’a fait, la partie sur Oxford et notamment les incompréhensions entre l’Anglais et l’Allemand. Ici, c’est juste effleuré alors que c’est passionnant.

Concernant l’écriture, je la dirai tout simplement efficace. Le livre est sans temps morts, mais surtout sans mots inutiles. Cela rend le livre très rapide, mais aussi très agréable, à lire. On se détend, tout en apprenant ou révisant un peu de notre Histoire.

Références

Munich de Robert HARRIS – traduit de l’anglais par Natalie Zimmermann (Plon, 2018)

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