Coroner’s Pidgin de Margery Allingham

Pareil que pour le Mal de peau de Monique Ilboudo. Je suis tombée sur ce livre par hasard en fouillant ma PAL à la recherche d’un autre livre. Je l’ai pris en me disant qu’un petit mystère anglais ne me ferait pas de mal pour me changer les idées. Mal m’en a pris car le livre ne m’a que moyennement plu. J’écris quand même un billet pour avoir l’avis d’autres lecteurs de Margery Allingham. Coroner’s Pidgin est le douzième de la série des Albert Campion, qui est donc un héros récurrent de l’auteure.

Londres. La Seconde Guerre mondiale vient de se terminer. La ville porte encore les stigmates des bombardements. Albert Campion a passé trois années à l’étranger, à faire des missions de renseignements pour Sa Majesté. Il n’a qu’un désir : revoir sa femme qui pour l’instant vit à la campagne. Il ne doit donc rester que quelques heures dans son appartement londonien, temps qu’il souhaite mettre à profit pour se reposer.

Problème. Il entend des voix dans son salon, qui est censé être vide. Il trouve trois personnes un monsieur qui travaille habituellement pour lui, une femme aux allures aristocratiques (en tout cas, faisant preuve de beaucoup d’autorité naturelle) et un cadavre féminin, plutôt jeune. Il demande forcément des explications. On lui explique alors que la dame, qui s’avère être Lady Carados, a trouvé le corps dans le lit de son fils. Voulant éviter le scandale, elle a souhaité déplacer la morte (ils n’ont pas encore trouvé où par contre) et a demandé de l’aide au monsieur qui élève des porcs devant chez elle.

Mais il ne faut pas s’inquiéter d’après eux puisque tout montre qu’il s’agit du suicide d’une ancienne prétendant de Johnny Carados qui doit se marier dans quelques jours. Campion propose d’appeler la police ; le fils arrive sur ces entre faits. Campion décide de rentrer chez lui, voir sa femme, sans plus prêter attention à cette affaire. Mais un événement va faire que son départ sera retardé, qu’il se retrouvera à faire un témoignage au poste de police. La Police l’obliger à participer, plus ou moins à couvert, à l’enquête (car on a déterminé entre-temps qu’il ne s’agissait pas d’un suicide) car il connaît les protagonistes de cette affaire, faisant partie du même milieu.

Là-dessus, Campion se retrouve mêlé à une mystérieuse affaire de trafic de vins, disparus pendant la guerre. Les affaires ont bien sûr un rapport l’une avec l’autre, ce que l’on comprendra à la fin.

Comme je le disais, c’est le douzième livre de la série des Campion et en fait, Margery Allingham ne représente pas ses personnages, et en particulier Campion. Je ne me suis jamais sentie proche de l’enquêteur, ce qui m’a maintenu en dehors de l’histoire (ce qui est quand même l’essentiel dans un roman policier). Tout au long du roman, pour les autres personnages, il y a de multiples clins d’œil à d’anciens événements. Nous sommes d’accord que le problème vient de moi. Je pensais que les romans étaient indépendants mais visiblement non.

Comme je ne pouvais pas me réjouir de retrouver les personnages, je voulais me concentrer sur l’enquête mais là encore, c’est une petite déception : l’enquête, plus précisément le raisonnement, n’est pas vraiment détaillée et se joue plutôt au niveau de l’action et de ses rebondissements (action d’ailleurs très bien construite et plutôt rapide, surtout sur les 50 dernières pages). Albert Campion est un homme d’action et de réflexion, mais de réflexion « passive ». Il observe, enregistre et tout à coup à un déclic lui permettant de résoudre l’affaire. Il profite également de sa connaissance des protagonistes et de ce milieu-là.

Par contre, j’ai beaucoup aimé la reconstitution du Londres d’après guerre, tant au niveau architectural qu’au niveau de l’ambiance de la ville (comment les gens commencent à revivre).

En conclusion, une lecture en demi-teinte. C’est un livre pas désagréable à lire, mais je n’ai pas pris le plaisir que je m’attendais à avoir en le lisant. Je ne suis même pas sûre d’avoir envie d’en découvrir un autre. Est-ce que quelqu’un a lu le premier tome de cette série ? Qu’est-ce que cela donne en français ?

Références

Coroner’s Pidgin de Margery ALLINGHAM (Vintage, 2006)

Un siècle de littérature européenne – Année 1945

Pavane for a Dead Princess de Park Min-Gyu

Voilà un livre qui m’a rendu immensément triste, par son histoire, par son ambiance, par son style. Je préviens dès le départ que ce n’est pas une lecture si vous êtes un peu déprimé en ce moment. Je précise que c’est un roman sud-coréen, que j’ai lu dans sa traduction américaine car je n’avais pas trouvé la traduction en français paru aux éditions Decrescenzo en 2014 (en tout cas au moment où je cherchais à lire ce livre). Je fais rarement cela car je trouve que cela fait beaucoup d’intermédiaires entre l’auteur et moi mais j’avoue qu’après avoir écouté un avis sur YouTube, j’avais très envie de lire ce livre (bon, elle avait prévenu que c’était très triste mais surtout que c’était une très bonne lecture).

Le livre commence par une rencontre entre un jeune homme et une jeune femme au milieu des années quatre-vingt. On comprend rapidement qu’ils ont été très liés il y a longtemps mais qu’ils se sont perdus de vue. Il est venu en bus. La rencontre semble triste ; il n’arrive pas à renouer le contact comme avant. C’est son anniversaire : elle lui offre un disque Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel (d’où le titre). Ils ne se reverront plus mais le disque restera sa madeleine de Proust pour se rappeler la jeune fille. L’histoire est racontée par le jeune homme, qui devenu écrivain, remontre un an avant cette rencontre pour comprendre comment on en est arrivée là.

Un an avant la rencontre donc. Le narrateur et sa mère viennent d’être abandonnés par le père. Cela faisait des années que la mère entretenait les rêves d’acteur du père, sans rien exiger en retour. Quand cela commence à marcher, il les laisse tous les deux car c’est mieux pour les fans d’être célibataire. La mère part chez sa sœur, le fils, toujours en étude mais incertain sur son avenir, reste en ville. Il se cherche un emploi, qu’il trouvera par l’intermédiaire d’un ami : il sera gardien de parking dans un centre commercial. C’est un travail exigeant. Au milieu des années quatre-vingt, on est au début du boom économique. Les clients peu habitués sont de plus en plus nombreux à avoir une voiture, à pouvoir acheter de plus en plus de choses. Ils exigent souvent un service impeccable et n’acceptent pas d’être repris sur leur conduite par exemple.

Il fait équipe avec Yohan, jeune homme fantasque, imaginatif, ayant un avis tranché sur toutes choses, en particulier sur les humains et leurs comportements. Il est assez solitaire, ne se mêle pas trop aux autres membres de l’équipe (qui ne souhaitent pas non plus l’intégrer). Notre narrateur, plus timide, sympathise immédiatement avec lui. Ils se retrouvent tous les jours après le travail au troquet du coin pour deviser sur tout et rien.

Notre narrateur a aussi repéré une jeune fille, celle du rendez-vous, dont il aimerait bien faire la connaissance. Elle aussi est isolée par les autres membres de l’équipe pour un seul critère : elle est moche (ugly en anglais). Le narrateur essaie de l’approcher mais elle ne se laisse pas faire car elle a l’habitude qu’on se moque d’elle et s’est donc forgé une carapace pour se protéger. Il arrive cependant à lui parler lors d’une occasion particulière. Leur amitié commence enfin. Il la présente forcément à Yohan qui joue un rôle de facilitateur pour qu’une relation amoureuse puisse débuter.

Rapidement, les trois deviennent inséparables même si les amoureux s’isolent de plus en plus. Yohan reste cependant le moteur du groupe, toujours plein d’entrain et de fantaisie. Notre narrateur sait qu’il prend de nombreux médicaments mais ne se doute pas de la gravité de son état mental. Or, un jour, Yohan fait une tentative de suicide, qui le laisse handicapé : c’est le début de la fin du petit groupe. Le livre va continuer jusqu’à un dénouement bouleversant, qu’aucun lecteur ne peut deviner, et qui montre comment les protagonistes ont été marqués par leur jeunesse.

J’ai lu que l’auteur avait été accusé de plagiat : il aurait copié La ballade de l’impossible de Haruki Murakami. En lisant le résumé (je n’ai pas lu ce roman), on peut en effet se poser la question : un narrateur écrivain qui se remémore sa jeunesse, un groupe de deux garçons et une fille, une rencontre un an après le suicide de l’ami qui ne sera suivie par aucune autre rencontre. Je pense que c’est ignoré une très grande thématique du roman : la société coréenne des années quatre-vingt du boom économique, une thématique qui je pense n’est pas abordé par Haruki Murakami (pourquoi un auteur japonais parlerait de la société coréenne ?ême si cela reste possible). L’auteur montre à de nombreuses reprises la superficialité de cette société. L’exemple le plus frappant est que la jeune fille construit (et a construit) toute sa vie, sur le fait qu’elle sera moquée, isolée car elle est moche, alors qu’elle est sûrement plus intelligente et sensible que la plupart de ses contemporaines. Le pire est que même ses parents la préparent à se résigner.

Ce roman est l’histoire de trois jeunes paumés, idéalistes et rêveurs, dans une société matérialiste, ne jugeant que sur les possessions et l’apparence, une société qui les tuera (en tout cas leurs esprits). C’est certes un très bon roman, mais extrêmement triste par la société qu’il dépeint.

Références

Pavane For A Dead Princess de Park Min-Gyu – a novel translated by Amber Hyun Jung Kim (Library of Korean Literature #11 / Dalkey Archive Press, 2014)

Le mal de peau de Monique Ilboudo

Je fouillais l’autre jour dans ma Pile à Lire quand je suis tombée sur ce livre, que j’ai depuis au moins 2012 (c’est un message privé pour mes livres, ne perdez pas espoir un jour je vous lirai). Bon, à chaque fois, cela me déprime de constater que j’ai de très bons livres et que je ne prends pas suffisamment de temps pour les lire. Je souffre du syndrome « quand tu achètes un livre, cela ne signifie pas que tu achètes le temps pour le lire ».

Le Mal de peau est l’histoire d’une mère et sa fille, les chapitres sur l’une alternant avec les chapitres sur l’autre.

L’histoire de Sibila, la mère, commence peu avant l’indépendant de Tinga, pays imaginaire mais occupé par la France et ses fonctionnaires, qui en assurent l’administration. Sibila est en âge de se marier, mais ses parents l’ont destinée à un vieux monsieur dont elle serait l’une des multiples épouses : un destin qui ne fait pas rêver la jeune fille. Dans les mois qui précèdent le mariage, Sibila dépérit : elle maigrit, devient triste, s’isole pour réfléchir. Ainsi elle se retrouve seule, un soir au bord d’une rivière car les villageois, suivant une légende, désertent le lieu après le coucher du soleil. Or, ce jour-là, le nouveau commandant de cercle viole la jeune fille, engendrant un enfant, une petite fille nommée Cathy, et un changement radical de vie pour Sibila.

En effet, elle est obligée de fuir en ville, pour ne pas jeter l’opprobre sur ses parents. Elle se réfugie dans un premier temps chez les sœurs, puis lorsque sa grossesse est découverte, chez une commerçante. Elle montera ensuite son commerce, qu’elle gérera seule comme elle élèvera seule ses enfants. L’homme, lui, s’enfuira du pays juste après le viol. Personne dans la région n’a jamais compris son nom. Il restera un inconnu pour Sibila et sa fille, d’autant plus inatteignable que le pays deviendra indépendant peu de temps après.

Cathy aura une scolarité difficile, non pas à cause des notes, mais à cause de sa couleur de peau qui la rend très différente de ses camarades. À vingt ans, elle part étudier l’architecture à Paris. Elle souhaite aussi retrouver son père, même si elle ne sait pas comment s’y prendre. Refusant de prendre parti dans les courants politiques agitant les étudiants parisiens originaires de Tinga, elle emménage dans la résidence universitaire d’Antony où elle fait la connaissance de Régis, amie de sa voisine de chambre. Problème : Régis est blanc, issue d’une famille bourgeoise de Lyon, voyant d’un mauvais œil l’arrivée d’une jeune métisse dans la vie de leur fils.

J’ai trouvé cette histoire extrêmement positive (sauf la fin, qui m’a laissé perplexe). Cathy et Sibila sont deux femmes qui ne se laissent jamais décourager malgré les ennuis qui s’accumulent. Elles suivent leurs idées et instincts pour diriger leur vie, sans jamais laissé personne décidé pour elle, surtout en matière d’amour. Cela peut parfois donner l’impression que Sibila, un peu moins Cathy, sont un peu solitaires. Cela peut même rendre distants certains hommes. Pourtant, cela ne semble pas les perturbées. Deux personnes / personnages vraiment remarquables.

J’ai aimé la franchise de l’auteur, le style extrêmement direct pour nommer les choses, sans jamais avoir de tabou. L’histoire, les personnages et ce style direct ont fait de ce livre une bonne lecture, intéressante et instructive.

J’avoue que ce livre m’a aussi plu pour un aspect plus personnel. J’habite à Antony, qui est connu pour deux choses : le terminus du Orlyval et la cité universitaire qui domine la rouge (surtout depuis qu’elle a été peinte au rouge). Quand vous parlez à une personne ayant étudié à Paris dans les années quatre-vingt, il finit souvent par raconter avoir habité dans cette cité et raconte plus ou moins une vie ressemblant à celle décrite dans le livre. Cela me fait toujours sourire de lire des romans, qui se passent dans les lieux que je connais bien.

Références

Le Mal de peau de Monique ILBOUDO (Le Serpent à Plumes / collection Motifs, 2007)

Passagier 23 de Sebastian Fitzek

Tout le monde lit Sebastian Fitzek, en tout cas parmi les gens dont j’écoute les avis sur YouTube, dont je lis les avis sur des blogs et surtout parmi les gens apprenant l’allemand. En tout cas, c’est l’impression que j’en ai (j’ai aussi l’impression que c’est un peu le Guillaume Musso allemand au niveau de la popularité… après je ne sais pas pour les histoires, puisque je n’ai pas lu Guillaume Musso). Du coup, à mon dernier passage à la bibliothèque, j’ai emprunté ce livre qui était mis en évidence sur une étagère au rayon livre en allemand. Et c’est une très bonne pioche. J’ai eu de la chance car apparemment, la qualité des intrigues peut être inégale pour cet auteur.

L’explication du titre est déjà toute une histoire. On appelle passager 23 sur un bateau de croisière, un passager qui disparaît pendant le voyage. En effet, chaque année dans le monde, 23 personnes disparaissent sur ces bateaux, qui sont souvent vus comme la solution parfaite pour se suicider. Sebastian Fitzek va fonder toute son histoire sur ce fait réel, qu’il a lu il y a quelques années dans un journal. Et sur un autre fait : il n’y a pas de personnel de police sur un bateau de croisière, seulement des officiers chargés de la sécurité. Si un acte illégal, comme un meurtre, se produit durant une croisière, il faut attendre la prochaine escale pour prévenir la police et les faire monter pour mener l’enquête.

Anouk, âgée d’une dizaine d’années, réapparaît soudainement sur le « Sultan des Mers », après avoir disparu, avec sa mère, Naomi, soudainement, de ce même bateau, il y a deux mois. Le propriétaire du bateau, le capitaine, une habituée (qui loue une cabine à l’année), la doctoresse … tout le monde se demande où la petite fille a bien pu se cacher pendant ces deux mois, et surtout qui l’a enlevée et retenue dans cette cachette. Bien sûr, la petite fille ne dit rien puisqu’elle est complètement traumatisée et blessée par ce qu’il s’est passé. Ne voulant pas alerter la police pour ne pas perdre de l’argent, suite à l’immobilisation du bateau, nécessaire pour l’enquête, on décide d’appeler Martin Schwartz, policier psychologue, spécialiste des infiltrations à haut risque. Pourquoi ce choix ? Schwartz a perdu il y a quelques années femme et fils sur ce même bateau. La mère aurait jeté son fils par-dessus bord après l’avoir endormi au chloroforme et avant de se suicider. Bien sûr, Martin Schwartz n’a jamais cru à cette version et n’a jamais perdu espoir de comprendre enfin ce qu’il s’est passé, d’autant qu’il s’en veut puisqu’il n’était pas là au moment de la disparition, trop occupé par sa « dernière » enquête.

Dès le début, il y a un schéma, puisque dans les deux cas, il s’agit de femmes seules, voyageant avec leur enfant, préadolescent, ayant des problèmes dans leur vie (pour Anouk, on ne saura qu’après quel problème mais on comprend rapidement qu’elle est particulière). Le fait que la fillette réapparaisse fait que l’on peut soupçonner sans beaucoup de difficultés que le coupable est à bord et qu’il était déjà là pour la famille de Martin (si on suppose que pour la famille de Martin, il y ait bien eu meurtres et que l’on a affaire à un serial killer). On a une belle enquête en huis clos (bon avec 4000 suspects, je vous l’accorde mais quand même), qu’il presse de résoudre, puisque le capitaine accueille sa filleule et sa mère, qui voyagent seules, toutes les deux, après un divorce. Or la jeune fille de quinze ans pose des problèmes depuis plusieurs mois : elle ne voit plus ses amies, a du mal à l’école, se rebelle contre sa mère … Juste avant de partir, sa mère apprend par son amant l’existence d’une vidéo où on voit la fille en prostituée faire des avances à un client. La mère craint un potentiel suicide mais… trop tard le bateau est déjà parti.

Je pense que je vous ai raconté environ 40 pages du roman ! Et il y en a 425. Ces chiffres permettent de voir que le livre a un rythme rapide, enchaîne les scènes d’action, les retournements de situation, les fausses pistes. On ne s’ennuie jamais, mais alors jamais dans ce livre. De plus, le dénouement est complètement inattendu (même s’il y a un bout que j’ai trouvé un peu exagéré). L’épilogue est amusant car il répond au prologue, sur lequel le lecteur s’appuie pour comprendre le roman et que le lecteur n’a pas (forcément) compris après le dénouement.

De plus, ce livre nous fait découvrir un environnement qu’on connaît peu, même en ayant fait des croisières : celui des bateaux de croisière (et même en ayant regardé tous les épisodes de La Croisière s’amuse). On découvre les coulisses d’un bateau tant au niveau des lieux qu’au niveau des personnes. Dans les remerciements, Sebastian Fitzek remercie d’ailleurs un capitaine qui lui a fait découvrir ce monde lors de ses recherches.

Pour ce qui est de l’écriture, je ne peux pas vraiment en parler puisque je l’ai lu en allemand. Mais pour ceux qui veulent le lire pour entretenir leur allemand, cela se lit bien. Il n’y a pas de parties entières qui soient complètement incompréhensibles, seulement des mots de vocabulaire. De plus, c’est un livre très motivant car il est fait de courts chapitres, où il se passe forcément quelque chose, permettant de fractionner sa lecture plus facilement quand on n’est pas bilingue et ainsi de ne pas se décourager.

En conclusion, comme je le disais, une bonne pioche. Et je relirai sans aucun doute Sebastian Fitzek, d’autant qu’il y en a un qui se passe dans un avion !

Références

Passagier 23 de Sebastian FITZEK (Droemer Knaur Taschenbuch, 2015)

Ce livre a paru en français en mars 2018 chez L’Archipel, sous le titre Passager 23.

L’été dernier de Niels Fredrik Dahl

J’ai trouvé ce livre mercredi dernier à la bibliothèque, pas vraiment par hasard, mais plutôt grâce à un coup de pouce des bibliothécaires qui avait exposé ce livre sur une étagère sans raison particulière ; il n’est pas neuf, n’a pas d’actualité, ne rentre pas dans une thématique. Et franchement, ce livre est absolument formidable (en tout cas pour moi). Je l’ai commencé dans le RER et je ne pouvais plus le lâcher.

Le narrateur revient nettoyer la maison de campagne, qu’il a occupée avec sa femme pendant quelques années. Suite à leur rupture, ils ont en effet décidé de la vendre et c’est lui qui se charge de la remettre en état. Pour les deux protagonistes, il s’agissait d’un second mariage et ils ont tout de suite, en tout cas le narrateur, ressenti une réelle passion l’un pour l’autre, la passion devenant rapidement exclusive, virant à la jalousie pour le narrateur. Ces sentiments sont exacerbés par la maison de campagne elle-même. Située à la frontière suédo-norvégienne, malgré la proximité d’une zone commerciale importante, elle est une sorte de paradis isolé du monde extérieur (sauf à vouloir retrouver le monde extérieur), avec son lac pratiquement privé, puisque les voisins sont suffisamment loin pour ne pas gêner.

Comme vous l’aurez sans doute deviné, l’histoire est racontée uniquement du point de vue du narrateur. Le texte alterne entre les étés précédents, où le narrateur se remémore les moments heureux de son mariage, et l’été actuel, où le lecteur constate que le narrateur n’a pas compris les raisons de la rupture. Il soupçonne que Siri, l’été précédent, ait eu une liaison avec un des estivants d’une maison voisine, qui veut d’ailleurs aujourd’hui lui acheter la maison.

Le lecteur est forcé d’adopter le point de vue du narrateur et se prend à chercher les signes d’infidélité de Siri. Au fur et à mesure que le récit progresse, trop de signes apparaissent. La pauvre Siri accumule les contrariétés et problèmes : un bijou qui disparaît, des paroles malheureuses… On comprend que Siri ait eu besoin de s’extraire du cocon de la maison par de longues balades à vélo. Le lecteur prend alors un point de vue plus neutre, moins empathique ; il se met en position d’observateur (ou de voyeur car on est parfois réellement dans l’intimité du couple). Sauf que l’auteur est joueur ! Il ne change jamais son mode de narration. Le narrateur sera toujours l’homme et on ne sera jamais réellement ce qu’il s’est passé pendant l’été dernier et l’année qui a suivi. Après bien sûr, cela permet d’avoir sa propre théorie en tant que lecteur. C’est l’éternel dilemme entre fin ouverte ou fermée !

Qu’est ce qui fait de ce livre un très bon livre, un formidable moment de lecture et pas seulement une pathétique histoire de couple, où le lecteur devient un voyeur ? L’écriture, voyons ! Niels Friedrik Dahl recrée l’atmosphère à l’intérieur du couple, mais surtout l’inscrit dans un environnement à la fois idyllique et oppressant. On ressent l’isolement, la chaleur de l’été, la magie des lieux. Cela a été pour moi jusqu’à être exaspérée, comme les deux protagonistes, par l’agitation du monde extérieur, qu’ils redécouvrent lors des visites dans la zone commerciale.

Pour finir, je signale que Niels Fredrik Dahl, écrivain et journaliste, est à la ville Monsieur Linn Ullmann, dont j’avais lu en 2011 Je suis un ange venu du Nord où il y avait aussi des sentiments exacerbés en vase clos. J’espère que ce roman est réellement un roman… Sinon je m’inquiète pour eux.

Références

L’été dernier de Niels Fredrik DAHL – roman traduit du norvégien par Céline Romand Monnier (Actes Sud, 2007)

Notre-Dame d’Alice Bhatti de Mohammed Hanif

Voilà donc le billet concernant un livre écrit par un auteur pakistanais, le Pakistan étant le deuxième pays gratté sur mon planisphère.

Alice Bhatti est une jeune chrétienne, habitant à Karachi dans la Colonie Française, quartier pauvre de la ville où les habitants sont des intouchables, dont le travail est souvent de nettoyer les trottoirs de la ville.

Alice Bhatti, après un séjour de 14 mois au Borstal, prison pour les femmes et les enfants, veut se faire engager à l’hôpital du Sacré-Cœur en tant qu’infirmière, métier dont elle a suivi la formation avant la prison, comme on le découvrira dans la suite du roman. C’est sur son entretien d’embauche devant trois membres importants de l’hôpital, que s’ouvre le roman. Le docteur Pereira, directeur de l’hôpital, la Sœur Hina Alvi, infirmière-chef, et le médecin-chef sont très impressionnants pour la jeune femme ; Alice Bhatti débite tout le discours savamment préparé avec Noor, le secrétaire du Dr Pereira, qu’elle a connu en prison. Celui-ci s’est proposé de faire tous les petits travaux de l’hôpital pour qu’en échange sa mère, Zainab, soit soignée de ses trois cancers. Noor est amoureux d’Alice, même si elle est beaucoup plus vieille que lui et a peu de chances de le remarquer.

Elle va finalement être recrutée à l’hôpital et commencé à exercer son métier. C’est pour nous l’occasion de découvrir la société pakistanaise : l’extrême pauvreté, l’art de la débrouille, l’art de soigner (ou de le faire croire) sans médicament, les inégalités, la corruption par exemple, mais surtout la manière dont on considère les femmes comme des quantités négligeables, surtout quand elles sont catholiques. Sauf qu’Alice Bhatti n’est pas une femme qui se laisse faire, c’est d’ailleurs ce qui lui vaudra son séjour en prison. Elle n’hésite pas à mutiler les parties intimes des hommes qui souhaitent des fellations par exemple.

Noor est « ami » avec Teddy Butt, haltérophile médaillé, est un collaborateur non-officiel de la police, et plus particulièrement d’une unité qui n’obéit pas aux règles. Il s’agit d’arrêter quelqu’un, par toutes les manières possibles, pas forcément le coupable et lui faire comprendre qu’il ne faut pas recommencer. C’est le travail de Teddy Butt qui réussit la plupart du temps puisqu’il tue souvent le client. Teddy Butt est aussi un homme au cœur tendre et tombe amoureux d’Alice Bhatti. Il lui fait la cour de manière maladroite. Elle n’est pas vraiment amoureuse. Il est musulman ; elle est catholique. Malgré tout cela (la différence religieuse étant en plus mal vue), ils vont se marier et commencer leur vie commune, avec toutes les incompréhensions que cela entraîne.

Le livre est construit (la plupart du temps) par une alternance des points de vue de Noor. d’Alice Bhatti et Teddy Butt. Cela confère un certain dynamisme au livre, où il faut le dire on ne s’ennuie jamais. C’est à mon avis dû à deux choses : l’humour de l’auteur, et accessoirement de ses personnages, et la situation tout simplement. Les gens sont très pauvres, ne peuvent prendre la situation qu’avec philosophie et humour, au risque de devenir fou ou dépressif. En plus de par la construction,  le dynamisme du livre est assuré par, là aussi, la situation. Il n’y a aucun répit, personne ne se repose jamais dans ce roman, tellement les problèmes surgissent les uns après les autres.

C’est le premier roman pakistanais que je lis et je suis plutôt contente de mon choix. Outre que c’est un bon roman, je trouve que cela donne un bon aperçu de la vie à Karachi, comme l’a révélé l’affaire Asia Bibi.

Un autre avis sur Lecture / Écriture.

Références

Notre-Dame d’Alice Bhatti de Mohammed HANIF – traduit de l’anglais par Bernard Turle (Éditions des Deux Terres, 2012)

Narayama de Shichirô Fukazawa

Déjà, bonne année ! puisque c’est le premier billet de l’année, qu’elle soit heureuse, que vos projets se réalisent, que vous gardiez ou retrouviez la santé, selon votre situation, et surtout je vous souhaite une année remplie de bonnes lectures.

Pour l’instant, l’année n’a pas encore commencé pour moi puisque mon nouveau projet professionnel n’a pas encore commencé … Par contre, du côté des lectures, j’ai plein de projets, comme d’habitude.

Pour Noël, outre des livres de Niki et Lewerentz, j’ai reçu Le dit du Genji de Murasaki Shikibu que je suis en train de lire mais bon, il y a 1500 pages et je n’arrive à lire que 25 pages par 25 pages. Cela va donc prendre du temps (par contre c’est une excellente lecture, et le mot est faible).

Pour mon anniversaire, j’avais demandé à mon frère les pléiades de Kafka et j’ai obtenu celles d’Emmanuel Kant, parce que d’après mon frère c’est pareil, cela commence par un K (mon frère n’est pas un très grand lecteur et je vous passerai le commentaire de mon père sur la manière de retenir le nom de Kafka). Donc si quelqu’un a un conseil pour commencer à lire (et à comprendre) Emmanuel Kant, je prends. Parce que je pense qu’il va me falloir un certain temps pour comprendre quelque chose, vu que ma formation philosophique a duré un an (en terminale).

Ma cousine m’a offert un abonnement à Audible. J’en profite pour écouter les exclusivités Audible, car pour les autres livres audio, j’utilise la bibliothèque et franchement c’est plutôt pas mal par exemple (on peut écouter Le Procès de Kafka, lu par Barnaby).

Ma prof d’allemand m’a offert un calendrier : une semaine par page, où un auteur publié par l’éditeur, qui publie le calendrier, est mis en avant avec un extrait et un résumé d’un livre. Mais aussi, sous tous les jours, il y a les écrivains qui sont nés ou morts ce jour-là. Par exemple, je peux vous dire qu’aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Julian Barnes et qu’hier c’était celui de Peter Stamm. Bien sûr, tout cela est en allemand mais je me demande pourquoi Gallimard ne se lance pas là-dedans puisqu’il fait déjà de la papeterie.

Mais, mon plus chouette projet de l’année que je réalise grâce à ma belle-sœur, c’est la visualisation de mes lectures autour du monde. Je m’explique, elle m’a offert une carte du monde et aussi d’Europe à gratter et quand je lis un livre d’un pays, je gratte le pays. L’idée n’est pas de moi (je l’ai prise sur YouTube) mais j’adore cela. D’abord, je fais des progrès en géographie mais c’est un tel plaisir de gratter cette carte qui est affichée au mur, face à mon bureau. Par contre, je ne me mets pas la pression pour lire tout en moins d’un an ou ce genre de chose. Pour l’instant, le Pakistan et le Japon sont grattés. Et je vais donc vous présenter le livre japonais, après cette très très longue introduction.


Je continue quand même ce billet par une courte introduction, pour dire que ce livre est depuis longtemps dans ma PAL et j’ai profité d’une commande chez Momox pour le commander (et pour avoir les frais de port gratuits).

Cette nouvelle de 150 pages a été publiée pour la première fois en 1956 au Japon, en 1959 en France. L’auteur sort un peu des normes par rapport aux écrivains que l’on a l’habitude de lire. Il est « né à Isawamachi, préfecture de Yamanashi, dans une région montagneuse du Japon central où le relief rend la terre ingrate et maintient l’homme à l’abri des influences extérieures, Shichirô Fukazawa ne poursuivit pas ses études au-delà du premier cycle secondaire qui se terminait, dans le régime en vigueur alors, vers la seizième année ». Il s’est formé seul à la littérature et a commencé très tôt à écrire.

L’histoire est située dans le même type de région, que celle où l’auteur a grandi (Bernard Frank insiste dans sa postface pour dire qu’il s’agit bien roman et non d’une étude sociologique). Ainsi, on arrive dans une petite communauté au moment où O Rin s’apprête à franchir le cap des 70 ans et à faire le pèlerinage de Narayama, un pèlerinage que font toutes les personnes âgées, avec leur fils aîné, vers la montagne où vivrait le dieu Narayama. Mais en attendant, O Rin a beaucoup de soucis, en plus de celui de préparer son pèlerinage. Son fils a perdu sa femme ; en allant au ramassage des marrons, elle a roulé au fond d’un ravin. Elle laisse quatre enfants, dont certains en bas âge, mais aussi un adolescent. O Rin doit s’occuper de trouver une nouvelle femme pour son fils, de marier son petit-fils (il a déjà trouvé quelqu’un et l’a mise enceinte) mais aussi d’assurer la transmission de son savoir.

On va suivre la vie d’O Rin pendant cette année et découvrir par ce biais la vie, les traditions et les croyances de cette petite communauté. Le titre de la nouvelle est en réalité Étude à propos des chansons de Narayama et c’est par ce biais que l’on va aussi découvrir ce village de montagne. En effet, pour chaque occasion, il semble y avoir une chanson / comptine et l’auteur nous explique au fil du texte ces chansons. On y comprend notamment la simplicité de leur vie, l’importance de la nourriture, de ne pas la gâcher tellement elle est rare. Un fait un peu coquasse : O Rin a tellement honte de ses dents qui sont encore saines (et surtout toutes là) qu’elle veut se les casser en tapant dessus avec une pierre. En effet, des dents saines, exception dans le village, signifient que l’on mange bien et que l’on est donc quelqu’un de vorace. Un autre fait bien plus triste : les habitants tuent une famille entière qui avait volé dans les potagers des pommes de terre (en fait, ils « disparaissent »).

Le livre a le ton d’un conte : on est touché par la sincérité et la simplicité de l’écriture, qui s’adapte parfaitement à la description de la vie de ces gens. Il est dur de ne pas raconter la fin, qui est à pleurer, et extrêmement marquante. Elle est racontée dans beaucoup de commentaires mais personnellement, je n’avais pas compris cela en lisant le texte. A posteriori, je me dis que je n’ai pas été très maligne mais je pense que ne pas connaître la chute renforce le texte, puisqu’on se concentre plus sur ce qui fait la vie de ces gens, que sur ce qui va mener à cette fin.

Une très belle lecture que je vous conseille. Ce livre a été, par la suite, adapté en film (la couverture est d’ailleurs tirée du film). Est-ce que parmi vous quelqu’un l’a vu ?

Un autre avis de lecture (très négatif) sur Lecture / Écriture.

Références

Narayama – Étude à propos des chansons de Narayama de Shichirô FUKAZAWA – traduit du japonais, préfacé et postfacé par Bernard Frank (Folio, 2004)

The Cornish Coast Murder de John Bude

En théorie, je suis en vacances et je pourrais rédiger plein de billets de blog. Sauf que sur le dessus de ma pile, il y a un livre de la rentrée littéraire (de septembre) qui m’a à la fois plu (dans le sens où je l’ai lu assez rapidement, sans le lâcher), mais qui m’a déçu (alors qu’il a plu à beaucoup). J’ai la flemme de faire un billet mitigé et forcément long pour expliquer mon avis. Du coup, je procrastine … Le pire est qu’en dessous de celui-là et dans mes liseuses, il y a des livres qui l’ont plutôt plu et que je pourrais chroniquer sans soucis. Je viens de finir ce livre, The Cornish Coast Murder, édité dans la collection British Library Crime Classics. Au lieu de procrastiner, j’ai décidé de faire le billet tout de suite. Donc voilà le billet !

La collection British Library Crime Classics est dédié à la réédition de romans d’enquête du dix-neuvième et vingtième siècles. C’est le cas ici puisque le livre a été publié pour la première fois au milieu des années 1930 ; l’action du roman se situe à la même époque.

Lundi 23 mars 193?. Cornouailles. Tempête. Le vicaire et le médecin du village de Boscawen se préparent pour leur soirée hebdomadaire, soirée plutôt originale puisqu’il s’agit de discuter des romans policiers lus par les deux hommes pendant la semaine. Un club de lecture très organisé puisque les livres sont choisis alternativement par les deux hommes et apportés au cours de la semaine pour lecture, puis discutés la semaine suivante (trois romans policiers tout de même). Sauf que ce lundi, la soirée ne se déroule pas comme d’habitude puisqu’elle est interrompue par un coup de fil annonçant un vrai meurtre, commis dans le village, celui de Julius Tregarthan. Il a été tué par balles, tirées à travers les vitres de son bureau, l’homme ayant été attiré par des petits cailloux lancés contre les carreaux. Le meurtrier était donc dehors, or il n’y a aucune trace de pas à proximité des fenêtres, alors qu’il pleuvait. Premier mystère ! Trois coups de feu ont été tirés mais personne n’a rien entendu (ni vu d’ailleurs). Il vivait avec sa nièce et ses deux domestiques. Les maisons voisines sont peu éloignées. Deuxième mystère !

Beaucoup de bons suspects donc pour l’inspecteur dépêché sur les lieux. D’autant que Julius Tregarthan s’est disputé avec le fiancé non officiel de sa nièce, Ruth. Or celui-ci a disparu depuis le meurtre et reste introuvable. De très bons suspects, donc mais un peu trop simple pour le vicaire, qui lui fait une confiance absolue aux jeunes gens qu’il connaît très bien. Il n’en faut pas plus pour que le vicaire cherche à résoudre le mystère, sans marcher sur les plates-bandes de l’inspecteur, qui le laisse d’ailleurs faire (et l’associe à son enquête) avec plaisir.

Il s’agit d’un roman policier très classique. Les protagonistes sont soit suspects, soit enquêteurs, soit témoins. Les témoins peuvent rapidement devenir suspects par contre. Les questions à résoudre sont comment et pourquoi, la réponse à la première question devant permettre de trouver plus rapidement à la réponse à la seconde question. L’inspecteur se trompe souvent, provoquant les rebondissements. Il se montre souvent très crédule, en croyant tous les témoignages et en vérifiant peu les allégations (c’était une autre époque où les gens ne mentaient pas tout le temps visiblement). Heureusement, le vicaire est là, aidant calmement à l’enquête grâce à des discussions contradictoires sur les indices et surtout grâce à sa connaissance des habitants du village.

Une bonne lecture donc, très sympathique pour cette fin d’année !

P.S. : J’ai appris dans l’introduction que Charles Wycliffe était le héros des romans policiers de W.J. Burley avant d’être un policier de séries télévisées. Quelqu’un a-t-il lu ces livres ?

Références

The Cornish Coast Murder de John BUDE – introduction de Martin Edwards (The British Library Publishing Division / British Library Crime Classics, 2014)

Wenn es Frühling wird in Wien de Petra Hartlieb

Wenn es Frühling wird in Wien de Petra Hartlieb est le deuxième tome d’une tétralogie dont j’ai lu le premier tome, Ein Winter in Wien, paru au début de cette année. Le troisième tome, Sommer in Wien, est annoncé pour le printemps 2018 et je peux déjà vous dire qu’il y aura Herbst dans le titre du quatrième tome. Bien sûr, ce billet concerne uniquement les germanophones (puisque les ouvrages ne sont pas traduits), mais pas exclusivement les bilingues par contre (parce que sinon je ne l’aurais pas lu …) En effet, le niveau est très abordable (plus que Meine wundervolle Buchhandlung de la même auteure par exemple), je dirais qu’un début de B2 pourrait suffire. Personnellement, je vous conseille cette série pour cette période car elle est toute mignonne, et surtout très esprit de Noël.

Dans le premier volume, on découvrait Marie Haidinger, jeune fille ayant fuit sa famille à la campagne, dans laquelle elle ne se voyait pas d’avenir. Elle a cependant laissé derrière elle sa grand-mère, son alliée face à un père tyrannique. Après des débuts difficiles dans la capitale, Vienne, elle en vient à avoir des idées de suicide mais une rencontre changera sa vie et lui permettra de vivre un « rêve ». En effet, elle sera engagée par Arthur Schnitzler, l’auteur autrichien (!), pour s’occuper de ses deux enfants : Heinrich (jeune garçon de huit ans, très mature pour son âge) et Lili (petite fille de trois ans). Les deux enfants s’attachent très rapidement à Marie, du fait de sa gentillesse mais aussi d’une mère peu aimante (il faut dire qu’elle a son mari à surveiller, la pauvre). Dans le même premier tome, Marie rencontre un jeune libraire, orphelin d’un père relieur, qui a été recueilli et fait son apprentissage auprès d’un libraire (qui possède la librairie qui a été achetée par Petra Hartlieb et dans laquelle elle travaille aujourd’hui). Bien sûr, c’est l’amour au premier regard, mais un amour timide et très chaste (cela m’a fait penser à la « dame de compagnie » dans Miss Fisher). Ils arrivent quelques aventures relatives aux enfants, mais à la fin, c’est Noël, tout se termine bien et Marie reçoit des places pour la nouvelle pièce de Schnitzler ; là encore, c’est un rêve qui se réalise puisqu’elle avait promis à sa grand-mère, avant de partir, d’aller au théâtre quand elle serait à Vienne.

Le deuxième tome s’ouvre donc sur la soirée au théâtre de nos deux amoureux. Ils ont tous les deux des lumières dans les yeux, mais pas pour les mêmes raisons (il faut dire que lui est un habitué des théâtres, une de ses deux passions avec la lecture). Leur amour part bien puisqu’un bisou sera échangé entre les deux dans ce volume (après des promenades dans tout Vienne, où parfois on rentre dans les cafés) ; cela me semble assez lent pour un mariage dans le quatrième tome (mais bon, il faut s’habituer à l’époque). Comme dans le premier tome, des difficultés apparaissent : la femme de chambre de la maison Schnitzler est enceinte et va subir un avortement clandestin, qui lui fera faire une hémorragie dans la maison (à laquelle elle survivra mais va-t-elle revenir ou non dans la maison ? c’est un grand suspens du livre puisque Monsieur et Madame ne sont pas d’accord), notre jeune libraire subira les demandes pressantes d’une famille de libraires (et de son patron) pour épouser la fille de la maison (qui s’avère lesbienne et donc peu intéressée). Là-dessus, notre jeune libraire, habité par son amour pour Marie, décide de partir à la rencontre de sa future belle-famille, en cachette de son amoureuse. Celle-ci ayant un caractère boudeur et fier, lui fera la tête, avant réconciliation.

C’est donc tout mignon parce que quoi qu’il arrive, on sait que nos deux amoureux resteront amoureux et que les « aventures » annexes des romans se termineront toujours bien. C’est un peu ma série allemande, équivalente à Isabel Dalhousie en anglais. Il faut bien voir qu’on en apprend peu sur l’époque, sur Vienne ou même sur Arthur Schnitzler. Ce n’est pas un roman historique, pas une romance non plus, c’est juste un roman.

En conclusion, c’est sympathique à lire, on reprend le livre avec plaisir et cela met de bonne humeur. Un petit plaisir gourmand pour Noël !

Références

Wenn es Frühling wird in Wien de Petra HARTLIEB (Dumont, 2018)

Je ne sais rien de la Corée de Arthur Dreyfus

Je traînais l’autre jour à la bibliothèque dans le rayon Voyages et j’ai vu ce livre, Je ne sais rien de la Corée d’Arthur Dreyfus, qui était mis en évidence. Je l’ai emprunté pour deux raisons : l’auteur est assez connu mais pour autant je ne savais pas qu’il avait écrit un récit de voyage (j’étais donc curieuse), et je ne connaissais pas cette collection, « Le sentiment géographique », chez Gallimard.

Le nom de la collection vient d’un livre de Michel Chaillou. Au début du livre, on a d’ailleurs une citation issue de cet ouvrage :

Ne serait-ce pas le sentiment géographique, cette évidence confuse que toute rêverie apporte sa terre?

La collection est présentée par ce paragraphe :

Tout n’a pas été dit, les guides touristiques n’étant pas conçus pour révéler le plus secret d’une ville ou d’un pays. Le secret, c’est ce qu’un écrivain retrace et tente d’apprivoiser hors de chez lui, dans une rue lointaine, devant un monument célèbre ou le visage d’un passant. Ainsi recompose-t-il, en vagabond attentif, un monde à la première personne. Donc jamais vu.

Je ne sais plus si c’est au début ou à la fin du livre mais je peux vous dire que cela a conditionné ma lecture et, je pense, un peu l’écriture d’Arthur Dreyfus. Je vais essayer d’expliquer pourquoi dans ce billet. Je précise tout de même que ce livre m’a plu car il m’a donné envie d’en savoir plus sur la Corée (il m’a appris des choses que je ne connaissais absolument pas), mais je l’ai trouvé, parfois, un peu trop centré sur l’auteur.

Il a été proposé à Arthur Dreyfus un voyage de quinze jours en Corée (je n’ai pas compris s’il s’agissait d’un voyage de commande pour écrire ce livre ou si c’était pour écrire un papier sur le pays, car l’auteur est également journaliste). Le « problème » est qu’il ne connaît absolument rien à la Corée, que ce soit l’histoire, la culture, la mentalité … Il va se préparer en écumant les sites internet, en contactant des gens sur Facebook (ou par des relations de relations) et en lisant un livre Histoire de la Corée de Pascal Dayez-Burgeon, qu’il va beaucoup citer dans tout son récit (je le comprends car la plupart des ouvrages grand public sur le pays sont écrits / cosignés / préfacés par lui, en tant qu’ancien ambassadeur français en Corée). Tout cela va le conduire à un drôle de voyage qui, je pense, n’est pas celui qu’aurait fait une personne lambda.

Durant les quinze jours, l’auteur va principalement rester à Séoul, même s’il va faire quelques excursions dans le reste du pays (la frontière avec la Corée du Nord, le parc des pénis dont parle Leiloona dans son billet, même si je dois corriger et dire qu’il y a plus de 500 phallus …) Il va avoir un guide, un jeune homme coréen, qui parle très bien français car il a vécu quelque temps en France (il lit Modiano dans le texte tout de même … je ne suis même pas capable de le faire). Guide est en fait un mauvais terme, il faudrait plutôt utiliser le mot accompagnateur car Arthur Dreyfus décide tout de même ce qu’il veut faire et le jeune homme lui facilite la tâche puisque Arthur Dreyfus ne parle pas la langue. Cependant, parfois, le jeune homme propose des activités, ce qui permet à l’auteur de voir des endroits non prévus.

À lire, j’ai eu l’impression qu’Arthur Dreyfus ne vivait pas réellement le pays mais vivait le pays tel qu’il se l’était imaginé sur internet et dans son livre d’histoire. Il ne fréquente que des personnes francophones (ayant vécu en France) et des expatriés français (qui parfois détestent le pays dans lequel ils vivent). Cela oriente forcément la conversation sur les différences (et similarités) culturelles entre les deux pays …, ce qu’on aime / ce qu’on déteste plus chez un que chez l’autre en résumé. Le voyage de l’auteur ne durait que quinze jours, mais est-ce que c’est vraiment intéressant de rapporter tout à soi et à son pays, quand on est à l’étranger ; personnellement je ne le crois pas. Cela m’a un peu déprimé de lire cela. Par contre, j’ai beaucoup aimé que l’accompagnateur explique ses désaccords avec les personnes rencontrées, ou en tout cas tempère leurs propos, montrant bien que la situation est plus complexe que ce que n’importe quel livre peut raconter. J’aurais aimé beaucoup plus de passages comme cela, et un petit peu moins de France. Par exemple, j’aurais aimé connaître l’importance qu’accordent réellement les Coréens aux classements de l’OCDE. Est-ce que ce sont les dirigeants, les médias qui y accordent une grande place ? Est-ce que les gens sont fiers d’être premiers ou d’être parmi les pays occidentaux ? Est-ce que c’est le fait d’être devenu un pays riche récemment qui confère à ces indicateurs de l’importance ? J’aurais aimé qu’il fasse parler plus de jeunes, et pas seulement à Séoul.

Ce que je n’ai pas aimé non plus, c’est cette tendance de l’auteur à penser que sa culture et ses valeurs sont universelles. Deux exemples me reviennent en mémoire. Le contexte du premier exemple est une visite de Fleur Pellerin en Corée, et plus particulièrement d’une bibliothèque. Il est invité à faire un discours, en tant que journaliste. Le début est conventionnel, mais il dit ensuite quelque chose qu’il sait pertinemment être déplacé. Bien sûr, il se fait ensuite lâcher par la délégation française. Le deuxième exemple, ce sont ses tentatives de psychanalyser son accompagnateur. Il voit bien que c’est gênant pour le jeune homme, puisque celui-ci lui signale explicitement, mais aucun problème, il continue. Après cela, je ne m’étonne plus qu’on ait une mauvaise réputation à l’étranger !

Forcément, quand on lit tout cela, on se demande ce qu’est venu chercher Arthur Dreyfus en Corée, pays dont il ne savait rien comme déjà indiqué. Et c’est là qu’on en revient au but de la collection. Ce n’est pas un récit de voyage « habituel », comme Voyage à travers la Chine interdite de Luc Richard, que j’avais adoré l’année dernière, qui lui se focalisait sur les Chinois rencontrés, leurs modes de vie … C’est ce que je m’attendais un peu à lire mais en fait ici, c’est un écrivain et non un voyageur qui fait le récit. À plusieurs reprises, Arthur Dreyfus explique ce qu’il y a de particulier lorsqu’un écrivain voyage, par rapport à un photographe par exemple. J’ai trouvé que ces pages-là étaient passionnantes (et les plus sincères aussi). Il explique ainsi que l’écrivain va commencer son travail d’écriture après le voyage, qu’il aura consacré à observer finement ce qui s’est passé pendant son séjour. Je rajouterai qu’un écrivain ne peut pas généraliser ce qu’il voit, sauf à rendre universel ses personnes/personnages (ce qui est impossible), et va donc se consacrer à faire émerger la personnalité des quelques personnes rencontrées, plutôt que d’écrire des généralités sur les Coréens. Et là, pour le coup, Arthur Dreyfus l’a particulièrement réussi dans son livre. J’ai l’impression de connaître réellement l’accompagnateur, d’avoir vu l’étudiant français avec la petite amie coréenne … Il n’y a pas de personnes/personnages mauvais, au sens littéraire du terme ; ils sont tous totalement incarnés. Même Arthur Dreyfus ne se donne pas le beau rôle : il est à la fois parisien (pour les amitiés) et provincial (pour le repos), il peut être flamboyant, insupportanle et peu sûr de lui, un peu paumé face à ce pays qu’il ne connaît pas.

Au final, on apprend des petites choses sur la Corée qui donne envie d’en savoir plus (j’ai mis l’Histoire de la Corée dans ma PAL) mais on apprend aussi beaucoup sur Arthur Dreyfus et sur une certaine manière d’observer le monde. C’est un récit de voyage mais d’un autre type.

Références

Je ne sais rien de la Corée de Arthur DREYFUS (Le sentiment géographique / Gallimard, 2017)