Moi, Parasite de Pierre Kerner

Je ne sais plus trop comment je suis tombée sur ce bouquin. Je me rappelle avoir divagué sur internet, d’avoir trouvé un article ou quelque chose comme cela et d’avoir regardé sur Amazon où les avis étaient positifs (et louaient l’humour de l’auteur). Je l’ai commandé à la librairie et je l’ai lu dès qu’il est arrivé en deux jours, alors que je n’ai aucun intérêt particulier pour les parasites. Et franchement, je vous conseille ce livre, si vous êtes aussi dans ce cas, car vous passerez un excellent moment et apprendrez plein de choses intéressantes et cocasses sur les parasites.

L’auteur Pierre Kerner est maître de conférences en génétique évolutive du développement. Il tient aussi le blog « Strange Stuff and Funky Things ». Un compte Twitter (@moiparasite), un compte Instagram et un compte Facebook permettent de prolonger la lecture de ce livre ou vous poussez à vouloir le lire.

Le titre est un clin d’œil au « Moi, Président » de François Hollande. Ainsi, le livre commence par un manifeste où le parasite explique qui il est, en quelques lignes. C’est le parti pris du livre : le monde des parasites nous est raconté par les parasites eux-mêmes. Le livre est divisé en six chapitres et comme le monde des parasites est vaste, chacun a un narrateur différent, un parasite ou un hôte de parasites. Voici l’annonce du plan (cela permet aussi de se faire une bonne idée de l’humour du livre) :

Moi, Parasite, mes avatars sont innombrables et mes histoires infiniment variées, mais je me limiterai à un mandat de six chapitres dont voici le programme :

Moi, Ver solitaire, je vous présenterai mes biographes qui, en content mes exploits, jetaient les prémices de la parasitologie.

Moi, Guêpe parasitaire, je n’ai jamais eu la prétention de travailler seule. Je vous ferai donc découvrir mon projet de stratification efficace du travail parasitaire à travers un extraordinaire entreprise d’imbrication des parasites.

Moi, Parasite, je laisserai une tribune libre au parti de l’opposition et notamment à un espèce d’hôtes, les fourmis, pour qu’elles vous narrent les stratégies qui se sont développées dans chacun de nos deux camps au cours de nos nombreuses escarmouches.

Moi, Sacculina, je ne vous cacherai par les conséquences de notre future association et vous dévoilerai en toute transparence les probables dommages co-parasitaux qui ne manqueront pas de survenir suite à notre cohabitation.

Nous, Diplozoon, couple littéralement soudé, entamerons une campagne d’information d’éducation sexuelle d’envergure afin d’enrayer l’accumulation grandissante de lacunes sur nos moeurs reproductives.

Moi, Virus, je serai le symbole de la tolérance et de l’acceptation. Et à travers mes exemples, vous comprendrez enfin pourquoi l’humanité, que dis-je, le monde entier, bénéficie des actions parasitaires.

Vous, hôte et moi, parasite, avons finalement déjà agréé les termes du contrat qui nous unit. Alors détendez-vous et lisez sereinement ce que l’avenir nous réserve, à tous les deux.

J’ai particulièrement apprécié dans ce livre le fait que l’auteur structure son livre sur les comportements des parasites et pas forcément sur les différents parasites. Il y a bien sûr un type de parasite décrit en détail dans chaque chapitre, mais il y a une place pour d’autres types, qui ont des comportements similaires ou complètement opposés. C’est un peu mon problème en général : les auteurs donnent souvent des informations, qui en tant que spécialistes ne sont pas vraiment importantes pour moi, dans le sens où je ne peux pas les relire car je n’arrive pas à les relier à ce que je connais déjà. Ici, ce n’est pas le cas : l’auteur présente des anecdotes étayées sur des comportements, qu’il rend intéressantes par sa manière de les raconter et de les lier à ce qu’il a introduit précédemment. Quand j’ai fermé le livre, après cette première lecture (car il y en aura d’autres), j’avais des notions de bases sur le cycle de vie des parasites (reproduction, « lieux d’habitation », ennemis, stratégies de survie, intérêt des parasites pour les humains …) Pour moi, cela prouve que le livre est suffisamment vulgarisateur pour être intéressant, même pour une personne complètement novice. D’où mon conseil de le lire.

J’ai particulièrement aimé le premier chapitre sur le ver solitaire et la parasitologie car il explique très clairement (et de manière peu ragoutante) la manière dont les découvertes décisives se sont faites et explique la manière dont ce ver peut arriver jusque dans l’humain.

Le chapitre sur la vie sexuelle des parasites est lui aussi très intéressant et très drôle (voire graveleux). Je trouve que c’est celui qui permet le mieux de se rendre compte de la variété des comportements des parasites ; j’ai eu l’impression qu’à un parasite correspond une stratégie unique de reproduction.

En complément de ce livre, on trouve en annexe une bibliographie de vulgarisation mais aussi d’articles scientifiques pour sourcer les différentes anecdotes racontées, et un lexique (classé par chapitres).

En conclusion, de la très bonne vulgarisation scientifique ! Ma seule réserve est que je ne suis pas sûre d’avoir compris la différence entre parasites, virus et bactéries.

Références

Moi, parasite de Pierre KERNER – illustrations de Alain Prunier et Adrien Demilly (Belin, 2018)

La fabrique des corps de Héloïse Chochois

L’autre jour, je suis allée à la librairie pour trouver une BD conseillée dans l’émission La Dispute de France Culture. En attendant que la libraire se libère (car bien sûr, je ne trouvais pas toute seule), je regardais les BD sur les tables et je suis tombée sur cet album d’Héloïse Chochois. Au final, je ne l’ai pas acheté et le hasard a voulu que, lors de mon passage à la bibliothèque, la BD se mette sur mon passage (oui, oui, la BD a un cerveau et des jambes et a voulu que je la prenne, moi, Cécile et pour cela elle s’est jeté sur moi).

Ce qui fait que je ne l’ai pas acheté, c’est qu’en regardant uniquement la couverture, on ne sait pas de quoi elle parle. La BD est sous-titrée Des premières prothèses à l’humain augmenté. Sur la quatrième de couverture, on peut lire

Comment depuis l’Antiquité répare-t-on les corps ? Qu’est ce que le membre fantôme ? Jusqu’où irons-nous pour transformer l’humain afin de l’améliorer ?

À travers le récit intime et l’aventure scientifique, découvrez un des défis les plus stupéfiants jamais relevés par la médecine.

En feuilletant le livre, on se doute qu’il y a du contenu scientifique, plusieurs fois, des cerveaux sont représentés par exemple. Mais j’ai été incapable à la librairie de me faire une vague idée de l’histoire. Je vais essayer d’aider les futurs lecteurs à se faire une idée de ce qu’on trouve dans ce livre, car il serait tout simplement dommage de passer à côté d’un chef-d’oeuvre de vulgarisation scientifique.

Dans cette BD, on suit un homme, boulanger de profession, qui vient de se réveiller à l’hôpital, après un accident de moto, avec un bras en moins. C’est dur à accepter (on s’en doute). Toute la partie « personnelle » est racontée sans texte, uniquement avec des dessins. On voit la surprise, les doutes, le découragement, la vie familiale avec sa compagne, le retour de l’hôpital, l’adaptation à une nouvelle vie, professionnelle entre autres. Cette partie « personnelle » sert d’intermède aux quatre chapitres : l’amputation, le membre fantôme, les prothèses, le transhumanisme. Je n’aurais jamais pensé m’intéresser à cela, mais c’est vraiment passionnant, car très bien expliqué (je le redis au cas où cela ne soit pas clair).

Ces chapitres sont eux faits de textes et de dessins. L’homme (le boulanger) rencontre à l’hôpital, Ambroise Paré, qui sort d’un tableau, pour lui expliquer tout ce qu’il y a à savoir sur l’amputation. Il sera son (notre) guide dans tout le livre. Pourquoi Ambroise Paré ? Il était tout simplement chirurgien du roi et des champs de bataille au XVIième siècle. Par la mise au point de nouvelles techniques chirurgicales (notamment la ligature des artères), il a « inventé » l’amputation moderne et a grandement participé à l’augmentation du taux de survie suite à ce type d’opération.

Le premier chapitre commence donc par un historique de l’amputation (où on voit que les guerres ont permis, par le nombre de patients, de faire des pas de géants dans la technique), pour se terminer par une description détaillée de la manière dont se passe une amputation.

Le deuxième chapitre se concentre sur l’explication du membre fantôme, c’est-à-dire les douleurs ressenties par la personne opérée dans le membre qu’ils n’ont plus. Pour illustrer pourquoi je parle de chef-d’oeuvre de vulgarisation scientifique, je vais tenter d’expliquer avec du texte seulement, ce qui est expliqué si brillamment en texte et en dessins (tout ce qui est cité est entre guillemets, comme d’habitude). On distingue deux systèmes sensitifs, le système lemniscal et le système extra-lemniscal. Le système lemniscal gère la « sensibilité fine et précise », qui permet de « différencier des pointes fines très proches l’une de l’autre, de distinguer les matières », mais aussi la sensibilité profonde. Le système extra-lemniscal gère lui plutôt la douleur. Il prend plus ou moins le même chemin dans le corps humain, mais est plus lent car il utilise d’autres types de récepteurs. « La voie rapide de la sensibilité module celle plus lente de la douleur ». Le système lemniscal inhibe progressivement la sensation de la douleur, pour qu’une fois arrivé au cerveau, la sensation de la douleur soit moindre que celle normalement ressentie sans le système lemniscal ; on parle de « contrôle segmentaire ». Pourquoi le membre fantôme ? « Lors d’une amputation, parfois, les terminaisons nerveuses sectionnées bourgeonnent en névromes. Ces derniers peuvent envoyer des influx électriques anormaux. » Comme il n’y a plus de membres, il n’y a plus de système lemniscal, et donc plus d’atténuation de la douleur. « Les informations arrivent directement au schéma corporel du cortex sur lequel [le membre] est encore représenté », d’où les douleurs. Si vous n’avez pas compris, ne vous inquiétez pas car dans la BD, c’est bien mieux expliqué puisqu’il y a les dessins. Tous les mots compliqués et les idées complexes sont illustrés, permettant de comprendre le propos sans même réfléchir. Après, il faut relire pour mémoriser, mais déjà la compréhension est un bon départ.

Le troisième chapitre traite des prothèses : les différents types, l’évolution historique, la difficulté d’avoir une prothèse de bras efficace, du fait des nombreux mouvements fins à gérer (par rapport à une prothèse de jambe). Plein de choses dont je ne me doutais même pas.

Le quatrième chapitre ouvre le propos au transhumanisme, dont on nous donne la définition suivante (après reformulation des phrases mais avec les mêmes mots) : « améliorer les caractéristiques physiques et mentales humaines, en utilisant les sciences et les techniques ». J’ai trouvé ce chapitre intéressant car il présente les deux points de vue, pour et contre, alors qu’en général, on lit plutôt le contre.

Je voudrais faire remarquer, pour terminer, que Héloïse Chochois est la seule auteur, c’est donc bien elle-même qui fait la vulgarisation scientifique (et pas un scientifique, comme dans d’autres BD). En lisant le livre, on se rend compte qu’elle a fait un très gros travail de recherche, complété par de nombreux entretiens (les personnes rencontrées sont citées dans les remerciements). Dans sa biographie, on lit qu’elle a étudié le design d’illustration scientifique. Elle est passionnée de « physique, chimie, médecine, astronomie, recherche et travail en laboratoire ». Elle illustre une revue, a fait des stages dans des laboratoires scientifiques … Un parcours atypique mais dans lequel on sent pointer la passion, la vocation.

En conclusion, je vous conseille cette BD car on y apprend beaucoup, même si vous n’êtes pas intéressés par le sujet.

Références

La Fabrique des corps – Des premières prothèse à l’humain augmenté de Héloïse CHOCHOIS (Delcourt, 2017)

Longitude de Dava Sobel

Pendant mes révisions, j’ai écouté de manière intensive le podcast de l’émission de la BBC, A Good Read. Je vous explique le principe de l’émission au cas où vous ne connaissiez pas. L’animatrice invite deux « célébrités » (qu’on ne connaît en général pas si on habite de l’autre côté de la Manche), chacun suggérant aux deux autres une bonne lecture. Les participants ont donc tous lu les trois livres dont on va parler et en discutent pendant une demi-heure. Le concept n’est pas novateur mais c’est toujours surprenant à écouter pour plusieurs raisons. Premièrement, on ne parle pas forcément de nouveautés, les invités peuvent avoir choisi des livres parus il y a vingt ans mais dont ils gardent un souvenir impérissable (cela peut être des best-sellers comme des livres confidentiels). Pour l’occasion, ils les relisent (même les autres invités s’ils l’avaient déjà lu … oui, oui, vous lisez bien, les trois personnes ont lu les trois livres et sont capables d’en parler dans le détail, cela fait rêver je trouve). Les trois participants donnent leur avis de manière extrêmement subjective et honnête : quand ils ont trouvé le livre chiant, il le dise, quand cela fait écho à leur vie, il parle de leur vie, ils rient, s’enthousiasment … Ce n’est pas une émission de critique littéraire, mais bien de conseils de lecture entre amis. Vu la sincérité de l’émission, vous ne pouvez que noter certains titres. Et pour en rajouter une couche, quand un invité propose un livre d’un auteur qu’il connaît personnellement (ou même quand la présentatrice propose un livre d’un auteur travaillant à la BBC), le possible conflit d’intérêts est signalé à l’auditeur. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve que cela fait rêver par rapport aux émissions littéraires et culturelles françaises.

Tout cela pour dire que cette émission est une mine d’or d’idées de lecture et surtout très diverses : il y a des romans, des romans noirs, des classiques, des essais, des mémoires, des livres sur l’Histoire …Et parmi tout cela, j’ai bien accroché à l’émission où était présenté le livre de Dava Sobel, Longitude. Dava Sobel est une journaliste scientifique, qui, d’après sa biographie, a travaillé longtemps pour le New York Times. Un autre de ses ouvrages est disponible en français, La Fille de Galilée (il me tente bien aussi, celui-là). Malgré tout, elle a choisi de ne pas écrire un ouvrage de vulgarisation scientifique au sens classique du terme.

Fin du XVIIième siècle, début du XVIIIième siècle, la marine, marchande ou militaire, anglaise a connu des naufrages majeurs, faisant perdre de l’argent et des hommes. Le plus meurtrier s’est produit le 22 octobre 1707 au large des îles Scilly, où 2000 marins sur 4 navires de guerre britanniques perdirent la vie. Ces naufrages avaient une même cause : la méconnaissance de la position exacte du bateau. Les méthodes prévues pour mesurer la latitude étaient connues et suffisamment précises depuis longtemps. Dava Sobel résume cela avec beaucoup d’humour :

Tout marin digne de ce nom peut établir sa latitude sans trop de peine par la longueur du jour, par la hauteur du Soleil ou par la position des étoiles au-dessus de l’horizon. Christophe Colomb suivit une route droite à travers l’Atlantique quand il longea le parallèle lors de son voyage de 1492, et cette méthode l’eût sans nul doute mené aux Indes si les Amériques ne s’étaient interposées [p. 13].

Pour la longitude, c’est différent car elle dépend du temps. L’idée est qu’il faut connaître l’heure au point où l’on est et l’heure à un autre endroit (le port de départ par exemple) pour savoir où on est. Plusieurs méthodes étaient utilisées, plus inefficaces les unes que les autres. Il y en a notamment une pour laquelle le capitaine du bateau devait regarder le soleil avec une lunette en verre. Apparemment, il y a eu plusieurs personnes qui sont devenues aveugles au bout de quelques années … on se demande bien pourquoi. Comme l’argent est le nerf de la guerre, l’Angleterre a décidé de régler le problème en proposant une sorte de concours, avec un règlement précisant les exigences de précision, de grosses sommes d’argent à la clé et un Conseil de la longitude comme juge du concours (le Conseil a commencé son activité en 1714 et a été dissous en 1828). Pendant tout ce temps, deux méthodes se sont affrontées : les méthodes lunaires et les méthodes mécaniques (celles avec des horloges et chronomètres).

Les méthodes lunaires avaient beaucoup d’inconvénients, notamment dû au fait qu’elles étaient basées sur des observations astronomiques impossibles lors de cieux couverts ou sur l’observation de phénomènes se produisant très rarement. Pourtant, elles étaient considérées comme des méthodes scientifiques, donc de plus grandes précisions. Finalement, elles reposaient sur l’extension d’idées déjà connues depuis longtemps (l’observation du ciel, cela ne date pas d’hier, Ptolémée en est bien la preuve) et il est toujours plus facile d’accepter ce que l’on connaît déjà (un peu) que ce qu’on ne connaît pas du tout. Ce sont les méthodes qui avaient l’appui du Conseil de la Longitude, principalement constitué de personnes avec des connaissances scientifiques.

Les méthodes mécaniques souffraient bien évidemment de cela. John Harrison, ébéniste de formation, s’est fait horloger pour essayer de répondre à ce problème de longitude. De 1714 à 1773, il a construit quatre horloges (ou chronomètre) nommées H1, H2, H3 et H4 (toutes les quatre sont exposées aujourd’hui à l’observatoire royal de Greenwich), chacune ayant ses particularités. Par exemple, la première, H1, est tout en bois, même le mécanisme. H4 est un chronomètre, elle fait ainsi une taille raisonnable. Seules H2, H3 et H4 ont été testées en mer ; Harrison n’ayant pas voulu donner l’horloge H1 car il souhaitait encore l’améliorer (c’était un perfectionniste). Chacune répond, d’après les tests, aux exigences de précisions demandées, et, ne se dérègle pas, malgré des conditions difficiles : variation de température, d’humidité, de pression, mauvais temps. Pourtant, le Conseil de la Longitude mettra énormément de temps à reconnaître la supériorité de cette solution sur les méthodes lunaires (qui seront, elles, finalement utilisées comme méthodes auxiliaires ou de confirmation).

On apprend tout cela dans ce livre, ce qui est déjà énorme car je ne soupçonnais absolument pas que tout cela ait pu exister et en soit, c’est tout de même intéressant de connaître le pourquoi du comment du méridien de Greenwich, de comprendre la manière dont les gens de l’époque ont résolu un problème qui pouvait sembler insoluble, et surtout voir en combien de temps il a été possible de faire admettre aux scientifiques une nouvelle idée (je suis toujours un peu surprise quand je lis cela car c’est censé être les gens parmi les plus rationnels qui existent, et ils semblent pourtant souvent ancrés sur leurs certitudes même si on leur démontre le contraire).

Pourtant, il y a plusieurs choses qui m’ont profondément dérangée dans la forme du livre. La preuve en est que j’ai mis un mois et demi pour lire 200 pages alors que ce qui était dit m’intéressait. Dava Sobel explique de manière détaillée le contexte, les méthodes lunaires, mais aussi les personnes qui interviennent pour résoudre ce problème de longitude. Et finalement, elle s’appesantit plus sur les méthodes lunaires et ses partisans que sur Harrison et son chronomètre.

Déjà, elle a fait le choix de ne pas décrire les inventions d’Harrison pour que son horloge fonctionne : cela prend tout au plus trois pages dans le livre. Le prétexte en est apparemment que c’est un livre grand public. Et là, dans ma tête, je me suis dit que si elle n’arrivait pas à faire comprendre cela, c’est qu’elle ne devrait pas essayer de faire de la vulgarisation scientifique. Au final, si j’essaie de me rappeler les particularités de chacune des horloges, j’en suis incapable alors que c’est tout de même le plus important. Pour ce qui concerne le personnage d’Harrison, c’est la même chose. Elle a décidé de ne pas mettre, dans le texte, de notes de bas de page car c’est un ouvrage grand public (il y a cependant des sources à la fin du livre). Cela implique qu’elle ne cite ni Harrison (père ou fils), ni des témoins de l’époque. Elle arrive, je trouve, à bien faire vivre l’époque, les personnages célèbres mais pas du tout la famille Harrison. Elle parle d’un combat harassant contre le Conseil de la Longitude, de rancœurs … Et à chaque fois qu’elle disait cela dans le livre, j’ai eu l’impression qu’elle plaquait ses sentiments à elle sur le pauvre Harrison. Plus exactement, on voit que cela a été une lutte acharnée pour la famille Harrison de faire reconnaître le procédé, mais tous les sentiments intérieurs qu’elle lui prête, je les ai trouvés faux.

En y réfléchissant après ma lecture, je me suis dit que cela n’aurait tout simplement pas dû être dans le livre. Il ne s’agit pas d’une biographie romancée, mais bien d’un essai à visée historique. Les sentiments de Harrison auraient plutôt dû être cités de ses mémoires que réécrits par l’auteur. Cela ne change pas la crédibilité du livre, mais cela lui donne un côté inachevé, fouillis, un peu décevant.

La dernière chose qui m’a gêné, et je ne suis pas sûre que cela ne vienne pas de l’édition française (grand format et livre de poche), c’est l’absence de photos : il n’y a ni photos des horloges et chronomètres, ni de l’observatoire de Greenwich, ni d’Harrison lui-même alors qu’elle décrit tout cela dans son livre. Parler d’un portrait, sans même le montrer, dans un livre paru avant l’accès facile à internet … j’ai trouvé cela dommage.

Si je résume tout cela, je dirais que j’ai aimé le fond de l’histoire (mais de manière générale, je suis bon public pour les livres racontant la manière dont les découvertes scientifiques se sont faites) mais je n’ai pas du tout accroché à la forme. Pour la défense de l’émission A good read, l’animatrice et le deuxième lecteur avaient signalés que la forme pouvait déconcerter, voire ne pas convaincre.

Références

Longitude – L’histoire vraie du génie solitaire qui résolut le plus grand problème scientifique de son temps de Dava SOBEL – traduit de l’anglais par Gérald Messadié (Points, 1998)

Logicomix de Apostolos Doxiadis et al.

LogicomixJe l’ai enfin lu !!! Je l’avais repéré après avoir lu un autre livre de Apostolos Doxiadis, Oncle Petros et la conjecture de Goldbach. Je ne l’avais toujours pas acheté ou même emprunté à la bibliothèque, mais je continuais à le lorgner à chaque fois que je passais au rayon vulgarisation de la librairie Eyrolles. Sauf que début août, j’ai lu Amour et maths de Edward Frenkel. Cela a été un tel bonheur que j’ai voulu continuer dans cet univers et donc j’ai choisi ce comics dans ma LAL.

La narration mêle trois épisodes – périodes :

  • Une période « actuelle », décrivant la manière dont ce comics a été conçu : le but du livre mais aussi les questionnements pour trouver le meilleur scénario pour atteindre ce but. On apprend notamment dans ces parties que l’idée du comics n’est absolument pas de faire une histoire de la logique mais plutôt d’établir une sorte de relation entre les hommes, leurs folies et la logique. Comme si le fait de faire des recherches mathématiques sur la logique, et plus particulièrement à l’époque dont il est question dans Logicomix, par le fait qu’elles touchent les fondements même des mathématiques (vues par certains comme fondements du « monde ») rendaient fous les hommes qui abordaient ces questions par trop métaphysiques.
  • Vous allez me dire, mais quelles questions … C’est Bertrand Russell, célèbre mathématicien – philosophe – pacifiste – éducateur …, dont on peut voir dans toutes les librairies l’Éloge de l’oisiveté (chez Allia), qui va vous l’expliquer lors d’une conférence. Cette conférence s’est tenue en 1939 sur un campus américain et a été « perturbée » par des manifestants pacifistes demandant le soutien de Russell (pacifiste lui-même lors de la Première Guerre mondiale). Pour répondre aux manifestants, Russell choisit de retracer sa vie depuis son enfance. Il a été éduqué par une grand-mère très stricte, après la mort de ses parents et de son grand-père. Celle-ci lui a procuré une très bonne éducation, en particulier grâce à un précepteur en mathématiques. Dès lors, une question l’a obsédé : les fondements des mathématiques. En effet, lorsqu’il a travaillé sur Euclide, il a « découvert » que les théorèmes … reposent tous sur des axiomes, par définition non prouvés. Les vérités mathématiques, qui lui semblaient être des valeurs refuges dans ce monde incertain, lui ont semblé tout à coup particulièrement branlantes, le pire étant que personne ne se rendait compte de ce grave problème.
  • B. Russell décide de consacrer ses études et sa vie à trouver les bases qui feraient des mathématiques une science exacte et fondée. Pour cela, il va à l’Université, fait une déviation vers la philosophie, rencontre les grands maîtres de la logique (et de la théorie des ensembles) : Cantor, Frege, Peano, Wittgenstein (qui a été l’élève de Russell, ce que je ne savais pas du tout), travaille lui-même sur une nouvelle théorie. Russell retrace ainsi toute l’histoire de la logique, la recherche des fondements mathématiques en particulier, jusqu’à l’arrivée de Gödel et de son théorème d’incomplétude. Il y a même Hilbert et Poincaré en guest stars !

Je n’ai jamais étudié la logique à l’Université parce que j’avoue que cela ne m’intéressait pas franchement. Pourtant j’utilise tous les jours les concepts dont parlent le livre. J’ai trouvé particulièrement intéressant de voir dans quel cadre et avec quelle cohérence ils ont été introduits, n’ayant jamais non plus étudié l’histoire des mathématiques. Les mathématiques ne sont ni trop ni pas assez présentes dans cette bande dessinée (dans Amour et maths il y a des maths, des vraies et qui quoi qu’en dise l’auteur ne sont pas compréhensibles par tous, dans Logicomix ce n’est pas le cas : rassurez-vous !).

J’ai trouvé que la travail de vulgarisation était très bien réalisé car les auteurs insistent sur ce qui peut le plus intéresser les lecteurs : les mathématiciens plutôt que les mathématiques. J’avoue adorer quand on parle des mathématiciens car ce sont des gens qui peuvent être réellement très spéciaux. Le point de vue adopté (la logique mène à la folie ou vice-versa) est parfois un peu extrême, il y a une sorte de détournement de l’Histoire pour servir un point de vue.

À partir ce tout petit bémol, je ne regrette pas du tout d’avoir acheté et lu ce comics. Je vous le conseille si vous êtes (un peu) intéressé par les maths pures, la logique … Si vous êtes complètement allergique, ce n’est pas la peine de vous faire violence non plus.

L’avis de Keisha.

Références

Logicomix de Apostolos DOXIADIS (concept, histoire, script), Christos PAPADIMITRIOU (concept et histoire), Alecos PAPADATOS (personnages et dessins) et Annie DI DONNA (couleur) – traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat (Vuibert, 2011)

P.S. : Désolée encore une fois pour mon absence. J’ai lu pas mal de livre en août mais surtout je suis partie en vacances une semaine (c’était la première fois en quatre ans). Je suis allée en Allemagne à Aix-la-Chapelle. J’ai repris le travail lundi et je suis déjà épuisée. Vivement les prochaines vacances 🙂

Petits meurtres entre mathématiciens de Tefcros Michaelides

PetitsMeurtresEntreMathematiciens

Encore une idée de lecture que j’ai trouvé dans les Défis du CEA (l’abonnement est gratuit si vous êtes intéressés). Bien sûr, c’est le titre qui m’a interpellé de suite. Après lecture, je dirais qu’il est un petit peu racoleur tout de même car ce n’est pas le sujet principal du livre. Le sous-titre s’avère lui beaucoup plus juste : « comment deux amis débattent de maths et d’amour dans le Paris de la Belle Époque ».

On est en 1929, à Athènes. Michael Igerinos est appelé pour reconnaître le corps de son ami de trente ans, Stefanos Kantartzis, qui vient juste d’être assassiné, empoisonné plus exactement. Cela ramène Michael trente ans en arrière. Pour arriver à l’explication du meurtre, il va remonter très longtemps jusqu’à nous (c’est à peu près 80 % du livre). Les deux mais se sont rencontrés en 1900 à Paris, au deuxième Congrès international de mathématiques qui s’est tenu à la Sorbonne. C’est là où Hilbert a présenté ses fameux 23 problèmes qui allaient guider tout le développement des mathématiques durant le 20ième siècle. Ils se sont rencontrés par le plus grand des hasards mais se sont tout de suite plut. Penzez, tous les deux sont animés par les mathématiques ! Pendant ce séjour, Stefanos présentera à Michael la vie parisienne, et entre autre Picasso (apparemment, l’auteur a pris quelques libertés et avancée le séjour à Paris de quelques mois). C’est à mon avis la partie la plus intéressante du livre car l’auteur présente les différents courants qui traversent les mathématiques mais aussi les personnages qui animent le domaine. On apprend notamment que Hilbert était connu pour êtres un bon vivant dans la ville médiévale de Göttingen.

Ensuite, j’ai trouvé qu’on perdait un peu de vue les mathématiques car Michael est obligé d’arrêter pour cause de raisons familiales. On rentre alors plus dans la description d’une époque très troublée, ainsi que dans la description du fil d’un vie (mariage, divorce, maîtresse …) Même quand Michael retrouve Stefanos, par hasard toujours, ils parlent moins de maths car Stefanos a gardé la passion de la recherche (dans le sens résolution de problème) tandis que Michael ne fait que se tenir au courant. Le livre perd alors un peu d’intérêt.

Comme je le disais, la résolution du meurtre ne casse pas trois pattes à un canard. Il n’y pas d’enquêtes car il n’y a pas de suspect. Le livre est donc plus sur l’histoire des maths que sur les maths elles-mêmes.

Je dirais que c’est un bon livre dans les 150 premières pages, mais qui s’essouffle dans la suite. Je précise qu’il faut tout de même être un tout peu intéressé par le sujet …

P.S. Je suis sûre que vous vous êtes toujours poser la question de comment retenir les décimales de pi. Ce livre donne la réponse : il suffit de compter les lettres de chacun des mots de ce poème :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages !

Immortel Archimède, artiste ingénieur,

Qui de ton jugement peut priser la valeur ?

Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.

Qui a dit que les mathématiciens n’étaient pas capables de poésie ?

Références

Petits meurtres entre mathématiciens de Tefcros MICHAELIDES (Plumes de science / Le Pommier, 2012)

Mourir pour un crapaud … de Catherine Bousquet

Quatrième de couverture

Été 1926. Un coup de feu éclate dans la montagne autrichienne. Triste spectacle : un homme à la tête sanglante gît, un pistolet à la main… Suicidé ! C’est le professeur Kammerer, biologiste bien connu à Vienne, spécialiste des batraciens ! Pourquoi donc ce geste funeste ? Est-ce le dénouement tragique d’une violente controverse scientifique, qui dure depuis plus de quinze ans et dont le héros est … un simple petit crapaud ? Est-ce l’aveu d’une fraude, récemment révélée, et dont le scandale retentira à jamais ? Est-ce pour de toutes autres raisons, aux enjeux idéologiques, voire politiques ? Mais ne peut-on aujourd’hi, grâce aux plus récentes découvertes, interpréter cette énigme de façon tout à fait différente ?

Mon avis

J’ai piqué ce conseil de lecture chez Tiphanya. Quoique pas emballée, elle m’a donné envie de le lire car c’est une parfaite continuation de la lecture du livre de Luc Perino. Surtout, j’avais lu la biographie que consacrait Catherine Bousquet à Darwin et que cela m’avait beaucoup plu.

Dans cette histoire des sciences romancée, on est environ 50 ans après le premier débat sur les théories de Darwin. Dans la communauté scientifique, il y a toujours les pro-Lamarck et les pro-Darwin. Le point principal d’achoppement est entre caractère acquis (pour les partisans de Lamarck, l’homme s’adapte à son environnement pour y survivre et le caractère obtenu est transmis aux futures générations) et « loi du plus fort » (pour les partisans de Darwin, l’environnement (dans le sens de nature et pas humain)1 va provoquer une sélection progressive des caractères qui permettront l’adaptation progressive de l’espèce). Le contexte est cependant différent de la bataille d’Oxford de 1860. Puisqu’en 1900, de Vries redécouvre les lois de Mendel, lois génétiques qui tendent à confirmer la théorie de Darwin. Il y a toujours des sceptiques. Kammerer en fait partie.

Ses travaux portent sur la reproduction des crapauds. Il en regarde deux sortes : ceux qui se reproduisent sur terre et d’autres dans l’eau. Il essaye de se faire reproduire dans l’eau ceux qui se reproduisent sur terre. Pour cela, il exerce des conditions qu’il suppose favorables. Il regarde ensuite si c’est possible et surtout si les crapauds, au fur et à mesure des générations, prennent les caractères de ceux qui se reproduisent dans l’eau (acquisition de sorte de ventouses qui permettent de retenir la partenaire dans l’eau et surtout de garer les œufs car c’est le crapaud qui est censé les couvés). C’est le cas. Pour lui, c’est la preuve flagrante que Lamarck avait raison. Bateson, scientifique anglais, grand partisan de Mendel, est très sceptique. Commence alors une confrontation scientifique très difficile car elle se fait pendant une période très troublée où les voyages n’étaient pas des plus évidents et après dans un contexte politique très idéologisé (je sais que cela ne se dit pas mais je n’arrive pas à trouver le mot). En plus, il y avait la mauvaise foi des deux parties. Tout cela va mal tourner.

L’apport de Catherine Bousquet dans l’histoire est indéniable. Son style alerte lui permet de nous livrer une narration très agréable à lire, très claire mais surtout ses connaissances de la biologie permettent de jeter un regard moderne sur cette histoire. Kamemerer n’est plus regardé comme le « fraudeur scientifique » du XXième siècle mais comme une victime de son temps. En effet, Catherine Bousquet explique à la fin de son livre les théories les plus modernes pour interpréter les résultats de l’expérience (elle s’appuie sur des articles de fin de l’année 2010 tout de même). C’est cette conclusion que j’ai particulièrement aimé : les résultats de l’expérience de Kammerer étaient là mais pas forcément les théories pour les interpréter. Ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est que Catherine Bousquet ne se concentre pas sur les aspects les plus glauques comme la tricherie ou le suicide (elle nous livre quelques interprétations dans un style bon enfant) mais se concentre sur l’explication des résultats et des enjeux scientifiques.

J’ai beaucoup aimé mais ce n’est que mon avis.

Références

Mourir pour un crapaud … un authentique drame scientifique de Catherine BOUSQUET (Le Pommier / Romans et plus, 2011)

P.S. Je ne suis pas biologiste alors si j’ai mal dit ou mal compris quelque chose, n’hésitez pas à corriger dans les commentaires.

1: je précise que toute sélection provoquée par l’homme n’est pas un processus darwinien (même si certains veulent le penser) mais un processus imbécile, qui ne veut rien dire et ne sert absolument à rien à part à servir des idées stupides, le mot est très faible. Tout commentaire portant sur ces questions sera supprimé.

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach de Apostolos Doxiadis

Quatrième de couverture

Le vieil oncle Petros qui vit dans une petite maison près d’Athènes est-il un des grands ratés de la science ou le Prométhée de la théorie des nombres ? Lorsqu’il meurt, il fait don à son neveu préféré de sa bibliothèque de livres scientifiques. Celui-ci raconte alors quelles ont été ses relations avec cet homme peu commun et quel a été son destin.
Une conjecture mathématique irrésolue depuis deux siècles, un oncle mathématicien rendu fou par la recherche de la solution, un neveu qui enquête, avec ce polar des nombres premiers, Apostolos Doxiadis a réussi un roman parfaitement original et attachant, salué par les communautés mathématiques et littéraires anglo-saxons comme un exploit qui force l’admiration de deux mondes peu habitués à se rencontrer.

Mon avis

Ce livre aborde, avec beaucoup de réussite, les thèmes que le livre de Claudine Monteil ne faisait que survoler. Je précise au passage que Apostolos Doxiadis est mathématicien de formation.

On rencontre un homme, un génie, le fameux oncle Petros, qui s’est consacré toute sa vie au mathématique. Futur héritier d’une grande fortune en Grèce et normalement destiné à la gérer, son père acceptera de le faire former par Carathéodory, en Allemagne (parce qu il était grec), après avoir reconnu le génie de son fils. Il rencontre alors une femme avec qui il vit six mois torrides mais elle se marie avec un autre. Il décide alors de la reconquérir en devenant le plus grand mathématicien du monde. Pour l’instant, il fait sa thèse sur un problème d’équations différentielles (qui trouvera son application durant la Première Guerre Mondiale). Ce sont des mathématiques appliquées. Malgré le grand renom que lui doit sa découverte, il la comparera tout au plus à des comptes d’apothicaire.

Il reçoit peu après une bourse pour aller à Cambridge travailler avec Littlewood, Hardy et Ramanujan (mathématiciens dont Keisha nous a parlé ici). Commence alors le début d’une période très prolifique mais aussi le début de la fin car il va décider de se consacrer à la théorie des nombres et surtout à la conjecture de Goldbach.

La conjecture de Goldbach (dont parle aussi Le théorème du perroquet) c’est cette phrase si simple que personne n’a jamais réussi à démontrer : « Tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers ».

À partir de là, il va s’isoler (dans une université allemande) pour travailler sur ses recherches. Il obtiendra plusieurs résultats intermédiaires qu’il ne publiera pas à temps (d’autres l’auront devancer alors qu’il les avait trouvé avant mais ne s’était pas tenu au courant). La question qui se pose alors c’est jusqu’où doit-on aller pour démontrer une conjecture qui devient une obsession ? La réponse que retiendra Petros lui sera inspirée Kurt Gödel (avec son théorème de l’incomplétude) et Alan Turing.

Le livre parle de la différence entre mathématiques appliquées et mathématiques fondamentales : l’une est dans le monde de tous les jours alors que l’autre est dans un autre monde, un monde « poétique ». L’auteur va même jusqu’à comparer le mathématicien a un poète, a un artiste car il se créé un monde, ses propres images pour pouvoir prouver des théorèmes. C’est d’ailleurs ce que dit Alain Connes, médaille Fields, dans cette vidéo.

L’auteur parle de comment faire de la recherche (travailler sur son problème, ne pas forcément se laisser obséder, reste en contact avec ses collègues, avec ce qui se fait). Il fait aussi que sur le sort d’un mathématicien, sur comment il peut s’en sortir dans ce monde (sur six, seuls deux on eu une vie normale dans le livre, les autres ont été atteint de folie ou se sont suicidés).

Tout cela est fait dans une langue fluide, sans trop de mathématiques (genre deux pages du livre) et aussi avec beaucoup d’humour.

Je trouve que c’est un très bon livre, intéressant à lire pour toutes les raisons ci-dessus.

Références

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach de Apostolos DOXIADIS – traduit de l’anglais par ? (Points Seuil, 2002)

Darwin viendra-t-il ? de Luc Perino

Je vous le dis de suite : Darwin ne viendra pas aujourd’hui. Je viens encore une fois de spoiler le livre même si vous vous doutiez qu’une homme mort depuis plus d’un siècle ne pouvait pas venir mettre un commentaire sur un blog.

Rassurez-vous, ce n’est pas du snobisme de sa part, juste de la timidité,  parce qu’il n’est pas non plus venu le 30 juin 1860 à Oxford pour défendre son œuvre L’origine des espèces. Le livre de Luc Perino raconte comment il n’est pas venu et comment les gens se sont débrouillés sans lui.

Darwin a travaillé pendant 20 ans sur sa théorie. C’était un homme, un scientifique, très méticuleux : il ne voulait pas publier tant qu’il avait des doutes. Il cherchait à justifier toutes les zones d’ombre, cherchait de nouveaux exemples et quand il ne trouvait rien, il indiquait de lui-même les failles de sa théorie. Quand il fut persuadé de la justesse de sa théorie, il était fatigué et n’avait plus envie de débattre. Il était incompris de la plupart de ses pairs car à cette époque, on avait tendance à parler tout de suite de ses recherches pour susciter la discussion et pour entraîner de nouvelles idées.

Ce Darwin ne parle jamais dans le livre. Finalement, ce sont ses partisans et détracteurs qui dressent son portrait. On y découvre aussi un homme partagé entre religion et science car la question centrale de cette histoire romancée est st-ce que Darwin a parlé de l’Homme dans sa théorie de l’évolution ? La réponse est non (Darwin ne pouvait se résoudre à mettre en question toute la Bible) mais beaucoup de gens ont pensé que oui (alors que d’après ce que j’ai compris c’est plutôt Thomas Huxley (c’est même lui qui a inventé le mot « agnostique », le grand-père d’Aldous, qui a fait le lien entre les singes et l’Homme).

La structure du roman est intéressante car dans une première partie on mêle partisans et détracteurs : on expose les théories, les doutes de chacun. On présente un contexte aussi : une Angleterre victorienne, siège de tous les progrès du monde et pourtant d’un puritanisme sans nom. Notamment, on découvre qu’à cette époque une grosse partie des scientifiques étaient des religieux et qu’ils étaient souvent difficiles de distinguer les deux dans leur tête (ici on nous présente les pionniers de ceux qui ont réussi). Cela entraîne entre une vision particulière de la découverte de théorèmes, de lois de la nature … Dans une deuxième partie, on nous présente le fameux débat. Cela permet aussi de faire sa propre idée, de comparer les arguments mis en avant, de décider qui a gagné …

J’avais entendu parler de ce livre dans Le magazine de la santé et je n’ai pas été mécontente d’avoir suivi ce conseil. Ce livre m’a permis d’apprendre énormément de chose sur l’Angleterre victorienne, sur la manière de faire de la science (et de connaître les grands scientifiques de l’époque : Lamarck, Linné, Cuvier, Lewis Caroll, Huxley …) mais surtout de mieux comprendre une théorie que certains, les créationnistes avec leur Intelligent Design, malgré toutes les preuves, mettent encore en cause. En gros, c’est un livre actuel malgré tout.

Références

Darwin viendra-t-il ? de Luc PERINO – préface de Dominique Lecourt (Le Pommier, 2008)