Dickens & Dickens de Rodolphe et Griffo

Je suis allée à la bibliothèque hier pour seulement deux livres. Je n’avais pas encore lu les 16 autres (dont plusieurs BD, ne vous inquiétez pas) car j’étais en vacances. Je ne pouvais donc prendre que deux autres livres et comme d’habitude dans ce cas-là, mon choix s’est porté sur des BD, dont celle-ci. Bien sûr, je l’ai choisi à cause du titre très mystérieux, laissant supposer que deux Dickens ont existé.

Comme il y a un chantier juste à côté de chez moi et qu’hier les ouvriers avaient décidé de travailler, je ne pouvais lire que quelque chose ne demandant pas beaucoup de grammes de mon cerveau de blonde. Je me suis penché sur le premier tome de cette série. Mal m’en a pris, car j’ai dû acheter en acheter le deuxième tome en numérique pour connaître la fin, tellement j’étais impatiente.

Comme le laisse supposer le titre, il sera bien question de deux Dickens. Mais pour lors, nous sommes en 1852, l’année du décès du père de Dickens et de sa fille Dora. L’écrivain aime à se promener la nuit dans Londres pour trouver l’inspiration, mais depuis quelque temps, il est suivi par un homme mystérieux et surtout prudent. Quand il avance, l’homme avance. Quand il s’arrête, le poursuivant s’arrête. Dickens décide de faire appel à une agence de détectives pour régler le problème. Mal lui en prend puisque les deux hommes qui le suivaient pour pouvoir arrêter le premier poursuivant se font tuer par celui-ci, qui du coup après cela s’approche, enfin, de l’écrivain. Les deux hommes, le premier poursuivant et Charles Dickens, s’avèrent être des sosies parfaits. Le double de l’écrivain est comme un doppelgänger, c’est-à-dire du côté obscur de la force dirons-nous. À douze ans, il a été repêché, amnésique, dans la rivière par un malfrat qui lui a appris (et surtout l’a obligé) à gagner sa vie malhonnêtement. Même en s’étant libéré du malfrat (en le tuant comme celui-ci lui avait appris à faire), il continue à vivre de mauvais coups, à avoir des fréquentations discutables…

Le jumeau de Dickens étant beaucoup plus extraverti, c’est lui qui va prendre le contrôle de la suite des événements. Cela « va permettre » à l’écrivain de vivre une vie plus excentrique, moins corsetée, dans les bas-fonds de Londres. Le doppelgänger va lui prendre la place de l’écrivain (au grand plaisir de sa femme), côtoyer Wilkie Collins, participer à la fabrication du journal de Dickens en proposant des sujets novateurs…

Tout au long des deux tomes qui font cette histoire, les situations cocasses vont s’enchaîner à un rythme rapide. Elles sont entrecoupées par des moments où Charles Dickens cherche à comprendre ce qui lui arrive. C’est ce qui fait que j’ai beaucoup aimé ma lecture : le scénario, l’humour, le rythme m’ont séduite sans aucun doute possible. Les éléments biographiques et bibliographiques sur Charles Dickens sont bien exploités et surtout bien introduits pour la novice que je suis sur le sujet. De même, les dessins de Griffo (et les couleurs) rendent bien l’époque victorienne, sans pour autant faire dans la bande dessinée historique avec une reconstitution exacte des lieux. Vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous pour voir la planche en plus gros ; cela vous permettra de vous faire une meilleure idée que tout ce que je pourrais dire sur les dessins. Dans l’ensemble, je trouve que les auteurs ont su trouver le juste équilibre en humour, Histoire et littérature. Cela donne un moment de lecture très agréable.

Ma déception est venue de la fin. Cela se termine en une planche, laissant en suspend beaucoup de questions que je m’étais posées au cours de ma lecture. Cela m’a fait relire les deux tomes d’une toute autre manière. Je me demande encore pourquoi le scénario introduit certains éléments alors que finalement ils ne sont pas employés. Cela donne l’impression d’une série prévue en trois tomes qui s’est transformé en cours de route en une série en deux tomes. C’est dommage parce que tout le reste est vraiment très bien !

Références

Dickens & Dickens – Tome 1 : Destins croisés de Rodolphe et Griffo (Vents d’Ouest, 2017)

Dickens & Dickens – Tome 2 : Jeux de miroir de Rodolphe et Griffo (Vents d’Ouest, 2017)

Dans les glaces de Simon Schwartz

J’ai pris trois BD à la bibliothèque, deux que je voulais lire depuis longtemps et celle-ci trouvée par hasard. Finalement, c’est la seule que j’ai réussie à terminer.

Simon Schwarz est un auteur de bandes dessinées allemand. Dans les glaces est son deuxième livre paru en français, après De l’autre côté qui avait pour sujet le mur de Berlin. Cette fois-ci, l’auteur s’attaque aux explorations arctiques par le prisme de l’histoire de Matthew Henson, le grand oublié de cette époque effervescente.

Matthew Henson est un Noir-Américain qui s’engage dès l’âge de 12 ans (en 1879) sur un bateau de la marine marchande. Il voyagera ainsi en Asie, en Afrique et en Europe. Il tirera de ces expériences une très grande dextérité et débrouillardise. De plus, le capitaine du bateau, le capitaine Childs, se prend très vite d’affection pour le jeune garçon : il lui apprend à lire et à écrire, pour pouvoir vivre une vie intéressante. Après la mort de son mentor, Matthew arrête les voyages en mer et se retrouve au Nicaragua pour le projet de construction d’un canal transatlantique. Il y fera la rencontre de Robert Peary qui est connu pour avoir atteint le premier le pôle Nord, après plusieurs tentatives. On sait aujourd’hui que ce n’est sûrement pas vrai mais à l’époque et on le croyait. Mais en fait, même cette croyance n’est pas vraie.

Matthew Henson a participé à toutes les expéditions polaires de Robert Peary, qu’il a grandement aidé car visiblement Robert Peary manquait parfois de sens pratique. Par exemple, Matthew Henson, dont la profession était charpentier de marine, a construit pratiquement seul un abri au Groenland pour l’expédition. Un autre exemple : c’est lui qui a réussi à communiquer avec les Autochtones pour obtenir de l’aide et des informations. Il a été un maillon essentiel des expéditions de Robert Peary.

Lors de la tentative heureuse, Robert Peary n’était plus accompagné que de Matthew Henson et de quatre guides inuits (c’était une zone dans laquelle les Inuits n’allaient pas car d’après leurs croyances, le pôle Nord était la demeure de l’équivalent de notre diable). Peary a fait partir devant Henson et en réalité ce serait donc Henson qui serait arrivé le premier sur le site et c’est donc lui qui aurait été le premier à arriver au pôle Nord (avec un Inuit qu’on oublie souvent aussi, visiblement). Après l’événement, on ne retient finalement que deux hommes, Peary et Cook, et leur querelle. On oublie le pauvre Matthew Henson qui retombe rapidement dans l’anonymat et la pauvreté (dans le sens où il ne profite pas de la réussite de l’expédition).

La BD fait bien le parallèle entre la situation de Matthew Henson à la fin de sa vie et l’important rôle qu’il a joué dans toutes les expéditions de Peary, qui n’avait que mépris pour lui, pour mieux illustrer l’injustice de la situation.  Un autre point intéressant de cette BD est l’illustration des légendes inuites sur le pôle Nord.  N’y connaissant rien, cela m’a beaucoup intéressé. J’ai beaucoup apprécié les dessins que je situerai entre des dessins classiques et des dessins de presse. La colorisation en bleu et noir rend très bien l’atmosphère du pôle Nord.

Une chronologie très complète à la fin du livre permet de savoir ce qui était vrai et ce qui tenait des arrangements littéraires dans la BD.

En conclusion, une très bonne BD, mettant en lumière une histoire méconnue du grand public (en tout cas de moi, je fais des généralités mais bon). Apparemment, il est fait allusion à Matthew Henson dans Ultima Thulé de Jean Malaurie. C’est un livre que je souhaite lire depuis très longtemps mais j’ai peur qu’il soit trop compliqué. Si quelqu’un l’a lu, je veux bien des avis et des conseils sur la manière de l’aborder. Et qu’apporte le beau-livre des éditions du Chêne par rapport à l’édition de Terres Humaines ?

Références

Dans les glaces de Simon SCHWARZ – traduit de l’allemand par Aurélie Marquer (Sarbacane, 2013)

Matsumoto de L.-F. Bollée et Philippe Nicloux

Tout d’abord, je tiens à vous dire que j’ai eu mon examen d’allemand avec 82.5/100, et donc avec la mention bien : je suis B2 ! J’étais extrêmement contente mais cela se confirme, je ne suis pas vraiment doutée pour communiquer puisque c’est ma plus mauvaise note. Je continue donc à travailler … Mais maintenant j’aimerais pouvoir retravailler l’anglais pour pouvoir passer des entretiens d’embauche sans pouvoir être gênée par la question des langues. J’ai quitté à moitié un de mes projets pour en reprendre un autre. Mais je continue à lire, beaucoup même. Dont cette BD, au sujet d’un moment terrible de l’histoire japonaise récente : les attentats de la secte Aum au milieu des années 1990.

J’ai de vagues souvenirs de l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo (en mars 1995). J’ai principalement une image en tête, des gens avec des masques à gaz à l’entrée de la bouche de métro. J’avais 12 ans donc je ne me suis pas forcément intéressé au pourquoi de la chose. Je m’étais contentée à l’époque du fait que les fautifs étaient une secte (on en parlait beaucoup plus que maintenant à la télévision) mais sans plus.

Cette BD commence deux ans et demi avant ces événements, par l’achat d’une ferme isolée en Australie. Dans ce bâtiment, la secte a fait ses essais de production de gaz mais a aussi fait des tests sur des animaux (et un petit garçon qui s’est retrouvé là au mauvais moment). On apprendra dans la suite de la BD que les autorités australiennes avaient « flairé » un problème, puisque des membres de la secte s’étaient fait arrêter pour surplus de bagages car ils essayaient de faire passer du matériel du Japon en Australie.

Une fois la fabrication du gaz mise au point, il fallut faire un test grandeur nature : c’est le quartier d’un juge d’instruction de la ville de Matsumoto (qui est aussi le nom que se sonnait le leader de la secte) qui a été choisi car l’homme avait la secte dans son collimateur et avait bien repéré qu’elle était dangereuse. La BD décrit toute la préparation de l’attentat mais aussi à sa réalisation. Par leurs amateurismes (et leurs débilités aussi) et un concours de circonstances, l’attentat a conduit à l’empoisonnement de tout un quartier. Un commerçant que peu de personnes appréciaient a été soupçonné pendant plusieurs mois. Seul un policier croyait à l’histoire du suspect car personne ne voulait incriminer la secte (car cela semblait un peu trop gros).

La BD se focalise sur les faits. On voit très peu le mécanisme de la secte, l’embrigadement, les relations entre les membres car ce n’est pas le sujet principal qui est traité ici. De mon avis, les auteurs ont voulu déjà faire que l’on se souvienne de cette répétition pour l’attentat du métro mais aussi comment on n’a pas voulu voir et arrêter les choses avant que les choses ne dégénèrent (c’est ce que l’on fait tout le temps, si vous remarquez bien). C’est en tout cas ce qui m’a beaucoup intéressé dans ce livre.

Je ne connais pas le travail des deux auteurs mais ici, il y a un très gros travail documentaire, de ce que j’ai pu voir sur internet sur cette histoire, au niveau de l’histoire mais aussi au niveau des personnages. On retrouve dans cette BD les visages « réels » des protagonistes mais aussi les postures, en tout cas pour le leader de la secte Aum Shinrikyō. J’émettrais quelques réserves sur la colorisation, qui fait un peu kitsch à mon goût mais je pense que l’idée est de reprendre ce qui se faire dans les dessins animés japonais, que je n’aime pas trop en fait, donc mon avis vaut ce qu’il vaut (c’est-à-dire pas grand-chose).

En tout cas, je vous conseille la BD, parce que ce n’est pas forcément un événement dont on se souvient en Occident et pourtant cela permet de mieux comprendre comment on en est arrivé à l’attentat au gaz sarin du métro de Tokyo.

Références

Matsumoto de L.-F. BOLLÉE et Philippe NICLOUX (Glénat, 2015)

P.S. : je sais que j’ai voulu lire cette BD, suite à un article dans un magazine mais je ne sais plus lequel. Si vous avez une idée, n’hésitez pas à m’aider en commentaire.

Deux BD d’Anneli Furmark

Enfin les vacances ! J’espèrais pouvoir rattraper mon retard sur mes billets de lecture. Pour cela, il me fallait en rédiger entre deux à trois par jour pour être de nouveau à jour. Le problème est que j’ai récu un Starter Kit Arduino pour mon Noël de la part de mon frère ; cela m’a détourné de mes bonnes résolutions. D’autant que je dois réviser mon examen d’allemand pour février … Trêve de bavardages. Commençons ce billet consacré à deux BD d’Anneli Furmark, une auteure suédoise.

La dernière fois que j’ai été à la bibliothèque, j’ai demandé à la très très gentille bibliothécaire si je pouvais avoir une BD de la réserve. Et elle a été me la chercher (en réalité je ne l’ai jamais eu à cause d’un problème d’ISBN, merci monsieur Cambourakis), sauf que c’était long donc je me suis assise à côté d’un bac à BD et j’ai commencé à regarder celles qui sont en dessous, ce que je ne fais jamais. Je suis tombée sur ce livre que je ne connaissais absolument pas. Ce qui m’a séduite : le résumé tout simplement (je le reprends plus ou moins ici car il est plutôt très bien fait et met bien en évidence le contexte qui n’est forcément connu du lecteur français).

On est en Suède, à la fin des années 1970, dans un lotissement d’immeubles. Siv est mariée, avec trois enfants et travaille dans la section jeunesse du parti social-démocrate. C’est important pour l’histoire car ce parti vient de perdre les élections, après quarante ans de pouvoir, ouvrant la voie à une période d’incertitudes politiques. Ainsi, en coulisse, s’activent plusieurs partis d’extrême gauche tant au point de vue national qu’au point de vue local, dans les entreprises et dans les rues des petites villes.

C’est dans ce contexte que Siv, ayant une vie bien rangée, tombe amoureuse d’un jeune homme, Ulrik, militant d’extrême gauche, arrivé récemment dans la petite ville pour aider à la propagation des idées de son parti dans les rues comme dans les usines.

On voit déjà que Siv et Ulrik sont totalement différents, au niveau de leurs âges, de leurs convictions, de leurs vies familiales … C’est cet amour « malgré tout cela » qui va être au centre de cette BD : est-ce qu’elle est prête à tout lâcher pour son amant (mari et enfants) ? est-ce que lui est prêt à faire le sacrifice de ses convictions pour son amour ? On pourrait répondre tout simplement, en disant que c’est une histoire et donc oui, ils peuvent le faire. Sauf que l’auteur rend la chose plus compliquée. Toute la ville est politisée (plus exactement tous les personnages). Le mari est syndicaliste dans la même usine qu’Ulrik, mais du côté socio-démocrate. Quand le mari parle d’Ulrik à la maison, il parle de ses convictions plutôt que de la personne. Cela rend la vie de Liv plus complexes puisqu’elle juge non plus son amant sur sa personne propre mais aussi sur ses idées. Du côté d’Ulrik, c’est un peu la même chose. Il habite avec un couple du même bord politique que lui (c’est un peu les chefs locaux du parti) et qui le logent en attendant autre chose. C’est aussi dans cet appartement qu’il reçoit sa maîtresse. Quand ils se font surprendre, forcément là encore, ce n’est pas la femme qui est vu mais une personne travaillant pour l’autre camp. Ulrik doit choisir, en tout cas, pour les membres de son parti, entre sa maîtresse et ses idées. Il n’est donc pas tout à fait dans la même situation que Siv mais lui aussi doit choisir.

Les choix des personnages, leurs convictions et leurs tempérament sont au oceur de cette BD. Cela donne quelque chose qui devrait être en ébullition. En fait, tout est refroidi par le choix de la colorisation, très sombre, très noir et blanc.

Forcément, après cette première lecture, j’ai voulu continuer ma découverte des albums d’Anneli Furmark et j’ai choisi le précédent album qu’elle avait publié aux éditions çà et là, en 2013. Pourquoi celui-ci ? Parce qu’il se déroule en Islande … pour être honnête, c’est aussi parce qu’il était en numérique ! L’histoire est assez simple. Une mère et son fils adolescent partent en vacances en Islande avec le nouveau compagnon de la mère. Celui-ci est le plus enthousiaste des trois, complètement grisé par le côté très minéral et ancestral du pays. La mère est beaucoup moins enchantée car elle voit du danger partout. L’adolescent est un adolescent, et donc est plutôt indifférent et/ou lassé par les paysages et concentre plutôt sa « haine » sur le nouveau compagnon de sa mère.

J’avoue avoir eu peur que l’album ne tourne qu’autour de cette situation difficile entre le beau-père et le fils, avec la mère entre les deux. Je me suis dit que j’allais vite me lasser mais à partir de ce début classique, Anneli Furmark déroule une histoire des plus tragiques (avec un retournement de situation qui laissera pendant quelques pages, dans l’expectative de la suite).

Là encore, le contraste entre l’histoire et les paysages est très utilisé : on a d’un côté l’intime, la proximité et de l’autre l’immensité, l’infini des paysages. Quand les deux se rejoignent, le lecteur ne peut qu’être soufflé.

Les dessins et la lumière de cette BD sont par contre totalement différente d’Hiver rouge. Le livre ici est baigné par la lumière. J’avoue avoir préféré cet album juste à cause des paysages islandais. Dans les deux cas, les histoires racontées par l’auteur sont vraiment très intéressantes. Deux très bonnes découvertes, dues uniquement au hasard. Parfois il fait bien les choses !

Je termine en disant que l’auteur sortira un nouvel album aux éditions ça et là le 24 janvier 2017, Un soleil entre des planètes mortes. Cet album se déroulera en Norvège et suivra un personnage qui part en pèlerinage sur les lieux d’un roman classique norvégien des années 1930, Alberte et Jacob. Autant vous dire que j’attends cet album de pied ferme.

L’avis de Lewerentz sur Le centre de la terre.

Références

Hiver rouge de Anneli FURMARK – traduit du suédois par Fanny Törnberg (Éditions çà et là, 2015)

Le centre de la terre de Anneli FURMARK – traduit du suédois par Fanny Törnberg (Éditions çà et là, 2013)

Frances de Joanna Hellgren

francesjoannahellgrenJ’ai acheté cette BD, une des fois où je suis allée à Bruxelles. Je ne connaissais pas du tout mais le petit mot de la libraire m’avait donné envie de lire ce livre. Je me rappelle une phrase : « j’envie ceux qui vont découvrir cette BD en un seul tome ». En effet, il s’agit ici de l’intégrale d’une série qui a paru initialement en trois tomes. Et franchement, je vous conseille de lire cette excellente BD dans la version intégrale car quand on a commencé à la lire, on ne peut s’empêcher de la terminer. Cette BD est pratiquement un coup de cœur : elle est épatante, émouvante, extrêmement bien narrée et dessinée !

Frances est une petite fille qui vient de perdre son père. Il s’est noyé. Accidentellement apparemment. Elle est recueillie par sa tante, Ada, car elle n’a pas de « maman ». Depuis sa naissance, elle vivait seule avec son père (quand il était là). De plus, celui-ci était plus ou moins fâché avec sa famille (plus exactement avec son père qui est / était d’une méchanceté assez incroyable avec sa femme et ses enfants). Frances découvre donc une famille qu’elle ne connaît pas. Ada, la tante, vit seule avec son père depuis la mort de sa mère et le début de sa maladie à lui (une maladie touchant le cerveau apparemment). Elle est une « vieille fille », en tout cas de manière officielle. Elle est homosexuelle et n’a plus eu de relations solides depuis sa dernière rupture, qui s’est produite juste avant son emménagement dans la maison familiale. C’est un peu ce qui a servi de prétexte à ce qu’elle soit celle qui s’occuperait de son père : elle n’a pas d’enfants, pas de vie en fait, d’autant qu’elle a été encouragée par son adorable sœur et son mari a laissé tomber son travail car s’occuper de son père est un travail à plein temps. La sœur est un personnage détestable car elle se voit comme la personne qui sait tout et qui a tellement mieux réussi que les autres :  elle a un mari, des jumelles, vit dans l’aisance, n’a aucuns problèmes particuliers. Forcément, le père, la nièce, la sœur font triste figure par rapport à elle.

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Dans cette BD, l’auteur nous raconte le passé et la vie de Ada et Frances, de leurs reconstructions et de leurs acceptations du passé et ce qu’elles sont aussi. Joanna Hellgren entremêle ces deux destins. On découvre à travers le récit sur Frances la vie décousue et bohème de son père, la manière dont il s’est retrouvé seul avec sa fille, comment il l’a assumé plus ou moins. Rien que le récit des ces deux histoires est émouvant.

Cela vient du fait de comment ils sont intriqués l’un dans l’autre, comment on est amené à faire un parallèle entre les deux, à comprendre de manière profonde comment les membres de cette famille se sont construit et se construisent, à comprendre leurs fragilités. Les transitions sont un peu le point faible de la BD, d’une planche à l’autre, on peut passer du présent au passé. Parfois, j’ai mis la planche à comprendre de qui et de quoi on parlait. Pas pour toutes les transitions mais quelques fois seulement. Donc ce n’est pas si grave !

Les dessins sont noir et blanc, crayonnés. Il n’y a pas d’attention particulière portée au décor (dans le sens où on n’a pas un décor de pièce, de maison ou d’extérieur particulièrement travaillé) ; le travail se concentre sur les personnages et sur leurs émotions (qui en disent plus long que le texte, parfois).

Je vous conseille vraiment vivement de lire cette BD ; elle est juste excellente !

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Références

Frances de Joanna HELLGREN (Cambourakis, 2013)

Vasmers Bruder de Peer Meter et David von Bassewitz

vasmersbruderpeermeterdavidvonbassewitzOn fait connaissance avec Martin Vasmer lorsqu’il se trouve au poste de police de la petite ville polonaise de Ziębice pour signaler la disparition de son frère Hans-Georg Vasmer. Celui-ci, travaillant en free-lance, avait accepté, pour des raisons pécunières, un reportage hors du champ de ses compétences, sur le sujet du tueur en série cannibale, Karl Denke, ayant officié dans la petite ville de 1903 à 1924, alors que celle-ci était encore allemande. Elle s’appelait alors Münsterberg.

Martin s’inquiète pour son frère qu’il n’arrive pas à joindre mais qui lui envoie des SMS étranges depuis quelques jours. Il sait cependant qu’une jeune femme du village, Hanna Jablonska, a fourni une chambre à Hans-Georg et qu’il a été en contact avec un homme, Sadowski, qui effectue des recherches (depuis longtemps sur Kral Denke). Arrivé sur place, il rencontre Hanna qui lui donne la chambre qu’avait occupée son frère. S’y trouve encore l’ensemble des papiers relatifs à l’affaire. Il y découvre notamment l’histoire de la dernière victime (non morte) de Karl Denke, Vincenz Olivier. Sans domicile fixe, il avait frappé à la porte de Denke pour demander un petit travail et/ou un peu d’argent. Le cannibale l’avait fait rentrer sous le prétexte d’écrire une lettre mais lorsque le sans-domicile fixe voulait commencer, il l’a frappé à la tête. Dans la BD, Vincenz Olivier a criée si fort que la police a été alarmé (en réalité, il a réussi à prendre la fuite). Seulement, Denke s’est fait passer pour la victime et Vincenz Olivier s’est fait arrêté et enfermé. Plus tard, les policiers ont revu leur position et ont été arrêté Denke. Celui-ci se suicidera dans sa cellule, par pendaison, sans avoir expliqué ses actions et ses motifs. En perquisitionnant son domicile, on découvre un carnet contenant les informations sur un certain nombre de ses victimes ; on en dénombre au moins 30.

Plus tard, Martin Vasmer fait la connaissance de Sadowski, qui éprouve, plutôt qu’un intérêt scientifique, une fascination macabre pour l’affaire. Craignant le pire pour son frère, Vasmer va se plonger dans son monde pour retrouver la trace de celui qu’il est venu chercher.

Visiblement, Peer Meter éprouve un certain intérêt pour les histoires de tueurs en série allemand. En effet, c’est la deuxième BD que je lis de lui sur ce sujet, après Haarmann, le boucher de Hanovre. Cette fois-ci, plutôt que sur l’histoire des crimes de Karl Denke (dont l’explication est reportée en annexe), l’auteur s’intéresse à la fascination qu’exerce ce type de criminel sur certains, quitte à ne plus se rendre compte de l’horreur de la chose et s’amuser avec ; Sadowski en est l’exemple même.

Cette BD n’est clairement pas gaie, vu le sujet mais l’atmosphère est aussi plombée par un dessin extrêmement sombre, comme enveloppé dans de la gaze. C’est un peu mon bémol : le dessin est magnifique (car c’est lui qui suggère le ressenti du lecteur et « met dans l’ambiance) mais est quand même beaucoup trop sombre, tout de même. J’ai lu un commentaire où un lecteur disait qu’il n’avait pas réussi à voir quoi que ce soit dans cette BD. Finalement, j’ai lu deux fois le livre, une fois pour comprendre le texte (il est en allemand tout de même, je ne suis pas encore bilingue malheureusement) et une deuxième fois pour pouvoir voir les cases (et je l’ai fait avec une grande lumière et c’est vrai que c’est beaucoup plus confortable). Je vous ai mis une planche en exemple, mais il faut garder en mémoire que c’est une des plus claires !

Références

Vasmers Bruder de Peer METER (scénario et texte) et David von BASSEWITZ (dessins) (Carlsen / Graphic Novel, 2014)

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La conversion de Matthias Gnehm

LaConversionMathiasCnehmAprès ma lecture des Serviteurs Inutiles de Bernard Bonnelle, j’ai eu envie de relire une BD que j’avais emprunté à la bibliothèque de l’Institut Goethe et que j’avais déjà lu au début de l’été (cela tombe bien puisque je dois la rendre dans deux semaines). Celle-ci traite aussi de l’extrémisme religieux, mais d’une manière différente puisque déjà on est en 1984 et donc en temps de pseudo-paix (la guerre froide est en arrière plan tout de même) mais aussi parce que l’extrémisme religieux tourne à la dérive sectaire.

On est donc en Suisse, en 1984, dans ce que l’auteur décrit comme la ville (le village) suisse la plus moche en tout cas à l’époque. Ne connaissant pas particulièrement la Suisse, je ne saurais pas la situer mais apparemment il y a une grande tour en plein milieu.

Dans cette petite ville donc, on suit un groupe de jeunes, de 14-15 ans, et plus spécialement 3, deux garçons, une fille : Luki, Kurt et Patrizia. Luki et Kurt sont amis mais Luki et Patrizia vont au groupe biblique. Kurt se sent légèrement mis à l’écart, alors même qu’il est fou amoureux de Patrizia. Que ne ferait-on pas pour une fille à cet âge-là ? Lorsque Luki lui dit qu' »il l’a fait » avec Patrizia, Kurt est donc forcément un peu jaloux (même si on se doute qu’il ne veut pas forcément dire ce qu’on entend). Mais le même jour, Luki propose à Kurt de l’accompagner au groupe biblique où est donc Patrizia et c’est le début de l’engrenage puisqu’elle l’encouragera toujours plus à fond dans la religion et lui sera de plus en plus accro à elle.

Patrizia est très enthousiaste vis à vis du groupe biblique, et de son pasteur, le pasteur Obrist. En effet, le groupe lui apporte une certaine stabilité qu’elle n’a pas dans sa vie familiale. Sa mère est en dépression et boit déraisonnablement. Elle est donc particulièrement influençable lorsque quelqu’un lui propose cette stabilité qu’elle recherche. Luki, lui, vient d’une famille stable et la religion représente plutôt une sorte de tradition « pépère ». Il croit ce qu’on lui a toujours répété. Les autres adolescents sont un peu dans la même veine. Pourtant, on les sent anxieux suite au contexte international, inquiet au sujet des problèmes environnementaux. Je me suis demandée si ils comprenaient vraiment le sens de leur parole :

Pasteur Obrist : Les non-convertis ne peuvent pas comprendre ce que nous ressentons. Ils ne peuvent imaginer ce que Dieu nous apporte chaque jour. Force. Assurance. Confiance. Si les membres de votre famille ne sont pas croyants ou ont des mauvaises croyances, alors ils essaieront de vous détourner de votre foi. Ou pire, Rahel, Mathieu, 10, 21.

Une adolescente (lisant le passage de la Bible, cité par le pasteur) : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant et les enfants s’élèveront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Et vous serez haïs de tous, pour l’amour de moi. Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre ».

Comment des adolescents peuvent relativiser le texte quand il est introduit dans son texte ! C’est un exemple pour montrer la manière dont la BD illustre la dérive sectaire de ce groupe biblique, dirigé par ce pasteur, qui ressemble plus à un gourou, qu’à un homme pieux.

Kurt est lui guidé par ses sentiments mais de plus en plus, il va commencer à croire. Il refuse d’entendre les avis divergents de ses voisins et de sa famille (il a très peu d’amis et ceux qu’il a font partie du groupe). Pourtant, il ne sera jamais lâché par ses parents, qui tiennent tous les deux des propos très intelligents sur la religion, même si parfois le dialogue est difficile :

Kurt : Tu veux m’enlever ma foi.

Sa mère : Je voudrais simplement que tu n’affirmes pas que ta croyance est la seule vérité.

Kurt : Oui et toi que crois-tu ?

Sa mère : Et bien … Je crois que je ne peux pas tout savoir.

Kurt : Alors tu crois aussi qu’il existe un Dieu qui en sait plus que toit, qui sait tout.

Sa mère : Peut-être que seuls les hommes peuvent savoir quelque chose.

Kurt : C’est trop profond pour moi.

Sa mère : Dieu a créé les hommes à son image, c’est comme ça que les hommes se l’expliquent, et c’est ainsi que cela a été gravé dans la Bible. Mais je trouve que l’inverse de cette histoire est tout aussi beau. Les hommes ont créé Dieu à leur image. C’est-à-dire qu’ils lui ont attribué toutes les facultés qu’ils avaient aussi eux-mêmes, et également la capacité de pouvoir savoir quelque chose.

Kurt : Mais c’est Dieu qui a créé le monde et les hommes, pas l’inverse.

Sa mère : Qui sait. L’homme peut créer quelque chose, il peut être créateur. Par conséquent, Dieu devrait également pouvoir l’être, simplement en bien mieux, et ainsi il aurait créé le monde dans son ensemble. Mais peut-on vraiment tirer cette conclusion? Ça pourrait tout aussi bien être que l’univers n’a jamais été créé , mais qu’il a toujours été là. Sans commencement, sans fin. Contraction, Big Bang, expansion, contraction, nouveau Big Bang, nouvelle expansion, et ainsi de suite, depuis la nuit des temps.

[…]

Kurt : « Pourrait être » … tu dis toujours ça « pourrait ». Mais moi, je veux être sûr, je ne peux pas passer ma vie dans l’incertitude, c’est à désespérer !

Sa mère : Je crois que les histoires naissent précisément de cette incertitude. Lorsqu’une histoire est racontée de manière crédible, on a alors le sentiment que ça aurait pu vraiment se dérouler ainsi. On peut croire en cette histoire. Et donc croire, ça peut être une très bonne chose et ça peut aider à dissiper cette incertitude. Au moins tant que l’on écoute l’histoire, qu’on la lit, qu’on est dans l’histoire. Mais les histoires ne sont et ne restent que des histoires. Les histoires sont des inventions humaines. Et quand un conteur affirme que son histoire est vraie, alors je commence à devenir critique. Et quand il m’explique encore que son histoire est la seule vérité possible, alors il perd toute crédibilité.

Kurt : Mais alors tout ce que tu me racontes là, n’est-ce pas aussi juste une histoire ?

Sa mère : Si.

Kurt : Pourquoi devrais-je alors te croire toi, plutôt que le pasteur Obrist ?

Sa mère : Parce que le pasteur Obrist, avec son histoire, va jusqu’à affirmer que je crois mal, que je pense mal, que je vis mal, si je ne crois pas en son histoire.

Kurt : Mais ton histoire l’affirme aussi, tu dis aussi que le pasteur Obrist se trompe !

Sa mère : Oui, mais je ne fais pas de prosélytisme avec mon histoire, mon histoire est de la simple autodéfense. Car les histoires t’ont conduit à te couper de ta famille. Et je ne peux pas te regarder t’éloigner de moi sans rien faire.

C’est un extrait un peu long, mais caractéristique de ce qui m’a plus dans cette BD. Kurt se détachera par la suite très violemment de la religion, suite à deux graves événements et en sera encore marqué 25 ans après.

Le dessin en noir et blanc, très sobre, permet de se concentrer sur le propos, tout en faisant vivre l’histoire.

Une BD passionnante et intelligente, à mettre entre toutes les mains !

Références

La Conversion de Matthias GNEHM – traduit de l’allemand par Charlotte Fritsch (Atrabile, 2011)

Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … de Lupano et Fourquemin

CommunardesNousNeDironsRienDeLeursFemellesWilfridLupanoXavierFourqueminÇa y est … je suis revenue de mes vacances. Le cours d’allemand était vraiment excellent. J’ai appris énormément en grammaire et en vocabulaire. J’étais un peu démotivée avant de partir mais là, cela m’a redonné envie d’apprendre l’allemand. Les deux petites choses qui m’ont déçues : les cours étaient l’après-midi (et je ne suis pas de l’après-midi) et je n’ai fait qu’un demi-niveau (car l’institut Goethe de Mannheim ne gère pas le temps de la même manière que celui de Paris). Par contre, dans cette région, les gens sont extrêmement gentils et la région est magnifique (le Neckar et l’Odenwald … soupirs). La Belgique est elle toujours aussi géniale : ils vous mettent de bonne humeur rien qu’en vous parlant, ils vendent toujours du bon chocolat et de bonnes BD. J’étais à Waterloo (je n’ai pas dit bonjour à Napoléon, je vous l’avoue) et là, il y a des très grands magasins de BD, mais aussi une librairie aussi grande que celle que je fréquente à Paris avec d’aussi bons conseils.

J’ai quand même un peu lu (deux romans, une nouvelle, un micro-essai et cinq BD, cela promet donc quelques billets). Je commence par les BD ! J’étais donc à BD-World à Wavre avec mon père et c’est lui qui a attiré mon attention sur cette BD Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … Il s’agit du troisième tome d’une série qui vise à décrire le rôle des femmes dans la Commune (1871), à travers des destins de femme. Chacun des volumes peut se lire indépendamment.

Ici, l’héroïne est Marie, employée de maison. L’album se divise en deux parties non égales. Une première partie se situe à Paris en 1858. Marie débute comme employée de maison, dans la maison où sa mère est cuisinière. On l’a pris à cette place car la fille de la maison, Eugénie, a le même âge qu’elle. Elles seront donc compagnes, très rapidement amies. Pour tout dire, Marie sera témoin de ses rencontres avec son amoureux, un jeune libraire idéaliste et sortira, en toute innocence, quand ce sera trop long.

On retrouve Marie en 1871, sur les barricades. Marie aidant et ravitaillant les insurgés. Elle a gagné en âge mais aussi en confiance, et en idéaux. Son travail dans cette riche maison lui a fait comprendre beaucoup de choses, que justement elle souhaite changer ! En utilisant la violence, comme un homme, si nécessaire.

J’ai adoré cet album principalement pour deux raisons : le féminisme omniprésent et la description de la Commune. La réalité de la Commune reste pour moi assez inconnue. Je connais les faits mais pas franchement comment ceux-ci se sont produits dans la vie quotidienne. Ici, dans cette BD, c’est très bien décrit (et je suppose documenté) : le soutien ou l’absence de soutien des parisiens, les règlements de compte, les blessés, l’état de Paris aussi. C’est une Commune plus « terre à terre » que celle présentée dans les livres, en général celle des meneurs de la Commune. C’est un autre point de vue, donc forcément intéressant.

Le féminisme est forcément omniprésent quand on connaît le but de cette série. Je ne sais pas ce qui est vrai ou pas mais Marie semble plus virulente que les hommes, ses comparses aussi. Elles se procurent des armes pour lutter comme des hommes tout de même. Marie est une féministe avant l’heure. Même sans « instruction » (et peut être grâce à ce manque d’insurrection ou de formatage), elle se révolte contre ce que la famille d’Eugénie fait subir à la jeune fille. Sa volonté de vengeance pour la jeune fille est très forte et surtout elle la dirige vers les bons « ennemis » : l’ami, le père, les religieuses. On comprend que déjà à cette époque, la société est figée dans ses certitudes et dans sa hiérarchie, comme s’il n’y avait plus de possibilités de la changer.

Pour la petite histoire, le titre de ce volume est une citation du discours du professeur Louis Bergeret, lors du procès de Marie (ou des Communardes en général, je n’ai pas bien compris), où il présentait les Communardes comme des quantités négligeables, voire des quantités hystériques de la Commune. Heureusement, la société a changé depuis !

Références

Communardes ! Nous ne dirons rien de leurs femelles … de Wilfrid LUPANO (Scénario), Xavier Fourquemin (Dessin) et Anouk Bell (Couleurs) (Vents d’Ouest, 2016)

Une vie chinoise – tome I : Le temps du père de Li Kunwu et P. Ôtié

UneVieChinoiseLiKunwuCela faisait des années que cette BD traînait dans ma PAL, je crois depuis 2010 en fait. Comme je suis dans une période chinoise, je l’en ai sorti vaillamment (c’est-à-dire sans que tout me dégringole sur la tête), pour m’instruire sur l’histoire chinoise car c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est le premier tome d’une série de trois, retraçant la vie de l’auteur Li Kunwu. Après une préface très intéressante de Pierre Haski sur la Chine d’aujourd’hui et les générations qui l’habite, mais surtout sur son évolution pendant les soixante dix dernières années , l’autobiographie de Li Kunwu commence par la rencontre de ses parents en 1950 qui aboutira sur sa naissance en 1955. Le père de Li Kunwu, 25 ans, est un révolutionnaire de la première heure, prêchant les enseignements de la révolution dans les campagnes, un an après la naissance de la République Populaire. C’est lors d’un discours dans un village de la province du Yunnan, qu’il voit sa femme pour la première fois. Xiao Tao a alors 17 ans. Après avoir convaincu le père de la jeune fille, il l’épouse et quelques années plus tard naît notre auteur.

Ce premier volume est divisé en trois chapitres et va de 1955 à la mort de Mao Zedong en 1976. Le premier chapitre est centré sur le Grand Bond en avant, le deuxième chapitre est centré sur la Révolution culturelle. À eux deux, ils couvrent l’enfance et l’adolescence du héros / auteur (217 pages sur 250). C’est une bande dessinée très intéressante pour qui ne connaît pas l’histoire récente chinoise (tout est expliqué suffisamment pour qu’aucune connaissance de base ne soit nécessaire), mais pas que. C’est en effet aussi un témoignage très lucide sur ce qu’a été cette période. En effet, l’auteur décrit un véritable endoctrinement mais aussi la force d’entraînement d’une foule ou d’un peuple, le jugement n’étant plus de mise alors. J’ai été surprise de découvrir que cela commençait très jeune, à l’école tout de même. C’était même encouragé car la jeunesse formait la force vive de la nation. Les élèves étaient mis à contribution pour toutes les opérations, dans le but d’encourager l’esprit de la Révolution. Ils pouvaient même prendre des initiatives, quitte à prendre le pas sur les adultes. Le mythe du respect des ancêtres par les Chinois en prend en tout cas. En tout cas, pour cette époque-là. L’auteur n’échappe pas à tout cela et se rend toujours compte, trop tard, que peut-être cela va trop loin et pour cela, il faut toujours que les excès le touchent de près (sa famille ou la famille de la fille qu’il aime).

Le troisième chapitre est plus court (et je ne sais pas s’il est complet ou s’il s’arrête parce que Mao est mort) et traite de la vie de l’auteur à l’armée, dans laquelle il s’est engagé à l’âge de 17 ans. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence le culte de la personnalité qui entourait Mao. On pouvait douter (pas à haute voix) de la Révolution mais pas de Mao. Il était le père de la Nation, il guidait son peuple de manière lucide … (même si vers la fin, on ne comprenait plus grands choses) Le père du titre, c’est bien lui. Au cours de ma lecture, je pensais que c’était le père de l’auteur parce que son père tient une part importante dans sa vie d’enfant et d’adolescent. La dernière image où on voit les soldats pleurer comme lors d’une fin du monde. Pour eux, c’est bien la fin d’une période et d’une nouvelle période qui est redoutée mais surtout inconnue.

C’est une bonne BD (en tout cas, ce premier tome) car elle permet de s’éloigner de l’histoire officielle mais aussi de l’histoire partisane. C’est vraiment les mémoires d’un homme lucide, sans regrets ni remords. Cela ouvre l’esprit, je trouve.

Vous pouvez trouver un article plus conséquent, avec la description des trois volumes, sur le site Lecture / Écriture. Je lirai les deux autres tomes mais pas tout de suite car ils ne sont ni dans ma PAL ni à la bibliothèque.

Références

Une vie chinoise – 1. Le temps du père de LI Kunwu et P. ÔTIÉ (Kana, 2009)

The Creep de John Arcudi et Jonathan Case

TheCreepJohnArcudiJonathanCaseJ’ai pris cette BD à la bibliothèque par pure curiosité parce qu’il y a une étiquette sur l’exemplaire, où il est indiqué que cette BD est un coup de cœur Facebook. Je n’ai absolument aucune idée de ce que c’est, qui décerne ce label … Je n’en sais pas plus après ma lecture mais j’ai lu la BD.

La version française de The Creep est le regroupement de trois fascicules d’un comics paru aux États-Unis en 2012, 2013 et 2014 et est présenté comme un hommage de John Arcudi aux récits de privé.

L’histoire est assez intéressante dans le sens où elle est classique mais présente un dénouement que je n’aurais pas imaginé. Un garçon vient de se suicider deux mois après son meilleur ami. La mère, complètement désespérée, appelle son amour de jeunesse devenu détective privé, Oxel Kärnhus, pour enquêter car elle ne comprend pas le pourquoi de la chose. Le problème est qu’elle ne l’a pas vu depuis longtemps. Or, il est atteint d’une maladie dégénérative, l’acromégalie, qui a beaucoup altéré son physique avantageux (et sa voix entre autre). Il a honte de lui. Il accepte cependant l’enquête en ne la rencontrant pas mais en « interrogeant » la mère du premier gamin qui s’est suicidé. Il apprend que lui aussi n’avait pas de père et que c’est le grand-père, le père de l’amour de jeunesse, qui s’occupait des deux adolescents en les emmenant en week-end de pêche par exemple. Depuis la mort des deux adolescents, le grand-père déjà fragile a perdu la boule et vit à la rue. Personnellement, mes soupçons tournaient une histoire glauque de pédophilie mais en fait, pas du tout. C’est pour cela que je vous parlais un peu plus haut de dénouement inattendu (dans mon cas).

Ce n’est donc pas une histoire avec un grand mystère, où le détective montre sa puissance de déduction ou sa force (physique ou de son arme à feu) pour résoudre l’affaire. C’est plutôt un hommage au travail quotidien du détective privé, pas forcément avec des affaires grandioses, mais plutôt des enquêtes de tous les jours, glauques, tragiques et tristes. Ce qui m’a plu dans cette bande dessinée, c’est ce côté « normal » (n’y voyez pas de connotations particulières).

Le héros m’a aussi énormément plu car il est extrêmement attachant. Les auteurs en ont fait une sorte de géant maladroit, peu sûr de lui et qui essaie de faire son travail de manière correcte, tout en vivant une vie où la maladie est là. Dans la postface, les auteurs expliquent qu’ils n’ont pas pu faire de Oxel Kärnhus un monstre car il n’aurait pas pu s’y attacher. Cela a totalement répondu à une impression que j’ai eu pendant toute ma lecture. Le personnage est dessiné comme une caricature d’Américain, avec un menton proéminent et carré, un visage fort, taillé à la serpe. Je ne comprenais pas en quoi cette maladie était si handicapante physiquement (on peut se rendre compte que si en regardant des images sur internet et en lisant wikipédia). Les auteurs, dans mon idée, avaient choisi d’accentuer les gênes physiques de la maladie, sans mettre en évidence la déformation du visage. Ils montrent bien l’avant-après mais je n’ai pas vu le problème pendant ma lecture. Il y a un changement de visage du héros mais il n’était pas devenu un monstre pour autant. Dans un sens, le pari des auteurs est à moitié réussi. L’histoire est bien un hommage aux histoires de détectives privés, avec un héros attachant, mais ils ne réussissent pas à rendre réellement la maladie (son quotidien oui par contre).

C’est donc une lecture que j’ai appréciée. Par contre, visiblement, je ne pourrais pas faire partie du jury des coups de cœur Facebook.

Références

The Creep de John ARCUDI (scénario) et Jonathan CASE (dessin et couleur) – traduction de Hélène Dauniol-Remaud (Urban Comics / collection Urban Indies, 2014)