Moriarty de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Je me suis un tout petit peu mis (mais pas trop) au manga, mais pas trop. Cela a commencé par un article dans Historia, je pense, sur la série Pline, racontant la vie du célèbre Romain. J’ai été accrochée dès le premier tome (le tome 6 vient de paraître, il en reste deux) par les reconstitutions de l’époque mais aussi les trésors d’imagination déployés, tant au niveau du scénario que du dessin. Puis de fil en aiguille, j’en ai emprunté quelques-uns à la bibliothèque. Mais en juin, j’ai reçu un email de pub d’Izneo pour ce manga ; et, j’ai été curieuse. Bien m’en a pris car c’est absolument génial, plein de trouvailles formidables aussi, et surtout à contre-courant du canon holmésien.

XIXè siècle. Angleterre. La famille Moriarty a adopté deux orphelins, « William » et « Louis », et ce à l’instigation de l’aîné des enfants, Albert, qui a rencontré les deux enfants lors d’une visite à l’orphelinat. C’est bien le seul qui est content de les avoir là. Le père a bien voulu céder à son fils, mais uniquement pour pouvoir dire qu’il est un homme bon et charitable. En effet, au moment de l’adoption, Louis était très malade et son adoption lui a permis de se remettre. En permettant à Louis de se remettre et en adoptant la fratrie, le père a fait ce que les convenances victoriennes attendaient de lui. Quand sa femme et son fils, William, le vrai, lui demandent de virer les deux malotrus, car ils ne voient pas pourquoi ils seraient obligés de parler à des gens qui ne font pas partis de leur classe sociale, le père refuse par peur du qu’en-dira-t-on. Le seul qui accueille bien les enfants, c’est Albert qui lui, est complètement, à l’opposé de sa famille. Il ne supporte plus le mépris, la condescendance, le sentiment de supériorité … D’autant que « William » présente une intelligence hors-norme et connaissances énormes pour son âge, surtout en mathématiques, acquises seul dans les livres. Les deux enfants vivent donc mieux qu’à l’orphelinat mais pas dans un paradis : ils doivent supporter les dénigrements, insultes, corvées et autres humiliations. « William » se distrait en se faisant passer en ville pour le vrai William (qui ne sortirait pas de sa calèche) pour parler avec le « tout-venant ») ; il y est très bien apprécié pour les différents conseils qu’il peut donner et impressionne pour ses capacités à prédire le résultat des jeux de cartes. Mais un jour, s’en est trop ; Albert, « William » et « Louis » vont mettre au point un plan criminel pour éliminer, en mettent le feu, la famille Moriarty au grand complet, domestiques compris. Cela fonctionne. Albert hérite du titre, malgré son jeune âge et présente à tout le monde William et Louis comme ses deux jeunes frères. Une nouvelle époque commence.

C’est la première histoire du manga, qui en est composé de trois. Les deux autres se déroulent un peu plus tard. Les trois frères se sont installés à Duhram, où William vient d’avoir un poste de professeur de mathématiques à l’Université (à seulement 21 ans). Il a aussi une activité annexe, celle de conseil, qu’il avait déjà quand il vivait chez les Moriarty, mais là il le fait de manière beaucoup plus sérieuse et officielle. Son principal souci est de venger la veuve, l’orphelin … et les autres des injustices que subissent ces gens à cause de la classe dirigeante du pays, n’hésitant pas à exploiter le monde pour pouvoir maintenir leur train de vie. Le problème est que William Moriarty n’est pas Sherlock Holmes : la vengeance passe dans les deux cas par la mort, avec un petit côté loi du talion. En faisant cela, il s’allie les personnes, qu’il aide, pour la vie et qui lui jurent allégeance. Par contre, on ne sait pas pourquoi et qu’est-ce qu’il fera de ces gens plus tard. En tout, à la fin du premier tome, Molan vient s’installer dans la maison avec les trois frères, promettant un second tome encore plus sanglant.

Je ne suis pas fan des dessins mais je ne m’en cache pas, c’est qui ne m’a jamais attiré dans les mangas. Les personnages semblent avoir tous la même tête. En plus, ils semblent tous avoir le même âge et je ne comprends jamais leurs expressions faciales. Et, pourtant, je regardais les dessins animés du club Dorothée quand j’étais petite … je devrais être habitué, mais non.

Mais là, l’histoire est absolument excellente !  Il y a pas mal de versions sur qui est Moriarty pour Sherlock Holmes, comment est-il devenu le mal absolu … Ici, toutes les réponses ne sont pas encore données mais je trouve que cette histoire d’adoption est bien trouvée, cette volonté de casser ce système de castes correspond bien à l’idée que l’on se fait de l’époque (on retrouve des éléments de la BD Shi, qui est elle aussi une réussite, le premier tome plus que le second). De plus, les vengeances de William sont toujours très malignes et bien trouvées, montrant déjà un esprit très retors. Il veut faire le bien, en utilisant des méthodes répréhensibles. Je me demande comment il se transformera par la suite en ennemi public numéro un.

L’attente du tome 2, jusqu’en septembre, va être très longue.

Références

Moriarty – tome 1 de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi – traduit du japonais par ?? (Kana, 2018)

8 réflexions au sujet de « Moriarty de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi »

  1. A part la superbe série « Holmes » de Cécil et Brunschwig, je ne suis pas du tout SH. Mais j’aime les mangas (surtout les shojei) et j’avoue que ton billet me tente. Je note.

    1. Merci d’aimer le Holmes de Cecil et Brunschwig. Matilda avait fait un billet pour dire comment cette série ne lui avait pas plu et j’avoue m’être posé des questions sur mes goûts. Je suis rassurée de ne pas être toute seule, même si j’ai trouvé le tome 4 un peu décevant.
      Sinon, c’est quoi un shojei ?

      1. Excuse-moi, je me suis trompée : pas shojei mais seinen = env. manga type polar pour les adolescents et adultes, plutôt les hommes.

        PS: comment peut-on ne pas aimé la série de C&B ?! Rien que pour les dessins, cela vaut un prix ! Mais c’est vrai, j’avais aussi moins aimé le tome 4.

        1. Merci du conseil ! Je vais demain à la bibliothèque. J’ai trouvé Ikigami sur internet comme série plutôt pas mal. Je vous raconterai si cela m’a plu !

    1. J’ai vu sur ton blog que tu en lis pas mal. J’avoue que j’en ai abandonné pas mal. Je pense maintenant qu’il faut que je persiste pour trouver mon style et continuer ma découverte de ce genre.

    1. Je ne peux rien dire parce que dans la vraie vie, je ne suis pas très physionomiste. Je suis la fille qu’on surprend tout le temps sur le quai du RER ou dans la rue, en me disant « comment vas-tu ? » alors que les gens sont arrivés par devant … J’ai fait cela avec ma cousine, ma tante, d’anciens collègues … Je ne te parle pas des gens qui me disent « tu me reconnais ? ». Et moi, « euh, non … »

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