Une vie chinoise – tome I : Le temps du père de Li Kunwu et P. Ôtié

UneVieChinoiseLiKunwuCela faisait des années que cette BD traînait dans ma PAL, je crois depuis 2010 en fait. Comme je suis dans une période chinoise, je l’en ai sorti vaillamment (c’est-à-dire sans que tout me dégringole sur la tête), pour m’instruire sur l’histoire chinoise car c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est le premier tome d’une série de trois, retraçant la vie de l’auteur Li Kunwu. Après une préface très intéressante de Pierre Haski sur la Chine d’aujourd’hui et les générations qui l’habite, mais surtout sur son évolution pendant les soixante dix dernières années , l’autobiographie de Li Kunwu commence par la rencontre de ses parents en 1950 qui aboutira sur sa naissance en 1955. Le père de Li Kunwu, 25 ans, est un révolutionnaire de la première heure, prêchant les enseignements de la révolution dans les campagnes, un an après la naissance de la République Populaire. C’est lors d’un discours dans un village de la province du Yunnan, qu’il voit sa femme pour la première fois. Xiao Tao a alors 17 ans. Après avoir convaincu le père de la jeune fille, il l’épouse et quelques années plus tard naît notre auteur.

Ce premier volume est divisé en trois chapitres et va de 1955 à la mort de Mao Zedong en 1976. Le premier chapitre est centré sur le Grand Bond en avant, le deuxième chapitre est centré sur la Révolution culturelle. À eux deux, ils couvrent l’enfance et l’adolescence du héros / auteur (217 pages sur 250). C’est une bande dessinée très intéressante pour qui ne connaît pas l’histoire récente chinoise (tout est expliqué suffisamment pour qu’aucune connaissance de base ne soit nécessaire), mais pas que. C’est en effet aussi un témoignage très lucide sur ce qu’a été cette période. En effet, l’auteur décrit un véritable endoctrinement mais aussi la force d’entraînement d’une foule ou d’un peuple, le jugement n’étant plus de mise alors. J’ai été surprise de découvrir que cela commençait très jeune, à l’école tout de même. C’était même encouragé car la jeunesse formait la force vive de la nation. Les élèves étaient mis à contribution pour toutes les opérations, dans le but d’encourager l’esprit de la Révolution. Ils pouvaient même prendre des initiatives, quitte à prendre le pas sur les adultes. Le mythe du respect des ancêtres par les Chinois en prend en tout cas. En tout cas, pour cette époque-là. L’auteur n’échappe pas à tout cela et se rend toujours compte, trop tard, que peut-être cela va trop loin et pour cela, il faut toujours que les excès le touchent de près (sa famille ou la famille de la fille qu’il aime).

Le troisième chapitre est plus court (et je ne sais pas s’il est complet ou s’il s’arrête parce que Mao est mort) et traite de la vie de l’auteur à l’armée, dans laquelle il s’est engagé à l’âge de 17 ans. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence le culte de la personnalité qui entourait Mao. On pouvait douter (pas à haute voix) de la Révolution mais pas de Mao. Il était le père de la Nation, il guidait son peuple de manière lucide … (même si vers la fin, on ne comprenait plus grands choses) Le père du titre, c’est bien lui. Au cours de ma lecture, je pensais que c’était le père de l’auteur parce que son père tient une part importante dans sa vie d’enfant et d’adolescent. La dernière image où on voit les soldats pleurer comme lors d’une fin du monde. Pour eux, c’est bien la fin d’une période et d’une nouvelle période qui est redoutée mais surtout inconnue.

C’est une bonne BD (en tout cas, ce premier tome) car elle permet de s’éloigner de l’histoire officielle mais aussi de l’histoire partisane. C’est vraiment les mémoires d’un homme lucide, sans regrets ni remords. Cela ouvre l’esprit, je trouve.

Vous pouvez trouver un article plus conséquent, avec la description des trois volumes, sur le site Lecture / Écriture. Je lirai les deux autres tomes mais pas tout de suite car ils ne sont ni dans ma PAL ni à la bibliothèque.

Références

Une vie chinoise – 1. Le temps du père de LI Kunwu et P. ÔTIÉ (Kana, 2009)

The Creep de John Arcudi et Jonathan Case

TheCreepJohnArcudiJonathanCaseJ’ai pris cette BD à la bibliothèque par pure curiosité parce qu’il y a une étiquette sur l’exemplaire, où il est indiqué que cette BD est un coup de cœur Facebook. Je n’ai absolument aucune idée de ce que c’est, qui décerne ce label … Je n’en sais pas plus après ma lecture mais j’ai lu la BD.

La version française de The Creep est le regroupement de trois fascicules d’un comics paru aux États-Unis en 2012, 2013 et 2014 et est présenté comme un hommage de John Arcudi aux récits de privé.

L’histoire est assez intéressante dans le sens où elle est classique mais présente un dénouement que je n’aurais pas imaginé. Un garçon vient de se suicider deux mois après son meilleur ami. La mère, complètement désespérée, appelle son amour de jeunesse devenu détective privé, Oxel Kärnhus, pour enquêter car elle ne comprend pas le pourquoi de la chose. Le problème est qu’elle ne l’a pas vu depuis longtemps. Or, il est atteint d’une maladie dégénérative, l’acromégalie, qui a beaucoup altéré son physique avantageux (et sa voix entre autre). Il a honte de lui. Il accepte cependant l’enquête en ne la rencontrant pas mais en « interrogeant » la mère du premier gamin qui s’est suicidé. Il apprend que lui aussi n’avait pas de père et que c’est le grand-père, le père de l’amour de jeunesse, qui s’occupait des deux adolescents en les emmenant en week-end de pêche par exemple. Depuis la mort des deux adolescents, le grand-père déjà fragile a perdu la boule et vit à la rue. Personnellement, mes soupçons tournaient une histoire glauque de pédophilie mais en fait, pas du tout. C’est pour cela que je vous parlais un peu plus haut de dénouement inattendu (dans mon cas).

Ce n’est donc pas une histoire avec un grand mystère, où le détective montre sa puissance de déduction ou sa force (physique ou de son arme à feu) pour résoudre l’affaire. C’est plutôt un hommage au travail quotidien du détective privé, pas forcément avec des affaires grandioses, mais plutôt des enquêtes de tous les jours, glauques, tragiques et tristes. Ce qui m’a plu dans cette bande dessinée, c’est ce côté « normal » (n’y voyez pas de connotations particulières).

Le héros m’a aussi énormément plu car il est extrêmement attachant. Les auteurs en ont fait une sorte de géant maladroit, peu sûr de lui et qui essaie de faire son travail de manière correcte, tout en vivant une vie où la maladie est là. Dans la postface, les auteurs expliquent qu’ils n’ont pas pu faire de Oxel Kärnhus un monstre car il n’aurait pas pu s’y attacher. Cela a totalement répondu à une impression que j’ai eu pendant toute ma lecture. Le personnage est dessiné comme une caricature d’Américain, avec un menton proéminent et carré, un visage fort, taillé à la serpe. Je ne comprenais pas en quoi cette maladie était si handicapante physiquement (on peut se rendre compte que si en regardant des images sur internet et en lisant wikipédia). Les auteurs, dans mon idée, avaient choisi d’accentuer les gênes physiques de la maladie, sans mettre en évidence la déformation du visage. Ils montrent bien l’avant-après mais je n’ai pas vu le problème pendant ma lecture. Il y a un changement de visage du héros mais il n’était pas devenu un monstre pour autant. Dans un sens, le pari des auteurs est à moitié réussi. L’histoire est bien un hommage aux histoires de détectives privés, avec un héros attachant, mais ils ne réussissent pas à rendre réellement la maladie (son quotidien oui par contre).

C’est donc une lecture que j’ai appréciée. Par contre, visiblement, je ne pourrais pas faire partie du jury des coups de cœur Facebook.

Références

The Creep de John ARCUDI (scénario) et Jonathan CASE (dessin et couleur) – traduction de Hélène Dauniol-Remaud (Urban Comics / collection Urban Indies, 2014)

Hans Fallada : Vie et mort du buveur de Jakob Hinrichs

HansFalladaVieEtMortDuBuveurJakobHinrichsTout est parti de l’envie de l’éditeur Peter Graf, en 2013, d’adapter le livre de Hans Fallada Le buveur. Il a chargé le dessinateur Jakob Hinrichs de ce projet car il lui a semblé le plus adapté pour faire ce qu’il voulait.

Je n’ai jamais lu le livre de Fallada mais ce n’est pas gênant pour la lecture de cette BD (vous pouvez vous aussi vous lancer sans problème). Le roman raconte la descente aux enfers de Erwin Sommer, homme prospère, propriétaire d’un magasin de produits agricoles, marié à une femme parfaite depuis longtemps. Ils viennent d’ailleurs d’acheter une magnifique maison. Elle est si parfaite que c’est plus ou moins elle qui fait que l’affaire fonctionne (ou fonctionnait car elle s’occupe principalement de sa nouvelle maison dorénavant), et ce grâce à son sens de l’organisation et sa méticulosité. Au début du roman graphique, cela fait un an que Erwin Sommer ne va pas bien, a relâché la pression et n’a plus envie de rien. Il vient d’ailleurs de perdre un très gros contrat, l’approvisionnement de la prison, qui faisait que son entreprise fonctionnait encore. Le banquier ne veut plus le suivre. Il commence à boire plus que de raison, se cache pour que sa femme ne s’en rende pas compte. Au final, la bouteille prend tellement d’importance qu’il n’a plus aucun scrupule.

Le dessinateur Jakob Hinrichs explique, dans une postface, qu’à la lecture du roman le personnage d’Erwin Sommer lui a paru fade, sans humanité. Il s’est alors penché sur la vie de l’auteur et sur le contexte d’écriture. Le Buveur a été écrit à l’automne 1944, à la prison Neustrelitz, par Rudolf Ditzen dit Hans Fallada alors qu’il y était emprisonné pour avoir tiré sur sa femme. Il faut voir que Le Buveur a une (petite) partie autobiographique puisque Hans Fallada avait des problèmes de dépendance à la drogue et à l’alcool. Jakob Hinrichs a trouvé dans l’histoire personnelle de l’auteur de quoi rendre plus épais le personnage de Erwin Sommer.

Au lieu d’adapter uniquement le roman, il a choisi de mélanger les vies d’Erwin Sommer et d’Hans Fallada de manière vraiment très fluide, et d’en présenter ainsi les similitudes. Par exemple, les deux montrent une certaine lucidité sur leur (la) vie : l’un sur les ravages de l’alcool et l’autre sur ce qui se passe en Allemagne à l’époque. C’est cette manière d’adapter, je pense, que j’ai le plus aimé dans cette BD : voir l’adaptation du roman et apprendre en même temps la manière et le pourquoi ce livre a été écrit. C’est tellement mieux fait que si Hinrichs avait suivi un scénario classique : montrer l’auteur en train de rédiger, puis raconter le livre et revenir à l’auteur !

Le choix des couleurs est à l’image de la couverture : psychédélique. C’est à mon avis un bon choix pour montrer le changement de perception quand on est sous alcool. L’univers de Fallada est tout de même beaucoup plus sombre puisqu’il est en sevrage forcé et en pleine dépression. Après, on n’adhère ou pas.

C’est une très bonne adaptation littéraire puisqu’elle donne envie de découvrir l’original ainsi que l’auteur, dont la plupart des écrits restent inédits en français, même s’il est de plus en plus traduits. Je pense que si j’arrive un jour à lire ce livre il me touchera peut être plus, en sachant comment il a été écrit.

Références

Hans Fallada : Vie et mort du buveur de Jakob HINRICHS – traduit de l’allemand par Laurence Courtois (Denoël Graphic, 2015)

Logicomix de Apostolos Doxiadis et al.

LogicomixJe l’ai enfin lu !!! Je l’avais repéré après avoir lu un autre livre de Apostolos Doxiadis, Oncle Petros et la conjecture de Goldbach. Je ne l’avais toujours pas acheté ou même emprunté à la bibliothèque, mais je continuais à le lorgner à chaque fois que je passais au rayon vulgarisation de la librairie Eyrolles. Sauf que début août, j’ai lu Amour et maths de Edward Frenkel. Cela a été un tel bonheur que j’ai voulu continuer dans cet univers et donc j’ai choisi ce comics dans ma LAL.

La narration mêle trois épisodes – périodes :

  • Une période « actuelle », décrivant la manière dont ce comics a été conçu : le but du livre mais aussi les questionnements pour trouver le meilleur scénario pour atteindre ce but. On apprend notamment dans ces parties que l’idée du comics n’est absolument pas de faire une histoire de la logique mais plutôt d’établir une sorte de relation entre les hommes, leurs folies et la logique. Comme si le fait de faire des recherches mathématiques sur la logique, et plus particulièrement à l’époque dont il est question dans Logicomix, par le fait qu’elles touchent les fondements même des mathématiques (vues par certains comme fondements du « monde ») rendaient fous les hommes qui abordaient ces questions par trop métaphysiques.
  • Vous allez me dire, mais quelles questions … C’est Bertrand Russell, célèbre mathématicien – philosophe – pacifiste – éducateur …, dont on peut voir dans toutes les librairies l’Éloge de l’oisiveté (chez Allia), qui va vous l’expliquer lors d’une conférence. Cette conférence s’est tenue en 1939 sur un campus américain et a été « perturbée » par des manifestants pacifistes demandant le soutien de Russell (pacifiste lui-même lors de la Première Guerre mondiale). Pour répondre aux manifestants, Russell choisit de retracer sa vie depuis son enfance. Il a été éduqué par une grand-mère très stricte, après la mort de ses parents et de son grand-père. Celle-ci lui a procuré une très bonne éducation, en particulier grâce à un précepteur en mathématiques. Dès lors, une question l’a obsédé : les fondements des mathématiques. En effet, lorsqu’il a travaillé sur Euclide, il a « découvert » que les théorèmes … reposent tous sur des axiomes, par définition non prouvés. Les vérités mathématiques, qui lui semblaient être des valeurs refuges dans ce monde incertain, lui ont semblé tout à coup particulièrement branlantes, le pire étant que personne ne se rendait compte de ce grave problème.
  • B. Russell décide de consacrer ses études et sa vie à trouver les bases qui feraient des mathématiques une science exacte et fondée. Pour cela, il va à l’Université, fait une déviation vers la philosophie, rencontre les grands maîtres de la logique (et de la théorie des ensembles) : Cantor, Frege, Peano, Wittgenstein (qui a été l’élève de Russell, ce que je ne savais pas du tout), travaille lui-même sur une nouvelle théorie. Russell retrace ainsi toute l’histoire de la logique, la recherche des fondements mathématiques en particulier, jusqu’à l’arrivée de Gödel et de son théorème d’incomplétude. Il y a même Hilbert et Poincaré en guest stars !

Je n’ai jamais étudié la logique à l’Université parce que j’avoue que cela ne m’intéressait pas franchement. Pourtant j’utilise tous les jours les concepts dont parlent le livre. J’ai trouvé particulièrement intéressant de voir dans quel cadre et avec quelle cohérence ils ont été introduits, n’ayant jamais non plus étudié l’histoire des mathématiques. Les mathématiques ne sont ni trop ni pas assez présentes dans cette bande dessinée (dans Amour et maths il y a des maths, des vraies et qui quoi qu’en dise l’auteur ne sont pas compréhensibles par tous, dans Logicomix ce n’est pas le cas : rassurez-vous !).

J’ai trouvé que la travail de vulgarisation était très bien réalisé car les auteurs insistent sur ce qui peut le plus intéresser les lecteurs : les mathématiciens plutôt que les mathématiques. J’avoue adorer quand on parle des mathématiciens car ce sont des gens qui peuvent être réellement très spéciaux. Le point de vue adopté (la logique mène à la folie ou vice-versa) est parfois un peu extrême, il y a une sorte de détournement de l’Histoire pour servir un point de vue.

À partir ce tout petit bémol, je ne regrette pas du tout d’avoir acheté et lu ce comics. Je vous le conseille si vous êtes (un peu) intéressé par les maths pures, la logique … Si vous êtes complètement allergique, ce n’est pas la peine de vous faire violence non plus.

L’avis de Keisha.

Références

Logicomix de Apostolos DOXIADIS (concept, histoire, script), Christos PAPADIMITRIOU (concept et histoire), Alecos PAPADATOS (personnages et dessins) et Annie DI DONNA (couleur) – traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat (Vuibert, 2011)

P.S. : Désolée encore une fois pour mon absence. J’ai lu pas mal de livre en août mais surtout je suis partie en vacances une semaine (c’était la première fois en quatre ans). Je suis allée en Allemagne à Aix-la-Chapelle. J’ai repris le travail lundi et je suis déjà épuisée. Vivement les prochaines vacances 🙂

Voix de la nuit de Ulli Lust et Marcel Beyer

VoixDeLaNuitUlliLustMarcelBeyerJ’ai découvert cette BD à la bibliothèque de l’Institut Goethe de Paris, où Ulli Lust est venue faire une conférence (je n’y suis pas allée parce que je rentre trop tard mais n’empêche). Ce roman graphique est l’adaptation du roman éponyme de Marcel Beyer (paru en France, en 1997 chez Calman-Levy). Il s’écrit dans l’alternance de deux histoires : celle de Hermann Karnau, acousticien pour le IIIe Reich et Helga, la fille aînée de Magda et Joseph Goebbels (cela m’a un peu rappelé le livre Magda de Meike Ziervogel ; les deux auteurs ont choisi de s’intéresser à Helga car sa mort n’a pas exactement été celle de son frère et de ses sœurs).

On va commencer par l’histoire qui m’a le moins intéressée, même si c’est la plus originale. Ce qui est assez normal puisque Hermann Karnau est un personnage de fiction. Il commence sa carrière en faisant la sonorisation pour les meetings nazis avent et tout au début de la guerre. Ce n’est pas par convictions politiques qu’il fait se métier mais vraiment car il est passionné par les voix : où faut-il placer le micro pour placer toutes les tonalités de la voix de l’orateur ? comment capturer une ambiance ? Le premier « chapitre » est vraiment très intéressant s’il on est intéressé par cela, même si le personnage semble un peu trop monomaniaque (genre il fait des dissections d’animaux pour mieux comprendre ce qu’est la langue).

Puis la guerre éclate. Il est envoyé au front, en tant que civil, pour capter le maximum de sons des lignes ennemies. Quand il est démobilisé, il est invité à faire une communication à un congrès, où il expose une théorie digne d’un nazi : on ne connaît un homme qu’en le connaissant de l’intérieur, et le seul reflet de l’intérieur est la langue bien évidemment. De plus, si les étrangers ne peuvent pas apprendre l’allemand, c’est qu’ils ne sont pas physiologiquement fait pour cela. À partir de ses théories plus que stupides, il va commencer les expériences sur les prisonniers. Il va dès lors monter dans la hiérarchie du IIIe Reich, jusqu’à se retrouver dans le Bunker avec Hitler lors des derniers jours du mois d’avril 1945.

En parallèle, on suit donc la vie d’Helga, en commençant par sa vie de petite princesse, épargnée par la guerre (il y a des restes d’innocence au début de la narration), même si son père est de plus en plus absent et sa mère de plus en plus mal. Puis les choses se dégradent pour elle et ses frère et sœurs. Pour l’auteur, elle est lucide très tôt sur ce qui va se passer pour eux. Comme on le sait, la famille Goebbels est aussi présente les derniers jours du mois d’avril 1945 dans le bunker. Cette partie m’a plus intéressée car elle montrait une autre idée que celle du livre Magda dont je parlais plus tôt. Alors que le roman donnait à voir une jeune fille, souhait vivre intensément, ici on lit plutôt l’histoire d’une fillette innocente, puis lucide qui sait qu’elle ne vivra pas toutes les choses qu’on lui a promises.

Dans le bunker, les deux histoires se rejoignent car les enfants Goebbels sympathisent avec Karnau par l’intermédiaire du chien de celui-ci (ils se connaissaient déjà avant mais là le contact s’avère plus simple puisque les enfants ont besoin de distraction et que le chien Coco est idéal pour cela).

Dans l’ensemble, j’ai donc trouvé l’histoire intéressante mais je ne suis pas sûre d’avoir compris où l’auteur voulait en venir (il faut voir que Karnau survit au bunker et qu’il y a donc une partie, très minime, du récit qui se passe maintenant). Comme pour toutes les adaptations de romans, je me suis demandée s’il y avait beaucoup de choses de couper par rapport au roman, ou de changer carrément. Peut être que je lirais le roman un jour mais je ne pense pas maintenant par contre.

Les dessins sont plutôt du type comics. On est sur les grands traits des personnages. On reconnaît les enfants Goebbels par leurs tailles ; Goebbels lui-même par son crâne proéminent. Par contre, je n’aurais pas reconnu la mère si on ne me l’avait pas dit. Mais par exemple, Helga et les petites filles en général ont un énorme buste et des jambes de la grosseur d’allumettes. J’ai trouvé le personnage de Karnau plus travaillé au niveau des expressions du visage (et même du visage tout simplement). Les décors sont aussi très minimalistes. Par contre, j’ai beaucoup aimé le choix des couleurs pour marquer les différentes histoires et l’évolution des différents personnages (joie de l’enfance, tristesse, réussite, échec).

Soyons franc, la BD allemande a son style : on adhère ou on n’adhère pas ; à mon avis, il y aura très peu de BD du type de celles de Futuropolis, dont j’adore les très souvent magnifiques dessins, en Allemagne (je dis cela après avoir parcouru le rayon BD de l’institut ; j’ai sûrement un point de vue biaisé car le rayon est assez petit). Pour l’histoire, en général, cela va du plutôt pas mal au très bon, voire excellent. Je vous conseille donc de vous tourner vers cette BD si l’histoire vous inspire (ou vers le roman s’il est disponible dans votre bibliothèque). Les graphiques sont bons mais il ne faut pas vous attendre à un choc esthétique non plus.

Références

Voix de la nuit de Ulli LUST et Marcel BEYER – traduit de l’allemand par François Mathieu (Éditions Ça et Là, 2014)

Sukkwan Island de Ugo Bienvenu – d’après le roman de David Vann

SukkwanIslandDavidVannBDJe tiens à m’excuser pour cette looooongue absence mais je n’avais pas assez le moral pour écrire des billets de blog. J’ai été en vacances toute cette semaine où j’ai fait de belles lectures, ce qui m’a redonné l’envie de les partager.

Je suis à la bibliothèque du Trocadéro mercredi et en regardant les nouveautés, je suis tombée sur cette BD qui est l’adaptation en roman graphique du roman de David Vann. Elle était dans ma wish-list juste par curiosité mais je n’étais pas vraiment pressée de la lire (cela m’a donc évité un achat).

Pour rappel et grosso modo, Sukkwan Island est l’histoire d’un père emmenant son fils adolescent une année sur île déserte d’Alaska pour faire de la survie dans une cabane, aventure qui va mal tournée. Je ne sais plus si j’en avais parlé ici mais je n’avais pas du tout aimé le roman de David Vann. Danièle Sallenave avait dit à la radio le fameux truc qui se passe à la page je ne sais plus combien parce que « tout le monde l’avait lu ». J’avais donc attendu un peu avant de le lire mais j’avais fini par le lire et là cela avait été la déception. Je n’avais pas vu en quoi le roman était intéressant mais surtout je n’avais pas compris la psychologie des personnages. Ce que j’avais par contre aimé, c’est la découverte de l’Alaska.

Pas rancunière, j’ai donc redonné une chance à cette histoire avec l’adaptation de Ugo Bienvenu. J’ai eu raison, sa BD se lit d’un trait ! Dans l’ensemble (je ne me rappelle plus non plus de tous les détails), l’adaptation est fidèle au roman.

Les planches de paysages sont sublimes (cela donne envie de les découper). Il est à noter que les images sont en noir et blanc contrairement à la couverture. La scène de l’incendie de la cabane est grandiose !

Ce qui m’a plu par rapport au roman, c’est que j’ai compris (et adhéré) au personnage du père. Ugo Bienvenu l’a dessiné comme un homme propre sur lui, l’homme typiquement américain dans les séries TV (celui qui a le sourire tout blanc, bien rasé … il ne faut pas oublier qu’il est dentiste tout de même). Il ne semble jamais très expressif la nuit quand il pleure sur sa vie ou le jour quand il donne des ordres, fait son fier-à-bras … Il ne rit pas ni même ne sourit, il n’a aucune complicité avec son fils. Par contre, toutes les expressions et sentiments du fils sont concentrés dans son regard : soit affolé, soit désabusé, toujours méfiant envers son père. Il a un peu toujours les mêmes yeux que sur la couverture. Il ne sait pas pourquoi il est là mais il ne le sent pas.

Grâce aux dessins, j’ai mieux compris la première partie du livre. Par contre, j’avais trouvé la deuxième partie du livre plus intéressante car plus complète (et surtout moins froide) et là j’ai trouvé le roman graphique un peu plus léger. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’il manque des évènements (mais comme je le disais je n’en suis plus sûre).

Si vous avez aimé le livre, je pense que cela peut vous plaire pour vous y replonger d’une autre manière. Si comme moi, vous n’aviez pas accroché, cela peut vous permettre de redonner une autre chance à cette histoire.

Références

Sukkwan Island de Ugo BIENVENU – d’après le roman de David Vann (Denoël Graphic, 2014)

Les Temps Nouveaux de Warnauts et Raives

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesCette bande dessinée est aussi un diptyque, le premier tome se passant en 1938 et le deuxième en 1944, l’entre deux ne nous étant absolument pas raconté.

L’action se situe dans les Ardennes belges, à La Goffe (je précise pour ceux qui connaissent).

Le premier tome s’ouvre avec le retour de Thomas après huit années à parcourir le monde (l’Afrique surtout). Il va prendre la gestion de l’hôtel qu’il a reçu en héritage. Le retour est un peu délicat car il est parti après avoir appris que la fille qu’il aimait et qui l’aimait allait se marier avec Charles, le sérieux de la fratrie. Entre temps Alice et Charles ont eu des jumelles mais Alice reste amoureuse de Thomas. Thomas lui a ramené Assunta, une espagnole communiste, dont il est fortement épris. Il peut aussi compter sur le soutien de Joseph, son meilleur ami, et accessoirement curé.  Pour vous situer, sur la couverture, on voit les cinq personnages : Thomas est celui avec la valise, Assunta la femme à la robe rouge, le curé est facile à reconnaître, Alice et Charles sont les deux personnages près de la voiture. Cela ressemble à une gentille histoire de famille, qui peut se régler avec le temps. Sauf qu’on est en 1938 et que la politique est partout : Thomas partage plus ou moins les idées d’Assunta avec plus ou moins de désinvolture, tandis que Charles est proche du rexisme, même s’il commence à renier ces idées pour se rapprocher des conservateurs.

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesTome2Dans le deuxième tome, les Américains arrivent et libèrent La Goffe. Le temps des règlements de compte s’ouvre. Thomas n’est pas parti à la guerre à cause du paludisme qu’il a contracté en Afrique. Il s’est occupé de l’hôtel où il a vu passer les Allemands et maintenant les Américains. Il voit débarquer un jour Alice qui vient d’être tondu après la disparition de Charles soupçonné de collaboration. Joseph est très éprouvé par ce qu’il a vu. Assunta a disparu dans un camp. C’est la situation au début de ce deuxième volume mais les apparences s’avèreront trompeuses.

J’ai trouvé que c’était un bon diptyque avec des personnages bien campés et sympathiques, une histoire intéressante. Les points qui m’ont particulièrement plu ont été :

  • de voir la manière dont la Seconde Guerre mondiale a été vécue dans un petit village belge. Finalement, cela n’a pas été très différent de ce qui s’est passé en France : l’occupation, la collaboration, la résistance, la résistance de la dernière heure, l’épuration ressemblent étrangement à ce qui s’est passé en France.
  • de voir que les Ardennes belges sont très différentes des Ardennes françaises. Je ne suis pas monté très souvent là-bas mais à chaque fois il faisait tout gris ou trop chaud. Les couleurs de l’été n’étaient pas chatoyantes et on voyait plutôt du vert partout (j’ai vu des photos de l’automne où par contre le vert des arbres devenu orange est du plus bel effet). Les Ardennes belges semblent être une sorte de paradis avec beaucoup de lumière, des fleurs, des beaux paysages dégagés, de la neige qui recouvre magnifiquement le sol. Tout cela pour dire que ce sont deux albums avec de magnifiques couleurs, de beaux paysages mais je ne suis pas très sûre que cela soit réaliste.

Apparemment, il y a une suite qui s’appelle Après-guerre, un diptyque aussi, qui se passe à Berlin cette fois-ci.

Références

Les Temps nouveaux de Éric WARNAUTS et Guy RAIVES (Le Lombard)

Tome 1 : Le retour (2011)

Tome 2 : Entre chien et loup (2012)

Sibérie de Attilio Micheluzzi

SiberieMicheluzziJ’ai découvert cette BD en faisant une recherche bibliographique sur la Sibérie. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais il semble avoir fait beaucoup d’album et être assez réputé. Comme d’habitude, j’ai été un peu déçue car la couverture est en couleur et les dessins à l’intérieur sont en noir et blanc (j’aime les couleurs je suis désolée). En fait à la lecture, ce n’est pas du tout gênant …

J’ai eu en main, si j’ai bien compris, la réédition de 2011 de l’album de 1989 (qui était paru dans la revue Corto Maltese). L’histoire est celle de Gabriel Kovalensky, Comte de Lazarev, professeur de mathématiques à l’Université, qui en 1897 a comploté pour assassiner le tsar. Cela a raté et le Comte s’est pris comme peine 20 ans au Goulag. Il réussit à s’évader, essaie tant bien que mal de survivre, en venant même à tuer de ces propres mains. On arriverait pratiquement à croire que c’est un phénix tellement il échappe de fois à la mort sans mourir. Il ne renoncera jamais à ses idéaux, mais attendra leurs réalisations car la Russie ne semble pas prête.

Il ne fera jamais l’erreur de revenir à Moscou et restera en Sibérie. En 1917, on le retrouve donc en Sibérie « engagé dans la révolution du côté des bolchéviks ». On se dit enfin mais comme il reste un noble, ses aventures sont loin d’être terminées.

Cette BD est un coup de cœur absolu. En 120 pages, la vie complète de Gabriel est retracée. On passe par tellement d’univers différents ! du Saint-Pétersbourg bourgeois, noble, comploteur à la Sibérie, aux Goulags, aux travaux forcés, aux sorts des évadés qui errent sans fin (on retrouve même Raspoutine, en vieux prêtre lubrique), à la Révolution Russe, au complot, à la survie, à la trappe, aux chemins de fers … L’histoire ne connaît aucun temps morts ; elle est toujours amenée de manière extrêmement logique.

Les dessins (même s’ils sont en noir et blanc) rendent extrêmement bien les différents univers. Chaque personnage est travaillé tant au niveau de l’habillement, que des expressions du visage qui sont toujours adéquates. J’ai particulièrement admiré le travail qui est fait sur le visage de Gabriel où chaque évènements le marquent (comme le passage du temps d’ailleurs).

Je pense que j’ai été claire : j’ai trouvé cette BD vraiment excellente.

Références

Sibérie de MICHELUZZI – traduction de Michel Jans – Couleur de la couverture : Greg Cruz (Mosquito, 2011)

Abdallahi de Dabitch et Pendanx

Abdallahi1Abdallahi est un diptyque racontant le voyage de René Caillé, le premier blanc à être rentré à Tombouctou. En fait, le terme qui convient est plutôt chrétien et d’après Wikipédia ce n’est même pas vrai. N’empêche que cette BD nous parle d’un périple hors du commun.

J’ai pris complètement au hasard ces deux BD à la bibliothèque, juste en regardant les dessins qui sont absolument magnifiques. C’est seulement rentrée au bureau que j’ai regardé le résumé de la couverture. J’en parle à mon chef qui me répond « comment cela tu ne connaissais pas ? » J’ai cherché donc sur internet pour bien vérifier que c’était une histoire vraie. C’est le cas. Vous pouvez même lire le récit de son voyage (écrit par lui-même donc) aux éditions La Découverte. Il y a même un petit livre Géo sur la ville de Tombouctou écrit par René Caillé.

Tome 1 : Dans l’intimité des terres

Ce tome commence par l’introduction de René Caillé chez les Braknas (en Mauritanie). En effet, il vient y demander asile et protection dans le but d’apprendre l’arabe et de devenir musulman. Il ment en toute conscience et à tout le monde pour arriver à son but ultime : explorer des terres inconnues. Bien que méfiants, les Maures Braknas l’aident mais quand il a atteint son but, il prétexte de devoir retourner au comptoir de Saint-Louis du Sénégal pour récupérer ses marchandises. Il ne part pas seul mais avec Arafanba, un esclave noir affranchi de la tribu. En fait, il vient demander de l’argent pour arriver à son objectif de découvrir de nouvelles terres. On lui refuse sous prétexte qu’il n’est pas assez préparé. Il apprendra une nouvelle intéressante pour lui : une prime est offerte au premier Français (blanc, chrétien, Européen, comme vous voulez) qui entrera dans la ville de Tombouctou. De ce que j’ai compris, il y déjà des gens qui y sont rentrés mais ils n’en sont pas revenus. Arafanba décide d’aider René Caillé à faire ce voyage même si celui-ci lui a menti et lui mentira tout du long (en effet, il ne se confiera pas trop de peur d’échouer). Ce tome raconte le début du périple de René Caillé et d’Arafanba.

Tome 2 : Traversée d’un désert

Au début de ce tome, on retrouve Abdallahi, allias René Caillé essayant deAbdallahi2 traverser le fleuve Niger. Tombouctou approche … J’ai trouvé que cette partie était très intéressante d’un point de vue historique. L’esclavage ayant été interdit en Europe, les Noirs ont continués à être esclave, vendus par les Maures. Je ne savais pas du tout. Les scènes de détresse et de courage sont poignantes.  Abdallahi et Arafanba arrivent après maintes péripéties à Tombouctou. René est particulièrement déçu car cette ville est complètement « endormie » et ne présente pas les splendeurs tant fantasmées par les Européens. Désirant rentré en France, René doit traverser le Sahara pour rejoindre Tanger et le gouverneur de France. Ce sera la partie la plus éprouvant de son voyage, car là il sera vraiment seul.

ArafanbaDans une postface, les auteurs expliquent avoir adaptés quelque peu le récit de René Caillé et en particulier, avoir donné une part plus importante à Arafanba qui n’est que mentionné dans le livre de l’explorateur.

Comme je l’ai dit au début de ce billet, ce sont les dessins qui m’ont particulièrement attirés vers cette BD. Chaque vignette est une sorte de petit tableau où tout est intense. J’ai particulièrement apprécié la manière qu’a eu le dessinateur de nous faire admirer les splendeurs de l’Afrique, les populations simples et très gentilles. Pour cela, il a utilisé des couleurs vives, des visages et des corps qui ressortent du paysage.

AbdallahiJ’ai moins apprécié les parties sombres, plus obscures marquant des zones de doute et de danger dans l’histoire, tout simplement parce que mon ressenti était moins intense après avoir été plongé dans un monde splendide. C’est mon goût personnel. Le seul regret que je pourrais avoir est de ne pas toujours avoir reconnu Abdallahi. Je ne sais pas si c’était voulu par les deux auteurs pour montrer la profondeur du mensonge et des transformations que René s’est infligé pour réaliser son rêve.

En conclusion, c’est une histoire intéressante (et avant inconnue de moi), servie par des dessins sublimes, lumineux, extrêmement travaillés.

Références

Abdallahi – première partie : Dans l’intimité des terres de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Abdallahi – deuxième partie : Traversée d’un désert de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)