Sibérie de Attilio Micheluzzi

SiberieMicheluzziJ’ai découvert cette BD en faisant une recherche bibliographique sur la Sibérie. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais il semble avoir fait beaucoup d’album et être assez réputé. Comme d’habitude, j’ai été un peu déçue car la couverture est en couleur et les dessins à l’intérieur sont en noir et blanc (j’aime les couleurs je suis désolée). En fait à la lecture, ce n’est pas du tout gênant …

J’ai eu en main, si j’ai bien compris, la réédition de 2011 de l’album de 1989 (qui était paru dans la revue Corto Maltese). L’histoire est celle de Gabriel Kovalensky, Comte de Lazarev, professeur de mathématiques à l’Université, qui en 1897 a comploté pour assassiner le tsar. Cela a raté et le Comte s’est pris comme peine 20 ans au Goulag. Il réussit à s’évader, essaie tant bien que mal de survivre, en venant même à tuer de ces propres mains. On arriverait pratiquement à croire que c’est un phénix tellement il échappe de fois à la mort sans mourir. Il ne renoncera jamais à ses idéaux, mais attendra leurs réalisations car la Russie ne semble pas prête.

Il ne fera jamais l’erreur de revenir à Moscou et restera en Sibérie. En 1917, on le retrouve donc en Sibérie « engagé dans la révolution du côté des bolchéviks ». On se dit enfin mais comme il reste un noble, ses aventures sont loin d’être terminées.

Cette BD est un coup de cœur absolu. En 120 pages, la vie complète de Gabriel est retracée. On passe par tellement d’univers différents ! du Saint-Pétersbourg bourgeois, noble, comploteur à la Sibérie, aux Goulags, aux travaux forcés, aux sorts des évadés qui errent sans fin (on retrouve même Raspoutine, en vieux prêtre lubrique), à la Révolution Russe, au complot, à la survie, à la trappe, aux chemins de fers … L’histoire ne connaît aucun temps morts ; elle est toujours amenée de manière extrêmement logique.

Les dessins (même s’ils sont en noir et blanc) rendent extrêmement bien les différents univers. Chaque personnage est travaillé tant au niveau de l’habillement, que des expressions du visage qui sont toujours adéquates. J’ai particulièrement admiré le travail qui est fait sur le visage de Gabriel où chaque évènements le marquent (comme le passage du temps d’ailleurs).

Je pense que j’ai été claire : j’ai trouvé cette BD vraiment excellente.

Références

Sibérie de MICHELUZZI – traduction de Michel Jans – Couleur de la couverture : Greg Cruz (Mosquito, 2011)

Abdallahi de Dabitch et Pendanx

Abdallahi1Abdallahi est un diptyque racontant le voyage de René Caillé, le premier blanc à être rentré à Tombouctou. En fait, le terme qui convient est plutôt chrétien et d’après Wikipédia ce n’est même pas vrai. N’empêche que cette BD nous parle d’un périple hors du commun.

J’ai pris complètement au hasard ces deux BD à la bibliothèque, juste en regardant les dessins qui sont absolument magnifiques. C’est seulement rentrée au bureau que j’ai regardé le résumé de la couverture. J’en parle à mon chef qui me répond « comment cela tu ne connaissais pas ? » J’ai cherché donc sur internet pour bien vérifier que c’était une histoire vraie. C’est le cas. Vous pouvez même lire le récit de son voyage (écrit par lui-même donc) aux éditions La Découverte. Il y a même un petit livre Géo sur la ville de Tombouctou écrit par René Caillé.

Tome 1 : Dans l’intimité des terres

Ce tome commence par l’introduction de René Caillé chez les Braknas (en Mauritanie). En effet, il vient y demander asile et protection dans le but d’apprendre l’arabe et de devenir musulman. Il ment en toute conscience et à tout le monde pour arriver à son but ultime : explorer des terres inconnues. Bien que méfiants, les Maures Braknas l’aident mais quand il a atteint son but, il prétexte de devoir retourner au comptoir de Saint-Louis du Sénégal pour récupérer ses marchandises. Il ne part pas seul mais avec Arafanba, un esclave noir affranchi de la tribu. En fait, il vient demander de l’argent pour arriver à son objectif de découvrir de nouvelles terres. On lui refuse sous prétexte qu’il n’est pas assez préparé. Il apprendra une nouvelle intéressante pour lui : une prime est offerte au premier Français (blanc, chrétien, Européen, comme vous voulez) qui entrera dans la ville de Tombouctou. De ce que j’ai compris, il y déjà des gens qui y sont rentrés mais ils n’en sont pas revenus. Arafanba décide d’aider René Caillé à faire ce voyage même si celui-ci lui a menti et lui mentira tout du long (en effet, il ne se confiera pas trop de peur d’échouer). Ce tome raconte le début du périple de René Caillé et d’Arafanba.

Tome 2 : Traversée d’un désert

Au début de ce tome, on retrouve Abdallahi, allias René Caillé essayant deAbdallahi2 traverser le fleuve Niger. Tombouctou approche … J’ai trouvé que cette partie était très intéressante d’un point de vue historique. L’esclavage ayant été interdit en Europe, les Noirs ont continués à être esclave, vendus par les Maures. Je ne savais pas du tout. Les scènes de détresse et de courage sont poignantes.  Abdallahi et Arafanba arrivent après maintes péripéties à Tombouctou. René est particulièrement déçu car cette ville est complètement « endormie » et ne présente pas les splendeurs tant fantasmées par les Européens. Désirant rentré en France, René doit traverser le Sahara pour rejoindre Tanger et le gouverneur de France. Ce sera la partie la plus éprouvant de son voyage, car là il sera vraiment seul.

ArafanbaDans une postface, les auteurs expliquent avoir adaptés quelque peu le récit de René Caillé et en particulier, avoir donné une part plus importante à Arafanba qui n’est que mentionné dans le livre de l’explorateur.

Comme je l’ai dit au début de ce billet, ce sont les dessins qui m’ont particulièrement attirés vers cette BD. Chaque vignette est une sorte de petit tableau où tout est intense. J’ai particulièrement apprécié la manière qu’a eu le dessinateur de nous faire admirer les splendeurs de l’Afrique, les populations simples et très gentilles. Pour cela, il a utilisé des couleurs vives, des visages et des corps qui ressortent du paysage.

AbdallahiJ’ai moins apprécié les parties sombres, plus obscures marquant des zones de doute et de danger dans l’histoire, tout simplement parce que mon ressenti était moins intense après avoir été plongé dans un monde splendide. C’est mon goût personnel. Le seul regret que je pourrais avoir est de ne pas toujours avoir reconnu Abdallahi. Je ne sais pas si c’était voulu par les deux auteurs pour montrer la profondeur du mensonge et des transformations que René s’est infligé pour réaliser son rêve.

En conclusion, c’est une histoire intéressante (et avant inconnue de moi), servie par des dessins sublimes, lumineux, extrêmement travaillés.

Références

Abdallahi – première partie : Dans l’intimité des terres de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Abdallahi – deuxième partie : Traversée d’un désert de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)

Cœur de pierre de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

CoeurDePierreSeverineGauthierJeremieAlmanzaJ’ai découvert cet album jeunesse sur la chaîne YouTube de Margaud Liseuse, qui je crois me rappeler à acheter cette BD au salon de Montreuil cette année. L’occasion s’est présentée de le lire, donc je l’ai lu. C’est absolument trop mignon, très triste à la fin mais bon il faut une morale tout de même à l’histoire.

Dans cette BD, il y a trois personnages qui incarnent trois expressions utilisant le mot cœur : le cœur d’artichaut, le cœur de pierre et le cœur en or. Le cœur d’artichaut est la petite fille rousse sur la couverture. Le cœur de pierre est le petit garçon sur la couverture. Le cœur en or est un petit garçon.

La BD commence par la présentation du garçon au cœur de pierre, dans un univers très sombre, que rappelle le côté gauche de la couverture.

L’enfant au cœur de pierre était né en décembre, et tous les médecins lors de l’auscultation annoncèrent aux parents qu’ils ne pouvaient entendre les battements du cœur de leur petit garçon.

C’est ainsi que tomba l’horrible diagnostic. On leur dit que leurs fils ne sourirait jamais, qu’il n’aimerait personne et serait allergique à tous les sentiments que les autres éprouvaient ; qu’il serait tous les jours de très méchante humeur ; qu’il avait une pierre à la place du cœur !

Ces parents s’en désolent et oublient de s’occuper de leur fils malgré le terrible diagnostic. Il grandit donc seul. Comme personne n’essaie de le changer, le diagnostic se réalise. Avec son caractère, il n’a aucun ami. Pourtant la petite fille au cœur d’artichaut en tombe follement amoureuse au premier regard et lui effeuille donc son cœur, jour après jour, pour lui montrer son amour et essayer de lui faire enfin connaître l’amour. J’ai adoré que l’expression « cœur d’artichaut » soit prise au sens propre. La petite fille ouvre la porte de son cœur (même ça c’est une expression), prend une feuille de son artichaut et la donne au garçon au cœur de pierre. C’est juste magnifique et ingénieux.

Le petit garçon jette la feuille car il ne peut pas la comprendre. Le problème est que comme vous le savez tous, l’artichaut est un objet fini, il y a un nombre limité de feuille. Comment fera la petite fille quand elle n’aura plus de cœur. C’est là où intervient le garçon au cœur d’or pour tout arranger (que je vous ai mis sur la deuxième image ; vous le reconnaissez car il a des cheveux en or) car lui est amoureux de la petite fille au cœur d’artichaut.

Cœur de pierre - page 17
Cœur de pierre – page 17

Quand j’ai vu le personnage, j’ai trouvé qu’il n’était pas particulièrement moral d’introduire un trio amoureux dans un livre jeunesse mais en fait non, il vont rester 2 + 1. Comme je le disais en introduction, cela va mal se terminer pour le garçon au cœur de pierre. C’est un peu normal à mon avis mais le problème est que l’album se termine là-dessus, on en garde une impression de profonde tristesse. Cela fait pitié pour les gens qui ont un cœur de pierre et qui sont insensibles. Les cœurs en or et d’artichaut s’en sortiront toujours apparemment.

Sauf qu’il m’a fallu réfléchir pour en arriver à cette conclusion. Quand je suis tombée sur la dernière page, j’essayais compulsivement de tourner les pages avec mon doigt (j’ai lu cette BD sur la tablette) et cela ne marchait pas. J’ai vu le mot fin seulement après. Ma première pensée a été qu’il était vraiment plus difficile d’être un enfant de nos jours que de mon temps (je suis déjà vieille). Après j’ai réfléchi pour aboutir à mes conclusions.

P.S. : L’univers du dessinateur, ses dessins, ses couleurs sont une véritable splendeur. Sur papier, cela doit être beaucoup mieux qu’en numérique à mon avis. La couverture et la planche que j’ai mise en donne une bonne idée à mon avis.

Références

Cœur de pierre de Séverine GAUTHIER (scénario) et Jérémie ALMANZA (Delcourt, 2013)

Trains de légende – Tome 1 : L’Orient-Express de Richard D. Nolane et Diego Olmos Alminana

TrainsDeLegendeOrientExpressCette série de bandes dessinées est consacrée aux trains de légende. Elle compte actuellement trois tomes : le premier sur l’Orient-Express, le deuxième sur le Transcontinental et le troisième sur le Transsibérien. J’ai lu les trois volumes que j’essaierai de vous présenter au fur et à mesure. Celui-ci est mon deuxième préféré, devant le Transsibérien mais derrière le Transcontinental.

Le livre se décompose en deux parties : la BD à proprement parler, dont l’histoire est centré sur le train concerné, et un dossier historique sur ce même train. Dans les trois volumes, le dossier historique est vraiment très intéressant, complet et instructif pour une première approche (plus faible cependant pour le volume sur le Transsibérien).

Concentrons-nous sur ce premier volume. La BD est centré sur un fait réel. Le 13 septembre 1931, Sylvester Matuschka a posé une bombe sur le viaduc de Biatorbágy, près de Budapest en Hongrie, qui a explosée au passage du train, précipitant plusieurs wagons en contrebas. L’attentat a fait vingt morts. Cet attentat est resté dans les mémoires car dans ce train se trouvait Joséphine Baker qui a échappé de justesse à la mort puisqu’elle se trouvait dans le « seul wagon-lit qui n’a pas déraillé ».

L’histoire s’appuie donc sur ce fait réel, en prenant le point de vue de l’enquêteur chargé de trouver le poseur de bombes. Il se trouve face à la police secrète hongroise, qui cherche à mettre l’accident sur le dos des communistes. Pourtant il ne faillira pas et trouvera bien le responsable, tout en ne faisant pas perdre la face à la police secrète. C’est un franc tireur qui sait ménager sa monture.

C’est une histoire classique mais entraînante, avec beaucoup de rebondissements et d’intelligence (de la part de l’enquêteur), agréable à lire en tout cas. Par contre, je mettrais des bémols par rapport au projet de nous en apprendre plus sur les trains de légende. En lisant juste la BD, j’en ai plus appris sur la situation politique en Hongrie en 1931 que sur l’Orient-Express (il faut dire que je partais de loin vu que je ne connaissais ni le nom de Gömbös, ni le nom de Horthy). L’auteur ne s’est pas rattrapé sur les décors car on voit très peu de l’intérieur des wagons (et quand on le voit, c’est surtout le wagon-restaurant) et pour l’extérieur est bleu, je ne peux pas vous dire grand chose. C’est une déception de ce côté là, heureusement rattrapée par le dossier historique.

Références

Trains de légende – L’Orient-Express de Richard D. NOLANE (scénario), de Diego OLMOS ALMIÑANA (dessin), d’Hugo Sebastian FACIO GARCIA (couleurs) et de Ronan TOULHOAT (illustration de couverture) (Soleil, 2014)

P.S. : Je m’excuse pour mon absence mais les événements à Paris m’ont beaucoup travaillée (je ne sais pas si vous avez remarqué, pour ceux qui habitent à Paris, le silence dans les transports pendant une semaine, cela fait du bien mais pas dans ses circonstances là). Comme je l’ai lu sur un autre blog, j’ai un peu lu comme une zombie. J’ai d’ailleurs remis les livres que j’avais lu dans ma PAL.

Ceux qui me restent de Damien Marie et Laurent Bonneau

CeuxQuiMeRestentLaurentBonneauDamienMarieLe thème principal de cette bande dessinée est la maladie d’Alzheimer et son impact pour le malade et ses proches. Les auteurs traitent ce thème avec beaucoup de sensibilité, de justesse et de talent. Ils font passer beaucoup d’idées et de sentiments.

Les personnages principaux de l’histoire sont Florent et Lilie, un père et sa fille. Celui-ci s’est retrouvé veuf à la trentaine après le suicide de sa femme, qu’il aimait tendrement mais visiblement il ne lui a pas assez montré. Il se retrouve seule avec sa fille. Il a autant de mal avec elle qu’avec sa femme. Elle le quitte le plus vite possible pour se réfugier ses grand-parents anglais. Elle le laisse seul pendant 20 ans. Mais aujourd’hui il en a 70 et a besoin d’elle.

Il la cherche partout. Le problème est qu’il a Alzheimer et quand il cherche sa fille, il la cherche dans ses souvenirs, à la maternité, quand elle avait 5 ans et qu’il l’a perdue de vue sur le bateau de retour après l’enterrement, quand elle est partie de la maison. Il s’enfuit de l’hôpital pour la retrouver mais aujourd’hui Lilie est là, sans vraiment lui avoir trop pardonner. Elle veut et va l’aider de son mieux.

Le scénario mélange toutes les époques et suit les pensées de Florent qui sont donc assez chaotiques. La grande force de ce récit est d’arriver à ne pas nous embrouiller, nous. Je pense que c’est grâce à des dessins très travaillés. Le dessinateur a vieilli son personnage, en en gardant les expressions types. Il est donc très facile à reconnaître et de comprendre les transitions dans l’histoire. Ce que j’ai aimé aussi dans les dessins, c’est le fait que la mère et la fille apparaissent sous les mêmes traits, un peu comme si elles étaient des apparitions. Cela aussi cela rend bien la confusion dans l’esprit du malade.

C’est une bande dessinée avec un bon scénario et des dessins qui le servent habilement. C’est une très bonne découverte.

Références

Ceux qui me restent de Damien Marie (scénariste) et Laurent Bonneau (dessinateur) (Grand Angle, 2014)

L’Insurrection – tome 1 : Avant l’orage de Gawron et Sowa

InsurrectionTome1deGawronSowaMon père s’est acheté une tablette grand format. J’en profite donc pour lire plus de BD (c’est quand même bien moins chère, surtout quand on regarde la reprise des occasions pour la BD). Pour l’instant, j’utilise Izneo. Si vous avez d’autres sites à me conseiller, je suis preneuse.

Cette BD est le premier tome d’une série, qui doit en comporter deux (si j’ai bien compris). On est au printemps 1944 à Varsovie, un an après l’extermination du ghetto juif.

On suit un jeune couple, Alicja et Edward, dont il est difficile de donner l’âge au vu des dessins. On saura seulement que lui est mineur. Elle souhaite se battre, dans la mesure de ses moyens, pour la liberté de son pays, encore occupé par les Allemands. Lui n’aspire qu’à la tranquillité et surtout à la liberté, non pas qu’il ne comprend pas la guerre mais elle lui gâche un peu sa jeunesse et son histoire d’amour.

Pour la première fois, Alicja emmène son amoureux dans sa famille. Il découvre une famille où le temps semble s’arrêter. Le père et la mère se dispute pour des broutilles, la sœur aînée, Krystyna, prépare son mariage dans un mois avec Roman. Les victuailles, qui ont été difficiles à rassembler, se trouvent déjà dans la cave. Pourtant, dans cette famille, le gène du combat pour la liberté est là. Le frère aîné en est mort. Roman, qui habite dans l’appartement (mais qui ne retrouve pas Krystyna le soir bien sûr), fait quelques actions de sabotage et de diffusion de tracts. Alicja y participe aussi et Edward va se laisser entraîner (et même y prendre goût comme il dit). On est à la veille de l’insurrection de Varsovie, avant l’orage comme le dit le titre.

L’action n’est clairement pas le point fort de ce tome. Il s’agit plus d’un tome d’introduction à la série, avec la présentation des personnages et des caractères. Les auteurs s’attachent à retracer la vie à Varsovie pendant la guerre, à travers le destin d’une famille mais aussi d’un immeuble. En effet, sont distillés au cours de la narration l’histoire de deux autres personnes : une femme aimant un allemand et un homme aimant une femme juive, qui, malgré le fait que tout l’immeuble était près à couvrir sa présence, s’est sentie obliger dans le ghetto pour protéger l’homme qu’elle aimait. C’est donc plus l’atmosphère que je retiendrais de ce premier tome. une atmosphère où, malgré la guerre en arrière-plan, la vie est prégnante. Une vie toute simple, où les gens essaient de continuer à vivre.

Je trouve que les dessins et couleurs, plutôt pastel et marron, donnent l’impression d’être dans un monde suranné, un monde détruit, ou plutôt qui va être détruit.

En conclusion, j’ai une plutôt bonne impression de ce premier tome, qui ne peut pas se lire seul à mon avis (on ne peut pas s’arrêter à celui-là). Je me demande comment les auteurs vont faire évoluer leurs personnages (mais aussi les dessins et les couleurs) pendant l’insurrection de Varsovie.

Références

L’insurrection – Tome 1 : Avant l’orage de Gawron (dessin) et Sowa (scénario) (Dupuis / collection Aire libre, 2014)

P.S. : Je réponds aux commentaires bientôt …

Böse Geister de Peer Meter et Gerda Raidt

BoseGeisterPeerMeterGerdaRaidtJe viens de découvrir la chanson des Kinks, A well respected man grâce à l’émission de Christophe Ono-Dit-Biot avec Philippe Djian sur France culture. Je l’écoute en boucle depuis ce matin. Du coup, je suis de très bonne humeur et dynamique donc billet de blog !

J’ai repris mes lectures en allemand, lecture simplifiée dont je ne vous fais pas de billets (à moins que cela vous intéresse) et BD. Peer Meter, le scénariste de Böse Geister, est aussi celui de L’empoisonneuse qui était sorti chez Actes Sud il y a quelques années (normalement j’ai prévu de le lire en allemand bientôt), et de Haarmann le boucher de Hanovre que j’avais beaucoup aimé.

Ici, point d’histoire glauquissime, mais histoire triste quand même. Le narrateur, âgé d’une soixantaine d’années, revient dans le quartier de son enfance car il va bientôt être détruit. Il cherche donc son ancienne maison, dans un quartier complètement bouclé, y pénètre et les souvenirs commencent à remonter. Quand il était petit garçon, il habitait juste au dessus d’un homme qui vendait des imprimés (comics …). Comme le narrateur n’avait pas d’argent, le monsieur le faisait travailler dans la boutique en échange de BD sur les esprits, les revenants … Quand son père meurt lors d’un accident de travail, il décide d’imiter ses héros et de communiquer une dernière fois avec son père. Cela va finir tragiquement.

Il n’y a pas du tout d’histoire de revenants, de communication avec les morts. C’est plutôt une bande dessinée où la nostalgie et la tristesse est omniprésente. Le narrateur essaie de se pardonner à lui-même ce qui s’est passé quand il était petit car bien sûr il se sent responsable. Je ne pense pas que le public visé est un public adulte comme dans Haarmann par exemple, même si l’histoire est un peu dure quand on est un enfant. J’ai pris plaisir à lire cette histoire mais je n’y ai pas de trouvé d’intérêt particulier au scénario. C’est un bande dessinée sympathique mais pas inoubliable.

Les dessins sont en noir et blanc, et plutôt très bons. Pour moi, ils arrivent parfaitement à refléter le monde d’un enfant, isolé et rêveur. La couverture est un très bon exemple de l’intérieur du livre (je précise que sur le fond ce n’est pas des étagères mais les tuiles d’un toit ; je dis cela parce que c’est ce que j’avais cru au départ et c’est pourquoi j’ai acheté la BD).

Concernant la langue (puisque je lis des BD en allemand pour me perfectionner), les dialogues sont plutôt simples et les dessins très explicites. La BD peut donc se lire sans dictionnaire. Ce qui est particulièrement agréable. On peut ensuite chercher les mots que l’on n’a pas compris. J’avais noté une quinzaine de mots ; ce n’est donc pas énorme.

En résumé, une BD sympathique pour perfectionner vous, ou vos enfants, en allemand.

Références

Böse Geister de Peer METER et Gerda RAIDT (Reprodukt, 2013)

Trabanten de Frank Schmolke

TrabantenFrankSchmolkeJ’ai commencé par traduire le titre. Trabanten veut dire les satellites en allemand. Je me suis dit que cela allait parler de vrais satellites, ceux de l’espace … (je ne lis pas les quatrième de couverture quand je suis à la bibliothèque ; je me contente de regarder si la couverture est jolie et si le livre n’est pas trop démoli ; je peux me tromper puisque je ne paye pas). Bien sûr cela ne parlait pas du tout de cela (mon niveau d’allemand doit encore s’améliorer, je ne vous le fais pas dire). J’ai compris la signification du titre quand j’ai lu dans ce comics le mot Trabantenstadt qui veut dire ville-dortoir en bon français.

Dans la BD, on nous parle en effet d’un quartier de grands immeubles d’appartements à Munich dans les années 80. Plus exactement, on nous parle de Franz Huber, un jeune homme, qui vient juste de sortir de prison et ne veut mais surtout pas y retourner. Il rêve d’une bien meilleur vie, reprendre son boulot de peintre en bâtiment dans son ancienne boîte, quitter son quartier. Pour l’instant, il décide de fêter sa sortie sur le haut d’un toit avec Paul et Robert. La soirée va mal finir car Robert, drogué, décide de marcher dans le vide sur une planche de bois. Bien sûr il descend les 18 étages de l’immeuble mais pas par l’escalier et meurt. Plutôt que de prévenir la police, les deux autres préfèrent fuir.

Au début tout se passe bien pour Franz. Il reprend son travail, sort avec Paul … mais ensuite les choses commencent à aller mal. Paul perd son travail car il refuse de travailler en hauteur (il semble avoir le vertige). La police commence à s’intéresser à la mort suspecte de Robert dont le frère veut se venger, Paul veut se dénoncer, même s’il reste du côté de son ami. Quand Franz va se faire casser le nez par la bande du frère, Paul va l’emmener voir Gina (car ils ne peuvent pas aller à l’hôpital). Celle-ci va être une de ses seules sources de joie car ils vont s’aimer un temps et en plus grâce à elle, il découvre Jackson Pollock qui va grandement l’impressionner. Pourtant sa chute va continuer jusqu’au dénouement.

J’ai lu les avis sur le Amazon allemand. Clairement, je n’ai pas compris tout l’aspect culturel. Il est apparemment rare qu’on mette en scène Munich dans une bande dessinée, surtout ce côté sombre. Apparemment les années 80 sont bien rendues. Les dessins sont magnifiques (alors que personnellement je les ai trouvés bons). Il est très surprenant qu’un auteur allemand parle de ce sujet mais l’auteur n’utilise pas le dialogue munichois (ben heureusement, sinon je n’aurais rien compris). Si vous connaissez bien la culture allemande, surtout ses bandes dessinées, vous pourrez sûrement m’éclairer.

Maintenant, je donne mon avis de petite Française. Personnellement, j’ai trouvé les dessins bons dans le sens où ils servent l’histoire et la description de la période. J’ai particulièrement apprécié le procédé qui consiste à diminuer la taille du personnage principal, Franz Huber, quand il se sent de plus en plus minable. De même quand l’auteur marque physiquement sur Franz Huber l’imprégnation de l’œuvre de Jackson Pollock.

Pour ce qui est du dialecte, l’auteur utilise des mots typiquement d’Allemagne du Sud et de Suisse car quand j’ai cherché dans le dictionnaire, il y avait pratiquement tout le temps l’abréviation südd (et Suisse aussi). Si vous êtes comme moi, c’est-à-dire que vous apprenez la langue, le vocabulaire est assez simple, les images sont explicites et permettent de deviner le sens des mots inconnus. Vous pourrez apprendre dans le texte pas mal d’expressions populaires ainsi que plusieurs insultes (cela peut toujours servir si vous faites la tournée des bars en voyage).

Pour ce qui est de l’histoire, je suis d’accord avec la quatrième de couverture : c’est spannend (=captivant). C’est un vrai page-turner. Par contre, j’ai trouvé qu’on ne comprenait pas assez ce qu’apportait Jackson Pollock à l’affaire. Le dénouement m’est resté pour cette raison particulièrement obscur (mais apparemment c’est voulu par l’auteur, dix le Amazon allemand). Il y a sûrement un aspect culturel qui m’a échappé mais je trouve que si ce n’est pas le cas, cela aurait gagné à être plus détaillé (une dizaine de pages).

Références

Trabanten de Frank SCHMOLKE (Edition Moderne, 2013)

La dernière cigarette de Nikolavitch et Botta

LaDerniereCigaretteNikolavitchBottaJ’ai acheté cette bande dessinée au dernier salon du livre, au stand de la région Ile-de-France. Il n’y avait personne sur le stand mais le dessin de couverture m’a interpellée et donc j’ai retourné le livre pour lire le résumé. Première phrase : « Novembre 1943, près de Kiev ». Je n’ai pas cherché à en savoir plus et j’ai mis la BD dans ma besace.

On est donc en 1943 à Kiev. Un commissaire politique soviétique, le commissaire Tchektariov, se retrouve séparé de son unité lors d’un bombardement. Il se réfugie dans la cave d’une maison, où il y a déjà un officier allemand, le colonel Dorscheid. Au lieu de s’entre tuer, ils se comportent en homme en faisant une pause dans cette guerre. Ils fument ensemble les deux dernières cigarettes du colonel allemand. L’un sait déjà que son camp a perdu, une bataille  que lui-même n’a jamais voulu mener, et l’autre sait déjà que son camp va avancer jusqu’à Berlin (pour bloquer les Américains aussi) mais en voyant toute sorte d’horreurs. Les deux hommes portent un regard lucide sur cette guerre mais aussi sur le futur qui les attend.

La narration est effectuée par le Soviétique et il nous décrit les massacres perpétrés en Ukraine, en Biélorussie, en Pologne, où ils découvrent les camps allemands. Il décrie des moments d’anesthésie totale, où les régions traversées sont tellement dévastées qu’on ne peut plus penser normalement.

La guerre se termine. Les deux hommes se retrouvent. L’Allemand est en prison pour avoir fait massacrer tout un village. Le Soviétique cherche à comprendre comment un guerrier a pu se transformer en criminel (je reprends ici une phrase de la bande dessinée).

C’est une BD très courte, une quarantaine de pages en petit format mais c’est un coup de poing parce qu’en quelques mots, quelques images et une histoire tout est dit.

Le scan de la couverture ne rend pas justice à celle-ci pour les couleurs, qui sont en réalité plus foncées. Le type de dessin à l’intérieur du livre est identique (je le trouve très beau et très travaillé personnellement) mais les couleurs sont différentes. Pour le passé (pendant la guerre), les dessins sont en noir et blanc alors que pour le présent (Dorscheid en prison), les couleurs sont à dominante jaune-marron.

Je vous conseille donc vivement cette bande dessinée.

Références

La dernière cigarette de Alex Nikolavitch (scénario) et Marc Botta (dessin) (La Cafetière / Vertige Graphic, 2004)