Dickens & Dickens de Rodolphe et Griffo

Je suis allée à la bibliothèque hier pour seulement deux livres. Je n’avais pas encore lu les 16 autres (dont plusieurs BD, ne vous inquiétez pas) car j’étais en vacances. Je ne pouvais donc prendre que deux autres livres et comme d’habitude dans ce cas-là, mon choix s’est porté sur des BD, dont celle-ci. Bien sûr, je l’ai choisi à cause du titre très mystérieux, laissant supposer que deux Dickens ont existé.

Comme il y a un chantier juste à côté de chez moi et qu’hier les ouvriers avaient décidé de travailler, je ne pouvais lire que quelque chose ne demandant pas beaucoup de grammes de mon cerveau de blonde. Je me suis penché sur le premier tome de cette série. Mal m’en a pris, car j’ai dû acheter en acheter le deuxième tome en numérique pour connaître la fin, tellement j’étais impatiente.

Comme le laisse supposer le titre, il sera bien question de deux Dickens. Mais pour lors, nous sommes en 1852, l’année du décès du père de Dickens et de sa fille Dora. L’écrivain aime à se promener la nuit dans Londres pour trouver l’inspiration, mais depuis quelque temps, il est suivi par un homme mystérieux et surtout prudent. Quand il avance, l’homme avance. Quand il s’arrête, le poursuivant s’arrête. Dickens décide de faire appel à une agence de détectives pour régler le problème. Mal lui en prend puisque les deux hommes qui le suivaient pour pouvoir arrêter le premier poursuivant se font tuer par celui-ci, qui du coup après cela s’approche, enfin, de l’écrivain. Les deux hommes, le premier poursuivant et Charles Dickens, s’avèrent être des sosies parfaits. Le double de l’écrivain est comme un doppelgänger, c’est-à-dire du côté obscur de la force dirons-nous. À douze ans, il a été repêché, amnésique, dans la rivière par un malfrat qui lui a appris (et surtout l’a obligé) à gagner sa vie malhonnêtement. Même en s’étant libéré du malfrat (en le tuant comme celui-ci lui avait appris à faire), il continue à vivre de mauvais coups, à avoir des fréquentations discutables…

Le jumeau de Dickens étant beaucoup plus extraverti, c’est lui qui va prendre le contrôle de la suite des événements. Cela « va permettre » à l’écrivain de vivre une vie plus excentrique, moins corsetée, dans les bas-fonds de Londres. Le doppelgänger va lui prendre la place de l’écrivain (au grand plaisir de sa femme), côtoyer Wilkie Collins, participer à la fabrication du journal de Dickens en proposant des sujets novateurs…

Tout au long des deux tomes qui font cette histoire, les situations cocasses vont s’enchaîner à un rythme rapide. Elles sont entrecoupées par des moments où Charles Dickens cherche à comprendre ce qui lui arrive. C’est ce qui fait que j’ai beaucoup aimé ma lecture : le scénario, l’humour, le rythme m’ont séduite sans aucun doute possible. Les éléments biographiques et bibliographiques sur Charles Dickens sont bien exploités et surtout bien introduits pour la novice que je suis sur le sujet. De même, les dessins de Griffo (et les couleurs) rendent bien l’époque victorienne, sans pour autant faire dans la bande dessinée historique avec une reconstitution exacte des lieux. Vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous pour voir la planche en plus gros ; cela vous permettra de vous faire une meilleure idée que tout ce que je pourrais dire sur les dessins. Dans l’ensemble, je trouve que les auteurs ont su trouver le juste équilibre en humour, Histoire et littérature. Cela donne un moment de lecture très agréable.

Ma déception est venue de la fin. Cela se termine en une planche, laissant en suspend beaucoup de questions que je m’étais posées au cours de ma lecture. Cela m’a fait relire les deux tomes d’une toute autre manière. Je me demande encore pourquoi le scénario introduit certains éléments alors que finalement ils ne sont pas employés. Cela donne l’impression d’une série prévue en trois tomes qui s’est transformé en cours de route en une série en deux tomes. C’est dommage parce que tout le reste est vraiment très bien !

Références

Dickens & Dickens – Tome 1 : Destins croisés de Rodolphe et Griffo (Vents d’Ouest, 2017)

Dickens & Dickens – Tome 2 : Jeux de miroir de Rodolphe et Griffo (Vents d’Ouest, 2017)

Dans les eaux du Grand Nord de Ian McGuire

Continuons dans la thématique maritime, avec Dans les eaux du Grand Nord de Ian McGuire, qui a été sélectionné en 2016 sur la « long-list »du Man Booker Prize.

Dans les eaux du Grand Nord est un roman historique dont l’action se situe en 1859-1860, à une période où l’huile de baleine est remplacée progressivement par le pétrole, pour l’éclairage intérieur. Cela a donné lieu à une chasse extensive de la baleine dans les eaux du Grand Nord. Il est d’ailleurs dit, en passant, dans ce livre, que la population baleinière dans ces eaux est en très nette décroissance, à l’échelle temporelle de la carrière d’un homme. Dans ce livre, le lecteur va suivre une saison de chasse à la baleine, sur un navire bien particulier, peuplé de bras cassés. En effet, cet armateur et ce capitaine ont déjà perdu un navire et traînent une mauvaise réputation. Ils cherchent à remonter une expédition cette année-là et seuls les cas désespérés veulent bien monter avec eux. On peut citer Henry Drax, un « harponneur brutal et sanguinaire », comme le dit la quatrième de couverture. On apprend dès les premières pages du livre qu’en plus, c’est un pédophile qui aime tuer ses victimes après (j’avoue avoir été choquée dès les premières pages, justement pour cela, car c’est extrêmement violent).

Le personnage principal du livre, Patrick Sumner, ne détonne pas dans cet environnement. C’est un ancien médecin militaire désargenté, blessé à la jambe, renvoyé des Indes pour une sombre affaire de bijoux, affaire que le lecteur découvre progressivement dans le roman. À cause de sa blessure, c’est aussi un drogué notoire, qui ne peut dormir sans sa dose. N’ayant pas d’autres plans, il s’engage sur le navire en tant que médecin, en pensant qu’il n’y aura pas grands choses à faire, puisqu’il n’aura qu’à soigner les petits bobos des marins ou à constater leurs décès.

Voilà donc notre équipage parti et commence alors la chasse à la baleine. Un jeune garçon de cabine vient un jour consulter Sumner pour un mal de ventre. Il s’avère qu’en réalité il a été violé. Le jour suivant, il est retrouvé mort dans un tonneau. Sumner gardant quand même un fond d’humanité cherche le coupable et identifie Henry Drax assez rapidement. Commence alors sur la bateau une lutte entre les deux hommes, qui se terminera sur la glace. Dans ces conditions, il est bien évident que cette lutte se transformera rapidement en une lutte pour leur propre survie.

Dans les eaux du Grand Nord est un excellent roman d’aventures. Il y a quelques années, j’avais lu 200 pages sur 250 (ne me demandez pas pourquoi je ne l’avais pas terminé, car je ne saurais pas vous répondre) des carnets de Arthur Conan Doyle, qu’il avait tenus lors de sa saison sur un navire parti à la chasse dans le Grand Nord. On retrouve, dans ce roman, beaucoup des expériences et des sentiments de Doyle (en tout cas, pour Patrick Sumner), notamment, les descriptions de chasses à la baleine et de chasses aux phoques. Elles sont certes extrêmement violentes et sanguinolentes, mais sont des moments très intenses dans le livre. Le lecteur souffre pour la baleine, espère que les hommes vont s’en tirer, essaie d’anticiper tout ce qu’il va se passer… votre cœur bat à cent à l’heure dans ces moments-là. Et, en fait, il y a énormément de moments comme cela dans le livre car la narration est menée tambour battant. Et encore, je ne vous parle pas de la survie sur la glace, c’est juste effrayant. De ce point de vue, je trouve que le roman est excellent, le lecteur étant toujours maintenu en haleine. De plus, c’est une très bonne reconstitution historique, de ce que je peux juger après avoir lu les carnets de Doyle.

C’est donc un quasi coup de cœur pour ce livre. Pourtant, une chose m’a gêné, mais genre énormément ! L’histoire d’Henry Drax. Quand je lisais, je vivais toute cette partie comme un moment de repos dans ma lecture, ce qui est tout de même malheureux à dire pour une histoire de pédophilie. J’ai trouvé que Ian McGuire n’arrivait pas à l’introduire dans son récit. C’est comme un deuxième fil dans la narration qui apparaît de-ci de-là et dont on ne sait pas quoi faire. Pour le lecteur, c’est juste de la violence gratuite à mon avis, faite uniquement pour le choquer. Je trouve que l’auteur aurait pu garder cette idée de combat entre deux hommes dans un univers hostile, sans pour autant y mêler un pauvre gamin.

La narration hachée apparaît aussi à un autre moment du roman, dans la deuxième partie. Henry Drax et Patrick Sumner se retrouvent séparés sur la glace. Nous suivons Sumner car toute l’histoire est racontée de son point de vue et on va oublier, avec lui (en tout cas, j’en ai eu l’impression), Henry Drax. Comme je vous le disais, Ian McGuire est très fort pour rendre au lecteur les expériences intenses. C’est encore le cas ici puisque Sumner lutte pour sa survie tout de même ! On est à fond avec lui, on vit à travers lui. Et tout à coup, l’auteur en remet un coup sur Drax et fait tout retomber, pour rien finalement. Il est obligé ensuite de fournir un effort pour refaire décoller son histoire. Un peu comme aux montagnes russes en fait.

Je peux quand même dire que ces côtés négatifs seront quand même éclipsés dans ma mémoire sélective par les côtés positives : un excellent roman d’aventures, un excellent thriller et une formidable reconstitution historique, tout cela en un seul livre. Par contre, je ne vous le conseille pas si vous êtes très sensible.

Références

Dans les eaux du Grand Nord de Ian McGUIRE – traduit de l’anglais par Laurent Bury (10/18, 2017)

Le sel de la mer de Édouard Peisson

Pendant cette pause estivale, j’avais fait huit « merveilleux » billets que je n’avais pas publiés car j’avais la flemme de les mettre en page (j’ai découvert à cette occasion qu’en fait, j’aimais toujours rédiger des billets et que c’est vraiment la mise en forme qui me posait problème, je vais essayer de combattre cela cette année). Comme je ne les avais pas mis en forme, je ne les avais pas copiés dans LibraryThing, ce qui n’aurait pas posé de problèmes si le serveur qui abrite mon blog n’avait pas crashé et que la sauvegarde n’était pas datée d’un mois. Donc mes huit billets sont perdus à jamais parce que je n’ai pas particulièrement envie de refaire ce que j’avais déjà fait (et qu’en plus, beaucoup des livres étaient de la bibliothèque donc cela donnerait des billets moins précis et intéressant je pense). J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps mais bon, il y a quand même moyen de se réjouir : je n’avais pas encore fait de billet sur Le sel de la mer qui est un coup de cœur absolu. Je vous le conseille très vivement si vous aimez les romans maritimes. C’est un des meilleurs que j’ai lus jusqu’ici, avec une force descriptive et psychologique incroyable.

Commençons par parler de l’auteur qui était jusqu’à présent pour moi un grand inconnu. Édouard Peisson est né en 1896 à Marseille et est mort à Ventabren (aussi dans les Bouches-du-Rhône) en 1963. À l’âge de 18 ans, en 1914, il commence une carrière, qui durera 10 ans, dans la marine marchande. Suite à des réductions de personnel, il se retrouve sans travail. À la suite de sa réussite à un concours administratif, il entame une nouvelle carrière en tant que fonctionnaire préfectoral. On se doute facilement que ce travail ne pouvait lui plaire : il le trouve en effet « inutile » et « ennuyeux ». Il commence cependant à écrire pendant cette période et en 1936, il décide de se consacrer entièrement à la littérature. Sa bibliographie sur Wikipédia compte 37 ouvrages, publiés de 1928 à 1963. Le sel de la mer a paru pour la première fois en 1954, il est considéré comme son plus grand roman.

1914. Sur la ligne Naples-New-York le commandant Joseph Godde déroute son paquebot, le Canope, pour porter secours à un cargo italien alors que la tempête se déchaîne sur l’Atlantique Nord. Manoeuvre périlleuse, mais dictés par le « devoir sacré » d’assistance en haute mer… Bientôt c’est le drame. Le Canope, alourdi à son tour par des masses d’eau et les machines manquant de pression, sombre lui aussi. Deux cents passagers paient de leur vie l’acte de bravoure du commandant Godde [p. 4, préface]

Le livre se déroule trois mois plus tard lorsque Godde se retrouve devant la commission d’enquête pour expliquer ce qu’il s’est passé. Les membres de la commission d’enquêtes qu’on entend dans ce livre sont dans un premier temps Cernay, vieux capitaine au long cours et ensuite Latouche, inspecteur de la Navigation, qui n’a pas d’expérience maritime. Dans la première partie (les 2/3 environ), on assiste au dialogue entre deux gens de mer, un dialogue fort car Cernay veut faire accoucher Godde des événements, ce qui est très difficile car celui-ci est dans une position défensive. En effet, il n’est entendu qu’après trois mois, le dernier en fait, après trois mois d’isolement pour le capitaine du Canope. Cernay est bienveillant et compréhensif mais Godde est isolé dans sa carapace, dans son idée. Il n’est pas en position de pouvoir écouter et encore moins de comprendre ce que Cernay veut faire.

Pendant cet entretien, tout ce qui est mené au fait va y passer. On commence par la mort en mer du père de Godde, que Cernay a connu. Personnellement, j’ai trouvé que cela avait placé tout de suite la relation que Godde pouvait avoir à l mer. Il y a ensuite le parcours même du Canope. C’était un navire acheté récemment par la compagnie, qui faisait son premier voyage commercial pour celle-ci. C’est un navire qui avait déjà été plusieurs fois revendu ; une personne entendue s’étonne même qu’il n’est pas encore coulé. En effet, Godde, en tant que second a participé, au transfert de Londres à Naples. Plusieurs incidents ont montré que ce navigation avait des défauts au niveau de la conception. Il y a eu notamment un roulis inquiétant en mer plate. On passe ensuite sur sa prise de pouvoir controversée. Le capitaine, marin reconnu et homme caractériel, a eu à Naples une attaque, huit heures avant le premier voyage commercial, obligeant Godde à prendre le commandement au pied levé. Sauf que plusieurs de ses hommes lui ont demandé de renoncer : à cause des défauts techniques, des aménagements faits à la va-vite pour recevoir des passagers aussi. Lui l’a pris comme une crainte face à son inexpérience. Les hommes se sont inclinés, je pense que cela a été pour moi, la première fois où j’ai questionné le personnage : est-il vaniteux, trop fier ? (C’est aussi à ce moment-là que je me suis dit que le nom du capitaine voulait peut-être dit quelque chose). Ensuite, commence le voyage vers l’Atlantique. Godde répète sans cesse que le navire s’est bien comporté malgré une mer déchaînée, qu’il ne faut pas tenir compte des événements précédents, ne profitant pas des perches (qui ne sont pas des faveurs) que lui tend Cernay. Il y a un côté implacable au récit car le lecteur connaît le drame qui lui a déjà été raconté (une baleinière, avec femmes et enfants, écrasés par le Canope), et cherche donc avec les deux hommes ce qui a bien pu être la cause du naufrage. Pourtant, on ne trouve pas mais on continue à voir les événements défilés. Pour moi, c’était la facilité, tous les événements ne pouvaient mener qu’au drame.

Édouard Peisson écrit en homme d’expérience. Les descriptions de la mer, du comportement du navire en pleine mer, des sentiments humains sont absolument saisissantes. On admire la précision des termes ainsi que la force descriptive. On admire aussi le courage qu’il a fallu à Godde pour prendre des décisions qui engageaient tant de gens, mais aussi à ses hommes qui ont lutté jusqu’au bout, au péril de leur vie, pour respecter des décisions qu’ils n’approuvaient pas forcément, pour sauver leur navire aussi. Le dialogue entre les deux hommes est extrêmement tendu et puissant, on sent Cernay lutté pour sauver Godde de lui-même, pour l’aider à comprendre ce qu’il s’est passé. Là-dessus arrive Latouche, qui n’a aucune expérience de la mer comme je le disais, et qui place tout de suite le dialogue sur un plan psychologique. En effet, la commission d’enquête s’est déjà fait une idée, basée sur les faits mais aussi sur leur examen par d’autres capitaines au long cours.  C’est lui qui va arriver à percer la carapace de Godde et à le faire redescendre.

À mon avis, c’est le seul point faible du livre. Édouard Peisson a maintenu son lecteur pendant 240 pages (en gros) dans une très grande tension. J’ai trouvé qu’il n’arrivait pas à la faire redescendre. On ne ressent pas de soulagement à la fin de la lecture, on est juste épuisé en fait. On sent que Latouche et Cernay ont livré toutes leurs cartouches, que Godde a compris, a peut-être admis, mais tout reste en suspens, un peu en milieu de digestion. C’est un peu compliqué pour le lecteur d’admettre que cela se termine comme cela. Je pense que cela vient du fait que le lecteur ne suit pas la commission d’enquête du point de vue de Godde, mais se retrouve bien en position extérieure. À partir de là, la solution aurait peut-être été de faire un roman un peu plus long mais d’un autre côté, je pense que le roman aurait perdu en force et aurait peut-être gâché alors. Tandis que là, le lecteur sort impressionner du récit et doit juste admettre qu’il n’a assisté qu’à un moment du drame, que Godde va continuer à vivre avec ce qu’il s’est passé et que c’est lui seul qui va terminer la digestion des faits.

Un autre point fort du roman dont je ne vous ai pas parlé est la force des personnages secondaires qui sont particulièrement forts, notamment le personnage de Charrel, qui est le chef mécanicien du navire. On pourrait même dire que les personnages secondaires sont autant incarnés que Godde, en apparaissant pourtant beaucoup moins.

En conclusion, j’espère vous avoir persuadé de donner une chance à ce livre.

Sur ce, je m’en vais faire une copie de ce billet sur LibraryThing …

Références

Le sel de la mer de Édouard PEISSON (Grasset / Les Cahiers rouges, 1995)

Un siècle de littérature française – Année 1954

La jument de Socrate de Elisabeth Laureau-Daull

Elisabeth Laureau-Daull situe l’action de ce livre, La jument de Socrate, dans la Grèce de Socrate, c’est-à-dire au Vième siècle avant Jésus-Christ. Plus exactement, on est le jour où Socrate doit avaler la ciguë puisqu’il a été condamné à mort par le tribunal.

Cette journée si particulière n’est pas racontée du point de vue de ses élèves, dont on peut lire par ailleurs les récits, mais de celui de sa femme, Xanthippe, que l’on peut traduire par « jument jaune » en grec. Mais que sait-on de la femme de Socrate me direz-vous, si votre culture grecque est au niveau de la mienne (c’est-à-dire au ras des pâquerettes). Personnellement, je ne me suis pas posé la question quand j’ai acheté le livre mais uniquement quand j’ai ouvert le livre. Wikipédia nous éclaire quelque peu sur la question. Visiblement, Xanthippe est l’incarnation même de la mégère. Plus exactement, c’est la version qui a été propagée par les élèves du philosophe. Ici, l’auteur en fait un tout autre portrait, celui d’une femme extrêmement moderne, attaché à son mari dont elle admire l’intelligence et qu’elle remercie infiniment de tout ce qu’il lui a apporté mais aussi pour la liberté de paroles et d’actions qu’il lui laisse.

La narration se déroule en une journée, à Athènes. Le livre commence par la vie de Xanthippe à son mari, celui-ci entouré de ses élèves qui ne demandent qu’à l’écouter une dernière fois (un seul veut essayer de le sauver). Xanthippe s’emporte, est donc congédiée par son mari et décide de faire quelque chose pour sauver Socrate. Elle veut aller voir le juge pour discuter avec lui (une femme discutant avec un homme de justice était quelque chose d’impensable à l’époque). En chemin, toute sa vie lui revient mémoire : sa vie de fille, sa vie de femme, ses enfants, son mari … Comme je le disais, l’auteur a fait de Xanthippe une femme moderne avec toute la liberté de parole que cela implique. On a son avis sur la place de la femme dans la Grèce antique, sur la place de celle-ci dans le couple … tout ce à quoi Xanthippe aspire à ne pas obéir. C’est ce qui fait d’elle un très bon personnage. On s’identifie facilement à cette femme qui aimerait être considérée comme l’égal des hommes ; elle a adopté cette position grâce à l' »éducation » que lui a donnée son mari.

Après, je dirais que le livre a le défaut de ses qualités. Ici, on fait parler une femme sur qui on ne dispose que de témoignages à charge. Comme le dirait Julian Barnes, c’est un matériel très intéressant pour un écrivain sans aucun doute. De là à lui prêter les idées du féminisme modernes. C’est une mauvaise expression formulée comme cela. Plus simplement, prêter des pensées et/ou des idées contemporaines à des personnages vivants un siècle en arrière est quelque chose qui peut-être déjà compliqué (par exemple, on se doute qu’à l’époque victorienne on se doute qu’il y avait des femmes avec un caractère fort, vu les mouvements qu’il y a eu pendant et après dans la société), mais ici à l’époque de Socrate, j’ai plus de mal à voir où on peut piocher les informations sur des idées féministes. Sur internet, on peut trouver des informations sur la place des femmes dans la Grèce antique, sur la place des femmes dans la vie (sentimentale) de Socrate mais je ne suis pas sûre qu’il existait déjà des féministes à l’époque.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas chercher à voir dans ce livre quelque chose d’historique malgré un contexte très bien reconstitué (je dis cela car c’est justement ce qui m’avait poussé à acheter le livre). Sans aucun doute le caractère moderne du personnage est voulu. Dans ce cas-là, je pense plutôt qu’il faut lire le livre comme une image ou un exemple inspirant sur la place que peut avoir l’éducation et la confiance dans la volonté d’émancipation d’une femme. Je trouve que c’est déjà pas mal, même si ce n’est pas ce que je cherchais au début. Je ne voudrais pas que cela apparaisse comme un commentaire négatif pour ce roman car je l’ai avec grand plaisir. C’est en le renfermant et en voulant écrire ce billet que je me suis demandée quelle était l’intention de l’auteur et qu’est-ce qu’aurait pu être le roman si l’auteur avait voulu faire un roman historique parce que le sujet et la thématique choisis sont vraiment très intéressants.

En conclusion, une bonne lecture, dans un contexte original sans aucun doute.

L’avis de Niki.

Références

La jument de Socrate de Elisabeth Laureau-Daull (Éditions du Sonneur, 2017)

Dampfnudelblues de Rita Falk

Cela ne se voit pas au niveau des billets mais j’ai lu le premier tome de cette série fin juin, et celui-ci cette semaine. Je ne suis pas en train de faire une orgie de roman policier allemand, ne vous inquiétez pas pour moi.

Le premier tome était à 50% centré sur l’enquête, à 50% centré sur l’introduction des personnages, du village … Dans ce deuxième volume, Rita Falk introduit très peu de nouveaux personnages (n’ayant pas de rapport avec l’enquête bien évidemment). L’enquête va donc gagner en profondeur.

Les personnages supplémentaires sont au nombre de deux. Il s’agit de la nouvelle femme de Leopold, une très très jeune Thaïlandaise, qu’il a ramenée de ses vacances dans ce pays, et leur petite fille, Uschi, que Franz et à sa suite le père et la grand-mère, appelle Sushi (c’est ce que j’avais lu au début et le pire est que je trouvais cela tout à fait normal comme prénom). Franz est le seul à trouver grâce aux yeux de sa nièce. Il la fait sourire, dormir, il la calme aussi. Le baby-sitter parfait en gros ! Rôle qu’il prend avec plus ou moins de plaisir, après avoir vu que cela faisait enrager son frère. Cela donne lieu à des scènes toutes mignonnes et aussi très drôles.

L’enquête commence très rapidement, après le début du roman. En effet, Franz Eberhofer a pris de l’assurance, après avoir résolu sa première enquête, même un peu trop, comme le montre un incident gênant. Mais là, il a un pressentiment. Il est appelé par le directeur d’une école, un certain monsieur Höpfl. On a peint sur le crépi de sa maison une menace de mort : Stirb, du Sau! (je vous laisse faire la traduction avec google). Franz Eberhofer craint pour la vie de Höpfl, surtout quand celui-ci disparaît peu de temps après. Tout le monde lui dit que le monsieur est adulte et qu’il est peut-être tout simplement parti sans en parler à personne. On lui demande donc de ne pas enquêter, on a d’autres priorités : Franz doit veiller sur la nouvelle star de l’équipe locale de football. Mais Franz persiste (cela donne vraiment l’impression qu’il s’ennuie depuis qu’il a (re)découvert qu’enquêter peut être passionnant) et découvre qu’une bonne partie des élèves mais aussi des professeurs ne supportaient pas le directeur. Höpfl revient une journée après mais avec de graves blessures. Pourtant, Höpfl le décourage de l’aider. Durant la soirée suivante, Eberhofer est appelé sur les lieux d’un accident : Höpfl vient de mourir écrasé par un train. L’enquête sérieuse peut enfin commencer.

J’ai beaucoup aimé ce livre mais il est assez différent du premier. J’ai ri aussi mais j’étais surtout très intéressée par l’enquête, que j’ai trouvé sehr spannend. Côté « familial », le livre se concentre sur la relation entre Franz et Sushi d’une part, et Franz et Susi d’autre part (cela va mal : elle en arrive à partir en vacances toute seule en Italie…). La relation avec la grand-mère est moins présente (et pourtant c’est vraiment un très bon personnage), le couple Franz-Rudi est moins efficace (l’enquête est plutôt assurée par Franz). Les situations sont cocasses mais moins diverses.

L’enquête est elle plus profonde et plus poussée, moins ponctuée de bourdes. Ce que j’ai apprécié, c’est la logique du déroulement de l’enquête : c’est très sensé. Le lecteur peut trouver avant ou après le fin mot de l’histoire (suivant son niveau et son entraînement) mais c’est logique, même extrêmement logique.

J’en viens à un point que je trouve assez négatif (mais ce n’est pas si important en fait) et que j’ai retrouvé dans les deux premiers volumes de cette série. J’ai l’impression que Rita Falk ne sait pas terminer ses livres. Je m’explique. Comme je le disais, on rit beaucoup à la lecture, mais le dénouement est absolument déprimant. Les deux derniers chapitres sont tellement terre à terre, sans humour. On se croirait en train de dire adieu à des vieux amis qui vont partir pour un très très long voyage en bateau. Ils vont nous quitter, alors que nous, nous restons sur place. On peut aussi assimiler cela à une phase de descente après une période intense. Cela m’a déprimé pour les deux volumes en fait.

Il me reste le troisième volume dans ma PAL et j’ai déjà hâte de le lire, je pense à la fin de ce mois ou le mois prochain.

Références

Dampfnudelblues de Rita FALK (DTV, 2011)

Winterkartoffelknödel de Rita Falk

J’ai acheté ce livre l’été dernier en Allemagne, dans une petite librairie de Michelstadt, après l’avoir vu plusieurs fois de suite sur internet. Il s’agit du premier tome de, je pense, plus ou moins, la série la plus connue de romans policiers régionaux (comme je vous l’ai déjà dit, il s’agit d’un genre très apprécié outre-Rhin ; on a vraiment le choix si on aime ce genre).

La preuve que cette série est reconnue est que ce premier tome a été traduit cette année en français et a paru aux éditions Mirobole, en mars 2017, sous le titre de Choucroute maudite. Comme cela, vous n’aurez pas l’excuse de la langue pour me dire que vous ne lirez pas ce livre.

Cette série a comme personnage principal, Franz Eberhofer, le policier d’un petit village bavarois, Niederkaltenkirchen. Il est originaire du village, où il est né il y a une quarantaine d’années. Il a quitté son village quelques années pour exercer son métier à Munich, avec Rudi Birkenberger, son ancien collègue. Ce dernier a été viré de la police après avoir émasculé un pédophile. Il a fait quelques années de prison et s’est reconverti en détective privé. Il est toujours prêt à aider Franz dans ses enquêtes, même s’il habite lui toujours Munich. À la suite de l’histoire avec Rudi, Franz Eberhofer a pété les plombs et a fait plusieurs fois usage de son arme de manière inappropriée. Sa hiérarchie a décidé de ne pas le licencier, mais de le muter dans son village, où il est le seul policier, ce qui est bien suffisant vu ce qui se passe là-bas.

De retour chez lui, Franz a choisi de retourner chez sa grand-mère et son père. Sa grand-mère est une petite femme toute sèche, complètement sourde, accro aux promotions, mais surtout une cuisinière extraordinaire. C’est très important pour Franz qui ne pense qu’à ses repas, le travail ne représentant que des pauses entre ces moments. Il adore sa grand-mère, passe son temps à l’emmener faire des courses et elle lui rend bien. Le père est plus distant avec son fils. Cela s’explique par le fait que c’est un grand fumeur d’herbe (qu’il cultive au nez de son fils, policier). Il passe son temps à écouter les Beatles à fond, même si cela dérange tout le monde (sauf la grand-mère sourde d’ailleurs). Franz a aussi un frère Leopold, libraire de profession, qu’il n’aime pas du tout parce qu’il est un peu crétin. Il se marie très rapidement et il divorce tout aussi rapidement. On découvre ici une nouvelle femme, la deuxième en date, qui sera remplacée par la troisième à la fin du roman.

Franz a un chien, Ludwig (que j’ai passé mon temps à confondre avec le frère…), avec qui il fait un tour tous les soirs, jusqu’au pub de Wolfi. Il y a rencontre son ami Flötzinger, le chauffagiste, parfois le boucher avec qui il entretient de bonnes relations (vu ce qu’il aime manger), mais aussi sa petite amie Susi. C’est une relation qui est peu suivie, elle aimerait plus, mais lui est moins attaché, en tout cas en apparence.

Je vous ai fait un portrait détaillé des personnages car j’ai l’intention de lire plusieurs romans de cette série et cela m’évitera de le recommencer plusieurs fois. Je pense aussi que cela donne une bonne impression du village. Ce sont des personnages sympathiques, voire excentriques. On n’est pas en présence du policier le plus malin de la planète (son intelligence est parfois plutôt endormie) ; c’est ce qui va faire le charme de ses enquêtes car il va enchaîner les bourdes (professionnellement mais aussi personnellement).

Jugez plutôt ! Cette première enquête se concentre sur une famille du village, la famille Neuhofer. La mère a été retrouvée pendu, dans la forêt. Le père s’est électrocuté alors qu’il était électricien. Seuls sont restés les deux fils. Ils ont décidé de faire des travaux sur le terrain. Un des frères meurt malencontreusement écrasé par une charge tombée d’une grue. Tout cela se passe en moins de deux moins. Absolument tout le monde trouve cela normal dans le village, une série de tragiques accidents. Le fils restant vend le terrain à une firme pour 50000 euros. On apprend peu de temps après que ce terrain, extrêmement bien placé, va être utilisé pour faire une station-service. À partir de là, cela intrigue tout de même un peu Franz Eberhofer. Il commence à poser quelques questions. Le problème est que sa hiérarchie ne l’encourage pas franchement à enquêter. Il décide quand même de continuer un peu.

Il est cependant distrait dans ses investigations par l’arrivée d’une nouvelle la très belle Mercedes Dechampes-Sonnleitner, qui est chargée de faire rénover la maison de ses parents. Franz et Flötzinger se disputent les faveurs de la dame, qui devient pour la Ferrari. On voit facilement que l’enquête ne peut qu’avancer lentement dans ces conditions (je n’ai pas arrêté de me dire que ce Franz était vraiment très très naïf). Heureusement que Rudi et la grand-mère sont là pour remettre les choses en place.

Clairement, ce roman est une parodie de roman policier. Il vaut surtout pour les personnages, qui forment un petit village très sympathique, et la cocasserie des situations. L’enquête ne démérite pas pour l’instant. On voit assez logiquement ce qui va se passer, mais des détails peuvent échapper.

Personnellement, ce que j’ai beaucoup aimé est que cela m’a beaucoup fait rire. Mais je préfère prévenir, cela ne marche pas avec tout le monde (j’ai peut-être fait de gros contresens aussi mais je n’ai pas honte de les afficher dans un billet de blog). J’ai lu les commentaires sur Amazon pour le livre en français et clairement il y a un avis où la personne trouve que le livre n’est pas drôle. J’ai testé sur mon père et mon frère, qui m’ont dit que c’était bizarre et/ou nul. Soit je ne sais pas raconter, soit il faut avoir un humour particulier. La seule chose que je peux dire est que c’est une lecture extrêmement prenante et plaisante, elle m’a mis d’excellente humeur.

Références

Winterkartoffelknödel de Rita FALK (DTV, 2010)

Plaise au tribunal de Emmanuel Venet

Je ne sais si vous vous rappelez qu’à la rentrée (littéraire) 2016, j’avais adoré le livre d’Emmanuel (et avais lu deux livres de lui juste après, tellement j’avais aimé). Il y a deux semaines est paru un petit article dans Le Canard Enchaîné sur un nouveau livre de cet auteur. Il était donc assez logique je me précipite dessus pour le lire immédiatement.

Ici, on a une petite nouvelle d’une trentaine de pages (pour cinq euros), reprenant la forme d’un compte-rendu de justice sur une affaire bien particulière.

Un homme interné en hôpital psychiatrique a décidé d’attaquer en justice l’hôpital au motif que l’hôpital est responsable de la destruction d’une de ses œuvres artistiques. L’ouvrage est court donc je vais éviter de donner la nature de l’oeuvre d’art. Si vous avez déjà lu Emmanuel Venet, vous savez que c’est forcément cocasse, en rapport aussi avec la condition du plaignant.

L’humour de la situation est contrebalancée par tout le sérieux que peut avoir un compte rendu de justice. Le lecteur sourit en prenant connaissance des arguments de chacune des parties tout en continuant à lire quelque chose de sérieux.

Par ce texte, l’auteur questionne aussi sur le statut d’une oeuvre d’art : qui peut créer une oeuvre artistique ? qui décide qu’une oeuvre est artistique ? à qui appartient-elle ? mais aussi sur la justice face au sens commun.

Une bonne mais trop courte lecture.

Références

Plaise au tribunal de Emmanuel VENET (La fosse aux ours, 2017)

Unter Büchern – Enthüllungen eines Insiders de Sabrina Notka

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici, tout simplement parce que je n’ai pas fait de lectures extraordinaires qui justifiaient que je prenne le temps de pianoter sur mon clavier pour en parler. Mais récemment ma chance de lectrice est revenue avec quatre lectures plutôt pas mal coup sur coup.

Comme je le disais dans un précédent billet, je lis un peu en allemand pour essayer de développer mon vocabulaire. Pour trouver des idées de lecture, j’utilise un blog mais qui pour l’instant présente des livres trop compliqués pour mon niveau et les chaînes YouTube en allemand, particulièrement celle-ci. La booktubeuse a deux grands avantages pour une personne essayant de perfectionner son niveau en langue : elle parle sans accent et très distinctement. De plus, cette dame a à peu près les mêmes goûts que moi. Du coup, après avoir vu la deuxième partie de sa vidéo sur les livres au sujet des livres, j’ai décidé de me lancer dans la lecture de ce livre-ci (vu que j’avais déjà lu les deux autres livres).

C’est un petit livre, d’environ 150 pages, un hardcover avec un signet dans la reliure, avec une très belle pagination, où domine le rouge et un dégradé de marron. Il s’agit non pas d’un essai ou d’un roman mais d’un abécédaire, où chaque thème est traité sur deux-trois pages. Chacun des thèmes se termine par un petit exercice portant sur la manière de lire du lecteur qui a en main le livre. Il y a parfois des intermèdes sur des sujets précis. De plus, les thèmes sont entrecoupés de pages de citation d’auteurs célèbres.

Pour donner des exemples, on peut citer les thèmes suivants : auteur, copyright, les lieux où l’on vend des livres, les lieux où on lit, les prix littéraires. Les informations qui sont délivrées ne sont pas forcément extraordinaires ou très nouvelles, même si j’ai appris des petites choses que je ne connaissais pas, notamment sur le copyright. De plus, c’est intéressant de voir comment sont envisagés la lecture et le marché du livre outre-Rhin.

Ce qui fait que ce livre est une bonne lecture, c’est tout simplement l’humour. Tout est raconté du point d’un insider (comme le dit le livre), donc d’un livre. Visiblement l’auteur a choisi de faire un livre particulièrement facétieux et au caractère bien trempé, qui n’hésite pas à interpeller le lecteur sur des comportements contre ces objets pleins de pages. J’ai souri à de nombreuses reprises durant ma lecture, ce qui est plutôt bon signe.

Pour terminer, l’auteure Sabrina Notka est allemande mais travaille actuellement dans l’édition au Luxembourg. D’ailleurs la maison qui édite ce livre est luxembourgeoise et édite quelques livres en français d’auteurs de ce pays.

Pour terminer, une citation dont j’aimerais me rappeler mais que j’oublie souvent :

« Es wäre gut, Bücher zu kaufen, wenn man die Zeit, sie zu lesen, mitkaufen könnte, aber man verwechselt meistens den Ankauf der Bücher mit dem Aneigen ihres Inhalts »

Arthur Schopenhauer (1788-1860)

En résumé, voilà donc une bonne lecture, qui m’a changé les idées, divertit, appris des petites choses sur les livres et beaucoup fait progresser mon vocabulaire (car oui, il y a quand même beaucoup de mots que j’ai dû chercher). Que puis-je demander de plus ?

Références

Unter Bücher – Enthüllungen eines Insiders de Sabrina NOTKA (Éditions Guy Binsfeld, 2014)

Dans les glaces de Simon Schwartz

J’ai pris trois BD à la bibliothèque, deux que je voulais lire depuis longtemps et celle-ci trouvée par hasard. Finalement, c’est la seule que j’ai réussie à terminer.

Simon Schwarz est un auteur de bandes dessinées allemand. Dans les glaces est son deuxième livre paru en français, après De l’autre côté qui avait pour sujet le mur de Berlin. Cette fois-ci, l’auteur s’attaque aux explorations arctiques par le prisme de l’histoire de Matthew Henson, le grand oublié de cette époque effervescente.

Matthew Henson est un Noir-Américain qui s’engage dès l’âge de 12 ans (en 1879) sur un bateau de la marine marchande. Il voyagera ainsi en Asie, en Afrique et en Europe. Il tirera de ces expériences une très grande dextérité et débrouillardise. De plus, le capitaine du bateau, le capitaine Childs, se prend très vite d’affection pour le jeune garçon : il lui apprend à lire et à écrire, pour pouvoir vivre une vie intéressante. Après la mort de son mentor, Matthew arrête les voyages en mer et se retrouve au Nicaragua pour le projet de construction d’un canal transatlantique. Il y fera la rencontre de Robert Peary qui est connu pour avoir atteint le premier le pôle Nord, après plusieurs tentatives. On sait aujourd’hui que ce n’est sûrement pas vrai mais à l’époque et on le croyait. Mais en fait, même cette croyance n’est pas vraie.

Matthew Henson a participé à toutes les expéditions polaires de Robert Peary, qu’il a grandement aidé car visiblement Robert Peary manquait parfois de sens pratique. Par exemple, Matthew Henson, dont la profession était charpentier de marine, a construit pratiquement seul un abri au Groenland pour l’expédition. Un autre exemple : c’est lui qui a réussi à communiquer avec les Autochtones pour obtenir de l’aide et des informations. Il a été un maillon essentiel des expéditions de Robert Peary.

Lors de la tentative heureuse, Robert Peary n’était plus accompagné que de Matthew Henson et de quatre guides inuits (c’était une zone dans laquelle les Inuits n’allaient pas car d’après leurs croyances, le pôle Nord était la demeure de l’équivalent de notre diable). Peary a fait partir devant Henson et en réalité ce serait donc Henson qui serait arrivé le premier sur le site et c’est donc lui qui aurait été le premier à arriver au pôle Nord (avec un Inuit qu’on oublie souvent aussi, visiblement). Après l’événement, on ne retient finalement que deux hommes, Peary et Cook, et leur querelle. On oublie le pauvre Matthew Henson qui retombe rapidement dans l’anonymat et la pauvreté (dans le sens où il ne profite pas de la réussite de l’expédition).

La BD fait bien le parallèle entre la situation de Matthew Henson à la fin de sa vie et l’important rôle qu’il a joué dans toutes les expéditions de Peary, qui n’avait que mépris pour lui, pour mieux illustrer l’injustice de la situation.  Un autre point intéressant de cette BD est l’illustration des légendes inuites sur le pôle Nord.  N’y connaissant rien, cela m’a beaucoup intéressé. J’ai beaucoup apprécié les dessins que je situerai entre des dessins classiques et des dessins de presse. La colorisation en bleu et noir rend très bien l’atmosphère du pôle Nord.

Une chronologie très complète à la fin du livre permet de savoir ce qui était vrai et ce qui tenait des arrangements littéraires dans la BD.

En conclusion, une très bonne BD, mettant en lumière une histoire méconnue du grand public (en tout cas de moi, je fais des généralités mais bon). Apparemment, il est fait allusion à Matthew Henson dans Ultima Thulé de Jean Malaurie. C’est un livre que je souhaite lire depuis très longtemps mais j’ai peur qu’il soit trop compliqué. Si quelqu’un l’a lu, je veux bien des avis et des conseils sur la manière de l’aborder. Et qu’apporte le beau-livre des éditions du Chêne par rapport à l’édition de Terres Humaines ?

Références

Dans les glaces de Simon SCHWARZ – traduit de l’allemand par Aurélie Marquer (Sarbacane, 2013)

The Gustav Sonata de Rose Tremain

J’ai acheté ce bouquin à Gibert Joseph au début de l’année je pense car il me faisait de l’œil depuis sa parution en hardback. C’était encore un achat inconsidéré, vu que j’ai deux autres de ses livres dans ma PAL (et qu’en plus, je n’ai jamais lu cet auteur). Finalement, après lecture, ce n’était pas un achat si inconsidéré que cela vu que j’ai adoré ce livre. Rose Tremain trouve sa place dans mon panthéon littéraire juste à côté de Jennifer Johnston (et si vous suivez ce blog depuis longtemps, vous savez tout ce que cela veut dire pour moi).

The Gustav sonata se divise en trois parties, les trois parties ayant en commun Gustav, le héros de ce roman, mais à des âges différents.

Dans la première partie, on découvre l’enfance de Gustav, en Suisse, dans la petite ville de Matzlingen, de 1947 à 1952. Gustav est un enfant solitaire, vivant seul avec sa mère, suite au décès de son père qu’il n’a jamais connu. La mère n’aime pas son enfant et celui-ci s’en rend compte. Il essaie depuis toujours d’apprendre à sa mère comment l’aimer. Il ne comprend bien sûr pas les préventions de sa mère. Lui est content de leur vie, de leur appartement (certes petit mais très propre grâce à sa mère), de leurs routines alimentaires aussi. Il voue une vénération à sa mère, cherche à la préserver de toutes les déceptions pour qu’elle l’aime (tout simplement). Néanmoins, tout son amour ne change rien à ce que sa mère pense de lui.

Un jour, sa vie change quand un nouveau arrive au jardin d’enfants, Anton. Celui-ci vient de déménager dans la petite ville avec ses parents (le père est banquier et la mère est femme au foyer visiblement). Anton pleure sans pouvoir s’arrêter. Gustav sera le seul à pouvoir arrêter ces pleurs. À partir de ce moment-là, une amitié indestructible se créera. Gustav sera invité dans la famille d’Anton, découvrira d’autres plaisirs (la patinoire, les vacances à Davos, les jeux à deux), admirera Anton jouer de la musique. En effet, celui-ci aura très tôt l’envie de devenir musicien professionnel. Il souffre cependant d’une sorte de phobie de la scène, qui l’empêche de donner le meilleur de lui-même. Gustav, dès cet âge-là, va jouer un rôle de protecteur et de confident pour Anton (je n’ai pas trouvé que c’était réciproque par contre), un peu le même rôle qu’il joue déjà pour sa mère Emilie (c’est un trait de caractère à ce niveau-là). Emilie reproche ouvertement à Gustav cette nouvelle amitié pour deux raisons : elle a peur que le petit garçon n’arrive plus à se contenter de sa vie ; elle lui jette aussi à la figure la religion juive de son nouvel ami et de sa famille en lui disant que c’est à cause de ces « gens-là » que son père est mort, en essayant de « les » sauver. À huit ans, c’est un peu le cadet des soucis de Gustav, d’autant qu’Emilie ne lui a jamais raconté l’histoire de son père.

Le lecteur aura le privilège, lui, dans la deuxième partie, de connaître l’histoire d’Emilie et de son mari, avant la naissance de Gustav (cela correspond aux années 1937 à 1942). La troisième partie, elle, se déroule entre 1992 et 2000. On y découvre la vie de Gustav, la manière dont il a réussi à se construire entre cette mère mal aimante et son amitié si forte avec Anton.

Clairement, on peut reprocher à Rose Tremain la structure bancale du roman. Pendant toute la première partie, le lecteur, encouragé par la quatrième de couverture, croit lire l’histoire d’une amitié qui se développera peut-être en amour. Arrive la seconde partie et là, le lecteur (en tout cas, la lectrice que je suis) se dit que finalement, il va plutôt lire un roman sur la Suisse dans la Seconde Guerre mondiale. À la troisième partie, on reprend l’histoire d’amitié, en se demandant ce que la deuxième partie apporte finalement au récit, même si c’est toujours intéressant d’apprendre de nouvelles choses ; l’histoire du père de Gustav est en effet basée sur une histoire vraie. Rose Tremain a peut-être voulu trop en mettre.

Pourtant, quand j’ai refermé le livre, j’étais sûre d’avoir aimé, certes en y ayant vu les défauts au cours de ma lecture. Je crois que ce sentiment s’explique pour plusieurs raisons. En premier, j’ai lu le roman comme l’histoire de Gustav, non pas comme une histoire d’amitié ou comme un cours d’Histoire. Ce qui m’a fait prendre ce parti, c’est que Rose Tremain se focalise sur le point de vue de Gustav. J’ai trouvé qu’on n’arrivait beaucoup moins bien à comprendre ou même à saisir la personnalité d’Anton. Il est donc plus difficile dans ces conditions de voir dans ce roman un livre sur l’amitié.

Deuxièmement, Rose Tremain, comme Jennifer Johnston, vous raconte leur histoire avec une prose magnifique mais surtout très empathique. Elles vous vont ressentir jusque dans vos chaires les blessures intimes de leurs personnages. Ici, finalement, ce qui frappe, c’est bien la construction de la personnalité d’un enfant mal-aimé. J’ai lu le roman avec cette perspective et je peux vous dire que comme cela, j’ai adoré ce roman.

Je vous mets un lien vers une vidéo YouTube, qui explique beaucoup mieux que moi, tout ce que ce livre est. À noter aussi que ce livre sort en français chez JC Lattès le 10 mai 2017 avec un titre très original Sonate pour Gustav.

Références

The Gustav sonata de Rose Tremain (Vintage, 2017)