Le guérisseur des Lumières de Frédéric Gros

J’avais lu il y a presque quatre ans (comme le temps passe) le premier roman de Frédéric Gros, sur les Possédées de Loudun. J’avais beaucoup aimé ce livre ; c’est donc tout naturellement que je voulais lire ce titre-ci. J’ai attendu qu’il soit proposé en livre numérique à la bibliothèque. Au début, je voulais attendre de pouvoir l’emprunter, mais avec les 13grèves et la pandémie, je n’ai pu aller qu’une fois à la bibliothèque depuis le début de l’année. Mais je l’ai lu.

C’est un roman épistolaire, constitué de dix lettres écrites par Mesmer à monsieur Wolfart, dans les derniers mois de sa vie (janvier à mars 1815). Mesmer est le fondateur du mesmérisme ou théorie du fluide animal. La thèse de Mesmer est qu’il existe un fluide « universellement répandu et continu de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui, de sa nature, est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement« . Ce fluide serait le moyen par lequel « les corps célestes, la terre et les corps animés » s’influencent mutuellement. Les maladies seraient causées par une mauvaise répartition du fluide dans le corps humain. Le docteur (plus exactement le magnétiseur) doit donc agir sur ce fluide pour guérir le malade ; cela se fait par des passes, qui ont plus ou moins l’air d’être une sorte d’apposition des mains. Le but (de ce que j’ai compris) est que le fluide du docteur influence celui du malade, provoque des crises (je ne sais pas pourquoi) et après plusieurs séances, le malade est guéri. Je vous laisse juge de la validité de cette idée.

Vous vous doutez cependant que la théorie des Mesmer, même à cette époque (Lumières, Révolution française, tout ça tout ça), a suscité de vives polémiques, avec ses partisans et ses détracteurs, les patients convaincus et les proches sceptiques.

Mesmer, plus exactement l’auteur, nous raconte tout au long des dix lettres son parcours : la découverte de son fluide, la théorisation de ses observations, l’écriture de sa thèse, et la recherche de reconnaissance. C’est cette dernière partie qui sera plus compliquée : il fera beaucoup de « passes » en Hongrie, en Autriche, en Allemagne, en France, guérira un certain nombre de malades (souvent convaincus), cherchera à faire valider ses succès par ses confrères. Ses succès le feront gagner beaucoup d’argent, d’autant qu’il a épousé une femme riche. Son coup d’éclat sera le traitement de la cécité de Maria Theresia von Paradis, amie de Mozart. Il arrivera à améliorer quelque peu son état, puisqu’elle distinguera des formes, des ombres … mais lorsque des médecins cherchent à valider l’état de la compositrice autrichienne, elle se trompe, ne voit plus. Elle n’est plus sous l’influence du fluide de Mesmer, dont elle était (d’après Frédéric Gros) devenue la maîtresse entre temps. Il deviendra aux yeux de beaucoup un charlatan, mais restera des patients qui continueront à le faire gagner beaucoup d’argent, qu’il perdra lors de la Révolution française.

J’ai beaucoup aimé, mais moins que les Possédées. Le roman est trop court à mon avis. Voir l’histoire uniquement du point de vue de Mesmer est assez particulier, car, à mon avis, cela force le lecteur a adopté quelque peu son point de vue. On en vient à le plaindre, à ne pas comprendre les médecins qui ne valident pas sa théorie. Pourtant, en temps normal, j’aurais tendance à être sceptique sur ce genre de choses. Ce sentiment de bienveillance vis-à-vis de Mesmer m’a rendu quelque peu mal à l’aise, l’impression de manquer quelque chose, même si le personnage est sympathique, un peu geignard et vantard tout de même, mais vu ce qu’il a traversé c’est un peu normal. J’aurais bien aimé avoir d’autres points de vue sur cette histoire, un peu comme dans les Possédées justement.

Il y a des pages absolument magnifiques sur les moments d’amour avec Theresia Paradis, mais surtout sur les ressentis face à la musique. L’idée est que les compositions en ré majeur toucheraient plus profondément les oreilles qui les écoutent, et les doigts qui les jouent. Elles amélioreraient le mouvement du fluide animal dans la pièce, la relation entre les personnes dans la pièce. Si on passe sur cette idée de fluide animal, la manière dont la musique peut toucher est si forte, que même moi qui n’est pas l’oreille musicale, l’est ressentie grâce aux mots de Frédéric Gros. Je vous dirais bien que c’est son fluide animal à lui.

Références

Le guérisseur des Lumières de Frédéric GROS (Albin Michel, 2019)

4 réflexions au sujet de « Le guérisseur des Lumières de Frédéric Gros »

    1. Je ne connaissais que de nom le mesmérisme. J’ai appris plein de choses … J’espère que cela te plaira si tu le lis.

      1. comme toi, je connais le mesmérisme de nom, et un petit peu ce que cela impliquait, mais pas pour dire que je connaissais bien – merci pour le partage

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