Murder at home de Faith Martin

J’ai découvert récemment que je pouvais emprunter tous les mois, gratuitement, avec mon abonnement premium sur Amazon, un ebook. En cherchant au hasard dans le top des ventes, car le catalogue n’est pas terrible quand on fait seulement une recherche sur des titres récents, je suis tombée sur une série de romans policiers, se passant dans le Oxfordshire. Murder at home est le sixième de la série et le cinquième que je lis (ne me demandez pas pourquoi je n’ai pas lu le premier, je n’en sais absolument rien).  Pour l’instant, je n’ai jamais été déçue par les histoires, les personnages sont de plus attachants, intéressants et très bien plantés. Rapidement, la lecture de cette série est devenue mon petit plaisir du mois, un vrai rituel. J’emprunte l’ebook le premier, je ne le lâche plus jusqu’à l’avoir terminé. Un emploi du temps un peu chargé fait que ce mois-ci, je l’ai lu en fin de mois. D’où mon billet aujourd’hui.

L’action se situe dans le Oxfordshire, dans des petits hameaux ou villages où même l’inspecteur Barnaby serait satisfait du taux de morts violentes (au crédit de Faith Martin, ces histoires sont très crédibles, et surtout jamais exagérées ou glauques). Les causes de ces morts sont (en général) trouvées par la police de la Thames Valley. Nous suivons, nous, Hillary Greene et les membres de son équipe, qui résolvent dans chaque tome une affaire de meurtre.

Hillary Greene est une femme de quarante ans, plutôt jolie (même si elle en doute, la poussant à toujours surveiller son poids) et très intelligente. Tout le monde, des membres de son équipe à ses supérieurs, s’accordent pour louer ses talents d’enquêtrice, elle allie intuition et déduction, à un grande empathie pour le genre humain. Elle a un taux de résolution de 100% (ce qui est plutôt positif pour le lecteur puisqu’il est sûr d’avoir la solution du problème à la fin du livre). Elle a été mariée mais son mari, lui-même policier, s’est tué dans un accident de voiture, alors qu’il était sous le coup d’une enquête pour un trafic juteux. Cela ne change pas grand chose pour elle, puisqu’ils étaient en instance de divorce. Pourtant, les enquêteurs ont aussi étudié son cas pour savoir si elle était mêlée au trafic de son mari. Bien sûr, ils n’ont rien trouvé (sinon elle ne serait pas notre héroïne) mais Hillary en garde un peu l’idée qu’elle doit toujours faire ses preuves et une certaine incertitude sur la place qu’elle occupe. Dans les premiers tomes que j’ai lu, Hillary Greene n’avait pas de vie privée (elle était embourbée dans les histoires de son mari) mais dorénavant, elle sort avec Mike Regis, inspecteur des mœurs fraîchement divorcé, qui lui tournait autour depuis un certain temps. Hillary, bien qu’heureuse et épanouie, semble dans ce tome, s’interroger pour savoir jusqu’où elle peut aller avec lui (jusqu’à emménager chez lui alors qu’elle est si heureuse sur son petit bateau). Le supérieur d’Hillary souhaite en profiter pour tirer son épingle du jeu et faire valoir ses propres qualités.

Hillary Greene est secondée par Janine Tyler, jeune femme blonde, belle et intelligente (décidément toutes les femmes sont belles et intelligentes dans cette série) mais aussi arriviste, avec les dents qui rayent le parquet. Pour cela, elle travaille d’arrache pied et apprend beaucoup d’Hillary, même si parfois, elle doute des décisions de sa supérieure. Sa relation avec Mel Mallow, deux fois divorcé avec une très jolie maison héritée de son deuxième divorce, ancien supérieur d’Hillary, et qui est monté récemment d’un échelon, paraîtrait suspecte à n’importe qui. Pourtant, ce n’est pas le cas, ils vont même se marier dans ce tome. Mel Mallow, personnage très posé, tempère efficacement le caractère impulsif et explosif de Janine.

Frank Ross est le boulet de l’équipe. C’est un ancien copain de l’ancien mari d’Hillary, mouillé dans les trafics, même si rien n’a pu être prouvé. Il ne travaille pas beaucoup, passe son temps au pub (sous prétexte d’enquête), fait des remarques acerbes. Il est placé dans l’équipe d’Hillary parce que personne n’en veut. Pourtant, au fur et à mesure, on découvre un personnage qui a un bon fond. C’est un policier à l’ancienne avec des méthodes pas forcément orthodoxes, qui connaît particulièrement bien les bas-fonds de sa région grâce à un réseau d’indics assez impressionnant (en tout cas, c’est ce que l’on peut penser car Faith Martin ne nous raconte jamais comment il en arrive à ses résultats).

Dans ce tome apparaît un nouveau personnage, Keith, qui vient de la police de Londres, muté après avoir frappé son officier supérieur (pour de bonnes raisons d’après les explications qui nous sont données). Il cache cependant quelque chose sur sa vie privée, car l’auteur nous indique qu’il reçoit un visiteur mystérieux dans sa chambre (je me doute du secret mais je peux me tromper). On en saura sûrement plus dans le tome 7. Tout cela pour dire qu’on n’en sait encore pas assez sur lui pour que je puisse raconter quelque chose. L’ancien personnage a quitté la série à la fin du tome 5 (il devait coûter trop cher) après avoir eu une promotion et s’être marié.

Comme vous pouvez le constater, la description des personnages est vraiment très précise et incarnée. On sait tout de leur caractère, de leur vie privée, de leurs ambitions, de leurs sentiments et opinions. Pourtant, ce n’est pas la partie la plus importante du roman, l’histoire est toujours prépondérante dans les romans de Faith Martin. On n’oublie jamais l’histoire, sur quoi on enquête …

Ici, l’histoire est assez simple mais la résolution inattendue. Une vieille femme est retrouvée un matin, poignardée dans son fauteuil, devant sa télé toujours allumée, peu de jours avant son soixante dix-septième anniversaire.  Il n’y a pas de traces de violence, comme si elle s’était laissée surprendre dans son sommeil. Qui pouvait bien en vouloir à cette vieille femme qui n’avait absolument rien et vivait de bonheurs simples ? En plus, elle était mourante, souffrant d’un cancer incurable. Ses voisins et amis sont formels : elle n’avait pas d’ennemi, c’est absolument incompréhensible. Il y a bien son petit-fils, un drogué qui venait lui demander régulièrement de l’argent, qu’elle lui donnait. Mais cette piste est rapidement abandonnée, quand on le retrouve mort d’une overdose dans un squat. Hillary retrouve une vieille photo qui semblait avoir de l’importance pour la vieille femme. Cela ne mènera pas loin non plus, même si on en découvre un peu plus sur la vie de la victime.

C’est d’ailleurs le secret de fabrication de Faith Martin. Ses livres sont addictifs (et courts, environ 230 pages) et ont deux piliers : d’une part la déduction et le raisonnement logique pour la résolution de l’enquête et d’autre part la découverte de la vie et de la personnalité de la victime. Hillary Greene utilise volontiers les interrogatoires et autres discussions pour avancer dans son enquête, employant ainsi un de ses points forts : son empathie et son intuition vis-à-vis de ses contemporains. Le travail et l’organisation de la police sont peu décrits (le porte à porte, la médecine légale est abordée mais légèrement, et uniquement du point de vue des résultats). Les personnages, principaux et secondaires, sont décrits grâce à leurs actions dans l’enquête.

Tout cela fait qu’on a un roman ramassé mais fouillé, plein de rebondissements, avec des personnages attachants : on ne le lâche pas ! Vous aurez compris que pour moi, cette série est à la même place que celle d’Isabel Dalhousie, même si elles sont très différentes, dans le sens où j’attends la lecture du prochain tome avec beaucoup d’impatience car je veux toujours savoir ce qu’il se passe pour les personnages.

Références

Murder at Home de Faith MARTIN (Joffe Books, 2017)

Der nasse Fisch de Arne Jysch

J’ai décidé d’écrire aujourd’hui un billet sur une BD, encore … Il s’agit d’une adaptation d’un roman que j’avais lu en français il y a quelques années : Le poisson mouillé de Volker Kutscher, qui était le premier tome des enquêtes de Gereon Rath. J’en gardais un bon souvenir, mon billet m’indique que ma lecture avait été très bonne (pour ne rien cacher, j’ai le tome 2 dans ma PAL et depuis il y a d’autres tomes qui sont sortis et qu’il me plairait beaucoup de lire) et donc quand j’ai vu qu’une adaptation en bande dessinée était sortie, je me la suis offerte et elle a attendu un an dans ma PAL… Comme le titre vous l’indique peut-être, elle n’est pour l’instant disponible qu’en allemand.

Dans la BD, l’action me semble beaucoup plus resserrée que dans le livre (qui faisait tout de même plus de 500 pages alors que la BD n’en fait que 200). Je vais donc raconter l’histoire (de nouveau) mais comme elle est racontée dans la BD. Gereon Rath est envoyé à Berlin, après avoir tué lors d’une intervention un forcené qui était (aussi) le fils d’un notable de la ville. Son père, grâce à ses relations, lui retrouve une place à la police des mœurs de Berlin, ce qu’il vit comme un déclassement après avoir travaillé à la criminelle, d’autant que la police criminelle de Berlin est connue pour son taux de résolution proche de 100%. En attendant, il doit se contenter de ce qu’il a. Son supérieur Bruno l’accueil avec cordialité, l’invite à une fête où il rencontre des anciens de la Première Guerre mondiale, où il apprend une histoire à peine croyable : beaucoup de monde (des malfrats mais aussi la police) est à la recherche du trésor d’une famille russe immigrée après la Révolution russe, la famille Sorokine. Là-dessus, sa logeuse, avec qui il a une aventure dès les premiers jours de son arrivée, lui demande de retrouver son ancien locataire, un russe aussi, qui a disparu depuis deux semaines. Gereon Rath commence à enquêter, se retrouve rapidement à marcher sur les plates-bandes de pas mal de monde. Poursuivi, il en vient lui-même à tuer mais ce n’est rien, car il va y avoir bien d’autres cadavres dans cette histoire … Je rappelle qu’un poisson mouillé est une affaire criminelle non résolue. Ici, ce sera la version officielle mais pourtant le lecteur connaître toute l’histoire. Tout se passe en sous-main dans cette histoire, Gereon Rath enquête de manière officieuse, cela lui permet d’utiliser des méthodes peu conventionnelles.

Arne Jysch a choisi de concentrer son scénario sur les personnages et l’action, laissant aux dessins la reconstitution de la période. Ce choix m’a fait voir des points que je n’avais pas forcément vus à la lecture du roman. L’action est extrêmement complexe et demande beaucoup d’attention à cause du rythme soutenu, dû au resserrement justement ; il y a beaucoup de machinations, de retournements de situations et changement d’alliance entre les différents clans. C’est d’autant plus compliqué qu’ici, la transcription des noms russes est en allemand, que le lettrage ne favorise pas la reconnaissance des noms propres (surtout quand on n’est pas germanophone). Le dessin est ici cependant d’une aide précieuse car les personnages sont dessinés avec précision et sont reconnaissables au premier coup d’œil.

Pour son dessin, l’auteur a adopté les codes du roman noir des années 30 (on le voit bien sur la couverture). Les dessins, en noir et blanc, les postures, les mimiques des visages, les habits, la manière d’agir avec les femmes, la manière d’enquêter, tout est repris d’auteurs comme Raymond Chandler. La reconstitution de ces années va même jusqu’au lettrage des bulles. Le texte, hors dialogue, est écrit en police de vieille machine à écrire.

J’aime beaucoup le personnage de Gereon Rath, avec son caractère ambigu. Sûr de lui, arriviste, ambitieux, manipulateur, il est prêt à tout pour retrouver une (sa) place, quitte à lutter contre la corruption en utilisant des moyens qui ne sont pas hors de critiques. Le caractère est plus marqué par le dessin que par le scénario et le texte. Les personnages secondaires masculins sont plus crapules les uns que les autres. Entre les dealers, les malfrats russes, les policiers véreux, ceux qui vivent dans l’attente d’une prochaine guerre, le lecteur est servi. Les femmes, avec par exemple la logeuse ou la collègue enquêtrice de Gereon Rath, sont-elles extrêmement libérées.

Finalement, Arne Jysch offre une adaptation personnelle, équilibrée et efficace du roman, tant au niveau du scénario que des dessins.

Pour ce qui est du vocabulaire, j’ai compris la plupart du texte, je dirais 85% (mon niveau est en gros B2+). Et le reste, je l’ai compris en regardant les dessins. C’est donc un bon choix de lecture pour les personnes souhaitant pratiquer leur allemand, tout en apprenant du nouveau vocabulaire, sans pour autant être stoppé tous les trois mots dans la lecture.

Références

Der nasse Fisch de Arne JYSCH – nach dem Roman von Volker Kutscher (Carlsen / Graphic Novel, 2017)

Dampfnudelblues de Rita Falk

Cela ne se voit pas au niveau des billets mais j’ai lu le premier tome de cette série fin juin, et celui-ci cette semaine. Je ne suis pas en train de faire une orgie de roman policier allemand, ne vous inquiétez pas pour moi.

Le premier tome était à 50% centré sur l’enquête, à 50% centré sur l’introduction des personnages, du village … Dans ce deuxième volume, Rita Falk introduit très peu de nouveaux personnages (n’ayant pas de rapport avec l’enquête bien évidemment). L’enquête va donc gagner en profondeur.

Les personnages supplémentaires sont au nombre de deux. Il s’agit de la nouvelle femme de Leopold, une très très jeune Thaïlandaise, qu’il a ramenée de ses vacances dans ce pays, et leur petite fille, Uschi, que Franz et à sa suite le père et la grand-mère, appelle Sushi (c’est ce que j’avais lu au début et le pire est que je trouvais cela tout à fait normal comme prénom). Franz est le seul à trouver grâce aux yeux de sa nièce. Il la fait sourire, dormir, il la calme aussi. Le baby-sitter parfait en gros ! Rôle qu’il prend avec plus ou moins de plaisir, après avoir vu que cela faisait enrager son frère. Cela donne lieu à des scènes toutes mignonnes et aussi très drôles.

L’enquête commence très rapidement, après le début du roman. En effet, Franz Eberhofer a pris de l’assurance, après avoir résolu sa première enquête, même un peu trop, comme le montre un incident gênant. Mais là, il a un pressentiment. Il est appelé par le directeur d’une école, un certain monsieur Höpfl. On a peint sur le crépi de sa maison une menace de mort : Stirb, du Sau! (je vous laisse faire la traduction avec google). Franz Eberhofer craint pour la vie de Höpfl, surtout quand celui-ci disparaît peu de temps après. Tout le monde lui dit que le monsieur est adulte et qu’il est peut-être tout simplement parti sans en parler à personne. On lui demande donc de ne pas enquêter, on a d’autres priorités : Franz doit veiller sur la nouvelle star de l’équipe locale de football. Mais Franz persiste (cela donne vraiment l’impression qu’il s’ennuie depuis qu’il a (re)découvert qu’enquêter peut être passionnant) et découvre qu’une bonne partie des élèves mais aussi des professeurs ne supportaient pas le directeur. Höpfl revient une journée après mais avec de graves blessures. Pourtant, Höpfl le décourage de l’aider. Durant la soirée suivante, Eberhofer est appelé sur les lieux d’un accident : Höpfl vient de mourir écrasé par un train. L’enquête sérieuse peut enfin commencer.

J’ai beaucoup aimé ce livre mais il est assez différent du premier. J’ai ri aussi mais j’étais surtout très intéressée par l’enquête, que j’ai trouvé sehr spannend. Côté « familial », le livre se concentre sur la relation entre Franz et Sushi d’une part, et Franz et Susi d’autre part (cela va mal : elle en arrive à partir en vacances toute seule en Italie…). La relation avec la grand-mère est moins présente (et pourtant c’est vraiment un très bon personnage), le couple Franz-Rudi est moins efficace (l’enquête est plutôt assurée par Franz). Les situations sont cocasses mais moins diverses.

L’enquête est elle plus profonde et plus poussée, moins ponctuée de bourdes. Ce que j’ai apprécié, c’est la logique du déroulement de l’enquête : c’est très sensé. Le lecteur peut trouver avant ou après le fin mot de l’histoire (suivant son niveau et son entraînement) mais c’est logique, même extrêmement logique.

J’en viens à un point que je trouve assez négatif (mais ce n’est pas si important en fait) et que j’ai retrouvé dans les deux premiers volumes de cette série. J’ai l’impression que Rita Falk ne sait pas terminer ses livres. Je m’explique. Comme je le disais, on rit beaucoup à la lecture, mais le dénouement est absolument déprimant. Les deux derniers chapitres sont tellement terre à terre, sans humour. On se croirait en train de dire adieu à des vieux amis qui vont partir pour un très très long voyage en bateau. Ils vont nous quitter, alors que nous, nous restons sur place. On peut aussi assimiler cela à une phase de descente après une période intense. Cela m’a déprimé pour les deux volumes en fait.

Il me reste le troisième volume dans ma PAL et j’ai déjà hâte de le lire, je pense à la fin de ce mois ou le mois prochain.

Références

Dampfnudelblues de Rita FALK (DTV, 2011)

Winterkartoffelknödel de Rita Falk

J’ai acheté ce livre l’été dernier en Allemagne, dans une petite librairie de Michelstadt, après l’avoir vu plusieurs fois de suite sur internet. Il s’agit du premier tome de, je pense, plus ou moins, la série la plus connue de romans policiers régionaux (comme je vous l’ai déjà dit, il s’agit d’un genre très apprécié outre-Rhin ; on a vraiment le choix si on aime ce genre).

La preuve que cette série est reconnue est que ce premier tome a été traduit cette année en français et a paru aux éditions Mirobole, en mars 2017, sous le titre de Choucroute maudite. Comme cela, vous n’aurez pas l’excuse de la langue pour me dire que vous ne lirez pas ce livre.

Cette série a comme personnage principal, Franz Eberhofer, le policier d’un petit village bavarois, Niederkaltenkirchen. Il est originaire du village, où il est né il y a une quarantaine d’années. Il a quitté son village quelques années pour exercer son métier à Munich, avec Rudi Birkenberger, son ancien collègue. Ce dernier a été viré de la police après avoir émasculé un pédophile. Il a fait quelques années de prison et s’est reconverti en détective privé. Il est toujours prêt à aider Franz dans ses enquêtes, même s’il habite lui toujours Munich. À la suite de l’histoire avec Rudi, Franz Eberhofer a pété les plombs et a fait plusieurs fois usage de son arme de manière inappropriée. Sa hiérarchie a décidé de ne pas le licencier, mais de le muter dans son village, où il est le seul policier, ce qui est bien suffisant vu ce qui se passe là-bas.

De retour chez lui, Franz a choisi de retourner chez sa grand-mère et son père. Sa grand-mère est une petite femme toute sèche, complètement sourde, accro aux promotions, mais surtout une cuisinière extraordinaire. C’est très important pour Franz qui ne pense qu’à ses repas, le travail ne représentant que des pauses entre ces moments. Il adore sa grand-mère, passe son temps à l’emmener faire des courses et elle lui rend bien. Le père est plus distant avec son fils. Cela s’explique par le fait que c’est un grand fumeur d’herbe (qu’il cultive au nez de son fils, policier). Il passe son temps à écouter les Beatles à fond, même si cela dérange tout le monde (sauf la grand-mère sourde d’ailleurs). Franz a aussi un frère Leopold, libraire de profession, qu’il n’aime pas du tout parce qu’il est un peu crétin. Il se marie très rapidement et il divorce tout aussi rapidement. On découvre ici une nouvelle femme, la deuxième en date, qui sera remplacée par la troisième à la fin du roman.

Franz a un chien, Ludwig (que j’ai passé mon temps à confondre avec le frère…), avec qui il fait un tour tous les soirs, jusqu’au pub de Wolfi. Il y a rencontre son ami Flötzinger, le chauffagiste, parfois le boucher avec qui il entretient de bonnes relations (vu ce qu’il aime manger), mais aussi sa petite amie Susi. C’est une relation qui est peu suivie, elle aimerait plus, mais lui est moins attaché, en tout cas en apparence.

Je vous ai fait un portrait détaillé des personnages car j’ai l’intention de lire plusieurs romans de cette série et cela m’évitera de le recommencer plusieurs fois. Je pense aussi que cela donne une bonne impression du village. Ce sont des personnages sympathiques, voire excentriques. On n’est pas en présence du policier le plus malin de la planète (son intelligence est parfois plutôt endormie) ; c’est ce qui va faire le charme de ses enquêtes car il va enchaîner les bourdes (professionnellement mais aussi personnellement).

Jugez plutôt ! Cette première enquête se concentre sur une famille du village, la famille Neuhofer. La mère a été retrouvée pendu, dans la forêt. Le père s’est électrocuté alors qu’il était électricien. Seuls sont restés les deux fils. Ils ont décidé de faire des travaux sur le terrain. Un des frères meurt malencontreusement écrasé par une charge tombée d’une grue. Tout cela se passe en moins de deux moins. Absolument tout le monde trouve cela normal dans le village, une série de tragiques accidents. Le fils restant vend le terrain à une firme pour 50000 euros. On apprend peu de temps après que ce terrain, extrêmement bien placé, va être utilisé pour faire une station-service. À partir de là, cela intrigue tout de même un peu Franz Eberhofer. Il commence à poser quelques questions. Le problème est que sa hiérarchie ne l’encourage pas franchement à enquêter. Il décide quand même de continuer un peu.

Il est cependant distrait dans ses investigations par l’arrivée d’une nouvelle la très belle Mercedes Dechampes-Sonnleitner, qui est chargée de faire rénover la maison de ses parents. Franz et Flötzinger se disputent les faveurs de la dame, qui devient pour la Ferrari. On voit facilement que l’enquête ne peut qu’avancer lentement dans ces conditions (je n’ai pas arrêté de me dire que ce Franz était vraiment très très naïf). Heureusement que Rudi et la grand-mère sont là pour remettre les choses en place.

Clairement, ce roman est une parodie de roman policier. Il vaut surtout pour les personnages, qui forment un petit village très sympathique, et la cocasserie des situations. L’enquête ne démérite pas pour l’instant. On voit assez logiquement ce qui va se passer, mais des détails peuvent échapper.

Personnellement, ce que j’ai beaucoup aimé est que cela m’a beaucoup fait rire. Mais je préfère prévenir, cela ne marche pas avec tout le monde (j’ai peut-être fait de gros contresens aussi mais je n’ai pas honte de les afficher dans un billet de blog). J’ai lu les commentaires sur Amazon pour le livre en français et clairement il y a un avis où la personne trouve que le livre n’est pas drôle. J’ai testé sur mon père et mon frère, qui m’ont dit que c’était bizarre et/ou nul. Soit je ne sais pas raconter, soit il faut avoir un humour particulier. La seule chose que je peux dire est que c’est une lecture extrêmement prenante et plaisante, elle m’a mis d’excellente humeur.

Références

Winterkartoffelknödel de Rita FALK (DTV, 2010)

Le lecteur de cadavres de Antonio Garrido

Le lecteur de cadavres de Antonio Garrido est un livre que je voulais lire depuis un an environ. J’ai attendu longtemps qu’il soit disponible à la bibliothèque et finalement je me suis décidée à l’acheter en ebook, lors d’une promotion.

Il s’agit d’un gros roman historique, 616 pages dans l’édition grand format, donc l’action se situe au treizième siècle, en Chine, sous la dynastie des Song. Le personnage a réellement existé et est considéré comme le premier médecin légiste de tous les temps. En effet, Song Cí, le lecteur de cadavres, a laissé un livre en cinq volumes, donnant des techniques sur la manière d’examiner et d’ouvrir des cadavres (ce qui n’allait pas de soi si on suivait la logique confucéenne), de détecter les différentes maladies…

Antonio Garrido a construit son livre autour de ce personnage, dont on connaît les travaux mais assez peu la biographie, ce qui comme l’auteur le souligne dans sa postface est une très bonne chose pour un auteur de fiction. Le roman s’ouvre sur un jeune Song Cí, travaillant dans les champs. Il est revenu de la capitale (de la dynastie des Song) Lin’an, où il habitait avec ses parents et la dernière de ses sœurs, suite au décès de son grand-père, pour pouvoir assurer le deuil traditionnel. Toute la famille s’installe chez le frère de Cí, qui entre-temps a réussi à développer une activité plutôt prospère, alors que toute la famille le pensait mal parti. Cí lui doit obéissance en tant qu’aîné mais doit surtout travailler très dur pour le satisfaire. C’est un peu la douche froide pour Cí, puisque peu de temps auparavant, il travaillait pour le juge Feng, qui lui a appris à voir les dessous des affaires criminelles. Cí avait trouvé sa vocation, espérait pouvoir réussir les examens d’État, après avoir durement étudié. Il était en cela soutenu par son père, qui maintenant semble avoir changé d’idées et vouloir rester indéfiniment au village alors que lui-même avait aussi un bon travail dans l’administration lorsqu’il vivait à la capitale.

Le roman s’ouvre donc sur Cí, dans les champs, qui découvre le cadavre d’un de ses voisins mais surtout le père de son amoureuse. Cette visite est concomitante avec la visite de Feng, venu persuadé le père de Cí de revenir à la capitale. Bien sûr, la découverte du cadavre relance le couple d’enquêteurs que forment Cí et Feng. Le problème est que les deux montrent que le coupable est le frère aîné de Cí, qui est condamné à travailler dans les mines de sel (je crois) à l’autre bout du pays. Il mourra cependant en cellule. Très peu de temps après, les parents de Cí meurent dans l’incendie tragique de leur maison.

Cí se retrouve seul avec sa petite sœur malade. Il décide de tenter sa chance à Lin’an pour tout de même réaliser son rêve. Grâce à plusieurs rencontres, ses talents de lecteur de cadavres se trouvent rapidement reconnus, par beaucoup de gens, des classes les plus populaires aux plus élevées. L’empereur le charge ainsi d’enquêter sur des meurtres très mystérieux, à la Cour, qui laissent même les plus grands experts perplexes.

En vous racontant tout cela, je vous ai raconté tout de même la moitié du roman, pas en détail mais en gros, vous avez l’histoire. Je vais donc commencer mon avis par les points négatifs. Le début est très très lent. Après avoir réfléchi un peu, je pense que ce problème a deux causes. La première est que l’auteur utilise toujours la même manière de retourner son action. Cí découvre / fait quelque chose de positif pour lui mais sa crédulité / son innocence le fait rapidement déchanter. Il va ainsi de catastrophes en catastrophes, ne donnant pas l’impression d’avoir la maturité qui va avec son intelligence. Cela se produit en gros toutes les dix pages et cela devient rapidement prévisible. On passe son temps à se demander ce qui peut lui arriver de pire. La deuxième cause, à mon avis, est qu’on a l’impression que l’intrigue n’est pas finie, ne se termine pas. Il est évident à la lecture que le frère de Cí n’avait aucune raison d’assassiner son voisin (il n’en donne aucune d’ailleurs), que la mort des parents est plus que suspecte. Cí, cependant, semble accepter ces faits comme allant de soi, ne se pose pas beaucoup de questions. En plus d’être crédule, il semble manquer beaucoup de curiosité d’esprit. C’est gênant pour un tel personnage. Bien sûr, à la fin du roman, tout cela est expliqué mais à la lecture, on ressent un manque de cohérence dans l’intrigue.

Bien sûr, il y a de nombreux points positifs aussi à ce roman. Comme je le disais, il fait 616 pages. Si la lecture n’avait été que déplaisir, je l’aurais abandonné avant la fin sans aucun scrupule. Le premier point positif est l’écriture de l’auteur. Elle est rapide et facile à lire, précise tant lors de l’évocation des sentiments des personnages que dans les descriptions de la vie quotidienne. Antonio Garrido a fait de nombreuses recherches et a été très méticuleux pour rassembler beaucoup de documents sur les plus petits détails de la vie quotidienne de l’époque. Il a su restituer cette documentation de manière agréable et non pesante pour son histoire ; son érudition sur la période n’écrase pas le lecteur car les détails, jamais superflus, s’insèrent parfaitement dans la narration. De plus, la deuxième partie du roman est beaucoup plus intéressante, même si de nombreuses fois l’auteur utilise trop facilement la crédulité de Cí pour faire rebondir son intrigue. Toute l’enquête policière et les techniques d’investigation sont passionnantes (à faire passer les Experts pour des amateurs) et surtout développées de manière extrêmement cohérente.

En conclusion, un bon roman pour se changer les idées, en ce début d’été pluvieux.

Références

Le lecteur de cadavres de Antonio GARRIDO – traduit de l’espagnol par Nelly et Alex Lhermillier (Grasset, 2014)

Sous la neige, nos pas de Laurence Biberfeld

Encore un livre que j’ai découvert grâce au compte Twitter Quatre Sans Quatre (@4sanswebzine) du site du même nom. Vous pouvez lire leur chronique sur ce lien. Vous devriez comprendre facilement pourquoi j’ai voulu lire ce livre : l’avis est excellent et surtout le choix de la photo ne pouvait que me convaincre.

On est en Lozère, sur le plateau de la Margeride, dans un petit village déserté par les femmes (il en reste quand même un peu mais elles ne pensent qu’à partir) ; seuls restent les hommes pour affronter des conditions de vie très difficiles. Événement notable : en août 1983 vient s’installer une jeune institutrice et sa petite fille, Juliette (cela fera trois enfants dans l’école en tout et pour tout, c’était une tout autre époque visiblement). Elles fuient la région parisienne : les loyers trop chers pour une mère nouvellement célibataire mais aussi les galères de la banlieue (drogue, violence…). Cette installation est censée permettre à Juliette, au caractère particulier et bien trempé, de se développer sans soucis.

Elles sont, assez rapidement, soutenus par les habitants du village, qui se prennent d’affection pour les deux nouvelles habitantes. Elles ne feront cependant jamais partie entièrement du village, la population les observant toujours comme des étrangères (les réunions avec le curé qui prédit les problèmes…) Deux hommes vont s’occuper plus particulièrement des deux nouvelles arrivantes : Lucien, le vieux voisin, et le cafetier (le village voit passer beaucoup de routier à cause de la mine toute proche). Ils sont là pour l’épauler lors des rigueurs climatiques de l’hiver mais aussi lorsque les problèmes de la ville vont s’immiscer dans leur nouvelle vie. Ce qui est assez intéressant est que comme je le disais, elles ne sont pas intégrées comme membres à part entière du village et le village va donc décider de régler les problèmes de l’institutrice sans lui en parler, en se basant juste sur leurs observations.

L’auteur va donc raconter séparément l’histoire du point de vue des habitants du village, en faisant intervenir l’institutrice pour préciser ou corriger des faits. Le récit de cette dernière se situe temporellement le plus souvent en 2015, au moment où elle est clouée sur un lit d’hôpital par un cancer, se remémorant un peu dans le brouillard ces deux années de sa vie.

Concernant l’histoire, j’ai trouvé que c’était assez réaliste dans le sens où on lit souvent dans les journaux que contrairement à une idée reçue, les petites villes mais aussi les campagnes ne sont pas épargnées par les problèmes de (petite) délinquance, les habitants ne faisant ici que se défendre pour éviter justement l’arrivée de ces problèmes sur leur plateau (et garder leur institutrice aussi). Il y a un moment où j’ai eu du mal à y croire ou sinon, je me demande combien de cadavres sont en train de pourrir en terre, en France, en dehors des cimetières (mais pourtant, là aussi, les faits divers donnent à penser que tout est possible). Pour moi, l’histoire du roman vaut surtout pour l’ambiance noire qui se dégage mais aussi pour la description des relations entre les habitants, extrêmement réussie à mon avis. En conclusion, c’est donc un très bon roman noir !

Ce qui m’a enchantée : les descriptions de la nature et des conditions météorologiques. Je ne connais pas pour la plupart les arbres, les animaux … dont parle l’auteur, mais je peux vous dire que j’y étais. Je sentais la neige arrivée, le ciel bas, le renouveau du printemps… Je complète donc ma conclusion : c’est donc un très bon roman noir qui en vaut la peine !

Références

Sous la neige, nos pas de Laurence BIBERFELD (La Manufacture de Livres / collection Territori, 2017)

Les sirènes d’Alexandrie de François Weerts

LesSirenesDAlexandrieFrancoisWeertsDepuis que nous sommes revenus de vacances, tout est en train de se casser dans la maison : le tuyau d’arrosage, les water-cooling des ordinateurs, mon SSD portable, mon SSD d’ordinateur, la chasse d’eau (oui même elle ….), mais surtout Internet.

Mais nous avons enfin récupéré un semblant d’internet après un mois et demi. La connexion est très ralentie mais elle fonctionne beaucoup mieux. On ne sait pas si c’est de la faute du fournisseur d’accès ou de France Telecom. En attendant mon frère et mon père, on changé beaucoup de matériel à l’intérieur de la maison. Je suppose que tout le monde connaît cela un jour ou l’autre. Mais en attendant, je n’ai pas rédigé de billets car les rares fois où je voulais, la connexion s’est interrompue et j’avais perdu une grosse partie du billet. J’arrêtais donc à chaque fois car courage et persévérance ne sont pas mes seconds prénoms.

Qu’ai-je fait donc pendant cette coupure d’internet ? Ben internet, mais avec mon téléphone (pour faire des MOOC sur Apache Spark), lu (pas forcément des choses très brillantes mais j’en parlerai quand même car ce sont des lectures en allemand que la prof nous a conseillées pour ne pas perdre tout notre allemand pendant les vacances), travaillé pour le Goethe-Zertifikat B2 (c’est à la fin de l’année mais mieux vaut si prendre à l’avance (si quelqu’un l’a déjà passé, j’aimerais qu’il me donne ses trucs pour le Leseverstehen 3)) et accessoirement travaillé. Et là, ce n’est pas la joie car j’ai rédigé un rapport pendant tout le mois et tous les gens qui me connaissent savent que quand je rédige un rapport c’est la complète dépression et le très grand désespoir et surtout que ce n’est pas la peine de me demander de rédiger autre chose. Ce qui explique mon peu de motivation pour rédiger des billets aussi …. Mais c’est bientôt fini. Il ne me reste que des corrections mineures à faire et accessoirement me prétendre spécialiste en géologie mais je peux gérer cela car je vois le bout du tunnel ! D’où billet !

Je ne sais pas si vous suivez le compte Twitter d’Actes Sud mais cet été ils proposent de découvrir 62 pays à travers des livres de leurs collections. Plusieurs fois par semaine, ils proposent un pays et présentent quelques livres écrits par des auteurs de ce pays. Vous vous doutez que j’adore le concept parce que c’est la manière dont j’aime lire. L’autre jour, c’était la Belgique. Ils ont proposé de découvrir un roman noir, le premier roman de François Weerts, Les Sirènes d’Alexandrie. Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman noir, je l’ai emprunté à la bibliothèque pour le lire très vite finalement.

On est en 1984 à Bruxelles. Antoine Daillez, tout jeune journaliste, fait ses premières armes aux faits divers, en tant que pigiste. Autant dire qu’il court après toutes les histoires un peu glauque qui se passe dans la ville, de la torture du poisson rouge par un enfant sadique (là c’est moi qui invente) aux crimes sanglants. Ce sont ces derniers qui font le plus vendre, bien évidemment ! Alors, quand un policier du rail l’appelle pour lui donner un tuyau, il n’hésite pas, même si cela lui semble peu intéressant : un suicide sur les voies de chemin de fer. Quand il arrive sur les lieux, il trouve des vieilles connaissances dont Martial Chaidron, flic à la brigade des mœurs, mais aussi une affaire beaucoup plus intéressante que prévu : un meurtre. Une vieille femme écrasée par un train alors qu’elle était ligotée aux rails. On ne peut douter qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Peu troublé par les faits, en vieux de la vieille, les policiers en profitent pour féliciter Antoine de son tout nouvel héritage : un « lieu de plaisir », L’Alexandrie. En réalité, il est propriétaire de l’immeuble et le commerce qu’il y a dedans, c’est le lieu de plaisir. Il ne s’occupe donc pas du commerce en lui-même.

Ne fréquentant pas ces lieux habituellement, Antoine accepte la proposition de Martial de l’accompagner pour faire connaissance avec les lieux. Quand ils arrivent sur place, plusieurs skinheads sont en train d’attaquer le commerce et sont arrêtés dans leurs méfaits par les hommes de main d’un autre patron de « lieux de plaisirs », Monaco, qui lui ressemble plutôt à un mac. Plus tard, on apprend que la vieille dame sur les rails était la locataire du premier étage de l’immeuble d’Antoine, que cette locataire recevait souvent la visite du grand-père de celui-ci. Puis, L’Alexandrie se fait de nouveau attaquer mais cette fois-ci, personne n’intervient et cela tourne mal. La patronne du bar est blessée sérieusement. Il ne faut pas être d’une grande intelligence pour remarquer que les problèmes ont commencé après la mort du grand-père et que la clef du mystère se trouve dans l’immeuble de L’Alexandrie visiblement (au deuxième étage plus exactement).

Antoine et Martial, assisté de Piotr Bogdanovitch, historien de son état, vont devoir remonter très loin l’histoire du grand-père, les menant jusqu’à un parti d’extrême-droite flamand et à la violence qui va avec.

J’ai beaucoup aimé ce livre, pas vraiment pour son histoire, plutôt sur tout ce qu’il m’a appris sur l’histoire architecturale bruxelloise et l’histoire belge en général.

Il s’agit bien ici d’un roman noir, et pas d’un roman policier donc il n’y a pas d’enquête. L’ambiance est donc sombre ; on rencontre très peu de personnes gentilles, croquant la vie à pleines dents (peut être la patronne du bar, et encore). On traîne dans des milieux peu recommandables, de la petite délinquance à la plus grande, sans trop passer devant les gens qui vont travailler tout simplement. Une sorte de Bruxelles parallèle en quelque sorte. L’enchaînement des événements est cohérent en lui-même, mais on ne peut pas franchement dire vraisemblable.

Par contre, ces événements entraînent l’auteur a raconté beaucoup de choses sur l’histoire belge, et en particulier sur le mouvement indépendantiste wallon. C’est extrêmement intéressant pour quelqu’un d’extérieur. L’histoire se déroulant principalement à Bruxelles, on découvre une autre ville : les commentaires sur l’architecture (pas forcément du goût de l’auteur visiblement) ne manquent pas, entre autre sur ces quartiers de la prostitution complètement délabrés, sur l’architecture art-nouveau, sur le palais de justice. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cet autre Bruxelles, ce Bruxelles d’avant et pas forcément celui des touristes. C’est une des grandes réussites du livre, arriver à retranscrire l’ambiance d’une ville. C’est d’ailleurs un des talents de l’auteur puisqu’il arrive aussi à bien faire sentir l’ambiance dans la police et plus généralement entre tous ces personnages.

L’auteur a sorti en 2015 une autre histoire dont le personnage principal est encore Antoine Daillez. Je me demande comment il a pu enchaîner avec un deuxième tome, vu la fin qu’il donne à ce volume-ci. Avez-vous lu cette seconde histoire ? Est-ce qu’elle vaut cet épisode-ci ?

Références

Les Sirènes d’Alexandrie de François WEERTS (Actes noirs / Actes Sud, 2008)

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. Box

LeConvoyeurDuIIIeReichCJBoxJ’ai pris ce tout petit livre à la bibliothèque à cause du titre, en rapport avec la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai donc pas les mêmes avis que sur Amazon, où les gens parlent plus ou moins d’arnaques car le livre est très très court et coûte 8 euros (en ce moment, il est à 2,99 euros en version électronique, pour ceux que cela intéresse).

J’ai beaucoup aimé cette courte nouvelle, non pas à cause du contexte historique, mais grâce la tempête de neige qui est décrite à l’intérieur du livre. L’histoire commence par l’attaque, à son domicile, d’un vieil avocat (et accessoirement de son chien) par deux « bandits ». Le but est de le kidnapper avec son jeu de clés et de le forcer à ouvrir un chalet (c’est une grosse maison en fait, mais c’est dans la montagne). On apprendra dans le texte qui sont ces deux bandits, qui possédait cette grosse maison dans la montagne et surtout qu’est qu’on peut y trouver.

On ne va jamais en Allemagne de toute la nouvelle et elle se passe dans un temps contemporain. Cela vous donne un peu une idée du lien ténu qu’il peut y avoir avec le IIIe Reich (2 pages environ). L’auteur s’est inspiré librement d’une brève trouvée dans un journal et donc vraisemblablement, il n’a pas trouvé de matières supplémentaires pour faire un roman historique (c’est plus ou moins ce qu’il précise dans l’interview en postface).

Par contre, pendant toute la nouvelle, on reste dans le Wyoming, en plein hiver et surtout en pleine tempête de neige. J’y étais totalement. En très peu de pages, l’auteur arrive à faire ressentir la peur de l’avocat, la stupidité des deux bandits, l’absence de visibilité, l’accélération de la tempête, la voiture avançant au pas dans un climat de fin du monde, les dérapages non contrôlés. C’est juste extraordinaire.

Je sais que C.J. Box écrivait des romans policiers mais je ne sais rien dessus. Est-ce que cela passe toujours dans le Wyoming ? Je demande parce que dans l’interview de fin, il dit qu’il s’est fixé comme but de décrire sa région et de lui rendre hommage. En lisant les résumés des autres livres, cela ne m’a pas inspiré mais peut-être pouvez-vous me donner des conseils par rapport à ce qui m’a plu dans ce livre-ci ? … Je ne suis pas chicaneuse sur l’histoire si le contexte est aussi bon.

Références

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. BOX – traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weill (Ombres noires, 2014)

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson

LEnferDeChurchStreetJakeHinksonJ’ai vu cette nouvelle collection sur plusieurs blogs mais j’avais résisté, toujours à cause du fameux Sukkwan Island, aux éditions Gallmeister. Sauf que je suis allée au Divan à Paris. Et il était dans les coups de cœur des libraires. J’ai donc acheté le livre et l’ai lu rapidement. Et c’était du pur bonheur ! Vraiment.

Je l’ai commencé mardi, en lisant les 150 premières pages, et terminé mercredi, en lisant les 80 dernières. Cela m’a confirmé que les transports en commun (surtout les gens qui sont dedans en fait) gâchaient mes lectures parce que sur les 80 dernières pages, j’en ai lu 50 dans le RER et 30 à la maison. J’ai trouvé que pour les cinquante pages le rythme avait changé, que cela s’essoufflait, qu’il n’y avait plus d’humour alors que pour les trente dernières pages, cela reprenait. Ce qui n’a absolument aucun sens. J’en suis donc venue à la conclusion que c’était un problème de concentration. Je vous raconte tout cela car je me suis achetée un nouveau carnet de lecture où il faut noter tous ces éléments qui peuvent jouer sur l’avis que l’on peut se faire d’un livre.

Commençons maintenant. La première partie est une sorte de courte introduction. Un homme en fuite tente de braquer quelqu’un pour manger et avancer dans sa fuite. Après avoir écarté plusieurs proies potentielles, il porte son choix sur Geoffrey Webb, un homme obèse qui semble facile à braquer. Celui-ci se révèle en réalité très difficile à braquer car il a du bagou. Il persuade notre braqueur de monter avec lui pour faire un bout de route, le temps qu’il lui raconte son histoire. À la fin du trajet, il lui donnera tout son argent (3000 dollars tout de même).

Le braqueur accepte d’aller à destination, c’est-à-dire Little Rock en Arkansas. La confession commence. Geoffrey Webb n’a pas toujours été l’homme qu’il est aujourd’hui. Un jour, il a été jeune et fringant ! Si, si ! Il a eu une enfance difficile, a un jour été emmené dans une église baptiste par un oncle où il a découvert sa vocation, inspiré par le Frère Leonard : entrée en religion mais non par conviction. Jugez plutôt :

J’avais aussi découvert une profession. Le Frère Leonard devint mon modèle, et en le regardant travailler pendant les années qui suivirent je commençai à comprendre que son boulot était une arnaque écœurante.

Le ministère peut être un métier dur, j’en suis sûr. Les prêtres voient les gens dans leurs pires moments, et on fait parfois appel à eux pour jouer les médiateurs dans des litiges d’une rare violence et être les témoins des plus affreuses tragédies humaines. On attend d’eux qu’ils apportent la lumière dans les ténèbres les plus obscures.

Mais c’est exactement la raison pour laquelle la religion, pour l’essentiel, est une escroquerie. En dépit de toute son histoire et de son prestige, de tous les bâtiments construits pour l’honorer et de tout le sang versé pour la diffuser, la religion n’a rien de différent de la lecture des lignes de la main ou de l’interprétation du marc de café.

Leonard, l’homme au grand cœur et au large sourire, ne travaillait probablement pas plus de trois heures par semaine. Mais il était payé comme s’il en faisait cinquante ! Il entretenait une femme et deux enfants adolescents en lisant des histoires de la Bible le mercredi soir. Cet aspect ne fut pas sans importance à mes yeux.

Cela me frappa de plein fouet, comme une inspiration divine. La religion est le boulot le plus génial jamais inventé, parce que personne ne perd d’argent en prétendant parler à l’homme invisible installé là-haut. Les gens croient déjà en lui. Ils acceptent déjà le fait qu’ils lui doivent de l’argent, et ils pensent même qu’ils brûleront en enfer s’ils ne le paient pas. Celui qui n’arrive pas à faire de l’argent dans le business de la religion n’a vraiment rien compris.

Donc une fois sa vocation déterminée, il ne lui reste plus qu’à faire les études qui vont avec et trouver un travail. C’est ce qu’il va faire avec brio, en se retrouvant après quelques années aumônier à Little Rock, Arkansas, dans une église baptiste gérée par Frère Card. Il est en charge du groupe des jeunes, et en particulier d’animer une réunion le mercredi soir. Il fait la connaissance de Frère Card, de sa femme, de leur fille Angela mais aussi des paroissiens qui sont soit des bien pensants en puissance ou des trafiquants. Les premiers sont bernés par le bagou de Webb mais les seconds le percent assez rapidement à jour. Par contre, on ne rencontre pas beaucoup de « gens normaux » dans ce livre.

Comme vous l’aurez vu à la couverture, il s’agit d’un roman noir. Il y aura donc des crimes et des meurtres (et pour le coup vraiment beaucoup), mais cela je ne vais pas vous en parler.

Le roman en lui-même est excellent : l’histoire, les personnages … Tout est absolument original et personnel. Trois éléments m’ont particulièrement intéressée dans ma lecture : l’humour de l’auteur et le rythme qu’il donne à son récit mais aussi le thème de la religion traitée de manière si irrévérencieuse (j’espère que vous l’avez vu à l’extrait).

L’auteur a un humour un peu pince sans rire. Ce n’est pas la franche rigolade mais plutôt une remarque, une manière de dire quelque chose qui détend l’atmosphère. Cela fait sourire pendant la lecture. C’est donc un peu comme du sport. Le rythme est ce qui m’a tout de suite scotché au livre. Les idées et les actions fusent sans pause. Je vous mets le premier paragraphe pour que vous puissiez juger :

Je travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussièreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma.

Je pense que cet extrait permet aussi de voir l’art de l’auteur pour dresser des portraits, situer des personnages.

J’espère que vous avez aussi été, comme moi, frappé par la manière de traiter la religion. J’ai déjà lu des ouvrages qui critiquent ou qui dénoncent en montrant, mais je n’avais jamais lu ce genre de phrase, surtout dans le livre d’un auteur américain. C’est irrévérencieux et assez violent (on peut diverger sur le fait que cela soit vrai ou non). Il y a une sacrée liberté de ton pour le coup. Cela a l’air assez caractéristique de cette collection car je suis en train d’en lire un autre, Cry Father de Benjamin Whitmer et c’est un peu la même chose.

Je vous recommande donc très fortement ce roman noir, sauf si la religion est un élément très important de votre vie et sur lequel vous ne supportez pas que l’on parle.

L’avis de Sibylline sur Lecture/Écriture.

Références

L’enfer de Church Street de Jake HINKSON – traduit de l’américain par Sophie Aslanides (Neonoir/Gallmeister, 2015)

Promenade du crime de Peter Guttridge

PromenadeDuCrimePeterGuttridgeJe recommence à ne plus réécrire de billets régulièrement. Je pense que cela vient du fait que j’ai repris les cours d’allemand la semaine dernière. Cela m’a bien déprimé aussi car le groupe a changé en partie et il y a forcément des gens que j’aime moins que les autres. Voilà quand même un billet !

J’avais ce livre dans ma liseuse depuis sa sortie en grand format. Je l’ai ressorti l’autre jour parce que j’ai vu que le troisième tome était sorti. Comme vous pouvez le voir sur la couverture, il s’agit en effet d’une trilogie, la Trilogie de Brighton et ici, c’est le premier volume. Après lecture, je peux vous dire que j’ai bien fait d’attendre car clairement il n’y a aucune réponse à la fin de ce livre et pourtant le livre ne cesse de poser des questions.

L’histoire consiste en deux enquêtes une actuelle et une passée, une sorte de cold case.

L’enquête actuelle

Le livre s’ouvre sur une scène d’assaut. La police assiège une maison, où elle suppose trouver un homme qu’elle recherche. Le quartier est maintenu par des familles de malfrat. Les forces de l’ordre se base sur le tuyau d’un indicateur et sont donc sur d’elles. Sarah Gilchrist fait partie de l’équipe d’intervention. Elle sent tout de suite le coup fourrée ou plutôt l’opération mal préparée. La suite lui donnera raison car quatre personnes seront abattues sans raison par la police et l’homme recherché ne se trouve pas dedans. Ce carnage provoquera deux nuits d’émeute. Robert Watts, gros bonnet des forces de l’ordre de Brighton, non présent (et même pas au courant) au moment des faits, prend tout de suite la défense de ses hommes. Cela provoque un tollé car on suppose que la police va couvrir ses arrières. Pour calmer le feu, on oblige Bob Watts a démissionné, sans auparavant avoir démoli son mariage avec Molly en dévoilant publiquement sa relation d’un soir avec Sarah Gilchrist. Sauf que Bob croit à la conspiration et il est teigneux. Le voilà donc parti en campagne pour comprendre ce qui s’est passé ce soir-là. Il sera aidé par Tingley, un ami qu’il a connu pendant sa période militaire, et par Sarah. Il est conforté dans son idée par le fait que plusieurs officiers impliqués ce soir-là sont tués et les autres menacés. De plus, ses supérieurs étouffent l’affaire en obligeant les personnes restantes à démissionner pour raison de santé.

Le cold case

Kate est la fille d’un politique, « ami » de Bob Watts. Elle travaille à la radio locale. Un jour, elle reçoit un coup de fil du propriétaire d’un hôtel qui dit avoir retrouvé les anciens dossiers d’un meurtre datant de 1934, le meurtre à la malle. On avait trouvé les bouts de corps d’une femme, découpée donc, en gare de Brighton (dans une malle) et de Londres (je ne me rappelle plus laquelle). Elle va consulter les dossiers dans l’idée d’en faire une émission rétrospective. Elle se prend de passion pour ce cas et décide de plus ou moins enquêter. Elle demande l’assistance de Bob Watts qui n’a plus rien à faire puisqu’il a été viré. Leurs enquêtes mettra au jour que le grand-père de Kate et le père de Bob (toujours vivant et écrivain de romans policiers), alors policiers, ont été mêlés de très près à l’enquête.

Mon avis

Clairement, le livre est mal écrit (ou il y a un problème dans la traduction, je ne sais pas). On suit trois personnes : Kate, Bob et Sarah. Pour Bob, on est au « je » et pour les deux autres, à la troisième personne du singulier. Le changement de point de vue se fait à l’intérieur d’un chapitre. Il faut quelques lignes pour comprendre qu’on a changé de personnages. Ce mode de narration est perturbant dans ce contexte car cela casse le rythme, pourtant haletant tout au long du roman, et en plus cela paraît complètement artificiel comme découpage. Par exemple, il y a, dans certains cas, des cliffangers à la fin des paragraphes

C’est par contre un roman qu’on ne lâche pas facilement. Les personnages sont très bien campés, tant au niveau du physique que du caractère. Comme je l’ai vu dans beaucoup de billet, la réussite de l’auteur est la description de Brighton. Pour moi, Brighton = station balnéaire. Pour Peter Guttridge, il y a bien la mer, mais il y aussi le sexe, la débauche de la ville et celle importée quand les gens viennent de Londres en villégiature, le crime à tous les étages, la drogue … Les gens ne sont pas tous heureux à Brighton, que ce soit chez les policiers ou chez le commun des mortels. C’est une description de Brighton que l’on sent vraie. L’auteur confirme dans la postface que plusieurs des affaires criminels dont il parle dans le livre sont réels. On peut citer par exemple, le gars qui sous l’effet de la drogue arrache les dents de sa copine à la tenaille (inutile de vous dire qu’elle ne s’en est pas remise).

Clairement, je vais continuer cette série car je n’aime pas ne pas savoir et qu’aucune des deux enquêtes n’est résolue à la fin de ce livre. Même pas le début d’une piste (pour moi en tout cas).

P.S. : J’ai oublié de préciser que si je me base sur LibraryThing, il s’agit plus d’un quartet que d’une trilogie. J’espère quand même avoir la solution au bout de trois tomes.

Références

Promenade du crime de Peter GUTTRIDGE – traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue (Éditions du Rouergue, 2012)