Manger l’autre de Ananda Devi

C’est un livre que j’ai repéré depuis longtemps après avoir lu plusieurs articles et surtout vu les vidéos de Tanneurs Quarante-Cinq. Il recommandait particulièrement ce livre, en prévenant que si on avait des problèmes de poids il fallait mieux éviter. Comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois ici, je suis dans ce cas-là puisque je suis obèse. Donc j’ai attendu patiemment que Manger l’autre soit disponible à la bibliothèque. C’est un absolu coup de cœur.

Le livre s’ouvre sur une citation d’Henry Miller, tirée de Tropique du Cancer :

Si je suis inhumain, c’est parce que mon univers a débordé par-dessus ses frontières humaines, parce que n’être qu’humain me paraît une si pauvre, une si piètre, une si misérable affaire, limitée par les sens, restreinte par les systèmes moraux et les codes, définie par les platitudes.

Dans ce roman, on va suivre une jeune fille, de sa naissance à ses seize ans, une jeune fille que beaucoup ne considèrent pas comme humaine. Dès sa naissance, elle était un bébé hors-norme au niveau du poids, effrayante pour sa mère filiforme. La légende veut même qu’elle ait dévoré sa sœur jumelle dans le ventre de sa mère. En tout cas, c’est la manière que trouve le père pour accepter ce nouveau-né. La mère, elle, n’y arrivera. Après quelques mois, elle les abandonne tous les deux. Le père se transforme alors en adorateur, fournissant de manière incessante son enfant en nourriture, la rendant totalement dépendante à la bouffe. Le livre est raconté par la jeune fille de seize ans qui revient sur son parcours. Elle raconte à la fois les moqueries, la méchanceté des enfants et professeurs, la souffrance des regards extérieurs et la détestation de son propre corps, qu’elle regarde avec une très grande lucidité.

[Pendant la journée sportive au collège] L’enfant énorme exposé aux milliers d’yeux qui, dans sa tête, deviennent des millions d’armes braquées sur lui. Même la lumière se concentre au milieu de son crâne, un doigt pointé pour dire à l’immense stade :  la voici, c’est elle.

Je suis l’agneau d’Abraham. Le sacrifice humain des Aztèques. Le rat responsable de la peste. La nuit de la malédiction s’abattant sur le monde.

Le chemin autour du stade est si long que je ne peux en imaginer la fin. Je suis vouée à être l’ultime pâture. À cheminer seule jusqu’à la roche Tarpéienne. À marcher jusqu’à mon échafaud.

Et j’attends, comme d’habitude, le premier sifflement marquant l’arrivée de la huée.

Au fur et à mesure que je marche, les sifflets s’ajoutent les uns aux autres jusqu’à ce qu’ils deviennent une pluie d’aiguilles se fichant dans ma chair. L’air est incandescent. Ma peau est rouge feu. Je ressemble à un ballon de baudruche, mais je ne suis, hélas, pas faite de la même matière. Sinon j’aurais dégonflé sous la piqûre des sifflets et j’aurais disparu, soulagée, dans une bouffée d’air. [p. 34]

Il [son père] ne comprend pas que la civilisation qui m’a créée me perçoit comme un parasite dont elle doit se débarrasser, que la tentation des nourritures terrestres semble être, pour ceux dont le métabolisme diffère du mien, un examen de volonté humaine, auquel j’ai pitoyablement échoué. [p. 81-82]

Ananda Devi expliquait une interview à Télérama que l’idée de ce roman lui était venue lors d’un passage à l’aéroport de New-York où elle a été marquée par la surabondance de nourriture et le fait que les gens mangent en public. Dans le livre, elle revient sur cette idée que cette jeune fille et son corps sont le symbole de la société et d’un dysfonctionnement. On le voit déjà un peu dans l’extrait précédent mais c’est plus direct dans les extraits suivants :

Je suis le rejeton monstrueux d’une mariage contre nature entre surabondance et sédentarité. Je subis ce que vous refusez de voir mais subirez tous un jour : le gonflement grotesque de l’inutile. Et qu’y a-t-il de plus inutile que l’excès de gras, je vous le demande ? [p. 28]

La ville, comme le monde, s’était fracturée en deux. De l’autre côté des barbelés, des yeux immenses et sombres que l’on devinait des désirs de violence n’es de l’impuissance, le reflet d’une pierre serrée dans une main. Et à l’intérieur des murs, les retranchés, aussi captivés que moi par un gavage d’une autre sorte, celui du superflu qui leur donnait l’illusion d’être vivants. [p. 75]

C’est facile de parler de compassion et de justice, mais en réalité, cela n’existe pas. Tu vois, une partie du monde a tout ce qu’il faut, à portée de main. Or, comment vivre, avec quelles aspirations, quand ton frigo est plein et que tu n’as ni trop froid ni trop chaud, ni peur du lendemain ? Tu dois alors poursuivre des désirs artificiels, te créer des peurs, inventer la menace que tu perçois dans l’œil des autres. Et à force d’y croire, les dangers deviennent réalité. L’appétit de la destruction commence à combler le vide. Que l’on soit acteur ou spectateur de la violence, chacun ouvre les yeux au matin en ce demandant quelle nouvelle catastrophe tiendra le jour de noir, le rendra plus intéressant, le fera se sentir, paradoxalement, plus vivant.

Tandis que celui qui est assis sur son trottoir avec tous ses biens dans un sac à ses pieds, il a froid ou faim, mais pas de chair humaine, pas du sang des autres. Il a besoin de nourriture et de chaleur, pour son corps comme pour son âme. C’est comme s’il appartenait à une autre espèce, la violence qui les habite lui est étrangère. Il se laissera mourir mais n’y participera pas. [p. 172]

La narratrice changera radicalement de point de vue sur elle-même quand elle sera enfin aimée pour elle-même par un homme plus âgé, qui aime les rondes, un charpentier venu la sortir d’une porte dans laquelle elle s’était coincée. Pourtant, sa haine d’elle-même la rattrapera car être obèse, cela façonne toute une vie mais aussi un caractère.

J’ai adoré ce livre car Ananda Devi ne tombe jamais dans la facilité : on ne plaint pas vraiment la jeune fille (on la comprend pourtant) mais et ne se pense pas non plus que tout est la faute du père ou de la société. L’auteure a su transcrire la complexité de la situation, sans reprendre les discours que l’on peut entre ou lire : il suffit de se faire opérer et tout ira mieux, il suffit de faire un peu de sport, de rééquilibrer son alimentation, ce n’est qu’une question de volonté. J’ai particulièrement apprécié que le livre ne se termine pas sur un happy end, comme par exemple elle maigrit, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Je ne l’ai pas encore dit mais je n’avais jamais lu Ananda Devi (et je n’avais même jamais eu envie de la lire, même en ayant vu à de nombreuses reprises Le Sari vert, paru en Folio). J’espère que les extraits le laissent voir mais QUEL STYLE !!! C’est percutant et rapide. Elle est capable de dire cinquante fois la même chose de cinquante manières différentes. Elle peut aussi exprimer n’importe quoi avec quelques mots, c’est en tout cas l’impression qu’elle donne. Une écrivaine, quoi ! Pourquoi n’est-elle pas plus connue, c’est un vrai mystère.

Un coup de cœur, une vraie découverte qui restera longtemps en moi.

P.S. : je précise, après avoir lu les commentaires sur Amazon, qu’il y a des scènes difficiles qui peuvent choquer.

Un autre avis coup de cœur sur Lecture / Écriture.

Références

Manger l’autre de Ananda DEVI (Grasset, 2018)

L’alternative suivi de Un destin de femme de Taslima Nasreen

J’ai trouvé ce roman par hasard à la bibliothèque. Je cherchais un autre livre dans les N. Comme j’aime beaucoup cette collection, j’ai retourné celui-là pour lire la quatrième de couverture et je l’ai pris.

Je ne connaissais pas Taslima Nasreen mais elle semble très connue depuis de nombreuses années en France au moins. Je résume un peu sa biographie car je trouve que cela permet de mieux comprendre son travail. Taslima Nasreen est née en 1962 au Bangladesh. Elle fait des études de médecine (et suit ainsi les traces de son père), avec une spécialisation en gynécologie, spécialité qu’elle exercera pendant plusieurs années. Parallèlement, elle écrit des poèmes (son premier recueil est publié en 1986), des éditoriaux (qui la font connaître du grand public) et des romans … C’est pour un de ses romans, Lajja,  « dénonçant l’oppression musulmane sur une famille hindoue » (d’après Wikipédia), qu’une fatwa sera prononcée contre elle en 1993. Ce qui l’amènera sur les routes de l’exil, dans différentes villes européennes et à New York. Elle continue pour autant à dénoncer la condition féminine dans les pays musulmans. Dans les années 2000, suite à un discours en Inde, une prime est offerte par un groupe islamiste pour sa décapitation. Malgré tout, elle défend toujours aujourd’hui ses idées à travers le monde.

Ce livre comprend deux récits : L’alternative et Un destin de femme, les deux récits étant sûrement inspirés de ses expériences personnelles et médicales au planning familial.

Le premier récit prend une forme épistolaire. Deux sœurs séparées depuis longtemps s’écrivent pour se raconter leur vie, et surtout leurs choix de vie. En effet, la sœur aînée, Jamuna, s’est affranchie d’un mari ne pouvant pas vivre avec une femme ne souhaitant pas s’effacer devant lui, d’autant que Jamuna a fait de bonnes études et gagne très bien sa vie. Bien sûr, sa famille ne soutient pas son désir de vie indépendante et s’inquiète pour elle. Elle explique dans ses lettres, sa nouvelle vie, son nouveau mariage (et son nouvel échec) et son désir de vivre vraiment enfin libre. Sa petite sœur, Nupur, vit encore chez ses parents et, est de plus très croyante. Elle aussi a fait de bonnes études mais arrive le temps où sa famille veut la marier. Alors qu’au début du récit, Nupur critique Jamuna (même si la critique n’est jamais véhémente) car elle ne vit pas selon les préceptes selon lesquels elle a été élevée. Au fur et mesure qu’elle se retrouve confrontée aux mêmes problèmes que sa sœur, son point de vue change et elle comprend mieux ce qui a poussé Jamuna à agir comme elle l’a fait et comme elle continue à le faire. Ce récit aborde donc les thématiques de la religion, de la condition féminine, du mariage (forcé ou non), de la sexualité féminine.

Ce dernier thème devient prépondérant dans le deuxième récit, Un destin de femme. Une jeune fille de bonne famille, Hira, est mariée, juste après la fin de ses études au lycée, à un très bon parti, Altaf (beau, intelligent avec de l’argent). Dès lors, elle ne vivra plus que dans la famille de son mari, ne pourra vivre (sortir, voir ses amies …) sans en référer à sa belle-famille. Elle n’a aucun a priori négatif sur cette situation et est même plutôt prête à tout faire pour s’adapter à sa nouvelle vie. Sauf qu’il y a un problème. Le monsieur parfait est impuissant, Hira en ressent un très grand malaise et une très grande frustration car tout d’abord, elle ne sait pas ce qu’il se passe (car elle n’a jamais réellement eu d’éducation sexuelle ; elle comprend au fur et à mesure) et quand elle commence à en parler à son mari, celui-ci devient un tyran jaloux, refusant qu’elle sorte même de chez elle. Il se plaint de son attitude à ses parents, qui prennent son parti à lui. Hira devra lutter contre sa famille, sa belle-famille, son mari et même la société pour réaliser son rêve de reprendre ses études.

On voit bien dans ces résumés que ces deux récits sont inspirés de l’expérience de Taslima Nasreen ; les thèmes en sont la sexualité féminine mais aussi la condition féminine dans les classes supérieures de la société. Il n’y a que très peu d’allusions à la religion. On ne peut qu’être concerné et consterné par ces histoires. L’auteur parle bien de l’emprise de l’éducation et de la pression sociale énorme qui s’impose à ses femmes pour qu’elles perpétuent un mode de vie qui devient de moins en moins tenable (d’autant que beaucoup rêvent d’études). Leur solitude et leur courage sont aussi très bien décrits. On ne peut pas critiquer ce que l’auteur raconte car elle nous parle d’expériences réelles et horribles. Le problème que j’ai rencontré (et qui a fait que j’ai mis un peu de temps à lire ce livre) est que l’écriture semble un peu simpliste, un peu sujet verbe complément parfois (la construction des histoires est très bonne par contre). On a parfois l’impression de lire plutôt une démonstration qu’une oeuvre littéraire. Cela manque de description de l’environnement, des personnages … L’auteur est tout à son idée et à sa dénonciation, sans forcément se soucier que le lecteur visualise les récits.

En conclusion, c’est une bonne lecture, édifiante et intéressante. Par contre, je pense que j’essaierais plutôt un roman pour découvrir le talent littéraire de l’auteur.

Références

L’alternative suivi de Un destin de femme – récits traduits du bengali par Philippe Benoît (La Cosmopolite / Stock, 1997)

La carte du monde invisible de Tash Aw

Quatrième de couverture

Indonésie, 1960. Quand son père adoptif est enlevé par les soldats de Soekarno dans le cadre des purges anticolonialistes, Adam entreprend de partir à sa recherche. À seize ans, il a été abandonné à deux reprises déjà : par sa mère, dans la petite enfance, puis par un frère aîné qui lui a été arraché au temps de l’orphelinat et dont le souvenir le hante. Guidé par quelques vieilles photos et d’anciennes lettres d’une dénommée Margaret, amour de jeunesse de son père adoptif, il quitte la petite île de NusaPerdo pour rejoindre Jakarta, où règne un climat fébrile…

Au sein d’un contexte politique mouvementé – la fameuse « Année de tous les dangers » indonésienne -, l’histoire de quête familiale et de quête identitaire que Tash Aw nous conte avec un intense suspense psychologique sait faire la part belle à la poésie des lieux. L’île imaginaire de Nusa Perdo, les biens réelles villes de Jakarta et de Kuala Lumpur ne sont pas de simples décors. Aussi marquées par le passé et incertaines de l’avenir que les acteurs du roman, elles conduisent le lecteur, curieux et ému, à explorer les captivants tréfonds de ce monde invisible.

Mon avis

J’ai lu ce livre en partenariat avec Newsbook. Je remercie donc Ys qui s’occupe si bien de ce site et les éditions Robert Laffont.

Ce livre mêle deux histoire en alternance et pratiquement en parallèle. Adam cherche à la fois son frère et son père mais sa recherche se fait de manière totalement parallèle et surtout très différemment.

Pour son père, Adam a une attitude active ou pseudo-active. Il va trouver Margaret à Jakarta, lui demande de l’aide. Elle met tout en branle pour retrouver son ancien amant, en exploitant notamment des relations proches du pouvoir. Cette histoire est très intéressante à mon avis car elle explique tout le contexte politique de l’époque, les enjeux … Tash Aw exploite différents points de vue, des blancs aux pauvres, aux orphelins, aux communistes en passant par les riches indonésiens. On apprend énormément de choses. De plus, dans cette partie, l’auteur cherche à comprendre qu’est-ce qu’appartenir à un pays. Il livre une réflexion loin des stéréotypes sur le sentiment d’appartenance, de rejet, de nationalités. Il y a aussi une réflexion intéressante sur le post-colonialisme. Cette histoire du livre, liant à la fois réflexion intérieure et réflexion historique, m’aurait amplement suffit.

Cependant, Tash Aw a choisit de mêler à tout cela la recherche du frère. Cela m’a ennuyé. Adam a une attitude passive et la recherche de son frère se fait surtout dans le passé et donc dans les souvenirs. Le problème c’est que ses souvenirs sont très peu nombreux et qu’il les ressasse beaucoup je trouve. Là dessus, Tash Aw alterne avec le mal-être du frère, Johan, qui a été adopté et emmené en Malaisie. Tout cela n’apporte rien ou plutôt l’auteur n’apporte rien. Il n’en fait rien. Je n’ai ressenti aucun sentiment, aucune empathie pour les deux garçons et l’auteur n’en tire aucune conclusion sur l’adoption, la séparation de deux frères … Je crois qu’au contraire de la première histoire du livre, celle-ci aurait du s’inscrire dans la durée et ne correspondait pas forcément au cadre temporel du livre. La quête familiale, des origines, est à mon avis, quelque chose qui demande plus d’un ou deux mois. Surtout qu’Adam ne l’avait pas commencé au début de l’histoire. J’ai donc été un peu déçue.

Sur l’écriture, j’ai été assez déroutée. Elle est souvent assez froide mais il y a aussi des moments de pure beauté, de pure poésie. Ces moments correspondent souvent aux moments où on n’arrive à comprendre les personnages et où on s’approche plus de l’histoire. Ce qui m’a déroutée, c’est le fait que parfois apparaisse des passages sans aucun rapport avec ce qui précède. Il y a une absence de liaisons assez flagrante.

En conclusion, une lecture intéressante, je dirais.

D’autres avis

Ceux de Titine, Lou, Cryssilda, Kathel, Calypso, Will

Références

La carte du monde invisible de Tash AW – traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff (Robert Laffont, 2012)

Première parution en anglais en 2009.

Les derniers flamants de Bombay de Siddhart Dhanvant Shanghvi

Présentation de l’éditeur

Dans les marais, les flamants roses sont les symboles tenaces d’un Bombay qui est devenu Mumbai. C’est dans les quartiers huppés que Karan Seth, venu saisir avec son appareil l’esprit de la mégapole, va croiser ses modèles : Samar, pianiste, excentrique, homosexuel ; la star de Bollywood, Zaira, et Rhea, dont les frustrations d’épouse l’entraînent dans une relation avec le jeune photographe. L’assassinat de Zaira va bouleverser ce microcosme mondain et faire remonter à la surface tous les non-dits de la haute société indienne : le sexe, l’argent, l’obsession de la célébrité, battent en brèche les valeurs fondamentales, alors que les préjugés gardent leur emprise sur tous.

Mon avis

J’ai reçu comme beaucoup ce livre avec Babelio. Je l’ai commencé début août dans l’idée de mettre mon billet pour le 25, date de sortie. Pleine de bonne volonté, j’ai lu la première partie qui correspond à la présentation de l’éditeur. L’impression que j’ai eu c’était que c’était écrit avec les pieds, que je lisais un film hollywoodien. Je voulais l’abandonner parce que je ne vois pas pourquoi je lirais un livre indien (dans l’idée de me dépayser un peu : je ne suis partie de chez moi c’est pour ça) alors que je pouvais allumer la télé et voir la même chose. Les images défilent mais on n’a pas vraiment le temps (et surtout l’envie) de s’attarder dessus, on oublie tout de suite.

J’étais à deux doigts d’écrire la même chose qu’Amanda mais je n’ai pas osé et surtout je l’aurais bien moins fait. Je l’ai mis de côté. Le 25, j’ai lu les avis de Tamara, de Daniel mais surtout celui de Manu. Je me suis dit qu’il fallait que je donne une nouvelle chance à ce roman. Après ma soutenance de thèse, je l’ai donc repris l’esprit libre et j’avoue que c’est un roman qui se lit plutôt bien. Les personnages s’étoffent dans les deuxième et troisième partie et on a vraiment l’impression de lire un livre et plus un film. Ce qui me gênait c’est que l’auteur ne vise pas à ce qu’on s’identifie aux personnages mais il décrit leurs vies et sentiments tout en étant très pudique. Finalement, j’ai ressenti de la pitié pour ces personnages broyés par le destin mais jamais d’empathie et je ne me suis jamais sentie concernée.

Pour ce qui est du côté dépaysant que je recherchais quand j’ai accepté la proposition de Babelio, j’ai plutôt été déçue car ce que décrit Shanghvi c’est l’Inde la plus occidentale possible et finalement l’Inde traditionnelle, l’Inde que l’on nous présente, l’Inde colorée, n’est qu’effleurée. Les personnages sont favorisés et n’approchent que très rarement, sauf dans les marchés pour marchander, des personnages plus populaires. Les domestiques passent dans le roman.  Je crois que c’est aussi ce qui m’a paru étrange : un roman occidental écrit avec des images indiennes (les images sexuelles dont on a beaucoup parlé mais aussi la cuisine, les croyances. La mise en parallèle des deux m’a paru étrange mais c’est sûrement ça l’Inde d’aujourd’hui. Les derniers flamants de Bombay est un roman qui me laisse beaucoup d’incompréhensions mais aussi beaucoup de curiosités inassouvies . Je suis d’accord avec Manu que cela me donne envie de mettre le premier dans ma PAL.

Références

Les derniers flamants de Bombay de Siddharth Dhanvan SHANGHVI – traduit de l’anglais par Bernard Turle (Éditions des 2 terres, 2010)

Mes sacrées tantes de Bubul Sharma

Quatrième de couverture

Après La colère des aubergines, Bubul Sharma nous revient avec des histoires pétillantes de drôlerie.

Des femmes partent en voyage, et leur vie bascule. Elles partent pour se marier, pour aller voir leur fils, pour échapper au crime qu’elles croient avoir commis ou à une belle-mère tyrannique. Sous leurs regards baissés et leurs saris chatoyants, elles cachent un coeur limpide, un courage à toute épreuve, et elles accueillent les surprises du chemin avec une sagesse relevée au sel de l’humour. Au fil de leurs voyages, défilent les paysages de l’Inde, des rizières vert émeraude aux défilés escarpés de montagne, et les rencontres improbables : danseuses travesties en veuves, raja déchu d’un palais surgi des mille et ne nuits, fantôme amoureux ou ours chapardeur. Mais au détour de la route, c’est leur paysage intérieur qui soudain change : les chaînes qui entravent leurs pas depuis des siècles se font plus légères, et au bout du voyage, parfois, les attend la paix. Ou la liberté. Ou l’amour.

Les histoires de Bubul SHarma nous prennent par la main pour nous emmener sur des chemins détournés, imprégnés des senteurs de l’Inde ; elles ont la malice de la fable, la délicatesse de la miniature indienne, la poésie des contes de fées ; et si elles nous font éclater, c’est avant de nous toucher au coeur.

Mon avis

Je n’ai que des points positifs à souligner pour ce livre et pourtant il m’en reste une impression mitigée, c’est-à-dire pas vraiment enthousiaste. Peut être parce que la libraire m’a dit que c’était drôle et que je n’ai pas ri une seule fois, sourit parfois mais surtout à cause de formules intelligentes de la part de l’auteure.

C’est ce qu’il y a à mon avis de plus intéressants dans ce livre. Il s’agit de sept histoires de femmes de tout âge dans une Inde traditionnelle (on ne parle jamais de l’Inde moderne que l’on peut voir dans les médias). Ces femmes font chacune à leur manière une petite révolution sans violence qui modifie les habitudes de leurs familles et entourages. Bubul Sharma nous raconte tout cela sous le mode de la fable. Elle ne se moque pas, ni ne dénonce de manière virulente. Elle emploie des mots simples mais qui décrivent exactement la situation : cela donne une impression de cocasserie mais pas de drôlerie.

L’autre point qui m’a particulièrement intéressé c’est bien évidemment la découverte de l’Inde traditionnelle, de ses histoires de femmes. On se croit vraiment dans un autre monde ! C’est ce côté dépaysant dont j’avais envie en moment.

Mais pour ne rien cacher, j’ai lu les nouvelles en deux fois parce que j’avais une impression de langueur, voire de lenteur. Et que ça m’a dérangé mais après je me suis habituée et j’ai gouté avec plus d’intérêts ces charmantes nouvelles.

Livre lu dans le cadre du Prix littéraire des blogueurs. Vous trouverez donc des liens vers d’autres billets ici ! Maintenant va falloir que je réfléchisse à ma note.

Comme la dernière fois, si une des participantes veut que le livre voyage jusqu’à chez elle, qu’elle n’hésite pas. Ce sera avec plaisir pour moi !

Références

Mes sacrées tantes de Bubul SHARMA – nouvelles traduites de l’anglais (Inde) par Mélanie Basnel (Picquier poche, 2009)