La conscience de l’utlime limite de Carlos Calderón Fajardo

LaConscienceUltimeLimiteCalderonFajardo

Présentation de l’éditeur

Inventer un crime pour occuper la page blanche d’un quotidien : belle tentation et coup de maître pour Calderón, pigiste en mal de gloire littéraire qui se retrouve pris au piège de son idée. Car le succès de son meurtre insolite « Le musicien assassiné et la belle au bois dormant », accompagné de photos truquées, l’entraîne dans une pente dangereuse, l’obligeant à inventer de nouveaux faits divers extravagants avant d’être confronté à l’insaisissable Dompteur de mouches, qui lui raconte ses propres crimes et lui lance un défi.

Roman gothique qui joue des extrêmes, texte à double fond qui évoque un pays dévoré par la violence, labyrinthe fantastique jouant avec les mauvais genres, La Conscience est considéré comme l’un des meilleurs romans noirs péruviens, et nous plonge dans l’inquiétante étrangeté de l’Amérique du Sud.

Mon avis

Comme quoi les préjugés ont la vie dure ! C’est le dernier type de roman que je m’attendais à lire d’un auteur péruvien. J’aurais plutôt pensé à un auteur espagnol (parce que l’auteur joue entre réalité et fiction comme Enrique Vila-Matas) ou à un auteur argentin (car dans la présentation de l’auteur par l’éditeur, on nous parle de Borges).

C’est un livre réussi. Il ne faut pas y chercher un livre où c’est le cœur qui fonctionne à la lecture mais plutôt l’esprit. En effet, tout au long de la lecture, je me demandais où j’en étais : dans la réalité du journal au Pérou, au Pérou même (dans les description de meurtres sanglants), dans les histoires inventées par Calderón (fausses histoires de meurtres), dans les vraies fausses histoires inventées par le Dompteur de mouches (plagiaire de la réalité, incapable d’inventer une histoire).

Il y a clairement de quoi s’y perdre, d’autant que la mise en forme du texte ne vise pas à aider le lecteur. On passe d’une situation à une autre sans changement de paragraphe. De même, on peut trouver les personnages réels dans les histoires inventées et vice versa. Il n’y a pas non plus de dialogue. On suit la pensée de Calderón qui semble aussi perdu que nous, voire plus puisqu’il est en pleine tourmente au sujet de son imagination et de son talent littéraire et/ou journalistique.

Le livre ne fait que 112 pages mais il ne faut pas relâcher son attention une seule seconde si on ne veut pas se perdre dans les méandres de l’histoire. 112 pages, c’est court mais l’auteur arrive à vous laisser penser que vous avez toujours été plongé dans ce livre. C’est dire que l’auteur arrive réellement à recréer un monde autour de son lecteur.

Références

La conscience de l’ultime limite de Carlos Calderón FAJARDO – traduit de l’espagnol (Pérou) par Lise Chapuis (L’arbre vengeur, 2012)

L’esprit de mes pères de Patricio Pron

LEspritDeMesPeresPatricioPron

Présentation de l’éditeur

Au chevet de son père mourant, un jeune écrivain argentin découvre que son père nourrit depuis des années une véritable obsession pour un homme assassiné dans de mystérieuses circonstances en 2008. Sans le vouloir, il se lance sur les traces de son histoire familiale en cherchant à comprendre pourquoi son père traquait le moindre indice concernant ce fait divers. D’une écriture incisive, presque chirurgicale à la façon d’un Truman Capote, Patricio Pron met en scène les malaises d’une société argentine toujours malade de son passé. Ce n’est plus son histoire ni celle de son père qu’il raconte mais la douleur de toute une génération d’enfants en attente de réponses, si douloureuses soient-elles.

Mon avis

Ce livre est une histoire vraie, l’histoire de Patricio Pron, de son père, de sa famille, de son pays. L’auteur a cependant ajouté des éléments de fiction pour les besoins de son projet ; son père a jugé bon d’apporter des corrections, des observations. On peut lire son texte ici (en espagnol).

Le texte que nous livre ici Patricio Pron est touchant pour deux raisons :

  • sa sincérité ;
  • son incapacité à raconter l’histoire de son père, de la génération de celui-ci. Il raconte seulement sa génération. Il n’arrive pas à retrouver son père malgré ses efforts à mon avis.

Je m’explique un peu mieux. Quand j’ai ouvert le livre, je m’attendais à lire un livre classique sur l’envie de mieux comprendre ses parents avant qu’ils ne meurent. Dans le cas d’un écrivain argentin, je m’attendais aussi à lire l’histoire de disparus de la dictature. Il y a de tout cela mais le récit n’est pas classique car il ne cherche qu’à atteindre la vérité et non une vérité.

Patricio vivait en Allemagne depuis huit ans, sans aucune envie de retourner au pays pour voir sa famille par exemple. Il travaillait dans une université, n’avait pas d’appartement fixe car il préférait vivre chez les autres, se gavait de cachets pour oublier. Quoi ? On ne le sait pas vraiment et Patricio, lui, ne le sait plus vraiment tellement il en a pris. Patricio va chercher à transcrire cet état semi-comateux dans ce livre racontant la recherche du père, et ce même si le livre est écrit a posteriori. Cela passe par une construction originale : les chapitres sont extrêmement courts, pas numérotés dans l’ordre (beaucoup de numéros sont sautés). Tout cela est dans le but de nous faire ressentir une attention s’attachant à des détails qui disparaissent plus ou moins de suite, une attention ne voyant pas la globalité des choses. C’est ce qui à mon avis est le plus déroutant dans le livre, même si c’est aussi le plus touchant car le plus sincère.

Un jour, il reçoit donc un coup de téléphone lui expliquant que son père est dans le coma, qu’il est mourant et que la famille l’attend. Il y va donc souffrant du syndrome du touriste dans son propre pays. Ce qui est normal après autant d’absence. La première partie raconte le départ d’Allemagne, l’arrivé en Argentine, les retrouvailles de la famille (sa mère, un frère, une sœur), la première visite à l’hôpital.

La deuxième partie, très importante en volume, raconte la découverte par l’auteur d’un dossier, dans le bureau de son père, sur la disparition d’un homme en 2008. Cet homme a été retrouvé tué dans un puits. Il s’avèrent que c’est une sombre histoire d’escroquerie, où cet homme qui a toujours été seul a été abusé par une jeune femme, qui lui a pris son argent … et elle était assisté de son mari bien sûr. Il s’avère que le disparu est le frère d’une disparue de la dictature, que l’argent était celui de l’indemnité qu’il avait reçu pour cette disparition. Le père de l’auteur était un ami très proche de la disparue mais, on croit le comprendre à demi-mot, il avait aidé à ce que l’homme est cet argent. À travers la disparition du frère, le père de l’auteur voulait comprendre une disparition, celle de la sœur, qui n’a jamais été élucidée.

L’auteur fait clairement le parallèle entre la recherche du père avec celle que lui entreprend sur son père. C’est ce qu’il raconte dans le reste du livre.

En fermant ce récit, je me suis dit que Patricio Pron s’était exposé devant mes yeux tel qu’il est. C’est un livre touchant de sincérité car il ne donne pas l’impression d’avoir été arrangé dans l’histoire mais aussi dans la construction. Ce que j’en retire, c’est qu`à la fin du livre, l’auteur commençait à reprendre sa vie en main, que ce livre était un livre de reconstruction car il acceptait enfin de se souvenir de son enfance, de sa terreur aussi. Pourtant, je n’ai pas eu le sentiment que l’auteur avait mieux compris son père et c’est peut être aussi parce que moi je n’ai pas compris qui était ce père, grand absent dans le livre (forcément puisqu’il ne peut pas parler), quel avait été son combat.

Des extraits

 « En reposant les photographies sur le bureau de mon père je compris qu’il s’était intéressé au sort d’Alberto Burdisso parce qu’il s’était d’abord intéressé à celui de sa sœur Alicia, et que cet intérêt était la conséquence d’un fait que mon père n’avait peut-être pas pu s’expliquer – mais qu’il avait tenté d’élucider en réunissant tout ce matériaux -, à savoir qu’il l’avait initiée à la politique sans savoir qu’elle y laisserait la vie ni qu’il lui en coûterait des décennies de peur et de remords, et que j’en subirais le contrecoup, des années plus tard. En essayant de me détacher des photographies que je venais de voir, je compris soudain que nous devrions, nous fils des jeunes des années 70, élucider le passé de nos parents, tels des détectives, et que nos découvertes ressembleraient beaucoup trop à un roman policier que nous aurions préféré n’avoir jamais acheté, mais je compris aussi qu’on ne pouvait pas raconter leur histoire à la manière du genre policier, et que d’ailleurs adopter ce modèle serait trahir leurs intentions et leurs luttes, car rendre compte de leur histoire à la manière d’un récit policier reviendrait simplement à admettre l’existence d’un système de genres, c’est-à-dire d’une convention, et donc à trahir leurs efforts, qui avaient visé à mettre en doute ces conventions, les conventions sociales et leur effet dans la littérature. »

« Naturellement, une minute ne pouvait pas non plus être comptée de façon consécutive et linéaire, et mon père avait sans doute cette idée en tête quand il me dit qu’il aurait aimé écrire un roman, mais que celui-ci n’aurait jamais pu être raconté sous cette forme. Naturellement aussi, je n’aurais pas été en conformité avec ce que mes parents faisaient et pensaient si j’avais adopté cette façon de l’écrire ; s’interroger sur la façon de raconter leur histoire revenait à se demander comment l’évoquer et comment les évoquer, ce qui suscitait d’autre interrogations : comment raconter ce qui leur était arrivé si eux-mêmes n’ont pu le faire, comment raconter une expérience collective, de façon individuelle, comment rendre compte de ce qui leur est arrivé sans laisser penser qu’on veut faire d’eux les protagonistes d’une histoire qui n’est pas collective ? Et quelle place occuper dans cette histoire ? »

Références

L’esprit de mes pères de Patricio PRON – traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Bleton (Flammarion, 2012)

Prix Courrier International – sélection 2012

Jamais plus de peine ni d’oubli de Osvaldo Soriano

Présentation de l’éditeur

Entre 1973 et 1974, dans une minable bourgade proche de Buenos Aires, des rumeurs d’infiltration marxiste sèment la zizanie chez les petits chefs péronistes. Cela tourne au western absurde, les fantoches de Soriano ne mégotant ni sur la bouteille ni sur le choix des armes (dynamite, camionnette, bulldozer, épandage de matière fécale…) pour arriver à leurs fins. Une tranche subversive, bouffonne, sanglante, de l’histoire argentine, servie par l’un des plus mordants romanciers sud-américains. Italo Calvino ne comparait pas pour rien Soriano à un « Hemingway héroï-comique ».

Mon avis

Le titre anglais est beaucoup plus parlant que le français : A Funny Dirty Little War. Osvaldo Soriano place son histoire dans une bourgade de campagne où il y a énormément de notables, le reste de la population est en arrière plan dans le livre. Il y a le maire, le secrétaire du maire, le maire de la grande ville de la circonscription, les policiers du villages, ceux au-dessus, ceux de la grande ville.

Il y a un moment dans la ville des rumeurs qui insinuent que le maire et son secrétaire ne sont pas des vrais péronistes mais plutôt des sales communistes. Bien sûr, les autres notables veulent les chasser mais c’est sans compter sur la résistance des deux hommes. Chaque camp va réunir une petite armée de partisans autour de lui (civil ou non) et la guerre des tranchées peut commencer : les uns devant la mairie, les autres à l’extérieur.

Au début de la lecture, on se dit que c’est bien ridicule de se lancer dans une guerre alors que la veille, on était encore très amis (c’est un peu le principe de la guerre civile mais c’est quand même ridicule). Les situations sont burlesques, les moyens pour se combattre aussi (un avion qui balance de la merde, il fallait quand même l’inventer), les plans pour se défendre idem. J’ai eu un peu de mal à retenir les prénoms. Je me demandais parfois si tel personnage n’était pas dans le camp adverse avant, et n’était pas juste venu se promener et repartir ensuite.

À un moment, dans la farce, s’infiltre le tragique. Tout le monde meurt, tuer par son voisin, de manière toujours stupide. J’ai trouvé que Osvaldo Soriano avait tendance à décrire la mort comme au cinéma, comme si c’était pour de faux. Quand il y a des scènes de mitraille au cinéma, ceux qui sont touchés, on les voit volés mais on ne s’attarde pas sur eux. C’est exactement cela ; on a l’impression que ce qui se passe est fantoche. La fin a contribue à renforcer mon opinion car personne ne tire de conséquences des dégâts matériaux et humains. Tout le monde part chercher un autre terrain de jeu.

Une fois terminée le livre, il y a une postface. Et là, j’ai compris que tout ce que je venais le lire pouvait être interprété dans le contexte du péronisme. Puisque suivant les époques, il a été à gauche puis à droite. Il a gouverné avec les ouvriers (sans les partis de gauche qu’ils réprimaient), puis sans. De ce que j’ai compris, il y avait ceux qui croyaient dans le nouveau Perón, les autres qui étaient restés à celui d’avant. Tout le monde était péroniste mais d’une manière bien différente. Cela créait des tensions forcément et c’est aussi ce qui est décrit dans le livre. Je me suis demandée à quel point l’auteur était dans le vrai et à quel point il avait exagéré.

C’est pourquoi j’ai déduit de cette lecture qu’il fallait que je revois mon histoire de l’Argentine très fortement pour combler toutes ces lacunes.

Références

Jamais plus de peine ni d’oubli de Osvaldo SORIANO – traduit de l’espagnol (Argentine) par Marie-France de Paloméra – postface de Miguel Angel García (Les Cahiers Rouges / Grasset, 2003)

La passagère de Perla Suez

Quatrième de couverture

Dans la grande maison où l’amiral vient de mourir, le silence est tombé, lourd, pesant, comme l’atmosphère de ces années de dictature militaire en Argentine. Pour Tánsito, la vieille bonne, au service depuis toujours de cette classe dominante complice de la terreur, l’heure des comptes a sonné. Tout paraît en ordre, mais tout a changé : l’occasion, enfin, de partir, de rentrer chez elle, dans le Delta.

Tránsito vit dans un monde intérieur et, par le monologue, Perla Suez nous plonge dans son esprit : cinquante années de service, la fatigue, le rapport ambigu aux maîtres, les rancœurs accumulés et, surtout, sa quête d’identité. Une lente prise de conscience plus efficace que l’évocation directe des morts, des disparus, des plaies encore ouvertes en Argentine.

Perla Suez est née en 1947 dans la province de Córdoba, a grandi à Entre Ríos, au bord des rivières Paraná et Uruguay, dans le fameux delta argentin, décor du roman. Auteur prolifique, tant pour enfants que pour adultes, elle a reçu de nombreuses bourses et distinctions, en Argentine comme à l’étranger.

Mon avis

J’ai découvert ce livre à la librairie. Il m’a attiré car je ne connaissais pas cette maison d’édition (maintenant, je l’ai découverte et je l’aime beaucoup).

L’histoire est exactement celle de la couverture. Ce qui est intéressant, à mon avis, dans ce livre, c’est l’évolution du point de vue du lecteur ainsi que la manière dont l’histoire est raconter.

On commence l’histoire avec la vieille servante et uniquement à partir de son point de vue à elle. On suit son monologue intérieur après qu’elle ait étouffé avec un oreiller sa vieille maîtresse, le jour de l’enterrement du maître. On se dit rapidement qu’elle a bien eu raison vu qu’elle avait l’air d’avoir martyrisé son mari malade, qu’elle ne s’en est pas vraiment occupé, qu’elle s’est reposée sur sa servante mais qu’elle s’est fait plaindre. On voit que la servante a un fort caractère (elle s’est occupé de sa sœur après le décès de leurs parents), qu’elle a été tentée plusieurs fois de répondre. Puis apparaît dans l’histoire deux autres personnages : la sœur de Tránsito qui travaille dans la maison comme cuisinière et le chauffeur / homme à tout faire (qui est l’amant de la cuisinière accessoirement). On comprend alors que tout n’est pas si simple, entre autre l’histoire familiale mais aussi le comportement de Tránsito avec sa patronne. Visiblement, la vieille servante s’est un peu perdue en route, comme si sa vie s’était arrêtée en arrivant si jeune dans cette maison.

L’histoire est racontée en utilisant des scènes d’une page. Cela rend le livre assez rapide et donne une impression de théâtre car les décors semblent immuables (ils n’ont pas bougé depuis des années) mais on ne suit pas les relations entre les personnages à travers la parole mais plutôt à travers leurs pensées. Il y a des dialogues parfois mais ils sont un peu comme dans Les vestiges du jour (le film car je n’ai pas encore lu le livre), plein de sous-entendus. Ces sous-entendu sont expliqués par les monologues intérieurs de tous les personnages.

En conclusion, une lecture intéressante, une découverte d’un nouvel auteur et d’une nouvelle maison d’édition qui semble être à suivre.

Références

La Passagère de Perla SUEZ – roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Mathias de Breyne (Rouge Inside, 2012)

La Vierge des Tueurs de Fernando Vallejo

Quatrième de couverture

« … Dieu est le diable. Les deux sont un, la thèse est son antithèse. Bien sûr que Dieu existe, partout je trouve des signes de sa méchanceté. Devant le Salón Versalles qui est une cafétéria, il y avait l’autre soir un gamin en train de renifler du sacol, une colle de cordonnier hallucinogène. Et d’hallucination en hallucination elle finit par t’empoisser les poumons jusqu’à te débarrasser de l’agitation et des déboires de cette vie et t’éviter de continuer à respirer le smog. Pour ça le sacol est très bien. Quand j’ai vu le petit humer le flacon je l’ai salué d’un sourire. Ses yeux, terribles, se sont plantés dans les miens, et j’ai vu qu’il me voyait jusqu’à l’âme. Sûr que Dieu existe.« 

Sans équivalent dans la littérature contemporaine, La Vierge des tueurs est sans doute l’un des romans les plus singuliers publiés ces dernières années. Une œuvre scandaleuse, dévastatrice, qui a consacré son auteur comme le principal représentant d’une nouvelle littérature, aux antipodes du « réalisme magique ». L’histoire d’un amour halluciné dans Medellín, la capitale de haine, qui entraîne le lecteur au fil d’une vertigineuse descente aux enfers, dans la turbulence d’une prose extraordinairement évocatrice, marquée du sceau de l’urgence et de la nécessité.

Mon avis

Après ma lecture de L’autre visage de Rock Hudson de Guillermo Fadanelli parlant des violences actuelles au Mexique, il était intéressant pour moi de lire un livre sur les violences qu’a connu la Colombie il y a quelques années (pour honnête, je ne sais même pas si c’est terminé) car on lit souvent dans les journaux que c’est comparable. Après quelques petites recherches internet, j’ai pris ce livre à la bibliothèque (il paraît qu’il y a même un film qui a été adapté du livre).

L’histoire est assez simple. Elle se passe au milieu des années 90. Un écrivain revient après une longue absence dans sa ville natale de Medellín. Il la trouve bien changé car les gens sont devenus vulgaires à son goût. En plus, elle est à feu et à sang (il est à deux doigts de penser que ce n’est que ce que les gens méritent). On comprend très vite que la seule manière dont peut parler cet écrivain est la diatribe. Il ne fait que cela comme dans le livre de Horacio Castellanos Moya Le dégoût. Mais là où ce dernier était violent sans porter atteinte à l’intégrité de la personne humaine, Fernando Vallejo lui n’hésite pas. Je continue l’histoire. L’auteur rencontre chez un ami un jeune garçon dont il tombe amoureux de suite. Son nom est Alexis. Sa profession sicaire. Il est donc tueur à gage. Il tue comme vous allez faire les courses, sur commande ou bien juste comme cela (quand les deux hommes se promènent dans la rue et que l’écrivain formule une critique ou un agacement face à quelqu’un, Alexis le tue d’une balle entre les deux yeux et continue son chemin). C’est cela l’histoire du livre : les promenades en ville des deux hommes qui se soldent par énormément de morts. Forcément, Alexis finit par se faire tuer. Fernando veut le venger. Il rencontre un garçon dans la rue et le ramène chez lui.

Dans le livre, on voit le glissement de Fernando : de la haine, il passe à l’action. Du doute et de l’incompréhension sur le bien-fondé des actions d’Alexis, il passe à une approbation totale et à une certaine admiration.

Si j’ai bien lu, le ton est caractéristique de Vallejo. Il ne fait pas dans le sentiment. Il ne cherche pas à vous faire ressentir de l’empathie pour ses personnages, ni à ce que vous vous y identifiez, il ne cherche pas non plus la compréhension des événements. Ce qu’à mon avis, il cherche à vous faire sentir, c’est un rythme qu’il imprime par sa narration (il y a un mort toutes les pages tout de même) mais surtout par son style. En une phrase, il peut développer plusieurs idées avec son sens de la formule incroyable. Par exemple, quand il parle des sicaires, promis à une mort précoce, il dit que ce sont

de jeunes assassins assassinés, exemptés de l’ignominie de vieillir par le scandale d’un poignard ou la miséricorde d’une balle.

Pour le premier livre que je lis de lui, je dirais que c’est clairement une voix à découvrir car elle ne ressemble à aucune autre. Cela pourra vous choquer ou vous faire peur mais c’est un peu aussi le but de la littérature.

Remarques

Dans le numéro de XXI de cet été (le numéro 19 donc) dont le dossier est consacré à l’Amérique Latine, il y a un article intitulé La confession d’un prêtre tueur qui raconte l’histoire de Jorge.

Jorge a été tueur professionnel pendant dix ans. En Colombie et à l’étranger, il remplit ses « contrats » sans états d’âme. Fiché par Interpol, il décide de se recycler dans la drogue et flambe sa deuxième vie. La troisième commence : il devient pasteur et sillonne son quartier en 4L. Une balle manque de le tuer. « Miraculé », il croit en sa rédemption.

À la fin de l’article, ils mettent en bibliographie ce livre de Fernando Vallejo.

De même, vous pouvez lire dans le numéro de cet été du Matricule des Anges consacré à la littérature mexicaine (soit dit en passant le dossier est vraiment intéressant et permet pas mal de découvertes), un entretien avec l’auteur (car maintenant il a un passeport mexicain) où on se rend bien compte que l’auteur dont parle le roman ressemble étrangement à l’auteur du livre.

Un autre avis

Celui de Wodka.

Références

La Vierge des Tueurs de Fernando VALLEJO – traduit de l’espagnol (Colombie) par Michel Bibard (Belfond, 1997)

Bonsái de Alejandro Zambra

Quatrième de couverture

Julio rencontre un vieil écrivain qui cherche un assistant pour dactylographier son dernier roman, mais il n’est pas retenu.

Pour donner le change à María, sa maîtresse occasionnelle, il décide d’écrire un manuscrit qu’il fait passer auprès d’elle pour celui du romancier. Il s’inspire de son histoire d’amour passionnelle avec Emilia, huit ans plus tôt, lorsqu’ils étaient tous deux étudiants en littérature et que chacun prétendait avoir lu Proust…

Où commence la fiction, où s’arrêtent les souvenirs ? Dans ce va-et-vient entre littérature et réalité, les sentiments deviennent aussi complexes et fragiles que l’architecture délicate du bonsaï.

Bonsaï a été porté à l’écran par Cristián Jiménez.

Mon avis

Cela ne se passe pas du tout dans l’ordre décrit par la quatrième de couverture. Celle-ci raconte la deuxième partie du livre sans raconter la première. On commence par suivre l’histoire d’amour avec Emilia. On nous « ellipse » la rupture dans ses détails tout en nous disant quand elle a eu lieu. Puis on retrouve Julio plus tard dans les bras de María, sa voisine. Il cherche à l’impressionner en expliquant qu’il retranscrit le manuscrit d’un très grand écrivain. Quand il n’est pas retenu pour ce travail, il s’enferre dans un mensonge en écrivant son propre manuscrit qui s’inspire de l’histoire qu’il a eu plus tôt avec Emilia.

Alejandro Zambra ne se soucie pas franchement de nous faire comprendre la chronologie de son histoire (je n’ai pas compris combien de temps passait entre chaque histoire). Le caractère des personnages n’est pas très fouillé. Il est comme évanescent. On le sent à travers la manière de raconter mais il ne nous est pas décrit par le menu. Dans le deuxième livre que j’ai de l’auteur dans ma Pile À Lire, il est écrit que l’écriture de Alejandro Zambra  se rapproche de celle de Jean Echenoz (il n’a quand même pas son talent d’après moi). C’est exactement cela : il y a un narrateur extérieur qui a regard tendre et ironique sur ses personnages.

Ce qui est intéressant dans le livre, c’est aussi la mise en abîme. Vous ne savez plus si les personnages des livres dont on parle se comportent comme les personnages de notre roman ou si c’est l’inverse. C’est particulièrement bien fait à deux reprises. La première fois quand Emilia et Julio se conduisent comme les personnages de la nouvelle de Macedonio Fernández Tantalia. La deuxième est quand Julio écrit le livre qui va s’appeler bonsaï et qu’il s’achète un bonsaï pour faire comme son personnage (pas pour se documenter mais pour réellement l’imiter).

Par contre, je suis déçue de l’édition : il y a des fautes dans les prénoms, dans la quatrième de couverture et dans le livre, ainsi que quelques coquilles. Sur un livre de 90 pages, je trouve cela assez dommage.

Une lecture sympathique mais pas franchement inoubliable.

Références

Bonsái de Alejandro ZAMBRA – traduit de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis (Rivages, 2008)

Tombé en disgrâce de Mauricio Hasbún

Quatrième de couverture

Lorsqu’un jeune journaliste un peu veule et pusillanime est engagé par un magnat de la presse économique, obscur complice de la dictature de son pays, son chemin semble tout tracé. Mais ce fataliste d’origine arménienne – passionné d’Aznavour (qui a  » une chanson pour chacun de ses instants de tristesse « ) et cultivant un grand amour malheureux – va entrer en possession d’un document très compromettant pour son patron et devenir, comme hors de sa volonté, un acteur politique extrêmement dangereux et menacé. C’est l’argument de ce roman par lettres dont le propos, traité avec une grande originalité, est évidemment encore très dérangeant pour le Chili d’aujourd’hui.

L’auteur (décrit par l’éditeur)

Journaliste de presse écrite, né en 1969 à Santiago du Chili, Mauricio Hasbun est petit-fils de Palestiniens de religion chrétienne émigrés au Chili au début du XXe siècle pour fuir la domination turque en Palestine. Il a été marqué dans l’enfance par sa scolarité chez les Jésuites (opposés au régime de Pinochet et fortement impliqués sur le plan social) et le mutisme de sa famille (souffrant du rejet des élites chiliennes et particulièrement silencieuse sur la situation politique de son pays d’adoption). Tombé en disgrâce, d’abord publié en 2006 à Santiago, est son premier roman.

Mon avis

Jorge Ogarian écrit des lettres à un ami inconnu (de nous) depuis un endroit inconnu. On comprend au fur et à mesure qu’il s’est exilé sur une île. On nous explique à la fin que c’est une des îles de l’archipel Juan Fernández (surnommé archipel Robinson Crusoé car Alexandre Selkrik s’y est arrêté et c’est lui dont Daniel Defoe s’est inspiré pour son livre). Ce qui est intéressant dans la construction de l’auteur est qu’on ne nous dit pas comment il s’est retrouvé là-bas. Est-ce à cause d’un procès en diffamation ? d’une fuite ? d’un exil orchestré par le patron de presse ? La construction par lettres (qui ne vont que dans un sens) permet à l’auteur de ne dévoiler les éléments qu’au fur et à mesure.

La deuxième chose intéressante est la découverte du climat au Chili au début des années 1990. Il est très clair dans le livre que l’ombre de Pinochet plane encore. Il y a ses anciens sbires qui n’ont pas quitté les hautes sphères de la société. La bataille est rude pour les évincer.

Jorge Ogarian n’est pas un héros parfait. Une fois qu’il a en main les documents compromettants, sa première idée n’est pas de les divulguer au public mais d’en profiter à titre personnel en faisant chanter le grand magnat qui dirige son journal (dans lequel il n’est rentré que depuis quelques semaines) pour tout simplement devenir rédacteur en chef (il n’était que simple journaliste avant). Il trahit tout le monde … Comme c’est lui qui écrit les lettres, on a une sorte de mépris pour lui tout en ayant ses explications pour se justifier (il fait pitié mais moi je ne l’aurais pas excusé : il lui suffisait de ne pas prendre les documents compromettants)(on dit cela mais en fait, on ne sait pas ce qu’on ferait).

C’est un roman intéressant pour son thème, son histoire, sa construction et son mode de narration. C’est déjà pas mal pour un roman tout seul (c’est le premier livre de l’auteur). Ce qui m’a manqué, comme d’habitude, c’est que j’aurais aimé tout savoir et surtout si il est toujours sur son île notre Robinson Crusoé.

Références

Tombé en disgrâce de Mauricio HASBÚN – traduit de l’espagnol (Chili) par Prune Forest (Le temps qu’il fait, 2009)

Yawar Fiesta (La fête du sang) de José María Arguedas

Présentation de l’éditeur

Les Andes, dans les années 30. Pour la fête nationale, sur la place du village, les Indiens des communautés de Puquio affrontent un taureau, à la dynamite, et se font la plupart du temps encorner. Cette année-là, un préfet « progressiste » décide que la corrida sera moderne, à l’espagnole, avec un torero venu de Lima. Les Indiens, eux, vont ramener de la sierra un taureau mythique, le « Misitu ».

J.M. Arguedas nous place au centre d’un conflit où s’affrontent les civilisations et les classes sociales, la ville et la sierra. Au-delà de l’argument, ce roman est remarquable par la création d’une langue où s’invente une syntaxe éclatée, mêlant quechuismes et mots espagnols pour une voix plurielle comme un chœur.

Mon avis

La fête nationale du Pérou est le 28 juillet. On commémore l’indépendance par rapport à l’Espagne, déclaré par José de San Martín le 28 juillet 1821. Le Pérou, ce n’est pas que Lima. Il y a aussi 24 régions divisées en provinces. Je ne sais pas si c’était les mêmes subdivisions administratives à l’époque où l’histoire se passe, dans les années 1930, mais on est dans la région de l’Ayacucho, dans la province du Lucanas à Puquio. Comme vous manquez de vacances (ou que vous vous ennuyez pendant les vôtres parce que pour regarder les blogs il faut au moins cela), je vous mets une petite image pour que nous rêvions ensemble :

Maintenant que le temps et l’espace sont bien ensemble, passons à l’histoire. On prépare activement le 28 juillet dans la village de Puquio. La principale attraction de cette journée est la corrida. Pas celle avec le torero mais avec des indiens, en général ivres, qui se font très souvent encornés (il y a en général beaucoup de sang, des morts et des veuves d’où le nom de la fête, et qui se défendent en faisant des passes avec leurs ponchos et en utilisant de la dynamite. C’est visiblement une très vieille tradition que les gens aiment beaucoup. Le village de Puquio est divisé en quatre ayllu, mot quetchua (je ne saurais pas vous dire si cela prend un s à la fin) pour désigner un quartier ou une communauté indienne. Le 28 juillet, c’est aussi l’occasion pour les quatre quartiers de s’affronter, de mesurer leur bravoure respective par exemple. Cette année est particulière car un ayllu a décidé d’amener pour le corrida un taureau mythique, le Misitu. Il loge dans un champ de quinoa, près d’une rivière, dans un grand fossé. Personne n’ose approcher de peur de se faire tuer. Cette année est aussi particulière car Lima a décidé d’interdire la corrida ou tout au moins de la rendre moderne (espagnole) en obligeant à avoir un torero professionnel. Les Indiens s’y opposent, quelques notables aussi mais le préfet, les autres notables, les émigrés de Lima veulent que l’on fasse respecter la loi (pour des raisons différentes les uns des autres).

José María Arguedas décrit donc une tradition péruvienne (en tous cas dans les années 30) mais surtout la vie de l’époque d’un village des Andes. Il nous présente une société très hiérarchisée : les Indiens qui habitent au village, les Indiens qui habitent dans la Puna, les notables, les métis, les représentants de l’autorité centrale, les émigrés de Lima. Les liens entre ses différentes communautés sont très codifiés mais semblent surtout dictés par le mépris et l’arrivisme (on sait se résoudre à une décision si elle ne dessert pas totalement les intérêts). Les Indiens jouent sur leur nombre et leur volonté commune. C’est un des points très intéressants du roman : les gens nous sont présentés en groupe et non comme des individualités. Ils appartiennent à un groupe social et leur comportement est dicté par cela. On s’aperçoit que ceux qui dérogent à cela ne sont plus considérés comme appartenant à ce groupe social.

L’auteur présente aussi par quelques détours ce qui a amené, historiquement, à ce type de hiérarchisation, entre autres les persécutions qu’ont eu à subir les Indiens de la part des Blancs.

Au-delà de cela, je n’ai pas eu l’impression que l’auteur prenait parti ou présentait un type de société idéale ou même idéalisait une communauté plus tôt qu’une autre. Il ne m’a pas semblé lire l’opinion de l’auteur sur la corrida : doit-on la regarder comme une tradition ancestrale ou doit-on la supprimer comme étant une boucherie pour le taureau comme pour les Indiens ? doit-on forcer un peuple retissant à une décision qui se veut prise pour son bien ? Il présente des faits mais à la fin de lecture je n’ai pas réussi à savoir ce qu’il fallait en penser. Cela me perturbe un peu de ne pas pouvoir me dire : l’auteur a voulu écrire ce livre pour dire cela.

C’est tout de même un livre très intéressant. En plus, il permet de progresser en quechua pour pouvoir parler au beau vendeur de Décathlon.

Références

Yawar Fiesta (La fête du sang) de José María ARGUEDAS – traduit de l’espagnol (Pérou) par Cécilia Hare et Dominique Jaccottet (Métailié, 2001)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys pour la catégorie auteurs latino-américains.

Diamants et silex de José María Arguedas

Quatrième de couverture

« Au bord des déserts éblouissants de neige », les villageois parlent aux oiseaux comme aux plantes avec une troublante intensité et les Indiens se signent lorsque se manifeste l’indicible. Au cœur de la lointaine Cordillère des Andes, les rites et les sortilèges maintiennent naturellement un ordre qui ne peut être qu’être extrême. Le monde du dehors, « civilisé », rationnel, surgit sous la forme d’une jeune citadine blonde qui va bouleverser cet équilibre primitif.

Extrait (de la quatrième de couverture)

Quand ils virent don Aparicio, ils lui frayèrent un passage. L’herbe, haute et encore verte, envahissait le sol. Il parvint au bord de la tombe ; la dépouille avait déjà été descendue. On l’avait habillée d’un vêtement couleur café. Les pieds, nus et jaunes, étaient visibles. Une capuche couvrait sa tête ; sur son visage on avait placé des cotons. De ses mains croisées pendait un petit lama fabriqué avec des bouts de bois et rempli d’un morceau d’alpage. Le lama allait accompagner dans le voyage silencieux qui le mènerait à la grande tour que construisent les morts, d’après les Indiens d’Al’amare, sans jamais la finir, sur la cime lointaine du mont K’oropuna.

Mon avis

J’ai beaucoup apprécié ce court récit raconté comme un conte : une princesse est enlevé violemment par un prince mais elle ne peut s’empêcher de l’aimer tout de même. Sauf que le prince se tourne vers une autre princesse. La première princesse est jalouse et essaye de reconquérir son prince avec l’aide de Mariano, le serviteur préféré du prince.

C’est très beau, très lyrique et très poétique. Quand Arguedas nous décrit la vie du village, on y est. Quand il décrit les grands espaces du Pérou, on y est aussi. C’est un livre dépaysant.

Il y a un hic pourtant (vous vous y attendiez, non ?) : on nous dit qu’Arguedas fait partie du courant indigéniste, qu’il est « le promoteur d’un métissage des cultures andine d’origine quechua et urbaine d’origine européenne ». Je veux bien mais à mon avis l’auteur n’a pas écrit pour la traduction. J’ai eu l’impression que tout le contexte, l’enjeu social m’échappait et j’aurais aimé plus de précisions au moins pour cette édition car cela a l’air d’être cela que l’auteur voulait faire passer et pas le côté traditionnel que j’ai apprécié.

C’est pour cela que j’ai préféré El Sexto du même auteur.

Références

Diamants et silex de José María ARGUEDAS – traduit par Ève-Marie Fell – préface de Mario Vargas Llosa, traduite par Albert Bensoussan (Éditions de l’Herne, 2012)

Lu dans le cadre des 12 d’Ys, dans la catégorie auteurs latino-américains.

Ce lieu sans limite de José Donoso

Quatrième de couverture

Petite Japonaise, outre une part de son nom, hérita en son temps de sa mère un bordel, un travesti de père et une vie de misère.

C’est un lupanar pour les pauvres, avec phono à aiguille – quelques pas de cha-cha-cha – et bagarres parfois. Quant au seul riche de ce hameau perdu au fin fond du Chili, s’il passe parfois au bordel de Petite Japonaise c’est moins pour s’y amuser que pour lui faire l’honneur de sa présence.

Il faudra encore compter avec Pancho, le camionneur, avec le passé aussi, enfin avec la violence propre aux hommes qui, hagards, errent d’une faute à un crime jusqu’à la mort.

Livre sombre, tragique, Ce lieu sans limite décrit l’enfer quotidien de ces âmes perdues par leur naissance même.

Mon avis

Je n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir avec ce livre. Il est très plaisant à lire mais qu’est-ce que José Donoso voulait dire, je n’en sais rien. Voulait-il dénoncer (raconter) l’histoire des pauvres qui sont condamnés à être pauvre ou à le devenir encore plus ? Parlait-il plutôt de la domination (et le pouvoir de décider pour les autres) d’une personne sur tous les habitants du village ? Cela ne m’a pas semblé très clair car un peu trop feutré (pas assez virulent pour un auteur qui n’habitait plus au Chili au moment de l’écriture du livre) pour que j’arrive à le voir. Il parle bien à un moment cependant (il faut être honnête) du déroulement des élections pour que le riche du village soit élu sénateur. C’est édifiant comme description.

Par contre, comme je le disais c’est une agréable pour la galerie de portrait et pour le style. Je ne suis jamais allée au Chili mais je m’imaginais le village comme un village où passe les dalton et le bordel ressemblant plutôt à un saloon. À cela, j’ai rajouté un mur qui tombe, de la moisissure car beaucoup d’humidité. Cela ne pas vraiment être comme chez les Dalton. Il faut que vous y rajoutiez de l’herbe, des vignes, de la forêt, une grande maison. Vous avez à peu près l’ambiance. Vous avez le transsexuel (je ne sais pas si c’est le bon mot mais c’est un homme qui se transforme en femme pour danser et faire la fête et qui semble plutôt aimer les hommes), la mère maquerelle psychorigide, les prostituées, les paysans qui boivent pour pouvoir profiter pleinement du bordel et des filles. C’est haut-en-couleur comme vous pouvez le constater.

Le style est intéressant car pour de nombreux passages l’auteur nous livre les pensées de ses personnages, dans un style rapide et alerte. C’est un peu comme des transitions pour lui et aussi comme une manière d’accélérer le récit pour qu’il soit moins linéaire.

J’ai quand même mis un autre José Donoso dans ma PAL (cela n’a pas l’air d’être non plus son œuvre principale).

Références

Ce lieu sans limite de José DONOSO – traduit de l’espagnol (Chili) par Alice Schulman (Le Serpent à Plumes / collection Motifs, 1999)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys dans la catégorie auteurs latino-américains.