La Vierge des Tueurs de Fernando Vallejo

Quatrième de couverture

« … Dieu est le diable. Les deux sont un, la thèse est son antithèse. Bien sûr que Dieu existe, partout je trouve des signes de sa méchanceté. Devant le Salón Versalles qui est une cafétéria, il y avait l’autre soir un gamin en train de renifler du sacol, une colle de cordonnier hallucinogène. Et d’hallucination en hallucination elle finit par t’empoisser les poumons jusqu’à te débarrasser de l’agitation et des déboires de cette vie et t’éviter de continuer à respirer le smog. Pour ça le sacol est très bien. Quand j’ai vu le petit humer le flacon je l’ai salué d’un sourire. Ses yeux, terribles, se sont plantés dans les miens, et j’ai vu qu’il me voyait jusqu’à l’âme. Sûr que Dieu existe.« 

Sans équivalent dans la littérature contemporaine, La Vierge des tueurs est sans doute l’un des romans les plus singuliers publiés ces dernières années. Une œuvre scandaleuse, dévastatrice, qui a consacré son auteur comme le principal représentant d’une nouvelle littérature, aux antipodes du « réalisme magique ». L’histoire d’un amour halluciné dans Medellín, la capitale de haine, qui entraîne le lecteur au fil d’une vertigineuse descente aux enfers, dans la turbulence d’une prose extraordinairement évocatrice, marquée du sceau de l’urgence et de la nécessité.

Mon avis

Après ma lecture de L’autre visage de Rock Hudson de Guillermo Fadanelli parlant des violences actuelles au Mexique, il était intéressant pour moi de lire un livre sur les violences qu’a connu la Colombie il y a quelques années (pour honnête, je ne sais même pas si c’est terminé) car on lit souvent dans les journaux que c’est comparable. Après quelques petites recherches internet, j’ai pris ce livre à la bibliothèque (il paraît qu’il y a même un film qui a été adapté du livre).

L’histoire est assez simple. Elle se passe au milieu des années 90. Un écrivain revient après une longue absence dans sa ville natale de Medellín. Il la trouve bien changé car les gens sont devenus vulgaires à son goût. En plus, elle est à feu et à sang (il est à deux doigts de penser que ce n’est que ce que les gens méritent). On comprend très vite que la seule manière dont peut parler cet écrivain est la diatribe. Il ne fait que cela comme dans le livre de Horacio Castellanos Moya Le dégoût. Mais là où ce dernier était violent sans porter atteinte à l’intégrité de la personne humaine, Fernando Vallejo lui n’hésite pas. Je continue l’histoire. L’auteur rencontre chez un ami un jeune garçon dont il tombe amoureux de suite. Son nom est Alexis. Sa profession sicaire. Il est donc tueur à gage. Il tue comme vous allez faire les courses, sur commande ou bien juste comme cela (quand les deux hommes se promènent dans la rue et que l’écrivain formule une critique ou un agacement face à quelqu’un, Alexis le tue d’une balle entre les deux yeux et continue son chemin). C’est cela l’histoire du livre : les promenades en ville des deux hommes qui se soldent par énormément de morts. Forcément, Alexis finit par se faire tuer. Fernando veut le venger. Il rencontre un garçon dans la rue et le ramène chez lui.

Dans le livre, on voit le glissement de Fernando : de la haine, il passe à l’action. Du doute et de l’incompréhension sur le bien-fondé des actions d’Alexis, il passe à une approbation totale et à une certaine admiration.

Si j’ai bien lu, le ton est caractéristique de Vallejo. Il ne fait pas dans le sentiment. Il ne cherche pas à vous faire ressentir de l’empathie pour ses personnages, ni à ce que vous vous y identifiez, il ne cherche pas non plus la compréhension des événements. Ce qu’à mon avis, il cherche à vous faire sentir, c’est un rythme qu’il imprime par sa narration (il y a un mort toutes les pages tout de même) mais surtout par son style. En une phrase, il peut développer plusieurs idées avec son sens de la formule incroyable. Par exemple, quand il parle des sicaires, promis à une mort précoce, il dit que ce sont

de jeunes assassins assassinés, exemptés de l’ignominie de vieillir par le scandale d’un poignard ou la miséricorde d’une balle.

Pour le premier livre que je lis de lui, je dirais que c’est clairement une voix à découvrir car elle ne ressemble à aucune autre. Cela pourra vous choquer ou vous faire peur mais c’est un peu aussi le but de la littérature.

Remarques

Dans le numéro de XXI de cet été (le numéro 19 donc) dont le dossier est consacré à l’Amérique Latine, il y a un article intitulé La confession d’un prêtre tueur qui raconte l’histoire de Jorge.

Jorge a été tueur professionnel pendant dix ans. En Colombie et à l’étranger, il remplit ses « contrats » sans états d’âme. Fiché par Interpol, il décide de se recycler dans la drogue et flambe sa deuxième vie. La troisième commence : il devient pasteur et sillonne son quartier en 4L. Une balle manque de le tuer. « Miraculé », il croit en sa rédemption.

À la fin de l’article, ils mettent en bibliographie ce livre de Fernando Vallejo.

De même, vous pouvez lire dans le numéro de cet été du Matricule des Anges consacré à la littérature mexicaine (soit dit en passant le dossier est vraiment intéressant et permet pas mal de découvertes), un entretien avec l’auteur (car maintenant il a un passeport mexicain) où on se rend bien compte que l’auteur dont parle le roman ressemble étrangement à l’auteur du livre.

Un autre avis

Celui de Wodka.

Références

La Vierge des Tueurs de Fernando VALLEJO – traduit de l’espagnol (Colombie) par Michel Bibard (Belfond, 1997)

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