Tombé en disgrâce de Mauricio Hasbún

Quatrième de couverture

Lorsqu’un jeune journaliste un peu veule et pusillanime est engagé par un magnat de la presse économique, obscur complice de la dictature de son pays, son chemin semble tout tracé. Mais ce fataliste d’origine arménienne – passionné d’Aznavour (qui a  » une chanson pour chacun de ses instants de tristesse « ) et cultivant un grand amour malheureux – va entrer en possession d’un document très compromettant pour son patron et devenir, comme hors de sa volonté, un acteur politique extrêmement dangereux et menacé. C’est l’argument de ce roman par lettres dont le propos, traité avec une grande originalité, est évidemment encore très dérangeant pour le Chili d’aujourd’hui.

L’auteur (décrit par l’éditeur)

Journaliste de presse écrite, né en 1969 à Santiago du Chili, Mauricio Hasbun est petit-fils de Palestiniens de religion chrétienne émigrés au Chili au début du XXe siècle pour fuir la domination turque en Palestine. Il a été marqué dans l’enfance par sa scolarité chez les Jésuites (opposés au régime de Pinochet et fortement impliqués sur le plan social) et le mutisme de sa famille (souffrant du rejet des élites chiliennes et particulièrement silencieuse sur la situation politique de son pays d’adoption). Tombé en disgrâce, d’abord publié en 2006 à Santiago, est son premier roman.

Mon avis

Jorge Ogarian écrit des lettres à un ami inconnu (de nous) depuis un endroit inconnu. On comprend au fur et à mesure qu’il s’est exilé sur une île. On nous explique à la fin que c’est une des îles de l’archipel Juan Fernández (surnommé archipel Robinson Crusoé car Alexandre Selkrik s’y est arrêté et c’est lui dont Daniel Defoe s’est inspiré pour son livre). Ce qui est intéressant dans la construction de l’auteur est qu’on ne nous dit pas comment il s’est retrouvé là-bas. Est-ce à cause d’un procès en diffamation ? d’une fuite ? d’un exil orchestré par le patron de presse ? La construction par lettres (qui ne vont que dans un sens) permet à l’auteur de ne dévoiler les éléments qu’au fur et à mesure.

La deuxième chose intéressante est la découverte du climat au Chili au début des années 1990. Il est très clair dans le livre que l’ombre de Pinochet plane encore. Il y a ses anciens sbires qui n’ont pas quitté les hautes sphères de la société. La bataille est rude pour les évincer.

Jorge Ogarian n’est pas un héros parfait. Une fois qu’il a en main les documents compromettants, sa première idée n’est pas de les divulguer au public mais d’en profiter à titre personnel en faisant chanter le grand magnat qui dirige son journal (dans lequel il n’est rentré que depuis quelques semaines) pour tout simplement devenir rédacteur en chef (il n’était que simple journaliste avant). Il trahit tout le monde … Comme c’est lui qui écrit les lettres, on a une sorte de mépris pour lui tout en ayant ses explications pour se justifier (il fait pitié mais moi je ne l’aurais pas excusé : il lui suffisait de ne pas prendre les documents compromettants)(on dit cela mais en fait, on ne sait pas ce qu’on ferait).

C’est un roman intéressant pour son thème, son histoire, sa construction et son mode de narration. C’est déjà pas mal pour un roman tout seul (c’est le premier livre de l’auteur). Ce qui m’a manqué, comme d’habitude, c’est que j’aurais aimé tout savoir et surtout si il est toujours sur son île notre Robinson Crusoé.

Références

Tombé en disgrâce de Mauricio HASBÚN – traduit de l’espagnol (Chili) par Prune Forest (Le temps qu’il fait, 2009)

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