Scandal in Skibbereen de Sheila Connolly

ScandalInSkibbereenSheilaConnollyJ’ai lu le deuxième de la série, malgré le peu d’enthousiasme suscité par le premier volume (surtout dans les commentaires parce que moi, j’avais bien rigolé). Ben, surprise ! … il est beaucoup mieux même si à mon avis l’auteur a un sacré problème avec les meurtres. Elle n’arrive pas à envisager de les résoudre. Ce qui est gênant pour un auteur de roman policier (j’ai lu sur les blogs anglophones (je n’arrive pas à retenir qui habite où, en fait) que c’est plus un cozy mystery).

On retrouve Maura, trois mois après les faits qui ont été raconté dans le premier tome. Elle est devenu propriétaire du pub Sullivan’s et de la maison de Old Mick, propriétaire décédé du même pub (je spoile un peu mais comme il y a peu de chances que vous lisiez le livre, vous ne m’en voudrez pas). Cela la change beaucoup puisque quand elle était à Boston, où sa grand-mère irlandais l’a élevée, elle était pauvre et était sans aucune attache (sauf sa grand-mère, avant son décès). Contrairement au premier volume, Sheila Connolly ne nous le rabâche pas toutes les trois lignes (ce qui vraiment est très reposant) et en plus elle ne rappelle pas toute l’histoire, c’est juste sous-entendu.  On peut enfin se concentrer sur le cozy mystery ! On retrouve tous les personnages : Rose, Mick, Jimmy, Bridget, Sean (le policier).

Cela a pour moi été une source de grande déception : Maura sort avec Sean et non pas avec Mick. Je m’imaginais cela depuis le premier volume et non, l’auteur a fait tout le contraire de ce que je voulais. Je m’imagine Mick comme beau, fort, gentil et ténébreux alors que Sean pour moi est grand et maigre mais gentil aussi. Je pense que Maura est petite, gentille et très dynamique (un peu trop et se fourre donc toujours dans le pétrin). Il lui faut donc quelqu’un qui la protège et je pensais à Mick et pas au policier. Ce qui m’a fait rigolé, c’est que dans ce coin d’Irlande, d’après l’auteur, il n’y a pas beaucoup de gens entre 20 et 30 ans. Elle insiste beaucoup là-dessus (visiblement, elle a une marotte à chaque volume). Cela m’a fait pensé qu’elle était mandatée par l’office du tourisme pour attirer des femmes là-bas pour le repeuplement de ce coin du pays. Cela m’a fait regarder où était Skibbereen (j’ai même fait Street View) et donc, si tu est un homme de trente ans et qui habite par là, je veux bien venir habiter chez toi.

Tout cela j’espère vous permet de mieux situer le contexte général du roman. Passons à l’histoire, au fond du problème quoi. Skibbereen s’honore d’avoir un taux de criminalité très bas mais depuis l’arrivée de Maura, on compte déjà trois morts en trois mois (deux dans le premier volume et un dans celui-là)(à mon avis, elle porte la poisse). Pour l’instant, l’évènement reste suffisamment rare pour qu’il soit fascinant.

Un jour, Althea, une fashionista new-yorkaise, arrive dans le pub comme un éléphant au milieu d’un troupeau de souris et demande si par hasard il n’y aurait pas aux alentours des familles issus de la noblesse anglo-irlandaise (ou plus précisément des familles qui ont eu de l’argent dans le temps). En effet, elle travaille dans un musée et a eu connaissance d’une esquisse de Van Dyck (c’est ce qu’elle suppose) qui pourrait la préparation d’un tableau qui serait dans la région de Cork (au vu de qui possédait l’esquisse). Commence alors une véritable chasse au trésor. Maura, trop récente du coin, s’adresse à Old Billy qui squatte un fauteuil du bar toute la journée et qui raconte ses vieilles histoires au touriste. Il aiguille Althea vers le manoir des Townsend, où vit la dernière descendante de la famille qui a plus de quatre-vingt ans. Elle est gardé par deux domestiques, un couple, et un jardinier. Althea, toute à son enthousiasme, y va le soir-même et se fait claquer la porte au nez. Le problème est qu’au matin, on retrouve le jardinier assassiné sur la pelouse. Maura est obligé de signaler à Sean, la présence de l’américaine (car ce ne peut être un hasard tout de même). Une fois qu’il y a eu le meurtre, Maura se consacre à aider Althea avec l’aide de Gillian, une artiste locale, qui vit la moitié de l’année à Dublin, et Harry, le neveu de la vieille dame du manoir qui est descendu à la suite du meurtre. Ils recherchent le tableau dans la maison, le trouve, cherche ensuite la preuve formelle que c’est un Van Dyck …

La mort du jardinier revient épisodiquement dans la mémoire de Maura (mais elle ne le connaissait pas donc bon …) mais elle préfère chercher la peinture que de s’occuper du meurtre ou de son pub. À la page 230 (sur 294), on en arrive enfin à la résolution du meurtre ! C’est quand même pour cela que je lis des romans policiers pas pour chercher des peintures. Enfin, bref … Le problème est que la résolution s’exécute par un tour de passe-passe (un personnage extérieur à l’histoire et à la région ; c’était déjà la même idée dans le premier volume) et qu’il n’y a pas d’arguments logiques pour cette réponse. C’est ce qui me fait dire que l’auteur a un problème avec les meurtres. Il ne faut pas faire mourir les gens si on ne veut pas résoudre d’énigmes !

C’est tout à fait le genre de romans dont j’aime voir les défauts et chicaner sur l’histoire alors qu’en réalité j’y passe un bon moment de détente et de rigolade. Il ne faut juste pas chercher à y voir ce qu’il n’y a pas.

Références

Scandal in Skibbereen de Sheila CONNOLLY (Berkley Prime Crime, 2014)

La disparition d’April Latimer de Benjamin Black

DisparitionAprilLatimerBenjaminBlackJe vous avais déjà parlé des deux premiers tomes des aventures de Quirke, médecin légiste à Dublin dans les années 50 : Les Disparus de Dublin et La Double Vie de Laura Swan Cela fait un an que j’avais ce volume dans mon reader. J’ai eu un peu honte quand le quatrième sortait et qu’il y a eu le promo sur le ebook. Pourtant je n’ai pas commencé le livre. Ce qui m’a décidé, c’est que j’ai vu que Quirke était en série sur la BBC et que le DVD sortait bientôt et aussi le fait que j’ai changé d’application de lecture sur ma tablette (j’ai pris Mantano au lieu de Aldiko parce qu’on eut souligner de plusieurs couleurs : je suis futile, je suis futile, je suis futile). Donc si on résume, c’est le premier livre que j’ai lu sur ma tablette et je l’ai dévoré pendant le grand week-end.

Comme pour La Double Vie de Laura Swan, clairement, il n’y a pas d’enquête. Quirke ne fait preuve d’aucune capacité de déduction que l’on pourrait attendre d’un détective. Sa fille vient le voir car elle est inquiète suite au fait qu’elle n’a plus de nouvelles de son amie April Latimer, nièce d’un ministre et sœur d’un célèbre docteur, catholique conservateur, fille d’une veuve qui se dévoue corps et âmes aux œuvres de charité. Cela ressemble beaucoup à des liens plut écrasant ; c’est pourquoi April Latimer est devenue docteur, elle aussi, mais a décidé de vivre sa vie en s’éloignant ostensiblement de ses célèbres et parfaits parents.

Discrète à l’hôpital où elle n’a que très peu de contacts avec le reste du personnel, elle est le personnage charismatique d’une bande d’ami qui comprend : Phoebe, la fille de Quirke, que l’on a déjà rencontré aux tomes précédents et qui a (eu) une vie plus que compliquée, Jimmy Minor, petit journaleux, fouille-merde, qui est jaloux de tout car à mon avis, il se sent médiocre tant au point de vue humain que professionnel, Isabel Galloway, actrice plus âgée que le groupe, Patrick Ojukwu, qui est interne à l’hôpital mais qui a la particularité d’être noir dans cette Irlande des années 50. Bien sûr, les trois femmes sont amoureuses de lui (enfin c’est ce qu’on suppose au début du livre) et se le disputent, non pas ouvertement, mais secrètement ; c’est ce qui provoque aussi la jalousie de Jimmy Minor.

Donc, Phoebe demande de l’aide à Quirke, qui vient juste de sortir de deux mois de séjour à l’hôpital pour se désintoxiquer de l’alccol. Ses amis ne sont pas convaincus mais il va commencer son travail de « détective amateur ». En fait, cela consiste à aller voir les gens concernés par l’affaire, de secouer le cocotier (comprendre les bousculer un peu dans leurs certitudes et leurs conforts) et voir ce qu’il en tombe. Ici, il n’en tombe rien dans un premier temps car c’est une famille et des gens qui ont soit l’habitude du secret, soit l’habitude du paraître. Ils sont donc très forts pour ne pas laisser un étranger rentrer dans leurs vies. Les choses changent quand ils commencent à se sentir menacer par la curiosité de Quirke (j’insiste que ce n’est pas par ses talents de détective). La liens se fissurent jusqu’à ce qu’on ne voit plus que les failles dans le dénouement. En cela, Benjamin Black (alias John Banville) reprend les thèmes qu’il a abordé dans les deux précédents tomes : faire tomber les apparences, dire que la bassesse de l’humanité est égale quelque soit la fortune posséder.

Parce que, oui, Quirke n’est pas un optimiste de nature. Je rappelle que c’est un orphelin, « adopté » par le juge Griffin, père de Malachy Griffin, obstétricien que l’on voit de nouveau apparaître dans ce volume. Il a connu des moments difficiles à l’orphelinat, l’école technique … C’est un être peu sûr de lui, qui ne comprend pas ce qu’il fait là. Il est déplacé dans ce monde. Il est précisé plusieurs fois qu’il est de très grande stature, qu’il fait pataud, maladroit. L’auteur insiste plusieurs fois principalement quand Quirke est dans des situations où il doit montrer un certain paraître. Au contraire, quand il doit agir (pour aider sa fille, pour braver l’assassin), il est transformé, devient un homme d’action habile. Ce tome 3 est un homme de transition car il s’interroge beaucoup sur sa consommation d’alcool, le pourquoi et surtout comment la limiter (parfois cela en devient un peu lourd). Quirke est aussi un homme à femmes, ou plutôt à une relation compliquée avec les femmes : on retrouve les histoires précédentes : Délia sa femme décédée il y a longtemps, Sarah (?), la femme décédée de Malachy il y a peu, Rose la veuve joyeuse, auxquelles se rajoute Isabel Galloway (qui semble moins tourmentée et plus humaine, qui pourrait presque le guérir). Finalement, j’ai trouvé que Benjamin Black essayait de nous décrire un personnage-détective, avec son long manteau et son chapeau, cliché des années 50 (Benjamin Black écrit aussi des suites aux aventures de Philip Marlowe), mélangé avec un personnage plus humain, plus faible. C’est le premier tome où j’ai plus eu l’impression de « sentir » Quirke.

Le problème est que j’ai trouvé l’articulation avec l’histoire un peu faible. Autant, dans ce volume, l’auteur a aboutit à des personnages très travaillés, autant je n’arrive pas du tout à comprendre la ville de Dublin dans ces années-là, où en tout cas les règles qui la régissent.

On retrouve le personnage de Hackett, le détective professionnel que j’espère plus travaillé dans les prochains volumes. Je dis cela car je suis déjà en train de lire le quatrième tome (en ebook aussi) où l’enquête reprend le pas (toujours dans le même type de milieu) et où ce personnage intervient plus apparemment. Comme mon frère va en Angleterre vendredi, je lui ai aussi commandé les tomes 5 et 6 car je voudrais voir en VO ce que les livres donnent puisqu’on ne tarit pas d’éloge sur l’écriture de John Banville / Benjamin Black alors qu’en VF je ne trouve pas cela extraordinaire. Après il ne me restera plus qu’à regarder les DVD qui sortent fin juillet.

Références

La disparition de April Latimer de Benjamin BLACK – traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil Détectives, 2013)

Buried in a bog de Sheila Connolly

BuriedInABogSheilaConnollyMon cerveau ayant besoin de détente, j’ai pris ce livre dans ma PAL. Avec une telle couverture, cela ne peut être qu’un petit mystère, sans prétention (vous ne serez pas toucher par la grâce de l’écriture), qui ne casse trois pattes à un canard mais qui détend parce qu’il ne faut pas trop réfléchir.

Sheila Connolly est américaine, écrit des séries policières (the Museum mysteries, the Orchard Mysteries, the County Cork Mysteries dont je vous présente ici le premier volume)(pour une fois, j’ai commencé par le premier volume) mais surtout a fait des recherches généalogiques. Comme vous le savez, Connolly est un nom irlandais (c’est son grand-père qui a émigré d’Irlande) et donc ses recherches l’ont amenée à s’intéresser à ce pays, et plus particulièrement à la région de Cork, qu’elle a visitée plusieurs fois pour « mieux comprendre ». C’est ce qui lui a donné l’idée de cette série.

Maura Donovan vient de perdre sa grand-mère à laquelle elle était particulièrement attachée puisque c’est elle qui l’a élevée, son père étant mort et sa mère l’ayant abandonnée. La vieille dame lui a fait promettre sur son lit de mort, d’aller en Irlande pour elle (elle est enterrée aux États-Unis avec son fils), pays qu’elle avait quitté après la mort soudaine de son mari tant aimé (j’espère que vous suivez toujours qui est mort et à quel moment).

 Maura étant une jeune femme décidée, et surtout sans travail, sans famille, sans copain, elle liquide l’appartement de la grand-mère, paie le reste des factures … part avec le peu d’économies qu’elle a (de quoi tenir une semaine en Irlande) pour l’Irlande donc (j’espère que vous avez compris que cela se passe en … Irlande).

Après 14 heures de bus (parce qu’elle conduit mais elle n’aime pas trop cela), elle arrive à Leap (le « grand » village d’à côté de chez sa grand-mère). Elle n’est pas franchement impressionnée par le temps tout gris qui l’accueille. Pour se renseigner, elle rentre au pub Sullivan où elle rencontre Rose (une quinzaine d’années), Jimmy (son père, qui est censé s’occuper du business, mais qui depuis la mort de sa femme a plutôt tendance à s’occuper des bouteilles) et Mick, co-gérant, petit-fils de la dame chez qui elle veut se rendre pour parler de sa grand-mère. Celle-ci, très heureuse, a prévenu tout le monde et a organisé son hébergement chez Ellen, ses quatre-enfants et son mari. Tout se passe bien pour Maura. La vieille dame lui prête même la voiture de son défunt mari pour favoriser ses déplacements (Maura qui n’a conduit que très rarement depuis son permis de conduire n’est pas franchement très à l’aise avec ces petites routes bordées de fossés).

Par hasard, le deuxième jour de son séjour (le premier de beau-temps où elle peut admirer le fameux vert-émeraude du pays), elle est là quand la police « repêche » un cadavre vieux de quatre-vingt ans dans une tourbière (bog in english). À la fin de la journée, elle va voir Rose au pub qui est débordée parce que tout le monde veut savoir ce qu’il se passe. Maura, dont le métier est de tenir un bar, l’aide toute la soirée et se fait donc proposer un travail par Jimmy et Mick. Le troisième jour de son séjour, elle se rend donc à son nouveau travail, fait du nettoyage, trouve une lettre qui va jouer un tour décisif dans l’enquête mais fait aussi la rencontre d’un homme qui va se faire assassiner quelques temps après.

Son séjour devant durer initialement une semaine, l’enquête se résout très vite grâce à son aide (que l’on pourrait plutôt appeler ses intuitions ou coups de chance).

Maintenant, mon avis. Ce n’est pas du tout une série policière ou avec un quelconque mystère. Il y a bien deux meurtres mais leur résolution est plutôt au second plan (je dirais même que s’ils étaient restés irrésolus, cela n’aurait choqué personne). Le livre est plutôt le prétexte pour Sheila Connolly de célébrer l’Irlande, ses habitants « si » gentils, « si » attachés à leur terre et à leur généalogie. Cela fait un peu cliché mais cela fait du bien de se dire qu’il existe encore des gens normaux. Bien sûr, nous sommes d’accord que ces Irlandais sont de la campagne, pas de Dublin (où il n’y a visiblement que des délinquants dans la tête des gens). Cela contraste un peu  avec l’Irlande de Ken Bruen.

Le seul point noir du livre est que Maura dit tout le temps avoir eu une vie très malheureuse avec sa grand-mère parce qu’elle n’avait pas assez d’argent pour sortir de Boston (où elles habitaient), que la grand-mère travaillait et ne faisait qu’aider les autres, qu’elle a décidé de ne pas faire d’étude pour aider financièrement. Puis quand on fait le bilan, on se dit que sa grand-mère l’a quand même sacrément bien élevé, qu’on n’est pas obligé d’avoir vu le monde avant ses 20 ans, ni d’avoir trouvé sa vocation avant cet âge, qu’elle a le temps de reprendre des études (elle n’a que 25 ans, elle n’est pas encore à l’article de la mort). Tout cela pour dire qu’à mon avis, l’auteur aurait pu se passer de ces passages récurrents (qui en plus ralentissent le texte et le rendent un peu long parfois) et dire que Maura et sa grand-mère avait eu une vie très simple mais pas malheureuse, que Maura aurait dû profiter de la grand-mère pour qu’elle lui parle du pays (ce que se disent tous les gens qui perdent un proche).

Dans le même genre, je n’ai pas été trop convaincu par le rôle protecteur que Maura veut jouer auprès de Rose. Cela n’a pas de sens parce qu’elle n’a que vingt-cinq ans, ne s’est pas encore trouvé et n’a aucun recul sur sa situation. Je ne vois pas ce qu’elle peut lui expliquer.

Sinon, je ne vous conseille pas de lire la couverture du deuxième tome car cela vous spolie le premier.

Références

Buried in a bog de Sheila CONNOLLY (Berkley Prime Crime, 2013)

L’Âme noire de Liam O’Flaherty

LAmeNoireLiamOFlahertyJ’ai acheté ce livre avec ma mère à l’île d’Oléron en 2004 quand on y est allé faire notre généalogie. Je m’en rappelle bien car à ce moment là on était dans notre période irlandaise (ma mère avait deux pays de prédilections : l’Irlande de sa lune de miel et la Russie de son voyage dans le Transsibérien ; elle a contaminé toute la famille). Ce livre a fait dix ans de purgatoire PAL. Je dis cela pour que les autres ne désespèrent pas en me lisant.

C’est l’histoire d’un homme qui revient de la guerre, complètement brisé psychologiquement. Pour se remettre, on lui conseille de se rendre sur la petite île d’Inverara. Il logera chez des gens du coin : la petite Mary (qui est la plus grande des environs) et John le Rouge (à cause de sa femme), mariés depuis cinq ans, mariage toujours pas consommé.

Il est tout de suite dégoûté par ces gens, qu’il pense très inférieurs à lui l’intellectuel dont le père a défié les curés et qui a été à l’université et même vu le monde. Pourtant la petite Mary voit en lui le prince charmant qui la sortira des griffes de son rustre de mari, elle la fille naturelle d’un noble. Tout cela se passe en hiver. La petite île est battue par les tempêtes, ce qui joue énormément sur les caractères surtout sur celui de notre étranger. Il est la plupart du temps renfrognée, solitaire. Il est aussi impulsif que les bourrasques qui frappent l’île.

Les saisons avancent, le climat s’éclaircit et devient plus paisible. Les affaires de la petite Mary s’éclaircissent de même puisqu’elle arrive à séduire l’étranger, encore rebelle au printemps mais complètement conquis en hiver. L’automne verra la conclusion de cette histoire.

Le livre suit donc les saisons. Sur une île irlandaise, le climat est extrêmement changeant, imprévisible, fuyant. C’est exactement le caractère de l’étranger. Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec les gens qui changent cinquante fois d’avis en cinq minutes et c’est exactement ce qu’il fait. Il aime Mary, puis deux lignes après il sort un argument fallacieux pour dire qu’elle ne l’aime pas, qu’elle se joue de lui. C’est fait sans transition, sans même qu’on puisse comprendre ce qui s’est passé dans sa tête. C’est très dur de rentrer dans la psychologie d’un personnage dans ces conditions. C’est ce que j’ai trouvé plutôt faible dans ce livre (je ne sais pas qui je suis pour dire cela mais vous me permettrez). Le personnage de Mary et celui de John le Rouge sont statiques par rapport et semblent plus simple à comprendre dans mon cas.

Par contre, ce qui est fantastique dans ce livre, c’est la description des phénomènes météorologiques, de la nature en général. On s’y croirait. Alors que j’ai eu du mal à croire à l’histoire d’amour, j’étais en train de me promener sous la tempête à Inverara. La lectrice que je suis a aussi admiré la manière dont les images du temps se superposaient à celles des variations du caractère du personnage principal. J’en ai conclu que Liam O’Flaherty était particulièrement doué pour peindre les paysages et la vie quotidienne (regardée ici sans concession), moins pour les personnages.

Ce qui m’a confirmé cela, outre la postface de Tim Robinson, c’est le fait que le personnage principal s’interroge toujours sur la place qu’il a dans la société. Il se pose tout le long du roman la question de savoir si la posture de l’intellectuel peut lui apporter quelque chose ainsi que la société. L’étranger semble justement toujours intégré, ne trouve jamais sa place. En lisant la postface qui reprend des éléments biographiques de Liam O’Flaherty, j’ai pensé que l’auteur avait trop vécu pour pouvoir être normal, lui aussi avait cette position hybride (quoique inversé par rapport au personnage principal). Plus que les déboires amoureux du héros, ce sont ses réflexions sur qui il est vraiment qui m’ont intéressée.

Références

L’Âme noire de Liam O’FLAHERTY – traduit de l’anglais par Béatrice Vierne (Le serpent à plume – collection Motifs, 2004)

Un siècle de littérature européenne – Année 1981

Divorce, Jack ! de Colin Bateman

DivorceJackColinBatemanAprès ma lecture du livre Les couleurs de la ville de Liam McIlvanney, LibraryThing m’a conseillé de lire le premier tome de la série des Dan Starkey, écrite par Colin Bateman, journaliste irlandais comme son héros. LibraryThing m’a aussi indiqué que ce livre a été adapté au cinéma sous le titre Divorcing Jack. Je ne connaissais bien sûr ni le livre ni le film.

Le cadre est le même que celui du roman de Liam McIlvanney. On est au début des années 90, à Belfast. Dan Starkey est un journaliste polémiste, engagé mais surtout connu pour son humour irrésistible et son goût pour la boisson.

Un soir, il boit un peu trop, s’allonge sur un banc dans un parc. Quand il se réveille, une jeune femme, Margaret, le regarde et se propose de l’aider. Dan la ramène chez lui sous prétexte que l’on est vendredi soir et que c’est le jour où lui et sa femme reçoivent des vieux amis. La soirée dégénère quand la femme de Dan surprend Dan en train d’embrasser Margaret. Pourtant très ouverte, elle vire Dan de la maison. Il n’a plus d’autres choix que de coucher avec Margaret chez elle. Cela n’arrange bien sûr pas les choses. Sa femme va jusqu’à jeter des pommes de terre dans les fenêtres de la maîtresse de son mari.

Le problème est que Margaret est assassinée le soir-même alors que Dan est parti acheté des pizzas. Dan soupçonne sa femme (bien évidemment) et pense que la police va le soupçonner lui vu qu’il était le premier sur les lieux et qu’il a tué par accident la mère de Margaret. Il préfère prendre la fuite. La suite lui donnera raison puisqu’il se retrouve embringué dans une véritable machination car ce que Margaret a oublié de dire à Dan avant de mourir est qu’elle est (était) la fille d’un cadre supérieur du parti l’Alliance, parti qui veut la réconciliation des deux camps et qui est à deux doigts de gagner les élections qui se tiennent dans quelques jours (ce qui n’arrange absolument personne).

Ce livre est un très bon roman noir. Comme le livre de Liam McIlvanney, Belfast est décrite comme une ville où tout se règle avec des armes et des bombes, une ville où il ne fait donc pas très bon vivre. Avec l’humour de Dan, ce caractère noir est atténué car cela ressemble beaucoup à un film américain avec des acteurs bras cassés.

Ce livre est aussi un très bon roman d’actions et de suspens. Vous aimez l’action, vous serez servi car il y a un retournement de situation toutes les dix pages à peu près. Pour le suspens, le dénouement ne se fait que cinq pages avant la fin du livre et personnellement, je n’avais rien compris.

Là où le livre est vraiment bon, c’est dans l’humour. Le problème est que j’ai lu le livre dans le RER et que je n’ai donc pas noté de phrases illustrant cela (il faut que je trouve une solution pour remédier à cela). Pour vous donner une idée, normalement, quand un livre me fait rire, je me contente de sourire en lisant (surtout en public) mais là visiblement j’ai rigolé. J’en ai déduit cela au fait que les trois personnes qui étaient dans mon wagon se sont retournées pour me regarder.

Il y a au moins quatre volumes déjà publiés de cette série et à mon avis cela promet (surtout vu le caractère explosif de la femme de Dan Starkey).

Note à moi-même : Cécile, finis les séries que tu commences !

Références

Divorce, Jack ! de Colin BATEMAN – traduit de l’anglais (Irlande) par Michel Lebrun (Gallimard / Série Noire, 1996)

Les couleurs de la ville de Liam McIlvanney

LesCouleursDeLaVilleLiamMcIlvanneyJe découvrais l’année dernière William McIlvanney. Cette année, je découvre le fils Liam, professeur de littérature en Nouvelle-Zélande. Il s’agit du premier roman de l’auteur, qui suit les traces de son père en matière de roman noir, d’une manière plutôt réussie.

Son héros, Gerry Conway, est journaliste à Glasgow, au Tribune on Sunday. Il dirige le service de politique écossaise. Gerry a la petite quarantaine, mesure 1m88 (détail sans importance mais je l’écris pour savoir si vous voyez une signification). Fraîchement divorcé, il ne voit ses deux petits garçons, Roddy et James, que le dimanche et le lundi.

Il attend donc avec impatience les vacances prévues dans cinq jours avec les enfants. En attendant, il essaye qu’on ne voit pas qu’au bureau il ne fait que meubler avec des sujets insignifiants. Pourtant, aujourd’hui, un correspondant lui annonce un sujet en or. Il a de quoi faire tomber la tête de Peter Lyons, le jeune politicien qui monte dans la toute nouvelle démocratie écossaise (sujet que j’ai trouvé très intéressant). Pour l’instant ministre de la justice, il est destiné à être très prochainement Premier Ministre.

L’informateur lui remet, par la suite, une photo datant du début des années 80 où l’on voit Peter Lyons « au milieu d’un groupe de paramilitaires unionistes en armes : les Nouveaux Covenantaires ». À ce moment-là, l’Écosse suivait les Troubles nord-irlandais. Une partie de la population suivait les protestants et une autre les catholiques. Cette question est donc toujours très sensible à Glasgow. Le journaliste soupçonne que Peter Lyons a eu des activités illégales dans ce groupe para-militaire.

Après un début d’enquête en Écosse, il se rend une semaine à Belfast (les vacances sont donc annulées). Il n’était pas revenu là depuis la fin du conflit. Il découvre un pays exsangue où les blessures ne cicatrisent pas. Officiellement, il n’y a plus de bombes, d’attentats, de meurtres mais les tensions entre catholiques et protestants sont toujours là ; personne n’a rien oublié. Gerry, le catholique, va déterrer tout cela quitte à se faire bastonner. Il est tellement désabusé que cela ne compte pas pour lui ; il joue pourtant sa carrière et sa vie d’homme, de père et de journaliste.

L’aspect qui m’a le plus plu dans le livre est le contexte. Je suis allée avec ma mère et mon frère en Irlande en 1997. Quand on est passé dans le Nord du pays, ma mère a dit à mon frère de bien vérifier à ne pas nous faire approcher de la frontière et je n’avais jamais vraiment compris pourquoi. Liam McIlvanney restitue très bien les Troubles, en tout cas, de manière très claire pour que je comprenne enfin car le livre décrit aussi la situation du pays à ce moment-là. De plus, il parle d’un aspect que je ne connaissais pas (ce n’est pas non plus le premier roman que je lis sur le sujet). C’est la participation très active des Écossais. Il restitue aussi avec beaucoup de précision le Belfast post-conflit : une ville sombre, où l’espoir n’est pas de mise car tout le monde garde ses rancœurs.

Comme je le disais ne préambule, McIlvanney a écrit un livre très noir : décors, personnages, histoires. Gerry ne croit plus en l’humain depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec son séjour à Belfast. Il a tendance à faire des commentaires sarcastiques à voix haute (en tant que lecteur, on en a bien d’autres). Même quand il va réussir à triompher des embuches, cela ne l’empêche pas de tout voir en noir. La fin, dévoilant l’identité de l’informateur, indique que Liam McIlvanney aussi est plutôt désabusé. Cela promet pour les prochaines romans.

Ce qui m’a le moins plus, c’est l’écriture. J’ai trouvé que parfois cela trainait en longueur et que cela donnait un côté surjoué aux sentiments. Cependant l’auteur maîtrise de bout en bout son histoire et son suspens.

Un autre bémol : la police d’écriture du livre. Il n’y a pas beaucoup de dialogues. Cela donne des blocs compacts écrits en tout petit. Il faut dire que j’ai un peu perdu l’habitude des Métailié papier car je les lies maintenant en électronique et je grossis systématiquement l’écriture de deux crans.

Références

Les couleurs de la villes de Liam McILVANNEY – traduit de l’anglais (Écosse) par David Fauquemberg (Métailié, 2010)

L’Ouest solitaire de Martin McDonagh

Je déteste les gens depuis tout le temps mais encore plus aujourd’hui. J’ai commencé ce matin par un gars qui écoutait sa télé dans le RER. Je suis en compagnie des stagiaires les plus étranges du monde au travail, j’ai un chef qui aimerait que j’ai plus de talents que de défauts. Je rentre chez moi et je retombe sur des bizarres dans le RER. Je m’explique : le RER A était OK mais pas le B. Plein de monde … Là, il y a deux gars qui trouve que ce serait bien de se bagarrer et résultat je me suis pris un coup. Je n’avais rien demandé à personne et maintenant j’ai très mal au bras à cause de gens bizarres. J’ai fini de me plaindre pour aujourd’hui (j’ai aussi découvert que mon déodorant ne tenait pas dans les RER blindés ; c’est peut être le plus grave).

Pourtant, j’ai deux raisons de me réjouir en ce moment :

  • Je me suis achetée une tablette Androïd. Pas une trop chère non plus (113 euros à Eyrolles pour Pocketbook Surfpad 2 qui marche plutôt très très bien). Mon but était juste d’avoir l’application qui va avec le logiciel Mnemosyne pour apprendre mon vocabulaire d’allemand le soir dans le RER quand je ne peux pas lire car il y a trop de monde. Les trajets passent maintenant beaucoup plus vite et en plus je fais de très gros progrès. Je fais d’autres trucs avec (lire des ouvrages numérisés qui ont un peu plus de mal sur mon reader par exemple) mais c’est mon usage principal.
  • La deuxième est que le matin, je lis Le Confident de Hélène Grémillon. Je l’avais vu sur plein de blogs et bien sûr cela m’avait fait fuir. Jusque là, cela me plaisait beaucoup mais ce matin, j’étais carrément au paradis. Il y a une partie qui se passe près du lac du Der, en Champagne. C’est là que je passait, quand j’en avais encore, toutes mes vacances. Cela m’a fait très très plaisir de lire cela !

C’est donc toujours la lecture qui rend mes journées intéressantes. D’ailleurs en ce moment je ne fais que des bonnes pioches. Dans mon cas, c’est souvent le cas quand je n’ai pas trop le moral dans la vraie vie (c’est sûrement corrélé car je suis déçue de voir que la vie ne se passe pas comme dans les romans et que d’autres personnes s’en sortent mieux que moi ; un peu comme si j’étais toujours entre deux mondes).

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Une des lectures qui m’a le plus réjouie ces dernières semaines est la pièce de théâtre de l’irlandais Martin McDonagh, L’Ouest solitaire. Il s’agit de la première pièce de théâtre irlandaise que je lis. Cela se passe dans l’Ouest de l’Irlande en un temps où « le célibat demeure le mode de vie le plus fréquent et où les hommes restent parfois vierges jusqu’à leur mort ». Je vous laisse deviner comme j’ai ri à la lecture de la quatrième de couverture.

Plus sérieusement, la pièce met en scène deux frères qui vivent depuis toujours ensemble . L’un vient de tuer le père car il s’est moqué de sa coiffure ; l’autre le fait chanter pour obtenir l’ensemble de l’héritage. Le meurtrier accepte et se retrouve sous la coupe de son frère.

Là-dessus se greffe un curé trop sensible, qui prend tout trop à cœur. Pensez ! Il en est à son troisième meurtre en peu de temps. Cela le turlupine et le pousse à noyer son chagrin dans l’alcool (un peu comme toute la population d’ailleurs). Il y a aussi la jolie jeune fille qui vend l’alcool de son père. Elle est un peu dévergondée et rêve aussi de vivre autrement. L’enjeu de la pièce est de savoir si les deux frères peuvent se réconcilier.

Plus que le tragique auquel on pourrait s’attendre en lisant la quatrième de couverture, j’ai beaucoup ri en lisant cette pièce. En effet, la petite communauté est très pittoresque et a des propos très francs, vis à vis de la religion notamment, moyen utilisé pour dénoncer une rigueur morale inappropriée à la vie quotidienne. Cela contraste beaucoup avec la querelle infantile des deux frères.

Un moment agréable de lecture qui m’a donné envie de découvrir un peu plus le théâtre irlandais contemporain (en suivant les liens proposés par LibraryThing).

Références

L’Ouest solitaire de Martin McDONAGH – texte français de Bernard Bloch (Actes Sud – Papiers, 2002)

Un siècle de de littérature européenne – Année 1997

Le démon de Ken Bruen

LeDemonKenBruen

Présentation de l’éditeur

Pauvre Jack Taylor ! Lui qui pensait prendre un nouveau départ aux États-Unis, il s’est fait refouler par la police des frontières et l’avion a décollé sans lui… Il renoue alors une idylle désabusée avec l’Irlande, son pays, dont les vieux démons ont été réveillés par la crise.

Carburant au cocktail Xanax-Guiness-Jameson, Jack s’engage dans une affaire diabolique : des cadavres martyrisés selon un rituel satanique font surface dans les rues de Galway. Surtout, il ne cesse de croiser la route d’un mystérieux Mr K., sans jamais réussir à le cerner…

Avec l’aide de ses fidèles acolytes – Stewart, le dealeur zen repenti, Ridge Ni Iomaire, la fliquette lesbienne [très machiste comme présentation], et le père Malachy –, Jack Taylor s’engage dans un combat contre le mal qui redonne du piment à sa vie.

Considéré comme un maître du roman noir, Ken Bruen brosse un portrait caustique de notre époque, à travers le regard d’un Irlandais perdu, pathétique et drôle. Le Démon est la huitième enquête de Jack Taylor.

Mon avis

Je n’ai pas vu passé les 360 pages de ce livre (s’il en fait bien 360 pages comme annoncés par l’éditeur car je l’ai lu en électronique et n’en ai donc aucune idée). La raison est simple : je me suis demandée pendant tout le livre si le démon existait vraiment (je suis crédule … ceci explique cela) ou si tout était dû aux addictions de Jack Taylor et le fameux cocktail Xanax-Guiness-Jameson(-nicotine sur la fin du livre) (dont il est vrai Ken Bruen nous le dit très très souvent dans le livre).

Par rapport aux autres volumes de la série, j’ai un peu mieux senti Jack Taylor même si j’ai tout de même toujours du mal à croire à son caractère – comportement. Il faut bien voir que dans le livre, c’est Jack Taylor qui parle et donc en toute logique, on est dans sa tête et on doit suivre ses pensées, ses sentiments … Je ne le comprends pas tout le temps. C’est clairement un gars bien, qui déteste les méchants, aime les gentils sans se soucier de qui ils sont … Il nous est présenté comme quelqu’un capable de stratégie mais aussi de violents coups de sang. C’est le moment où je ne le comprends pas et je crois que c’est de la faute de son créateur. Il tire deux balles dans les genoux de quelqu’un et le fout à l’eau comme vous (moi en tout cas) iriez prendre un paquet de chips dans le placard. Il ne réfléchit pas et ne se « débriefe » pas. J’ai du mal à croire au fait qu’il ressasse ses idées noires (d’un autre côté il est sous Xanax) ou même qu’il est toujours le grand lecteur de ses débuts (est-ce que franchement vous arriveriez à lire avec tout cela dans le sang).

Le point le plus intéressant de cette série de Ken Bruen est la description de la « vraie » Irlande, pas celle du vert émeraude. Comme dans les autres volumes, on a le vieux Galway contre le récent Galway, les traditionnels « mauvais » quartiers où on trouvait les vrais délinquants opposés à la délinquance nouveau genre qui roule dans des voitures de luxe. Ce qui est nouveau, c’est que dans ce volume, l’Irlande est en plein dans « LA » crise (je l’écris comme cela car je n’arrive plus à comprendre si on en a changé ou si on est toujours dans la même mais je suis sûre que vous vous serez). Franchement, en lisant ce livre, on se dit qu’on est vraiment tous dans le même bateau, ce qui n’était pas évident à la lecture des journaux.

Comme je l’ai déjà dit sur le blog, c’est pour moi l’essence du roman noir : capter la société avant qu’elle ne se comprenne elle-même. En cela, Ken Bruen réussit un excellent roman. Les aventures de Jack Taylor restent un très bon fil conducteur pour cela à mon avis.

L’avis très positif de de Yvon et plutôt mitigé de Cathe.

Références

Le démon – une enquête de Jack Taylor de Ken BRUEN – traduit de l’anglais (Irlande) par Marie Ploux et Catherine Cheval (Fayard Noir, 2012)

Pourquoi a-t-il changé d’éditeur pour ce livre ? Mystères et boules de gomme !

Rien n’est noir de Deirdre Madden

Quatrième de couverture

Dans sa maison de pierre grise nichée sur les falaises rocheuses du comté de Donegal, Claire, un jeune peintre épris de perfection, accueille pour l’été sa cousine Nuala, kleptomane névrosée en pleine crise existentielle, sur qui pèse l’ombre douloureuse d’une mère récemment disparue.

Dans la maison voisine, Anna, une ancienne décoratrice d’origine hollandaise qui partage son temps entre l’Irlande et son pays natal, tente secrètement de comprendre pourquoi sa relation avec sa fille Lili a échoué.

Mon avis

Quand j’ai visité l’Irlande, il y a deux endroits que j’ai particulièrement aimé. C’est le Donegal et Wicklow. Le Donegal parce que c’est isolé, qu’il peut y faire beau comme moche dans un temps très court, que cela rend la lumière changeante et donc magnifique à mes yeux. Wicklow c’est un peu la même chose mais aussi parce qu’il y a beaucoup plus de reliefs. J’aime bien lire des livres qui me rappellent ces paysages. Voilà le pourquoi de cette lecture.

J’avais déjà Deirdre Madden avant le blog avec son Irlande, nuit froide (je pense que je vais le relire du coup). J’avais apprécié les personnages mais surtout une description bien particulière du conflit Nord-Irlandais. Dans ce livre-ci, on est plus dans le portrait de femmes. Les Irlandais sont plutôt en toile de fond pour leurs caractères et pour la religion. Les paysages sont omniprésents. Tout y est décrit avec précision car c’est censé être fait Claire qui est peintre dans l’histoire. Elle apprécie donc les formes, les matériaux (dans le Donegal, c’est plutôt la pierre) et la lumière.

Passons quand même à ce qui fait l’essence du livre : le portrait de trois femmes. Et là, le livre est typiquement irlandais (c’est une période d’avant le blog pour mes lectures). Ce sont trois femmes bien compliquées, qui semblent s’être réfugiées dans la solitude pour masquer une dépression. Nuala est la dernière arrivée. Elle est devenu kleptomane à la suite du décès de sa mère, deux semaines après l’annonce qu’elle était enceinte. Bien sûr, elle l’adorait mais a l’impression de ne pas l’avoir assez comprise, de ne pas s’être assez rapproché d’elle. Il y a aussi la douleur qu’elle ne soit pas là pour voir le bébé. Elle a une vie qu’elle ne comprend pas : un mari aimant, avec qui elle connaît le succès dans la restauration, un bébé mais pourtant elle n’est pas si heureuse qu’elle aimerait l’être (qui est dans ce cas-là, j’aimerais bien le savoir).

Claire vit heureuse, seule, dans sa maison venteuse et désolée du Donegal. Pourtant, on découvre progressivement qu’elle a beaucoup de blessures. Une fausse couche à l’Université, une amie qui est morte d’une longue maladie deux ans après la fac, un homme Markkus qui n’est plus là mais on ne sait pas trop pourquoi. Elle a beaucoup voyagé en Europe aussi pour étudier l’Art dans les musées, dans les églises … On ne comprend pas vraiment ce qui fait qu’elle a emménagé il y a trois ans dans cette maison du Donegal (il est très important pour elle que ce soit une location comme si elle n’était pas fixé), et ce même si c’est un retour sur les terres de son enfance.

Anna est de loin celle des trois qui est la plus ouverte mais elle cache sa mauvaise relation avec Lili.

Ce qui est bizarre, c’est que Deirdre Madden se concentre sur le présent. On n’a pas l’impression d’avoir tous les faits pour comprendre. On ne saura pas pourquoi la mère de Nuala est morte, on ne saura pas pourquoi et comment Markkus n’est plus là, on ne saura pas qui était vraiment Alice pour Claire, on ne sait pas vraiment comment la vie d’Anna et de Lili s’est déroulé après le divorce. C’est pour cela je pense que le livre est plutôt une esquisse des sentiments de trois femmes dans le Donegal (d’ailleurs elles ne sont pas décrites physiquement) plutôt qu’un roman avec une histoire, début, milieu et conclusion comprise dans le pack.

Ce qui est intéressant de voir aussi, c’est qu’il n’y a qu’un homme dans l’histoire, c’est Kevein. Il était étudiant en histoire de l’Art avec Claire mais il connaissait Nuala de bien avant. Il a épousé Nuala mais on sent qu’il y eu quelque chose avec Claire. Il a abandonné sa vocation d’artiste pour ouvrir le restaurant que sa femme voulait ouvrir, lui avait seulement lancé l’idée en l’air. La réalisation c’est uniquement sa femme. Il n’a pas une grande présence dans le livre et son rôle se limite à être le mari de Nuala. Il semble moins s’interroger sur lui-même ou sur sa vie (cela donne l’impression qu’il est un peu balourd, moins profond). Il l’accepte tel quel et n’en est pas mécontent.

C’est d’ailleurs pour cela que le livre s’appelle Rien n’est noir parce que la conclusion qui s’en dégage c’est que la vie n’est jamais si noire qu’on veut bien le croire. Il y a toujours une petite lumière à l’horizon. Un peu comme dans la ciel du Donegal.

Un autre avis

Celui d’Yvon bien sûr !

Références

Rien n’est noir de Deirdre MADDEN – traduit de l’anglais par Nordine Haddad (Belfond, 1996)

Shadowstory de Jennifer Johnston

C’est le neuvième livre de Jennifer Johnston que je lis. Elle ne m’a déçue qu’une seule fois et ce n’est certainement pas avec cet opus-ci qui est, à mon avis, un de ses livres les plus réussis.

Au départ, ils étaient deux, Geoffrey et Beatrice. Puis six enfants sont venus se rajoutés, cinq garçons et une fille. Ils habitent Kildarragh, une belle bâtisse près de Galway. Ils y vivent heureux. En tout cas, on le suppose car cela se passe avant le début du roman. Les enfants grandissent et commencent à prendre leurs envols : l’aîné va étudier à Dublin. Il, Greg, se marie en secret avec Nonie et à une fille, Polly. C’est elle qui nous raconte l’histoire de Kildarragh de sa naissance (à elle) jusqu’à la mort de ses grands-parents, qui marquera la vente de la maison.

La guerre, la Seconde, éclate. Bien que l’Irlande soit neutre, Greg s’engage dans les troupes britanniques. Il décédera au combat. Jassie elle aussi s’engage à Londres (où elle vivait avant) dans la surveillance aérienne (si j’ai bien compris). Elle mourra dans un bombardement. C’est une première épreuve pour la famille.

Pour autant, cela ressoude. En plus, il y a Polly que tout le monde appelle Baby parce que c’est le bébé de la famille. Il y a aussi Sam, l’oncle de Polly qui n’a pas eu le temps de connaître Greg car il est né seulement cinq ans avant Polly. Entre les deux enfants, un lien indéfectible, encouragé par les adultes, se noue. Pourtant, Polly et Nonie après la guerre partiront s’installer à Dublin. Polly ne reviendra que pour les vacances voir « sa » famille (en opposition avec la nouvelle famille de Nonie). Elle grandit et connaît les joies de l’enfance, les difficultés de la préadolescence. On ne lui dit pas tout pour ménager son enfance. Elle le vit plus ou moins bien, pleure beaucoup et souvent. Pourtant, quand Sam (qui l’aime comme une fille et non comme une nièce) décide de partir à Cuba pour s’engager aux côtés des communistes, il ne le dira qu’à elle et lui demandera le secret, secret qu’elle gardera malgré les demandes répétées de ses grands-parents.

Il y a la mort du chien adoré par toute la famille ou plutôt adoré comme un membre de la famille. Il y a la tentative de mariage d’un des fils, Harry, avec une toute jeune fille. Le problème qui se posera n’est pas l’âge mais la différence de religion.

Comme vous le voyez, il y a une multitude de personnages qui sont tous attachants, bien décrits. Ce n’est absolument pas difficile de s’y retrouver. On n’a pratiquement l’impression de faire partie de la famille.

Ce qui m’a particulièrement plu dans cet opus de Jennifer Johnston c’est la manière dont elle se met dans les pas de Polly. Le texte est censé avoir été décrit par Polly plus tard mais à chaque, on a l’impression de ressentir ce qu’elle a ressenti au moment de l’histoire. C’est un peu comme les mémoires d’une vielle femme, comme une histoire que raconterait une grand-mère à ses petits-enfants, autour d’un feu de cheminée.

En conclusion, Jennifer Johnston dit les ombres qui passent dans une maison au cours de la vie de celle-ci. C’est fait avec nostalgie et une douce mélancolie. Cela touche au cœur.

Références

Shadowstory de Jennifer JOHNSTON (Headline Review, 2012)

Paru pour la première fois en 2011.