Enquête sur le meurtre d’Umberto Eco et autres homicides minuscules de Giorgio Celli

Imaginez vous Sherlock Holmes en vacances en Italie dans un grand hôtel ! Vous obtenez une vision du détective étendu sur un transat autour de la piscine bleu chloré, sirotant une tequila. En gros,  vous obtenez un Sherlock Holmes suant l’ennui. Mais comme dans les séries télé, les détectives attirent le meurtre ! On appelle Sherlock Holmes et Watson car un meurtre vient d’être commis dans l’hôtel (je n’ai pas compris si c’était le même qu’eux par contre). La victime n’est autre qu’Umberto Eco ! Il git mort dans son lit alors que la porte était fermée, la fenêtre entrouverte (mais on est au troisième étage). On pense à un suicide au cyanure mais le problème est qu’il a pris un somnifère avant de s’endormir. Cela rend peu crédible la thèse du suicide. Quand je vous aurais dit que l’auteur, Giorgio Celli, est l’ami d’Umberto Eco mais est aussi entomologiste, que sur la couverture il y a un insecte volant et qu’on parle d’homicides minuscules, vous aurez à peu près compris l’intérêt du livre.

En effet, l’auteur utilise ses connaissances scientifiques pour faire commettre des meurtres originaux. Car en fait il y a deux textes sur Sherlock Holmes (le deuxième est un peu un Sherlock Holmes qui joue Gil Grissom des Experts Las Vegas) mais aussi deux textes (qui sont en fait des scènes) avec Colombo, l’homme à l’imperméable et à la mystérieuse femme  et aussi d’autres textes avec des antiquaires (pourquoi cette obsession, mystère et boule de gomme).

Le style est classique mais on sent que l’auteur s’amuse beaucoup et on (en tout cas moi) le suit sans aucune difficulté. Je ne regrette pas d’avoir longtemps cherché ce pastiche !

Références

Enquête sur le meurtre d’Umberto Eco et autres homicides minuscules de Giorgio CELLI – traduit de l’italien par Claude Galli (Via Valeriano, 2002)

Sherlock Holmes et le mystère du Palio de Luca Martinelli

Quatrième de couverture

L’intrigue part d’un fait avéré de la saga de Sherlock Holmes : le séjour du détective londonien en Italie alors que tout le monde le croit mort. Sa mission est de reconstituer le réseau des agents britanniques. Mais à peine arrivé à Florence, Holmes entend parler d’un homicide advenu à Sienne dans lequel serait impliqué un Anglais et qui pourrait bien compromettre sa mission. Il s’y rend sur-le-champ. Convaincu de l’innocence de son compatriote, il cherche à dénouer le piège dans lequel celui-ci est tombé. Assisté par le petit Federigo, fils de son aubergiste, Holmes découvre vite des indices étonnants qui le plongent dans l’effervescence du Palio, la célèbre course de chevaux siennoise …

Mon avis

Ce livre m’a fait passer un très bon samedi après-midi la semaine dernière (aujourd’hui j’ai été faire les magasins). Il est à noter que c’est un des premiers pastiches italiens que l’on peut lire en France (en tout cas à ma connaissance).

L’histoire est exactement celle racontée dans la quatrième de couverture donc je n’y reviens pas à part pour dire que le scénario est assez original, tout en étant assez proche des histoires que l’on peut trouver dans le Canon. La résolution m’a personnellement bluffé.

Dans ce livre, on peut dire qu’il y a deux personnages : Sherlock Holmes et Sienne. On découvre un Sherlock Holmes assez détendu, je trouve, malgré le fait que sa mission met en jeu la sécurité de l’Empire. Il est un peu en pause, me direz-vous,mais bon le suspect est quand même agent secret. Sherlock Holmes prend le temps  de faire du tourisme, de comprendre les Siennois en discutant avec eux, de prendre la défense du petit Federigo face à son père. On a donc un Sherlock Holmes qui finalement s’intéresse aux autres autrement que comme énigmes ou vecteurs de résolution d’énigme. C’est assez étonnant je trouve.

Je suis ressortie en espérant aller à Sienne au moment d’un des Palio. Cela ressemble à une course de chevaux mais cela a l’air beaucoup plus compliqué dans les règles mais aussi dans la symbolique. Même la description de la ville est intéressante et on sent Luca Martinelli amoureux de sa ville.

En conclusion, une lecture très agréable et un pastiche de bonne qualité !

Références

Sherlock Holmes et le mystère du Palio de Luca MARTINELLI – traduit de l’italien par Lise Caillat (Éditions Joelle Losfeld, 2011)

L'île de Giani Stuparich

Quatrième de couverture

Entre ciel et mer, deux êtres liés par le sang – un père malade et son fils – ont abordé à l’île des origines (Lussimpiccolo, au large de l’Istrie) et s’interrogent sur la naissance et sur la mort à mots couverts, avec la pudeur de l’amour, dans un récit linéaire d’une émouvante essentialité.

Giani Stuparich, né à Trieste en 1891 et mort à Rome en 1961, est ce qu’il est convenu d’appeler un « écrivain de frontière ».

Mon avis

Lundi, j’ai publié l’avis sur le livre La maladie de Alberto Barrera Tyszka. Dans les commentaires, Dominique m’a rappelé qu’elle avait lu récemment un livre sur le même sujet et c’était celui-ci. Je l’avais mis dans ma PAL après son avis (je l’avais vu comme elle chez Claude mais je l’avais juste noté à ce moment là). Je n’ai donc eu qu’à le sortir.

C’est le même thème en effet mais c’est très différent ! Je ne sais pas si cela tient à la différence de pays ou tout simplement d’époque. Dans le livre de Stuparich, ce que je retiendrais de ce livre (qui est en partie inspirée des propres souvenirs de l’auteur ou plus exactement de son père) c’est l’île. Comme l’indique le titre c’est le personnage principal. Il se dégage une force tranquille de la description. On sent la nature mais surtout les brûlures du soleil. Stuparich insiste beaucoup j’ai trouvé sur l’isolement des personnes qui sont nées dans l’île mais aussi celles qui y ont vécu comme le père malade. Plus exactement, l’auteur essaye de percer à jour la manière dont a façonnée le caractère de ces personnes. En comparaison, le fils, qui vit habituellement dans les montagnes, semble un personnage à part (en plus des soucis qu’il a dans sa tête avec la maladie de son père). Il essaye de percer les gens ou plus exactement de les comprendre mais on n’a cette impression qu’il ne peut pas être là. Il y a deux scènes de baignades où il est donc loin de l’île et montre une certaine force, une certaine puissance qu’il ne semble pas avoir sur l’île au côté de son père.

Au final, c’est ces impressions qui vont construire la maladie et la relation père-fils dans le roman. L’auteur ne l’évoque pratiquement pas. Il y a très peu de dialogues entre les deux. Surtout que le père n’a pas dit au fils qu’il a un cancer. Ce sont donc des dialogues impossibles. On sent de la tendresse mais aussi une admiration pour le père, qui pourtant tient son fils à distance tout en l’admirant. On peut citer la dernière phrase pour illustrer l’apport de l’île sur la relation des deux hommes :

Le fils vit l’île diminuer, s’évanouir à l’horizon dans la lumière immense de la mer. Ce fut alors que pour la première fois il eut précisément et clairement conscience de ce qu’il perdait en perdant son père.

Un autre passage que j’ai trouvé très fort :

Pourquoi, alors que régnaient harmonie et légèreté, quand son père et lui s’étaient trouvés sur le rocher, une vague déferlante ne les avait-elle pas arrachés de là et engloutis ? La fin serait arrivée comme une grâce violente, leur épargnant de sombrer interminablement, ballottés entre des regains illusoires et d’humiliants abandons.

Il ne se révoltait pas contre la fatalité de la mort ; il se révoltait parce qu’un organisme solide et sain luttait tragiquement contre un mal insidieux et cruel.

Un combat joué d’avance. Sans espoir. Il revoyait la lumière s’éteindre dans les yeux troubles de son père, comme le présage d’une défaite. Toutefois, celui qui se bat n’a peut-être pas pleinement conscience du caractère inéluctable de la défaite : il peut résister et reprendre son souffle pour lutter encore. Mais celui qui assiste impuissant à ce combat tragique, celui qui a dans ses artères  le même sang que la victime, souffre d’une horreur contenue et toutes ses minutes sont empoisonnées.

C’est une écriture dans laquelle j’ai eu beaucoup de mal à rentrer (j’ai trouvé bizarrement plus « facile » de lire ce livre dans le métro que dans ma chambre au calme). Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce qui était important ce n’était pas ce qu’il disait mais ce qu’il ne disait pas.

Références

L’île de Giani STUPARICH – traduction de l’italien et postface (excellente) par Gilbert Basetti  (Verdier Poche, 2006)

Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio

Quatrième de couverture

Guido Guerrieri est appelé à la prison de Bari pour défendre en appel un prévenu condamné pour trafic de drogue. Reconnaissant en lui Fabio Ray-Ban, l’agitateur fasciste qui fut le cauchemar de son adolescence, il décide de refuser. Or, l’homme clame son innocence : il prétend avoir été dupé par son premier avocat. Et il lui lance : « On raconte que vous ne vous dérobez pas quand la cause est juste. On raconte que vous êtes un type bien. » Guerrieri hésite, car les preuves sont accablantes ; il sait qu’il est malvenu et dangereux de s’en prendre à un confrère. Mais quand la femme du détenu, d’une beauté stupéfiante, se présente à son cabinet, toutes ses réserves s’évanouissent. Séduit par cet avocat malheureux en amour, féru de boxe et de littérature, le lecteur se laisse entraîner dans une affaire qui lui dévoile les rouages de la machine judiciare italienne, ainsi qu’une ville aussi animée qu’inquiétante.

Né à Bari en 1961, Gianrico Carofiglio, juge antimafia, a su puiser dans son expérience professionnelle pour se forger une renommée internationale d’auteur de legal thrillers.

Mon avis

Un legal thriller ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Pour cela, il faut regarder wikipedia parce que lui seul à réponse à tout. Donc voilà les liens vers le thriller (« La caractéristique commune des oeuvres appartenant à ce genre est de chercher à provoquer chez le spectateur ou le lecteur une certaine tension, voire un sentiment de peur (qu’il doit cependant trouver agréable) à l’idée de ce qui pourrait arriver aux personnages dans la suite du récit ») et vers le legal thriller (l’article est en anglais).

Au vu de ses définitions, je peux déjà vous dire que nous n’avons pas affaire à un thriller parce que pour le coup je n’ai pas eu peur, ni n’ai ressenti une certaine tension. Pour ce qui est du legal thriller : en effet, le protagoniste principal est un avocat mais c’est tout ce qui peut correspondre à la définition de wikipédia. En effet, rien à voir avec les legal thriller à l’américaine (genre L’affaire pélican de John Grisham par exemple, même si je n’ai pas aimé personnellement).

Je trouve ça bizarre de la part de l’éditeur d’avoir voulu mettre un genre spécifique sur la quatrième de couverture. Quand je vois le mal que j’ai déjà à mettre les livres dans mes catégories, je me dis que c’est vraiment cherché les complications pour rien. C’est un roman qui se suffit à lui-même, pas besoin de chercher à le mettre dans une petite case absolument. À noter le site Evene reprend le terme de legal thriller mais ajoute « à l’italienne ». Sur un autre site, j’ai vu que Gianrico Carofiglio était le chef de file du legal thriller à l’italienne. Qui sont les autres ? Trêve de préambule sur ce sujet qui me laisse perplexe.

C’est un roman agréable à lire pour se détendre, sans plus. Il n’est pas mal ni bien écrit. C’est ce qu’on peut attendre d’un roman policier. On sait que le gentil avocat (même si il couche avec la femme de son client) va gagner à la fin. L’histoire est intéressante et sympathique.

Maintenant, passons aux points négatifs. Gianrico Carofiglio ne fait rien de ses personnages. Par exemple, Guerrieri (dont c’est au moins la troisième enquête publié en France) aime la boxe et la littérature. Le sujet est à peine éfleurer (à part le fameux passage de la librairie dont on parle sur tous les blogs). Par exemple, la femme du client a comme nom Kawabata. L’auteur note juste qu’en effet c’est le nom d’un célèbre auteur japonais (il n’y pas d’envolée lyrique sur le sujet). Finalement, Guerrieri n’a aucune profondeur ; on n’arrive pas à le sentir, lui et ses doutes, ses sentiments pour la femme, rien.

Même dans l’histoire, il ne fait rien de son histoire de mafieux, ni du passé fasciste de Fabio Ray-Ban. Pourtant, ce sont des thèmes que j’aurai aimé voir développer. Le procès occupe environ les soixante dernières pages du livre (avant, il y a une enquête qui n’est même pas fait par Guerrieri, pourtant les avocats ont le droit de le faire en Italie, mais par un flic de ses amis) : on y découvre le système judiciaire italien (et surtout comment les procès sont expédiés). C’est sûrement la partie la plus intéressante parce qu’elle nous fait découvrir un système inconnu avec ses rouages et ses imperfections. De plus, l’ambiance de violence feutrée d’un tribunal est vraiment très bien décrite.

En conclusion, ce que l’on peut reprocher à Gianrico Carofiglio c’est d’avoir décrit la vie quotidienne et surtout réelle d’un avocat en Italie en oubliant que ce n’est pas forcément ce que l’on attend de la littérature.

Livre lu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio (Babélio que je remercie bien évidemment et les éditions du Seuil pour l’envoi du livre avec la carte écrite à la main : cela m’a fait très bonne impression). D’autres avis donc chez Babelio et Je lis, tu lis, il lit.

Références

Les raisons du doute de Gianrico CAROFIGLIO – traduit de l’italien par Nathalie Bauer (Seuil Policiers, 2010)

 

La fuite de Tolstoï d'Alberto Cavallari

Quatrième de couverture

Tolstoï a quatre-vingt-deux ans. Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1910, il quitte la propriété familiale de Yasnaïa Poliana. Sans prévenir sa femme ni ses enfants, il s’enfuit seul dans l’hiver glacial. Après quatre jours d’errance, il échoue dans la petite gare d’Astapovo, où il meurt une semaine plus tard. Comment expliquer cette fuite ? Alberto Cavallari mène l’enquête grâce aux journaux des rares témoins directs et à Tolstoï lui-même qui, dans la gare, écrira sur son geste.

Mon avis

La fameuse année 1910 de Tolstoï, qui se termine par sa fuite et sa mort est un sujet éminement romanesque, ou plus exactement qui peut se prêter à mille conjectures. En plus de celui-là, je peux vous citer deux livres sur le sujet : Une année dans la vie de Tolstoï de Jay Parini dont vous pouvez trouver un billet chez Dominique (j’ai le livre dans ma PAL depuis son billet) et Tolstoï est mort de Vladimir Pozner dont vous trouverez un billet chez Lili Galipette.

Ici, on ne parle que de la fuite de Tolstoï. Le récit est donc ramassé entre la nuit du 27 au 28 octobre et le 31 octobre où Tolstoï arrive à la gare d’Astapovo où il mourut le matin du 7 novembre. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, je me suis dit ça c’est une mort à la Edgar Poe. On ne sait pas ce qu’il a fait pendant sa fuite, ni où il était mais comme il avait 82 ans, ça a été trop éprouvant pour lui. Je rappelle que je ne connais pas la vie de Tolstoï ni ses romans mais seulement quelques nouvelles (je suis en train de me rattraper. Comme le dit George, des fois, j’ai l’impression de n’avoir rien lu).

Si vous êtes comme moi, sachez que dans la famille Tolstoï, on se dit tout (mais alors absolument tout) ou plus exactement tous les membres du cercle de Yasnaïa Poliana (et ils sont nombreux) tiennent un journal et ils se le lisent entre eux. Quand Tolstoï décide de partir tout seul pour fuir sa vie, sa femme et tout le reste, c’est quand même avec un médecin et un serviteur en prévenant la moitié de sa famille et en écartant sa femme qu’il ne peut plus supporter après quarante huit ans de mariage. Tout ça est un peu extravagant. Mais c’est Tolstoï, un homme plein de contradictions, qui ne peut arriver à vivre selon son idéal (ce qui le désespère et je le comprends),

On découvre donc ici un Tolstoï à la fois fragile et déterminé, vaillant et malade. On découvre aussi sa manière de voir sa famille à travers des extraits de son journal que l’auteur incorpore en italique dans le texte comme si il faisait parti du texte. L’auteur ne prend pas parti ni pour Sophie (la femme) ni pour Tolstoï même si on suit Tolstoï (on a donc plus tendance à prendre son parti). L’auteur a priviligié une sorte d’enquête journalistique sur le sujet et donc un ton neutre. Cela ne donne pas l’impression de lire un roman ou une biographie romancée mais plutôt un article qui pourrait avoir été écrit au cours de la fuite, au jour le jour par un journaliste qui suit la compagnie.

En conclusion, j’ai trouvé que c’était instructif et plutôt pas mal. Je lirais sûrement les deux autres livres cités précédemment.

Références

La fuite de Tolstoï de Alberto CAVALLARI – traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro et Camille Dumoulié (Christian Bourgois – collection Titres, 2010)

Senso de Camillo Boito

Quatrième de couverture

Dans son carnet secret, la comtesse Livia se souvient. De sa rencontre à Venise, alors qu’elle était en voyage de noces, avec Remigio, et de la passion que lui inspira ce beau lieutenant. Froidement, elle raconte aussi comment, par jalousie et par souci de vengeance, elle mena à sa perte son amant après lui avoir donné argent et bijoux.

Concis et cruel dans sa manière de camper ses personnages (sur une vision romantique de l’amour, le cynisme de la comtesse en dit long), précis dans son évocation du contexte historique (la guerre entre l’Italie et l’Autriche), Camillo Boito tire de cette trame mélodramatique un joyau romanesque.

Visconti ne s’y est pas trompé, qui prêta de manière inoubliable les traits d’Alida Valli et de Farley Granger à la comtesse et à son lieutenant dans son Senso de 1954.

Quelques informations supplémentaires pour situer l’auteur

Camillo Boito est un écrivain et architecte italien, né le 30 octobre 1836 à Rome et mort le 28 juin 1914 à Milan. Il est le fils du peintre vénitien Silvestro Boito et de la comtesse polonaise Giuseppina Rodolinska. Il est aussi le frère d’Arrigo Boito (1842-1918). Son père a une vie de bohême et déserte donc régulièrement le foyer familial. Alors quand Camillo, après des études en Italie, en Allemagne et en Pologne, obtient en 1855 la chaire d’esthétique et d’histoire de l’architecture de l’Académie des Beaux-Arts de Venise, l’argent qu’il gagne sert à soutenir sa mère et son frère. En 1856, il est démis de ses fonctions « du fait de son hostilité au gouvernement autrichien ». Il revient un peu plus tard à Venise où il restaure la basilique Santa Maria e San Donato de murano. En 1859, il quitte définitivement la chaire de Venise, toujours sous la pression de la police autrichienne. Il trouvera un nouveau poste à l’Académie des Beaux-Arts de Brera à Milan, poste qu’il occupera près d’un demi siècle (jusqu’en 1908). En 1889, il restaure le dôme de Milan. Au niveau de sa vie personnelle, il se mariera deux fois : en 1862, avec sa cousine Cecilia de Guillaume (mariage malheureux ; ils se séparent après la mort de leur fils unique), en 1887, avec la marquise Madonnina Malaspina.

Ses écrits se divisent en deux parties : la partie sur l’architecture et les nouvelles. Pour la partie archtecture, un ouvrage a été traduit en français aux Éditions de l’Imprimerie : Conserver ou restaurer : les dilemmes du patrimoine. Dans cet essai, Boito fait parler deux personnages fictifs, un adoptant les opinions de Viollet-le-Duc et l’autre celles de John Ruskin. Ces opinions sur la conservation du patrimoine ont inspiré les lois italiennes sur la conservation du patrimoine en 1902 et 1909 mais aussi la charte d’Athènes en 1931. Pour ce qui est des nouvelles, les deux plus connues sont Senso et Un corps (qui a été adapté en opéra et qui a paru en 1995 chez Alfil). Elles font partie de deux recueils : Histoires vaines (le volume des éditions Ombres ne comprend pas toutes les histoires) et Nouvelles histoires vaines. Les anglophones traduisent Histoires vaines par Tales of Vanities. J’étais surprise parce que pour moi vaines n’avait aucun rapport avec vanité.

Boito fait parti du courant littéraire des « scapigliati » (littéralement les échevelés). Dans Histoire de la littérature italienne, N. Jonard les décrit comme des « anarchistes bourgeois en révolte ouverte contre la société », n’ayant « rien à proposer pour remplacer ce qu’ils veulent détruire ». « Ils refusent l’ordre social et ses contraintes, bafouent la morale et le christianisme à la Manzoni, raillent le patriotisme de leurs aînés ». Pour ce qui est des influences, ils se réclament de Baudelaire, Poe, Hoffmann et Proudhon. S’inscrit dans ce courant, pour ce qui est de la musique, Puccini et, pour la littérature, des auteurs tels que Arrigo Boito, Emilio Praga (1839-1875), Carlo Dossi (1849-1910) et Iginio Ugo Tarchetti (1841-1869).

Mon avis

Pour ceux qui se rappellent, je vous ai déjà parlé de Tarchetti pour son livre Fosca. Là encore, dans cette très courte nouvelle de 60 pages, l’image de la femme n’est pas très brillante. Livia, 22 ans, vient de se marier avec un homme de 62 ans qu’elle a voulu avoir pour perdre sa « qualité de demoiselle ». En juillet 1865, elle est en lune de miel à Venise. D’après elle, elle est au sommet de sa beauté :

« Ma beauté était dans tout son éclat. Un éclair de désir brillait dans les yeux des hommes lorsqu’ils me regardaient ; je sentais sur moi la flamme des regards dérobés même sans les voir. Jusqu’aux femmes qui me dévisageaient, puis de la tête aux pieds me détaillaient avec admiration. Je souriais comme une reine, comme une déesse. Je devenais, dans le contentement de ma vanité, bonne, indulgente, familière, insouciante, spirituelle : la grandeur de mon triomphe me faisait presque paraître modeste. » (p. 12)

Pendant une bonne partie de la nouvelle, la dame se flatte. Cela devient de pire en pire car elle croit acquis l’amour du beau lieutenant Remigio. Jusqu’au jour où elle s’aperçoit qu’il en a une et même plusieurs autres et que c’est elle qui entretient tout cela avec l’argent qu’elle lui donne. À partir de là son ressentiment sera implacable.

« Je compris alors que le lieutenant Remigio était toute ma vie. Mon sang se glaça, et je tombais presque sans connaissance sur le lit dans la chambre sombre. S’il n’était apparu à ce moment-là, dans l’encadrement de la porte, mon coeur dans un paroxysme de soupçons et de rage aurait éclaté. J’étais jalouse à en devenir folle. J’aurais même pu devenir jalouse à en tuer. » (p.22)

Livia est une femme odieuse à mon avis : elle est vaniteuse, jalouse, vindicative même si on peut aimer son côté « extrême » dans la passion. Au delà du jugement moral sur la dame (le monsieur n’est pas non plus en reste d’ailleurs), ce texte est très bon. Le style est froid, sans sentiment. La comtesse nous exprime ses opinions sans en rougir, ni même regretter ce qu’elle a fait seize ans plus tôt (car il s’agit d’un journal qu’elle écrit a posteriori). On voit même qu’elle n’a rien appris, qu’elle est toujours la même. C’est pour ça que je vous ai fait tout un speech sur l’auteur. Ici, il nous dévoile son désenchantement par rapport au genre humain. Seul peut être les plus pauvres trouvent quelques graces aux yeux de l’auteur.

Sinon, j’ai toujours l’air de débarquer de ma planète mais est-ce que quelqu’un a vu le film de Visconti ? C’est bien ? On a le même sentiment qu’à la lecture ?

Références et sources

Senso – carnet secret de la comtesse Livia de Camillo BOITO – traduit de l’italien par Jacques Parsi (Babel, 2008 – première édition en 1994)

Histoire de la littérature italienne de Norbert JONARD (Ellipses – collection Littérature des cinq continents, 2002)

Biographie dans Histoires vaines de Camillo BOITO (Éditions Ombres, 1999) : je vous en parle dès que je l’ai lu !

Biographie et bibliographie sur le site des éditions Sillage

et bien sûr l’article de Wikipédia en français et en anglais !

 

Enquête sur un sabre de Claudio Magris

Quatrième de couverture

Les faits historiques évoqués dans ce récit se sont déroulés en Carnie entre l’été 1944 et le printemps 1945. La Carnie, au nord du Frioul, était occupé par les Allemands et l’armée de cosaques composée de tous ceux qui s’étaient résolus à collaborer avec le IIIe Reich après avoir fui la Russie stalinienne. Les nazis, en échange, leur avaient promis une patrie.

Parmi les officiers à la tête de cette armée cosaque domine la figure de Krasnov, personnage légendaire dont la mort resta longtemps enveloppée d’un épais mystère et de diverses légendes.

L’enquête sur Krasnov cherche à reconstituer, au travers des mythes, la réalité historique de ces cosaques, à la poursuite du rêve impossible d’une nouvelle partie, qui périrent presque tous, trahis et abandonnés par les vainqueurs.

Mon avis

Une fois, j’ai entendu qu’on disait de Claudio Magris qu’il pourrait être un futur lauréat du prix Nobel de littérature. Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour décider qu’il fallait que je le lise. Il s’est écoulé trois ans pour que je passe à l’action (le dossier de Lire sur la littérature italienne a été le déclencheur) et trois mois pour qu’il sorte de ma Pile à Lire.

Il a fallu que je choisisse un titre. Ça a été celui-là car le sujet m’étais inconnu mais m’intéressais beaucoup.

Ce livre m’a d’abord surprise. C’est un genre hybride : on s’attend à une sorte de biographie mais en réalité c’est une longue lettre d’un vieux curé à un autre plus jeune lui racontant les événements. Au lieu d’une biographie, on obtient un essai décrivant un peu les faits. Une fois que l’on sait ça, on n’a plus à s’étonner d’un style qui nous tiens à distance des évènements et on ne peut qu’être impressionnée par l’intelligence des opinions données (bien sûr c’est toujours argumenté d’une manière convaincante).

Cependant, c’est justement le fait de décrire si peu ce qui c’était passé qui a fait que par moment je me suis retrouvée un peu perdue (et que du coup je me suis un peu ennuyée).

En conclusion, un avis mitigé. J’aurais aimé que l’auteur nous détaille un peu plus ce qu’il vait à nous dire. J’aimerais cependant continué à lire cet auteur. Connaissez-vous un titre qui pourrait me permettre de mieux comprendre le travail de Caudio Magris ?

Références

Enquête sur un sabre de Claudio MAGRIS – traduit de l’italien par Marie-Anne Toledano (Desjonquères – Les chemins de l’Italie, 1987)

 

Le compagnon de voyage de Curzio Malaparte

 

Présentation de l'éditeur

Fable pudique, baroque et pleine d'humanité, Le Compagnon de voyage a pour cadre l'Italie de 1943. Après le renversement de Mussolini et le chaos que provoque la signature de l'armistice, les hommes de troupe, désormais sans ordres et sans chefs, décident de rentrer chez eux.

Au milieu de cette débandade, Calusia, un soldat bergamesque, entame la lente remontée de la Péninsule jusqu'à Naples. Il s'est juré de rendre à sa famille la dépouille de son lieutenant, mort en Calabre lors des ultimes combats désespérés et vains contre le débarquement allié.

Cet honnête paysan, fier de ses origines, traverse l'Italie en compagnie de l'âne Roméo et d'une jeune fille qu'il a prise sous sa protection. À travers ses rencontres se dessine un portrait tout en finesse du peuple italien, capable des pires bassesses, mais aussi plein de courage et de générosité.

Mon avis

Ce livre, c'est comme Il faut sauver le soldat Ryan : un type, un soldat, s'est fixé une mission humaniste dans une débacle, dans le sens où personne ne sait vraiment où il est et ce qu'il doit faire. Ici, ce n'est pas le débarquement mais l'Italie d'après le 8 septembre 1943. Calusia doit ramener la dépouille de son chef à sa famille. Pour cela, il va parcourir l'Italie. Il rencontre différentes personnes dans chaque village qu'il traverse et à chque fois il essaye de les aider et montre tout son courage. L'écriture de Malaparte donne l'impression de l'épopée d'un héros antique qui va sauver l'Italie en crise. Par un ton léger, on a l'impression que ce qui se passe est anodin mais en réalité, il sait dénoncer à travers ses personnages et ce qu'ils nous disent les pires travers d'une société en guerre : le vol, l'exploitation du malheur. C'est un roman que je n'oublierais pas de sitôt.

J'avais pris ce livre à la librairie parce que dans ma PAL j'avais Kaputt et La peau et que finalement je navais plus trop envie de les lire : là je peux vous dire qu'ils sont remontés tout en haut…

D'autres avis

Ceux de Lau,  de Annick Dor, de Stefano Palombari

Références

Le compagnon de voyage de Curzio MALAPARTE – Postface et traduction de l'italien par Carole Cavallera (Quai Voltaire, 2009)

Fáulas de Luciano Marrocu

 

Quatrième de couverture

Rome 1939 : Luciano Serra, jeune inspecteur de l'OVRA (la police secrète fasciste), est chargé d'une affaire délicate. Il doit enquêter sur Gonario Musio, un haut dignitaire du régime. Ses investigations l'emmèneront jusqu'en Sardaigne. Un retour aux sources pour Serra et la découverte d'un régime fasciste englué dans la corruption et la peur. Fáulas est le premier volet des enquêtes de l'inspecteur Serra.

Luciano Marrocu est professeur d'histoire à l'Université de Cagliari. Il est aussi adjoint à la culture de la Province de Cagliari. Fáulas est son premier roman.

Mon avis

Je commence par un reproche (je sais ce n'est pas très gentil). Je ne suis pas spécialiste de l'administration fasciste, ni de l'histoire de l'Italie à cette période : ça aurait été sympa une postface pour nous parler du contexte… (surtout quand on voit que l'auter est historien). De plus, je ne suis jamais allée en Sardaigne. Je sais situer les grosses villes italiennes mais pas tous les villages de Sardaigne. Il faut mettre une petite carte. Ce préambule pour vous dire qu'il faut un minimum de culture italienne (ou un bon dictionnaire : j'ai appris le mot pyroscaphe) pour bien comprendre ce livre. Ça peut gêner la lecture à mon avis. Je remercie cependant le traducteur pour les quelques notes : grâce à lui j'ai découvert le nom de Grazia Deledda, prix nobel de littérature en 1926. Ces livres ont l'air très intéressants.

À part cela, c'est un roman policier sympathique : on tourne facilement les pages. L'auteur décrit assez longuement ses personnages (on sent qu'il va développer la série) même si leur vie extérieure reste mystérieuse (notamment pour l'inspecteur Serra). On fait l'enquête en même temps que l'inspecteur. J'ai trouvé la solution en même temps que lui. L'enquête et son déroulement ne semble pas être la préoccupation principale de l'auteur. Par contre, la description de la corruption et de l'omerta dans le village sarde de Fáulas vaut le détour même si au contraire de ce que dit la couverture, j'ai eu l'impression de survoler le régime fasciste (plus généralement d'avoir entre les mains un roman atemporel à part le fait que Serra appartient à l'OVRA). 

En conclusion, un roman policier sympathique à lire pour se détendre. J'attends de lire le deuxième volume pour savoir si l'auteur "améliore" un peu ses personnages et ses enquêtes. 

Références

Fáulas de Luciano MARROCU – traduit de l'italien par Marc Porcu (La fosse aux ours, 2008)

Fosca de Iginio Ugo Tarchetti

 

Présentation de l'éditeur

Au dix-neuvième siècle en Italie, Fosca, une femme maladive et d'une
terrible laideur, voue au bel officier Giorgio Bacchetti un amour
ardent, obsessionnel et possessif, qui finira par envoûter ce dernier.
Publié en 1869, peu après la mort de son auteur,
Fosca est un récit passionné à propos duquel Umberto Eco écrivait il y a peu : « Il faudrait rééditer Fosca
en français, l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'une femme
laide, non par masochisme, mais malgré sa laideur, que pourtant il ne
peut supporter. »

Fosca a été adapté au cinéma en 1981 par Ettore Scola sous le titre de Passion d'amour.


Iginio Ugo Tarchetti (1839-1869), par sa vie de bohême, son engagement
politique et littéraire, est l'une des figures de proue du romantisme
et de la Scapigliatura. Influencé par de nombreux écrivains étrangers –
Hoffmann, Poe, Baudelaire, Heine… -, il aspire à un art engagé,
suscitant de nombreuses polémiques. Il s'essaie à plusieurs formes –
romans, récits, poésie, pamphlets (dont Une noble folie, dans lequel il attaque l'armée et l'autorité). Il meurt de phtisie à l'âge de 30 ans.

Mon avis

Quand j'ai lu le résumé de ce livre, je me suis dit "c'est l'histoire d'un trio amoureux, un homme pris entre deux femmes. Ça doit être sympa à lire." J'étais toujours dans la même librairie. Après avoir demandé Le perce-oreille du Luxembourg, je demande au libraire Fosca (parce que bien sûr je ne l'avais pas trouvé). Il l'avait lu aussi !!! Il m'a conforté dans mon idée : "c'est très bien mais il y a des passages qui trainent en longueur (mais peut-être parce que je lis beaucoup)." J'avais envie de l'interroger sur tous les livres de sa librairie pour savoir combien il en avait lu exactement parce que j'étais vraiment impressionnée (je me suis aussi demandée si ce n'était pas un homme parfait pour moi : on lit les mêmes livres). Néanmoins, je suis repartie uniquement avec mes livres…

C'est un livre qui n'est pas seulement sympa : il est juste génial !!!! Je me suis surprise à tourner maladivement les pages pour savoir ce qui allait arriver et pourtant ce sont des alternances de lettres, de scènes à un ou deux personnages, les personnages étant Giorgio (le militaire à la santé fragile qui se rétablit dès qu'il y a une femme qui l'aime et qu'il aime), Clara (la jolie, joyeuse amoureuse mais mariée) et Fosca (la moche, à la limite de l'hystérie, égoïste autre amoureuse qui a absolument besoin qu'on l'aime). Au début, on se dit que Giorgio est un pauvre garçon qui se fourre dans des histoires pas possibles, que le mari de Clara devrait ouvrir les yeux (elle le trompe juste au dessus de chez lui), que Fosca après les désillusions qu'elle a vécu devrait renoncer à l'amour. Puis après vous changez d'idée: Giorgio se persuade qu'il aide Fosca en l'aimant par pitié (mais oui avoir deux amoureuses, c'est normal: les deux ont besoin de lui !!!), Fosca, elle, détruit son amour par son hystérie (on a un peu pitié même s'il elle exagère un peu). Et finalement j'en suis arrivée à détester Giorgio qui est pire que Fosca (il a besoin qu'on l'aime ce petit), Clara qui devient triste (et oui être triste et malheureuse et laide, ça peut venir des aléas de la vie aussi !!!) Ça c'est mon ressenti au cours de la lecture. Après j'ai lu la postface et Olivier Favier a une toute autre opinion que la mienne. Il explique cependant qu'il a lu Fosca deux fois et qu'à chaque fois, il a eu une vision différente du roman.

En conclusion, c'est un roman qui a l'air innocent mais qui finalement est fascinant. Il nous livre une réflexion intéressante sur la beauté et la "laideur" d'une femme (tout en ne définissant ni la beauté ni la laideur). On peut le lire de plein de manières différentes… Il faut le lire rien que pour vous faire votre propre idée (j'espère qu'alors vous me la direz…) En plus, il est particulièrement bien écrit et traduit. Un petit extrait pour finir de vous persuader…

La première page

"J'ai été maintes fois sur le point d'écrire mes souvenirs, mais un étrange sentiment, fait de terreur et d'angoisse, m'en a toujours empêché. Un profond découragement s'est emparé de moi. Je crains d'appauvrir la valeur et l'aspect de mes passions en essayant de les exprimer ; je crains de les oublier en les taisant. Car c'est une chose presque facile que de dire ce que les autres ont éprouvé – l'écho des sentiments d'autrui se répercute dans notre pauvre coeur sans le troubler -, mais dire ce que nous avons éprouvé nous-mêmes, nos fièvres, nos douleurs, est une tâche qui dépasse les possibilités de la parole. Nous avons l'impression de ne pas pouvoir rester dans le vrai.

Écrire ce que nous avons souffert et les joies que nous avons goûtées, c'est donner à nos souvenirs la durée de notre existence. Écrire pour moi, pour me relire, pour me souvenir et pour pleurer en secret, voilà pourquoi j'écris."

P.S. Après cette lecture, j'ai une folle envie de découvrir la littérature italienne du 19ième siècle. J'ai déjà repéré plein de titres !

Références

Fosca de Iginio Ugo TARCHETTI – traduit de l'italien par Bernard Guyader – postface d'Olivier Favier – traduction révisée par l'éditeur (Les éditions du Sonneur, 2009)