L'île de Giani Stuparich

Quatrième de couverture

Entre ciel et mer, deux êtres liés par le sang – un père malade et son fils – ont abordé à l’île des origines (Lussimpiccolo, au large de l’Istrie) et s’interrogent sur la naissance et sur la mort à mots couverts, avec la pudeur de l’amour, dans un récit linéaire d’une émouvante essentialité.

Giani Stuparich, né à Trieste en 1891 et mort à Rome en 1961, est ce qu’il est convenu d’appeler un « écrivain de frontière ».

Mon avis

Lundi, j’ai publié l’avis sur le livre La maladie de Alberto Barrera Tyszka. Dans les commentaires, Dominique m’a rappelé qu’elle avait lu récemment un livre sur le même sujet et c’était celui-ci. Je l’avais mis dans ma PAL après son avis (je l’avais vu comme elle chez Claude mais je l’avais juste noté à ce moment là). Je n’ai donc eu qu’à le sortir.

C’est le même thème en effet mais c’est très différent ! Je ne sais pas si cela tient à la différence de pays ou tout simplement d’époque. Dans le livre de Stuparich, ce que je retiendrais de ce livre (qui est en partie inspirée des propres souvenirs de l’auteur ou plus exactement de son père) c’est l’île. Comme l’indique le titre c’est le personnage principal. Il se dégage une force tranquille de la description. On sent la nature mais surtout les brûlures du soleil. Stuparich insiste beaucoup j’ai trouvé sur l’isolement des personnes qui sont nées dans l’île mais aussi celles qui y ont vécu comme le père malade. Plus exactement, l’auteur essaye de percer à jour la manière dont a façonnée le caractère de ces personnes. En comparaison, le fils, qui vit habituellement dans les montagnes, semble un personnage à part (en plus des soucis qu’il a dans sa tête avec la maladie de son père). Il essaye de percer les gens ou plus exactement de les comprendre mais on n’a cette impression qu’il ne peut pas être là. Il y a deux scènes de baignades où il est donc loin de l’île et montre une certaine force, une certaine puissance qu’il ne semble pas avoir sur l’île au côté de son père.

Au final, c’est ces impressions qui vont construire la maladie et la relation père-fils dans le roman. L’auteur ne l’évoque pratiquement pas. Il y a très peu de dialogues entre les deux. Surtout que le père n’a pas dit au fils qu’il a un cancer. Ce sont donc des dialogues impossibles. On sent de la tendresse mais aussi une admiration pour le père, qui pourtant tient son fils à distance tout en l’admirant. On peut citer la dernière phrase pour illustrer l’apport de l’île sur la relation des deux hommes :

Le fils vit l’île diminuer, s’évanouir à l’horizon dans la lumière immense de la mer. Ce fut alors que pour la première fois il eut précisément et clairement conscience de ce qu’il perdait en perdant son père.

Un autre passage que j’ai trouvé très fort :

Pourquoi, alors que régnaient harmonie et légèreté, quand son père et lui s’étaient trouvés sur le rocher, une vague déferlante ne les avait-elle pas arrachés de là et engloutis ? La fin serait arrivée comme une grâce violente, leur épargnant de sombrer interminablement, ballottés entre des regains illusoires et d’humiliants abandons.

Il ne se révoltait pas contre la fatalité de la mort ; il se révoltait parce qu’un organisme solide et sain luttait tragiquement contre un mal insidieux et cruel.

Un combat joué d’avance. Sans espoir. Il revoyait la lumière s’éteindre dans les yeux troubles de son père, comme le présage d’une défaite. Toutefois, celui qui se bat n’a peut-être pas pleinement conscience du caractère inéluctable de la défaite : il peut résister et reprendre son souffle pour lutter encore. Mais celui qui assiste impuissant à ce combat tragique, celui qui a dans ses artères  le même sang que la victime, souffre d’une horreur contenue et toutes ses minutes sont empoisonnées.

C’est une écriture dans laquelle j’ai eu beaucoup de mal à rentrer (j’ai trouvé bizarrement plus « facile » de lire ce livre dans le métro que dans ma chambre au calme). Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce qui était important ce n’était pas ce qu’il disait mais ce qu’il ne disait pas.

Références

L’île de Giani STUPARICH – traduction de l’italien et postface (excellente) par Gilbert Basetti  (Verdier Poche, 2006)

9 réflexions au sujet de « L'île de Giani Stuparich »

    1. Je connais. En ce moment c’est ma tante. Je prenais le métro pour aller la voir et franchement, les mots avaient une drôle de sonorité.

  1. J’aime beaucoup ton commentaire  » le plus important était ce qu’ils ne se disaient pas » c’est tout à fait ça
    j’ai été très sensible à ce livre et contrairement à toi je suis rentrée dedans sans efforts aucuns mais je crois qu’il s’agit là d’une question de génération, la proximité d’âge avec le père m’a sans doute « parlé » très fortement

    1. Ce que j’ai aimé c’est les descriptions de l’île. J’avais envie d’y partir même si il y avait des moustiques. J’étais dans le texte à chaque fois par contre là (et aucun mal à y rentrer). Le fait que j’ai eu du mal avec l’écriture je crois vraiment que c’est que je ne m’attendais pas à ça. Je m’attendais peut être à plus de complicité avec le père, plus de place sur la maladie. C’est très différent de La maladie. Mais je reconnais que c’est un très beau livre qui mérite plusieurs lectures (en tout cas pour moi) pour en saisir toutes les nuances.

    1. Je l’ai dans ma PAL depuis l’avis de Dominique. Il faut que le ressorte c’est tout (et aussi que je le lise).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.