À l’ouest du monde de Kenneth Steven

Un extrait

Un soir, je me trouvai sur un pont qui enjambait la Clyde. L’eau qui coulait en dessous ressemblait à de l’huile ; sa surface était embrasée par le dernier rougeoiement du soleil couchant. Des morceaux de métal et du bois cassé remontaient des rives comme les os d’étranges créatures. L’eau empestait la maladie. En la regardant, je me rappelai l’eau de Hirta, sa joie fraîche et claire lorsqu’elle jaillissait de terre et dévalait la colline en millions de cristaux. Je me revoyais allant moi aussi de la source à la mer et compris que c’était en quelque sorte l’image de ce que j’étais devenu ; ma vie semblait aussi inutile et corrompue que cette rivière qui coulait à mes pieds, qui s’envasait progressivement en direction de la mer. [p. 101]

Présentation de l’éditeur

Saint-Kilda est un minuscule archipel battu par les vents aux confins du monde connu, à l’extrême ouest de l’Écosse. Une terre sans un arbre, sauvage, misérable, où vivent les Gillies, famille disciplinée, repliée au sein d’une communauté austère. Brutalement la mort des parents puis le départ de l’île viennent bouleverser l’ordre des choses. L’aîné et narrateur, Roddy, échoue sur le continent sans pouvoir trouver sa place dans le clan familial familial en lambeaux. L’émouvant itinéraire d’un homme déraciné, orphelin de son île, en quête de nouveaux repères.

Mon avis

Il est évident que j’aime d’amour ce livre.

D’abord, il raconte en partie Saint-Kilda. N’importe qui me connaissant sait que ce genre de paysages, où il y a plein de vents, de la nature, me fascinent et m’attirent en tout cas en littérature (alors que je suis persuadée que je ne saurais pas me débrouiller dans un tel environnement ; c’est sûrement cela qui me fait envie). Le narrateur, Roddy, a passé toute son enfance à Hirta ; il y a vécu les plus belles années de sa vie même si c’était un environnement rude. Il y a eu l’amour des siens, les rivalités avec son frère, l’expérience d’une communauté soudée.

Il est évident que lorsque son père meurt et que l’année d’après les habitants d’Hirta sont évacués vers le continent, son monde s’écroule (ainsi que son enfance). C’est un livre sur le déracinement bien évidemment mais ce qu’il y a de particulier ici, c’est qu’il ne pourra jamais retrouver ce qu’il a perdu, même des bribes. Ce n’est pas un monde qui s’écroule mais un monde qui disparaît. Le livre est construit par l’alternance entre les récits du passé et les récits du présent (lui, vieux, dans un hôpital américain, en train d’écrire ses souvenirs pour des descendants qui n’existent pas). Roddy a alors une pensée très significative : est-ce qu’il est le dernier survivant de Saint-Kilda, à avoir connu ce monde oublié, cette civilisation perdue.

Il y a tout le côté aussi sur la reconstruction du clan familial après des décès subits et très rapprochés et là encore Kenneth Steven tape juste (d’après ma maigre expérience après le décès de mes grands-parents). Je trouve qu’il fait bien le parallèle avec la fin de la vie sur l’île. De même qu’en faisant parler un homme en fin de vie, c’est une partie de notre monde à tous qui sombrent dans l’oubli. On pourrait dire que ce roman se résume par les mots fin de monde et oubli.

Tout cela est servi par une écriture magnifique, qui fait rêver tellement elle est poétique, évocatrice. Encore une fois, je n’ai pas rendu justice au livre mais il est magnifique.

Un autre avis

Celui de Yvon.

Références

À l’ouest du monde de Kenneth STEVEN – traduit de l’anglais (Écosse) par François Chardonnier (Autrement, 2008)

Un jour sans de Mark McNay

Quatrième de couverture

Installé dans la banlieue de Glasgow avec sa femme et sa fille, Sean O’Grady, la trentaine, travaille dans l’usine locale de conditionnement de poulets, autrement dit en enfer.

De virées au pub en visites chez le bookmaker, de rêves déçus en fins de mois difficiles, Sean se satisferait pourtant de ce quotidien médiocre. Mais voilà que son frère, Archie, protecteur et bourreau à la fois, obtient une remise de peine et sort de prison avec la ferme intention de récupérer l’argent qu’il a confié à son fréro. Sean ne dispose que de quelques heures pour réunir la somme qu’il a dépensée …

Une journée haletante débute alors pour lui dans ce goulag moderne, avec pour leitmotiv un dilemme digne d’une tragédie shakespearienne : son frère ou sa propre vie.

Mon avis

Voilà tout à fait le type d’histoire qui m’aurait déplu si cela avait été un film : l’histoire de deux frères qui n’ont pas eu de chance dans la vie (leur père est parti, leur mère est morte renversée par une voiture, élevés par leur oncle et leur tante dans un quartier où les perspectives d’avenir ne sont pas ce qui compte puisque de toute manière on travaillera à l’usine de poulets). Un tourne assez bien. Malgré de nombreuses erreurs et bêtises, il a son travail à l’usine, une femme, une fille. La vie est difficile mais elle s’écoule. L’autre enchaîne les séjours en prison depuis l’adolescence et entre chaque séjour poursuit ses trafics. Avec l’âge, il devient de plus en plus un gros poisson (c’est l’expérience qui veut cela) mais n’oublie jamais son frère. Il reste attacher par un lien … Mais là le petit frère a déconné et à utilise le fric du grand frère pour boucler les fins de mois et rêver un peu. On ne rigole plus. Le livre raconte les petits arrangements entre amis dans cette banlieue de Glasgow (trafics de cigarettes, de drogue, d’alcool, partie de cartes, paris … mais aussi des gens qui peuvent se serrer les coudes : quand on demande un service à quelqu’un, c’est oui ou c’est non mais on ne tergiverse pas).

Tout cela pour dire que ce n’est pas mon type d’histoire mais Mark McNay, pour son premier roman, a su faire quelque chose de bien particulier. Il a d’abord utilisé une écriture très populaire, très parlé aussi. Il n’y a pas de dialogue explicitement mais c’est un échange de réplique, non différencié de la narration. Le texte en est plus vivant encore. McNay a aussi utilisé une construction intéressante puisqu’il alterne le récit de la journée présente avec des moments du passé. Le tout est lié par la pensée de Sean (en tout cas, le plus souvent). À cela s’ajoute les rêves de grandeurs et d’évasion de Sean qui le rendent très sympathique et très humain. Par exemple, il se rêve général d’une armée quand il travaille sur sa chaîne de poulet.

En conclusion, je dirais que c’est une très belle découverte (et dire que cela faisait trois ans qu’il traînait dans ma PAL) mais aussi un excellent premier roman, servi pas une très bonne traduction. Je vais lire le second mais en anglais car il n’a pas été traduit apparemment.

Références

Un jour sans de Mark McNAY – traduit de l’anglais (Écosse) par Aline Azoulay-Pacvon (Éditions du Panama, 2008)

The forgotten affairs of youth de Alexander McCall Smith

Il s’agit du huitième volume des aventures d’Isabel Dalhousie, celle qui pratique la philosophie éthique. Je ne vous avais pas parlé du tome 6 car il m’avait semblé mauvais. Je ne vous avais pas parlé du tome 7 car je l’ai lu en anglais et que je vais relire en français cette année (et c’est là que vous allez en entendre parler), qui m’avait semblé meilleur que le tome 6 mais moins bon que les cinq tomes précédents. Mais avec ce tome 8, on revient à du Isabel Dalhousie de la meilleure veine.

On rentre dans le livre comme dans des pantoufles (surtout pour l’anglais qui est franchement très facile). On est tranquille dans sa maison luxueuse avec Grace, la dame qui s’occupe de son marie, avec Jamie, son toujours pas mari (la couverture ne se trompe en suggérant que cela va se faire) mais père de son fils, Charlie, qui a maintenant deux ans. Cela commence très très fort car elle recommence à nous faire des réflexions type « manger du chocolat est-il éthique ? » On s’attend au mieux du coup. Elle décide de se rendre dans l’épicerie fine de sa nièce, Cat. Elle ne perd pas son temps puisqu’elle trouve le temps de penser que la seule chose que sa nièce a dans sa vie c’est le sexe avec des hommes (elle a une petite trentaine, on se dit qu’il faut bien que ça se fasse tout de même), de lire les journaux (et de faire des commentaires sur chaque fait) et de découvrir qu’une philosophe australienne va lui téléphoner. On se dit elle va parler philosophie. Ben non !

L’Australienne va lui demander de l’aider à retrouver son père biologique en sachant qu’elle connaît le nom de la mère. Isabel va réussir en deux coups de cuillère à pot mais manque de chance, cela va se retourner contre elle. Il faut dire qu’elle oublie souvent de vérifier ses sources et ne réfléchit pas beaucoup à la portée de ses actions à elle (il faut dire qu’elle est occupée à réfléchir sur la portée de celles des autres).

Là dessus, se glisse l’arrivée du neveu du Professeur Lettuce (c’est celui qui veut piquer la revue d’Isabel, donc elle est l’éditrice et la propriétaire mais il n’y a pas de problème d’éthique). Le neveu a un plan machiavélique pour faire avance sa carrière universitaire.

Il y a aussi l’empoisonnement aux champignons, achetés chez Cat. Isabel va la dénoncer aux autorités sanitaires (cela sent une dispute mémorable au volume 9). Il y a aussi un nouveau serveur chez Cat et comme Alexander McCall Smith ne sait pas trop quoi en faire, il le fait partir sans aucune raison.

Jamie m’a déçu dans ce roman : il est censé modérer Isabel. Il ne le fait même pas et finalement, Isabel n’en devient que beaucoup plus drôle parce qu’elle ne se pose jamais de questions sur elle mais toujours sur les autres. Par exemple, Grace qui croit au spiritisme, lui apporte une information financière obtenue en séance par un médium qui exerce une profession financière (cela sent le délit d’initié). Isabel en profite pour faire un bénéfice important. Grace achète en apprenant cette nouvelle et perd tout. Isabel ne se pose pas la question de savoir si il est bien de profiter ce type d’information mais est juste peinée d’apprendre la situation de Grace.

Tout le roman tourne autour d’une question : la portée d’un mensonge. Isabel se pose dans une position extrême en disant qu’il ne faut jamais mentir, dire ce que l’on pense, ne jamais se mettre à la place des autres. Elle n’arrive pas justement à les comprendre. Je trouve cela gênant pour une philosophe.

Comme je le disais, Isabel a une attitude constante dans ce roman : elle devient rigide dans sa tête et n’est plus philosophe. Elle a la science infuse et ne s’interroge. Alexander McCall Smith a la gentillesse de ne pas lui faire arriver quelque chose de grave mais à un moment à agir de cette manière, cela se retourne contre vous. C’est en cela que ce volume m’a plu. J’ai envie de lire le tome 9 pour savoir si l’auteur va profiter de cette nouvelle situation qu’il a mis en place dans ce volume.

Références

The forgotten affairs of youth de Alexander McCall SMITH (Little Brown, 2011)

Robert Louis Stevenson – L’aventure ! de Hervé Jubert

Quatrième de couverture

La mort l’a frappé le 3 décembre 1894. Robert Louis Stevenson avait quarante-quatre ans. Il avait abattu une bonne journée de travail et aidait sa femme à préparer une mayonnaise. Il laissait derrière lui une production littéraire immense dont L’Île au trésor et le fameux Docteur Jekyll et Mister Hyde.

Si la mort l’a frappé subitement, elle le guettait depuis sa naissance à Edimbourg, le 13 novembre 1850. Elle aurait même dû se manifester avant qu’il souffle sa cinquième bougies et l’emporter dans une de ses fulgurantes quintes de toux. La mort aura préféré attendre. Elle voulait mieux connaître sa victime. Mais, surtout, elle voulait entendre les merveilleux récits que Stevenson, déjà tout petit, inventait.

Alors qui mieux que la mort pouvait raconter a vie de Robert Louis Balfour Stevenson ?

Mon avis

Je rêvais de lire ce livre quand j’étais à Alès. Maintenant que j’ai retrouvé ma PAL en région parisienne, j’en profite ! Elle est trop trop terrible cette biographie, soit disant destinée aux adolescents (ou enfants, je ne sais pas).

En premier, elle est originale. La narratrice, c’est la mort qui était proche de Stevenson depuis sa naissance. Une mort moqueuse, ironique mais aussi admirative face à la capacité de résistance de l’homme.

Le supposé public donne une approche originale. On découvre un Stevenson enfant qui aime qu’on lui raconte des histoires mais aussi se les raconter ; le thème de ces histoires c’est surtout l’aventure, mot qui gouvernera une grande partie de son œuvre. On découvrira l’influence de Cummy (c’est elle la raconteuse d’histoires officielles), comment son père, qui travaillait dans les phares, va essayer de le faire rentrer dans ce monde (Stevenson va même publier un article sur le sujet : Sur une nouvelle forme de lumière intermittente). Il va aussi s’essayer à la profession d’avocat (il n’est apparemment pas mauvais pour débattre).

Puis, il partira à l’aventure, une aventure qui durera toute sa vie, sur les canaux de Belgique et du nord de la France (Keisha en a parlé ici), dans les Cévennes (Keisha en a aussi parlé). Il fréquentera un groupe d’artistes à Barbizon ! (il ira même un peu à Cernay ; je dis cela parce que j’ai des ancêtres qui y étaient à la même époque et du coup, cela me fait rêver). Il rencontre Fanny et ses deux enfants (un fils et une fille). Il parcourera une bonne partie de la planète pour se retrouver finalement au Samoa.

Dans cette biographie, on se découvre un homme gentil, plein de courage, qui affronte la maladie et ne se laisse pas démoraliser.

Loin de toute controverse à propos de sa femme, ce livre peut avoir deux effets sur vous et vos enfants : eux voudront partir à l’aventure et vous, vous voudrez découvrir les livres de Stevenson.

Références

Robert Louis Stevenson – L’aventure ! de Hervé JOUBERT (L’École des loisirs – Médium documents, 2010)

Sous la lampe rouge de Arthur Conan Doyle

Le recueil de nouvelles est sous-titré contes et récits de la vie médicale. Sans le sous-titre, on n’aurait pu se douter du contenu du livre puisque la lampe rouge signalais dans le Londres victorien (je ne sais pas si c’était pareil à Paris par contre) les médecins. Nous voilà, prévue Conan Doyle va nous parler médecine au cours de ces quinze textes que je qualifierais d’inégaux. En effet, quand le médecin Conan Doyle nous parle anecdotes médicinales, je dis bof, bof (je dirais sans intérêts car on ne retient rien). Quand le médecin observe la société, ce qu’elle va devenir …, j’applaudis des deux mains car on reconnaît l’homme derrière le médecin. Quand le médecin nous raconte des histoires à dormir debout, mettant en scène des médecins mais ne parlant pas du tout de médecine, je trouve ça extraordinaire car on retrouve le conteur des aventures de Sherlock Holmes. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vais essayer de résumer chacune des nouvelles de manière très courte.

En retard sur son temps : deux jeunes médecins critiquent les méthodes d’un de leur collègue plus âgé qui exerce la médecine selon l’ancienne mode. Mais devinez qui ils appellent quand ils tombent malades ?

Sa première opération : un étudiant en médecine de première année assiste à sa première opération …

Un traînard de 1815 : un homme de 90 ans n’est toujours pas mort alors qu’il a fait Waterloo. Tout le monde s’étonne d’une telle vitalité et se demande ce qui pourrait faire décéder ce vieux monsieur si fragile et si robuste à la fois.

La troisième génération : un homme arrive avec une maladie qu’il est plutôt susceptible d’avoir attrapé par un mode de vie dissipé, ce que pourtant il n’a pas. Il pense alors que c’est l’hérédité qui joue et qu’il paye les péchés de son grand-père.

Un faux départ : nouvelle très autobiographique car elle raconte les débuts difficiles d’un jeune médecin qui tente de s’installer.

La malédiction d’Ève : la nouvelle raconte les affres d’un futur papa face à un accouchement difficile et aux silences des médecins.

Deux amoureux : un médecin se repose tous les jours sur le même banc qu’un vieux monsieur. Il observe un dégradation très nette de son état de santé qui lui fait craindre le pire mais quatre jours après, il est redevenu jeune homme. C’est le miracle de l’amour !

L’épouse du physiologiste : nouvelle dans la veine de celle de Mary Elizabeth Braddon puisqu’il est question de femme que l’on croyait morte mais qui ne l’était pas et que l’on retrouve tout en étant toujours aussi amoureux. Dans cette nouvelle, on découvre encore une fois (avec la précédente) qu’un médecin n’est pas forcément le plus à même de comprendre et de vivre l’amour.

L’histoire de Lady Sannox : il faut absolument lire cette nouvelle ! absolument, absolument ! C’est l’histoire de la vengeance diabolique, voire perverse, d’un mari cocufié sans aucune honte et sans aucune pudeur par sa femme et qui va se servir des talents de médecin de l’amant (du dernier amant) de sa femme.

Un question de diplomatie : ou comment une femme diplomate arrive à faire faire ce qu’elle veut au Ministre anglais des Affaires étrangères cloué à la maison à cause d’une crise de goutte.

Un document médical (un exemple de nouvelle sans intérêt) : un homme écrit la conversation de trois médecins qui parlent boutique et se décrivent leurs cas les plus intéressants.

Le lot 249 (nouvelle écrite pour Niki par Conan Doyle) : un étudiant oxonien en médecine habite au-dessus d’un étudiant en langues orientales qui a une momie chez lui. Celui-ci a trouvé le moyen de la ressusciter. Il s’en sert pour se venger des gens méchants avec lui. L’étudiant en médecine va essayer de sauver Oxford !

La fiasco de Los Amigos : ou les débuts de l’exécution par le courant électrique. Comme on ne sait pas encore la dose qu’il fallait mettre, les « spécialistes » préconisaient le maximum. Dans ce cas, le cobaye plutôt que mourir va devenir « immortel ».

Les docteurs de Holyland : ou comment un docteur découvre qu’une doctoresse est une médecin ET une femme.

Propos d’un chirurgien (sans intérêt à mon avis) : sur la manière dont les patients appréhendent la mort.

Références

Sous la lampe rouge – contes et récits de la vie médicale – traduits de l’anglais par Christine Le Boeuf – posface du docteur Dominique Sassoon (Un endroit où aller – Actes Sud, 2006)

Publié le
Catégorisé comme Écosse, SSHD

Mission secrète ! de Arthur Conan Doyle

En général, le titre de cette nouvelle est traduite par Une nuit chez les Nihilistes mais l’éditeur a choisi de changer le titre pour ne pas dévoiler le suspens, volonté honteusement bafouée par moi parce que je ne crois pas que le suspens de la nouvelle soit si important que cela. Je dirais que c’est l’ambiance de peur et d’effroi qu’instille Conan Doyle a sa nouvelle. Il s’agit d’un écrit de jeunesse de l’auteur puisque la première publication en Angleterre s’est faite en 1881 (en France, ce fut en 1908).

Un jeune négociant en blé se retrouve en voyage d’affaires vers la Russie. À son arrivée, il se voit embarquer par erreur par un groupe par un groupe mystérieux qui lui feront vivre une nuit pleine de frayeurs. Il s’avérera que c’est un groupe de Nihilistes russes. Cette nouvelle est une réaction à chaud de Conan Doyle à l’assassinat (cinquième tentative tout de même) du tsar Alexandre II.

C’est une nouvelle que l’on peut normalement trouver dans le recueil Mystères et Aventures (disponible notamment chez Bouquins) mais ici, l’éditeur a fait un travail intéressant. Il a repris une vieille traduction de Albert Savine, a mis le texte en anglais mais a aussi ajouté une explication du texte dans le contexte international et du travail de Conan Doyle. À cela, on trouve aussi dans le livre une notice du contexte, de textes qui parlent ou qui mettent en scènes les Nihilistes (du coup, cela m’a donné des idées de lecture). C’est juste pour souligner qu’il y a un vrai travail d’édition derrière et que par là, même le texte en devient plus intéressant qu’il ne l’aurait été tout seul.

Références

Mission secrète ! de Arthur CONAN DOYLE – traduction de l’anglais par Albert Savine – petit panorama bibliographique par Éric Dussert – une édition bilingue établie et postfacée par Cristian Soulignac (Des Barbares, 2010)

Publié le
Catégorisé comme Écosse, SSHD

Un scandale en Bohême et son adaptation par Rodney Gibbons

Comme je vous l’avais annoncé, j’ai vu le quatrième (et dernier pour mon plus grand malheur) épisode de la série de téléfilm réalisé au début des années 2000 par Rodney Gibbons. Et je dois dire, quel homme ! Il a choisi de sévir sur la nouvelle Un scandale en Bohême. Pour ceux qui ne suivraient pas (et ce n’est pas la peine de me dire que c’est le cas d’à peu près tout le monde), j’ai relu la nouvelle pour en faire un billet passionnant comme d’habitude (et il faut dire que j’ai un challenge à honorer).

Un jour de mars 1888 (le 20 exactement, si on veut être Holmes jusqu’au bout), Watson passe par Baker Street (alors que sa gentille femme, Mary Morstan l’attend tranquille) et Sherlock Holmes, qui ne s’ennuie pas de son ami, l’invite à sa nouvelle enquête. En effet, un haut dignitaire de Bohême doit arriver d’ici sous peu pour exposer un cas très important qui nécessite le secret absolu (il est même obligé d’arriver masquer). Sherlock Holmes sait tout de suite que le mystérieux visiteur est en réalité Wilhelm Gottsreich Sigismond von Ormstein, grand-duc de Cassel-Falstein et roi héréditaire de Bohême (il est âgé de trente ans si cela vous intéresse et à un mauvais goût plus que certain, malgré ce que dit Conan Doyle, pour s’habiller : j’ai des citations pour justifier mes propos si vous le désirez). Il va se mfiancer le lundi d’après avec Clotilde Lothman de Saxe-Meningen, la seconde fille du roi de Scandinavie, visiblement très strict sur la morale.

Du coup, le roi de Bohême, qui a fréquenté avec Irène Adler (né dans le New Jersey en 1858, contralto pour ceux que cela intéresse) il y a cinq ans à Varsovie et s’est fait prendre en photo avec elle, est bien embarrassé. Je n’ai pas compris dans quelle position compromettante il s’est fait photographié mais Rodney Gibbons s’en est chargé pour moi. Nous verrons cela plus tard. Le roi souhaite donc récupérer la photo qu’Irene Adler ne veut pas lui rendre.

Sherlock Holmes va monter un subterfuge vieux comme le monde pour récupérer la photo mais Irene Adler va se montrer plus intelligente et s’enfuir sur le continent avec son nouveau mari, Godfrey Norton, un homme de loi, et surtout la photo qu’elle garde pour sa propre sécurité. Voilà pour Irene Adler est la femme.

Pour votre culture holmésienne, je me permets de citer quelques informations que l’on peut apprendre sur la vie de Sherlock Holmes dans cette nouvelle.

C’est par exemple dans ce texte que l’on apprend qu’il y a 17 marches pour monter dans l’appartement de mon idole.

Watson (ou Conan Doyle comme vous le désirez) ne cite pas moins que cinq « untold stories » (ces enquêtes qui ne sont pas dans le canon) : le meurtre des Trepoff (à Odessa), le drame entre les frères Atkinson de Trincombalee, « la mission qu’il réussit fort discrètement pour la famille royale de Hollande », l’affaire du château d’Arnsworth et le scandale de la substitution de Darlington. Plusieurs de ces aventures sont cependant racontées dans les livres de June Thomson notamment.

Visiblement, mon ami Rodney Gibbons avait de l’ambition pour ce téléfilm ou en tout cas, il avait de l’ambition pour lui-même : il aurait aimé tourné un James Bond mais il n’a pas été retenu (je propose une pétition). Il reprend bien la plupart des éléments canoniques, sauf quelques uns : le roi n’arrive pas masqué mais déguisé (visiblement, il voulait faire travailler un débutant, ce qui est très louable mais il aurait dû en choisir un plus doué), le roi loge à l’ambassade (il est incognito !?) au lieu d’à l’hôtel, Godfrey Norton a disparu, Wiggins intervient à la place des personnes « louées » pour la soirée (l’acteur avait un contrat pour deux épisodes) mais toutes ces différences sont mineures face à THE différence.

Holmes et Irene Adler se sont déjà rencontrés avant. Holmes était déjà tombé sous le charme de la dame, s’était déjà fait berner en devenant complice de vol. Il y a déjà donc beaucoup plus de glamour que dans la nouvelle de Conan Doyle. Il sait donc qu’il doit se méfier mais Irene Adler sait se rendre faible femme et Sherlock Holmes décide de la protéger contre tous les méchants et il faut dire qu’il y en a. Parce que dans James Bond, avec l’amour va l’espionnage. Et de l’espion en veux tu en voilà : de l’allemand, du britannique (et donc du Mycroft qui a juste oublié d’être bedonnant)… Irene Adler devient agent double, voire triple (si j’ai bien suivi l’afaire), les traîtres tombent dans les escaliers et se retrouvent sur les toits des trains (ils en tombent donc dès qu’il y a une courbe). La photo est annexe, on est carrément sur les plans de sous-marins … Mais ce qu’il faut retenir, c’est que Sherlock Holmes n’est pas vénal et se contente de la moitié de ses honoraires (alors qu’il n’a pas du tout réussi sa mission) pour sauver sa belle. Comme quoi, dans les aventures de Sherlock Holmes, l’amour triomphe toujours des méchants espions du vil Mycroft. J’entends dans les coulisses que ce n’est pas canonique …

Références

Crime en Bohême avec Matt Frewer dans le rôle de Sherlock Holmes et Kenneth Welsh dans le rôle de Watson – un film de Rodney Gibbons (2001)

Hermiston le juge pendeur de de Robert Louis Stevenson

J’ai lu dernièrement la bd inspirée du livre de Robert Louis Stevenson, Hermiston le juge pendeur. Je n’en ai pas parlé sur ce blog mais sachez qu’elle est très bien en elle-même et qu’elle est plutôt très fidèle au livre de Stevenson. Cela fait deux raisons pour la lire. Le problème c’est qu’elle est en deux tomes et que seul le premier tome est paru. J’étais pressée de savoir la suite et du coup, je me suis procurée le livre. Manque de chance, comme la biographie de Stevenson est un peu une inconnue pour moi, je ne savais pas que Hermiston était le livre que Stevenson était en train d’écrire au moment de sa mort. Du coup le livre est inachevée et le premier tome de la bd se termine plus ou moins au même moment que le livre. La trame prévue par Stevenson est connue mais franchement ce n’est pas la même chose.

Quand même, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire (comme moi avant), un petit résumé sorti de ma tête : Hermiston est un juge qui pend ses concitoyens pour le plaisir (ou tout du moins sans aucuns scrupules, d’un autre côté cela l’empêcherait de dormir) et est connu pour sa très grand férocité (ou tout du moins pour être impitoyable, ce qui n’est pas mieux). Il faut savoir que le personnage a été inspiré à Stevenson par un juge qui a réellement existé en Écosse, le juge Braxton. Hermiston a une femme dévote au possible mais peu douée pour diriger une maison. On se demande pourquoi ils se sont mariés, lui la trouve fragile, elle le craint tout en l’admirant. Malgré ce que l’on peut penser, ils auront un fils Archie (élevée par sa mère : du coup, l’opinion qu’il a de son père est assez mauvaise). La mère meurt. Le petit devient grand et fait des études d’avocat. Un jour, il assiste à un procès de son père, qui on s’en doute condamne le prisonnier à la pendaison. Archie va assister à la pendaison. Il crie alors tout haut que c’est comme un assassinat. Hermiston, à qui cela monte aux oreilles, ne peut se résoudre à le présenter à la justice (apparemment, il l’aurait même pendu pour ça !) La seule chose qu’il exige est qu’il arrête ses études et aille s’occuper de la propriété d’Hermiston au fin fond du fin fond de l’Écosse. Il retrouve Kirstie, la bonne (même si ce n’est pas son titre), qu’il connaissait dans son enfance (et qui a donc connu sa mère). Elle lui raconte des légendes sur sa famille dont celle de ses neveux, que l’on appelle les quatre frères noirs. Elle a le sang qui bouillonne, de jalousie, de fièrté, de gentillesse, de charme … C’est le personnage qui fait tout le charme du livre, parce qu’elle est tout le stéréotype que l’on peut s’imaginer de l’Écossais. Archie s’isole énormément, tout en renforçant ses liens avec Kirstie. Jusqu’au jour où il tombe amoureux de la nièce de celle-ci, et donc de la soeur des quatre frères noirs, et que son « ami », F. Innes arrive d’Édimbourg pour se protéger de créancier.

À la fin, on se demande pourquoi Stevenson est mort à ce moment-là. Parce que je suis d’accord avec Henry James et Sidney Colvin, cela aurait été un chef d’œuvre ce livre. Mieux que les romans écossais de Walter Scott. Vous voulez partir pour quelques heures dans une Écosse pleine de landes, de montagnes, de légendes, de superstitions … vous dépaysez, quoi, il faut lire ce livre. Après on essaiera de ressusciter Stevenson pour qu’il nous écrive la suite ! En attendant de lire le deuxième tome de la version de Jean Harambat …

Références

Hermiston le juge pendeur de Robert Louis STEVENSON – traduit e l’anglais par Albert Bordeaux – préface de Teodor de Wyzewa – choix de documents et bibliographie établis par Francis Lacassin (10/18, 1987)

Hermiston – première partie : le juge pendeur de Jean HARAMBAT (Futuropolis, 2011)

Orages ordinaires de William Boyd – le livre audio

Présentation de l’éditeur

Par un pur hasard, Adam Kindred, jeune climatologue spécialiste des nuages, se retrouve dépouillé en quelques heures de tout ce qu’il tenait pour acquis : sa carrière, sa réputation, ses cartes de crédit, son passeport, son portable, et même ses vêtements, soit tous les signes extérieurs de son identité humaine. Une succession de terrifiantes coïncidences fait de lui l’auteur tout désigné d’un meurtre. Police et tueur à gages lancés à ses trousses, sa seule issue est d’entrer dans la clandestinité et de rejoindre la multitude de ces disparus qui hantent les grandes capitales mais demeurent indétectables sous les rayons inquisiteurs des radars sociaux.
Entre ses poursuivants multiformes et insaisissables et ses frères en misère, Adam fait l’apprentissage cruel et fascinant de l’art de la survie à l’intérieur d’un Londres hors normes, peuplé de personnages forts inventifs face aux vicissitudes existentielles.
En opérant – grâce à la chance et à l’amour – sa remontée à la surface du monde dit civilisé, Adam regagne l’espoir de redevenir lui-même et d’en finir avec cette vie en fuite orchestrée de main de martre par un auteur qui, lui, n’a rien laissé au hasard.

L’interprétation d’Alain Ghazal sait parfaitement tenir en équilibre la tension de l’intrigue policière et la plongée dans l’univers mouvant des damnés de la terre.

Mon avis

J’ai succombé au partenariat de Blog-o-book avec Audiolib pour plusieurs raisons :

  1. je suis curieuse et j’avoue qu’en librairie, les livres lus m’ont toujours attirés mais j’ai toujours été découragé par le prix (alors là, on me l’offre c’est l’occasion de découvrir).
  2. Dominique me fait envie à chaque fois avec ses jolis billets sur les livres lus. Vous pouvez voir cela ici.

Je pars toujours avec un a priori sur tout ce qui est audio pour apprendre ou même réfléchir ou rentrer en profondeur dans quelque chose. Cela me fait cela pour tout ce qui est émission radio ou émission télé, comme les documentaires par exemple. Dans ma tête, ce ne sont que des portes d’entrée, jamais une fin en soi. Si je ne lis pas quelque chose sur le même sujet, je garde une impression des faits décrits (le plus souvent des sentiments et les sentiments que l’on a voulu me donner dans cette émission) alors qu’avec un livre, je retiens les faits, j’arrive à me faire ma propre idée sur le sujet (après la lecture de livres sur le même sujet). La lecture me permet de me poser et réfléchir. J’ai l’impression d’être active, de pouvoir faire des pauses … que ce que je veux apprendre ou voir ne passe pas par une vision tronquée (ce n’est qu’une i;pression, je le sais bien). Bien sûr, là je parle de ce qui n’est pas romancé. Pour un roman, je ne connaissais pas. Je me faisais l’idée de la lecture d’un roman comme une pièce de théâtre, mais avec un narrateur.

Je partais donc avec des a priori et des attentes. Des a priori sur le livre aussi. J’avais entendu des critiques contradictoires, mais j’avais envie de connaître William Boyd … mais pourtant pas forcément envie de lire ce livre. J’ai été surprise comme tous de la longueur de la lecture 13 heures. Pour tout dire, je l’ai écouté au travail car ma collègue est très concentrée sur son travail et du coup ne parle pas beaucoup. Il m’a fallu un temps d’adaptation peut être plus long que si je l’avais écouté le soir. La lecture était plus linéaire que ce que je m’attendais ; pas beaucoup d’effets de voix aux changements de personnages, des effets à la lecture parfois étranges (il ouvre la porte, pause de 5 secondes qui paraissent 3 minutes, il rentre dans son bureau : pour faire ça tous les jours, je peux vous jurer qu’il n’y a rien de mystérieux).

Au final, je me suis laissée bercer, gagner par le texte … L’histoire qui n’a rien pour me fasciner : un anglais arrive d’Amérique après son divorce et postule à un poste de professeur d’université (sa spécialité, ce sont les orages), il rencontre un homme, chercheur en médecine, dans un café qui oublia sa mallette, le professeur va la ramener chez lui mais va découvrir le chercheur assassiné (ou plutôt en train de mourir), il lui dit de garder la mallette où il y a des secrets. Mais alors là, le professeur anglais va se retrouver pourchasser par le tueur mais aussi l’entreprise qui est touché par ce que contient la mallette et la police. Cela ressemble à un scénario de film américain. Mais William Boyd arrive à en tirer quelque chose de beaucoup plus intéressant : c’est la descente aux enfers d’un homme, ou comment il va arriver à s’en sortir dans un monde qu’il ne connaît pas.

Je pense que c’est ce que le livre m’a amené. Toute seule, face à mon livre, j’aurais voulu voir dans l’histoire un thriller raté (parce que téléphoné) mais là grâce au lecteur, au temps qu’il met pour lire et surtout l’ambiance qu’il arrive à dégager du livre (on s’attache progressivement aux personnages, notamment celui de « Mouth », alors que normalement c’est le type d’histoire que j’aurais lu complètement détachée), j’ai pu peut être discerner ce que je n’aurais pas pu lire. Maintenant je reste quand même persuadée qu’il faut que je lise le livre pour bien me rendre compte …

Références

Orages ordinaires de William BOYD  – un livre lu par Alain GHAZAL (Audiolib, 2010)

À quand les bonnes nouvelles ? de Kate Atkinson

Quatrième de couverture

Dans un coin paisible du Devon, une petite fille de six ans, Joanna Mason, est témoin d’un épouvantable massacre, dont elle est la seule rescapée. Trente ans plus tard, l’homme qui a été condamné pour ce crime sort de prison. À Édimbourg, Reggie, seize ans, travaille comme nounou chez un médecin, le docteur Hunter. Mais quand celle-ci disparaît, Reggie est la seule personne qui semble s’en apercevoir …

Enfin, l’inspecteur en chef Louise Monroe retrouve son vieil ami, Jackson Brodie, le détective privé de La souris bleue, empêtré dans un mariage malheureux, qui part à la recherche de son fils …

Avec humour et maestria, Kate Atkinson brouille les pistes, entremêlant les intrigues et tenant le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.

Mon avis

Kate Atkinson est une formidable raconteuse d’histoire. En tout cas, cette histoire-ci est très bien trouvée. Elle ne tombe jamais dans le stéréotype auquel on pourrait s’attendre. Vous ne l’aurez peut être pas compris à la quatrième de couverture mais Joanna Mason et le docteur Hunter ne font qu’une mais pas à la même époque. Joanna a donc échappé au massacre de sa famille (son frère, sa soeur, sa mère) en rase campagne par un inconnu. Trente ans plus tard : elle s’est construite une vie modèle avec un bébé et un mari qui a tout du parfait looser (tout ce qu’il entreprend tourne mal). Problème : la personne qui a assassiné sa famille va sortir de prison. Le soir où elle « apprend » cette nouvelle, elle disparaît. Trois pistes sont alors possibles pour le lecteur : la fuite, un règlement de compte suite aux affaires de son mari, une mort (assassinée par le meurtrier qui voulait finir sa tâche). Les trois pistes restent possibles assez longtemps dans le récit. De plus, Kate Atkinson ne nous épargne aucun rebondissement : elle va même jusqu’à faire dérailler un train ! Malgré l’intrigue, ce n’est pas du tout un roman policier. Elle se concentre plutôt sur l’étude des personnages. Souvent, ils sont moins lisses qu’ils n’y paraissent d’ailleurs. C’est Reggie qui m’a le plus plu. À force d’être comparée aux héros de Dickens, cela vous donne envie de le lire ! Ceux qui m’ont le moins intéressé sont paradoxalement Louise Monroe et Jackson Brodie car Kate Atkinson les étudie moins et les fait plus vivre que les autres.

On touche ici à mon avis un point faible du livre. C’est une série dont les premiers tomes sont La souris bleue et Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux où ces deux personnages sont apparus (deux livres que j’aurais dû lire car ils sont dans ma Pile à Lire). On peut lire ce troisième tome indépendamment mais cela gâche un peu le livre car il s’inscrit pleinement dans cette série par son déroulement mais aussi par sa fin. En effet, comme le souligne Cathulu (qui est une fan absolue de Kate Atkinson et dont l’avis vous donnera forcément envie de lire cette auteure), il y aura une suite et on voit dès ce livre ce qu’elle veut faire. La fin est donc en quelque sorte facile et trop gentille par rapport à des personnages qu’elle nous avait laissé voir plus obscurs.

D’autres choses m’ont gênés dans ce livre et elles touchent toutes à l’écriture de Kate Atkinson. Elle a une écriture faussement naïve qui peut lasser et qui à mon sens justifie sa construction, qui alterne les voix des différents personnages. Elle n’aurait pas pu tenir un roman tout entier avec cette écriture. Cette écriture a aussi contribué au fait que je m’attache aux personnages mais que je n’arrive à m’identifier à eux (dans mon langage, cela veut dire que je ne me suis pas figurée).

Une copine m’avait dit que, quand elle avait lu les Millenium, ce qui l’avait marqué c’est l’importance que les Suédois apportaient aux objets. Là elle aurait été servie car si vous voulez connaître la marque du téléphone portable de Jackson Brodie, la marque des voitures qui traversent le livre, la marque du sac à main de Joanna Hunter, la marque de tous les aliments que les personnages mettent dans leurs bouches, votre curiosité sera satisfaite. Je ne crois pas que ces détails dans dix ou vingt ans soient compréhensibles. De même, mais là c’est de ma faute, l’humour est empreint de références culturelles (littéraires mais aussi cinématographiques, musicales, télévisuelles) qui le rende incompréhensible pour un non-britannique. Je crois donc qu’à la traduction, on perd beaucoup, beaucoup de Kate Atkinson.

En conclusion, c’est un roman que j’ai lu avec grand plaisir (et je lirai donc les tomes qui sont déjà dans ma PAL) même si l’écriture et la traduction me font penser que ces livres ne seront pas des souvenirs mémorables pour moi. C’est un peu comme les Isabel Dalhousie de Alexander McCall Smith. On passe un bon moment de détente même si les histoires de Kate Atkinson sont plus construites il faut le reconnaître !

Livre lu dans le cadre du Prix littéraire des blogueurs organisé par George Sand. D’autres avis ici et ici. Lisez l’avis de Plume qui est tout le contraire de l’avis de Cathulu !

C’est un roman que j’ai reçu via un partenariat avec Alapage, partenariat monté par George elle-même ! Je les remercie donc tous les deux.

Références

À quand les bonnes nouvelles ? de Kate ATKINSONroman traduit de l’anglais par Isabelle Caron (Livre de Poche, 2009)