Rafael, derniers jours de Rafael McDonald

Quatrième de couverture

Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d’une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des États-Unis. Mais l’Amérique ne l’a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s’appelle Rafael, et il m’a plus que trois jours à vivre… Avec ce roman, Gregory McDonald n’a pas seulement sondé le cœur de la misère humaine, il lui a donné un visage et une dignité.

Mon avis

Attention, je raconte toute l’histoire car j’ai eu besoin d’écrire tout ce que j’avais ressenti en lisant ce livre. Ne lisez pas ce billet, si vous n’avez jamais lu le livre !

Je remercie Ys pour cette lecture car en 2005, quand le livre est sorti en poche, je m’étais que ce n’étais pas une lecture pour moi parce que l’histoire semblait cousue de fil blanc. Rafael allait passer un marché pour vendre sa vie puis allait essayer d’y échapper à tout prix pendant ses derniers jours mais le producteur allait le rattraper (et franchement à regarder la bande-annonce du film The Brave adapté de ce roman c’est ce que je comprends toujours). Puis je l’ai vu sur la liste d’Ys et il était à trois euros à Gibert, je me suis dit que cela valait le coup d’essayer tout de même.

L’histoire n’est pas du tout celle que je croyais. Rafael arrive un lundi dans le bureau du producteur de snuff movies. L’auteur nous le décrit comme un jeune type de 27 ans, alcoolique. On a un peu l’impression que c’est un paumé qui se croit très malin et qui ne sait plus trop quoi faire pour gagner l’argent qui lui paiera sa boisson. On lui propose d’être payer 30000 euros pour tourner un film. Il essaye de négocier pour avoir les 30000 euros tout de suite mais le producteur ne propose qu’une avance et de signer un contrat prévoyant que le reste de la somme sera versé à la fin du tournage. Il ne dit pas non. Dans le chapitre 3, le producteur prend un malin plaisir à raconter comment va se dérouler le tournage. Je rappelle que les snuff movies c’est des films mettant en scène la mort « réelle » d’un individu (on peut résumer cela en disant qu’on film la mise en scène d’un assassinat qui se passe pour de vrai). J’étais dans le bus à 7h00 du matin en train de lire mon chapitre 3 et franchement, je me suis demandée si je n’allais pas vomir. C’est juste atroce. L’auteur dit en avertissement qu’on peut sauter ce fameux chapitre mais je crois que ce serait stupide. C’est comme si vous vous fermiez les yeux dès qu’il y a un peu de sang dans un film d’horreur ou que vous pensiez que ce que vous ne savez pas n’existe pas. Cela existe malgré tout et ce chapitre 3 vous oblige à voir la réalité en face.

Le tournage est dans trois jours. Rafael repart avec son avance de « environ » trois cents dollars, après avoir signé un contrat qui n’en ai pas un puisque qu’il ne sait ni lire ni écrire et qu’il ne sait surtout pas ce que c’est qu’un contrat. Le roman c’est l’histoire de ces trois jours, en sachant que Rafael a vraiment l’intention de revenir au studio le jeudi car le producteur l’a menacé de tuer toute sa famille. Dès lors, notre regard sur Rafael va changer du tout au tout : on comprend pourquoi Rafael boit, quelle est la situation désespérée qui l’a amené à accepter ce pacte avec le diable. Rafael habite depuis son enfance, dans une caravane posée dans un taudis, juste à côté d’une décharge, avec sa famille et d’autres personnes. C’est devenu un taudis au cours des années mais il y est tombé amoureux de sa femme et ils ont eut trois enfants très rapprochés qu’il faut nourrir. La mère de Rafael est morte d’une sorte de cancer en n’ayant vu aucun médecin car personne ne veut se déplacer dans ce petit village que même les autorités ne reconnaissent pas. Gregory McDonald décrit aussi l’envie de rester digne, d’être propre, de prendre soin de ses enfants, de rester honnête et de ne pas devenir des voleurs malgré toute une société qui se retourne contre cette communauté.

Après avoir passé trois jours avec Rafael, on a espoir qu’il ne le fasse pas, qu’il renonce à ce marché, que quelqu’un les aide à déménager, à trouver du travail, un meilleur terrain … vous pensez n’y va pas Rafael, n’y va pas mais là encore cela aurait été pensé que la vie n’est qu’happy end et où je raconte la fin (donc faite attention !) : mais Rafael partira seul en plein soleil attendre le bus qui le mènera à la mort en laissant le pseudo-contrat que personne ne peut comprendre sous l’oreiller de sa femme (en sachant que dans le livre on nous met le fac simulé du contrat c’est encore plus triste). Heureusement que le livre se termine à ce moment là car vous avez les yeux plein de larmes.

Merci Ys !

Lu dans le cadre des 12 d’Ys dans la catégorie auteurs en Mc.

Références

Rafael, derniers jours de Gregory McDONALD – traduit de l’américain par Jean-François Merle (10/18, 2005)

5 réflexions au sujet de « Rafael, derniers jours de Rafael McDonald »

  1. Je l’ai lu il y a qq années et j’avais bien aimé (à priori, ce n’est pourtant pas trop mon truc). Il me semble qu’au début du livre, il y avait un avertissement disant que la lecture du chapitre (3?) était disons « remuante » et que le lecteur pouvait s’en passer s’il le désirait – ce que j’avais fais. Le reste secoue déjà suffisamment.

    1. J’ai un esprit de contradiction assez fort et quand on me dit de ne pas faire quelque chose, que ce n’est pas obligatoire, je le fais quand même. Dans ce as là, je trouve vraiment que cela souligne l’horreur car sans ce chapitre 33, on aurait une description impeccable de ce qu’est la misère, une incarnation de la misère mais là, Rafael ne sait pas seulement l’heure de sa mort mais aussi dans le détail, comment cela va se passer. Cela montre tout ce qu’on est près à supporter. Je trouve que cela change en partie le propos. Je trouve intéressant que vous soulignez que oui, en effet, si on saute le chapitre 3, cela n’empêche pas de sauter le livre.

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