Le Pilon de Paul Desalmand

Quatrième de couverture

Un livre se penche sur son passé, de la sortie des presse à son départ plein d’espoir vers l’Afrique. Vingt ans d’une vie mouvementée. Il aime, est aimé, risque sa vie, rencontre des lecteurs et des lectrices, discute avec d’autres livres dans les librairies et les bibliothèques, s’interroge sur la marche chaotique du monde.

Tout cela donne un roman picaresque, une méditation drôle sur notre finitude, doublés d’une variation à la Queneau sur le mot « pilon ». L’humour, comme toujours, quand il n’est pas un confort, affleure au tragique.

Mon avis

Que dire à part que j’ai adoré bien évidemment : un lvre qui parle de livre, un lecteur passionné qui parle à des lecteurs passionnés. Les chapitres sont très courts, le propos est tendre : comme le dit la quatrième de couverture, le livre aime et le livre est aimé et tout cela se ressent dans le ton puisque c’est le livre qui parle.

Ce ton tendre cache bien sûr une réflexion sur le livre, ses amis livres (je vous confirme donc ici que les livres se parlent quand on dort), ses lecteurs, ses libraires, ses commerciaux, ses fabricants, ses destructeurs … Il y a aussi des idées plus larges sur le monde (avec lesquelles on peut être d’accord ou pas d’accord).

Un seul extrait, où le livre (qui ne dit jamais qui il est) parle d’un libraire chez lequel il a vécu, devrait suffire à vous convaincre (si ce n’est pas déjà fait) :

Pierre aime les livres et les choisit uniquement par goût, ce qui ne l’empêche pas, évidemment, de prendre une commande en dehors de son champ. En huit ans d’activité, il n’a jamais accepté un seul office et procédé à un seul retour. Il tient dix mille livres à la disposition du chaland. Il ne les a pas tous lu, mais il se fie à ses affinités et, ce qu’il a commandé, il s’efforce de le lire assez vite. Un libraire qui lit et non un libraire qui se contente de compter. Il lui arrive même d’offrir en prime des livres. Durant mon séjour, il donnait, autant qu’il vendait, Diadorim de João Guimarães Rosa, auteur brésilien, un roman éblouissant à ce qu’il disait.

Les personnes au bon sens épais comme il y en a tant vous prouveront, avec des arguments infaillibles, qu’un libraire de ce type va immanquablement à la faillite. Et pourtant, elle tourne. Pierre ne vend pas les livres à la mode. Il tient en réserve les dix huit titres de Gracq publiés par Corti auxquels s’ajoute la Pléiade. Char est toujours à l’honneur. Faulkner est tenu pour un grand. Le rayon poésie est bien pourvu. Beaucoup de beau monde : Borges, Tolstoï (Guerre et Paix), Jacques Roumain (Gouverneurs de la rosée), Cormac McCarthy, Octavio Paz, Ibn Khaldûn (Le livre des exemples), Leopardi (Zibaldone), Bohumil Hrabal (Les Noces dans la maison), Salinger, Michon (Vies minuscules), Georges Perros, Chalamov et bien d’autres que j’étais fier de fréquenter. Pas le genre de ce libraire d’une ville voisine qui répondit à un client lui demandant s’il avait le Pléiade de Char : C’est qui ça ?

Il est même arrivé à ce Pierre Landry hors du commun d’être à l’origine de la réédition d’un livre. On lui avait offert Les Coups de Jean Meckert chez Pauvert. Ce livre, alors épuisé, lui avait tellement plu qu’il dit à la représentante Gallimard pour le poche : « Vous expliquez à vos patrons qu’il y a un fou à Tulle qui en prend mille si vous le publiez en poche. » La belle Isabelle lut, fut convaincue, et défendant ce titre bec et ongles, réussit à convaincre le directeur de collection. Le livre est actuellement en Folio et Pierre n’y est peut-être pas tout à fait étranger. Il en a vendu plusieurs centaines.

Par contre, je vous le dis de suite le livre va mourir, mais d’une belle mort, beaucoup plus glorieuse que celle du pilon.

Références

Le Pilon de Paul DESALMAND – préface de Patrick Cauvin (Quidam éditeur, 2006)

26 réflexions au sujet de « Le Pilon de Paul Desalmand »

    1. Je suis en train de lire le livre dont il parle sur le même sujet Dix mille d’Andrea Kerbaker. C’est pas mal non plus. Tu l’as lu aussi ?

  1. Mais pourquoi ce livre n’a jamais croisé mon chemin ? je vais corriger ce manque, cet oubli … merci Cécile de l’avoir sorti de derrière tes fagots !

  2. Keisha m’en avait parlé quand je venais de finir Dix mille d’Andrea Kerbaker, en quelques mots, l’autobiographie d’un livre, donc sujet sensiblement proche, et je l’avais noté mais le temps a passé… je me le renote!

    1. Ce n’est pas du tout pareil même si le sujet est approchant. Dans Dix Mille est plus vieux mais a eu moins de propriétaire et reste plus ou moins dans la librairie et n’évoquant assez peu de souvenir finalement. Dans Le Pilon, le livre bouge et finalement plus que la vie du livre, on parle plut6ot de la lecture, de ce que le livre apporte …Finalement, il y a plus de liens dans ce livre je trouve.

  3. Commentaire peu original: comment ne pas être séduite par un livre qui parle de livres et qui laisse même la parole à l’un d’eux. Bon, je suis le mouvement et je note moi aussi.

  4. L’extrait me laisse un peu perplexe, après je n’ai jamais lu d’histoire raconté par un livre himself, mais forcément une histoire de livres, de lecture et toussa ça ne peut que me tenter, du coup je note !

    1. Là dessus, je pense qu’il faut que tu te méfies car visiblement on n’a pas du tout la même attente pour un livre qui parle de livre. J’ai lu Pourquoi lire ? et je me suis ennuyé de bout en bout. Donc je maintiens, méfie toi.

    1. Je l’ai trouvé tout plat (je l’ai à mon avis lu trop vite ou bien trop énervé : je n’ai donc peut être pas pris le temps de savourer). Je n’ai pas retrouvé ce que je ressens quand je lis et c’est ce que je cherche pourtant quand je lis ce type de livre. Du coup je ne sais pas si ce n’est pas aimé ou déçue.

  5. C’est vrai que c’est particulier et qui faut prendre son temps … le savourer itou ^^ Mais bon il a un style et des opinions particulières du coup il faut accrocher.

  6. Tous ces commentaires me font chaud au cœur. J’en profite pour donner quelques nouvelles de ce livre.
    On dit souvent que le premier roman d’un inconnu publié chez un petit éditeur et même chez un grand reste un mois chez les libraires pour disparaître ensuite dans les poubelles de l’histoire. Ce n’est pas toujours vrai. LE PILON en est à sa quatrième édition. Il a déjà été traduit en quatre langues (grec, italien, catalan, espagnol) et le sera très prochainement en suédois. D’autres contrats de traduction se négocient. À la demande des enseignants de lycée sou, une version poche sort le 4 novembre 2011 (Quidam, 8 euros). Des professeurs l’ont déjà commandé. L’auteur et l’éditeur sont prêts à intervenir dans les classes.

  7. /suite du commentaire de l’auteur du PILON/

    L’intégralité du roman a été enregistrée par bibi pour la Bibliothèque sonore destinée aux handicapés visuels ou moteur. Elle sera très prochainement disponible.

    Début mars paraît « Éditions de Paris. Max Chaleil » ÉDITEZ-MOI OU JE VOUS TUE ! qui est une sorte de prolongement du PILON. Il devrait faire parler. À +

    1. Je vous remercie de ce gentil commentaire. Cela ne m’étonne que ce livre ait autant de succès car il est juste parfait. Je note bien sûr le titre dont vous parlez pour le mois de mars.

      1. Cette réédition chez Quidam est parfaite c’est justement elle que j’ai acheté ce midi pendant ma pause déjeuner.
        Rappel-moi de ne plus jamais me rendre chez le libraire d’à côté pendant ma pause déjeuner. Du coup je ne mange pas…

          1. Parce que le monsieur en parlait plus haut, et que c’est une couverture différente de l’édition courante.

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