Le criquet de fer de Salim Barakat

LeCriquetDeFerSalimBarakatJ’avais ce livre depuis six mois dans ma PAL (et du coup j’ai oublié comment j’en ai entendu parlé), quand je l’ai ressorti après avoir lu un livre d’un auteur portant le même nom (mais pas le même prénom). En fait, je cherchais l’autre livre sur LibraryThing quand il m’a aussi indiqué que je possédais ce livre. Voilà, voilà …

Le livre est court en plus. C’est le récit par Salim Barakat de son enfance en Syrie, aux débuts des années 50, en pleine guerre, le pays étant déjà instable à l’époque. Salim Barakat n’enjolive pas du tout son enfance et son « personnage » puisqu’il présente dans ce livre cinq tableaux d’une extrême violence sur ses jeux lorsqu’il était enfant. Pendant 100 pages, aucune personne de son entourage ne sera vraiment présenté, ils resteront des ombres. Le contexte n’est que sous-entendu ; il n’y a aucun récit de combat, de révoltes … sauf une fois où il est fait allusion à la manière dont les autres groupes  regardent les kurdes.

J’ai été vraiment gênée par cette lecture (dans mon confort peut être). La description des jeux d’enfants ne mènent à rien. En tout cas, c’est ce que je me suis au début. C’est violent et voilà : comment j’ai torturé des chats, comment j’ai torturé des grenouilles … cela devient vite long parce qu’on ne voit pas bien où l’auteur veut en venir. Puis, au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture, j’ai commencé à voir le style (il est franchement magnifique mais le livre est trop court et trop fort pour pouvoir l’apprécier), les phrases évocatrices des sentiments de l’enfant, d’une sorte de malaise, d’étouffement. Dans le sens où ses gestes étaient comme dictés par quelque chose de plus fort que lui. Puis, après j’ai compris. Ben c’est tout simplement cela une enfance dans un pays en guerre. Des jeux d’enfants avec des pensées et des actions copiées sur les adultes. Plus exactement, le monde des adultes rentrant dans le monde des enfants. À la fin du livre, la seule pensée que j’avais est que c’était franchement tragique. Il n’y a pas une note positive, rien. J’étais triste pour l’auteur car on ne se remet pas de ce genre d’enfance ; j’étais aussi curieuse de savoir comment il était devenu lui, tout simplement.

En conclusion, ce n’est pas le type de lecture que je recommanderai. Pourtant c’est une lecture qui montre ce qui nous est habituellement caché. Le livre rompt le silence, ne nous montre pas d’images horribles d’enfants en sang, mais donne surtout à comprendre le ressenti d’enfants qui essaient de vivre « normalement » dans un monde où c’est impossible.

Extraits

Les extraits que j’ai choisi ne rendent pas compte de l’écriture et du ton du livre. J’ai retenu les passages qui m’ont marqués et qui m’aide un peu à mieux voir ce qui se passe aujourd’hui en Syrie.

Mais notre haine du Khabour n’arrêta pas son cours. Il demeura le prince des fleuves, un prince bruyant regroupant autour de lui des villages bruyants, des villages qui se partageaient l’espace, les fruits et les coutumes, depuis celles des Assyriens jusqu’à celles des Kurdes et des Yazidis.

Les village assyriens n’avaient pas leur égal pour la culture de la vigne, tandis que les villages kurdes et yazidis leur étaient supérieurs pour la pâture et l’élevage, et pour quelques petites cultures comme le concombre et le coton. Mais tout cela n’était rien au regard de l’étrangeté des Yazidis.

En ce temps-là, nous étions des enfants. Et l’histoire qui relègue les Yazidis parmi les sectes ésotériques nous importait guère, pas plus que leurs origines ou les intrigues des anglais qui en avaient fait l’une des minorités du Moyen-Orient, se jouant de nos sociétés noyées dans leur passé jusqu’à l’étouffement ou figées dans la soumission. En ce temps-là, nous étions intrigués et étonnés à la fois par ces hommes qui tressaient leurs cheveux comme les femmes et laissaient pousser des moustaches si épaisses qu’elles cachaient leurs lèvres. Ils étaient sales, ne se baignaient pas et adoraient le roi Paon – le Grand Satan comme ils disaient.

Ce fur le début de la joie officielle et violente, et celui de la pauvreté populaire et violente. Cela sortit de l’école, gagna le marché puis la maison, pour ne plus la quitter.

Références

Le criquet de fer de Salim BARAKAT – récit traduit de l’arabe (Syrie) par François Zabbal (Babel / Actes Sud, 2012)

Le chasseur de Viken Klag

LeChasseurVikenKlagPremière chose : je vous souhaite, à vous qui passez par ici, ainsi qu’à vos proches, une bonne année, la santé et le bonheur. Cette année est l’année où je deviendrais tatie pour la première fois (en mai normalement). Je suis donc ravie.

Deuxième chose : les vacances se terminent. Je n’ai pas comblé mes billets de retard, tant au niveau des romans que des BD. J’ai surtout scanné mes magazines pour pouvoir gagner de la place (j’en ai autant que de livres …) Je me suis remise un peu au russe. J’ai travaillé mon allemand (pas mes cours d’allemand par contre). Donc c’est cool. Ce qui m’a remotivé, c’est que j’ai commencé à lire un livre extraordinaire : Fluent forever d’un chanteur d’opéra qui prend plaisir à apprendre les langues (un peu comme Benny Lewis si vous connaissez). Je trouve que ces conseils sont très concrets et donc cela m’a donné envie d’essayer. Je pense que j’en parlerais sur le blog car il est vraiment très intéressant. L’année commence bien pour l’instant !

L’année commence bien aussi au niveau lecture car j’ai fait une bonne pioche à Gibert en me basant uniquement sur la couverture.

Le chasseur est une nouvelle de 70 pages publiée sur un très beau papier (très agréable au toucher, avec une belle couleur) et illustrée par des photographies. Le livre se termine par une explication de la vie de Viken Klag. J’avoue que les photos et la postface ne m’ont pas trop parlées. Par contre, le texte est formidable. Il a été publié pour la première fois dans le recueil Le Mystère des montagnes, en 1934 mais c’est la première traduction française.

La nouvelle commence par cette phrase qui m’a tout de suite accrochée

J’ai ouvert les yeux et le monde m’est apparu bien trop étroit.

L’auteur, dans un récit autobiographique, raconte son enfance dans le massif du Sassoun à l’est de la Turquie. Il était un enfant remuant, il pouvait détruire les récoltes de ses voisins par exemple. Il ne rêvait que d’une chose chasser, parcourir les montagnes de sa région. Rester au village en attendant le retour de son père et de ses frères ne lui allait pas. Il n’était pourtant encore qu’un enfant. Il désobéissait, se prenait des sacrés roustes mais il ne comprenait pas et continuait à n’en faire qu’à sa tête. C’est la partie de la nouvelle qui m’a le plus plu car j’ai trouvé que l’auteur arrivait parfaitement à rendre une atmosphère de paradis perdu mais surtout de liberté, de la soif de vivre du petit garçon.

La nouvelle présente ensuite son entrée dans l’âge adulte, son premier émoi amoureux, sa première chasse et surtout comment il va devenir écrivain. Cela m’a fait moins rêvé que la première partie. Pourtant, l’auteur arrive à présenter les quinze premières années de sa vie, sans aucune transition, sans ellipses artificielles (cinq ans après … ). Ce qui frappe à la lecture, j’ai trouvé, c’est la continuité dans le mode de pensée (due à une continuité dans le mode de narration). Tout se fait naturellement. Jamais le narrateur ne se plaint de ce qu’a été sa vie ou de ce qu’elle est aujourd’hui. À la lecture, je me suis dit que j’aurais aimé rencontré l’auteur pour savoir ce qu’il avait conservé de son paradis perdu.

C’est une petite nouvelle qui souffle un vent d’air frais et de liberté sur cette nouvelle année. Je vous la conseille.

Références

Le chasseur de Viken KLAG – traduit de l’arménien par Papken Sassouni – postface de Anahide Ter Minassian – photographies de Izabela Schwalbé (Collection diasporales / Éditions Parenthèses, 2014)

P.S. J’espère qu’ils vont traduire les autres nouvelles du recueil …

Matière noire de Dror Burstein

MatiereNoireDrorBursteinL’histoire est simple à décrire même si elle n’est pas simple à vivre et à lire. Un fils, Ouri, va voir son père Amos pour qu’il lui explique pour sa sœur de 10 ans son ainée s’est suicidée, à l’âge de cinquante ans, il y un an. Le livre commence ainsi par un rapport de force entre les deux hommes. En fait, Ouri s’interroge sur son père, sur sa relation avec lui, sur le passé, plutôt qu’il ne l’interroge sur le suicide de sa sœur. La sœur, Dorit, reste une présence dont on ne parle pas. Le père, lui, ne se rend pas compte des interrogations de son fils, ou les évite, en divaguant. Cette partie du livre fait 70 pages et on comprend dès le début qu’on n’a pas affaire à une famille comme les autres.

Il s’agit plutôt de quatre individualités rassemblés par un même nom mais aussi par une manière de penser, un manière d’écrire, de rêver, de philosopher. En cela, Dorit était la plus exceptionnelle car dès le plus jeune âge, elle sortait d’elle des pensées et des questionnements d’adulte. Ses poèmes, par leur brièveté (un ou deux vers), étaient (sont ?) transcendants de justesse car il dévoile tout un monde d’images de beauté, comme de souffrances, une attention portée à la nature extraordinaire. Ouri a choisi le métier d’avocat mais c’est une vocation ratée. Il découvre sur le tard son admiration pour les textes hébraïques d’il y a 1000 ans. Le père s’est réfugié dans la religion ; avant il était professeur. Seule la mère, Rita, d’origine anglaise et professeur d’anglais en Israël, semble moins dans ce caractère, plus ancrée dans la vie réelle. Pourtant, son amour pour ses enfants est aussi très particulier (en tout cas par rapport à ce que je connais, c’est-à-dire mes parents) : elle semble ne pas montrer son amour comme si pour ses enfants, c’était évident mais elle reste sur la réserve par rapport à ses enfants qui semblent distant. Une autre chose que je n’ai pas compris, c’est si Rita et Amos étaient séparés, divorcés ? ou quelque chose comme cela. J’ai du mal à m’imaginer leurs vies de couple, de parents. Les seuls personnes de cette famille qui semblent vraiment proche, c’est Ouri et Dorit. Ce n’est pas une proximité de confidence, d’entraide mais plutôt une complicité en terme de manière de penser, de se comprendre.

La suite du roman fait un retour en arrière, un an auparavant avec des flashbacks. L’auteur fait des parties où seul certains personnages parlent (je n’ose écrire se parlent) par exemple Rita, Dorit, Amos puis Ouri et Rita, Rita, Amos et Ouri (encore). Dorit n’interviendra qu’à la fin pour donner sa version (cette partie est rédigée d’un point de vue extérieure). il faut voir qu’un an auparavant Ouri attendait une greffe de rein, que ses parents lui ont caché pendant deux mois la mort de sa sœur comme ils ont caché à sa sœur la maladie de son frère pendant cinq ans (il ne lui a pas dit non plus).

Pour moi, c’est un livre très beau, très poétique. On se laisse embarquer par l’univers des personnages, même si ce n’est pas le nôtre. C’est un peu comme si on se servait de leur univers pour nous laisser entraîner par nos pensées, par notre imaginaire (je ne suis pas sûre d’avoir bien compris l’histoire du coup…) C’est un livre qui met dans un certain état de pensée, qui influence l’humeur la manière de voir les choses pendant qu’on le lit. On revient vers le livre plus pour cela que pour l’histoire. Cependant, ce livre restera pour moi une expérience de lecture étrange car je n’ai pas réussi à comprendre ce qui unissait ses quatre personnages (ou en tout cas Amos, Ouri et Dorit). On arrive au mauvais moment car Dorit est encore là, parmi eux, et aucun n’a réussi à faire avec son absence. C’est comme cela que je me suis expliquée cette drôle de famille : ils n’ont pas encore réussi à construire de nouveaux liens familiaux.

Un extrait

Elle a ramassé ses cheveux sur sa nuque et les a secoués, les gouttes m’ont éclaboussé, elle m’a regardé et a dit que le lien entre frère et sœur était à ses yeux le plus beau, car il contenait le meilleur de ce qui liait un homme et une femme, sans tout le mal qui découlait de la passion et des déceptions, quand il n’assouvissait pas les désirs de chacun et la volonté de transformer l’autre en instrument de sa passion, ou de sa détresse, […]

Références

Matière noire de Dror BURSTEIN – roman traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech (Actes Sud, 2014)

Cette odeur-là de Sonallah Ibrahim

C’est un texte très court inspiré par l’expérience de l’auteur. En effet, Sonallah Ibrahim a été retenu cinq ans (1959-1964) dans un « camp d’internement en Haute-Egypte » à cause de ses positions communistes. Ce qu’il raconte, c’est son retour difficile à la liberté. Enfin, ce n’est pas son retour mais un retour difficile à la liberté inspiré par son expérience.

Quand il est revenu de prison, il devait être rentré au couché du soleil car un policier venait chez lui signé un papier. Si il ne le trouvait pas, c’était retour à la case prison. Il avait pris l’habitude de noter ses pensées, ses faits et gestes de la journée sur des papiers. Ce livre est la réorganisation et la réécriture de ses notes.

Ce qu’il nous raconte dans ce livre c’est la difficulté à reprendre une vie normale après la prison. Il parle de la famille avec qui il faut reprendre contact. Il faut se mettre en tête toutes les histoires qui se sont passés mais aussi se mettre dans le mouvement de leurs vies qui se déroulent devant vos yeux. La forme qu’a choisi Sonallah Ibrahim car il alterne le présent avec les réminiscences du passé qui lui viennent à partir de ce qu’il est en train de vivre.

C’est le premier texte qu’a publié cet auteur (qui avait décidé en prison que son métier serait écrivain). Je l’ai trouvé très beau mais nullement exceptionnel. L’auteur arrive à nous faire ressentir le fait qu’il se sente extérieur à la nouvelle vie. C’est difficile à faire surtout pour un premier texte. J’aurais aimé une conclusion, une chute mais en fait non ; l’auteur nous laisse à penser que de se réhabituer à la liberté ne se fait pas en un mois.

Le contexte de sa publication est intéressant mais le livre ne semble pas subversif pour une française d’aujourd’hui (moi en gros). Il parle de sexe (de masturbation et des désirs que le narrateur n’arrive pas à assouvir) et de politique, des sujets qui étaient tabous en 1966, en Égypte. Il a donc été publié à compte d’auteur et censuré (interdit car à ce moment-là la censure n’existait plus avant la parution pour cause de pensées un peu plus libres dans le pays). Il a reparu en 1968 (à Beyrouth) et 1969 (au Caire) dans une version expurgée. En 1986, deux éditeurs, une marocain et un cairote, ont publié la première édition arabe intégrale, auquel ils ont ajouté une préface de l’auteur expliquant le contexte de publication en 1966. C’est la traduction de cette édition qui est proposée en Babel.

Références

Cette odeur-là de Sonallah IBRAHIM – récit traduit de l’arabe (Égypte) par Richard Jacquemond (Babel, 2011)

Première parution en France chez Actes Sud en 1992.

L’affaire chocolat de Haïm Gouri

Quatrième de couverture

Robi et Mordi se retrouvent par hasard sur le quai d’une gare, quelque part en Europe, après la guerre. Deux ombres grises dans la brume d’une ville en ruine, qui parlent un langage d’ombres. Deux hommes réduits à leur plus simple expression. Ils se connaissent d’avant, mais on ne sait rien ou presque de leur passé. Ils vont ensemble à la soupe populaire, et c’est pour eux un luxe de refuser ce repas quand il est froid. Alors que Robi recherche sa famille, rêve d’amour et de fortune, Mordi reste prostré chez lui, à essayer de comprendre. L’affaire chocolat pourra-t-elle leur apporter la richesse, ainsi que Robi l’imagine ?

Juifs, survivants. Ces mots n’apparaissent jamais. Mais on sait. Dialogues épurés, atmosphère raréfiée, évitant tout ce qui, depuis , a pu devenir « cliché », ce roman unique a la densité de la poésie de Paul Celan, l’intense retenues des textes de Samuel Beckett.

Mon avis

Je n’ai pas tout compris à ce livre.

Haïm Gouri est poète, écrivain, journaliste, ancien ministre. Pendant les années d’après-guerre, il a arpenté l’Europe pour saisir le destin des Juifs survivants. Il a d’ailleurs publié un journal relatant le procès d’Eichmann, auquel il a assisté. L’affaire chocolat a été publié pour la première fois en Israël en 1965.

Les qualités (tout de même) : une belle écriture quand on prend chaque passage séparément (2-3 pages). Cela emporte, fait rêver. On est dans une ambiance d’après-guerre qui semble un peu cotonneuse, flottante. Il y a l’avant (en particulier la Shoah dans le cadre des personnages de ce livre) mais aussi la nécessité de retrouver une vie, de la reconstruire pour profiter de ce que d’autres ne pourront pas vivre malheureusement.

Là où j’ai eu du mal à tout saisir, c’est dans ce qui arrive aux personnages. Je n’ai pas réussi à saisir qui était qui entre Robi et Mordi. L’auteur refuse de personnifier ses personnages (description des sentiments ou des actions inexistantes) et les laisse plus ou moins sous forme d’ombres. Cela rend très difficile la lecture. La deuxième chose est que certains passages semblent complètement déconnectés ou très métaphoriques. J’avoue ne pas avoir saisi tout le temps où l’auteur voulait en venir. Cela a encore un peu plus compliqué ma lecture.

Pour ce qui est de l’affaire chocolat, elle n’intervient qu’à la toute fin du roman. Une rumeur court que le chocolat distribué par l’armée américaine calmerait la libido des gourmands. Les fabricants se retrouvent avec des stocks énormes. La personne qui a lancé la rumeur achète les stocks. La rumeur est démenti par cette même personne, qui revend le chocolat à des prix prohibitifs en ces temps de pénurie.

Est-ce que vous avez lu ce livre ? Est-ce que vous l’avez mieux compris ? Est-ce qu’il faut accepter de ne pas tout comprendre comme l’écrit quelqu’un sur Amazon ?

Références

L’affaire chocolat de Haïm GOURI – roman traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech (Denoël, 2002)

Une métamorphose iranienne de Mana Neyestani

Présentation de l’éditeur

Le cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d’un hebdomadaire iranien. Le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri, et les azéris, peuple d’origine turque du nord de l’Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains d’entre eux, le dessin de Mana est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d’un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l’éditeur du magazine sont arrêtés et emmenés dans la prison 209, une section non officielle de la prison d’Evin, sous l’administration de la VEVAK, le ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale. Au bout de deux mois de détention, Mana obtient un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s’enfuir avec sa femme.

Bouleversant, Une métamorphose iranienne est une plongée en apnée dans le système totalitaire kafkaïen mis en place par le régime iranien.

Mon avis

L’histoire se décompose en deux parties : tout ce qui se passe en Iran et la fuite. Pour ce qui se passe en Iran, c’est une illustration parfaite de ce que l’on essaye de nous faire comprendre dans les journaux (et c’est beaucoup plus parlant et intéressant qu’un simple reportage au journal télé).

On touche du doigt deux réalités, comme le souligne la présentation de l’éditeur : le système totalitaire avec tout ce qui est traitement d’un prisonnier politique (comment on force quelqu’un à avouer ce qu’il n’a pas fait, lui imputer de grandes fautes pour une toute petite erreur, l’enfermement dans des prisons secrètes…)

La deuxième chose c’est le système kafkaïen. On vous renvoie de l’un à l’autre, on vous change de place. On vous met responsable de tous les malheurs du monde. On monte la population les uns contre les autres. Je n’ai pas trouvé évident que les manifestations qui ont fait suite au dessin de Mana n’est pas été aidé par le VEVAK. On sent que ce n’est pas sain comme ambiance.

Cette bd permet aussi de connaître les problèmes qui peuvent toucher l’Iran par rapport à sa composition « ethnique » puisque ici on parle des farsis et des azéris qui ne peuvent pas se supporter. On apprend donc pas mal de choses dans le « scénario » qui est tout de même l’histoire « vraie » de l’auteur.

Une deuxième partie de la BD relate le parcours du combattant pour tenter d’obtenir un asile politique et montre la méfiance des pays occidentaux pour accorder des visas. C’est particulièrement vrai pour la France.

Pour ce qui est du dessin, je vous renvoie à l’avis de Mo pour un commentaire de pro. J’ai trouvé que c’était là où l’auteur mettait sa personnalité. Cela m’a donné l’impression d’avoir sous les yeux quelqu’un sur qui tous les malheurs du monde venait de tomber (il faut voir comment il est vouté, cela fait peur) et qui pourtant gardait son humour (dans les dessins) et son humanité.

En conclusion, c’est un témoignage passionnant et important car il y en a sûrement beaucoup d’autres qui ne peuvent plus le faire.

Références

Une métamorphose iranienne de Mana NEYESTANI – traduit de l’anglais par Fanny Soubiran à partir de la traduction anglaise de Ghazal Mosadeq – imprimé en Slovénie (Ça et là / Arte éditions, 2012)

L’histoire du scorpion qui ruisselait de sueur de Akram Musallam

Présentation de l’éditeur

C’est un scorpion tatoué au dos d’une jeune Française que le narrateur a rencontrée un soir, dans un dancing, sur la côte israélienne. Il hante chaque nuit ses rêves, tente d’escalader le miroir de sa chambre, n’y parvient pas, tombe et recommence sans cesse, ruisselant de sueur. Mais un scorpion, qui ne boit pas d’eau, qui n’a pas de pores, peut-il transpirer ? Et s’il transpire, reste-t-il le même, ne perd-il pas tout son venin ?

Construit de bout en bout sur cette métaphore, ce roman d’Akram Musallam dénonce la situation issue des accords d’Oslo et de l’échec de la deuxième intifada. Et il le fait avec beaucoup de lucidité et d’amertume, et avec cette autodérision qui est l’une des principales caractéristiques de la littérature palestinienne. L’impuissance du scorpion est aussi celle du père du narrateur, qui a perdu une jambe, et sa virilité avec, rouillé. Il demande néanmoins à son fils de lui masser la jambe amputée ou de la laver, ne pouvant reconnaître la perte ou l’accepter. D’autres figures apparaissent au fil du récit pour aussitôt disparaître, dont celle d’un prisonnier, « mulet de la révolution », qui vient d’être libéré après dix-huit ans d’incarcération, et qui se trouve contraint de se remettre au service de ceux qui l’ont toujours considéré comme un vrai mulet…

En campant de tels personnages, dotés chacun d’une forte charge symbolique, et grâce à une écriture à la fois sobre et dense, Akram Musallam se place parmi les plus talentueux écrivains palestiniens d’aujourd’hui.

Mon avis

J’avoue volontiers que je n’ai pas tout compris au livre, en particulier à ce qui semble être le principal, la métaphore du scorpion. J’ai donc lu ce livre il y a trois semaines et je ne sais toujours pas quoi en penser. Il ne m’a pas semblé qu’il y ait d’histoires au sens le plus basique du terme (ces choses avec un début, un milieu et une fin).

Ce que j’ai ressenti c’est l’omniprésence du vide dans ce texte, un vide qui dans la tête du narrateur semble détruire tout mais qui semble aussi caché quelque chose vers lequel il faut aller. Le principal vide c’est la jambe du père du narrateur. Que le père en soit éprouvé même vingt ans après c’est je pense logique mais même le narrateur est très marqué par cela (il venait de naître quand l’accident c’est passé) : il y voit des symboles (perte de la virilité mais aussi perte de souvenirs) Il y a le cinéma-club où il a rencontré la fille au scorpion qui sera détruit lors de frappes aériennes. Là encore, il ressent très vivement ce vide que lui laisse les décombres. Il perd une partie importante de sa vie. Dans tout le roman, il semble pourtant courir après quelque chose mais je n’ai pas compris quoi.

Ce qui m’a fait penser à cela, c’est un procédé narratif que l’auteur utilise de manière très étrange. Il s’agit de ses discussions avec le « mulet » de la quatrième de couverture. Il ne parle pas de ce qu’il ressent mais plutôt de comment il doit écrire dans ce roman ce qu’il ressent. Il fait en quelque sorte intervenir les réflexions qu’il a eu en écrivant son roman. On a l’impression qu’il tourne autour du pot comme si il tournait autour de ce qu’il ressentait.

En conclusion, je pense que ce roman aurait mérité, dans mon cas au moins, une préface ou une postface parce qu’on sent qu’il y a quelque chose mais nous aussi on court après ce quelque chose, même si on ne connaît pas sa nature.

Références

L’histoire du scorpion qui ruisselait de sueur de Akram MUSALLAM – roman traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols (Actes Sud / Sindbad, 2010)

Les filles de Riyad de Rajaa Alsanea

Quatrième de couverture

Publié au Liban en 2005, ce livre a d’abord circulé sous le manteau en Arabie Saoudite. Pour la première fois, une romancière aborde le sujet tabou des relations des filles avc leur fiancé, leur mari, la façon dont elles peuvent vivre leur(s) amour(s) sans transgresser la loi.

Témoignage d’une culture d’extrêmes contradictions, Les Filles de Riyad permet au lecteur de pénétrer le plus secret des univers. En brisant le silence, Sadim, michelle, Gamra et Lamis nous éclairent sur un mode de vie stupéfiant et parfois choquant.

Mon avis

C’est de la chick-lit mais comme cela se passe en Arabie Saoudite, il y a en plus un petit côté découverte du pays. C’est l’histoire de quatre filles dans leurs vingtaines, qui croient en l’Amour (oui, celui avec un grand A) mais alors très très fort. Elles en ont des malheurs : il y a celle dont le mari demande le divorce entre la signature du contrat de mariage et le mariage car ils ont couché ensemble, il y a celle qui épouse un mari qui en aime une autre aux États-Unis et qui lui fait un enfant dans le dos et qui quand il l’apprend la répudie, il y a celle qui devra laisser son premier amour car la famille désapprouve l’union, il y a celle qui aura une relation pendant quatre ans avec un homme qui en épousera une autre, il y a celle qui croit qu’elle est amoureuse de son cousin américain. Il y a des fois où c’est la même fille. Finalement, il n’y a que Lamis qui trouvera le bonheur complet sans s’être autant pris la tête. Les Saoudiens (les hommes) ne ressortent pas franchement grandis de ce « récit ». Vous avez le choix entre lâche, encore dans les jupes de sa mère ou menteur. Il n’y en a qu’un qui est doux mais il ne vient pas de Riyad.

Ce que l’on ressent surtout c’est le poids des traditions. C’est représenté par le changement de comportement des Saoudiens dès qu’ils quittent leurs pays pour travailler ou faire des études. Cela se voit aussi au comportement des familles. Le plus frappant est quand la police intervient dans un café pour arrêter une des filles qui boit un café avec un garçon toute seule. C’est inconvenant ! Le plus frappant c’est qu’il est évident que c’est une société qui est en train de changer (on peut le penser rien qu’aux préoccupations des filles) mais on sent cette société tiraillée entre cette modernité et la préservation de ces traditions.

Le mode de narration est un peu celui de Gossip Girl puisqu’il se présente sous forme de mails envoyés aux internautes d’Arabie Saoudite. Le plus souvent, on a à faire à un langage plutôt parlé (j’ai cru entendre des copines à moi parler ; cela m’a fait bien sourire) et très alerte. La narration est du coup très vivante et permet de lire très facilement ce livre malgré des maladresses de traduction et des naïvetés dans le langage. Chaque début de mail commence par une citation d’un auteur arabe ou occidental. J’en ai noté certaine qui m’ont beaucoup plu :

« Il n’est pas facile de trouver le bonheur en nous, mais il est impossible de le trouver en tout autre endroit. » Agnes REPPLIER

« Seuls ceux qui partent à l’aventure peuvent découvrir jusqu’où ils peuvent aller. » T.S. ELIOT

« Un seul homme suffit à la femme pour les comprendre tous, mais cent femmes ne suffisent pas à l’homme pour en comprendre une seule. » George Bernard SHAW

« Il est facile de se mettre en colère contre quelqu’un, ce qui est difficile, c’est de se mettre en colère contre la bonne personne, dans la juste mesure, au moment opportun, pour une bonne raison et de la bonne façon. » ARISTOTE

En conclusion, une lecture qui donne du peps !

Références

Les filles de Riyad de Rajaa ALSANEA – récit traduit de l’arabe (Arabie Saoudite) par Simon Corthay et Charlotte Woillez (PLON, 2007)

Première parution en arabe en 2005.

J’ai pris ce livre à la bibliothèque et la personne qui l’a lu avant moi a corrigé deux fautes dont une sur comptabilité et compatibilité mais a surtout écrit « l’édition anglaise de cet ouvrage est bien plus complète et intéressante ». Vous voilà prévenu ! Ce livre sort en poche chez Pocket le 22 mars 2012.

Turbans et chapeaux de Sonallah Ibrahim

Le point de vue des éditeurs

Ce roman se présente comme un récit parallèle à la chronique de l’historien Jabarti, témoin oculaire de la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798. Il serait l’œuvre d’un jeune disciple possédant quelques rudiments de français qui vont lui permettre d’être recruté à l’Institut d’Égypte, en tant que sous-bibliothécaire. Il peut ainsi fréquenter des Français, observer de près leurs mœurs, s’informer de leurs idées. Il note ce qu’il voit et entend d’un ton généralement neutre, parfois amusé, et n’hésite pas à consigner ses émois amoureux. On apprend ainsi qu’une Française – et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de Pauline Fourès, la maîtresse de Bonaparte ! – lui a accordé ses faveurs. Cependant, copiste et informateur de Jabarti, il est aussi au courant de tout ce qui se passe en Égypte, et ne manque pas de dénoncer les crimes commis par les mamelouks et les Ottomans, ou les compromissions des grands « turbans » locaux.

Roman historique, Turbans et chapeaux n’en reste pas moins une œuvre d’une brûlante actualité. Écrit lors de l’invasion américaine de l’Irak, il explore, avec la vigueur qui a fait la renommée de Sonallah Ibrahim, l’histoire des relations orageuses entre les Arabes et l’Occident depuis deux siècles.

Mon avis

J’ai trouvé ce livre sur une table de la bibliothèque sur le thème de l’excentricité. J’avoue ne pas avoir compris ce qu’il faisait là. Par contre, j’ai énormément aimé cette découverte (de l’auteur et de la littérature égyptienne donc c’est le premier livre que je lis).

Je commencerais par un reproche. L’histoire se passe au Caire pendant la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798 (et les trois ans d’occupation qui s’en sont suivis). Cela aurait sans aucun doute aidé à ma compréhension d’avoir un rappel historique, d’avoir un rappel sur l’organisation sociale et ethnique (ou religieuse) de la ville, ainsi que de sa géographie (parce que les noms de quartier sont restés très énigmatiques). De même, en postface, on nous dit que ce livre reprend des passages du livre de Jabarti. Lesquels est-ce ? Pas de précisions. Quels sont les éléments inventés, les événements historiques ? Il y a un peu plus de choses mais c’est un livre qui en demandent plus. Je crois que ces manques faussent un peu la lecture.

En effet, j’ai lu ce livre comme un roman d’aventures (d’aventures historiques mais d’aventures tout de même). Le narrateur est dans la vingtaine et on sent qu’il est avide de vivre les évènements qui se produisent. Il essaye de braver les dangers, de mieux connaître les Français, de comprendre les réactions de ses compatriotes (les collaborateurs, les opposants, de la ville ou d’en dehors, les simples habitants, les commerçants, les artisans, les hommes, les femmes …) C’est aussi pendant cette occupation que le narrateur se découvre une conscience politique et religieuse. Je crois que l’auteur a pris un excellent point de vue en ne choisissant pas de camp et en faisant du narrateur un observateur en pleine éducation.

Ce livre n’est clairement pas à la gloire du savoir-vivre français. Toutes les exactions commises par les soldats ne nous sont pas épargnées. Cependant, Sonallah Ibrahim va mettre de la compassion dans le récit du narrateur qui a pitié de la manière dont Bonaparte traite ses soldats, notamment quand ils souffrent de la peste. Le narrateur raconte très bien la vie quotidienne, les habitudes égyptiennes et nous les fait un peu découvrir. Le narrateur est souvent dans la rue mais arrive aussi à connaître la haute sphère de la société par l’intermédiaire de son maître.

On sourit assez souvent dans ce roman car le narrateur a un côté jeune chien fou qui le rend attachant par sa naïveté (= de sa jeunesse) et son enthousiasme. Ses relations sexuels avec Pauline sont particulièrement symptomatiques de ce point de vue.

Une belle découverte !

Un autre avis

Celui de Catherine.

Références

Turbans et chapeaux de Sonallah IBRAHIM – roman traduit de l’arabe (Egypte) par Richard Jacquemond (Actes Sud, 2011)

Première parution en arabe en 2008.

Parole perdue de Oya Baydar

Quatrième de couverture

Ömer, célèbre romancier en panne d’écriture, se lance sur les routes anatoliennes à la recherche de sa vérité et de celle du peuple kurde. Il s’éloigne ainsi de son épouse Elif, scientifique  de renom, elle aussi en plein questionnement : pourquoi leur fils a-t-il décidé de fuir ses parents et un monde à feu et à sang pour la tranquillité d’une île norvégienne ? En quoi leur génération militante a-t-elle failli ?

Née à Istanbul en 1940, emprisonnée en 1971, pour son opposition au coup d’État militaire, exilée en Allemagne de 1980 à 1991, Oya Baydar est l’un des écrivains phares de la Turquie. Elle a été couronnée par les prestigieux prix Sait Faik et Orhan Kemal. Profond, passionnant et inspiré, Parole perdue est un livre qu’on n’oublie pas.

Mon avis

C’est le premier livre de littérature turque que je lis de toute ma vie et ce grâce à Babelio et son opération Masse critique. J’avais choisi ce livre dans la liste pour une simple raison : je voulais découvrir un peu la culture de ce pays. À force d’entendre les partisans et les opposants de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne embellir ou diaboliser, je ne savais plus trop que penser. Dans ma tête, la littérature sert à s’ouvrir à d’autres mondes et c’est exactement ce qui s’est passé ici. J’ai la chance d’être tombée sur le premier livre traduit en français de Oya Baydar. Cette femme est lucide sur son pays : elle montre les qualités et richesses mais aussi les défauts sans rien cacher.

On suit une famille : Ömer l’écrivain reconnu, Elif la scientifique de renommée internationale et Deniz le fils. Chacun vit séparément même si Elif et Ömer habitent la même maison. En effet, ces deux là se sont perdus au fil des années. Ce qui les a rapproché c’est leur militantisme mais avec la renommée ce point commun est devenu moins fort. Ömer écrivait avant des livres engagés sur les pauvres, les laissés-pour-compte … mais au fur et à mesure, il a suivi les goûts du public et a commencé à écrire des bleuettes sans aucun intérêt. Il est devenu alcoolique (plus ou moins) et n’arrive plus à écrire. Il s’est mis dans la tête de retrouver sa voix ou une voix en voyageant. Il se retrouve à la gare routière d’Ankara lors d’un attentat. Il fait alors la connaissance de Zelal et Mahmut, deux Kurdes en fuites. La première fuit une sentance de mort déclarée par sa famille car elle s’est retrouvée enceinte à la suite d’un viol (in extremis son père l’a aidé à s’enfuit). Le garçon fuit lui les montagnes où il s’est retrouvé à la suite de plein de malheurs. Il faisait des études de médecine pour lesquelles sa famille entière s’est sacrifiée et s’est fait virer pour avoir été fière de son origine kurde. Zelal vient de se faire tirer une balle dans le ventre, son bébé est mort. Ömer va aider les amoureux. En échange ceux-ci lui conseille de partir dans les montagnes kurdes pour retrouver une voix. C’est ce qu’il fait. Tout au long du livre, on va suivre le périple d’Ömer mais aussi la vie (et surtout le passé qui va les rattraper) de Zelal et Mahmut.

Au même moment, alors qu’Ömer part à l’Est, Elif part à l’Ouest en Scandinavie pour deux congrès scientifiques. C’est une femme froide qui est motivée uniquement par son ambition de devenir de plus en plus connu pour ses travaux. C’est le personnage qu’on a le plus de mal à comprendre à mon avis car elle ne montre aucune faille, aucune faiblesse (la seule que j’ai repéré c’est qu’elle se sent diminuée par rapport aux scientifiques des autres pays comme si elle avait toujours quelque chose à prouver). De passage en Scandinavie, elle en profite pour aller voir son fils qu’elle considère comme un fuyard de la vie. En effet, quand il était jeune, il a très mal vécu la renommée de ses parents et eux ne supportaient pas son côté nonchalants : ils le voulaient combattifs et militants. Après s’être fait renvoyé de l’école, ils l’ont plus ou moins obligés à être photographe de guerre en Irak alors qu’il n’en avait pas envie. Il en est revenu traumatisé et a préféré fuir dans une île norvégienne, que tous les trois ont visité il y a longtemps. Là il a trouvé le bonheur avec Ulla dans un monde protégé où il ne voit pas la misère du monde. Manque de chance, la première fois qu’il emmène Ulla, avec qui il a eu un petit Björn, en Turquie, celle-ci est tuée lors d’un attentat suicide. Elle n’était jamais sorti de son île. La violence du monde a rattrapé Deniz qui s’est re-réfugié dans son île dans laquelle il essaye de retrouve de retrouver un peu de sérénité. Sa mère ne comprend pas son désir d’avoir une vie pépère et va essayer de le faire changer d’avis lors de ce voyage.

Ce résumé en dit très peu malgré les apparences sur ce livre qui est très très riche. J’ai mis un certain temps à l’apprivoiser à cause d’une écriture différente et nouvelle pour moi . Cependant, une fois fini, il en ressort que c’est un livre qui m’a fait réfléchir parce que l’auteur ne considère pas le lecteur comme quelqu’un de bête. Elle ouvre des pistes sur la question kurde, sur ce que l’on peut attendre du militantisme, de la présence de la violence du monde, qui ne touche pas seulement le Moyen-Orient, de la relation à l’étranger, et même sur un plan personnel de la vie de famille, du bilan d’une vie … mais jamais elle ne conclu pour le lecteur. Je crois que c’est ce qui m’a particulièrement plu dans ce livre ; c’est cette vision intelligente du monde et de la vie.

Pour tout dire, ce livre a quand même un défaut qui m’a dérouté et parfois agacé. D’une phrase à l’autre, on peut passer du je au il/elle pour parler du même personnage.

En conclusion, si vous le lisez, ne vous découragez pas. Vous en retirerez forcément quelque chose !

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Références

Parole perdue de Oya BAYDAR – traduit du turc par Valérie Gay-Askoy (Phébus, 2010)