Quatre livres sur la lecture

Je ne pouvais pas faire titre plus racoleur, non ? Quand je lis des romans un peu difficile, qui me font réfléchir ou qui nécessitent beaucoup de mon attention, j’ai besoin de couper avec des livres « faciles » ou « doudou ». Ils sont souvent suffisamment courts pour être lu en une soirée. J’ai plusieurs moments dans la semaine pour lire : les transports, le matin, sont réservés aux lectures courantes (cela reste l’endroit où je lis le plus), le midi est réservé à la lecture des journaux (ou au visionnage de vidéos You Tube sur les livres en allemand, en anglais ou en français), les transports (le soir) sont réservés au livre audio, le soir est réservé aux lectures « faciles » dont je vous parlais, le week-end est réservé aux lectures, qui commencées la semaine, me demande plus d’attention que celle que je peux leur accorder dans les transports. Cela donne un sac à main avec un liseuse et un livre au cas où, plusieurs livres commencés en même temps mais la plupart du temps j’arrive à me débrouiller.

Ce billet va donc vous parler de quatre livres que j’ai lu récemment, tous ayant des sujets relatifs à la lecture : écrivains, libraires, bibliothèques, lecteurs y sont foison.

EntrerDansDesMaisonsInconnuesChristianGarcinOn va commencer par Christian Garcin dont nous parlions dans le précédent billet. Je suis sûre que ce livre ne vous avait pas échappé lors de vos dernières descentes en librairie.

Ce livre reprend de courtes nouvelles déjà parues séparément. Christian Garcin imagine les plus grands écrivains dans les moments les plus ordinaires, avant (le plus souvent, la première nouvelle sur Stendhal en est un excellent) ou après qu’ils soient connus (Faulkner lors qu’il a appris qu’il allait recevoir le prix Nobel).

C’est un peu comme dans la série Code Quantum en fait. Christian Garcin a vécu chacun de ces moments avec les différents auteurs (on va de 1842 à 1987) et vous les raconte de manière à ce que vous soyez dans leur intimité. Il vous donne une autre image d’eux, une image de proximité (familiale) qui vous les rend tous très proches. En quelques pages, l’auteur croque une scènette, vous permettant d’être à Prague avec Kafka, au coin du feu avec Faulkner, dans un gymnase avec Mishima.

Certaines nouvelles sont plus faibles à mon avis, le problème étant que parfois je ne connaissais pas les auteurs et donc je ne pouvais pas reconnaître les allusions que pouvaient faire Christian Garcin (les écrivains, sujets des nouvelles, sont alors un peu comme monsieur tout le monde et donc un peu moins intéressants). Par contre, à chaque nouvelle, j’ai admiré l’art de la brièveté de l’auteur. Aucune nouvelle n’est longue mais toutes forment des histoires entières.

LireVivreEtReverLe deuxième livre est un recueil de texte, écrit par des auteurs français, racontant leur(s) libraire(s) et leur(s) librairie(s). C’est le pendant français d’un livre paru il y a quelques années La librairie de la pomme verte (paru aux mêmes éditions Les Arènes), où les auteurs américains racontaient leurs librairies. La plupart des auteurs sont extrêmement attachants, racontent leurs souvenirs d’enfance, leurs moments d’égarement dans ces lieux de purs bonheurs.

J’ai trouvé que deux auteurs respiraient la suffisance et le mépris (un particulièrement). Beaucoup parlent de leurs histoires avec la librairie (en particulier leur première librairie) mais peu parlent de leurs librairies d’aujourd’hui (achètent-il encore des livres ?). C’est ce qui m’a gêné. Un auteur dit un moment qu’on ne parlerait pas des libraires s’ils n’allaient pas disparaître. Ces auteurs semblent parler de lieux déjà morts ou en train de mourir. Cela ne respire pas la joie de vivre mais plutôt la nostalgie (alors que typiquement, c’est le livre qui me remonte le moral normalement).

Ce recueil a le mérite de faire découvrir des auteurs qui par leur attachement sincère dans leurs relations avec les libraires et les librairies donnent envie de lire leur production (j’ai noté Philippe Fusaro entre autre). Ainsi, certains textes donnent à une certaine proximité avec leurs auteurs.

Dans l’ensemble, il n’y a rien de très nouveau sous le soleil. J’ai cependant trouvé que la liste des librairies citées, en fin de livre, était une très bonne idée.

LireCEstVivrePlusJe vous parlais du troisième livre dans le précédent billet. C’est un recueil de six textes écrits par des personnes que je ne connaissais pas du tout (David Collin, Christian Garcin, François Gaudry, Alberto Manguel (bon lui, si un peu), Claude Margat, Lambert Schlechter, Catherine Ternaux). Pour le coup, ici, vous en avez pour vos deux euros ! Chacun livre sa réflexion, toujours personnelle, sans clichés, sur le thème du recueil « Lire c’est vivre plus », de manière plus ou moins proche mais tous y reviennent. Ici, cela respire l’amour des livres et de la lecture, la passion du texte et de l’édition. J’ai déjà parlé des deux premiers textes mais, par exemple, le texte de François Gaudry sur la traduction de Don Quichotte est édifiant en vous montrant les nuances qu’apportent chaque traducteur à un texte.

En plus d’écrire un texte sur le thème donné, chaque auteur a proposé ses citations sur le thème de la lecture. J’en avais déjà lu très peu, elles sont prises dans des classiques ou dans des livres récents mais je les ai toujours trouvées extrêmement bien choisies.

Exemples :

Privé de lecture, je serais réduit à n’être que ce que je suis. L’enfant des limbes de J. -B. Pontalis (2001)

La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir, mais pour se trouver. Carnet du vieil écrivain de Jean Guéhenno

Rapport qualité / prix, c’est clairement le meilleur livre que je vais vous présenter : réflexions intelligentes, citations à profusion !

Le quatrième livre est très bon aussi mais au niveau rapport qualité/prix, ce n’est pas cela (17 euros pour 64 pages).

UneEtrangeBibliothequeHarukiMurakamiÇa, c’est si vous non plus, vous ne mettez jamais les pieds en librairies. Comme vous n’y êtes pas obligés, je vais vous décrire l’objet. J’avais déjà repéré ce titre en anglais mais le livre était dix fois moins beau. Ici, il est édité sur du papier, comme celui utilisé pour les comics, plein d’illustrations d’une artiste allemande, avec une couverture cartonnée… C’est donc un bel objet livre.

Il s’agit d’une nouvelle de Haruki Murakami, où l’on suit un jeune garçon, grand lecteur, qui se retrouve enfermé dans sa bibliothèque de quartier, non qu’il l’ai souhaité mais parce qu’on le maintient prisonnier pour des raisons que je vous laisse découvrir. Comme pour le livre de Christian Garcin, j’ai admiré l’art de Murakami d’emmener son lecteur dans son univers, et ce très rapidement. Les dessins, nombreux, illustrant la nouvelle sont toujours à propos et correspondent à l’action de la page (ce qui n’est pas toujours le cas pour les livres illustrés) et surtout correspondent à l’univers du texte. C’est une heure de dépaysement totalement garantie.

Je précise que je n’ai jamais lu aucun Haruki Murakami, et donc je ne peux pas vous le situer par rapport à ses autres livres.

Références

Entrer dans des maisons inconnues de Christian GARCIN (éditions Finitude, 2015)

Lire, vivre et rêver – Collectif sous la direction d’Alexandre Fillon (Les Arènes, 2015)

Lire c’est vivre plus – Collectif sous la direction de Claude Chambard (L’Escampette édition et région Poitou-Charentes, 2015)

L’étrange bibliothèque de Haruki MURAKAMI – traduit du japonais par Hélène Morita (Belfond, 2015)

Un Pélerin d’Angkor de Pierre Loti

J’ai été aujourd’hui à l’exposition Angkor, la naissance d’un mythe au musée Guimet, à Paris (parce que c’est juste à côté de l’institut Goethe). J’avais lu pour préparer ma visite le hors-série édité par Beaux-Arts et aussi le récit de voyage de Pierre Loti, ayant pour cadre sa visite aux temples khmers en 1901.

WP_000038 (2)Partie supérieure de la restitution de la tour du Bayon (photo prise par moi-même, au musée Guimet, le 11 janvier 2014)

Pour vous situer dans l’époque, les temples « khmers » ont connu un grand succès au niveau du public grâce à l’énergie de Louis Delaporte, en 1873, qui a ramené des moulages des sculptures des temples, des statuts, des aquarelles… (qui sont magnifiques, même si les décors autour des temples ne sont pas réalistes). C’était le thème de l’exposition au musée Guimet (les temples avaient été redécouvert quelque temps avant pour les occidentaux, les orientaux n’ayant jamais perdu leurs traces). Le Cambodge est dès lors apparu dans les expositions universelles, les revues où étaient racontées les voyages des explorateurs. Pierre Loti (qui je le rappelle était l’écrivain favori de ma grand-mère), quand il était enfant, dans sa maison de Rochefort, avait son musée personnel, où il avait « réuni beaucoup de coquillages, d’oiseaux des îles, d’armes, de parures océaniennes, tout ce qui pouvait [lui] parler de pays lointains ». C’est dans ce musée qu’il a lu le récit d’un voyage à Angkor, et surtout a vu des images qu’ils l’ont marqué pour la vie. En 1901, matelot (mais aussi homme de lettres), il profite d’une permission pour aller découvrir les temples. Il nous raconte dans ce texte, sa remontée depuis Saïgon, vers les temples khmers, sa découverte des temples et son retour vers Saïgon.

Pierre Loti est un homme de terrain et de réflexion. Cela se sent dès le début du texte. Tout en décrivant précisément les variations de faunes et de flores dans son voyage vers Angkor, il nous décrit en passant dans les villes son sentiment sur le colonialisme, et particulièrement le colonialisme français (on peut même dire qu’il était un peu visionnaire). Il nous parle aussi de sa découverte des autochtones.

Quand il arrive à Angkor, il est submergé par la beauté du site. Il découvre les restes de la culture khmers, et c’est bien de reste et de ruines dont on parle à cette époque-là. Cela entraîne Pierre Loti sur la réflexion de ce qu’était cette civilisation, de ce qu’elle était capable de faire à l’époque et surtout de ce qu’il en reste. Pourtant, Pierre Loti continue à être. Il part en exploration seule pour se donner le temps d’assimiler. Il est énormément quand même dans le contemplatif. Il souhaite s’imprégner (il n’utilise pas d’appareil photo pour se rappeler lui). Il est cependant moins descriptif que pendant son voyage (en tout cas il rentre moins dans les détails).

Le retour est un retour sévère à la réalité du monde. On pourrait même dire à la médiocrité du monde. C’est la fin de cette parenthèse enchanteresse.

Alors que dans certains livres de Pierre Loti le style est vieilli, ici, ce n’est pas du tout le cas. Le langage est enchanteur et évocateur, précis dans la description tout en laissant place à l’imagination et aux rêves.

Une très bonne découverte.

Références

Un Pélerin d’Angkor de Pierre LOTI (éditions Kindle)

Un siècle de littérature française – Année 1912

Chienne de vie ! de Ma Jian

Le point de vue des éditeurs

Au cours de la révolution culturelle, Monsieur Xu, professeur de dessin, a connu la déchéance et payé d’exclusion son « droitisme ». Dix ans ont passé. Le narrateur, son ancien élève, est en route vers celui qui demeure, dans sa mémoire, un maître adulé et haï …

Lorsque parurent ses nouvelles « tibétaines », La Mendiante de Shigatze, Ma Jian avait étonné par l’audace et l’efficacité de ses descriptions. Cette fois, c’est la violence de ses aveux qui fascine. A petites touches furtives, parfois coupables jusqu’à la nausée, une confession prend forme. La trahison, la corruption d’un idéal, la profanation que le temps inflige à la pureté des premiers élans – tel est, sous la critique du régime chinois, le véritable sujet de ce livre. Et c’est ici composé avec un sens de « l’impressionnisme » narratif qui révèle un écrivain dans le plein éclat de son talent.

Mon avis

J’ai été un peu déçue par ce court récit de 60 pages. J’ai choisi ce livre à la bibliothèque parce qu’il était court, que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de littérature chinoise et surtout parce que le résumé m’intéressait (je ne choisis pas les livres qu’au hasard) : je voulais savoir ce que c’était exactement que la révolution culturelle (je ne sais déjà pas si il faut des majuscules). Je n’ai pas vu. J’ai surtout comment un garçon, qui avait une certaine sympathie pour son professeur, a pu se laisser entraîner par un effet de groupe à le « dénoncer », à la mépriser et à le brutaliser. Cela a eu des conséquences particulières puisque le professeur a été déporté. Il ne me semble pas que cela soit particulier à la révolution culturelle chinoise et du coup, ma curiosité n’a pas été satisfaite.

Le deuxième point est que « l’impressionnisme » m’a assez dérouté : j’avais du mal à savoir si on était pendant la jeunesse du narrateur ou pendant sa vie d’adulte, quand il revient voir son professeur.

C’est donc une rencontre mitigée avec cet auteur mais je vais tenter les nouvelles « tibétaines » tout de même.

Références

Chienne de vie ! de MA Jian – récit traduit du chinois par Isabelle Bijon (Actes Sud, 1991)

Première parution en chinois en 1984.

La Fleur bleue du jacaranda de Parijat

Quatrième de couverture

Ce roman, lors de sa parution au Népal en 1965, fit scandale. L’auteur, une jeune femme – chose extraordinaire en soi – osait par surcroît se mettre dans la peau d’un soldat d’âge mur, cynique et désespéré, qui, revenu d’une guerre sans gloire, s’éprend de la sœur de son seul ami. Jugé décadent et vulgaire par certains – que choquèrent la description des expériences sexuelles du narrateur, tout autant que les cheveux coupés et l’attitude « libérée » de l’héroïne – le livre fut finalement reconnu comme un chef-d’œuvre et marqua pour son auteur les débuts de sa célébrité. Le lecteur français découvrira ici un monde inconnu, une société où l’illettrisme est une condition ordinaire, où s’engager dans l’armée est un sort enviable, perdre un bras ou une jambe à la guerre aussi, puisque cela assure une pension et donc la survie, où tuer est une gloire. Un monde où se côtoient cynisme et sentimentalité, et qui se situe à l’opposé de la vision assez mièvre que l’on a généralement du Népal en Occident.

Né à Darjeeling en 1937, et installée dès 1954 à Katmandou, où paralysée depuis l’enfance, elle est morte en 1993, la romancière et poétesse Parijat est considérée comme le plus grand écrivain népalais et certainement le talent le plus novateur de la littérature de son pays. Elle a laissé une œuvre abondante, très influencée par ses idées progressistes et féministes.

Mon avis

Autant le dire tout de suite, le côté sulfureux, pour nous, lecteurs occidentaux, ne se voient pas (l’époque et le lieu joue). Cependant, cette histoire d' »amour » est très sympa à lire et nous apprend beaucoup de choses sur le Népal.

Comme il est dit dans la quatrième de couverture, le livre est centré sur deux personnages assez atypiques. On a un homme, un ancien soldat, de 46 ans, célibataire, alcoolique, sans famille et une jeune femme, malade (et qui reste à la maison), intelligente (elle veut poursuivre des études supérieures, ce que son grand frère l’encourage à faire), avec des idées très « féministes » et très tranchées sur l’amour. Le point de vue de l’ancien soldat est assez classique : au début, il n’aime pas la jeune fille puis en tombe amoureux à mourir. Il alterne entre les sentiments de jalousie, de mésestime de soi, de rejet de son sentiment. On suit tout cela de très près puisque c’est le narrateur. On voit aussi évoluer la jeune fille qui va avoir, de mon point de vue, du mal à concilier ses idées avec son intérêt pour le soldat. En tout cas, j’ai interprété ses réactions comme de l’amour (elle le taquine quand même beaucoup). Finalement, celle que l’on va croire la plus forte s’avèrera la plus faible. Il y a quand même un côté très frustrant d’avoir ce portrait féminin à travers les yeux u yeux car elle me semble de loin être le personnage le plus complexe et le plus à même de nous expliquer à la fois ses sentiments contradictoires et la société népalaise de l’époque.

Bien sûr, ce livre permet aussi de découvrir, même si il n’y a pas de descriptions à proprement dit, la société népalaise, en tout cas un portrait d’une certaine frange de la société népalaise, loin des stéréotypes (bon, d’un autre côté mes idées stéréotypées, j’en avais perdu une partie quand le prince avait décimé la famille royale en 2001). Je ne m’étais pas rendue compte que c’était une structure de société assez proche de la société indienne (ils sont voisins vous allez me dire mais naïve comme je suis je croyais que c’était plutôt comme au Tibet).

Ce roman est un des romans fondateurs de la littérature népalaise moderne comme l’explique l’avant-propos de la traductrice :

Dans ce pays riche en tradition orale, et où la rédaction de poèmes était autrefois un passe-temps royal, recueils de contes et de poésie ne manquent pas. La littérature écrite en langue népali s’est développée tardivement, après l’unification nationale au XVIIIième siècle par un roi hindou, ancêtre de la dynastie actuelle. C’est à cette époque que le népali, ou gurkhali, d’origine sanskrite, s’est imposé comme la langue de l’unité nationale devant le néwari, langue tibéto-birmane de la vallée de Katmandou, et la trentaine de dialectes parlés par les différentes ethnies du pays. Les hautes castes d’origine indienne ont longtemps monopolisé la culture littéraire : la plupart des textes, rédigés en sanskrit, étaient religieux ou politiques. Si la poésie a une longue tradition au Népal, la prose, elle, ne s’est véritablement développée qu’à partir des années trente, et l’essor du roman et de la nouvelle, genre très prisé aujourd’hui, date des annéessoixante. Sous l’emprise de la censure, la littérature est longtemps conservatrice et très conventionnelle. Prises de conscience politique, ouvertures aux influences occidentales, modifications profondes de la société traditionnelle, condition de la femme, ont formé le terreau du roman moderne, et le processus de démocratisation du pays enclenhé en 1990 a contribué à la liberté d’expression.

La publication de Shirish ko phul (La Fleur bleue du jacaranda) en 1965 a marqué un tournant radical dans cette évolution : pour la première fois, un roman, écrit par une femme issue d’une caste pauvre et bouddhiste, était voué non à l’apologie de la société traditionnelle hindoue, mais au contraire à la dénonciation de ses normes inhumaines.

Références

La Fleur bleue du jacaranda de PARIJAT – traduit du népali par Corinne Atlan (Stock / Nouveau Cabinet Cosmopolite, 1998)

Trois nouvelles coréennes

Quatrième de couverture

On ne reçoit en France que de trop parcimonieux échos de l’effervescence créatrice qui agite la Corée depuis la chute de la dictature, il y a une vingtaine d’années. Le cinéma coréen, dont les écrans français donnent de temps à autre un aperçu, fournit de saisissants témoignages de cet audacieux dynamisme, que connaît aussi la littérature, notamment dans le domaine des nouvelles longues.

Les trois textes réunis dans ce recueil saisissent sur le vif un quotidien très contemporain, celui des auteurs, tous nés après 1970 ; ils affichent aussi un goût prononcé pour la dérision et des situations au burlesque parfois déjanté.

Deux pied-nickelés se retrouvent emprisonnés à l’intérieur de la chambre forte qu’ils étaient en train de dévaliser et attendent que la police vienne  les délivrer ; un chanteur frustré incapable de chanter en rythme dans la chorale de son lycée se met à courir les karaokés pour enregistrer les voix de casseroles ; enfin, « J’étais un maquereau », de Kim Tae-yong, qui donne son titre au volume, est aussi la première et unique phrase que s’avère capable d’écrire un homme subjugué par la page blanche… Ou comment se faire une idée de la Corée contemporaine.

Mon avis

J’ai sûrement été conditionné par la quatrième de couverture et surtout que je lis peu de littérature asiatique mais j’ai trouvé justement que ces trois nouvelles étaient très différentes de ce que l’on pouvait lire d’habitude. Généralement, il y a une manière de raconter qui est différente par rapport à des littératures occidentales (française ou autres). Ici, ce n’est pas le cas en tout cas pour le mode de la narration et pour la première nouvelle du recueil.

Les trois nouvelles ont à mon avis un point commun : le désenchantement. Chacun des personnages n’attend rien de sa vie (les braqueurs bras-cassés, le vieux qui était maquereau ; même le copain du gars qui chante faux, à quarante ans, est déjà blasé). Le héros de la deuxième nouvelle a atteint son objectif en montrant à ses camarades que l’on peut survivre en chantant faux et on se demande : et après ? Il a attendu vingt ans pour réaliser cela et a orienté toute sa vie là-dessus. Dans la première nouvelle, on a à faire avec deux bras-cassés qui ont ouvert un coffre d’une banque un vendredi soir avec l’aide d’une pauvre fille. Malheureusement, la porte se referme par accident. Les trois se se retrouvent enfermer tout le week-end dans le coffre. Les deux garçons qui ont un casier ne sont pas trop d’illusions sur le sort mais la jeune va être prête à tout pour s’en sortir, quitte à se vendre. L’auteur nous présente cela comme quelque chose de « normal », ou plus exactement de « pas si grave ». Ils sont blasés. La troisième nouvelle est la plus triste et la plus réussie aussi. Le vieux, le maquereau, ne sait ni lire ni écrire ; la jeune fille qui s’occupe de lui va lui apprendre. Il va dès lors se retrouver comme bloquer sur son passé (qu’il nous raconte au travers du prisme de la figure du père et d’un livre) car il n’arrivera pas à la coucher sur le papier (il n’arrive pas à s’en décharger). Je ne vous parle pas de la jeune fille qui couche avec le vieux.

Finalement, je m’interroge sur ce que je dois penser de la Corée d’aujourd’hui (ne regardant pas beaucoup de films, je ne peux même pas me baser sur une quelconque culture cinématographique). Je vous demande donc conseils : quels sont vos expériences avec la littérature coréenne ? Avez-vous ressenti la même chose ?

Références

Recueil de trois nouvelles :

  • Prisonniers de la chambre forte de Kim EON-SOO
  • D le décalé de Kim JUNG-HYUK
  • J’étais un maquereau de Kim TAE-YONG

Les trois nouvelles ont été traduites dans le cadre des ateliers de traduction organisés par l’Institut coréen de la traduction littéraire.

Éditions Cartouche, 2011

La bonne fortune de monsieur Ma de Qiu Xiaolong

Quatrième de couverture

« C’est une invention bien connue de conspirer contre le Parti avec des romans », a dit le président Mao. Un précepte que méditent les habitants de la cité lorsque monsieur Ma, le libraire, est arrêté un soir de l’hiver 1962. Son crime ? Posséder dans ses rayons un roman étranger à propos d’un certain docteur russe. Sa peine ? Trente ans d’emprisonnement pour « activités contre-révolutionnaires ». Vingt ans plus tard, Ma est libéré. La Révolution culturelle est loin, Mao est mort, les autorités encouragent l’initiative privée. Que pourrait faire le vieux Ma après tant d’années de prison ? Contre toute attente, son nouveau commerce est un succès. Une reconversion à mille lieues de la littérature. Quoique …

Mon avis

Lecture découverte grâce à Michel Sender. Merci à lui !

Je suis bien embêtée pour parler de ce livre parce que la quatrième de couverture dit tout (l’histoire à mon avis n’est pas si importante, c’est pour ça que je l’ai reprise), parce que je n’ai jamais lu Qiu Xiaolong (et pourtant c’est pas faute de l’avoir vu en librairie) et encore moins son recueil Cité de la poussière rouge (le livre est une nouvelle de la même inspiration que celles du recueil, apparemment).

C’est donc un livre très court, en réalité, une nouvelle de soixante pages. Vous vous doutez que ce qui m’a parlé c’est le libraire et les lecteurs. Le libraire est de ceux qui vous laissent lire les livres dans la librairie, qui voit le métier de libraire comme un métier de passeur, d’autant plus que le monde « extérieur » à la librairie est troublé. Ses lecteurs lui en sont infiniment reconnaissants, notamment un jeune homme, qui a lu toutes les enquêtes de Sherlock Holmes (encore lui) dans la librairie sans les acheter. Il décide d’enquêter lorsque monsieur Ma est arrêté. On découvre alors un homme qui vit par et pour les livres.

La deuxième partie, celle d’après la libération, je l’ai surtout vu comme une sorte de clin d’œil où finalement les lecteurs forment une communauté silencieuse qui s’entraide, alors que les autres ne comprennent pas. Pour tout dire, là c’est un peu mon interprétation de lecture mais j’ai aimé le voir comme ça, aimé penser que finalement le libraire est un homme sage qui part toutes ses lectures sait voir le monde.

Vous vous doutez que j’ai aimé me plonger pendant une heure dans ce récit trop court. L’impression que l’on a en fermant le livre c’est surtout une impression de mode révolu, de monde suranné. Le rythme est lent et doux (le décalage est frappant si on considère que l’on nous parle de l’arrestation d’un homme qui a le malheur de vendre un livre).

Un beau moment de lecture.

Références

La bonne fortune de monsieur Ma de Qiu XIAOLONG – traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Battle (Lina Levi / Piccolo, 2011)

La bête aveugle de Edogawa Ranpo

Quatrième de couverture

« Il y avait quelque chose de troublant à vous donner le frisson que de voir un homme, ne disposant que du toucher, admirer la statue nue de la femme qu’il aime. Ses cinq doigts, menaçants comme les pattes d’une araignée, rampaient à la surface du marbre poli. L’homme s’attarda longtemps sur les lèvres semblables à des pétales de fleur. Puis les paumes caressèrent le reste du corps, la poitrine… le ventre… les cuisses… »

Un masseur aveugle, fasciné par la perfection du corps féminin, entra6ine ses victimes de rencontre dans des mises en scène cruelles et perverses où les plaisirs sensuels et les amours troubles deviennent très vite des jeux douloureux. Caresses raffinée pour les plaisirs extravagants d’un esthète qui célébrerait l’art dans un monde beauté purement tactile.

Mon avis

J’avais dit que je découvrirais Ranpo Edogawa à la suite de ma lecture du premier tome du manga Détective Conan et c’est chose faite. Pour le coup, j’ai été vraiment estomaquée (mon estomac a été en fait très retourné tellement c’est un récit pervers et dérangeant). Ce n’est pas un roman policier au contraire de ce qui est dit sur la quatrième de couverture : il n’y a pas de véritable description de l’enquête, il n’y a pas non plus de policier ni de détective. Par contre, je dirais que c’est comme un thriller avec du roman très très noir ; vous suivez la démarche d’un psychopathe obsédé par l’esthétisme et le corps des femmes tout de même (et même le moment où il découpe les femmes et comment il disperse les morceaux tout en observant la réaction des gens). Un mois après ma lecture, je me rappelle encore l’angoisse et le dégout que j’ai ressenti à la lecture.

Ranpo Edogawa vivait au Japon dans la première moitié du vingtième siècle. Le récit date de 1931. C’est ce qui m’a fasciné : la modernité du récit (un auteur contemporain aurait pu écrire cela je pense et encore, il y a peut être plus d’autocensure dans la littérature d’aujourd’hui, moins dans les films je pense) et le décalage que je suppose avec le Japon de l’époque. Cela a du choqué un peu tout de même.

La libraire en avait un autre d’occasion, du coup je l’ai pris pour le lire (comme je disais à Niki, c’est pas comme ça que je vais faire baisser ma PAL).

Références

La bête aveugle de EDOGAWA Ranpo – traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle (Picquier Poche, 1999)

Notes de ma cabane de moine de Kamo No Chômei

Présentation de l’éditeur

En 1204, Kamo no Chômei (1155-1216), fils d’un prêtre de la cour de l’Empereur, dit adieu au monde et se fait moine bouddhiste. Il se retire bientôt dans un minuscule ermitage qu’il s’est édifié à Hino, où il passera les huit dernières années de sa vie. C’est là qu’il rédige les Notes de ma cabane de moine, récit autobiographique décrit par Claudel comme un « mémorial plein de fraîcheur et de sentiment que l’on pourrait comparer à Thoreau ».

La traduction, écrite dans une belle langue classique, est celle du Révérend Père Sauveur Candau qui vécut plus de trente années au Japon.

L’étude de Jacqueline Pigeot, placée en postface, apporte toutes les clés nécessaires pour approfondir la lecture de ce texte émouvant.

Premiers paragraphes

La même rivière coule sans arrêt, mais ce n’est jamais la même eau. De-ci, de-là, sur les surfaces tranquilles, des taches d’écume apparaissent, disparaissent, sans jamais s’attarder longtemps. Il en est de même des hommes ici-bas et de leurs habitations.

Dans la belle capitale, les maisons des nobles et des pauvres se succèdent dans un alignement de tuiles ; elles semblent durer des générations entières. En est-il vraiment ainsi ? Non ; de fait, il y en a bien peu qui soient encore ce qu’elles étaient autrefois. Ici, c’est une maison détruite l’an dernier et reconstruite cette année, là, une luxueuse demeure ruinée devenue une maisonnette. Il en va de même pour les gens qui les habitent. Les lieux ne changent pas ; il semble qu’il y ait toujours autant de monde ; mais en fait, sur les vingt ou trente personnes que j’y ai vues autrefois, à peine en trouverais-je une ou deux. Les uns meurent un matin, qui sont remplacés le soir par de nouvelles naissances. Exactement comme l’écume qui paraît et disparaît sur l’eau.

Mon avis

J’ai pris ce livre à la librairie à cause du titre qui me plaisait beaucoup parce qu’il faisait un peu étrange. Je n’avais même pas lu que c’était un texte japonais classique du douzième siècle. Franchement, on ne le dirait pas. Dans cette édition, on entre de suite dans le texte. On voit un homme, Chômei, au crépuscule de sa vie, nous la retracer mais pas du point de vue de sa propre vie, ni de l’histoire de son pays (ou très rarement) mais uniquement du point de vue de ses observations (il est toujours extérieur au monde). Cela donne à ce texte une très grande modernité, je pense accentuer par l’excellente traduction qui rend le texte limpide. On ne peut que se joindre aux observations universelles sur le temps qui passe, sur la condition humaine … On sourit quand il explique que là où il vit il est très heureux puisqu’il ne s’occupe que comme il le souhaite, qu’il préfère être son propre esclave (pourquoi « esclavagiser » un animal quand on peut utiliser ses pieds).

Après cette première lecture, vous rentrez ensuite dans l’étude Jacqueline Pigeot, placée en postface, extrêmement savante (en tout cas pour certains passages dans mon cas) mais qui est très éclairante sur la vie de Chômei, sur le contexte historique, religieux, sur la langue et la littérature de l’époque. Au fur et à mesure, que vous avancez dans la postface, vous vous rendez compte que votre lecture du premier texte n’était pas complète, que vous ne pouvez pas avoir tout compris et que certains éléments vous ont échappé, que même la personne de Chômei, qui vous avait paru simple et brillant, était un personnage très complexe et surtout comme sa pensée s’est forgée.

Finalement, vous refermez le livre en vous disant que ce petit texte (et surtout dans le cas de cette édition) est beaucoup plus dense que ce que son faible nombre de pages pouvait vous le laissez supposer au départ.

Références

Notes de ma cabane de moinde de Kamo No Chômei – traduit du japonais et annoté par le Révérend Père Sauveur Candau – postface de Jacqueline Pigeot (Le bruit du temps, 2010)

À noter la parution au même moment d’un texte du même auteur chez le même éditeur : Notes sans titre – propos sur les poètes et la poésie – traduit du japonais et annoté par le groupe Koten, préface de Michel Vieillard-Baron

La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino

Quatrième de couverture

Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas…

Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner.

Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L’entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…

Keigo Higashino compose avec La Maison où je suis mort autrefois un roman étrange et obsédant. D’une écriture froide, sereine et lugubre comme la mort, il explore calmement les lancinantes lacunes de notre mémoire, la matière noire de nos vies, la part de mort déjà en nous.

Mon avis

Je remercie Lewerentz de m’avoir offert ce livre que j’ai beaucoup, beaucoup aimé. C’était aussi un des coups de cœur de ma libraire et puis il y avait quand même quelques avis sur les blogs. Je l’avais bien repéré, j’avais décidé de le garder dans ma PAL de voyage et puis comme mon voyage a été retardé, je l’ai lu quand même. Je l’ai lu de manière compulsive en une journée (la copine de mon frère l’a lu aussi et visiblement a eu le même type de lecture : vous êtes prévenu). L’intrigue est bien menée (ou maîtrisée) et on a toujours envie de savoir ce qu’ils vont découvrir de plus dans la maison. C’est à mon avis le point fort du livre : les déductions sur le passé de Sayaka à partir des éléments laissés dans la maison.

L’écriture m’a rappelé Disparitions de Natsuo Kirino que j’ai lu il y a quelques mois : une impression de vide. En réalité c’est une écriture très froide, c’est-à-dire qui ne fait qu’effleurer les sentiments : on les sent mais ils ne sont pas décrits. Cela change beaucoup de mes lectures habituelles.

Comme je n’ai pas grand chose de plus à dire sur ce roman, je vais quand même vous livrez mes impressions au cours de la lecture. J’ai appris que j’étais quelqu’un de tordu, mais vraiment. À chaque nouvel élément trouvé, je m’imaginais le pire alors que les personnages déduisaient des trucs absolument normaux, tout à fait plausibles. Par exemple, pour moi, il était évident que le garçon était mort jeune, d’une mort absolument horrible, comme un meurtre sanglant, mais pour eux, pas du tout : il n’est pas forcément mort et si il est mort jeune, cela peut tout simplement être un accident.

Je me suis demandé aussi l’utilité que pouvait avoir Les experts (ceux de la série) parce que l’ancien petit ami, avec une logique de maître de conférence de physique, arrive à tout comprendre par simple déduction (même Sherlock Holmes ne fait pas si bien c’est pour dire), sans téléphone portable, sans électricité, sans ordinateur, sans internet, sans rien, juste avec son cerveau et sans expérience. C’est vraiment impressionnant de logique, qui m’a laissé admirative plus d’une fois. Tout ça pour insister sur le fait que la construction est très maîtrisée : les éléments sont amenés progressivement (vous n’avez pas un gros tas d’indices à démêler tout au long du roman), ce qui fait que l’envie de savoir et de comprendre (en gros d’aller directement à la dernière page) devient de plus en plus grande.

Comme je vous le disais, il y a d’autres blogueurs qui l’ont lu : Dominique (the never ending blog), Paul Arre, Virginie, Emeraude, Sophie, Eskalion, Michel, Claude, …

N’hésitez pas à me signaler d’autres avis car je suis persuadée en avoir vu d’autres !

Références

La Maison où je suis mort autrefois de Keigo HIGASHINO – traduit du japonais par Yutaka Makino (Actes Sud / Actes noirs, 2010)

Histoire de Byon Gangsoé

Présentation de l’éditeur

Joueur, voleur, buveur, Byon Gangsoé, dont le nom signifie « rigide comme le fer », jouit d’une grande santé sexuelle. Jusqu’au jour où ce vaurien vagabond rencontre une jeune veuve en exil, belle à se damner, sur qui pèse une lourde malédiction : tous ceux qui l’approchent passent de vie à trépas. Après bien d’autres, Byon ne craint pas de braver le sort. Malgré ses dons, il rejoint pourtant la cohorte de moines, saltimbanques, mendiants ou fonctionnaires qui, dans l’espoir d’une luxurieuse union et à leurs risques et périls, prêtent leur concours à de fort picaresques funérailles.

Cette histoire se passe en Corée, en des temps reculés, alors que les forces de la nature refusent toute entrave morale.

Un très grand classique de la culture coréenne enfin traduit en français, où la facétie le dispute à la gaillardise, l’insolence à la vigueur du verbe.

De réputation sulfureuse, à la paillardise bon enfant et à la poésie imprégnée de culture chinoise, ce texte anonyme transmis de siècle en siècle sous la forme orale du pansori (mimodrame chanté à unique interprète) a été fixé sous sa forme actuelle au XIXe siècle, tout comme le Chant de la fidèle Chunhyang.

L’humour noir dont il est tout entier tissé permet d’inverser le tragique de la mort en une joviale comédie. Magie des mots, alchimie de la littérature !

Mon avis

Je n’ai pas vraiment grand chose à dire de plus que l’éditeur sur ce livre à part à essayer de vous communiquez l’enthousiasme que j’ai ressenti à la lecture.

Ce n’est pas aussi débridé que l’éditeur le laisse entendre : il y a parfois un vocabulaire un peu imagé mais pas plus choquant que ça. Tout est raconté sous la forme d’un conte, mêlant à la fois la narration et les chants. L’ensemble est extrêmement moderne (dû à la traduction à mon avis) notamment au niveau du vocabulaire et de la manière de s’exprimer. Les deux traducteurs ont aussi pensé à ceux qui ne connaissent pas (comme moi par exemple) la culture asiatique, et notamment les textes anciens de Chine et de Corée. En effet, ils ont ajouté de nombreuses notes et une introduction précieuse sur tout ça (j’avoue ne pas trop avoir saisi l’importance du confucianisme et du taoïsme sur la Corée de l’époque).Cela m’a permit de me rendre du lien qui lie la culture chinoise et coréenne à travers les nombreuses références de la seconde vers la première.

Mon seul regret est que le livre est trop court, une centaine de page. J’aurais aimé continué un peu sur ce chemin mélangé de situations tragi-comiques, où alterne donc pleurs et sourires (on ne parle pas de rire quand il y a des morts). Ce qui peut consoler c’est qu’il y a un autre récit du même genre chez Zulma, c’est le fameux Chant de la fidèle Chunhyang.

Sur le site de l’éditeur, un lexique qui permet d’entrevoir les thèmes abordés dans le texte.

Références

Histoire de Byon Gangsoé – traduit du coréen et présenté par Choi Mikyung et Jean-Noël Jutter (Zulma, 2009)