Marie et Bronia – Le Pacte des soeurs de Natacha Henry

Continuons un peu sur les sciences. J’ai enfin mis la main à la bibliothèque sur ce livre de littérature jeunesse, que j’avais repéré dès sa parution, et surtout je l’ai enfin lu (parce que pour dire la vérité, je l’avais déjà emprunté une fois sans le lire). Marie et Bronia est l’histoire de deux sœurs de la fratrie Skłodowska, Marie (qui deviendra Marie Curie) et Bronia (qui deviendra Bronia Dluska).

Le roman commence en Pologne, à Varsovie, en 1860, avec la rencontre des parents de nos héroïnes. Le pays est occupé par les Russes, mais pour l’instant, Wladyslaw, professeur de mathématiques et de physique, et Bronislawa, institutrice, ne sont qu’à leur amour. Deux ans après leur mariage, un premier enfant naît. Rapidement suivront quatre autres enfants. Quatre sœurs, un frère. Malheureusement, Bronislawa tombe malade (tuberculose) alors que Marie est très jeune. Bronislawa doit vivre complètement séparé de ses enfants, pour ne pas risquer une contamination (elle reste cependant dans l’appartement familial). Bronia, la sœur, sera un peu une maman de substitution. Elle lui apprendra à lire, par exemple. Le caractère de Marie s’affirme très tôt : elle est intelligente, aime apprendre, et est très curieuse. Malheureusement, en l’espace de deux ans, elle perdra une de ses sœurs du typhus (Bronia sera malade aussi, mais guérira) et sa mère.

Après ces morts, Bronia prend en charge le ménage, tout en menant ses études. Elle souhaite être médecin pour soigner les maladies pulmonaires. Le problème est que les Russes interdisent les études supérieures aux femmes. Elle ne pourra donc pas réaliser son rêve en Pologne. En attendant, elle suit les cours de l’Université volante, qui sont des cours souvent donnés par des professeurs d’Université, et donc d’un haut niveau, dans le plus grand secret, avec des lieux de réunion changeant à chaque fois. Entre temps, Marie a eu son « bac » avec les honneurs et, elle, aussi suit ces cours secrets. Elle se passionne pour la chimie, mais ne pouvant pas accéder à un laboratoire, ses connaissances sont bien trop théoriques. Toutes les deux rêvent d’études supérieures, à la Sorbonne, où les femmes sont admises (même si pas forcément acceptées). Problème : elles n’ont pas d’argent pour aller étudier en France.

Marie va trouver la solution : sa sœur va partir en France et elle va prendre un emploi de préceptrice, pour envoyer de l’argent à sœur, pour qu’elle puisse étudier sereinement. C’est le fameux pacte des sœurs du titre.

Après quelques postes, Marie va se retrouver à enseigner à deux « adolescentes » (dont une du même âge) à la campagne. Cela se passe plutôt bien, même si Marie présente une personnalité forte et des envies de justice, qui ne sont pas forcément compatibles avec l’aristocratie polonaise de l’époque. Tout se gâte le jour où elle tombe amoureuse du fils de famille, étudiant en mathématiques : les parents se fâchent, les séparent. Marie vit son premier chagrin d’amour, qui lui font perdre toute envie de réaliser ses rêves.

De son côté, Bronia réussit très bien ses études et est même tombée amoureuse, d’un étudiant polonais, Casimir, recherché par les Russes, et qui est donc obligé de rester en France. Il a les mêmes rêves qu’elle … ils vont très logiquement se marier. Bronia est désespérée en lisant les nouvelles de Marie, et l’incite à venir tout de même à Paris. L’argent ne sera pas vraiment un problème, puisque Casimir a de l’argent devant lui. Après moult hésitations, Marie arrive enfin à Paris, pour réaliser ses rêves, et accessoirement révolutionner la science. Le livre s’arrête sur le prix Nobel de Pierre et Marie Curie, et sur l’installation, par Bronia et Casimir, d’un sanatorium en Pologne.

L’auteure se focalise donc sur le parcours des deux sœurs, tout ce qu’elles ont dû faire, subir, pour pouvoir réaliser leur rêve. Le livre est extrêmement positif, mais réaliste, dans le sens où Marie Curie n’est pas peinte comme une sorte d’héroïne de la science, mais comme une femme passionnée, avec ses défauts, ses qualités, ses doutes …  On la voit vivre, tomber amoureuse … Elle est extrêmement attachante, comme sa sœur d’ailleurs. Je ne le connaissais pas du tout. Elle aurait mérité bien plus de place dans le livre, car elle aussi est très intéressante. Il y a très peu de sciences dans ce livre ; l’auteure se concentre sur la passion, sur l’envie d’en savoir toujours plus, mais aussi sur le but que ce sont fixés les sœurs.

Ce livre est exactement ce que j’aurais aimé lire adolescente. Je trouve qu’il peut inciter à étudier les sciences, ou tout du moins, à faire le maximum pour réaliser ses rêves, car cela peut marcher. Il montre aussi l’importance du soutien des parents (sans l’éducation et les idées sur l’éducation de Wladyslaw, il n’y aurait pas eu de Bronia et Marie), et de la famille. Les rencontres fortuites ou non sont également très importantes.

L’écriture est très claire, simple, mais efficace, plutôt descriptive, ce qui permet de bien s’imaginer les différentes situations. En tant qu’adulte, j’aurais aimé un petit plus de profondeur, un petit peu plus de description des sentiments des personnages.

Natacha Henry a également fait paraître en 2015 un « livre pour adultes » sur le même sujet Les Sœurs savantes (2015, La Librairie Vuibert). Par contre, je pense qu’il s’agit d’un essai. Vous vous doutez maintenant que j’aimerais beaucoup lire ce livre… Il n’y aura sûrement pas de descriptions plus en profondeur des sentiments des personnages, mais je saurais ce qui est vrai et ce qui est de la fiction.

Références

Marie et Bronia – Le pacte des sœurs de Natacha HENRY (Albin Michel / litt’, 2017)

5 réflexions au sujet de « Marie et Bronia – Le Pacte des soeurs de Natacha Henry »

  1. voilà un titre que je note avec enthousiasme car j’ai toujours eu une grande admiration pour marie curie, et j’apprécie les histoires où des soeurs se soutiennent tout au long de leur existence

    1. Cela devrait te plaire alors. Je ne connaissais absolument pas Bronia, j’ai commencé à regarder des biographies de Marie Curie, et apparemment tout cela est assez vrai.

  2. Quelles vies, quelle solidarité, quels efforts pour faire leur chemin! Je connaissais les « universités volantes » de la période communiste mais je ne savais pas qu’elles existaient aussi pendant l’occupation russe. Moi aussi, je serais intéressée par un ouvrage « sérieux » sur le sujet.

    1. Est-ce que les universités volantes n’étaient qu’en Pologne, ou est-ce qu’il y en avait dans d’autres pays de l’Europe de l’Est ?

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