La Compagnie des Livres de Pascale Rault-Delmas

J’ai été à la librairie la semaine dernière et j’ai vu ce livre sur une des tables. Comme vous vous en doutez, c’est le mot livres dans le titre qui m’a attiré. La quatrième de couverture commence par Sceaux, or j’habite à côté de Sceaux, dans la banlieue Sud de Paris. Il y a une histoire de librairie, d’amour des livres, d’amitié … Je ne connaissais pas du tout ce livre mais il s’agit apparemment d’une réédition d’un livre qui était publié en autoédition en 2015, et qui a eu de très bons retours, ce qui justifie la publication chez un éditeur.

Cette semaine, je n’avais pas trop le moral et j’en avais marre de lire les souvenirs d’enfance de Coetzee (j’ai un peu l’impression d’être Freud en le lisant et cela m’énerve). J’ai cherché une histoire sympa, sans prétention mais prenante et j’ai pensé à ce livre que je venais d’acheter. Il a très bien rempli son office. Je vous le recommande si vous êtes dans le même état d’esprit que moi en ce moment.

Ce roman commence par l’histoire de deux enfants, chacune nous étant racontée séparément. On est en France dans les années 60.

Annie est une petite fille très heureuse. Elle habite Paris, ses deux parents travaillent dans le milieu hospitalier : sa mère est infirmière, passionnée par son travail, son père est en train de finir ses études de médecine. Quand ses parents travaillent, ce sont ses grands-parents qui s’occupent d’elle. Sa grand-mère est adorable et a des idées originales pour l’époque, mais c’est surtout de son grand-père qu’elle est très proche. Il tient près du Boulevard Saint-Michel une librairie, appelée « La Compagnie des Livres ». Il a transmis son amour de la lecture à sa petite-fille, qu’il fournit en livres. Ce tableau idyllique va bientôt être gâché : le père d’Annie obtient son diplôme de médecine. Après avoir rongé son frein pendant cinq ans, il décide qu’il est temps d’imposer ses volontés à sa famille et fait déménager toute sa petite famille, en banlieue, à Sceaux pour prendre en charge un cabinet. Sa femme, parisienne, très proche de ses parents, doit arrêter de travailler car elle est femme de médecin tout de même, et sa fille ne doit fréquenter que des enfants dignes de son rang. Cela donne une femme frustrée, cantonnée à son rôle de mère (il lui enlève même le rôle de secrétaire médicale qu’elle assumait au début) et une petite fille extrêmement solitaire qui se réfugie de plus en plus dans les livres, son seul réconfort étant ses visites à son grand-père beaucoup moins fréquentes qu’avant.

Michel habite en Auvergne avec ses deux frères et sa sœur. Ses parents s’occupent d’une ferme. La vie est dure mais ils sont heureux et surtout fiers de ce qu’ils font. Michel est lui aussi passionné par la lecture, encouragé par l’instituteur. Son père voit cette passion d’un mauvais œil (il préférerait le voir dehors) mais laisse faire. Ce bonheur simple est terminé quand un terrible accident survient, leur situation se dégradant rapidement. Pour améliorer les choses, la famille du père les pousse à venir s’installer en banlieue parisienne, une place de gardien venant juste de se libérer. Après de nombreuses hésitations, et une boule au ventre, il déménage dans cet endroit bétonné où ils n’auront plus de contact avec la nature mais où ils pourront élever plus facilement leurs enfants et peut-être ressentir moins douloureusement leur drame. Vous aurez deviné qu’ils vont déménager dans l’immeuble où Annie et ses parents habitent.

Avec l’aide du grand-père, qui s’inquiète pour Annie, les deux enfants vont devenir amis (en cachette du père bien sûr). Le livre raconte leurs adolescences dans les années 60 (dont mai 68, bien sûr). L’auteure décrit, de manière très efficace, l’époque : les progrès pour que la femme soit reconnue comme une personne à part entière, sans être placée sous l’autorité de son mari, la place de la femme, la libération sexuelle, les drogues, les études, la banlieue, la mixité sociale. Tout cela est abordé dans l’histoire, sans cours magistral.

Les personnages sont bien sympathiques, réalistes (l’oncle de Michel m’a rappelé l’histoire de mes voisins qui ont aménagé à la même époque dans les mêmes immeubles). Il n’y a pas de mauvais sentiments, pas d’analyses interminables comme dans le livre de Coetzee (j’y reviens parce que je suis traumatisée). On sait que quand les personnages sont en difficulté, ils vont s’en sortir car ils peuvent compter les uns sur les autres, ou leurs amis. Cela fait du bien de lire cela parfois, cela permet de se détendre.

Il n’est pas autant question de livres que le laissait supposer le titre mais finalement, ce n’est pas si grave car l’histoire est intéressante et prenante ; il se passe toujours quelque chose dans ce roman.

Mon seul bémol serait un style parfois maladroit : des phrases trop courtes par moments, l’emploi de phrases enfantines pour la période adolescente, des répétitions de « dit-il », « dit-elle » (si on veut voir les choses positivement, cela permet de ne pas se perdre dans les dialogues). Par contre, dans cette version, il n’y a pas de coquilles ou de fautes d’orthographe flagrantes (je précise si vous lisez les commentaires Amazon sur ce livre car cela semblait être le cas pour la version autoéditée).

Une bonne lecture d’été, qui m’a fait du bien ! J’espère que le deuxième roman sera dans la même veine.

Références

La Compagnie des Livres de Pascale RAULT-DELMAS (Mazarine / roman, 2018)

4 réflexions au sujet de « La Compagnie des Livres de Pascale Rault-Delmas »

  1. Tant mieux si depuis la version auto éditée du ménage a été fait dans les ‘fôtes’! Bon, bonne chance à ce roman dans sa nouvelle version…
    (et je n’ai lu Coetzee qu’en roman ^_^)

    1. J’espère qu’il va toucher un nouveau public !
      Je ne sais pas comment je vais m’en sortir avec Coetzee.

    1. Le problème est que j’ai du mal à en trouver. Je suis épatée quand je lis des gens qui expliquent que pour oublier leurs problèmes, ils lisent. Je les envie d’arriver à se concentrer sur leur livre, quand ils ont des problèmes. Moi, je n’y arrive pas du tout. Parfois, cela ne marche même pas avec les BD. C’est pour dire.

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