Le journal d’un fou de Irokawa Takehiro

Je suis tombée par hasard sur ce livre à la bibliothèque. Plus exactement, les bibliothécaires avaient décidé ce mois-ci de mettre en lumière leur fond sur les mémoires. Je l’ai pris sur la base de la quatrième de couverture et j’ai mis un temps fou à le lire car je n’arrivais à m’investir dans l’histoire. Pourtant, après avoir refermé le livre, je me dis que j’ai lu un roman très abouti sur la folie et l’hôpital psychiatrique, mais surtout que l’auteur a réussi à saisir de manière vraisemblable la solitude d’un homme, qui ne peut comprendre sa condition.

On suit donc de l’intérieur la folie d’un homme. Ainsi, le livre commence lorsque l’homme rentre, de son plein gré, à l’hôpital psychiatrique pour se reposer, d’après lui. Comme c’est l’homme qui raconte, on ne connaît pas la teneur de sa folie. On a même plutôt l’impression de suivre quelqu’un de normal dans un univers de folie. Dans ces phases de « normalité », l’homme observe les autres patients, qu’ils trouvent étranges. Aucun ne veut ou ne peut rentrer en contact avec lui. Cela laisse du temps à l’homme pour réfléchir à ce qui l’a mené là. Lorsqu’il était enfant, sa mère a laissé sa famille, après avoir rencontré un autre homme. Peu de temps après, la famille a été séparée car le père ne pouvait assumer ses enfants. L’homme, déjà fragile mentalement (dans le sens où il semble vivre à l’extérieur de lui-même, il refait la vie dans un univers parallèle par le biais d’un jeu de cartes qu’il a créé), est envoyé au travail, il ne voit plus sa famille et a fortiori son frère chéri. Tout cela ne pouvait pas contribuer à aider un adolescent perturbé à se construire. Cela a donné un adulte qui a changé beaucoup de fois de travail. Il est tombé malade, s’est retrouvé dans un sanatorium, a rencontré une femme qui est morte de la tuberculose. On se dit que même nous, on aurait besoin de se reposer avec une telle vie.

Pour marquer la folie, l’auteur raconte des rêves très très très étranges de l’homme. Et c’est là que cela m’a moins plu parce que je n’ai compris aucun des rêves / cauchemars. Ils ont un côté trop fantastique pour moi. À chaque fois, cela rompait le charme du livre et me faisait refermer le livre d’ennui.  J’ai compris très tard que ces rêves / cauchemars étaient en fait des hallucinations et que donc cela correspondait à des moments où la folie s’exprimait. Au bout d’un moment, j’ai fait plus attention. L’apparition dans l’histoire du psychiatre m’a aidé. Et pour le coup, j’ai trouvé le procédé très malin. L’homme décrit ses hallucinations sans être conscient que cela en soit ; il agit aussi sans s’en rendre compte lors de ses hallucinations. Puis lors de la séance ou avec les infirmières, qui lui parle de ce qu’il fait lors des phases où la maladie s’exprime, permet au lecteur de comprendre qu’il est réellement malade. Mais comme l’homme ne peut pas comprendre que les autres le trouvent bizarre (comme tout le monde en fait), l’homme se sent seul tout au long de son hospitalisation et cela, le lecteur le ressent bien (mais pourtant ne compatit pas).

Cela nous met dans l’ambiance de la seconde partie où l’homme sort de l’hôpital pour vivre avec une autre patiente. Et là, la solitude et l’incompréhension sont partout (et s’amplifie par rapport à la première partie), dans son couple, dans son voisinage, dans sa famille et dans la société japonaise (il ne peut plus travailler car il a été à l’hôpital psychiatrique et il doit donc se reposer sur sa femme). J’ai adoré cette seconde partie. Il n’y a plus du tout d’hallucinations incompréhensibles pour quelqu’un de « normal » et l’auteur réutilise le procédé, que j’ai tant aimé, de nous faire comprendre la folie de l’homme par le regard des autres (les plaintes du voisinage par exemple qui causent des déménagements fréquents). Cela entraîne une méfiance, symptôme de la maladie toujours présente. Ce qui m’a aussi plu est la découverte de la vie japonaise de l’époque (le roman date de 1988), les logements, les difficultés de transport, les conditions de travail, la vie de couple … C’est grâce à cette seconde partie que je me suis investie dans le livre.

Cependant, je trouve toujours que c’est très difficile de le faire avec ce livre. L’homme s’analyse lui-même, et s’observe de l’extérieur, comme un entomologiste observe une fourmi. Tout est décrit avec une froideur clinique (comme l’indique la quatrième de couverture). Si vous avez besoin, comme moi, d’avoir un peu de sentiments et d’empathie dans un roman pour arriver au bout, je ne vous le conseille pas car il peut être difficile de s’accrocher à quelque chose dans ce roman. Par contre, comme je le disais au début, la description d’une vie avec la folie est excellente, du point de vue du réalisme en tout cas. C’est à vous de voir !

Références

Le journal d’un fou de IROKAWA Takehiro – roman traduit du japonais par Rose-Marie Fayolle (Éditions Philippe Picquier, 1991)

4 réflexions au sujet de « Le journal d’un fou de Irokawa Takehiro »

  1. un sujet difficile que ce livre, je note quand même le titre, au cas où j’aurais envie de lire quelque chose de sérieux, quand je serai « sortie » de mes rois et reines d’angleterre et leurs misères

    1. Tu n’en n’auras jamais fini avec les rois et les reines d’Angleterre, ils ont tellement eu de misères et encore maintenant 🙂 Tu trouveras toujours un truc fascinant dans leurs histoires.

    1. Je commence à venir aussi un peu à la littérature japonaise … mais parfois c’est un peu trop différent pour moi.

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