De quoi nous sommes faits de Thomas Hettche

DeQuoiNousSommesFaits

J’ai choisi ce livre à la bibliothèque car

  1. J’aime bien l’objet livre chez Grasset (comment il s’ouvre, le toucher de la page …). En général, les histoires ne me plaisent pas plus que chez d’autres éditeurs.
  2. Une fois que mon œil droit eu repéré l’ouvrage, j’ai donc repéré la quatrième de couverture qui parlait d’une sombre histoire d’enlèvement aux États-Unis. Bof, bof ! Puis mon œil gauche encore plus avisé à représenté une phrase choc dans le rabat (issue d’une critique d’un journal) :

    Hettche décrit merveilleusement la nature et les villes, les déserts et les autoroutes.

Voilà pourquoi j’ai embarqué ce livre alors que j’étais pratiquement sûre qu’il n’allait pas me plaire. Tout simplement parce que cette phrase m’a fait rire. Le meilleur compliment, surtout le plus original, que le journaliste ai trouvé à faire, est que l’auteur sait décrire les autoroutes. Je ne connais pas d’autres auteurs qui possède ce talent : la route, oui, mais l’autoroute, non.

Commençons par parler de l’histoire.

Niklas Kalf est allemand. Il est en train d’écrire, à la demande la veuve, une biographie d’Eugen Meerkaz, savant qui s’est exilé aux États-Unis à la seconde guerre mondiale. Dans le but de rencontrer madame Meerkaz sur la côte Ouest, il se rend à New York pour rencontrer un éditeur qui pourrait être intéressé par le livre. Pendant ce séjour, il sera accompagné de sa femme, Liz, journaliste, enceinte de quatre mois et demi (c’est important pour la suite, veuillez donc le noter dans vos tablettes).

On est en septembre 2002. Le premier anniversaire des attentats se prépare, la guerre en Irak aussi. C’est un séjour qui m’a semblé poisseux pour plusieurs raisons sur lesquelles je vais revenir plus tard (c’est pour assurer un semblant de structure à mon billet). Après un diner avec l’éditeur et la traductrice, Liz et Niklas rentre chez eux mal à l’aise car l’éditeur a raconté au diner le meurtre par une jeune adolescente d’un homme dans le parc juste en face. Les époux s’endorment mais quand Niklas se réveille, Liz n’est plus là. Elle a été enlevé. Au début, Niklas ne bouge. Tout le monde (aux États-Unis car en Allemagne il ne prévient personne) lui conseille de rester, sans prévenir la police (comme lui ont dit les ravisseurs) et de continuer son programme. Ainsi, il va donner une lecture où il va comprendre ce qu’on lui veut.

Les ravisseurs veulent des renseignements bien précis sur Eugen Meerkaz. Niklas pense qu’il ne les a pas. Il se tourne donc vers la veuve qui lui dit qu’il n’y a rien à savoir de plus. Niklas attend d’avoir une idée de génie. Cela va lui prendre un mois (si mes souvenirs sont bons. N’oubliez pas que sa femme est enceinte). Là il trouve un document dans ses papiers qui le pousse à partir au fond du désert texan. Il commencera par s’acclimater aux autochtones. Après un mois encore, il trouvera enfin une piste qui le fera attendre encore un mois et demi. Tout cela se fait avec l’assentiment de Niklas (j’espère que vous suivez toujours ; en gros, on lui d’attendre et il attend ! rien à faire de sa femme enceinte). Ensuite il a encore un mois de pseudo-cavale puis quinze jours de périple vers l’Ouest pour voir madame Meerkaz parce que c’est un peu son seul espoir avant qu’il y ait un coup de théâtre. Je dévoile la fin (faites attention) : il retrouve sa femme qui a accouché ! après des mois et des mois (c’est sûr qu’on est loin des films américains où tout est réglé au maximum en une semaine). Il l’a trompé entre temps deux fois et demi (donc avec trois femmes). Mon seul élevé de la morale me fait dire que c’est un salaud ! En plus, il n’est même pas sûre de ne pas quitter sa femme après.

Pourtant j’ai lu le livre dans son entier et j’ai beaucoup aimé (mais au vu des autres, je ne crois pas que ce soit son meilleur livre). Non pas à cause de sa description des autoroutes mais parce que l’auteur a une écriture qui nous entraîne dans une réflexion, qui n’est pas celle de son héros, mais une réflexion qui nous est propre sur le sens à donner aux bouleversements survenus dans cette dernière décennie ainsi que sur la nature de la société dans laquelle nous vivons.

Au début du roman, Liz n’est pas un personnage important. On focalise tout de suite sur Niklas. Elle disparaît au deuxième ou troisième chapitre et on ne la revoit plus. Bien évidemment, on ne peut pas s’identifier à cette femme puisqu’on ne la connaît pas. Le séjour new-yorkais nous est raconté a posteriori par Niklas. C’est un séjour poisseux. Les souvenirs sont entourés de flous mais surtout d’une atmosphère lourde. Niklas est un intellectuel plutôt intéressé par l’humanité que par sa vie de famille. Il vit les évènements passés et en cours aux États-Unis comme un bouleversement dans son univers. Il est de la génération qui a toujours vécu avec des rêves américains, à penser que ce pays était le centre du monde. Il s’aperçoit que tout est chamboulé puisque le noyau de la terre est attaqué. Il cherche donc tout au long du roman à se repositionner dans cet environnement. Il doit en plus affronter l’enlèvement de sa femme. Pourtant, il ne semble pas envisager sa reconstruction en couple. Il veut se reconstruire tout seul, puis incorporer sa femme. Je pense que pour la petite humaine que je suis, c’est très difficile à comprendre.

L’impression que cela m’a donné est qu’en quittant New-York, il quitte son ancien monde (et bien des personnages parasites aussi).

Sa période « désert texan » est une sorte de sas avant qu’il puisse reprendre le cours de sa vie. J’ai lu sur un blog allemand que le désert était peut être une analogie avec la Bible (je vous laisse seul juge parce que je n’y connais rien).

Je pense que l’auteur a mal expliqué l’affaire de l’enlèvement car tout au long du roman, on se demande pourquoi Niklas agit ainsi. C’est seulement à la fin quand il commence à sortir de sa torpeur et à agir vraiment que l’auteur, par l’intermédiaire de Niklas, répond enfin à la question du titre : de quoi sommes-nous faits ? Le lecteur reste bloqué sur la promesse de la quatrième de couverture d’un « thriller exigeant », d’un « somptueux film hollywoodien » alors qu’en réalité, c’est une quête initiatique d’un homme qui cherche à se redéfinir dans un monde qui n’est plus le sien. L’enlèvement parasite le roman mais si on y réfléchit, comment l’auteur aurait pu raconter la même chose sans perdre en force ? Il ne pouvait justifier que Niklas parte en voyage pour parcourir les États-Unis (il n’est pas Christopher McCandless) car avant le début de l’histoire, il ne cherche pas à changer ou à se comprendre… Il faut un évènement qui le force à le faire, un déclencheur : le mieux est un évènement brutal à mon avis (je reste mitigé sur l’enlèvement cependant car trop de confusion des genres).

Si je résume, le roman m’a plu mais surtout par l’écriture, le discours, la manière de dire de Thomas Hettche et pas franchement par l’histoire. Je vais essayer de lire d’autres livres de lui.

Avez-vous par exemple lu Le cas Arbogast ? Cela a l’air celui qui est le plus apprécié.

Références

De quoi nous sommes faits de Thomas HETTCHE – traduit de l’allemand par Armand Beaume (Grasset, 2009)

2 réflexions au sujet de « De quoi nous sommes faits de Thomas Hettche »

    1. L’auteur me plaît aussi mais je suis d’accord pour l’histoire, c’est un peu spécial tout de même.

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