Bohème de Olivier Steiner

Quatrième de couverture

On nous dit que l’amour rend aveugle. On nous dit que le romantisme est mort, que le discours amoureux est mièvre, que la passion, c’est de l’hystérie. Je dis qu’il n’y a rien de plus faux et de plus mensonger. Aimer, c’est connaître. L’amour ouvre les yeux, il est connaissance. Ce livre n’est pas la transcription ou la narration d’une histoire d’amour que j’aurais vécue dans ma vie, il est tout entier et à lui seul cette histoire d’amour.

O.S.

Mon avis

Normalement, j’attends un peu avant de faire un billet, pour ne pas être fatiguée, ne pas être dans l’impression immédiate (mais je n’attends pas trop car sinon il n’y a plus de cœur mais seulement du cerveau dans les billets), pour me rendre compte de ce qu’il me restera du livre. Je lis en apnée, tout le temps. Je me laisse portée très facilement car je suis bon public. Si je n’attendais pas, vous auriez toujours des avis positifs (c’est quand même souvent le cas).

Mais là je ne peux pas attendre parce que ce livre m’a subjugué pendant trois jours, quitte à me faire écrabouiller par le tram à Porte d’Orléans. J’ai eu l’impression de ne plus être seule, de ne plus être décalée, de ne plus être une extra-terrestre. Je me suis dit qu’il y avait d’autres gens qui vivaient dans l’extrême, à ressentir tout à l’extrême, la tristesse comme la joie, la déception comme le plaisir, l’amour aussi. Jérôme, un des personnages du livre, est devenu pour moi. Il habite Paris dans le livre et j’ai eu envie d’aller le voir, de le rencontrer comme si il était vraiment vivant.

Pourtant l’histoire n’est pas particulièrement réaliste. Un soir, Jérôme, un jeune homme « issu de l’immigration », homosexuel, qui aime la baise mais pas l’amour par peur de l’engagement, assiste à un opéra à Madrid. Il glisse dans la main du chef son numéro de téléphone comme une bouteille à la mer, sans lui parler. Cela marche. Pierre, hétérosexuel, marié, un enfant, le rappelle. S’engage une correspondance par mail, par SMS, par téléphone, par courrier, par fax. D’une relation sentimentale naît une relation amoureuse empreinte de désir. Pierre est à L.A. et Jérôme à Paris. J’ai moins cru au personnage de Pierre mais Jerôme étant omniprésent, cela ne m’a pas dérangé.

L’histoire est peu réaliste pourtant Olivier Steiner arrive à nous embarquer parce que son écriture est magnétique, envoutante. Il y a une voix dans le livre, l’impression que l’on ne nous cache rien, que l’on se livre complètement à nous. Pour mieux vous rendre compte, je vous signale que l’auteur a un blog qui peut vous aider à vous faire une idée. Un auteur qui écrit à propos d’Annie Ernaux

Elle traite la surface des choses pour dire la profondeur

ne peut qu’être formidable et à découvrir.

En conclusion, je remercierai mon libraire qui a écrit en très gros COUP de CŒUR parce que sans lui, je serais passé à côté d’un énorme bonheur de lecture.

Il y a au moins une personne qui est d’accord avec moi.

Un extrait

Bref, j’avale des pilules et le pire est que j’aime cette idée. J’ignore si ça me fait vraiment du bien mais ça me donne l’impression de me soigner, d’agir. Je vis en couple avec cette chimie. Certains amis me disent qu’il faut que j’arrête, que je suis camé, que je dois me secouer, qu’il faut faire gaffe avec une certaine « complaisance », que bien vivre est avant tout une question de volonté. Ils ne comprennent rien. Mais je ne leur en veux pas parce qu’ils ne peuvent pas comprendre. Ils ne peuvent pas savoir que devant la dépression c’est toute la volonté qui se dérobe, elle n’est plus qu’un conte pour enfants, la volonté, un souvenir lointain, et le sujet, le moi, se désagrège. Il ne reste plus qu’à serrer les dents, attendre que ça passe, si ça passe, supporter l’idée que ça ne passera jamais. Mais parfois je sors du tunnel et ça me semble définitif, d’un coup tout va mieux, c’est merveilleux, le monde est à ma portée, si vaste et si accueillant, c’est de nouveau l’âge des possibles, mon énergie est immense, j’ai envie de tout embrasser, everything is absolutely beautiful, rien ni personne ne me résiste. Puis, catastrophe, les angoisses reviennent, l’inertie, la fatigue immense, cette obscure puissance qui emporte vers le fond, et la bêtise qui reprend sa place dans le cerveau … Chaque fois je crois que je vais crever, que je vais me jeter par la fenêtre par la fenêtre. J’ai des visions de défenestration au ralenti. Mais ça ne dure pas. Je ne crève pas. Je ne me jette pas dans le vide. Vous savez, Pierre, je crois que le grand mystère, ce n’est pas l’avenir, le destin ou le passé, le grand mystère, le truc vertigineux, c’est l’imminence, les dix minutes qui suivent. Tout le temps. Jérôme.

Références

Bohème de Olivier STEINER (Gallimard, 2012)

8 réflexions au sujet de « Bohème de Olivier Steiner »

  1. Merci pour votre enthousiasme chère Cécile. A part qq fautes et autres coquilles (sourire tendre, je ne suis pas prof) votre papier est très joli.
    Je voudrais vous parler des clichés en littérature et en général. Vous dites que mon histoire n’est pas réaliste, qu’elle est improbable. Je vois ce que vous voulez dire. Mais combien de fois la vie elle-même est improbable ou too much to be true ! Vous n’avez pas remarqué ? Combien de fois on se dit que si on mettait « ça » dans un roman ce ne serait pas crédible. Les romanciers font d’ailleurs des coupes tant la vie va loin dans le cliché ou le paradoxe.
    J’ai récemment enregistré une émission pour France Culture (Le Carnet d’or, avec François Weyergans, ce sera diffusé dans 15 jours environ) dans laquelle je parle justement de ça, les clichés dans le roman.
    Je ne sais pas si la vie est un roman mais chose est sûre que la vie est une oeuvre d’art, souvent, une vaste comédie ou une tragédie, c’est selon.
    Je vous laisse sur cette belle phrase de Robert Filliou : L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art.
    Bien à vous,
    amicalement,
    Olivier

    1. Bonjour, il va falloir que j’engage un correcteur pour relire mon blog alors. Je crois que la différence entre le réalisme dans un roman et la réalité de la vie vient du fait que dans la vie on se contente de vivre en général, sans vraiment réfléchir à ce qui se passe tandis que dans un roman, on est spectateur tout en étant impliqué et on réfléchit donc plus. Parce que oui, la vie peut aller vraiment très loin parfois, et de plus en plus. J’écouterai l’émission sur France Culture sans faute.
      Je note la dernière citation parce qu’elle est si « vraie ».
      Merci d’être passé par ici et au plaisir de vous relire !
      Cécile

  2. Le livre lui même ne m’attire pas plus que ça mais je comprends ton enthousiasme car j’ai le même sentiment quand je lis, je m’attache fortement aux lieux, aux personnages, jusqu’à en avoir la sensation de vivre à leurs côtés !! il parait que nous sommes de très mauvais lecteurs dans ce cas , mais je peux dire que je m’en fiche comme d’une guigne !! quel bonheur !!

    1. Franchement, je préfère être une mauvais lectrice, me laisser emporter et comme tu dis vivre un vrai bonheur !

  3. tu me tentes avec ton billet – c’est trop injuste, surtout quand je vois ma pal 😀

    (pour l’instant je suis « correctrice » pour une copine romancière – et pour un copain blogueur, roi des fautes d’orthographe – tu peux m’engager aussi si tu veux MOUARF)

    1. Hier j’ai entendu l’émission la dispute sur France Culture. Ils trouvaient que le roman était mièvre et mal écrit … D’un autre côté, il trouvait aussi Room de Emma Donoghue mauvais alors que ce qui était pas très bon c’était plutôt la traduction (ou plus ou moins comment la traductrice avait essayé de rendre un des éléments de langage de l’enfant). C’est à toi de voir !
      Si tu vois des fautes, tu mes les dis parce que j’aimerais bien progresser tout de même.

    1. J’espère qu’il te plaira si tu arrives à le lire. Mais ce n’est que mon avis que j’ai exprimé.

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