Chiens féraux de Felipe Becerra Calderón

Livre lu par Yves, Leiloona, À propos de livres, …

Quatrième de couverture

1980, Nord du Chili, sous la dictature de Pinochet. Les terres arides du désert d’Atacama ne sont ensemencées que par les fosses communes du régime.

Rocío, ancienne étudiante en médecine, a suivi son mari, Carlos, lieutenant de police, affecté à la réserve de Huara où il n’y a rien à faire et trop à méditer. Carlos consigne dans un cahier son ennui, ses doutes et ses inquiétudes concernant l’état psychologique de sa femme.

Car Rocío, elle, n’est pas seule. À la différence des autres « Blancs », elle voit les villageois andins qui fuient leur présence comme une malédiction ; elle voit les chiens retournés à l’état sauvage [c’est ce que l’on appelle des chiens féraux] rôder, craintifs et affamés, autour de la déliquescence morale des oppresseurs ; et surtout elle entend ces voix d’enfants qui l’habitent, comme le remords de son ventre infécond, comme le cri vengeur d’un euple et d’un lieu martyrisés.

Chiens féraux, le premier roman de Felipe Becerra Calderón, a reçu au Chili le prestigieux prix Roberto Bolaño en 2006.

Dans ce roman polyphonique, Calderón explore les effets de la folie et de la solitude sur deux êtres ordinaires qui ont la particularité d’appartenir au camp des bourreaux. Il nous offre un texte dense, où la langue se fait schizophrène pour chanter la contagion du mal.

Mon avis

C’est un roman qui m’a beaucoup dérouté à cause de la quatrième de couverture, des billets que j’ai lu sur lui et des interviews de l’auteur.

Le roman se déroule sous la dictature de Pinochet mais l’auteur précise qu’il ne faut pas chercher de métaphores dans le livre. Pourtant, il précise que c’est une période qu’il voulait mettre dans un roman mais avec l’expérience de sa génération (il n’a que 25 ans) : une expérience non directe mais par ouï-dire. Il insiste sur le fait que c’est une expérience sensitive. Je me suis dit qu’il fallait faire ce type de lecture ; se laisser porter par l’écriture. C’est un peu comme cela qu’il a écrit apparemment.

C’est une expérience étrange car vous ne savez jamais où vous êtes. Le début du roman est structuré. Chaque personnage a son chapitre (cela restera en gros cela jusqu’à la fin), son intériorité aussi. Puis au fur et à mesure, on entend plusieurs voix pour un même personnage : l’intérieur, l’extérieur, l’écriture (pour le mari). Il y a les hallucinations auditives et visuelles (j’avoue que je n’ai pas tout compris non plus). Les personnages deviennent un peu comme autistes car ils ne « voient » plus : le mari et la femme ne se parle plus, la femme voit les villageois qui veulent lui parler (elle croira à une menace sans les comprendre alors qu’on apprendra par la suite qu’ils veulent lui parler d’un danger). En rapport avec le titre, j’ai pensé que les humains, surtout les « Blancs » de la quatrième de couverture étaient redevenus sauvage. La célébration de la fête nationale est un bon exemple. Le mari et la femme organisent la fête, convient les autochtones, les militaires en place … rapidement la fête tourne à la beuverie (les villageois sont partis) et tout le monde a un comportement sauvage. J’ai trouvé que finalement plus que la folie, présente pourtant, dont parle la quatrième de couverture, c’est de cela dont parlait le roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que là-dessous, il y avait quand même le contexte national. J’ai été confortée dans cette idée par des notes de bas de pages qui nous situent des lieux dans ce contexte là.

C’est pour cela que j’ai l’impression de ne pas avoir tout compris (en plus, c’est un roman d’Amérique du Sud ; l’impression de manquer de culture pour le comprendre a été persistante). Il m’en reste un rythme indéniablement envoûtant et très personnel (dans le sens où il est reconnaissable). J’ai aussi apprécié les recherches typographiques de l’auteur pour les deux rencontres avec le professeur Destino, maître de la torture, de la propagande et de la voyance (pas dans le mauvais terme); du dialogue structuré (et présenté de cette manière), on passe à un méli-mélo entre dialogue, texte, écrits du mari sans aucune présentation. J’ai trouvé que cela figurait bien cet emmêlement entre réel et hallucinations.

Références

Chiens féraux de Felipe Becerra CALDERÓN – roman traduit de l’espagnol (Chili) par Sandy Martin et Brigitte Jensen (Anne Carrière, 2011)

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