Ceux de Podlipnaïa de Theodor Rechetnikov

Une citation

L’homme naît pour une vie de souffrance, qu’il supporte et traîne comme un boulet et qui finit par l’écraser… Il cherche toute sa vie un mieux qu’il ne trouvera jamais. (p. 247)

Quatrième de couverture

On croyait connaître la misère que la littérature naturaliste a exploitée à l’envi. Avec ce roman redécouvert après des décennies d’oubli, celle qui nous et racontée explose par sa violence et son fatalisme. Aventures de deux crève-la-faim qui vont tenter d’échapper à la mort qui les guette depuis leur naissance, Ceux de Podlipnaïa nous mène aux confins de la Sibérie à la suite de deux bourlaki, ces haleurs qui manœuvrent de lourdes barques sur des cours d’eau impitoyables, ignorants de leur condition atroce et incapables de révolte. Féroce et souvent drôle ou émouvant, écrit dans une langue rugueuse, ce texte où la vérité ne se pare pas de moralisme est un précurseur de l’essai ethnographique. Il fut publié en 1864 par un jeune auteur autodidacte qui mourut à trente ans, alcoolique et tuberculeux.

Un livre glaçant et fascinant.

Quelques liens

Les bourlaki ont été peints au début des années 1870 par le peintre Ilya Repine (1844-1930) dans un tableau intitulé Les bateliers de la Volga.

Ce tableau a été inspiré par une célèbre chanson, qui porte le même nom (qui a été « popularisée » à peu près à la même époque).

En petit clin d’œil à ma maman qui était une admiratrice du Cœur de l’Armée Rouge, je vous mets leur version.

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Mon avis

La dernière fois que ce titre a paru en France, c’était dans les années 1920-1930. L’Arbre Vengeur a déterré, avec raison sans aucun doute possible, ce texte après des décennies d’oubli (j’adore quand ils font cela car ils trouvent toujours des pépites). Vous vous doutez que vu le thème c’est un livre très très fort.

Ce livre se découpe en plusieurs parties. Dans un premier temps, l’auteur nous décrit la condition des paysans que nous allons suivre. On passe par la mendicité, le vol, la fatalité devant une mort que l’on attend souvent. On parle d’une vie miséreuse de laquelle on ne pense pas pouvoir s’extraire. Il parle aussi de l’autorité qui vient d’en haut sans aucun respect des autres, de l’autorité du pope qui impose des croyances à des gens qui se débrouillent très bien avec les leurs, un pope qui maintient les gens dans l’ignorance et dans la superstition (on ne sait pas si il ne l’est pas lui-même) pour mieux les maintenir en son pouvoir.

Les paysans vont au bar pour dépenser leur denier et là, on leur parle des haleurs sur les rivières qui mènent la belle vie, qui sont riches … Voilà nos héros partis (deux hommes, une femme, deux adolescents, un enfant). Tout est nouveau pour eux qui n’avaient jamais quittés leurs hameaux : les constructions, les villes, les usines, le travail ouvrier … Ils n’avaient même jamais vu un bateau de leur vie et se demandaient comment ils pouvaient flotter. Après plein de péripéties tragi-comiques, les voilà sur un bateau pour descendre une rivière dangereuse car très escarpée ; ils y apprennent le maniement des rames sous l’égide d’un pilote. C’est un métier difficile et épuisant, mais ils sont heureux car ils mangent enfin.

Ce n’est rien par rapport à ce qui les attend après : la remontée de la rivière où les bateaux sont tirés à dos d’hommes (c’est ce que figure le tableau au-dessus). 15 hommes pour tirer des bateaux plats appelés kolomenki qui servait à transporter du fer. La fin est plus que tragiques.

Parfois il y a des phrases maladroites dans le livre (mais je pense que c’est dû à des fautes de frappe) mais le style est simple. Cela rend le récit encore plus touchant. Le narrateur n’intervient pas sauf pour souligner l’absurdité d’une situation qui n’est pas près de changer.

Vous l’aurez sans doute compris, je le conseille vivement.

Références

Ceux de Podlipnaïa de Theodor RECHETNIKOV – traduit du russe par Charles Neyroud – préface de Frédéric Saenen – illustrations d’Alain Verdier (L’Arbre Vengeur, 2011)

6 réflexions au sujet de « Ceux de Podlipnaïa de Theodor Rechetnikov »

  1. il prend immédiatement le chemin de ma liste de livres à commander
    La Russie je ne peux pas résister bien longtemps et tant pis si le récit n’est pas parfait
    merci à toi pour cette découverte

  2. Merci, Chère Cécile, du riche commentaire, si bien illustré de surcroît, que vous avez bien voulu faire à propos de Rechetnikov ! Je suis ravi que ce roman vous ait plu et que vous ayez relayé votre enthousiasme. C’est grâce à des initiatives telles que la vôtre que les livres vivent leur vraie vie.

    Très cordialement !

    Frédéric SAENEN (signataire de la préface)

    1. Je vous remercie de votre si gentil message. Pour moi, c’est un véritable plaisir ces textes dont je n’avais jamais entendu parler. Maintenant, j’ai une envie : lire Dostoievski pour le mettre dans ma bibliothèque à côté de Ceux de Podlipnaïa.

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