L’histoire de L’Histoire de Ida Hattemer-Higgins

Quatrième de couverture

Margaret, jeune femme torturée, se retrouve un jour déguenillée, tremblante et complètement perdue, en lisière de forêt aux alentours de Berlin. Elle n’a plus aucun souvenir, ni de la veille, ni des mois précédents. Deux ans plus tard, la jeune femme commence à avoir d’inquiétantes hallucinations : elle voit Berlin déformée, personnifiée. Des fantômes d’anciens nazis apparaissent aux balcons, les immeubles deviennent des formes de chair, d’or et de sang, un faucon à tête de femme la guette d’un air menaçant… Ida Hattemer-Higgins nous parle de l’amnésie, du défaut de mémoire, qu’il soit individuel ou national. Elle nous parle d’oubli, de déni, de mythes et de rédemption. Un premier roman inoubliable, écrit par une jeune femme prodigieusement douée.

Mon avis

J’avais repéré ce livre dans le numéro de rentrée littéraire des Inrockuptibles. Depuis j’ai découvert les très bons billets de Claudia Lucia et Catherine.

Margaret est américaine et est guide touristique à Berlin, spécialisé dans les lieux du IIIe Reich (cela a l’air d’être aussi le cas pour l’auteur). On la découvre au début du roman perdu dans une forêt, sans mémoire et traumatisée. On se doute que l’inconscient va rentrer à jeu.

Quand deux ans après, elle a des visions de la chair des bâtiments de Berlin, on va chercher le rapport. Pareil quand elle voit apparaître Magda Goebbels (qui je le rappelle à tuer six de ses enfants (je ne savais plus qu’elle en avait eu un autre avec un autre homme) dans le bunker d’Hitler), on se cherche le rapport. Finalement, cela va aller crescendo ; le suspens augmente avec l’horreur des visions de Margaret, notamment quand elle « verra » une femme juive qui s’est suicidée avec son mari et ses trois enfants pour éviter la déportation. C’est un premier point extrêmement positif pour ce roman : on est attiré par la page suivante.

Un deuxième point est l’inédit de la démarche de l’auteure : lié temps actuel et temps passé sans pour autant avoir de lien avec le temps passé. De plus, l’auteur utilise un lien subtil et qui ne semble jamais factice. J’ai plus eu l’habitude de lire des romans où c’est les enfants des victimes ou bourreaux qui cherchent à comprendre. Cette démarche est servie par une excellente connaissance de Berlin et de la période du IIIe Reich ; cela permet de faire vivre une ville, et non des personnages paradoxalement. En effet, on voit littéralement le cœur de Berlin battre mais on ne revit pas les évènements ni les personnages de l’époque.

De plus, Ida Hattemer-Higgins a une écriture magnifique, discrète et suggestive (merci au traducteur, bien évidemment). Pour donner l’idée : alors que Margaret devient « folle » (ou plus exactement que son inconscient remonte), les visions deviennent macabres et morbides mais jamais Ida Hattemer-Higgins n’insiste pas dessus. Finalement, plus que la vision, c’est l’effet qu’elle a sur Margaret qui compte. Et même cet effet est décrit de manière lyrique. Cela donne l’idée qu’au cours du roman, on ne comprend que Margaret devient folle, on se dit que le roman est dans le réalisme magique et finalement on subit les évènements en souffrant autant que Margaret.

Flammarion annonce que ce livre est le début d’une trilogie consacrée à cette période de l’Histoire.

C’est un (premier) roman réussi mais difficile dans ce qu’il fait vivre. À mon avis, il est à lire pour découvrir cette écrivain en devenir.

Références

L’histoire de l’Histoire de Ida HATTEMER-HIGGINS – traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Giraudon (Flammarion, 2011)

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