La fumée qui gronde de Philippe Zaouati

Quatrième de couverture

Face à une crise majeure, il est rassurant et confortable de pointer du doigt un responsable. Inquiète du scandale des subprimes et de la déroute financière qui s’ensuivit, ulcérée par la découverte du jeu dangereux joué par Jérôme Kerviel et l’escroquerie de Bernard Madoff, la société désigna fin 2008, dans son infinie sagesse, le coupable du désastre qui ravageait nos économies : le Banquier était devenu « l’homme à abattre », sans distinction de rôle ni de degré d’implication, du simple employé aux patrons, filous ou non.

Que se passe-t-il dans la tête d’un golden boy porté au pinacle pendant deux décennies, considéré comme l’exemple même de la réussite sociale, et que l’on accuse soudain de tous les maux jusqu’à se réjouir de sa chute ? Que reste-t-il à un homme qui a construit son existence sur la domination, l’argent, l’apparence, et qui se retrouve du jour au lendemain humilié, jeté à la porte devant les caméras de télévision avec une boîte en carton dans les bras ?

Face à la débâcle de sa vie, Emmanuel est contraint de se poser des questions qui ne l’ont jamais effleuré auparavant. Il se surprend à mesurer le prix de ses sacrifices et des renoncements. A-t-il choisi la bonne voie ? Est-il heureux ? L’issue de cette course folle aux profits et au pouvoir n’était-elle pas fatale ?

Et surtout : que faire maintenant ?

À la crise financière fait écho la sienne, les doutes existentiels de la quarantaine. Le choc sera-t-il salutaire ? Tourné vers son passé pour y deviner ce que sera son avenir, il cherche les réponses dans une fuite improvisé au goût de sauve-qui-peut.

Mon avis

Je tiens déjà à remercier l’auteur de m’avoir envoyé ce livre et ainsi permis de lire ce livre. D’habitude, je n’accepte pas d’envois comme cela parce que je ne trouve pas cela très juste pour un auteur qui publie dans une petite maison d’édition. Mais bon là, c’était exceptionnel : un parce que DF était passé par là et que du coup je l’avais repéré et de deux parce que mon frère travaille dans la finance et que j’ai toujours voulu comprendre comment mon frère si gentil pouvait être un méchant désigné par les médias (comme le dit si bien la quatrième de couverture) et comment ce qu’il me raconte peut correspondre à ce que les médias racontent. Maintenant je m’excuse auprès de l’auteur parce que je ne vais pas faire un billet critique mais juste dire ce que j’ai ressenti à la lecture.

Déjà, l’auteur n’a pas tenu la promesse de la quatrième de couverture d’expliquer le « sans distinction de rôle ni de degré d’implication, du simple employé aux patrons » car le personnage est un cadre supérieur (un peu dirigeant tout de même) de Lehman Brothers. Ce n’est pas grave car c’était une attente qui m’était propre.

Déjà ce qu’il faut savoir c’est que l’auteur est de la partie. Toute la partie analyse de la crise, critique du traitement de l’information est passionnante, fouillée et très intelligente. On sent l’indignation de l’homme qui s’est fait accusé. J’ai retrouvé les phrases de mon frère là-dedans. Pour exemple, vous ne trouverez pas dans n’importe quel livre un lien entre 11 septembre et la crise de 2008. À écouter les médias, on a toujours l’impression que finalement, cela nous est tombé dessus comme cela (bon mon père la prévoyait deux ans avant) mais franchement le discours fait est très persuasif et entraîne une réflexion pour le lecteur.

Maintenant, on va parler de la partie qui m’a fait réagir : la partie personnelle. J’ai râlé, j’ai pesté après ce type et j’adore quand un livre me fait réagir comme cela. Philippe Zaouati est dans la tête de cet Emmanuel (je ne lui ferais pas l’impertinence de penser que le narrateur, c’est lui) et en fait il arrive à nous le faire détester dès le départ rien que par la manière dont il s’exprime. Il insiste sur tous ses maux, il insiste même trois fois, systématiquement ! Il met des adjectifs de partout qui tombent dans l’abîme de son mal-être. On a l’impression que sa pensée est lourde. Quand il s’emporte, il a du mal à se désengluer. J’espère ne pas vous donner l’impression d’un livre lourd parce que cela se lit très bien et très admirable (il y a des images admirables). Il nous dit qu’il est très intelligent, qu’il souffre de folie … mais on a envie de lui dire « redescends sur terre mon ami, tu es juste hypocondriaque, arrête le narcissisme « . Finalement, ce qui va l’empêcher de sombrer totalement dans l’ignominie, c’est son retour et sa réflexion sur comment il a choisi de devenir ce qu’il est. J’ai trouvé des réflexions que je me suis déjà faite : par exemple, comment on peut se retrouver à choisir ses études, un peu comme si finalement on avait suivi un fil dont on ne connaissait pas l’issue, le côté aussi « je m’implique tellement dans mon travail que quand je me retrouve au chômage, cela devient problématique parce qu’il faut un temps d’adaptation ». Ce qui me fait dire que c’est le personnage qui s’est englué et non le style qui est lourd, c’est qu’à la fin, quand Emmanuel change de vie, devient plus serein, le style s’envole ne conservant que les belles images. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre.

Mon unique regret pour ce livre, c’est que finalement, j’aurais aimé qu’Emmanuel ne quitte pas la finance pour me faire vivre l’après.

Références

La fumée qui gronde de Philippe ZAOUATI (arHsens éditions, 2011)

4 réflexions au sujet de « La fumée qui gronde de Philippe Zaouati »

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