Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau

J’ai découvert cette pièce de théâtre dans le numéro de mai (je pense) du Matricule des Anges. Il s’agit d’une pièce destinée à des enfants. Elle a été écrite par Suzanne Lebeau. Cette auteure a déjà écrit beaucoup de pièce à destination de ce public, sur des sujets souvent difficiles (comme les enfants soldats par exemple). Elle a donc acquis une certaine pédagogie et de nombreuses connaissances qui lui permettent de pouvoir anticiper la réaction de jeunes enfants.

Je prends toutes ces précautions pour pouvoir vous raconter l’histoire de cette pièce. On rentre dès la première scène dans une famille de quatre personnes : deux petites filles de 9 et 5 ans et leurs parents. Dans la première scène, cinq personnes parlent : cette famille essaie de se reconstruire après avoir vécu un drame, la mort suite à une tumeur au cerveau de la troisième petite fille, Alice, qui aurait eu sept ans. C’est la cinquième personne. Dans les scènes suivantes, la famille nous raconte son histoire : les vacances, les petites chamailleries entre sœurs, les maux de tête de la petite, le reproche qu’on peut se faire de ne pas avoir vu le problème plus rapidement, le diagnostic, la vie bouleversée pour les parents mais aussi les enfants, la bataille commune contre la maladie, l’espoir des rémissions, le désespoir des rechutes, l’acceptation de l’inévitable, la mort, l’après pour ceux qui restent mais aussi pour Alice. Toutes les étapes sont écrites, sans pathos, avec pudeur et justesse mais surtout de manière très directe.

L’auteur de l’article du Matricule des Anges soulignait justement cette manière sans détour de dire les choses, qui pour lui en faisait un très bon texte pour les enfants. Il faisait ainsi remarquer l’absence d’images, de métaphores, de « longue maladie ». Les événements mais aussi les sentiments sont décrits de manière sincère et vraie, pour dire la vérité à des enfants. Ce n’est pas une famille parfaite, la petite malade est malade, elle souffre, n’a pas forcément le sourire, il n’y a pas d’happy end. C’est une pièce qui est complètement ancrée dans la réalité.

Pour moi qui suis adulte, le texte est extrêmement bouleversant parce qu’en tant qu’adulte, je trouve difficile d’admettre que dans nos sociétés médicalisées des enfants puissent souffrir.

Quand j’étais adolescente, vers 10-12 ans, j’ai lu un été un livre sur la mort, suite à une maladie aussi, d’un petit garçon, racontée du point de vue du petit frère. Je me rappelle avoir été traumatisé tout l’été par cette lecture parce que c’était la première fois que je prenais conscience que même mon frère (qui est comme un dieu pour moi) pouvait mourir, alors qu’auparavant j’avais toujours pensé que la mort était réservée aux adultes. Au début de ma lecture, sans connaître plus que cela le travail de Suzanne Lebeau, j’étais donc très réservée sur la compréhension que pouvait avoir un jeune enfant (à partir de 6-7 ans tout de même) de ce type de texte et surtout sur les conséquences sur lui. Dans la postface de la pièce, il est expliqué que cette pièce a été montée au Québec et a été présentée à des enfants d’un niveau équivalant au CE1 et au CM2. L’auteure explique que de manière surprenante les enfants ont mieux compris et ont mieux accepté que les adultes, qui eux ont un sentiment proche du mien sur ce « dernier tabou que notre société médicalisée et hyper sécurisée tente d’occulter : la mort de l’enfant ».

Elle dit aussi qu’un enfant de cet âge n’a pas peur de la mort ; il a peur de faire de la peine à ses parents. À partir du moment où l’enfant voit que les parents acceptent, il part serein. C’est quelque chose que je ne savais pas mais c’est ce qui se passe dans cette pièce.

À partir de là, je me suis demandé à partir de quand on interprétait comme un adulte cette pièce. Je me suis demandée si justement ce n’était pas à l’adolescence, à partir du collège, quand on perd son enfance finalement.

Je m’interroge aussi pour savoir si la lecture de la pièce est faite pour des enfants. Visiblement, la pièce oui mais quel est l’impact d’une simple lecture ? Quel rôle joue la discussion qui a dû avoir lieu après la représentation ?

Une lecture très forte donc. Je lirais sans aucun doute la pièce de Suzanne Lebeau sur les enfants soldats, qui a l’air aussi marquante. J’aimerais bien avoir l’avis de gens qui ont des enfants ou de professeur sur ce type de texte, sur l’interprétation que peuvent en faire des enfants suivant leurs situations personnelles …

Références

Trois petites sœurs de Suzanne LEBEAU (éditions Théâtrales / Jeunesse, 2017)

8 réflexions au sujet de « Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau »

  1. « Pour moi qui suis adulte, le texte est extrêmement bouleversant parce qu’en tant qu’adulte, je trouve difficile d’admettre que dans nos sociétés médicalisées des enfants puissent souffrir. » on est tous pareil il me semble….

  2. Non seulement je note ce titre et cette pièce qui aborde des thèmes qui m’intéresse (merci !), mais en plus, je dois avouer que, une fois de plus, votre billet me touche par sa sensibilité; on sent votre émotion, c’est très beau. Vous avez vraiment une belle plume 🙂

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