Narayama de Shichirô Fukazawa

Déjà, bonne année ! puisque c’est le premier billet de l’année, qu’elle soit heureuse, que vos projets se réalisent, que vous gardiez ou retrouviez la santé, selon votre situation, et surtout je vous souhaite une année remplie de bonnes lectures.

Pour l’instant, l’année n’a pas encore commencé pour moi puisque mon nouveau projet professionnel n’a pas encore commencé … Par contre, du côté des lectures, j’ai plein de projets, comme d’habitude.

Pour Noël, outre des livres de Niki et Lewerentz, j’ai reçu Le dit du Genji de Murasaki Shikibu que je suis en train de lire mais bon, il y a 1500 pages et je n’arrive à lire que 25 pages par 25 pages. Cela va donc prendre du temps (par contre c’est une excellente lecture, et le mot est faible).

Pour mon anniversaire, j’avais demandé à mon frère les pléiades de Kafka et j’ai obtenu celles d’Emmanuel Kant, parce que d’après mon frère c’est pareil, cela commence par un K (mon frère n’est pas un très grand lecteur et je vous passerai le commentaire de mon père sur la manière de retenir le nom de Kafka). Donc si quelqu’un a un conseil pour commencer à lire (et à comprendre) Emmanuel Kant, je prends. Parce que je pense qu’il va me falloir un certain temps pour comprendre quelque chose, vu que ma formation philosophique a duré un an (en terminale).

Ma cousine m’a offert un abonnement à Audible. J’en profite pour écouter les exclusivités Audible, car pour les autres livres audio, j’utilise la bibliothèque et franchement c’est plutôt pas mal par exemple (on peut écouter Le Procès de Kafka, lu par Barnaby).

Ma prof d’allemand m’a offert un calendrier : une semaine par page, où un auteur publié par l’éditeur, qui publie le calendrier, est mis en avant avec un extrait et un résumé d’un livre. Mais aussi, sous tous les jours, il y a les écrivains qui sont nés ou morts ce jour-là. Par exemple, je peux vous dire qu’aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Julian Barnes et qu’hier c’était celui de Peter Stamm. Bien sûr, tout cela est en allemand mais je me demande pourquoi Gallimard ne se lance pas là-dedans puisqu’il fait déjà de la papeterie.

Mais, mon plus chouette projet de l’année que je réalise grâce à ma belle-sœur, c’est la visualisation de mes lectures autour du monde. Je m’explique, elle m’a offert une carte du monde et aussi d’Europe à gratter et quand je lis un livre d’un pays, je gratte le pays. L’idée n’est pas de moi (je l’ai prise sur YouTube) mais j’adore cela. D’abord, je fais des progrès en géographie mais c’est un tel plaisir de gratter cette carte qui est affichée au mur, face à mon bureau. Par contre, je ne me mets pas la pression pour lire tout en moins d’un an ou ce genre de chose. Pour l’instant, le Pakistan et le Japon sont grattés. Et je vais donc vous présenter le livre japonais, après cette très très longue introduction.


Je continue quand même ce billet par une courte introduction, pour dire que ce livre est depuis longtemps dans ma PAL et j’ai profité d’une commande chez Momox pour le commander (et pour avoir les frais de port gratuits).

Cette nouvelle de 150 pages a été publiée pour la première fois en 1956 au Japon, en 1959 en France. L’auteur sort un peu des normes par rapport aux écrivains que l’on a l’habitude de lire. Il est « né à Isawamachi, préfecture de Yamanashi, dans une région montagneuse du Japon central où le relief rend la terre ingrate et maintient l’homme à l’abri des influences extérieures, Shichirô Fukazawa ne poursuivit pas ses études au-delà du premier cycle secondaire qui se terminait, dans le régime en vigueur alors, vers la seizième année ». Il s’est formé seul à la littérature et a commencé très tôt à écrire.

L’histoire est située dans le même type de région, que celle où l’auteur a grandi (Bernard Frank insiste dans sa postface pour dire qu’il s’agit bien roman et non d’une étude sociologique). Ainsi, on arrive dans une petite communauté au moment où O Rin s’apprête à franchir le cap des 70 ans et à faire le pèlerinage de Narayama, un pèlerinage que font toutes les personnes âgées, avec leur fils aîné, vers la montagne où vivrait le dieu Narayama. Mais en attendant, O Rin a beaucoup de soucis, en plus de celui de préparer son pèlerinage. Son fils a perdu sa femme ; en allant au ramassage des marrons, elle a roulé au fond d’un ravin. Elle laisse quatre enfants, dont certains en bas âge, mais aussi un adolescent. O Rin doit s’occuper de trouver une nouvelle femme pour son fils, de marier son petit-fils (il a déjà trouvé quelqu’un et l’a mise enceinte) mais aussi d’assurer la transmission de son savoir.

On va suivre la vie d’O Rin pendant cette année et découvrir par ce biais la vie, les traditions et les croyances de cette petite communauté. Le titre de la nouvelle est en réalité Étude à propos des chansons de Narayama et c’est par ce biais que l’on va aussi découvrir ce village de montagne. En effet, pour chaque occasion, il semble y avoir une chanson / comptine et l’auteur nous explique au fil du texte ces chansons. On y comprend notamment la simplicité de leur vie, l’importance de la nourriture, de ne pas la gâcher tellement elle est rare. Un fait un peu coquasse : O Rin a tellement honte de ses dents qui sont encore saines (et surtout toutes là) qu’elle veut se les casser en tapant dessus avec une pierre. En effet, des dents saines, exception dans le village, signifient que l’on mange bien et que l’on est donc quelqu’un de vorace. Un autre fait bien plus triste : les habitants tuent une famille entière qui avait volé dans les potagers des pommes de terre (en fait, ils « disparaissent »).

Le livre a le ton d’un conte : on est touché par la sincérité et la simplicité de l’écriture, qui s’adapte parfaitement à la description de la vie de ces gens. Il est dur de ne pas raconter la fin, qui est à pleurer, et extrêmement marquante. Elle est racontée dans beaucoup de commentaires mais personnellement, je n’avais pas compris cela en lisant le texte. A posteriori, je me dis que je n’ai pas été très maligne mais je pense que ne pas connaître la chute renforce le texte, puisqu’on se concentre plus sur ce qui fait la vie de ces gens, que sur ce qui va mener à cette fin.

Une très belle lecture que je vous conseille. Ce livre a été, par la suite, adapté en film (la couverture est d’ailleurs tirée du film). Est-ce que parmi vous quelqu’un l’a vu ?

Un autre avis de lecture (très négatif) sur Lecture / Écriture.

Références

Narayama – Étude à propos des chansons de Narayama de Shichirô FUKAZAWA – traduit du japonais, préfacé et postfacé par Bernard Frank (Folio, 2004)

10 réflexions au sujet de « Narayama de Shichirô Fukazawa »

  1. Très belle année à toi aussi Cécile, je suis sûre qu’elle le sera, avec ces beaux projets et ces beaux cadeaux que tu as reçus. Pour Kant, je ne peux pas t’aider, comme toi, je n’ai abordé la philo qu’en terminale (et ça remonte…) mais l’anecdote du cadeau m’a bien fait rire !! Je suis très curieuse de lire ton avis sur Le dit du Genji, dont j’ai entendu parler (toujours en bien) mais auquel je n’ai jamais osé m’attaquer..

    1. Je ne sais même pas comment je pourrais rédiger un vis sur Le Dit du Genji, parce que 1500 pages et parce que tellement riche, tellement de choses. C’est juste impressionnant d’avoir un roman d’une telle profondeur pour l’époque (je lui aurait donné quatre à cinq siècles de plus). Après la traduction chez Verdier est compliquée : il n’y a pas de commentaires, pas de notes et pas franchement d’aide pour le lecteur. Il faut s’accrocher. Au début, je voulais le lire en anglais pour me faire une idée de l’histoire et des personnages car la traduction semble plus abordable. Mais il y a les poèmes … Je me contente du français et quand j’ai des doutes sur ce que je comprends, je regarde sur internet. J’hésite à m’offrir le livre d’initiation pour l’instant. C’est un premier avis.

  2. Une très bonne année 2019 à toi. Le dit du Genji me tente depuis que j’ai lu Le dit de Murasaki… du coup, un jour… 25 pages à la fois. Peut-être!

    1. Je vais aller voir ton avis sur ton blog sur Le dit de Murasaki, parce que je veux le lire après. Il vient en plus de ressortir en poche. Pour le Dit du Genji, comme tu es bilingue, je te conseille de l’aborder en anglais car apparemment la traduction est plus abordable, tout en respectant plutôt le texte. C’est en tout cas, ce qui est dit dans le MOOC d’Harvard sur les chef d’oeuvre de la littérature mondiale -> pour avoir lu quelques extraits, il me semble que c’est le cas. Après moi, ce sont les poèmes qui m’ont fait peur. Ou sinon, il paraît qu’une nouvelle traduction est en cours, avec peut-être des partis pris différents. Sinon, pour l’édition Verdier, oui mieux vaut lire tranquillement pour ne pas se retrouver avec des personnages qu’on ne connaît pas au milieu du texte.

  3. Très bonne année 2019 pour commencer (et merci pour l’anecdote Kafka/Kant, je n’y aurais jamais pensé :-)). Serait-il possible d’avoir les références de ce calendrier allemand, je trouve que c’est une excellente idée, et j’aimerais encore l’acheter si possible. Merci!

    1. Pour le calendrier, moi j’ai le « Arche Literatur Kalender 2019: Lesen und Leben » qui met en avant les publications de la maison Arche (on le trouve sur Amazon.de à cette adresse : https://www.amazon.de/Arche-Literatur-Kalender-2019-Lesen/dp/3716094005/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1547966948&sr=8-2&keywords=kalender+literatur+2019 ) mais il y en a pas mal d’autres il suffit de faire une recherhce avec les mots clés Literatur+Kalender+2019. Cela a l’air assez courant. C’est pour cela que je ne comprends pas que Gallimard ne s’y soit pas mis.

    1. J’avais repéré ce commentaire que je trouve excellent. Avez-vous vu que cette année il y a un cours sur Le Dit du Genji au Collège de France ? C’est disponible sur internet mais je n’ai pas encore essayé.

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