Tempête de J. M. G. Le Clézio

TempeteLeClezioÇa y est, je l’ai fait : 20 ans de désamour entre Le Clézio et moi se sont finis sur ce livre (lui il ne savait pas que je fuyais ces livres comme la peste et je pense que cela ne le chagrinait même pas). Premier livre que Mme De Vries, mon professeur de français de 6ième (et de 5ième), nous a fait lire : Mondo et autres histoires. Je ne me rappelle absolument pas de quoi cela parle mais juste que quand la prof nous a demandé de résumer l’histoire, personne n’a su. J’en ai été traumatisé (elle nous a aussi fait lire Poil de carotte et je déteste ce livre tellement il m’a ennuyée). Il a donc fallu toute la persuasion de mon libraire (quand il met une petite étiquette c’est trop bien parce que …, je ne résiste pas car je sais que lui sait choisir un livre en littérature française) et l’ensemble de toutes les critiques positives pour que je l’achète mais aussi mes vacances pour avoir l’esprit bien reposé et ouvert à ce genre de littérature et cela a marché !

Je laisse Le Clézio présenté son livre

En anglais, on appelle « novella » une longue nouvelle qui unit les lieux, l’action et le ton. Le modèle parfait serait Joseph Conrad. De ces deux novellas, l’une se déroule sur l’île d’Udo, dans la mer du Japon, que les Coréens nomment la mer de l’Est, la seconde à Paris, et dans quelques autres endroits. Elles sont contemporaines.

Bien sûr, ce n’est pas un entretien spécial pour mon blog mais plutôt la quatrième de couverture qu’il a rédigé lui-même.

La première « novella » s’intitule Tempête. Elle raconte l’histoire d’une relation amitié (amour pour une des parties) entre une adolescente de 13 ans et un écrivain-journaliste venu s’isoler ici pour retrouver son passé. La narration est une alternance entre ces deux voix. L’adolescente, June, a une mère célibataire que le père a abandonné avant la naissance de l’enfant (pour repartir dans son pays, peut être les États-Unis, en tout cas un pays anglophone). Pour survivre, la mère est devenue pêcheuse d’ormeaux. Métier hautement dangereux exercé par des vieilles femmes et qui attire donc forcément June. Plus exactement, leurs libertés, leurs aisances, l’océan aussi la font rêver par rapport à un monde où on se moque d’elle car elle n’a pas de père. Elle est donc très seule jusqu’au jour où elle rencontre Philip Kyo, journaliste-écrivain qui revient après 30 ans dans cette île, qu’il a quitté après le suicide de sa compagne (elle est rentrée volontairement dans la mer sans jamais en ressortir). Lui aussi porte en lui une souffrance : celle de ne pas avoir aider une femme qui était en train de se faire violer par quatre soldats pendant la guerre. Il a fait de la prison pour cela mais il revoit toujours le regard de la femme le suppliant en silence. Tempête raconte cette histoire, qui va faire grandir et évoluer les deux personnages.

La deuxième « novella » est intitulé Une femme sans identité. On suit la narratrice de son enfance à sa vie d’adulte. Elle est née en Afrique, dans la famille Badou. Plus exactement, elle vit avec son père Monsieur Badou, sa belle-mère Madame Badou et sa demi-sœur Bibi ou Abigail. Elle ne porte pas ce nom car son père ne le lui a pas donné. Elle est née d’un viol, son père l’a reconnu (parce qu’il y a été forcément par la mère de l’enfant qui du coup l’a abandonné). Elle apprend tout cela par hasard un jour en écoutant son père et sa belle-mère, qui la traite de démon (la petite fille le prend au premier degré bien évidemment). En fait, elle n’a pas de nom, pas d’identité. Tout va bien tant que les Badou sont riches : la narratrice a sa sœur qu’elle adore par dessus tout pour compagne de ses malheurs. Vient la déchéance financière et ensuite la fuite en métropole à cause de la guerre. Entre temps, les Badou se sont séparés. La narratrice va avec sa belle-mère et sa sœur. En plus du déracinement, commence alors une vie où la narratrice va sombrer et s’effacer de plus en plus, pour n’être plus personne avant de redevenir quelqu’un avec l’aide de quelques personnes.

Ce que j’aime dans la présentation de Le Clézio, il dit ce qui n’est pas important dans ses deux textes. Ces histoires se passe dans un lieu, à une époque mais typiquement cela pourrait ne pas être le cas. Par exemple, la deuxième histoire se passe à Paris et dans sa région. J’y habite et franchement cela aurait pu se passer ailleurs, je n’aurais pas vu la différence. Il écrit des noms de lieux, les décrit sommairement mais on n’y prête pas attention. Ce que l’on retient c’est surtout la sensation qu’en ont les personnages. Pour le temps, plutôt que contemporain, j’aurais choisi moderne. Cela aurait pu se passer en 1960 par exemple. C’est pour cela que ces deux novellas ressemblent plutôt à des contes ou des fables.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, ce sont les personnages des deux « héroïnes ». Ce sont toutes les deux des filles-femmes qui prennent leurs vies en main, qui sont décidées à n’être que ce qu’elles ont souhaité. Ce sont des gens forts malgré une faiblesse apparente. Toutes les deux se distinguent du reste du monde par leurs physiques qui dénotent dans leurs environnements.

Pour l’écriture de Le Clézio, j’ai été assez surprise car je pensais que c’était alambiqué avec des phrases longues et incompréhensibles. En fait, pas du tout. Les phrases sont normales, c’est très poétique, plein d’images, de rêveries et de contemplations (les personnages contemplent). Par contre, dans l’ensemble cela m’a donné l’impression d’un mouvement ressemblant à celui d’une marée montante. On s’enfonce de plus en plus loin, par à coup.

En conclusion, je retenterai volontiers Le Clézio, si mon libraire me le conseille.

Références

Tempête – Deux novellas de J. M. G. LE CLÉZIO (Gallimard, 2014)

 

6 réflexions au sujet de « Tempête de J. M. G. Le Clézio »

    1. Ce qui est sûr, c’est que je ne conseille pas Mondo et autres histoires. J’ai aussi souvenir d’un club de lecture de la blogosphère (à l’occasion de son prix Nobel je pense) où beaucoup d’avis étaient que c’étaient un auteur difficile.

  1. J’ai connu Le Clezio de loin, à l’Université de Nice, que nous avons fréquentée dans les années 60-68. J’ai aimé son premier roman, puis le temps a fait son travail et je ne l’ai lu que de façon sporadique, jusqu’au jour où j’ai trouvé son texte sur Leila qui marche dans le désert et cela m’a ramené à lui. Il est le grand écrivain du Xxe et XXIe siècles de par son intérêt pour ces cultures malmenées mais si importantes. L’Africain, son roman sur son père m’a amené à me souvenir du mien aussi en Afrique. Je l’ai aussi rencontré au Guatemala, le pays de tous les rêvrs qui peuvent tournermal.
    Ami.
    Jean-Pierre de Villers

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.