Junky de William S. Burroughs

J’ai voulu lire ce livre car il y avait un homme à moitié nu sur la couverture. Non, je rigole ! Burroughs pour moi n’était qu’un nom associé à Jack Kerouac, un peu moins à Allen Grinsberg (qui lui aussi est un nom plutôt qu’une personne). Tout cela pour dire que la beat generation, pour moi, ce n’était que Sur la route, dont je n’ai même pas dépassé la vingtième page quand j’étais adolescente. Toute une culture littéraire à faire donc. L’autre jour, je feuilletais 1001 qu’il faut avoir lu dans sa vie (qui vient de sortir en poche ; je vous le conseille car c’est un livre qui est très loin de la liste de classiques dont on a tous entendu parler, que le choix subjectif est assumé et que le livre se voit plutôt comme une invitation à découvrir qu’à être exhaustif). J’en étais à je feuilletais et le livre est présenté comme un des livres les plus intéressants de Burroughs et des plus accessibles car il est très personnel (c’est le premier). Je voulais aussi lire Burroughs depuis que j’ai lu l’histoire de comment il a tué sa femme en jouant à Guillaume Tel.

Quatrième de couverture

« On devient drogué parce qu’on n’a pas de fortes motivations dans une autre direction. La came l’emporte par défaut. J’ai essayé par curiosité. Je me piquais comme ça, quand je touchais. Je me suis retrouvé accroché. La plupart des drogués à qui j’ai parlé m’ont fait part d’une expérience semblable. Ils ne s’étaient pas mis à employer des drogues pour une raison dont ils pussent se souvenir. Ils se piquaient comme ça, jusqu’à ce qu’ils accrochent. On ne décide pas d’être drogué. Un matin, on se réveille malade et on est drogué. »

Premier ouvrage de Burroughs, Junky décrit la réalité crue d’un héroïnomane en errance, doué du regard terriblement lucide de l’écrivain. De New York à Mexico, William Lee, double romanesque de l’auteur, fait l’expérience de la came, de la privation, de la prison et de la fuite. Un livre qui fit scandale lors de sa première publication, et qui laisse présager l’œuvre à venir.

Mon avis

Je tiens à préciser que ma lecture a été un peu influencée par la préface d’Allen Grinsberg qui présente le contexte de l’écriture et de la publication.

Ce livre m’a beaucoup plu même si j’en aurais aimé plus. William Burroughs décrit cliniquement, froidement, les mécanismes de la drogues ou comment on devient accro à la drogue. Quand je vous dis cliniquement, c’est qu’il va jusqu’à préciser les doses et leurs fréquences pour devenir accro avec telle ou telle drogue. Il décrit les effets ressentis, les bons comme les mauvais, comment évaluer la qualité de la drogue, les arrestations par la police, les cures de désintoxication, les symptômes du manque, de la désintoxication … Si vous êtes un peu fleur bleue ou si vous n’aimez pas que la littérature parle crument du corps, clairement, passez votre chemin.

Pour les autres, que peut-on trouver dans ce livre ? Une évocation des États-Unis au travers d’un destin personnel ou un destin personnel dans une Amérique en mouvement. C’est un livre très personnel puisque c’est la description de l’évolution d’un corps, celui du double littéraire de l’auteur, de sa vie aussi. Il parle de sa femme, de ses amis, de son destin, il a eu une famille heureuse, il a été à l’école … Il est à contre-pied de tous les préjugés que l’on peut avoir sur les drogués. Il montre comment il en est arrivé là, un peu par hasard comme qui dirait. À travers lui, on voit aussi le changement de la perception des autorités du pays : d’une tolérance très grande à une tolérance zéro (les gens se réfugiaient alors au Mexique) au fur et à mesure que le phénomène se propage à toutes les couches de la société.

Ce qui m’a un petit peu gêné, c’est l’aspect décousu du livre. Il y a un manque de transitions plus que certains, des répétions aussi. Le livre est cependant clairement mieux écrit que ce que je pensais (les traces de Sur la route …). Malgré un côté très froid, on arrive à voir la personne et ce qu’il pense.

Ce qui m’a manqué : comprendre quand le livre a été écrit. Pendant que l’auteur se droguait (sur le moment, quand il est devenu accro) ou après ? Comprendre comment il vivait et surtout de quoi ? Comprendre ses relations avec sa femme et surtout comment elle vivait tout cela ? Je crois que cela n’est pas dans le style de l’auteur, ni dans sa volonté d’ailleurs.

J’ai lu, sur amazon je crois, que ce livre était emblématique de l’écriture de la beat generation. Je suis bien tentée d’en lire d’autres pour le coup.

Le premier paragraphe

Je suis né en 1914 dans une maison de brique de trois étages, bien bâtie et située dans une grande ville du Midwest. Mes parents étaient aisés. Mon père possédait et dirigeait une affaire de bois. La maison avait une pelouse sur le devant, une arrière-cour avec un jardin, une mare à poissons, le tout entouré d’une haute barrière de bois. Je me rappelle le lampiste qui allumait les réverbères à gaz dans la rue et l’énorme Lincoln noire et luisante qui nous emmenait promener le dimanche dans le parc. Tous les accessoires d’un mode de vie sûr et confortable qui a maintenant disparu à jamais. Je pourrais vous servir un de ces blablas nostalgiques à propos du vieux docteur allemand qui habitait la maison voisine et des rats qui couraient dans la cour et de la voiture électrique de ma tante et de mon crapaud favori qui vivait près de la mare à poissons.

Références

Junky de William S. BURROUGHS – préface d’Allen Grinsberg – traduit de l’américain par Catherine Cullaz et Jean-René Major – édition revue et complétée par Philippe Mikriammos (Folio, 2008)

Première parution en américain en 1953 et en français en 1972.

 

8 réflexions au sujet de « Junky de William S. Burroughs »

  1. pas très gai tout ça 😕
    allen ginsberg est un des « gurus » de la contre culture, considéré comme le fondateur de la beat generation et poète – j’avais vu interprété au théâtre à l’époque, son « Kaddish », un long poème dédié à sa mère décédée – assez « aride », mais intéressant 😉

    1. Comment tu fais le premier smiley ? Allen Ginsberg : je ne sais pas si je veux vraiment le découvrir tout de suite. Ce sera plutôt d’autres livres de William Burroughs (je ne savais même pas qu’il en avait écrit autant) ou de Kerouac (depuis que j’ai vu tous les folio alignés à Gibert ; je croyais qu’il n’avait écrit que Sur la route, la honte !)

  2. « J’ai voulu lire ce livre car il y avait un homme à moitié nu sur la couverture. »
    Évidemment que c’est pour ça que tu as voulu le lire.

    1. Non, non, non … Il faut quand même avouer que cela ne gâche rien quand tu refermes le livre parce qu’il a pas franchement l’air moche. De dos, en tout cas, c’est l’effet qu’il me fait.

  3. Toutes les raisons sont bonnes pour lire un livre 😉 Ta réflexion sur la couverture m’a fait rire. J’ai lu beaucoup de livres issus de la Beat Generation à la fin de l’adolescence, début de l’âge adulte. Ça me plaisait vraiment cette période un peu rebelle, à contre-sens de la société. Mais je n’ai jamais lu Burroughs. Ce livre pourrait me plaire je crois.

    1. Quand je l’ai commencé, je m’imaginais même qu’il irait plus loin dans le côté rebelle. La préface remet dans le contexte car aujourd’hui, cela semble moins rebelle. Ce que j’ai aimé, c’est qu’il analyse son comportement. Il n’est ni tout pour ni tout contre, J’ai aimé ce côté froid. Et si la Beat Generation c’est comme cela (ce que tu dis à l’air de le confirmer) je vais m’y mettre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.