Anaïs ou les Gravières de Lionel-Édouard Martin

Présentation de l’éditeur

Un journaliste, mélancolique, désœuvré, accablé par un deuil, mène l’enquête auprès de ceux qui ont connu Anaïs, jeune fille assassinée. Sur son chemin, il croise des personnages atypiques : Petite Louis, le grand Mao, Toto Beuze, le Légionnaire … Au prétexte d’un meurtre, Lionel-Édouard Martin, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, né dans la Vienne en 1956, détourne la notion d’enquête et transgresse toutes les règles du roman policier. Si du genre il conserve la tension caractéristique, c’est pour mieux dire les incertitudes de l’existence et dresser le portrait d’hommes et de femmes aussi singuliers qu’ordinaires.

Deux citations

Écrire, c’est peut-être, simplement, s’asseoir en face de soi-même, endosser tous les rôles, parler dans la « personne »- ce masque.

J’ai rendez-vous dans le centre-ville, sur ces hauteurs d’où source la parole : siège de L’Écho du Poitou, en face du lycée chic, à quelques pas de la préfecture. Verbiage insignifiant des journalistes. Leurs mots calibrés, passés au crible. Gravières du langage ; et que bâtir avec, qu’une langue sans profondeur, nue d’imaginaire, cadencée selon les rythmes mous des idées du jour, cette espèce de poumon froid qu’on donne aux bêtes, après découpe du souffle et conditionnement en barquettes de plastique ?

Mon avis

En ce moment, je ne fais pas grand chose à part déprimer, cafarder et tout ce que l’on veut. Pour me consoler, je traîne à la librairie où je regarde les conseils du libraire et comme j’ai peur qu’il ne veuille plus m’accueillir pour me détraumatiser de mes journées de travail, je lui achète des livres (le libraire me parle même des fois ; j’ai envie de lui dire que ce n’est pas nécessaire parce que j’en ai ras le bol des gens qui me parlent alors que je ne leur ai rien demandé)(je vous ferais bien un billet spécial là-dessus mais comme ma « ligne éditoriale »(j’ai lu que même pour un blog qui ne sert à rien on peut dira cela alors je fais ma savante) c’est de parler de ma vie et de mes lectures dans le même billet, parce que c’est intimement lié tout de même, vous n’y aurez jamais le droit à ce billet).

Tout cela pour dire que j’aurais du lui dire au libraire que j’étais déprimée parce qu’alors il m’aurait peut être déconseillé ce livre.

L’écriture est magnifique. Elle est tout ce que j’aime : elle vous assène des vérités toutes crues sur votre vie, des vérités que vous connaissez mais qui font mal quand elles sont écrites. L’auteur ne sert pas des mots pour vous écrire une histoire triste ou tragique mais il vous insuffle quelque chose, un souffle nouveau, qui peut vous toucher ou non. C’est pour cela que j’ai choisi de mettre les deux citations sur l’écriture car j’ai un peu l’impression que c’est sa vision des choses. Je trouve que c’est suffisamment rare pour être souligné, un auteur qui n’est pas seulement un raconteur d’histoire.

Les personnages du livre sont assez tragiques car ce sont des invisibles de la vie de tous les jours. Une femme, dans une cité en province, vient de perdre sa fille assassinée par on ne sait pas trop qui ; l’auteur du crime n’a pas été retrouvé. Le journaliste, qui lui aussi vit un deuil (son amie est morte dans un accident de voiture avec son amant, dont le journaliste ignorait l’existence bien évidemment ; c’est même lui qui a eu l’occasion d’écrire la nécrologie de ces deux personnes)(privilège d’être tout seul comme correspondant du journal dans la ville), est intéressé par cette histoire car il veut se rapprocher de la solitude de la mère (en fait c’est l’impression que j’en ai eu). Elle lui raconte son histoire, celle d’un jeune fille, tombée amoureuse d’un des ouvriers du chantier de démolition d’une des barres, qui tombe enceinte, qui se retrouve seule à élever l’enfant, qui devient une adolescente, qui se fait tuer. L’enquête (pour retrouver le père en fait) le mène au chef de chantier, gros entrepreneur de la région. Elle le mène aussi à aune solitaire qui sait tout et voit tout. Tout cela mènera au suicide d’un personnage. Cela n’aidera même pas le journaliste (j’ai eu l’impression qu’il était toujours déprimé à la fin du livre lui aussi). Il ne fait pas beau non plus dans le Poitou et tous les personnages sont gris. Ils ne semblent pas avoir d’avenir ; ils sont juste condamnés à continuer de vivre une vie qui ne semble mener nulle part et cela, l’auteur le dit très bien.

En conclusion, mon moral, à la fin de cette lecture, était toujours au niveau de mes chaussettes (celles sans élastiques qui glissent tout le temps de préférence).

Références

Anaïs ou les Gravières de Lionel-Édouard MARTIN (Les éditions du sonneur, 2012)

4 réflexions au sujet de « Anaïs ou les Gravières de Lionel-Édouard Martin »

  1. Bonjour,

    Je m’adresse à vous comme lecteur, mais aussi comme éditeur de ce texte de Lionel-Edouard Martin, et tenais à vous remercier de lui avoir donné ce joli écho.

    Je crois que vous visez juste lorsque vous laissez entendre que cette écriture va au-delà de l’écriture – en effet, elle « insuffle » quelque chose. Les livres de LEM (c’est ici son 10ème roman) ne sont jamais spécialement gais, en effet ; ils n’ont pas de sombres desseins, ils ne se complaisent dans aucune noirceur, mais on en sort toujours avec l’impression que ses personnages subissent le poids de l’Histoire et du monde, ce que, de l’existence, on pourrait désigner comme son pan de fatalité. En même temps, il y a cette langue, qui, justement, « insuffle » beaucoup de matière et de vitalité à ces personnages.

    Je vous invite sincèrement à vous penchez sur son oeuvre. Elle demeure encore assez méconnue, mais ce sont des lecteurs et lectrices telles que vous qui peuvent mettre fin à cette anomalie.

    Je me permets de vous indiquer la page Facebook (publique) dédiée au livre : https://www.facebook.com/pages/Ana%C3%AFs-ou-les-Gravi%C3%A8res-LIONEL-EDOUARD-MARTIN/252852428117469

    Ainsi bien que le site des éditions du Sonneur… / http://www.editionsdusonneur.com/

    Bien cordialement,
    MV

    1. Bonjour,

      merci pour ce long et gentil commentaire.

      Je crois que c’est exactement cela qui m’a déprimé « les personnages qui subissent le poids de l’Histoire » car j’ai tendance à être très (trop) empathique dans mes lectures (d’un autre côté, c’est bon signe car cela veut dire que j’arrive à me mettre dans les personnages, ce qui n’est pas donné avec tous les romans). L’écriture insuffle une humanité aux personnages, comme si vous les aviez devant vos yeux ou plus exactement comme si vous les connaissiez depuis longtemps en ayant vécu à côté.

      Je vais suivre votre conseil et me pencher sur l’œuvre de cet auteur car clairement, l’écriture m’a énormément séduite (en plus, j’ai vu qu’une partie était publiée chez Arléa et j’ai toujours fait de belles découvertes avec cette maison d’édition comme avec la vôtre d’ailleurs).

      Bien cordialement,

      Cécile

    1. Il a une très jolie écriture mais il faut être en forme pour lire ce livre. D’un autre côté, le commentaire du monsieur au dessus me donne bien envie de continuer à découvrir cet auteur.

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