Le complot – l’histoire secrète des Sages de Sion de Will Eisner

Présentation de l’éditeur

Comme un texte inventé de toutes pièces peut-il circuler depuis cent ans et provoquer des revirements politiques fracassants ? Will Eisner retrace avec génie toute l’histoire de ce faux « complot juif » monté au début du XXe siècle pour attiser l’antisémitisme régnant en Europe et en Russie : les Protocoles des Sages de Sion justifient les pires intentions, et leur diffusion connaît un succès retentissant avant et pendant la Première Guerre mondiale. Un journaliste britannique du Times découvre la supercherie en 1921 : les Protocoles sont une copie presque conforme d’un obscur traité anti-bonapartiste, les Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, écrit par un dissident français en exil. Les « auteurs » des Protocoles n’ont eu qu’à remplacer les bonapartistes par les Juifs et le mot « France » par « le monde »…

On connaît donc la vérité mais rien n’y fait : les Protocoles sont utilisés par Hitler, le Ku Klux Klan et trouvent encore aujourd’hui des millions de lecteurs dans les pays arabes. Surpris par le destin insolite de ce plagiat, Eisner nous raconte son histoire avec un coup de crayon très expressif, drôle et noir, ironique et inquiétant. Des cadrages audacieux, d’impressionnantes pages titres, pour mieux dénoncer un mensonge qui sert la haine et l’antisémitisme.

Mon avis

C’est un roman graphique admirable. Will Eisner a fait le choix d’insister sur la propagation des Protocoles, plutôt que sur le contenu. Je trouve cela vraiment très intelligent car c’est la propagation qui fait le mal, une propagation qui ne veut pas cesser malgré la démonstration que c’est un faux. Ce que Will Eisner montre très bien c’est que les Protocoles s’auto-alimentent : on montre que c’est faux mais les gens le lisent et disent que l’on s’en fiche de la source car il montre les Juifs tels qu’ils sont. Paradoxalement donc, le texte est faux mais montre la vérité. C’est un faux raisonnement et les gens ne s’en rendent pas comptent ou ne veulent pas s’en rendre compte. C’est un cercle que certains ne peuvent pas rompre.

La narration est particulière car elle suit l’histoire par épisode (il n’y a pas de retour en arrière ou une narration linéaire). On ne sent pas ce côté séquentiel, Will Eisner ayant soigné ses transitions. À un moment du roman graphique, il compare les Protocles avec Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu. Je trouve que c’est osé car cela coupe complètement la manière que l’on a de lire (c’est là où on voit qu’un bd ne se lit pas de la même manière qu’un roman). Pourtant, c’est la démonstration la plus flagrante que l’on a à faire à une contrefaçon.

C’est une lecture à faire pour ce qu’elle nous apprend (les dessins ne sont pas particulièrement novateurs par exemple ; l’attrait est dans le « scénario » et la manière dont il est raconté).

Références

Le Complot – l’histoire secrète des protocoles des sages de Sion de Will EISNER – introduction de Umberto Eco – traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Emmanuel Dauzat (Grasset, 2005)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys pour la catégorie Romans graphiques / intégrales.

5 réflexions au sujet de « Le complot – l’histoire secrète des Sages de Sion de Will Eisner »

  1. J’ai emprunté cette BD lors de mon dernier passage en bib, je vais enfin découvrir Will Eisner (je ne regrette pas mon idée de challenge !).

    1. Je l’ai trouvé par hasard à la bibliothèque (le sujet m’intéresse donc je l’avais bien repéré avant) et après j’ai vu que cela pouvait rentrer dans ton challenge. J’ai fait le billet donc. Heureusement que tu ne regrettes pas l’idée de ton challenge ! manquerait plus que ça.

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