Le conservateur des antiquités de Iouri Dombrovski

Comme j’avais envie de Russie, j’ai écumé ma PAL (parce que c’est le plus simple et le plus rapide et après en général, je rajoute des livres parce que dans le livre de ma PAL, on en parlait d’autres). J’y ai trouvé ce livre de Iouri Dombrovski, écrivain soviétique (1909 – 1978). Sur la quatrième de couverture, on nous précise la biographie de l’auteur.

Diplômé des cours supérieurs Iouri Dombrovski est assigné  à résidence au Kazakhstan en 1932. Il travaille au Musée national d’Alma-Ata et commence à publier. Arrêté à cinq reprises, prisonnier dans les camps, il est libéré du bagne sibérien de Taïchet en 1957, puis réhabilité. Le Conservateur des antiquités le consacre comme l’un des plus grands romanciers soviétiques et le premier analyste perspicace du stalinisme.

Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur avant de l’acheter au salon du livre. Depuis, j’en ai rajouté un dans ma PAL sans même capter que c’était le même auteur. Il paraît que son ouvrage le plus connu c’est La Faculté de l’Inutile (mais bon, celui-là, je ne l’ai pas dans ma PAL).

Une citation

Une effroyable myopie (l’impuissance à raisonner historiquement) est sans doute le propre de tout despote. Il n’arrive pas à dépasser par l’esprit les cadres de sa propre vie. Il est incapable de regarder plus loin que son mausolée. (p. 196)

Quatrième de couverture

Ce conservateur des antiquités qui nous raconte son histoire est un fonctionnaire d’Alma-Ata, capitale du Kazakhstan [maintenant, c’est Almaty, la plus grande ville du pays, mais ce n’est plus la capitale, qui est elle, Astana], où les civilisations successives ont laissé leurs vestiges. Ainsi tourné, par goût et par métier, vers un passé prestigieux, il est aussi un témoin du présent, celui de la société stalinienne de 1937, de ce temps où la peur et la police étreignent la vie quotidienne. Mais il appartient lui-même à l’univers qu’il veut éclairer : c’est le Huron des contes philosophiques. Entre lune et terre, dans le clocher d’église transformé en salle d’étude, ce héros perché décrit la passivité des braves gens et leur accoutumance au tragique quotidien, l’absence de sens critique, l' »espionite », la justification tranquille de la délation par les meilleurs esprits, sur le ton d’un Fabrice del Dongo vivant sous une terreur quasiment onirique.

Analyse du phénomène stalinien comme manifestation du despotisme universel hérité de la Rome impériale et de Byzance, Le Conservateur des antiquités se situe au rang des chefs-d’œuvre de la littérature occidentale du XXe siècle.

Mon avis

À cause de mon manque de culture, je n’ai pas compris les analogies que l’auteur faisait avec Rome (la postface remarquable explique tout très clairement). Mais comme ce n’est qu’une petite partie, ce n’est pas grave (et je pourrais le relire quand je serais intelligente) car le reste m’a beaucoup intéressé.

En fait, surtout deux choses m’ont plu.

La première : le conservateur des antiquités loge dans une tour, une tour d’église reconvertie en musée, pour faire son travail, c’est-à-dire veiller sur les antiquités sur des périodes ancienne. Cet homme qui ne sera jamais nommé aime à rester dans cette période. Finalement, les seuls moments où ils quittent sa tour pour se jeter dans le présent ce n’est jamais à son initiative. C’est toujours les autres qui le ramènent parmi eux. Quand il est dans le présent, il n’a qu’un souhait c’est retourner vers ses antiquités. J’ai trouvé que c’était très marquant car dans l’histoire c’est un des seuls personnages à avoir des « doutes » sur les « informations » qui pouvaient être fourniers par les Autorités.

La deuxième chose qui m’a frappée, c’est le décalage entre l’ambiance supposée et l’ambiance réelle. La postface insiste dessus aussi (mais c’est mieux dit bien évidemment). Je m’explique. Les personnages sont tous sympathiques : du vieux menuisier au commissaire de la NKVD. Du coup, l’auteur nous décrit les actions, qui semblent tirées d’une pièce de théâtre absurde, mais on ne ressent pas la peur ou la terreur de se faire bientôt arrêté. Les personnages sont heureux et affrontent les proscriptions comme une petite difficulté quotidienne qu’il faut gérer comme tant d’autres choses. Ce décalage est vraiment frappant à la lecture.

Tout le monde est sympathique donc sauf pour les gens stupides, c’est-à-dire ceux qui appliquent sans réfléchir, qui appliquent en n’ayant en tête que la peur sans même se dire que peut-être ce qu’ils font n’a pas de sens (la monitrice qui décroche des portraits du musée car il pourrait éventuellement être déclaré par la suite des ennemis du peuple). Finalement, maintenant, que j’écris ces lignes, je pense que la quatrième de couverture a raison et que c’est cela qu’a voulu dénoncer Iouri Dombrovski.

Références

Le conservateur des antiquités de Iouri DOMBROVSKI – traduction du russe et postface par Jean Cathala (Culte fictions / La découverte, 2005)

6 réflexions au sujet de « Le conservateur des antiquités de Iouri Dombrovski »

  1. je manque encore moins de culture que toi, car je ne suis pas très douée en littérature russe, à part « guerre & paix », je n’ai lu que les livres autobiographiques de maxime gorki, ça m’en a guérit pour un certain temps

    1. L’année dernière, Verdier a sorti en poche son premier volume (le titre contient le mot singe). C’est celui qu’il me reste dans ma PAL. Oui, j’ai vu qu’il était épuisé quand j’ai cherché la couverture. Dans la postface, on cite plein de noms qui ont l’air géniaux mais ne sont plus édités. C’est triste tout cela.

  2. La couverture me fait penser à celle du Guide du Routard.
    Sinon tu me donnes envie de le lire bien sûr et il faudrait que je me remette à la littérature russe parce que je suis d’une inculture crasse dans ce domaine.

    1. Ben bizarrement la couverture je la trouve moche mais c’est ce qui m’a fait acheté le livre au salon car j’avais dévalisé le rayon et il ne restait que celui-là et cela parlait de Russie.

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