The Strange Return of Sherlock Holmes de Barry Grant

J’ai lu le premier ! Je rappelle, pour ceux qui ne suivraient pas, que la semaine dernière j’avais lu, avec mon extraordinaire reader (Fashion en parle mieux que moi), le second volume de cette extraordinaire série (n’ayons pas peur des mots). Il s’agissait de Sherlock Holmes and the Sakespeare Letter.

Ce premier volume suit en quelques sortes la trame d’Une Étude en Rouge (auquel il y même une référence avec le mot Rache). Dans une première partie, il y a la rencontre Sherlock Holmes, qui se présente sous le nom de Cedric Coombes, et James Wilson, le journaliste revenant dégoûté d’Afghanistan (je trouve que c’est vraiment excellent d’avoir utilisé ces guerres qui se répètent dans le temps). Les présentations se font dans le même contexte que dans le premier roman des aventures de Sherlock Holmes. Watson se retrouve sans logis après avoir décidé de se reposer dans un tout petit village. Il rencontre comme par hasard un ancien camarade d’Eton (que l’on retrouvera dans le second volume : c’est l’oncle), qu’il n’a pas vu depuis vingt ans, et à qui il parle de ses problèmes. Lui, se rappelle avoir entendu un excentrique qui cherche un colocataire pour louer un cottage plus grand que ce qu’il a actuellement. L’excentricité ici est aussi intéressante ici (et reflète bien l’univers de Barry Grant qui nous parle souvent de livres)  puisque Sherlock Holmes emporte chez lui des brouettes entières de livres d’occasion, qu’il ne lit pas forcément (mais il lit quand même énormément pour se remettre à la page) mais qui sont les sujets de déduction et d’analyse très profondes quant à leurs anciens propriétaires.

Cedric Coombes, alias Sherlock Holmes, a été retrouvé dans un glacier et a été ramené en Angleterre par le petit-fils de Lestrade (que l’on retrouve beaucoup dans ce premier volume ; il y a même l’explication de toute sa généalogie) et le Dr Coleman du St Bartholomew’s Hospital (parce que tout le monde a reconnu Sherlock Holmes. Je pense qu’il est intéressant de se demander si on en serait capable nous même).

La deuxième partie du livre porte justement sur cette histoire de glacier qui est nous est raconté tout en longueur, au moins 50 pages, et qui coupe la narration (comme dans Une Étude en Rouge). On y croit ou pas (mais alors je peux vous dire qu’il y a de la péripéties et des poursuites ; cela serait splendide au cinéma) : en 1914, il a été mandaté par le Roi d’Angleterre pour amener une valise plein de de souvenirs d’enfance au Kaiser (ils sont tous les deux les petites-fils de la Reine Victoria) pour l’attendrir et éviter la guerre. Barry Grant essaye de nous livrer une explication plus ou moins plausible pour justifier le fait que Sherlock Holmes est survécu à la congélation (c’est dû à la déshydratation pour votre information).

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que dans tout le livre Sherlock Holmes a vieilli et est moins dogmatique dans sa manière de résoudre les énigmes. En fait, Barry Grant arrive à reprendre les principales caractéristiques de Sherlock Holmes tout en faisant quelqu’un d’autre.

Computers are mere compilers and crunchers of facts. Yet facts alone, Watson … Wilson …, can never, however speedily compiled or crunched, solved anything of consequence. […] I mean any of the great mysteries of gravity, for instance. Or the mystery of why a man murders his wofe. Many years ago I too believed such problems could be solved merely by observing closely and analyzing logically. I believed that a problem was like a great river one must cross. You stood on the shore and by stepping from one logical stepping stone to the next, you eventually reached the far side. […] Anyway, long ago I imagined that I solved mysteries first by observing, then by analyzing facts I had accumulated by observing. But that is not how it is at all. I realize now that I always made an imaginative leap that landed me somewhere strange, and then I tried to prove by logic that my leap had landed me in the right spot. If not, I made another leap, till eventually I landed where logic could prove I was spot on.

Dans cet extrait, on voit bien le côté désabusé du personnage. Barry Grant tient compte du fait que Sherlock Holmes revient après 90 ans dans un glacier et ne le fait pas revivre tel quel. Il fait aussi plus volontiers s’exprimer Sherlock Holmes sur ses sentiments (en cela il différencie l’écriture de Wilson et de Watson).

Barry Grant fait aussi preuve de beaucoup d’humour en faisant des clins dans le livre à son propre livre.

Watson [Wilson ne se fatigue même pas à corriger], all is patern, repetition, variations on a theme. What you have done once in life, you do again – a prisoner of your own personnality, and of life’s natural cycles. […] I dare say, if a man lived long enough, everything in his life would repeat itself – in outline if not in fine detail. Have you not noticed, Watson, how often you are in a situation and you have the feeling you have been there before ? Déjà vu. And my belief is that in most cases you really have been there before. And sometimes you can recall the earlier situation, and sometimes not. […] Why should there not be fun and meaning in repetition ? You read the same book twice sometimes, do you not, Watson, and actually get more out of it the second time through ? You sometimes go to the same movie twice. […] Your life is a movie that keeps playing different but similar scenes over and over, and you enjoy it nonetheless.

Il y a un petit côté philosophique là-dedans, de la philosophie du même genre que celle d’Isabel Dalhousie

Pour ce qui est du mystère à résoudre, qui est posé dans la première partie et résolu dans la troisième : il s’agit de retrouver le meurtrier d’un ancien militaire américain. Cet homme est mort dans des conditions particulièrement étranges car il a été tué dans la maison vide d’un célèbre homme de théâtre, célibataire et sans enfants, après avoir débarqué dans un tout petit village (celui où Holmes et Wilson habitent) pour retrouver une jeune fille de quinze ans qu’il a connu sur internet. Le seul indice est un livre posé sur une table. Un peu plus tard, un second militaire américain se fera agressé dans la grande banlieue de Londres. Il échappera de peu à la mort.

En conclusion, je dirais Vivement le troisième (qui sort fin décembre, je le rappelle) ! et plus sérieusement que Barry Grant fait une réécriture intelligente et personnelle des aventures de Sherlock Holmes dans les temps modernes.

Références

The Strange Return of Sherlock Holmes de Barry GRANT (Severn House, 2010)

P.S. : par contre, je ne suis pas sûre d’avoir bien compris car dans le deuxième tome, il me semblait que les deux hommes habitaient au 221B Baker Street alors que dans ce premier volume, il décide d’habiter ensemble et dans la dernière page, Wilson dit :

I was on the Web and I found some very nice lodgings in Baker Street, your old haunt. A nice area it is, close to Regent’s Park.

Un autre passage qui m’a fait rigolé (et du coup, je ne pense pas qu’il puisse habiter au 221B Baker Street, à moins que lui se rappelle le vrai 221B Baker Street) :

When we found 221B, he was astonished and disconsolate. He sait it was not really the right place, though the number was plainly on the door. We went inside and found it was a museum – a Sherlock Holmes museum. Evidently Sherlock Holmes fans came here year after year to gawk. […]

Holmes stepped to the desk, rather awkwardly, and said to the girl, ‘Hello – I’m Sherlock Holmes.’

She laughed. ‘Of course you are,’ she said. ‘You even look like Sherlock Holmes. Here, would you care of a Sherlock Holmes map of London ?’

Dans le même genre, il y a un personnage qui fait remarquer à Sherlock Holmes qu’il ressemble énormément à William Gillette. Pour mémoire, William Gillette s’est fait connaît pour avoir joué le rôle de Sherlock Holmes au théâtre et avoir proposé l’image moderne que nous en avons.

P.P.S. L’auteur fait même apparaître le personnage de Willie Wiggins, âgé d’une petite quarantaine, qui travaille pour le chemin de fer, et qui aidera Sherlock Holmes à s’échapper de Londres en 1914. C’est trop attendrissant !

6 réflexions au sujet de « The Strange Return of Sherlock Holmes de Barry Grant »

  1. Moi aussi j’ai tout bien compris comme Niki, je dois me le procurer c’est ça ?
    Bon bon.

    (Hier j’ai trouvé Sherlock Holmes contre Jacks L’éventreur d’Ellery Queen chez Gibert o/)

    1. J’ai vu cela (tu aurais du me le dire parce que moi à chaque fois que je faisait une librairie d’occaz’ dans le sud, il y en avait un. C’était d’ailleurs le seul Ellery Queen). Et oui, il faut au moins le lire. Pas forcément se le procurer.

  2. Bon, finalement les premiers volumes ont l’air chouette. Je note et j’attends ton avis sur le tome 4 (qui va visiblement parler de Frankenstein, ce qui peut être très intéressant.)

    1. Heureusement que tu m’as dit cela ! Celui-ci a mis un an à sortir en numérique mais je viens de regarder que le tome 4 sort en juin. Je suis trop contente maintenant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.