Complots mathématiques à Princeton de Claudine Monteil

Quatrième de couverture

Charlotte arrive à Princeton, aux États-Unis, pour passer quelque temps avec son père, Jean-Claude Cavagnac, le célèbre mathématicien professeur à l’institut où s’illustrèrent Robert Oppenheimer et Albert Einstein.

À son arrivée, Cavagnac disparaît. Son corps est retrouvé dans le lac Carnegie. Suicide ? Assassinat ? Pour quelles raisons ? Des collègues jaloux ? Des étudiants déçus ? Ses travaux mathématiques l’avaient-ils mis sur la voie d’une découverte stratégique pour une grande puissance ? La CIA, le FBI et les services secrets français sont sur les dents. Et s’il s’agissait d’un règlement de comptes où les États-Unis et la France sont impliqués ?

Avec l’aide de Michael Taylor, l’agent du FBI en charge de l’affaire, Charlotte va dénouer les mystères de cette disparition.

Un thriller impitoyable dans une élégante ville universitaire aux apparences trompeuses.

Mon avis

Vous vous doutez bien de pourquoi j’ai acheté ce livre … ben non … ben pour le titre. Sans même lire la quatrième de couverture. Cette habitude me perdra ! Puis que je suis en pleine lecture des ma PAL intitulée « romans avec des sciences, de l’université et tout ça dedans ».

Claudine Monteil est la fille de ses parents … vous allez me dire que vous aussi mais bon, pas des mêmes sinon vous seriez frère ou sœur (aujourd’hui c’est billet spécial point de suspension parce qu’il paraît que c’est de la pensée inachevée et c’est pour que vous pensiez que ma pensée à moi est toujours inachevée). Du coup, on peut penser qu’il y a une bonne part autobiographique dans ce livre (même si je n’irais pas penser qu’il s’agit du meurtre de son père par procuration) et tout cela pose beaucoup de questions, en tout cas à la matheuse que je suis (même si je ne suis pas une puriste, genre qui a la haute estime de l’auteur, puisque ce sont des mathématiques appliquées que je fais. Je suis désolée de mon incroyable inintelligence et de mon manque de discernement mais bon je ne postule pas à devenir une très grande mathématicienne qui fait des découvertes extraordinaires que tout le monde s’arrache. J’aimerais juste avoir un travail payé, ce qui j’espère est le cas d’un peu tout le monde et notamment des étudiants).

Le livre ne contient absolument pas de mathématiques mais pas un gramme à part quelques mots typiques lancés dans le vague (le titre devient tout de suite beaucoup moins accrocheur). Les mathématiques sont réduites à la cryptologie (visiblement seule branche qui en vaille la peine). Le soucis vient du fait que la narratrice admet ne rien y connaître, qu’elle est frustrée de ne pas comprendre son père (quand il était vivant j’entends), de ne pas comprendre la beauté de ses démonstrations. L’attrait de ce type de livre, si il avait été écrit par un scientifique, c’est justement de faire rêver avec des sciences et en l’occurrence des mathématiques (en tout cas, moi, cela me fait rêver parce que c’est un monde que je n’ai jamais atteint). Finalement, elle échoue à faire décoller cette intrigue car on sent qu’elle aimerait parler recherche pure contre recherche appliquée, financement, collaborations entre scientifiques et matheux. On ne sent pas de bouillonnement d’idées que l’on aurait pu penser rencontrer à Princeton. Finalement, Charlotte, la narratrice, est toujours à l’extérieur du monde qu’elle croit connaître depuis son enfance et n’arrive pas à faire pénétrer son lecteur dans cet univers.

Dans la vie, Claudine Monteil est historienne (les titres précédemment publiés sont sur le couple Sartre-Beauvoir) et dans le roman, Charlotte est spécialiste en géopolitique (elle, Charlotte, enseigne bien sûr à Science-Po, a publié des best-sellers que tout le monde s’arrache, a divorcé d’un professeur qui s’en est trouvé une plus jeune et moins intelligente qu’elle bien évidemment, et puis comme elle est une femme indépendante elle élève sa fille toute seule. On lui dira pas que bon cela fait un peu cliché et que en général, les essais ne s’arrachent pas, que l’on en discute pas au café du coin parce qu’il n’y a pas vraiment beaucoup de monde qui les lit). Je pense que déjà vous sentez mon malaise, on a cette impression que Charlotte c’est un stéréotype, plein de contradictions, qui n’a même jamais pensé à vivre dans la réalité. Charlotte voit du complot partout, apparemment c’est le cas des gens qui font son métier (je pensais que c’était plutôt les paranos). Les gens accrédités secret défense sont forcément des espions (euh … non). Elle est d’une naïveté incroyable tout en étant faussement intelligente. Parce quand la quatrième de couverture n’hésite pas à dire que Charlotte a résolu le mystère avec l’aide de Michael Taylor, c’est plutôt le contraire. Elle, elle s’est juste laissée traînée partout. Et quand elle sort une conjecture, cela tient au cliché choquant de la relation entre homosexuels (il y en a forcément un qui a le sida … parce qu’il a forcément trompé son compagnon, et qu’en plus il participe forcément à des soirées un peu glauques, qui sont filmés) et quand Taylor lui dit que c’est peut être un peu extrême. Elle sait que non, parce qu’elle a forcément raison.

Je ne vous parle pas des autres personnages car l’auteur n’arrive pas à les différencier et donc à les rendre mémorables. Ils sont creux ; sans sentiments, ils ne parlent que pour dire des banalités. De là à penser que l’auteur s’ennuie avec ses personnages, il n’y a pas loin (ou sinon elle prend ses lecteurs pour des imbéciles). Des indices sont lancés : une femme ne s’entend pas avec son mari, il y a des tensions … mais sur la fin, la femme ne sait rien et ne se doute de rien, c’est à la limite du ménage heureux, Michael Taylor a perdu sa femme le 11 septembre et il est très triste (une quinzaine de fois, toujours dit de la même manière). Ses sentiments sont toujours les mêmes. Cavagnac n’aimait que la recherche pure, ne se concentrait pas du tout sur les applications et dédaignait ceux qui le faisaient. Répété toujours de la même manière, cela devient lassant.

Je suis sévère parce que c’est le type de livre où j’attends énormément. L’intrigue était très bonne et aurait pu donner un excellent roman. Or, celui-ci pêche par des personnages manquant de profondeur et je pense aussi un manque d’éclaircissement sur la spécialité de Charlotte, les relations franco-américaines, les agences …

Références

Complots mathématiques à Princeton de Claudine MONTEIL (Odile Jacob / Thriller, 2010)

17 réflexions au sujet de « Complots mathématiques à Princeton de Claudine Monteil »

  1. Des titres pareils, ça m’attire aussi…
    Bon, je ne connaissais pas l’auteur (son père si merci pour le lien) mais cela ne suffit pas à faire un bon roman, expliques-tu.

    1. Je pense bien que cela t’attire aussi aussi (sa mère avait l’air trop bien comme femme). Mais là, je ne sais pas pourquoi cela ne marche pas. J’ai lu un livre assez passionnant (je me suis demandée si je n’allais pas en faire un billet) : Ondes et ondelettes écris par la femme d’un célèbre mathématicien (tu dois sûrement connaître Hubbard) et pour le coup elle raconte cette épopée mathématique comme un roman en étant passionnante, d’une limpidité à faire pâlir le meilleur vulgarisateur en mettant quelques formules. Cette dame explique qu’elle a un niveau de terminal en mathématiques. Je trouve qu’elle réussit à faire passer une passion, une manière de travailler, une manière de voir. Et ici ce n’est pas le cas (pourtant c’est ce que j’aurais aimé, cela aurait donné corps au récit).

  2. Ah mince, moi aussi j’allais être tentée de le mettre dans ma LAL ^^’ D’ailleurs il y en a un qui me tente bien, c’est Crimes à Oxford (qui a été adapté en film), l’as tu lu ?

    1. Je l’ai lu quand il s’appelait encore Mathématique du crime. Je l’ai en grand format, je l’avais découvert par pur hasard à la fnac. Je me suis fais offrir le DVD en format de luxe. Tout ça pour te dire que j’ai beaucoup aimé.

  3. Wai un nouveau billet o/
    Bon je n’avais pas l’intention de lire ce livre de toute façon, et après avoir lu ton avis je ne peux que continuer dans cette attitude.
    Ma PAL te remercie.

    1. Tu n’es pas complètement folle comme moi à lire tous les livres où on parle de maths ? Ça y est, on a une nouvelle inscrite : c’est alinea. Il faut que je vous envoie un mail.

  4. En fait j’ai été tellement traumatisée par ma terminale S, et mon prof de math qui me prenait pour une débile profonde douée d’une anti-S (parce que j’étais la seule du lycée en S à avoir une option Arts-Plastiques combinée à une LV3), que même si j’aime parler math avec des gens (enfin à mon niveau médiocre c’est juste dire des bêtises) j’me sens pas la force de lire un livre avec XD

    Cool pour Alinea o/

  5. Bonjour Cécile,
    Etes-vous mathématicienne ? Je n’ai pas bien compris les allusions. Bref, le résumé du livre est attirant mais vous n’avez pas l’air très convaincue. Ah ces auteurs francophones… 😉

    1. Bonjour,
      mathématicienne est un bien gros mot. Je fais des mathématiques appliquées (visiblement c’est moins bien que mathématiques fondamentales), en tout j’essaye. Ce que je pense, c’est que cela aurait pu être beaucoup vu le potentiel de son histoire mais qu’il y a un manque d’incarnation au niveau des personnages. Ça se lit bien. Paradoxalement, l’intrigue est très type série américaine tout de même car visiblement la dame comme son héroïne a eu un début entre Princeton et Paris.

  6. moi, quand je lis « mathématiques », je fuis à toutes jambes – et ton billet ne me donne pas envie de découvrir le roman
    OUF ! un qu’il ne faut pas noter 😀

  7. > « Le souci vient du fait que la narratrice admet ne rien y connaître, qu’elle est frustrée de ne pas comprendre son père (quand il était vivant j’entends), de ne pas comprendre la beauté de ses démonstrations. »

    En tout cas le père de l’auteure est encore bien vivant :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Serre

    1. Comme je l’ai précisé, c’est de la narratrice dont je parle et non pas l’auteur. Claudine Monteil n’écrit pas une histoire avec elle comme héroïne. Elle s’est inspirée de ce qu’elle connaît. Et le père de la narratrice est bien mort dans l’histoire.

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