Si j’ai une âme de Vincent Peyrel

Je vous parlais l’autre jour d’une bande dessinée qui racontait un fait divers allemand datant du début du 20ième siècle où un homme, en abusant de son autorité, prenait en charge des jeunes hommes dans les gars, les ramenait chez lui, couchait avec, les tuait, les découpait, et vendait la viande et leurs vêtements à ses voisins.

In Cold Blog m’a alors suggéré une lecture, celle de ce livre car elle parlait plus ou moins de la même histoire. Je vais donc voir sur mon ami Amazon si ils en disposaient encore d’un exemplaire et que vois-je, ce livre est destiné à un public averti (bien sûr, personne ne m’a avertit de rien du tout !) Alors je fus rapide à la réflexion : 1) In Cold Blog me prend pour une perverse (pourtant on ne s’est jamais vu) 2) j’allais pouvoir remplir mon défi chez Stephie « Avec Stephie, le mardi c’est permis » (mais alors pour le coup, j’ai été déçue parce que je n’ai pas honte de cette lecture et du coup, je n’ai pas pu remplir le défi mais ne t’inquiète pas Stephie, si je n’ai rien trouvé pour le mois prochain, je lirais Jean Teulé et je ne suis même pas sûre d’en avoir honte parce que si ça se trouve c’est très intéressant. On m’a dit qu’on ne peut pas parler d’un livre avant de l’avoir lu.) Donc bien sûr, j’ai commandé parce que j’aime lire des livres glauques. Le livre arrive, emballé dans le même type de sac où mon père congèle la viande qu’il achète au marché (du coup, c’est peut être là dessus qu’il fallait être averti). Mes grands ciseaux Maped noirs n’ont fait qu’une bouchée du sac de congélation. En pleine féria (où il y avait beaucoup de viande saoule et aussi avariée à croire mon autre ami le midi libre), j’ai commencé ma lecture. Je ne l’ai plus lâchée et je n’ai pu finir qu’impressionner par ce premier ouvrage publié par Vincent Peyrel. (Tout ce baratin pour vous mettre en bouche (je suis trop forte en jeu  de mot foireux), tout en ne mettant pas la quatrième de couverture, auquel je ne comprends rien. Pour le coup, ICB toi, qui t’intéresse au quatrième de couverture, je lis ça, ajouté au sac de congélation, je ne prends pas).

Si j’ai une âme raconte une autre histoire que celle du boucher de Hanovre mais qui en est très inspirée. D’après ce que j’ai compris, la bd est tout de même plus proches des faits réels que ce livre. Mais, on s’en fiche à mon avis car là n’est pas le but du lecteur de roman. Le narrateur est Hans (en rapport avec Gans le compagnon du boucher de Hanovre). Il est en prison en attendant la décision sur sa condamnation à mort. Il raconte sa vie avec Frederic (le boucher), homme plus âgé avec qui il a habité pendant 6 ans. C’était un homme plus vieux que lui mais qui a su lui apporté quelque chose (à part bien sûr l’art de tuer et découper un corps). Frederic pendant ces six années est sorti les après-midi cherché d’autres jeunes hommes pour coucher avec (dans le livre, il n’est pas question de viol) et les tuer ensuite. Hans était prié de sortir ces après-midi, parfois il revenait et regardait par le trou de la serrure et se rendait bien compte de ce qu’il se passait). Lui aussi couchait avec d’autres hommes (il n’en a tué que deux ou trois). Finalement, le roman, c’est une histoire d’amour très compliquée. Frederic n’est pas sûr de lui et a toujours besoin d’être rassuré et Hans s’est toujours senti seul dans la vie et quand il trouve Frederic, il trouve un foyer, quelqu’un qui ne juge pas et quelqu’un qui est là, tout simplement (on a tous ressenti cela a à un moment). En réalité, Hans Gans était plutôt plutôt une petite frappe qui exploitait le côté faible d’esprit du boucher et couchait avec lui de temps en temps (ils ne vivaient pas vraiment ensemble d’après ce que j’ai compris). L’auteur marque extrêmement bien cette relation d’amour-dépendance entre les deux protagonistes. Par exemple, comment Hans réagit à la moindre dispute, à la moindre engueulade avec son ami, comment il a besoin de se rapprocher de lui par ses gestes. La description du côté de Frederic est beaucoup moins marquée puisque Hans est le narrateur. Là, on ressent le côté fanfaron du personnage où il veut se montrer fort, plus fort même. Toute la force du livre est là dedans : Vincent Peyrel sait décrire une personne, dans son côté clair et dans son côté obscur. Il n’y pas de manichéisme. On voit les faiblesses et les points forts du personnage. Le livre est alternance de passage d’une naïveté étonnante, parfois enfantine, de passage d’une lucidité incroyable sur la vie humaine, sur les « gens ». Le roman est court et intense. C’est une réelle réussite à mon avis. Le seul point faible éventuel, il y a peut être un peu de sexe gratuit parfois et qui ne fait pas franchement avancer le roman (c’est peut être pour cela qu’il voulait que l’on soit averti).

Merci In Cold Blog de m’avoir fait découvrir ce livre, cet auteur et ces éditions ! N’oubliez pas d’aller voir son billet parce qu’il y a des gens qui savent écrire leurs arguments pour vous faire lire.

Références

Si j’ai une âme de Vincent PEYREL – récit (L’amourier, 2007)

2 réflexions au sujet de « Si j’ai une âme de Vincent Peyrel »

  1. Tu n’imagines pas combien je suis comblé de savoir que toi aussi tu as aimé ce texte si intense et particulier par son sujet « scabreux » mais tellement beau par son style. Il serait dommage que tes lecteurs/trices ne s’y arrêtent pas simplement à cause de son thème. C’est diablement bien écrit. Merci à toi.

    1. C’est clair que c’est très bien écrit, et surtout ce monsieur sait saisir une personnalité et la décrire. J’attends le prochain écrit par impatience. J’attends aussi ton billet sur un autre livre dont tu as mis un extrait dans le syndrôme Poulidor pour avoir une titre d’une autre publication de cet éditeur.

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