L’âme humaine et le socialisme de Oscar Wilde

Quatrième de couverture

Le principal avantage que présenterait l’établissement du socialisme serait sans nul doute de nous libérer de cette sordide nécessité qui consiste à vivre  pour les autres, et qui, dans l’état actuel des choses , exerce une pression redoutable sur chacun de nous ou presque . À vrai dire, quasiment  personne n’y échappe. De temps à autre, au cours du siècle, un grand homme de sciences tel Darwin, un grand poète tel Keats, un talentueux esprit critique tel M. Renan ou un artiste de génie tel Flaubert, est parvenu à s’isoler, à se soustraire aux assourdissantes requêtes des autres, à se tenir « à l’abri du mur » dont parlait Platon et à réaliser ainsi toute la perfection qu’il avait en lui, pour son propre avantage comme pour celui, incomparable et éternel, du monde entier. De tels hommes relèvent toutefois de l’exception.

Mon avis

Que dire, à part que c’est Oscar Wilde ? Le style est là (celui du Portrait de Dorian Gray, j’entends), le contenu aussi : on pourrait le résumé par le socialisme vu par le prisme de la philosophie du beau.

Pour le style, vous avez une argumentation intelligente, avec des arguments clairement exposés, le tout agrémentés de bons moments ou plus exactement de phrases qui résume une multitude de pensées en peu de mots : cela vous donne l’impression d’être tellement logique, et tellement ce que vous avez pensé depuis toujours (même si ce ne sont pas vos idées) que vous vous retrouvez à adhérer forcément (j’ai une petite tendance mouton, tout de même). Un petit extrait pour vous donner une idée de la chose :

Ainsi, l’individualisme est ce qu’à travers le socialisme nous devons chercher à atteindre. L’État en abandonnera naturellement toute idée de gouvernement. Il y sera obligé car, comme l’a dit un sage bien des siècles avant le Christ, s’il est possible de laisser l’humanité tranquille, il est en revanche impossible de la gouverner. Tous les modes de gouvernement sont voués à l’échec. Le despotisme est injuste envers tous, y compris pour le despote, qui a sans doute été mis sur terre pour y accomplir quelque chose de mieux. Les oligarchies sont injustes envers la majorité, et les ochlocraties envers la minorité. De grands espoirs ont été fondés sur la démocratie, mais elle n’est que le matraquage du peuple par le peuple. On en a pris conscience. Je dois dire qu’il en était plus que temps, car toute autorité est totalement dégradante, autant pour ceux qui l’exercent que pour ceux qui la subissent. Lorsqu’elle s’exerce avec violence avec violence, grossièreté et cruauté, elle a pour effet positif de susciter, ou du moins de révéler, l’esprit de révolte et d’individualisme qui doit en venir à bout. Lorsqu’elle exerce avec bonté, accompagnée de prix et de récompenses, elle en devient atrocement démoralisante : moins conscients de l’affreuse pression à laquelle ils sont soumis, les gens poursuivent leur petite vie dans un confort fruste, comme des animaux de compagnie, sans jamais être eux-mêmes un seul instant. « Qui veut être libre, a dit un grand penseur, ne doit se conformer en rien. » Et l’autorité, en soudoyant les gens pour qu’ils se conforment aux autres, engendre parmi nous une barbarie de la pire de la pire espèce gavée et repue.

À première vue, l’idée que le socialisme engendrerait l’individualisme m’a semblé extrêmement provocatrice mais à la vue de cet extrait, il est flagrant qu’Oscar Wilde remplace le socialisme, ce que l’on peut qualifier d’utopie (l’humain n’est pas fait pour penser aux autres en priorité, que l’on soit politique ou non), par une autre utopie : un monde où finalement on aurait le droit d’être soi-même (un monde où les gens ne jugent pas : j’appelle ça aussi une utopie personnellement). Finalement, Oscar Wilde dans ce texte, publié en 1891 en même temps que le Portrait de Dorian Gray (et donc finalement avant le procès) se dévoile énormément je trouve. Il est moins ironique ou sarcastique que dans son roman et du coup, on arrive mieux à voir sa pensée, qu’il exprime pourtant dans le roman : le non-conformisme, le refus de se laisser diriger par des conventions, tout cela uniquement dans le but d’être soi-même.

Je pense que c’est un texte utile pour mieux comprendre l’homme et l’auteur (merci au traducteur et au préfacier (?) qui ont fait un travail admirable pour rendre un style et expliquer ce texte qui m’aurait paru peut être plus difficile sans cela).

Merci à BOB et aux Forges du Vulcain pour ce partenariat !

Références

L’âme humaine et le socialisme de Oscar WILDE – traduction nouvelle de Maxime Shelledy et présentation de Xavier Giuicalli (Aux Forges du Vulcain, 2010)

5 réflexions au sujet de « L’âme humaine et le socialisme de Oscar Wilde »

  1. oui mais dis, faut arrêter d’écrire des billets aussi intéressants sur des livres qui m’intéressent – ma LAL devient exponentielle 😀

  2. Oh 😀 Je l’ai aussi reçu en part’ mais avec Livraddict ! Tu donnes envie et je pense que je le lirais dans le semaine qui vient après que le marathon de lecture soit finit pour ne pas avoir à me presser (ou penser que je dois me presser).

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