La jeunesse de Sherlock Holmes – L'oeil du corbeau de Shane Peacock

Quatrième de couverture

Printemps 1867. Une femme est sauvagement assassinée dans une ruelle de Londres. Non loin de là, un jeune garçon de treize ans rêve d’une vie meilleure. Il s’appelle Sherlock Holmes. Et il est fasciné par ce fait divers sordide. Il décide d’en savoir plus, de rencontrer l’accusé. Commence alors une contre-enquête qui le rend suspect à son tour.

Mon avis

Ce livre est en fait le début d’une série ; il n’y en a qu’un seul traduit en français mais déjà quatre sortis en anglais. Vous pouvez trouver des précisions sur le site de l’auteur qui est très sympa.

Comme tout début de série, on a l’introduction des personnages principaux. Sherlock Holmes bien sûr. Il a treize ans, fait l’école buissonnière pour observer les gens dans les parcs. Il est pauvre et désespère de devenir riche. En plus il est assez solitaire car on se moque de lui pour ses habits et son aspect dont il prend un soin tout particulier, pour ses origines : c’est un « sang-mêlé ». Son père, Wilber, est  juif et était promu à un brillant avenir comme professeur à l’University College of London car c’est un génie des sciences (notamment en chimie et en ornithologie). Mais il a eu le malheur de tomber amoureux de Rose la mère de Sherlock, passionnée d’opéra et de musique. Celle-ci a bien voulu l’épouser mais la belle-famille a fait en sorte que Wilber n’obtienne pas son poste à l’UCL. Ils ont eu trois enfants, Mycroft (dont ils n’ont que trop rarement des nouvelles, parti loin de la maison pour vivre d’un poste de petit fonctionnaire), Sherlock et une petite fille qui est décédée. Il y a aussi Malefactor, ennemi de Sherlock même si leur caractère est semblable, petit voyou des rues, membre des Irréguliers. On voit que lui aussi est au-dessous de sa condition (on comprend qu’il était dans une famille très aisée avant). Il est orphelin de père et mère, sa sœur est morte. Seul lui reste sa passion pour les mathématiques. Cela vous rappelle quelqu’un des aventures de Sherlock Holmes. Non ? Il y a aussi Dupin (appréciez le clin d’œil)  qui fournit parfois à Sherlock (quand il n’a pas réussi à les trouver dans les poubelles) les journaux où il trouve des faits divers passionnants.

Notamment, celui sur lequel il enquête dans le livre : le meurtre d’une jeune femme non identifiée dans le secteur de Whitechapel. Ce qui l’intrigue, ce sont les corneilles dessinées dans le journal. Justement il en voit au dessus de lui (il est donc destiné à résoudre cette énigme). Rapidement, un jeune boucher d’origine arabe est arrêté. On a trouvé son couteau sur le lieu du crime, des traces de pas ensanglantées menant à son atelier. Sa culpabilité ne fait aucun doute. Le problème c’est que l’on ne retrouve pas une bourse appartenant à la victime. Alors, quand l’accusé parle uniquement, et à voix basse, à Sherlock Holmes, le jour où il est emmené en prison, Lestrade (le vieux : nous est même présenté le jeune) pense qu’ils sont de mèches. D’autant que l’on a vu Sherlock deux fois sur les lieux du crime. Ni une ni deux, Lestrade arrête Sherlock et le mets en prison. Arrive deux visiteurs de prisons, un père et sa fille, Andrew et Irène Doyle (admirez le clin d’œil aussi). Celle-ci tombe amoureuse de Sherlock, l’aide à s’évader, puis enquête avec lui pour trouver le véritable assassin.

Parce que comme d’habitude dans les romans, la moitié des preuves ont échappé à la police. Sherlock et Irène vont toutes les retrouvées et pour cela vaincre toutes leurs peurs et tous les dangers. En fait, sans rire, l’enquête est plutôt intéressante à suivre , il y a vraiment des rebondissements à chaque chapitre. Au fur et à mesure, on cerne de mieux en mieux la personnalité de Sherlock, ce qui rend le livre de plus en plus agréable à suivre.

Ce qui m’a gêné au démarrage, c’est que l’auteur fait du misérabilisme sur le dos de Sherlock Holmes, insiste bien sur le fait qu’il ne pourra jamais se sortir de sa condition sauf si il le désire vraiment et que comme il est le plus fort, il va s’en sortir (c’est évident). Il m’a donné l’impression que Sherlock était un jeune garçon jaloux et envieux, avide de reconnaissance (comme si il était très fragile dans sa tête). C’est un peu à mon avis détruire le mythe qu’il abaisse au niveau du commun des mortels. Ce qui m’a aussi gêné c’est le fait que tout le livre soit écrit au présent. En tout cas, pour moi (je ne suis pas le public visé non plus), cette technique ne me permet pas de mieux visualiser les scènes ou quoi que ce soit. Je crois que cela vient du fait que les aventures de Sherlock Holmes et Watson sont racontées au passé et du coup ça m’a troublé. Une dernière chose m’a vraiment déplu, c’est que l’on puisse lire de tels passages dans un livre pour des enfants de dix ans :

Il y a bien des injustices dans le monde, songe le garçon. Certaines sont cependant pires que d’autres. On peut mépriser une personne parce qu’elle est pauvre, à cause de ses vêtements ou en raison de ses opinions politiques ; ce sont des traits qui peuvent changer. Mais en vouloir à quelqu’un d’être juif ou arabe relève de la plus grande injustice qui soit : il ne peut rien faire pour changer son état. Le plus grand tort, oui … après celui qui consiste à lui ôter la vie …

D’abord, je ne crois pas qu’à notre époque, mêler origine géographique et religion soit très approprié. De plus, dire à un jeune adolescent, c’est normal de mépriser quelqu’un de pauvre revient à dire qu’il est normal d’aduler quelqu’un parce qu’il est riche (et que si il devient pauvre on peut le mépriser). Je ne vous parle pas des opinions politiques … N’aurait-il pas été suffisant de dire que l’on doit admettre que les autres puissent être différent de soi ?

En conclusion, c’est un bon livre, avec quelques lenteurs au départ lors de la présentation des personnages (j’attends de voir les autres épisodes pour vous dire si c’est une très bonne série) même si j’ai pu être parfois un peu gênée par les opinions émises (ce n’est pas non plus omniprésent : ne vous imaginez pas ça).

Références

La jeunesse de Sherlock Holmes – Tome 1 : L’oeil du corbeau de Shane PEACOCK – traduit de l’anglais par Pierre Corbeil (Milan Jeunesse, 2008)

19 réflexions au sujet de « La jeunesse de Sherlock Holmes – L'oeil du corbeau de Shane Peacock »

  1. C’est la narration au présent qui m’empêche de lire ce bouquin et … le fait que la façon dont il présente Sherlock ne me plaît pas du tout. Je préfère encore lire les aventures d’Enola Holmes, là au moins c’est canonique.
    Surtout que Sherlock est aisé, enfin un bourgeois puisqu’il peut étudier dans une bonne université et se payer un petit appartement à ses débuts… l’aurait dû relire Les cinq pépins d’orange celui-là … et Le rituel des Musgrave aussi tant qu’on y est.

    Bref il est à ma médiathèque mais je ne sais pas si je le lirais …

    1. L’enquête est très intéressante ; les personnages aussi : Irène Doyle est trop bien ! Sauf comme tu le soulignes la manière dont est présenté Holmes (pourquoi Mycroft est éloigné à ce point là de sa famille ? Sherlock devrait être assez proche de son frère puisqu’ils ont des talents similaires …) Je lirais quand même les deux suivants pour voir si ça va mieux mais sinon, j’arrêterai.

  2. Cécile,
    Puisque vous avez l’air d’aimer SH et les pastiches de SH, j’avais lu l’année passée un « livre-jeu » dont le titre est « Les crimes du Dr Watson ». Il s’agit d’un texte avec énigme et des indices reproduits. L’idée en soit était bonne, le graphisme superbe mais… bon, franchement, pour trouver la solution, il faut déjà avoir de l’imagination ! Je n’avais pas réussi et du coup j’étais restée sur ma faim.
    Mais peut-être que ça vous plaira !?

    1. Je n’ai pas que l’air d’aimer. Je l’adore à la folie ! J’ai lu Les crimes du Dr Watson quand il est sorti et je suis contente de ne pas être toute seule à n’avoir pas trouvé ! Je me suis demandée comment on pouvait avoir ce type d’idée sans l’avoir écrit, juste à la lecture.

    1. C’est bien la personne pour qui je n’ai même pas fini de lire tous les billets sur Sherlock Holmes et qui m’a déjà fait noté énormément de films, qui m’écrit ce commentaire ?

  3. Eh bien ! On peut dire que tu ne perds pas de temps à faire des articles pour le groupe. Mais c’est pas grave, je relis mes Sherlock Holmes de Doyle en ce moment car je suis dans ma période ‘Sherlock Holmes’, et que ça ne me dérange pas de découvrir des pastiches.
    J’ai écrit hier mon article sur la fameuse BD crée par une fan, si ça t’intéresse, et je compte écrire un autre billet sur la série Granada avec Brett. Ce qui est drôle est que ça va faire deux ans ce mois-ci que j’ai découvert Holmes, et que je relis tout ce que j’ai de lui.
    Concernant ce livre, ce serait certe intéressant de découvrir la jeunesse de Holmes. C’est bien Holmes dans ce livre si j’ai bien compris, pas un gamin qui porte le nom et qui n’a rien du Holmes du XIXe siècle ?
    Pour la description des persos, ça ne me tente pas trop, surtout s’il y a Irene (pas Adler d’accord mais n’empêche…), étrangement, je ne l’ai jamais vraiment appréçiée… ^^
    Bon allez, je file découvrir tes autres articles Holmesiens !

    1. @ Marion : je ne suis pas sûre qu’Irene Doyle ne deviendra pas Irene Adler par la suite. À mon avis, dans la tête de l’auteur c’est plus ou moins prévu comme ça.
      Moi aussi, je veux relire mes Sherlock Holmes !
      Jeremy Brett est juste trop bien dans cette série. Je l’adore par dessus tout !
      Pour la BD, j’ai vu le billet passé mais je n’ai pas encore bien regardé. Je ferais ça ce week-end en faisant les liens vers les billets du groupe.

  4. Moi aussi j’aime la série, même si je n’ai pas tout vu. Je trouve que Brett fait un bon Holmes. D’ailleurs, c’est bien si tu connais la série, car la BD en question, l’auteur/la fan a repris les traits des acteurs de la série pour dessiner les personnages de Watson, Lestrade…
    Je pense faire un article sur la série demain, et aussi un autre sur un recueil de nouvelles SH de Doyle, je suis dans ma période, comme je relis tous mes SH. Enfin, tant mieux pour le groupe, non ?

    1. @ Marion : Jeremy Brett, au moment où il a perdu sa femme et qu’il a pris du poids suite à une dépression, est un peu moins bon que dans la saison 1 car il ne fait pas aussi à l’aise, aussi agile. Bien sûr, tant mieux pour la SSHD qui doit vivre longtemps !

  5. c’est chez Milan Poche benjamin, il y a plusieurs titres, moi pour l’instant je lui ai pris « L’énigme du crottin qui pue » !!! très édifiant comme titre !!!

  6. Je suis en train de le lire après l’avoir emprunté, et la narration au présent me gêne vraiment beaucoup ; ca fait sensationnaliste comme dans les journaux à scandale et on ne peut pas dire qu’il nous épargne sur le misérabilisme et autres effets tonitruants.
    Pis je sais pas si ça t’a remarqué, mais il écrit Lestrade comme un vieux de 60 ans, alors comment fait-il pour être jeune et fringant au début d’Une étude en rouge des années plus tard ? :p

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