Nietzche de Onfray – Le Roy

Cette bande-dessinée reprend les grandes étapes de la vie de Nietzche et énonce quelques idée du philosophe.

Ainsi, on voit défiler la jeunesse de Nietsche: la maladie et la mort du père (qui était pasteur), la mort du petit-frère vue dans un rêve prémonitoire, l’éducation religieuse dans laquelle il croit de manière absolue car il se destine à devenir pasteur comme son père (tout comme son père, il commence à l’adolescence à souffrir de violent maux de tête), la passion de la musique qui le fera renoncer à sa vocation religieuse. En effet, il veut devenir compositeur. Il finit tout de même ses études sur les ordres de sa mère. Il part étudier à Bonn où il se bat en duel avec un ami pour devenir un homme. Il y attrape aussi la syphilis. Il découvre avec enthousiasme Schopenhauer, rencontre le couple Wagner.

Il est nommé professeur de philologie en Suisse. Commence à naître le philosophe Nietzche. Une première idée : « j’ai envie d’une communauté philosophique, avec quelques amis. Une université libre dans laquelle s’éduqueraient des éducateurs. Chacun travaillerait dans son coin, mais tous mettraient en commun le fruit de leurs trouvailles. Puis ils s’en iraient porter cette pensée inédite ! […] Si l’on veut résoudre le problème de la civilisation de demain, cela passera par la création de petites communautés… Et grâce à leur essaimage, elles seront les vecteurs de l’éducation du monde à venir…

Ensuite il fait la guerre de 1870 en tant que brancardier. Il garde l’envie de fonder ces petites communautés. Son anti-christianisme est de plus en plus violent (il est d’autant plus choqué quand un de ses meilleurs amis se convertit pour embrasser la foi catholique).

À Venise, on apprend en 1880, qu’il ne fréquente plus Wagner (et son antisémitisme). Il a des visions de plus en plus horribles (dus à la syphilis ou aux maux de tête ?) Il rencontre, grâce à Paul Rée, Lou Salomée en 1882 à Rome. Il l’aime mais ne veut pas se marier avec elle . Les auteurs lui font même dire : « Vous connaissez mon aversion pour le mariage… Dans pareille affaire, il me faudrait devenir menteur, et je ne m’y trouverais pas bien… Mais un genre de mariage pour deux ans renouvelables, est-ce que ça ne vous semble pas une bonne idée ? » Elle refuse. C’est à cette époque que naît Zarathoustra. Au même moment à Naumburg a lieu une violente dispute entre lui et sa sœur au sujet de l’antisémitisme de celle-ci et de son mari, antisémitisme violent (Hitler assistera aux funérailles de la sœur de Nietzche en 1935 car elle était son amie !) Pendant tout ce temps, il écrit quinze livres (il a quarante trois ans quand il nous dit tout ça) mais n’en vend aucun, ce qui ne facilite pas la publication.

Il devient alors dépressif (si ce n’était pas déjà le cas). Il devient amorphe et ne communique plus avec les personnes autour de lui. Cela dure dix ans et il est soigné par sa mère, puis sa sœur. Il ne comprendra même pas que ses œuvres commencent à avoir du succès. Son enterrement se fera selon les rites chrétiens, contrairement à sa volonté, et ce grâce à sa sœur. Celle-ci détournera par la suite ses thèse pour qu’elle colle avec son antisémitisme à elle.

Sur le coup, j’ai énormément apprécié cette BD que j’ai trouvé très claire, et qui montre bien les idées principales de Nietzche. Les dessins sont de facture classique. Ils montrent (et je n’aimerais pas vivre avec Nietzche : cela n’a pas l’air d’être un type sympa), plus qu’ils ne complètent le texte.

Quand j’ai commencé à vouloir rédiger ce billet, j’ai commencé à m’interroger sur les noms, les dates, les lieux, pourquoi s’est-il retrouvé à tel endroit à tel moment, à vouloir remettre dans le contexte les citations (et surtout de savoir de quel livre elles proviennent). La bande dessinée ne m’a pas aidé. Je me suis rendue compte que finalement les auteurs ont mis beaucoup trop d’informations en peu de pages. Ainsi, ils s’adressent à des gens qui connaissent déjà la vie de Nietzche et ont quelques connaissances sur ses livres. Comme le dit Dominique, c’est une manière de réviser le cours de « contre-philosophie » de l’été dernier.  C’est quelque chose que j’ai déjà remarqué avec ces cours d’été. Je comprends sur le coup mais finalement, il ne m’en reste plus grand chose le mois d’après. Il faudrait que je prenne des notes puis que je regarde sur internet pour bien tout comprendre. Je n’ai malheureusement pas le temps. Je crois que c’est mon côté universitaire qui ressort : l’idée que pour saisir « complètement » une idée, il faut étudier longtemps. Cela me fait la même chose avec des émissions ou des séminaires de vulgarisation scientifique, c’est pour dire.

En conclusion, si vous appréciez les cours de Michel Onfray, vous apprécierez cette BD comme je l’ai apprécié. Si vous retirez quelques choses de ses cours, vous retirerez quelques choses de cette BD. Mais pour moi cette partie-là n’était pas gagnée.

Références

Nietzche – Se créer liberté de Maximilien LE ROY, d’après « L’innocence du devenir, La vie de Frédéric Nietzche » de Nichel Onfray (Le Lombard, 2010)

7 commentaires

  1. La démarche est interessante (j’avais vu une interview d’Onfray, il est passionnant !) mais ta critique vise juste : ne connaissant pas Nietzche, je passe (mais je connais une amie ex-khâgneuse à qui ça pourrait plaire, donc je note quand même ! Merci pour l’idée cadeau !)

    1. @ Pickwick : c’est ce qui manque à cette BD : une biographie à la fin du volume. Ce que l’on ne peut pas enlevé à Onfray et à Le Roy c’est de donner envie d’en savoir plus et surtout de désacraliser les textes : on veut ouvrir Zarathoustra après la lecture !

  2. Merci de votre billet ! J’avais vu cette BD dont j’aime beaucoup les dessins et qui m’attirait d’autant plus que je viens de lire « Et Nietzsche a pleuré » de Irvin Yalom (en passant, c’est, à mon humble avis, un bon roman). Du coup, je suis un peu intrigué par ce philosophe que je n’ai jamais lu.

    1. @ Lewerentz : je l’ai dans ma PAL « Et Nietzche a pleuré » ! Je vais le lire rapidement alors. Mais avant je vais lire « La sagesse tragique » de Onfray. Et peut être Zarathoustra que j’ai dans mes livres depuis mon bac et dont je n’ai lu que des extraits.

  3. Je te rejoins quand tu dis que c’est trop et trop peu mais je crois que la BD est surtout faite pour donner l’envie d’aller Y voir et comme tu le dis dans ta réponse de désacraliser
    C’est dans ce sens que je trouve le pari réussi
    La BD de Proust racontant une histoire ne pose pas les mêmes problèmes

    1. @ Dominique : c’est toujours ce que je ressens à entendre parler des gens comme Onfray, qui savent parler de choses compliquées en les rendant simples : aller voir plus loin parce qu’il me manque quelque chose. Je crois que c’est ce qu’il cherche parce que dans ses cours l’été, il donne toujours une bibliographie et il dit ce qui est lisible pour commencer, ce qui et plus compliqué. Son idée à mon impression est que la culture est quelque chose qui s’acquiert par soi même et qui ne s’apprend pas à l’école. Il cherche à donner envie. Je l’aime beaucoup pour ça.

      En passant je suis en train de lire Poussière rouge et je te remercie du conseil car c’est vraiment un excellent livre !

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