Kenilworth de Walter Scott

Quatrième de couverture

Sous le règne d’Elizabeth Ire, Amy Robsart, une jeune fille à la grande beauté et à l’intégrité sans faille, épouse secrètement Robert Dudley, comte de Leicester. Mais Dudley, favori de la reine craint de voir ce mariage réduire à néant ses belles aspirations d’élévation sociale. Déchiré entre l’amour – sincère – qu’il porte à Amy, et son goût immodéré pour les fastes de la cour, il ne mesure pas encore les forces que son mensonge vient de mettre en mouvement.

Dans cette oeuvre au romantisme échevelé, jamais rééditée en France depuis la fin du XIXe siècle, passion, ambition, manoeuvres politiques et traîtrises gouvernent une cour élisabéthaine décadente et pourtant captivante.

Mon avis

Autant vous le dire tout de suite, j’ai apprécié ce roman. Autant Le château périlleux m’avait paru quelque peu ennuyeux par rapport au Coeur du Mid-Lothian, autant celui-ci, malgré une unique intrigue, m’a semblé plein de vie. À mon avis, c’est dû au fait qu’on est toujours entre deux lieux : entre le lieu de rétention de la jeune Amy Robsart et à la cour d’Elizabeth Ire (que je découvre avec ce roman et qui m’a fasciné). Les scènes qui m’ont le plus plu sont celles où apparaît la fille d’Henri VIII.

Typiquement, ce n’est pas un roman historique. Il ne s’inspire pas de faits historiques mais d’une annecdote véridicte : la mort d’Amy Robsart. Par contre, Walter Scott, d’après Henry Suhamy, a mélangé deux faits non contemporrains. En 1549, Robert Dudley épouse à l’âge de 17 ans Amy Robsart, jeune fille de petite noblesse. On la retrouve mort de manière douteuse le 8 septembre 1560. On soupçonne Robert Dudley d’avoir commandité l’accident car Amy pouvait empêcher un mariage prometteur entre lui, le premier courtisan et la Reine (il faut savoir que par la suite la Reine lui gardera toute son affection mais ne se mariera jamais avec lui : elle aura trop peur de mourir… et lui contractera deux mariages quasi-secret). D’après ce que j’ai cru comprendre, Amy, au contraire a été cachée mais pas enfermée comme dans le roman. En 1564, Robert Dudley sera nommé comte de Leicester mais c’est seulement en 1575 qu’il reçoit la cour en son château de Kenilworth.

Et là je m’aperçois qu’encore une fois je n’ai pas été très clair. Dans le roman, deux courtisans s’affrontent pour les faveurs de la reine, Sussex et Leicester. Amy était fille d’un partisan de Sussex. Alors quand Varney, le premier écuyer et grand confident (et grand manipulateur) de Leicester, enlève Amy Robsart à son père (tout le monde pense que Varney est celui qui va déshonoré Amy), celui-ci envoie quelqu’un se plaindre auprès de Sussex en espérant qu’il aura intérêt à l’affaire. Il pourrait mettre en disgrâce Leicester auprès de la reine. Quand l’affaire vient aux oreilles d’Elizabeth, vous imaginez assez la gêne de Leicester… Au final, Dudley et Varney arrive à lui mentir en disant que Amy,enfermée pendant près de la moitié du romam, est la femme de Varney (c’est assez dangereux en sachant qu’elle avait les mêmes tendances décapiteuses que son père). Or, il est prévu que Dudley organise dans son château de Kenilworth des festivités pour distraire la reine ; elle demande que lors de celle-ci Amy lui soit présentée (en sachant qu’Amy veut être reconnue en tant que comtesse et que donc elle n’acceptera pas la supercherie). Varney se propose alors de rendre indisponible Amy mais celle-ci réussit à s’échapper de sa « prison » et à arriver jusqu’à Kenilworth ! Au vu du résumé, j’avais pensé qu’Amy mourrait au début du roman et qu’ensuite on voyait les suites de sa mort pour Dudley. C’était mal connaître Walter Scott. C’est un auteur qui ne pouvait pas ne pas nous dévoiler toute la suite logique des événements. En fait, elle meurt à la page 500 !

Comme dans les deux précédents livres que j’ai lu, Walter Scott nous dépeint tout une série de personnages, parfois il faut le dire assez caricaturaux mais le destin d’aucun ne nous est caché. L’auteur décrit toutes les couches de la société : paysans, marchands, aubergistes, amuseurs, petite bourgeoisie, truands, courtisans, serviteurs et même reine. Vous êtes donc immergé dans ce monde (le roman débute dans une auberge bien évidemment). Je n’ai pas rencontré comme dans le Château périlleux de moments où j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire ou qui m’ont semblé inutiles pour la suite. Il faut cependant dire que l’écriture de Walter Scott n’est pas forcément évidente au premier abord mais à mon avis cela vaut la peine de persévérer.

Maintenant, il me reste à dire que le personnage d’Amy Robsart est aussi le sujet d’une pièce de Victor Hugo que je n’ai pas lu (mais je compte bien me rattraper !). Je serai ravie d’avoir votre avis si vous l’avez lu !

Comme je l’ai déjà dit je suis assez bon publique. Pour contrebalancer mon avis plutôt positif, je vous laisse avec l’avis d’Henry Suhamy : « Malgré sa popularité relative, il est permis de considérer Kenilworth comme faisant partie des oeuvres les moins attrayantes de Scott, et que l’influence qu’elle a eue sur la création romanesque et théâtrale au XIXe siècle n’a pas été entièrement positive. L’auteur s’est appuyé sur une annecdote célèbre, et l’a déformée de façon à la rendre fertile en rebondissements. Le résultat est qu’il a transformé en mélodrame la situation simplement dramatique que l’histoire lui fournissait, prouvant a contrario que la réalité a souvent plus de talent que la fiction« . Suhamy va même jusqu’à dire ce roman « irritant et inventif » provoque une « impression de malaise« .

Un autre avis

Celui de Camille. Suivez son conseil et visionnez le film Elisabeth Ire. Je peux vous dire que Sir Walter Raleigh (que l’on retrouve dans le roman) est absolument craquant !

Références

Kenilworth de Walter SCOTT – traduit de l’anglais par Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret (Phébus, 2009)

Sir Walter Scott de Henry SUHAMY (Éditions de Fallois, 1993)

Une réflexion sur « Kenilworth de Walter Scott »

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