Quatre nouvelles de Liu Qingbang

Liu_QingbangLiu Qingbang est un auteur que j’ai découvert par hasard à la bibliothèque du Trocadéro, à Paris. Je cherchais d’autres livres de Liu Xinwu dont je vous ai présenté précédemment Poussière et sueur et je suis tombée sur un recueil de nouvelles de Liu Qingbang, intitulé Cataclysme.

Liu Qingbang est né à 1951, dans le Henan. Après ses études secondaires, à 16 ans, il devient paysan, puis à 19 ans, il devient mineur. Pendant neuf ans, il est descendu au fond d’un puits de mine, puis il est devenu rédacteur dans le Journal des ouvriers des mines de Chine, pendant une vingtaine d’années. Cela lui a donné l’occasion de côtoyer tous les types de mines, de voir les conditions de travail dans chacune, de connaître les ouvriers aussi. Parallèlement, il a commencé à écrire et est devenu écrivain professionnel en 2001. Vous pouvez trouver des éléments biographiques et bibliographiques sur cette page franchement très intéressante.

Les thèmes de prédilection de cet auteur sont la mine mais aussi la vie à la campagne.

Pour l’instant, trois livres de Liu Qingbang sont parus en français : Le puits (Bleu de Chine, 2003), adapté au cinéma sous le titre Blind Shaft ; Cataclysme (Bleu de Chine, 2011) et La lettre (Ming Books, 2016).

Cataclysme

CataclysmeLiuQingbangCataclysme est un recueil de trois nouvelles récentes (2006 et 2007) de Liu Qingbang, et est préfacé de manière très intéressante par Françoise Naour qui en est aussi la (très bonne) traductrice.

Pour reprendre ces mots, avec ces trois nouvelles, « nous voici entre drame et comédie chez les mineurs et les paysans du fin fond de la Chine, loin du bling-bling insolent des nouveaux parvenus, loin des Expositions universelles, des Jeux olympiques ou de fantastiques prouesses économiques […] Ces trois récits emmènent le lecteur en voyage, dans le milieu de l’Empire du milliard, non chez les riches, ni chez les classes moyennes, qui représentent aujourd’hui cent cinquante à deux cent millions de Chinois, mais au sein du milliard restant, gens de peu, vivant chichement, démunis ». On apprend plus loin dans cette préface qu’aujourd’hui la mine fait entre 5000 et 6000 décès par an en Chine (chiffres de l’auteur ; les autorités parlent de 3700 morts alors que les organismes indépendants parlent eux de 20000 morts par an).

C’est dans cet univers que l’auteur nous emmène dans les trois nouvelles de ce recueil.

La première nouvelle s’intitule Nouvel An à la mine. Une femme attend avec sa petite fille son mari pour fêter le Nouvel An. Le début de la nouvelle commence par le descriptif des longs préparatifs pour cette fête traditionnelle. Le mari travaille à la mine et ne vit donc pas avec elles. Une mauvaise nouvelle. arrive. Cette année, le chef a décidé de ne pas donner de congés et le mari se voit donc obliger de prévenir (au dernier moment) qu’il ne viendra pas. Sa femme déçue qu’il loupe une fête aussi importante (c’est un peu elle qui décide comment va se dérouler l’année) décide de le rejoindre avec tous ses plats préparés, sa fille … pour lui faire une surprise. La nouvelle décrit les retrouvailles mais aussi la « fête ».

C’est une nouvelle que j’ai trouvé très triste, tout en étant joyeuse et réaliste. Je n’ai pas eu l’impression que Liu Qingbang romançait. La petite fille ne reconnaît pas son père dans le sens qu’il est plus un étranger pour elle qu’un père. Le mari est triste de ne pas pouvoir fêter la nouvelle année chez lui. Il est heureux de voir sa femme, elle fait la sévère mais elle est heureuse de la revoir. On la sent volontaire, traditionnelle. Il y a une volonté de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, de prendre la vie comme elle vient, en toute simplicité, de vivre tous les petits bonheurs qui sont donnés.

En très peu de pages, Liu Qingbang nous fait rentrer dans l’intimité de cette famille, dans une atmosphère particulière. Les personnages sont complexes et réalistes ; l’atmosphère et les détails de la vie quotidienne sont tellement bien décrits que l’on s’y croirait tout simplement.

La deuxième nouvelle est ma préférée ; c’est celle qui donne son nom au recueil. Un village est évacué car une forte inondation est attendue (une énorme vague plus exactement). Pourtant, deux hommes sont chargés de surveiller les trois greniers à grain du village qui sont plein à cette période ; on ne sait jamais le village voisin pourrait venir se servir, profitant de l’évènement. Les deux hommes ont été choisis pour des raisons particulières : l’un est celui qui plonge le plus profond du village et l’autre est celui qui est capable de nager le plus loin sous l’eau. Ces grandes capacités ont été évaluées dans une rivière et un lac. En tant que lectrice, je me suis dit qu’il fallait vraiment ne pas avoir le choix pour faire ce genre de chose (le motif en est l’argent ici) et que forcément ils allaient mourir. Je vous laisse découvrir si oui ou non.

Ce qui m’a particulièrement plus ici aussi, c’est le réalisme de la situation, de sentir la peur, l’angoisse et l’attente palpable. Là encore, je n’ai pas eu l’impression que l’auteur romançait. Je ne sais pas d’où il tire ses informations mais en tout cas, cela fait vrai.

La troisième nouvelle est la plus tragique. Elle s’intitule Automnale. Une femme attend son mari, parti aux toilettes, près de la rivière. Ne le voyant pas revenir, elle part au devant de lui mais ne trouve rien. Elle pense tout de suite à la rivière. En plus, il était légèrement alcoolisé. Pendant plusieurs jours, elle oscille entre colère, inquiétude et résignation (cela permet à l’auteur de nous raconter la vie de ce couple). Pourtant, elle demande très tôt de l’aide pour sonder la rivière et savoir enfin si le corps de son mari est au fond. Le problème est que l’aide, même de la famille, est payante. Avant toute action, il y a négociation ; la personne aidante désirant être sûre de son gain (même s’il n’y a pas de corps).

La nouvelle illustre peut-être la pauvreté des gens à la campagne mais dessine aussi une forme de société, peu solidaire, à cause de cette pauvreté. C’est pour cela que je parlais de nouvelle tragique, plutôt qu’à cause de la mort du mari.

La lettre

J’ai lu ce titre en numérique mais elle est parue, enLaLettreLiuQingbang ce début d’année, dans un coffret de nouvelles contemporaines chinoises, aux éditions Ming Books.

Dans cette nouvelle, on rentre là encore dans l’intimité d’un couple. Une femme cache une ancienne lettre au fond d’une de ses armoires. Elle la relit souvent, même si cela la met dans un certain état. Cacher est un bien grand mot car le mari sait que la lettre est là, que sa femme ne veut pas la jeter, continue à la relire même s’il désapprouve. Au cours de la nouvelle, le contenu de la lettre se dévoile, son auteur aussi, les sentiments de la femme, les tentatives désastreuses du mari pour faire oublier la lettre mais aussi l’auteur de celle-ci.

Là encore, j’ai trouvé que Liu Qingbang arrivait à rendre la situation palpable. On sent la tristesse de la femme, sa déception, son attente face à son mari ; on sent aussi la balourdise du mari, sa tendresse pour sa femme mais aussi son envie d’avoir une femme « normale », de vivre une vie où le passé ne compterait plus.

Cette nouvelle montre bien que Liu Qingbang ne peut pas être cantonné uniquement à la campagne et à la mine.

Si je voulais résumer les nouvelles de Liu Qingbang, je dirais simplicité et réalisme des situations mais aussi personnages très finement ciselés.

Références

Cataclysme de LIU Qingbang – traduit du chinois, présenté et annoté par Françoise Naour (Bleu de Chine / Gallimard, 2011)

La lettre de LIU Qingbang – traduit du chinois par Coraline Jortay (Ming books, 2016)

Trois livres sur la Cité interdite

C’est un billet que je veux vous faire depuis plusieurs semaines car j’ai découvert trois livres merveilleux sur la Cité interdite de Pékin, trois livres merveilleux qui m’ont fait voyager pendant quelques semaines.

CitéInterditeDesFilsDuCielDecouvertesGallimardIl y a de cela un peu de temps maintenant, je trainais dans les rayons de la bibliothèque du Trocadéro en cherchant quel livre prendre. Je me suis retrouvée dans le rayon Histoire au niveau de la Chine et j’ai vu La Cité interdite des Fils du Ciel dans la collection Découvertes Gallimard.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement c’était, quand j’étais petite, et c’est toujours une collection que j’adule. À chaque fois que je lis un livre de cette collection, je me sens un petit peu plus intelligente et j’ai toujours envie d’en savoir plus. Pour en revenir à ce jour-là, je l’ai pris en me disant « Pourquoi pas ? » puisque je ne sais absolument rien sur l’histoire de ce palais.

Cette première lecture m’a fascinée car elle m’a ouvert les portes d’un monde que je ne connaissais pas et qui en plus ne m’intéressait pas particulièrement. Le livre s’ouvre par quelques photos de la Cité sous la neige, puis des détails des toitures.

Commence alors une plongée dans l’Histoire de la dynastie des Ming (1368-1644) et de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911). Ne prenez pas peur car l’histoire chinoise est expliquée pour les débutants (ceux qui ne connaissent pas le nom des dynasties, comme moi par exemple). On apprend que la construction du palais a été lancée sous Yongle, troisième empereur de la dynastie des Ming et qu’il a été habité jusuq’au règne de Pu Yi, le dernier empereur des Qing. Habiter est un bien grand mot car finalement cela ne faisait pas plus que trois à quatre mois dans l’année.

Le livre est donc divisé en quatre chapitres, plus les témoignages et documents : « La Cité interdite, œuvre d’un empereur Ming », « Dans le plus grand palais du monde, les empereurs Qing », « Le règne de Qianlong », « Crépuscule d’une dynastie ». Rien qu’au vu des titres, vous comprenez facilement qu’il s’agit d’une plongée historique dans la Cité et non d’une visite touristique. Le règne des empereurs les plus marquants est détaillé : leur apport au niveau culturel, organisationnel, administratif, militaire. Cela donne lieu à une iconographie abondante (comme d’habitude) sur les peintures chinoises (portraits, scène de la vie de la cour), les porcelaines, les laques … Sont ainsi détaillés le rôle des missionnaires jésuites à la cour de Kangxi, la place des concubines et des eunuques … J’ai donc appris plein de choses sans jamais m’ennuyer au cours de la lecture de ces quatre chapitres.

La lecture des témoignages et documents a été plus fastidieuse car je n’ai pas trouvé que les textes apportaient grand chose par rapport au corps principal du texte. C’est la vision d’occidentaux, au cours du temps, de la Cité interdite. Sur cette partie-là, mon avis est plus mitigé.

Pour résumer, la première partie est fantastique pour se plonger dans la Chine des Ming et des Qing, ne nécessite en plus aucune connaissance préalable, la deuxième partie est d’un intérêt plus limité. De cette lecture, je suis sortie enthousiaste mais pourtant très frustrée. La description de la Cité interdite ne prend qu’une vingtaine de pages, il y a assez peu d’images d’extérieurs comme d’intérieurs (et celles qu’il y a ont mal vieilli) et les descriptions ne sont pas vivantes, dans le sens où on n’a pas l’impression d’y être.

J’ai commencé à chercher des photos sur internet. Je tombais toujours sur les mêmes bâtiments et parfois les mêmes clichés, avec peu de descriptions très intéressantes. Ma belle-sœur m’a dit que les photos étaient interdites (mais en fait non) ; mon frère m’a dit que cela coûtait moins cher de mettre toujours les mêmes clichés partout. J’étais donc toujours aussi frustrée.

DansLaCitePourpreInterditeCyrilleJavaryÀ mon avis, il existe un livre sur pratiquement sur tous les sujets, il suffit juste de le trouver et de parler la bonne langue (je ne doute pas qu’il existe ce qu’il faut en chinois mais je ne le parle pas donc cela ne m’aide pas). J’ai donc commencé à faire un peu de bibliographie et je suis tombée sur le livre de Cyrille Javary, Dans la Cité pourpre interdite. Ce livre est une perle, une pépite, un joyau. Je ne saurais que dire pour vous faire ressentir mon plaisir de lecture. Je ne suis jamais allée en Chine, je ne connais rien au pays, je ne parle pas la langue mais pourtant j’ai l’impression d’avoir été dans cette cité.

Le livre se présente comme un véritable guide touristique de la Cité interdite. Je vous le conseille si vous allez visiter ce monument. Il fait 150 pages et il faut donc prévoir plusieurs jours pour voir tout en détail. Ce livre détaille la même partie qui était décrite dans le Découvertes Gallimard, c’est-à-dire une infime partie de la Cité, mais par contre il le fait bien, et même très bien.

Les bâtiments sont traités un par un dans l’ordre de la visite. Le nom du bâtiment est expliqué, l’architecture est détaillée, l’intérieur commenté. Ce qui est important et passionnant, c’est le fait que l’auteur explique le pourquoi du comment de cette architecture, de ce choix d’agencement dans sa globalité et dans le détail. Il lie beaucoup de choses avec le Ying et le Yang, qui sont eux aussi clairement expliqués. Je vous parle de globalité et de détail, car le Ying et le Yang sont un peu comme des fractals, l’auteur parle lui d’aimants (l’analogie est meilleur car dans le Ying et le Yang, le Nord et le Sud ont leur importance). Dans un aimant, il y a un pôle nord et un pôle sud. Si vous coupez l’aimant, vous aurez deux aimants avec un pôle nord et avec un pôle sud. Le Ying et le Yang expliquent l’agencement global de la Cité mais aussi l’agencement de chaque palais pris séparément.

L’auteur insiste beaucoup aussi sur la place des nombres dans la cité, par exemple dans les clous plantés dans les portes. On se prend à observer et à compter leur nombre comme si on y était et lire ensuite la description pour voir si on a eu raison.

Car oui, ce livre de poche est illustré, non par des photos mais par de magnifiques encres de chine, beaucoup plus belles que tous les clichés que j’ai pu voir jusqu’à présent. Elles permettent de se focaliser sur le détail, de souligner ce qui est remarquable.

Je me suis régalée tout au long de ma lecture et je voulais continuer à découvrir d’autres livres de Cyrille Javary dont l’érudition m’a tellement fascinée. J’ai donc continué ma petite bibliographie et suis tombée sur La Cité interdite – Le Dedans dévoilé coécrit avec Charles Chauderlot, livre que j’ai obtenu à moitié prix en état neuf. Pour le coup dans cette lecture, j’en ai pris plein les yeux.

CiteInterditeCharlesChauderlotJ’ai appris avec cet ouvrage pourquoi c’était toujours les mêmes bâtiments qui apparaissaient dans les livres, sur les sites internet… Tout simplement, parce que c’est la seule partie (et infime partie) qui est ouverte au public. La partie la plus interdite au temps des Ming et des Qing est devenue la plus ouverte et la partie la plus ouverte au temps impérial est devenue la plus interdite.

Charles Chauderlot, qui est en fait l’auteur principal du livre, est le premier occidental à s’être vu accorder un laissez-passer pour la partie interdite (actuelle) de la Cité interdite, dans le but de réaliser des lavis des endroits de son choix. Je vous conseille de visiter son site pour vous rendre compte de son travail. Sur chaque double page, vous avez un lavis d’un endroit, d’un détail que Charles Chauderlot a trouvé intéressant, mais aussi un texte, un peu comme un journal intime, indiquant la date, la lumière, le temps, les fonctionnaires rencontrés 9la partie interdite est occupée par l’administration chinoise) et les difficultés et/ou bonheurs qu’il a eu avec eux.

J’ai trouvé cette manière de présenter les choses très intéressantes. Charles Chauderlot représente très rarement des personnages sur ses lavis, même dans les zones touristiques qu’il a aussi peint. En regardant le dessin, j’avais l’impression d’être une privilégiée en train de visiter un endroit hors du temps (déserté aussi), de pouvoir observer à ma guise sans être déranger. Je lisais ensuite le texte et j’avais toute une ambiance qui se recréait autour de moi. A chaque fois, je me figurais des gens formidablement gentils et expansifs mais aussi têtus et décidés, des gens qui vivaient dans un vieux palais mais comme des ombres, qui veillaient à ne pas déranger quelque chose de sacré. Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti cette impression et c’était le dépaysement assuré à chaque fois que je prenais le livre.

Cyrille Javary a pour ce livre écrit la préface mais aussi des pages intermédiaires qui expliquent l’histoire de la Cité interdite, de Pékin, l’importance des animaux, des éléments, des nombres dans la Cité interdite. Contrairement à ce que j’aurais pensé, Javary se renouvelle sans cesse ; il ne répète pas ce qu’il a dit dans le livre précédent. Il réexplique parfois mais toujours de manière différente. En très peu de pages, on apprend énormément de nouveau, dans des explications toujours claires et concises.

Ces deux auteurs se sont alliés pour nous offrir un excellent livre magnifiquement illustré ; il est à la fois dépaysant et instructif.

J’en ai terminé avec mon voyage dans la Cité interdite, en tout cas en ce qui concerne les genres hors romans et mémoires. J’espère que cela vous aura plu.

Références

La Cité interdite des Fils du Ciel de Gilles BÉGUIN et Dominique MOREL (Découvertes Gallimard, 2004)

Dans la Cité pourpre interdite de Cyrille JAVARY – illustrations de couverture et illustrations intérieures de Patrice SERRES (Picquier poche, 2009)

La Cité interdite – Le Dedans dévoilé de Charles CHAUDERLOT et Cyrille J.-D. JAVARY (Éditions du Rouergue, 2006)

Madame Zou de Zhang Yihe

MadameZouZhangYiheJ’ai eu envie de lire un livre de cette auteur suite à un conseil de la librairie epagine. Je ne l’ai pas acheté en numérique car il était disponible à la bibliothèque

Par contre, j’ai pris ce livre par défaut. Madame Zou est le troisième tome d’une trilogie (de tomes indépendants), intitulée « Femmes en prison ». Le thème principal en est l’homosexualité féminine dans un camp de travail chinois pendant la Révolution culturelle. La quatrième de couverture prévient que c’est un thème extrêmement peu courant dans la littérature chinoise (euh, en France aussi, non ?) et donne l’impression que c’est ce qui fait la valeur du livre. Je n’étais donc pas attirée par cette quatrième de couverture, un peu racoleuse. Je voulais lire le second tome de la trilogie en fait. Le problème est que lorsque j’ai voulu le prendre, je ne l’ai jamais trouvé dans les étagères, la bibliothécaire non plus … Par défaut, j’ai pris celui que je ne voulais pas lire.

Et j’ai bien eu raison. Zhang Yihe, pour écrire sa trilogie, s’est basée sur son expérience personnelle. En effet, elle est « la fille de Zhang Bojun qui fut victime de la campagne anti-droitiste de Mao à partir de 1957 » et « a connu la prison elle-même ». J’ai lu quelque part que ce troisième volume était très personnel (c’est d’ailleurs confirmé par la quatrième de couverture).

L’histoire se passe donc dans un camp de rééducation par le travail, pendant la Révolution culturelle. Zhang Yihe fait le choix d’avoir deux personnages principaux, sans pour autant faire taire les autres femmes détenues.

Les deux personnages principaux sont donc deux femmes, Zhang Yuhe, qui a été condamné pour avoir dénigré le régime devant les gens de sa compagnie de théâtre (et a donc été dénoncé). Elle est très proche de sa famille, de sa mère en particulier, médecin dans un hôpital de région. Le livre est séparé en deux parties. Dans la première partie, on lit son apprentissage de la vie dans le camp, toujours dure, dans le travail mais aussi dans les relations entre femmes. Il y a une certaine solidarité mais qui a ces limites. L’autre personnage est Zou Jintu qui a elle été condamnée à 20 ans pour rien. Elle aussi, son histoire et celle de sa famille est racontée dans la première partie, en alternance avec l’apprentissage de Zhang Yuhe. On comprend bien l’arbitraire des décisions du régime ainsi que des tribunaux. La différence avec Zhang Yuhe est que Zou Jintu n’a plus de familles pour l’aider à survivre alors qu’elle est condamnée à une peine plus longue. Si vous avez envie de lire un bon livre sur la Chine pendant la Révolution culturelle, vous pouvez lire la première partie. Elle est absolument extraordinaire.

La deuxième partie est consacrée à la vie dans le camp et la fameuse homosexualité féminine. Zou Jintu est déjà avec quelqu’un et ses préférences sexuelles sont connues de toutes mais pas du tout admis. Sauf qu’on ne l’a jamais pris sur le fait. Quand Zou Jintu tombe amoureuse de Zhang Yuhe, elle n’hésite donc pas à le faire savoir à cette dernière, de manière directe. C’est une découverte pour Zhang Yuhe mais c’est une pause pleine de tendresse dans un univers rude. Clairement, l’auteur ne nous décrit pas une histoire d’amour. Il n’y a pas de grandes déclarations, d’éléments romanesques, de grands rebondissements faisant que l’histoire soit palpitante. Dans cette deuxième partie, on continue à découvrir la vie en camp de travail, au cours des saisons, la corruption, les sanctions et violences, la maladie, la hiérarchie. À tel point que je me suis demandée comment l’auteur allait finir le livre (je vous laisse découvrir la réponse en lisant le livre).

Finalement, on doit avoir peut être cinq scènes tendres dans tout le livre (chacune de quelques pages). Le thème de l’homosexualité n’est donc pas plus omniprésent que cela. En plus, ce sont de très bonnes scènes car l’auteur est très à l’aise pour décrire l’amour entre femmes. Mes craintes initiales ne se sont donc pas du tout vérifiées et tant mieux. J’ai donc trouvé ce que je cherchais dans ce livre : une plongée dans un monde inconnu de moi dans une période importante historiquement pour l’histoire chinoise, me permettant ainsi de mieux comprendre la vie dans un pays que je ne connais pas. Cette lecture a donc été une très bonne découverte. Le seul défaut (mineur) que je donnerai est une construction légèrement bancale : l’alternance entre personnages de la première partie ne trouve pas son pendant dans la seconde partie. Cela casse le rythme que l’on a pris au début de la lecture. Ce n’est pas franchement grave. Il suffit de s’adapter.

Avez-vous lu les autres tomes de la trilogie ? J’ai bien envie de me pencher dessus mais j’aimerais savoir s’ils sont personnels comme celui-ci, plus violents … c’est-à-dire quelles sont les différences par rapport à celui-ci. Merci d’avance !

Références

Madame Zou de ZHANG Yihe – traduit du chinois par François Sastourné (Ming Books, 2015)

Poussière et sueur de Liu Xinwu

PoussiereEtSueurLinXinwuAprès être tombée sur le Découvertes Gallimard sur la Cité interdite (dont je vais vous parler bientôt normalement), il fallait « absolument » que je lise un livre d’un auteur chinois. Je suis tombée sur ce livre dans le catalogue numérique de la bibliothèque de Paris. C’est un livre court et une très bonne pioche, qui donne un bon aperçu de la vie des salariés ruraux venant travaillés à Pékin pour gagner un meilleur salaire.

L’action se déroule sur une journée, un dimanche, seul jour de repos des personnes travaillant dans le parc de Pékin et est centrée sur le personnage de Lao He, à la cinquantaine bien tassée (plus proche de la soixantaine en fait). Cet homme habite au foyer des travailleurs « immigrés », avec ses collègues. Il a laissé au village sa femme, sa fille et son gendre, qu’il a adopté car il n’a pas eu de garçons. Ses autres filles sont éparpillés dans d’autres villes chinoises, sauf une qui habite elle aussi à Pékin. Il en est très fier car elle a fait des études et a un bon métier. Elle a fait un mariage d’amour …

La journée de Lao He commence mal, après qu’il ait été réveillé par Lao Yan, qui a trop bu. En effet, celui-ci a été menacé par son chef d’être viré. Le motif étant que beaucoup de Chinois de la ville perdent leur travail et que certains postes vont leur être réservé. Dans la réalité (mais leur chef ne le reconnaîtra jamais), ces postes ne sont pas demandés par les gens de la ville car ils sont trop mal payés. Alors qu’il se demande comment il va passer sa journée de repos (initialement il voulait acheter son riz), son gendre arrive pour lui expliquer qu’il a besoin d’argent pour pouvoir aider son frère, qui est parti avec la « femme » d’un autre. Celui-ci est prêt à céder s’ils (le frère et lui) paient. Un souci en plus pour le pauvre Lao He ! Finalement, il décide de rester au foyer et de se reposer. C’est l’occasion de nous présenter sa famille, son histoire personnelle, son travail, sa vie. On en apprend beaucoup sur l’état d’esprit de ces travailleurs, de leur quotidien. Pour information, ce livre a été écrit en 2002. On voit de manière évidente que Lao He n’a qu’un souci dans la vie : sa famille et comment leur procurer une meilleur qualité de vie. En tant que patriarche, il doit aider sa femme, mais aussi ses filles, leurs maris mais aussi la famille des maris (dans une moindre part mais tout de même).

Le midi, son gendre et sa fille (celle qui a réussi) arrivent pour l’inviter à manger. Il apprend que le gendre s’est fait licencier, mais a « retrouvé  un travail en créant un trampoline sauvage, avec lequel il gagne bien sa vie. Et là, on découvre un autre quotidien, celui de la débrouille et de la corruption, aussi présente dans les campagnes. Aucun prix, aucune sanction … n’est fixe et tout se négocie.

L’après-midi est consacré à une activité plus amusante : la grande tombola organisée sur la place principale. Le but est de gagner bien évidemment, pas forcément un gros objet mais on peut ensuite faire des profits, même maigres, en le revendant. On découvre dans ce chapitre une autre Chine, puisque les classes plus aisées que nos travailleurs immigrés participent aussi à l’évènement. On voit toute l’ingéniosité d’un marchand pour gagner le gros lot, une voiture ! Là encore, plutôt pour la revendre que pour l’utiliser. Tous les coups sont permis quitte à escroquer les plus pauvres.

Le manque de solidarité (voire d’humanité) des personnages m’a beaucoup marqué. Chacun veut survivre et assurer la vie de sa famille, ceux n’en faisant pas parti ne sont pas importants. La vie des travailleurs au foyer n’est pas marqué par justement une certaine solidarité mais par un certain code de l’honneur plutôt. Le côté débrouille m’a moins étonné et est même normal.

J’ai mieux compris aussi les accusations de corruptions que l’on entend. Je ne comprenais pas qui était visé, maintenant je sais que c’est les agents des pouvoirs locaux.

Au cours des déambulations, on découvre le Pékin des Chinois pauvres, ce qui est aussi très intéressant.

Comme vous l’aurez compris, j’ai lu ce livre plutôt comme un documentaire, pour découvrir un autre Pékin que celui de la Cité interdite. Pour le coup, c’est réussi. Je voudrai cependant ajouter deux petites choses à propos de l’histoire en elle-même. Les personnages sont nombreux, divers, bien décrits et semblent assez représentatifs, au vu de mes faibles connaissances, des travailleurs migrants. L’intrigue n’est clairement pas la partie principale, mais je ne me suis pas du tout ennuyée dans ce livre.

À chaque fois, j’ai des réticences à lire des livres d’auteurs asiatiques alors qu’en fait, après lecture, c’est très souvent une bonne pioche. Celui-ci ne fait pas exception. Je vous le conseille si vous êtes curieux d’un regard chinois sur les travailleurs migrants en Chine (je vous accorde que ce n’est pas tout le monde tout de même).

Références

Poussière et sueur de LIU Xinwu – traduit du chinois et annoté par Roger Darrobers (Folio, 2012)

Chienne de vie ! de Ma Jian

Le point de vue des éditeurs

Au cours de la révolution culturelle, Monsieur Xu, professeur de dessin, a connu la déchéance et payé d’exclusion son « droitisme ». Dix ans ont passé. Le narrateur, son ancien élève, est en route vers celui qui demeure, dans sa mémoire, un maître adulé et haï …

Lorsque parurent ses nouvelles « tibétaines », La Mendiante de Shigatze, Ma Jian avait étonné par l’audace et l’efficacité de ses descriptions. Cette fois, c’est la violence de ses aveux qui fascine. A petites touches furtives, parfois coupables jusqu’à la nausée, une confession prend forme. La trahison, la corruption d’un idéal, la profanation que le temps inflige à la pureté des premiers élans – tel est, sous la critique du régime chinois, le véritable sujet de ce livre. Et c’est ici composé avec un sens de « l’impressionnisme » narratif qui révèle un écrivain dans le plein éclat de son talent.

Mon avis

J’ai été un peu déçue par ce court récit de 60 pages. J’ai choisi ce livre à la bibliothèque parce qu’il était court, que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de littérature chinoise et surtout parce que le résumé m’intéressait (je ne choisis pas les livres qu’au hasard) : je voulais savoir ce que c’était exactement que la révolution culturelle (je ne sais déjà pas si il faut des majuscules). Je n’ai pas vu. J’ai surtout comment un garçon, qui avait une certaine sympathie pour son professeur, a pu se laisser entraîner par un effet de groupe à le « dénoncer », à la mépriser et à le brutaliser. Cela a eu des conséquences particulières puisque le professeur a été déporté. Il ne me semble pas que cela soit particulier à la révolution culturelle chinoise et du coup, ma curiosité n’a pas été satisfaite.

Le deuxième point est que « l’impressionnisme » m’a assez dérouté : j’avais du mal à savoir si on était pendant la jeunesse du narrateur ou pendant sa vie d’adulte, quand il revient voir son professeur.

C’est donc une rencontre mitigée avec cet auteur mais je vais tenter les nouvelles « tibétaines » tout de même.

Références

Chienne de vie ! de MA Jian – récit traduit du chinois par Isabelle Bijon (Actes Sud, 1991)

Première parution en chinois en 1984.

La bonne fortune de monsieur Ma de Qiu Xiaolong

Quatrième de couverture

« C’est une invention bien connue de conspirer contre le Parti avec des romans », a dit le président Mao. Un précepte que méditent les habitants de la cité lorsque monsieur Ma, le libraire, est arrêté un soir de l’hiver 1962. Son crime ? Posséder dans ses rayons un roman étranger à propos d’un certain docteur russe. Sa peine ? Trente ans d’emprisonnement pour « activités contre-révolutionnaires ». Vingt ans plus tard, Ma est libéré. La Révolution culturelle est loin, Mao est mort, les autorités encouragent l’initiative privée. Que pourrait faire le vieux Ma après tant d’années de prison ? Contre toute attente, son nouveau commerce est un succès. Une reconversion à mille lieues de la littérature. Quoique …

Mon avis

Lecture découverte grâce à Michel Sender. Merci à lui !

Je suis bien embêtée pour parler de ce livre parce que la quatrième de couverture dit tout (l’histoire à mon avis n’est pas si importante, c’est pour ça que je l’ai reprise), parce que je n’ai jamais lu Qiu Xiaolong (et pourtant c’est pas faute de l’avoir vu en librairie) et encore moins son recueil Cité de la poussière rouge (le livre est une nouvelle de la même inspiration que celles du recueil, apparemment).

C’est donc un livre très court, en réalité, une nouvelle de soixante pages. Vous vous doutez que ce qui m’a parlé c’est le libraire et les lecteurs. Le libraire est de ceux qui vous laissent lire les livres dans la librairie, qui voit le métier de libraire comme un métier de passeur, d’autant plus que le monde « extérieur » à la librairie est troublé. Ses lecteurs lui en sont infiniment reconnaissants, notamment un jeune homme, qui a lu toutes les enquêtes de Sherlock Holmes (encore lui) dans la librairie sans les acheter. Il décide d’enquêter lorsque monsieur Ma est arrêté. On découvre alors un homme qui vit par et pour les livres.

La deuxième partie, celle d’après la libération, je l’ai surtout vu comme une sorte de clin d’œil où finalement les lecteurs forment une communauté silencieuse qui s’entraide, alors que les autres ne comprennent pas. Pour tout dire, là c’est un peu mon interprétation de lecture mais j’ai aimé le voir comme ça, aimé penser que finalement le libraire est un homme sage qui part toutes ses lectures sait voir le monde.

Vous vous doutez que j’ai aimé me plonger pendant une heure dans ce récit trop court. L’impression que l’on a en fermant le livre c’est surtout une impression de mode révolu, de monde suranné. Le rythme est lent et doux (le décalage est frappant si on considère que l’on nous parle de l’arrestation d’un homme qui a le malheur de vendre un livre).

Un beau moment de lecture.

Références

La bonne fortune de monsieur Ma de Qiu XIAOLONG – traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Battle (Lina Levi / Piccolo, 2011)

Lèvres pêche de Cui Zi’en

LevresPecheCuiZien

Quatrième de couverture

Pour avoir châtré au bistouri son fils, violoniste homosexuel, un médecin croupit dans un cachot. Jeu de monologues centré autour de cette figure paternelle, sombre et tourmenté, hanté par le vertige de la vacuité, Lèvres pêche révèle le mal de vivre des homosexuels en Chine. Premier roman sur le sujet jamais publié en Chine populaire, il y fut rapidement mis à l’index.

Né en 1958, Cui Zi’en est cinéaste, féru de réalisateurs italiens (Visconti, Pasolini, Fellini…). Professeur à l’institut du cinéma de Pékin, il a été démis de ses fonctions pour avoir publiquement admis son homosexualité. Il est aussi écrivain, critique et théoricien.

Mon avis

Ce livre m’a fait très peur à cause d’un ton très neutre, sans jugement comme si ce qu’il se passait n’était pas tragique ou grave. En effet, l’écriture est en total décalage avec les faits.

Le roman s’ouvre avec une scène dans une cellule de prison. Deux hommes : un jeune et un vieux. Le jeune est condamné pour crime passionnel. On comprend rapidement qu’il est bisexuel car il se moque de son codétenu, médecin, condamné pour avoir châtré son fils qui venait de lui avouer son homosexuel. Le jeune accumule les noms, les stéréotypes (c’est ce que j’ai trouvé dommage) … Finalement, on ne comprend pas tout.

Deuxième partie. Qui semble n’avoir aucun rapport. Un médecin soigne un homosexuel qui va bientôt mourir. Celui-ci lui raconte sa vie : comment il est devenu orphelin très tôt dans sa vie d’adulte, comment il a pris conscience de son orientation sexuel, comment il l’a vécu, comme il s’est fait violé par le père de son premier ami (avec qui tout était resté très chaste), comment il est tombé amoureux de son ami et comment il s’est fait rejeté. Finalement, comment il a combattu sa nature supposée déviante à cette époque : il n’a « connu » qu’un homme, l’homme qui l’a violé et a toujours vécu dans une vie qu’il aurait pu vivre. C’est ce dernier point qui va faire que le médecin va devenir l’ami du malade. Il ira même jusqu’à disperses ses cendres dans le ciel. Sinon le médecin n’aurait pas admis ce choix de vie. On comprend assez loin dans le récit que le médecin est le père du fils châtré de la scène de prison. On se pose des questions car on se dit que finalement il est quand même assez tolérant.

C’est la troisième partie qui nous explique tout. Le père a agit de cette manière car il n’a pas supporté que son fils assume ce qu’il était. Il était de la génération « d’après » ; il a donc beaucoup moins de complexes. J’ai trouvé que c’était la partie la plus violente parce que la plus crue mais aussi parce qu’il y a des échanges violents entre le père et le fils qui consiste pas seulement à « tu me déçois, tu n’es plus mon fils. Dégage de ma maison ».

En conclusion, je crois que ce livre parle d’une tragédie qui ne semble pas vouloir se terminer.

D’autres avis

Celui de Sylvie

Références

Lèvres pêches de CUI Zi’en – traduit du chinois par Sylvie Gentil (Gallimard – collection Bleu de Chine, 2010)

La ville de pierre de Guo Xiaolu

LaVilleDePierreGuoXiaolu
Quatrième de couverture

Jiang Corail Rouge a vingt-huit ans et vit à Pékin avec Zhuzi, comme deux bernard-l’ermite dans une coquille qui n’est pas la leur. Un jour, un colis reçu par la poste – une énorme anguille séchée – la ramène longtemps en arrière, à l’époque où elle s’appelait Petit Chien et habitait Shitouzhen, la ville de pierre. Dans ce petit port de pêche battu par les typhons au sud de la Chine, la mer était redoutable et, tous les soirs, les femmes guettaient sur la plage le retour de leurs maris, ces « mendiants de la mer ». Mais si la petite fille de sept ans n’a jamais oublié la ville de pierre, c’est qu’elle y a enfoui en partant un terrible secret et que, dit-elle, rien ne peut se comparer à l’amour et la haine que j’ai éprouvé là-bas.
Cette très belle histoire nous parle de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, des blessures fondatrices de l’enfance et de la foi en l’avenir. Sa voix se coule à notre oreille, tout près, avec une grâce et une justesse de ton que le traducteur, Claude Payen, a merveilleusement rendues.

Mon avis

Je pense qu’il y a deux choses que je retiendrai principalement de ce livre : le contraste ville / campagne et la tristesse de la petite fille.
Chien rouge habite avec son ami au rez-de-chaussée d’un immeuble de 24 étages. Ils ont le soleil (et encore pas dans tout l’appartement) 45 minutes le matin, 45 minutes le soir. Ils sentent tout le poids de l’immeuble et de ses habitants sur eux (tout ce qui va dans le sol passe chez eux ce qui peut donner de sacrés désagréments). En résumé, ils subissent leurs vies plus qu’ils ne la vivent. La narratrice dans ce cadre citadin se rappelle son enfance où là aussi les habitants subissent leurs vies. Mais ce qu’ils subissent leur est imposé par la nature et non par d’autres hommes. Ce sont les typhons, les naufrages des bateaux … L’alternance des moments citadins et des moments « campagnards » (moments de son enfance mais aussi moments récents puisque la narratrice retourne dans son village) nous font très bien voir le contraste qui existe dans la Chine moderne
La tristesse de la petite fille est due à sa situation singulière. Sa mère est morte en accouchant sur un bateau. Son père est parti juste après. Elle est élevée par ses grands-parents paternels. Sauf que la grand-mère et le grand-père ne se parlent pas depuis le début de leurs fiançailles parce que la grand-mère était étrangère au village et n’a pas su respecter les traditions. Finalement la petite fille est toute seule et ne peut parler à personne et cette solitude rend une grosse partie du livre assez triste. Par contre, comme j’ai l’impression que c’est souvent le cas dans la littérature chinoise, il y a une sérénité qui se dégage de ce livre malgré ce qu’il nous raconte.
En conclusion, une belle lecture !

D’autres avis

Une biographie de l’auteur chez Florinette
D’autres avis sur ce livre chez Laetitia, Harmony
D’autres livres du même auteur chez Juliann, Karine:), Clarabel
La page de l’auteur

Références

La ville de pierre de GUO Xiaolu – roman traduit du chinois par Claude Payen (Picquier poche, 2006)