Le dimanche des mères de Graham Swift

Je n’aime pas trop en général parler de mes déceptions parce que ce n’est pas franchement très intéressant pour vous je pense, car trop dépendant de mon humeur. Particulièrement dans le cas de ce livre-ci. Je n’ai entendu et lu que des critiques positives, je l’ai vu dans beaucoup de coups de cœur de librairie. Pour moi, cela ne l’a fait qu’à moitié.

Je rappelle l’histoire pour ceux à qui elle aurait échappé. On est en Angleterre, le dimanche 30 mars 1924. Ce dimanche est traditionnellement accordé aux domestiques dans les grandes maisons, pour que ceux-ci puissent rendre visite à leur mère. On est entre les deux Guerres et comme on le sait, en Angleterre comme ailleurs, c’est une période qui marque la fin d’une époque particulièrement pour les grandes familles, dont beaucoup ont perdu des fils pendant la Grande Guerre. Pourtant un événement heureux se prépare justement dans deux de ces familles : le mariage de leurs enfants. En ce dimanche, les familles se retrouvent au restaurant, puisqu’il n’y a pas de domestiques pour faire à manger, dans l’idée de préparer l’heureux événement mais sans les futurs mariés qui eux ont décidé de se retrouver seuls, tous les deux, pour un repas en amoureux. C’est une journée idyllique, un début de printemps ensoleillé, comme nous sommes en train d’en vivre actuellement.

On suit cette histoire, non pas par ces grandes familles, mais par le regard d’une jeune domestique, qui n’a pas de mère à aller voir et qui donc a sa journée complètement libre. Cette journée, à cause d’un événement tragique (que l’on trouve très facilement), va complètement bouleverser sa vie, la faire entrer en quelque sorte dans la modernité, puisqu’elle abandonnera cette profession de domestique qui a l’époque était déjà quelque peu désuète, pour devenir écrivain, profession que l’on peut penser hautement moderne pour une femme à l’époque surtout dans le genre qu’elle choisira. De manière générale, on peut dire qu’elle deviendra une femme moderne et libérée.

L’auteur a choisi d’accentuer cette idée de passage d’une époque à une autre, que cela soit pour le pays en général, ou pour notre héroïne en particulier, en faisant raconter l’histoire par l’héroïne, mais très âgée (au-delà de 80 ans dans mon souvenir). Cela donne deux récits qui ne sont pas rédigés de la même manière : le dimanche des mères, le 30 mars 1924, où vous êtes dans un univers magique récréé de toutes pièces par l’écrivain, sublime et un deuxième récit où une vieille dame nous raconte sa vie d' »après » (et je peux vous dire que je me suis demandé si elle n’était pas un peu lubrique), sans vouloir revenir et analyser ce qui s’était passé ce jour-là et comment cela a influencé son avenir. Le problème est que ces deux récits s’entremêlent, sans avoir de rapport l’un avec l’autre (à part le personnage principal bien sûr). De plus, le deuxième récit m’a gêné car il rompait l’atmosphère du premier récit (qui elle est juste si parfaite …), par de petits paragraphes, rédigé dans un autre style.

À mon avis, le premier récit aurait suffi. La magie créée par l’auteur fait que finalement le destin de cette fille aurait occupé une page à la fin, la laissant au départ d’une nouvelle vie, me laissant imaginer la suite par moi-même m’aurait beaucoup plus plu. J’aurais même été jusqu’au coup de cœur car l’auteur créé en finalement très peu de pages l’atmosphère d’une fin d’époque, si crédible, si enchanteresse … Ces parties n’ont pas été sans me rappeler Post-Scriptum de Alain-Claude Sulzer que j’avais adoré tout simplement (ce dernier étant cependant plus fin à mon avis, grâce à la dentelle créée par Sulzer).

Tout cela pour vous dire que je vous conseille ce livre pour une partie du texte (qui représente tout de même 90% du bouquin) mais pas pour l’autre, qui à mon goût gâche le reste. Mais ce n’est que mon avis, d’autant que ce livre a été le coup de cœur de beaucoup de monde en ce début d’année comme je l’ai dit au début de ce billet.

Références

Le dimanche des mères de Graham SWIFT – traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek (Gallimard / Du Monde entier, 2017)

8 réponses sur “Le dimanche des mères de Graham Swift”

  1. Merci pour ce billet qui confirme mon intuition de passer sur ce roman. De plus, c’est un auteur dont j’avais abandonné un précédent roman. Sans regret, donc.

    1. J’ai abandonné aussi un livre de cet auteur dont le titre était J’aimerais tellement que tu sois là, mais dès la première page parce que je n’arrivais pas à comprendre l’histoire. Du coup, je n’avais pas de prévention pour l’auteur.

    1. Les « fins d’époque » est un genre que tu n’aimes pas ou c’est vraiment l’histoire du dimanche des mères … qui ne te convient pas ?

        1. Ouf ! Sinon, j’allais te donner plein de livres sur cette thématique de fin d’époque qui sont vraiment excellents.

  2. Moi je suis preneuse de livres sur la thématique de fin d’époque!
    Celui de Graham Swift est sur ma liste depuis quelques temps et je ne vais pas l’en enlever. Ca n’a de toute maniere pas l’air d’etre une lecture trop longue.

    1. Je n’ai pas arrêté de comparer ce livre à L’autre jardin de Francis Wyndham, qui se situe à la même époque et un peu sur les mêmes thématiques. Cela n’a pas joué en la faveur du livre de Graham Swift. Mais je te donne raison de vouloir le lire car comme tu le dis, c’est une lecture courte et pas désagréable. De plus, la partie sur le fameux dimanche des mères est une splendeur, pour l’atmosphère qu’arrive à créer l’auteur.

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